D or et de mensonges
115 pages
Français

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D'or et de mensonges , livre ebook

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Description


Zari travaille dur à l’usine de coton d’Oramont pour permettre à sa petite soeur Nia de manger et d’aller à l’école. Entre son père qui écume les bars et Rahanna, sa meilleure amie, qui l’a abandonnée depuis qu’elle travaille dans les beaux quartiers, elle sait qu’elle ne peut compter que sur elle-même. Mais un jour, son chemin recroise celui de Rahanna... Celle-ci, couverte d’ecchymoses, est en fuite et semble totalement paniquée. Zari découvre alors un nouveau monde, un monde où certains ont des pouvoirs surnaturels et sont réduits en esclavage au profit de Darian King, celui qui règne sur la ville depuis son palais doré.

Quand Nia développe des capacités incroyables, Zari comprend que sa vie est en danger et qu’elle doit tout faire pour la protéger. Elle prend donc sa place et se retrouve au service des Kings. Mais comment s’en sortir sans aucun pouvoir magique ?




Une réécriture moderne de Rumplestiltskin (Le nain Tracassin)


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 16
EAN13 9782375681817
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Selina Fenech
D’or et de Mensonges
Editions du Chat Noir


Prologue
Quand j’étais petite, j’avais un gros défaut : je croyais aux contes de fées.
Lorsque votre enfance n’est qu’un ramassis de danger et de pauvreté, il est facile de rêver que vous allez, par magie, être tirée du ruisseau pour commencer une vie meilleure.
Puis j’ai découvert ce que c’était, la magie.
Elle avait choisi de m’ignorer, et c’était ma meilleure amie qui voyait mes rêves se réaliser.
L’impatience des conducteurs explosa à coups de klaxon tonitruants lorsque nous tournâmes au coin de la rue. Je fus tout d’un coup tirée de la rêverie douce-amère qui s’emparait de moi à chaque fois que je passais devant les logements sociaux où Rahanna avait vécu. Sa famille occupait toujours leur petit appartement décrépi – deux étages au-dessus de la boutique désertée, celle dont les voyous du quartier avaient vandalisé les vitrines avec des graffitis rageurs – mais ils étaient en train de faire leurs cartons pour déménager dans un endroit moins miteux. Je ne leur souhaitais que le meilleur. J’aurais dû me réjouir pour eux.
Le soleil cruel de l’après-midi baignait Oramont d’une lumière dorée et poisseuse. La main moite de ma petite sœur glissait de la mienne ; nous rentrions de l’école. Cela m’était égal, j’étais juste contente qu’elle me laisse la tenir. Cela devenait de plus en plus rare. Après tout, Nia était désormais une dure à cuire de neuf ans.
— Zari, me demanda-t-elle, tu crois que Rahanna a épousé un prince ?
Elle avait dû me voir regarder l’immeuble.
—   Peut-être, marmonnai-je.
Rahanna et moi nous étions rencontrées peu de temps après que ma famille fut arrivée dans les environs et très vite, nous étions devenues inséparables. Et, quelques mois plus tôt, elle m’avait montré qu’elle savait faire de la magie.
De la vraie magie, avec ses couleurs chatoyantes et ses objets qui dansent tout seuls.
Les contes de fées que me racontait ma mère lorsque j’étais enfant jaillirent dans mon esprit et j’assistai, interdite, à la suite des événements. Du jour au lendemain, Rahanna s’était vu offrir un emploi bien payé dans la demeure d’un play-boy milliardaire. Peu lui importait si elle n’avait que dix-neuf ans et que c’était une sans-papiers. Un soir elle était là, et au matin, elle s’était volatilisée, au grand bonheur de ses parents qui, puisqu’elle serait logée, nourrie et blanchie, recevraient tous les mois son salaire.
Si les semaines suivantes avaient été faites de bals extravagants, nobles prétendants, robes de soie, gorge étincelante de bijoux, châteaux et mariage, je n’en avais rien su. Depuis son départ, silence radio. Pas un seul coup de fil, pas un message. Elle était trop bien pour ses amis d’avant.
— Je parie qu’il est beau à tomber, continua Nia en me regardant de ses grands yeux chocolat alors que ses cheveux s’échappaient de la tresse que je lui avais faite ce matin et se collaient à ses joues luisantes de sueur. Et qu’elle l’a rencontré pendant un dîner pompeux avec des cygnes sculptés dans la glace, où ils boivent leur champagne comme ça…
Elle plissa ses lèvres en cul-de-poule et fit semblant de prendre une gorgée d’une flûte en levant bien haut son petit doigt, avant d’imiter le honhonhon nasal du rire des aristocrates.
Je parvins à lui adresser un petit sourire. Au départ, nous nous étions bien amusées à imaginer la nouvelle vie de Rahanna. Nous gloussions jusque tard dans la soirée, jouant à manger des hors-d’œuvre au caviar dans d’immenses robes de bal tout en repoussant les avances pressantes de membres extrêmement riches de quelque famille royale. C’était drôle parce que nous pouvions encore fantasmer que Rahanna viendrait nous chercher en limousine et que nous pourrions vivre avec elle. Ou qu’au moins, elle nous offrirait ses restes.
Cela ne m’amusait plus, désormais.
Pourquoi avait-il fallu que ce soit elle ? Elle et pas moi ?
—  Ç a n’existe pas, les princes charmants. Pas pour les gens comme nous.
Les mots, plus durs que je ne l’aurais espéré, m’avaient échappé et je m’en voulus. Rahanna s’était vu proposer une vie meilleure et elle avait saisi sa chance. J’aurais fait pareil. Je ne devais pas ternir le souvenir de notre amitié avec ma jalousie.
— Quoi qu’il en soit, poursuivis-je, Rahanna a de la veine d’avoir trouvé ce travail qui paie assez bien pour que sa famille puisse déménager.
Nia singea quelqu’un pris de nausée avant de me répondre.
— Ouais, ouais. Tu as raison, c’est pas mal ; mais les princes, quand même, c’est mieux. Si on en épouse un, on n’a plus du tout à travailler.
Elle m’interrogea du regard avec toute l’intensité qu’elle accordait à ce qui touchait au travail. Elle connaissait les termes de l’équation. Je bossais pour que nous ne mourions pas de faim. Pour qu’elle puisse rester à l’école. Même si j’avais dû la quitter moi-même, je voulais qu’elle aille jusqu’au bout. Elle trouvait cela injuste. Elle pensait que Pa aurait dû travailler plutôt que moi. Elle pensait que mes journées interminables devraient rapporter plus que les quelques billets que je cachais dans notre squat.
Elle n’avait pas tort. Mais c’était comme ça.
Je n’avais pas le choix, il fallait que je fasse ce qui était le mieux pour elle, même si ce n’était pas juste. Mon sacrifice lui offrait une chance de mener une vie presque normale, d’avoir un avenir, même s’il n’était pas aussi radieux que celui des héroïnes de contes de fées.
J’essuyai la sueur salée qui perlait sur ma nuque et refis mon chignon plus serré. Mes cheveux épais et pleins de fourches étaient moins bouclés que ceux de Nia, mais sinon, elle était le portrait craché de celle que j’avais été à neuf ans. Nous avions la même peau d’un brun chaud et les mêmes yeux mordorés. Et nous transpirions dans cette chaleur accablante. Nous n’avions pas de clim ’ à la maison. Je passai un doigt dans le trou qui ornait mon t-shirt et je décollai le tissu humide de ma peau moite. Je ne pouvais rien faire de mieux pour trouver un peu de fraîcheur.
Une sirène hurlait au loin, le ronronnement sourd des moteurs et les conversations des passants emplissaient l’air ; les choux-fleurs empilés à la va-vite sur l’étal du magasin général étaient défraîchis et leur odeur vaguement âcre de moisissure s’ajoutait à la puanteur vomie par les pots d’échappement. Pourtant, j’aurais aimé avoir les moyens de nous en acheter un. J’aurais aimé avoir une cuisinière pour le cuire. J’aurais aimé que maman m’ait appris comment le rôtir avec du za’atar avant de nous abandonner.
Une grappe de gens émergea des escaliers du métro avant de s’essaimer dans la foule des trottoirs. La main de Nia glissa de la mienne ; sa petite taille lui permettait de se faufiler entre les corps sans se faire bousculer comme je l’étais. Je rendais leurs coups d’épaule à tous ces hommes d’affaires, aveugles à ce qui les entourait, qui s’immisçaient entre ma sœur et moi.
Soudain, quelqu’un me percuta avec plus de force que les autres, si violemment que nous rebondîmes l’une contre l’autre et nous retrouvâmes face à face. Je sentis mes yeux s’écarquiller.
— Rahanna ? dis-je avec un grand sourire qui s’effaça dès que je vis à quoi elle ressemblait.
Ses yeux étaient écarquillés, eux aussi, mais de terreur. Un hématome rouge et violet émaillait sa pommette et son arcade sourcilière, contrastant avec sa peau brune. Elle secoua la tête comme si elle reniait son nom et elle baissa le menton en cachant son visage dans sa capuche. Elle recula d’un pas et disparut dans la foule.
Je restai sur place, interdite. C’est quoi, cette histoire ?
— Zari ? Tu viens ? m’appela Nia qui m’attendait au coin de notre ruelle. Hé, tu vas bien ?
— Euh… Oui. É coute, rentre à la maison, je te rejoins vite.
Elle ne bougea pas. Je levai un doigt sévère et pointai la ruelle.
— Rentre. Tout de suite. Commence tes devoirs. Je reviens bientôt.
Elle grogna et tourna les talons pour m’obéir. Je ne me sentis pas très à l’aise de la laisser rentrer seule, mais notre squat était tout près. Je courus derrière Rahanna. É tait-ce seulement elle ? Je ne l’avais vue qu’un quart de seconde et, avec ce gros bleu qui déformait son visage, je n’en étais pas sûre. Mais elle avait eu l’air de me reconnaître.
Dans une trouée de la foule, je distinguai le dos de la jeune femme. Son tailleur bleu marine était de bonne qualité mais maculé de taches et parsemé d’accrocs. Il n’en restait pas moins élégant et professionnel, malgré cette étrange capuche qui sortait du col. Elle tourna au coin d’une ruelle bordée de poubelles débordantes – un raccourci pour se rendre chez ses parents. Je piquai un sprint.
La pestilence de la nourriture moisie dans les poubelles m’assaillit les narines et je glissai sur quelque chose de visqueux. Je parvins, je ne sais comment, à ne pas entièrement perdre l’équilibre et me retins de justesse à l’épaule de la jeune femme.
Elle poussa un petit cri et m’échappa pour aller se réfugier contre un mur. Tremblante, elle cachait son visage entre ses mains.
Les grands yeux de poupée et la bouche pulpeuse étaient déformés par un masque de frayeur et de douleur, mais c’était bien Rahanna.
— Hey, dis-je doucement, Rahanna, c’est moi, Zari. Tout va bien.
Elle leva le regard sur moi. Ses joues étaient creuses, sa peau avait perdu son lustre velouté et ses belles boucles brunes étaient sales et emmêlées. Elle tressaillit quand un vieux journal nous effleura, emporté par le vent. Visiblement, tout n’allait pas bien.
Elle baissa enfin les mains et me regarda un long moment.
— Tu ne m’as pas vue. Ne dis rien à personne.
— Pardon ?
Elle se tordit les mains d’un air plus qu’anxieux avant de me répondre.
— Je ne peux pas les laisser me retrouver. Ils ne peuvent pas t’avoir. Je ne peux pas…
Je l’attrapai par l’épaule pour la r

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