D eau et de sang
224 pages
Français

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D'eau et de sang , livre ebook

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Description

Dans un monde en déclin où l’eau est devenue le bien le plus précieux, les destins singuliers d’une poignée d’hommes et de femmes s’entrecroisent et s’accomplissent au prix du sang.


Baraka, le maraudeur visionnaire, rêvera-t-il encore longtemps d’atteindre les étoiles ?


Hedi, le faux médecin utopiste, acceptera-t-il de se salir les mains pour bâtir la communauté pacifique dont il rêve ?


Eleanor parviendra-t-elle à faire de sa fille une survivante et Amira à fuir la secte des Rédempteurs ?


Abel, le convoyeur d’eau taciturne, réussira-t-il à venger la mort de son frère ?


Pendant ce temps, 67-PO, le redoutable androïde de la Compagnie, rôde pour assurer l’hégémonie de ses employeurs.



Western post-apocalyptique féroce et lumineux, D'Eau et de Sang sonde les tréfonds d’âmes humaines qui ont bien plus à perdre qu’elles le croient.


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 6
EAN13 9791097570682
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0026€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

À mes enfants,
Et à tous ceux qui croient encore en l’avenir de l’homme ;
une source, quelque part, vous attend.
 
Je t’aime quand ton grand œil verse
Une eau chaude comme le sang ;
Quand, malgré ma main qui te berce,
Ton angoisse, trop lourde, perce
Comme un râle d’agonisant.
 
Charles Baudelaire
 
 
 
L’eau est apparue sur Terre il y a 3,4 milliards d’années, soit très peu de temps après sa formation. Elle ne provient pas des astéroïdes qui ont frappé sa surface, comme on l’a longtemps cru, mais des profondeurs même de la planète qui en a forgé les premières molécules grâce aux éléments chimiques de son atmosphère.
Cette eau originelle et terrestre a permis l’émergence de la vie et constitue encore l’élément principal de tous les organismes. C’est de cette eau que sont constituées toutes les formes vivantes, cette eau que nous buvons chaque jour. Elle nous est intimement liée, comme elle est liée à la Terre.
Immuable, dans nos lacs, nos océans, nos rivières et dans notre sang, elle conserve la mémoire très ancienne du vivant.
CHAPITRE 20 – LA SOURCE
 
Engourdi par le trot régulier de son cheval, Salvatore Pepino parcourait d’un regard blasé l’étendue aride et caillouteuse de la plaine. Au milieu s’étendait le long ruban d’asphalte noir, dernier témoignage d’une civilisation thermo-industrielle oubliée. Salvatore avait emprunté la N112 durant des années. Il en connaissait chaque virage jusqu’au lycée où il avait enseigné. C’était du temps des voitures, de l’essence et des élèves qui usaient encore leur fond de culotte sur les chaises des salles de classe.
Le manque de sommeil et la faim embrouillaient l’esprit de Salvatore, avachi sur sa selle. Sa monture – une jument Frison à la robe noire dénommée Perle – n’avait pas plus fière allure. Elle avançait tête basse, sans entrain, accablée de fatigue et assoiffée sous un ciel sans nuages chauffé à blanc par le soleil du Sud.
– Ne t’inquiète pas, Perle, la rassurait-il d’une voix molle en flattant son encolure, nous serons bientôt rentrés à la maison.
Dans deux heures au plus, Salvatore retrouverait la modeste cabane qu’il avait quittée la veille au soir.
– Allez, ma belle, encore un effort. On ne va quand même pas rentrer bredouille !
Il distingua au loin de vieilles tours opale d’habitation, presque aveuglantes à la lumière du soleil. Jadis fleurons de l’architecture post-moderne et pourvues d’appartements high-tech, de boutiques de luxe et de restaurants gastronomiques, elles avaient constitué des centres économiques de premier ordre. Ces tours n’étaient plus désormais que les vestiges d’une opulente société technologique, de somptueux et inutiles mausolées à la mémoire d’une gloire passée. Leurs plateformes d’atterrissage pour aéromobiles à leur sommet s’avéraient tellement éblouissantes qu’elles donnaient à l’ensemble de la structure des airs de phare côtier, dressé au beau milieu d’un océan asséché.
Ces gratte-ciels égrenaient leur arrogante architecture de part et d’autre de l’ancienne voie de circulation automobile, elle aussi désertée depuis longtemps.
Un peu plus loin, Pepino aperçut un campement. Les tentes étaient disposées en cercle, comme au temps du Far West quand les premiers colons cherchaient à se protéger des attaques des Sioux ou des Apaches. Ici, pas d’Indiens, mais des hors-la-loi en maraude et des chiens affamés.
Légèrement en retrait du camp, de pauvres bougres s’échinaient à creuser un puits. Pepino comprit qu’il s’agissait de soiffards. Ces groupes nomades n’étaient pas dangereux pour la plupart, mais la méfiance restait de mise.
Il s’écarta quelque peu de sa trajectoire et les dépassa en pressant son cheval.
Lors de ses sorties, Pepino ne croisait presque jamais personne et il espérait bien que ces soiffards seraient les derniers qu’il verrait avant de retourner chez lui.
Il laissa les tours, poursuivant sa route sur la N112.
Depuis l’Effondrement, plus personne, excepté les convoyeurs d’eau, n’empruntait les voies du Sud ; plus personne ne volait dans des aéromobiles ni ne logeait dans de luxueux immeubles où tous les services avaient un jour été assurés par des bataillons d’androïdes dévoués : on n’avait simplement plus les ressources ni les connaissances pour continuer à faire fonctionner tout cela.
Cette perte du savoir s’était doublée, en à peine deux générations, d’une méfiance presque viscérale pour la technologie. L’homme oubliait peu à peu que, dans le passé, il avait envoyé des hommes s’établir sur la Lune, sur Mars et sur Titan, qu’il avait implanté des hôtels en orbite et que les touristes y avaient afflué en empruntant d’impressionnants ascenseurs spatiaux. Il oubliait que l’avenir avait été radieux, que le monde dans ses largesses s’était offert à lui, avant de devenir ce désert inhospitalier contre lequel il lui fa llait lutter chaque jour.
L’ancien professeur en biologie gardait les doigts serrés autour de la crosse de son fusil. Il l’avait en permanence en travers de sa selle. Un homme seul constituait une proie facile pour les maraudeurs, toujours à l’affût.
Autrefois, Pepino avait songé à franchir le Mur et à migrer vers le Nord avec sa femme. Mais sa femme n’était plus là. Depuis sa disparition, il avait compris que cette fuite se serait, de toute manière, avérée illusoire, voire dangereuse.
Les candidats à la traversée se faisaient généralement abattre à vue par les gardiens du Mur qui sillonnaient continuellement cette frontière et la surveillaient depuis des miradors d’où ils pouvaient éclairer le désert grâce à de puissants projecteurs même par les nuits les plus épaisses. Les rares qui parvenaient à passer finissaient dans des camps de travail forcé, employés jusqu’à la mort à la reconstruction des anciennes villes en ruine.
Il fallait se rendre à l’évidence. Quand, par malchance, vous naissiez du mauvais côté du Mur, vous y demeuriez toute votre vie, vous y mourriez de faim, de soif, d’avoir contracté une sale bactérie ou malencontreusement croisé la trajectoire d’une balle de revolver. Sans parler de tous ces groupes, plus dangereux les uns que les autres, qui tentaient eux aussi de survivre par tous les moyens.
Salvatore Pepino fit quitter la route à sa jument, heureux de ne plus entendre ses sabots claquer sur l’asphalte. La température implacable avoisinait les 60 °C et nulle ombre bienveillante ne venait troubler l’air immobile qui rendait tout effort impossible, toute respiration douloureuse. Il devait lutter pour ne pas se laisser engourdir par la chaleur et tomber à bas de sa monture qui ne se serait sans doute même pas rendu compte de la perte de son fardeau.
Il entreprit de gravir le contrefort d’un des plateaux basaltiques de faible altitude qui constituaient le début des monts Noirs. Sa besace restait désespérément vide. Il n’avait pas aperçu le moindre gibier, pas même un chien errant ; quant aux plantes comestibles, elles se faisaient de plus en plus rares, succombant elles aussi à cette chaleur torride plus difficile à supporter chaque jour. Pepino était obligé, à chaque sortie, de pousser plus loin ses prospections, malgré les risques que cela impliquait.
Il pénétra dans un défilé qui creusait un étroit corridor dans le flanc du massif. C’était le chemin le plus abrupt, mais le plus rapide aussi et l’ombre qu’il dispensait s’avérait la bienvenue.
Il fit une courte pause pour inspecter l’eau dans son unique gourde – par sécurité, il avait laissé les autres dans sa cabane. Il grimaça en constatant qu’il en restait moins de la moitié. Toutes les deux ou trois semaines, Pepino parvenait en général à troquer avec un ferrailleur de la région dix à quinze kilos d’acier contre de l’eau certifiée potable, mais la dernière récolte s’était révélée maigre, à peine sept kilos.
Plus jeune, il se contentait d’eau frelatée, sommairement distillée dans les sous-sols d’auberges peu recommandables. Il avait renoncé à cette pratique depuis que sa femme avait été emportée par une fièvre typhoïde. Pepino se refusait à faire courir un tel risque à Perle, la seule compagne qui lui restait. Aussi devait-il arpe

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