De l Autre Côté des Étoiles
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De l'Autre Côté des Étoiles , livre ebook

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Description

Quand on a presque dix-huit ans, on s’amuse, on sort, on drague, on procrastine les devoirs. On passe aussi le plus clair de son temps à se rebeller contre l’école, souvent ; ses parents, parfois ; ses frères et sœurs, constamment. On laisse défiler le quotidien avec légèreté. Mais pas Chloé Rougemont.


Elle vient d’apprendre que sa vie entière reposait sur un mensonge et qu’un autre monde, parallèle, existait. Un monde aux codes très particuliers, régi par une force ancestrale.


Entre guildes secrètes, attentats surnaturels et son arrivée au sein de la dure Académie d’élite, Chloé découvrira son passé... qui a vu le jour il y a des milliers d’années, de l’autre côté des étoiles.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782490630929
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Contents ∾ 1 ∾ ∾ 2 ∾ ∾ 3 ∾ ∾ 4 ∾ ∾ 5 ∾ ∾ 6 ∾ ∾ 7 ∾ ∾ 8 ∾ ∾ 9 ∾ ∾ 10 ∾ ∾ 11 ∾ ∾ 12 ∾ ∾ 13 ∾ ∾ 14 ∾ ∾ 15 ∾ ∾ 16 ∾ ∾ 17 ∾ ∾ 18 ∾ ∾ 19 ∾ ∾ 20 ∾ ∾ 21 ∾ ∾ 22 ∾ ∾ 23 ∾ ∾ 24 ∾ ∾ 25 ∾ ∾ 26 ∾
L’Auteur
Enfant des années 80 et adolescent des années 90, Jérôme Patalano a vécu « la meilleure vague ciné et télé de tous les temps », période bénie sans internet ni téléphone portable. Biberonné au Club Dorothée, il édite des fanzines sur les mangas à l’âge de 15 ans, binge-watche bien avant l’heure des dessins animés japonais et des séries américaines et préfère traîner au cinéma ou dans les vidéos-clubs plutôt qu’en soirée. Ses week-ends passés à assimiler toute la pop culture de son époque fertilisent un imaginaire déjà bien nourri.
Il déménage à Paris à l’âge de 21 ans pour travailler dans la communication, la publicité et la presse où, en empruntant plusieurs chemins de traverse, il fut tour à tour graphiste, journaliste, rédacteur en chef et responsable social média.
C’est à l’aube de ses 40 ans qu’il met un point final à son tout premier roman, DE L’AUTRE CÔTÉ DES ÉTOILES , dont l’histoire avait commencé à germer dans sa tête à l’adolescence.
Jérôme Patalano
De l’Autre Côté des Étoiles
INCEPTIO
Direction éditoriale : Guillaume Lemoust de Lafosse Ophélie Pourias
© Inceptio Éditions, 2021
ISBN : 978-2-490630-92-9
Inceptio Éditions
13 rue de l’Espérance
La Pouëze
49370 ERDRE EN ANJOU
www.inceptioeditions.com
Quand on me répétait, enfant, « arrête de rêver ! / tu as la tête dans les étoiles, reviens sur Terre », je ne comprenais pas ce qu’il y avait de mal à ça.
La vérité, c’est que je m’ennuyais souvent, et que pour passer le temps,
je ne faisais que songer à des personnages extraordinaires luttant pour la survie de mondes enchantés, mon regard perdu de l’autre côté de la fenêtre,
chez moi ou en classe.
Ce livre est dédié à tous ceux
qui n’ont jamais cessé de rêver.
∾ 1 ∾
Seule et en lévitation dans les airs, son armure en partie déchiquetée, blessée et désemparée face à tout ce chaos, elle assistait à l’anéantissement par le feu de sa planète ainsi qu’à la fin de sa glorieuse civilisation séculaire. Elle ne sut plus où regarder au sol. Les rares rescapés fuyaient les nombreux démons venus les pourchasser à terre comme dans les airs. Certains tentaient de se réfugier dans des ruines d’infortune quand d’autres mouraient sous des griffes empourprées.
La fière guerrière n’y arrivait plus. Tétanisée et paralysée de peur, elle ne pouvait mouvoir son corps, la contraignant d’agir. Son rôle avait toujours été de protéger son peuple, mais aujourd’hui, elle prenait conscience d’avoir failli. Ses fidèles soldats luttaient contre les innombrables forces maléfiques venues s’acharner contre eux et se défendaient avec pugnacité et rage, munis d’épées pour certains, de puissants sortilèges pour d’autres. Mais l’armée de leur adversaire revenait sans cesse à la charge, avec plus de créatures démoniaques. Épuisés, ils pressentaient ne pas pouvoir tenir plus longtemps à ce rythme.
C’était la fin.
La guerrière sortit de sa torpeur et évita de peu un démon venu se jeter sur elle. Puis un autre. L’ennemi, qui la savait être une cible de choix, l’avait repérée. Elle était celle à abattre en priorité.
Les tempêtes de flammes dévastatrices au sol redoublèrent de puissance, calcinant les majestueux immeubles de la cité aux mille gratte-ciel qui se consumèrent et s’effondrèrent, tuant dans leur chute civils comme rivaux. Au même moment, plus loin dans l’atmosphère, une nuée de vaisseaux spatiaux filaient à travers le trou de ver qui s’était matérialisé, actant ainsi le début de l’évacuation des rescapés de leur monde. Mais pour la guerrière, cette expédition de la dernière chance n’allait pas assez vite.
Un puissant râle d’outre-tombe poussa derrière elle. Le responsable de cette exécution de masse approchait. C’était un être qui n’en était plus un. Une matière de fumée noire, immense, qui s’élevait de la terre jusqu’au ciel, doté d’un corps composé de démons qui pullulaient. La soldate se retourna pour lui faire face. L’heure de la confrontation sonna alors que le monde périssait.
La forme malfaisante déploya soudain un bras pour la capturer dans sa main. Prisonnière de sa paume, elle se contorsionna et tenta de respirer, comprimée. La créature approcha son gigantesque visage et la sonda.
Avant d’ouvrir sa bouche dentée.
La guerrière ferma les yeux, acceptant son sort funeste, alors que d’autres monstres se joignirent à leur maître pour la dévorer.
*
Assoupie dans la voiture familiale qui filait sur l’autoroute, Chloé se réveilla en sursaut, et affolée.
— Ah ben voilà, t’es de retour parmi nous, bouffonne ! la taquina son petit frère.
— Léo, arrête de parler comme ça…, lui intima sa mère.
— Ouais, ferme-la, avorton ! rétorqua sa sœur encore dans le coaltar.
— Hey sister , je crois que t’as encore un filet de bave, là, qui pendouille…, continua-t-il en désignant un coin de sa bouche.
Léo, treize ans, d’habitude taciturne, était en forme et avait décidé aujourd’hui de titiller Chloé. La manifestation d’une certaine fébrilité, sans doute, quant à la nouvelle vie vers laquelle ils roulaient.
— Je… me suis endormie ? demanda-t-elle, groggy.
— Oh que oui ! lui répondit sa mère. Après ta soirée d’hier et le peu d’heures de sommeil que tu as eues, c’est un peu normal aussi. Rassurez-vous, nous sommes bientôt arrivés.
Chloé ne réagit pas. Elle exécrait se réveiller la tête en vrac, surtout après ce cauchemar récurrent. Ce n’était pas la première fois qu’elle rêvait de cette guerrière désemparée et sur le point d’être dévorée par des démons.
Son regard se perdit à travers la vitre alors qu’ils sortaient de l’autoroute pour s’engager sur les chemins verdoyants du sud de la France. La famille Rougemont avait décollé le matin même de leur maison de Courbevoie, en banlieue parisienne, pour s’élancer vers une nouvelle vie dans le Tarn, en région Occitanie. Son beau-père conduisait pendant que sa mère veillait le GPS. Quand Chloé repensa à la soirée de la veille, la dernière, à fêter son départ comme il se devait (avec l’accord de ses parents), son cœur se serra. Sa désormais ancienne vie et toutes ses amies lui manquaient déjà.
Ce quotidien bousculé, Chloé le dut à sa maman, Sélène, qui avait un jour eu envie, après mûre réflexion, de quitter la région parisienne pour revenir vivre sur ses terres natales du sud-ouest. Une démarche prise au lendemain d’un surmenage professionnel qui avait inquiété son mari comme ses enfants. Ces derniers avaient adopté bon an mal an ce changement de vie. Léo, garçon un peu asocial, avait acté la décision sans problème alors que pour Chloé, cela avait été plus compliqué de renoncer à ses attaches. Ce que ses parents avaient compris.
En plein spleen, cette jeune femme aux cheveux broux, bientôt majeure, frotta par réflexe la magnifique pierre rouge qu’elle portait en collier, offerte par sa mère pour ses seize ans.
*
Leur voiture s’enfonça dans les terres de campagne sinueuses. La lumière du jour, crépusculaire, commençait à décliner, conférant à ce coin de France une magie toute particulière.
Après plus de dix heures de route, le GPS signifia enfin leur arrivée au Domaine des Gardes, une splendide et ancienne ferme avec ses cinq hectares de terrain et de forêt. Enfant, Sélène contemplait souvent cette grande demeure qui la faisait rêver sur son chemin la menant à l’école. Elle avait appris il y a peu sa rénovation complète ainsi que sa mise en vente sur le marché pour un prix modique. Une telle opportunité ne pouvait pas se refuser, pile au moment où elle avait voulu quitter la région parisienne. Cette maison, près de quarante ans plus tard, était désormais sienne.
La voiture s’arrêta dans l’importante cour de l’entrée principale, et aucun bruit, à part celui du moteur, ne sifflait à l’extérieur. Chloé et Léo furent fascinés. Tous n’entendirent plus le GPS brailler : « Vous êtes arrivé à destination » .
Sélène sortit la première. Face à tant de majesté, les mots lui manquaient. Elle resta plantée à côté de sa portière ouverte, ne sachant où poser les yeux. Son mari et ses enfants suivirent, avec la sensation de se sentir minuscules dans cette grande cour carrée et cette bâtisse en U. Celle-ci n’avait qu’un rez-de-chaussée et un étage, mais elle n’en demeurait pas moins immense. Au loin, l’énorme grange extérieure abritait une piscine couverte d’après l’acte notarié et plus loin encore, une petite gare ferroviaire, condamnée depuis des décennies mais acquise par les anciens propriétaires, avait été transformée en une « maison d ’ invités » . Enfin, une vaste forêt les bordait, les protégeant de tout regard indiscret sur une distance à perte de vue. Ce domaine extravagant, de ceux qu’on ne lit que dans les magazines de déco et que tout mortel pense inaccessible, était désormais la propriété des Rougemont.
— Vous entendez ça ? murmura Sélène.
— Quoi ? répondirent-ils à voix basse, craignant de déranger le silence.
— Rien, justement. Rien. Ce n’est pas génial, ça ? souffla-t-elle.
Il n’y avait aucun bruit. Pas d’oiseaux. Ni de vent dans les arbres. Aucun son, à des kilomètres à la ronde.
Chloé, qui s’était avancée seule vers l’entrée, empoigna par réflexe sa pierre rouge autour du cou. Perdue dans ses pensées, une main se posa sur son épaule.
— Mouais, c’est pas mal comme maison, j’avoue. C’est mort comme coin, mais c’est pas mal.
Elle se retourna. Il n’y avait personne. Prise de panique, elle pivota et aperçut ses parents et son frère ensemble plus loin dans la cour. Elle aurait juré avoir senti quelque chose toucher son épaule. Elle les rejoignit au plus vite et se serra contre son beau-père.
— Alors, tu l’aimes cet endroit ? lui demanda-t-il, en l’entourant de son bras.
— Euh, oui, je crois…, répondit-elle, hésitante, le visage enfoui dans sa veste.
— On va se plaire ici, j’en suis sûr !
— Si tu le dis, murmura-t-elle.
∾ 2 ∾
Quand ils franchirent l’entrée, ils n’en crurent pas leurs yeux. Un majestueux double escalier aux vertigineux plafonds les accueillait. À leur gauche, un salon n’attendait que ses nouveaux propriétaires et s’opposait à une salle à manger accolée à une cuisine, à droite. Sélène n’en revenait pas, tout comme son mari et ses enfants, qui entrèrent à pas de loup et en silence, avec l’impression de s’introduire par effraction dans un palais ne leur appartenant pas.
Malgré une rénovation récente, le lieu paraissait figé dans un prestigieux passé. Sélène n’avait pas encore eu le temps de se pencher plus en détail sur l’histoire du domaine, mais un prestige d’antan s’y devinait. Leur nouvelle maison respirait le passé traditionaliste français de prospères paysans qui avaient bâti, après des années de dur labeur, un endroit pouvant susciter des jalousies. Elle se plaisait à penser que les ex-propriétaires y avaient peut-être organisé ici d’opulentes soirées, voire d’incroyables chasses à courre avec des habitants du coin. Ou avaient-ils été tout simplement atteints par la folie des grandeurs ?
Chloé et Léo coupèrent cette pause de félicité. De concert, ils se regardèrent et crièrent : « PREMIER ! » avant de détaler dans le vaste escalier, se lançant à celui qui s’octroierait sa chambre en premier. Excités, ils grimpèrent à l’étage aussi vaste que le rez-de-chaussée et arrivèrent dans un interminable couloir à plusieurs portes, que chacun explora avec frénésie. Léo buta sur l’une des entrées, située au fond, qui ne voulait pas s’ouvrir, mais n’insista pas plus longtemps. Tant pis ! se dit-il.
— J’ai ! hurla Chloé, heureuse.
Dans cette chambre bien plus vaste que ce qu’elle avait toujours connu à Courbevoie, elle exulta de joie. Un grand lit, une imposante armoire et une coiffeuse à l’ancienne avec un miroir à main posé dessus en constituaient la décoration, pour l’instant sobre. Une large double-fenêtre et un balconnet donnaient sur la forêt, offrant un panorama qu’elle saurait apprécier à coup sûr au lever du jour. Chloé recommença à sourire.
— Ouah, s’exclama à son tour Léo, charmé.
Située face à celle de sa sœur, sa chambre disposait de la même surface, avec une vue qui donnait sur le chemin d’entrée principal ainsi que la petite gare ferroviaire rénovée en maison d’invités, plus loin.
Léo, qui n’avait eu que peu de camarades à Courbevoie, ne concevait pas les choses de la même manière que Chloé. Pour lui, cette nouvelle vie loin de Paris rimait avec l’opportunité de repartir à zéro, dans un endroit où il ne serait pas perçu comme « le mec bizarre » . Une façon de faire table rase du passé. Sélène et David les rejoignirent.
— C’est drôle, fit leur père. On comptait vous allouer celles-là. C’est comme si elles vous avaient choisis ! Nous, on est au fond. Entre nos chambres, il y a deux salles de bains et deux toilettes séparées.
— Séparées ? hurla Chloé. Oh trop cool, j’aurai plus à sentir les odeurs répugnantes de Léo le matin.
— Ferme-la Chloé, lança son frère. Papa, si votre chambre, c’est celle avec la porte au fond, je n’ai pas réussi à l’ouvrir tout à l’heure.
— Ah bon ? Je crois qu’on a une clé pour la grange et la gare dehors, mais pas pour la chambre. Je vais essayer.
Tous se dirigèrent devant la porte fermée, au bout du couloir. Le père tenta de l’ouvrir et malgré une main ferme, la poignée resta bloquée. Il força, mais rien ne bougea. Sentant sa famille le regarder et peu désireux de perdre la face, il porta un coup d’épaule. Dans un autre élan plus prononcé, il tenta de l’enfoncer.
Quand soudain, un gros « boum » secoua la porte. David fut propulsé en arrière, tombant à la renverse. À terre, il se retrouva sonné.
Quelque chose, de l’autre côté, avait fait la même chose que lui.
— Hey, mais c’était quoi ça ? demanda Chloé, en reculant, prise de peur.
Sélène, Léo et David, surpris, ne relevèrent pas.
Un nouveau coup cogna avec violence, faisant trembler le couloir. La famille se pressa derrière David, encore cul au sol.
— Il y a quelque chose derrière, papa…, souffla son fils.
Ils restèrent ainsi pétrifiés, redoutant un nouvel assaut. Mais rien ne se produisit. Personne n’osa parler, les yeux rivés sur la porte. David eut alors une idée.
— Je reviens, lança-t-il, en bondissant du sol.
Sélène et ses enfants se reculèrent de la chambre parentale, peu rassurés. David reparut en courant, doté d’un morceau de bois qu’il avait aperçu posé sur le pas de l’entrée. Il n’en menait pas large, mais il n’avait pas le choix. Cette chambre devait être ouverte, quoi qu’il arrive. Avant d’enfoncer la porte avec son arme de fortune, il appuya une dernière fois sa main sur la poignée et la pressa. Il retint son souffle, ferma les yeux et tourna.
La porte s’ouvrit d’un coup sec. Emporté dans son élan, David manqua de trébucher et récupéra son équilibre à temps. La lune au-dehors éclairait à peine la chambre, plongée dans une obscurité quasi-totale. La fraîcheur avait envahi la pièce par la grande porte-fenêtre ouverte sur un imposant balcon. Sous ses pieds, David sentit des feuilles d’arbres secs croustiller. En tâtonnant, il essaya de trouver l’interrupteur dans le noir. Mais quand sa vue s’habitua à la pénombre, son sang se glaça.
Quelque chose, dans le fond de la pièce, semblait l’observer. Elle patientait là, tapie dans un coin. Seuls deux points rougeâtres, comme des yeux, bougeaient à peine. Figé de peur, David continua à chercher avec frénésie le commutateur de sa main. Qu’était-ce ? Un loup ? Quoi d’autre ? Son cœur s’emballait. Était-ce la chose qui avait frappé la porte il y a quelques minutes ? Sans s’en rendre compte, il avait arrêté de respirer, paniquant en apnée. Il ne quittait pas des yeux ces points écarlates qui remuaient et clignotaient par intermittence. Quand enfin, il effleura l’interrupteur et le poussa, éclairant la pièce.
Rien. Il n’y avait rien. Sa grande chambre, couverte de quelques feuilles mortes au sol, était vide.
— Alors ?
À cette simple question de Sélène, arrivée entre-temps par-derrière, David sursauta. Son cœur manqua d’exploser.
— Il n’y a rien, tenta-t-il de répondre entre deux respirations saccadées. La fenêtre est ouverte et je pense que l’appel d’air a coincé la porte.
Sélène s’y dirigea pour la fermer.
Vaste, leur chambre était équipée d’une salle de bains attenante avec baignoire à l’ancienne, d’un lit à baldaquin bien trop grand pour deux personnes, d’armoires, d’une coiffeuse et d’un bureau. Le tout, décoré à la scandinave. Malgré la nuit noire dehors, la vue extraordinaire depuis leur couchage se laissait deviner.
Tandis que sa famille admirait les lieux, David eut encore du mal à ralentir son rythme cardiaque. Il était persuadé ne pas avoir rêvé.
*
Vingt et une heures trente, on sonna à la porte.
— Ah, les pizzas ! lança Chloé, ravie.
Lors de cette longue journée de voiture, ils n’avaient avalé que des sandwiches sans goût vendus aux distributeurs d’aires d’autoroute. Sa mère avait eu l’idée de commander quelque chose de facile et de festif pour cette première nuit. Surtout aussi pour ne pas avoir à cuisiner. L’appétit les tenaillait et Chloé avait couru joyeusement les mètres qui la séparaient de la cuisine, où elle s’était posée avec son petit frère pour comprendre le fonctionnement du four.
En ouvrant la porte, elle se figea. Un jeune homme, grand, brun et bien bâti, se présenta à elle, cartons en main et sourire éclatant. Des livreurs si beaux à la mâchoire carrée et mal rasée, elle n’en avait jamais croisé. Surprise, elle eut grand-peine à sortir ses premiers mots.
— Salut ! Je viens pour les quatre pizzas chez les Rougemont, dit-il en lisant sa commande griffonnée. C’est bien ici ? Vous êtes les nouveaux propriétaires ?
— C’est nous, balbutia-t-elle, les joues rosies. On est arrivés il y a quelques heures.
— Bienvenue alors ! répondit-il, enjoué.
Incapable de sortir le moindre mot, elle se sentit idiote.
— Ça va ? lui demanda-t-il.
—  Mais parle ! Il va te croire teubée ! s’admonesta-t-elle.
Léo s’approcha derrière sa sœur. Elle en profita pour saisir la balle au bond.
— Tiens, toi, occupe-toi des pizzas et casse-toi, lui ordonna-t-elle en les lui donnant.
Elle envoya ainsi paître Léo qu’elle prit sans vergogne pour son laquais. Son frère comprit son cirque et se jura de se rattraper plus tard. Face au livreur, planté devant elle alors que tout avait déjà été payé en ligne, Chloé ne sut quoi dire et rougit à l’idée d’être aussi niaise.
— Comment tu t’appelles ? commença-t-il.
— Chloé. Et toi ?
— Super, Chloé, moi c’est César. Il n’y a pas beaucoup de jeunes dans ce patelin paumé. Et pas beaucoup de filles non plus…
— Ah ouais ?
— Yep  ! Donc, autant dire que les belles filles, je les repère à des kilomètres, lâcha-t-il, clin d’œil à l’appui. Je te laisse, Chloé, des livraisons m’attendent. On se croisera à nouveau. Ici, tout le monde se connaît. Bye !
Il tourna les talons et partit s’enfoncer dans l’obscurité. Chloé, encore hébétée, pensa que ce déménagement avait peut-être du bon.
*
Attablée dans la grande salle à manger, toute la famille, épuisée par cette journée, enchaînait goulûment les pizzas. Le repas s’était en partie déroulé dans le silence, signe que l’heure du coucher n’allait plus tarder.
— Chloé, je t’ai vue tout à l’heure parler avec ce charmant garçon sur le perron… Tu n’as pas envie de sortir ce soir dans le coin, pour t’amuser ? demanda sa mère. On est samedi et je pourrais t’accompagner.
— Ça aurait été sympa, mais je suis crevée, répondit-elle. C’est vrai qu’il a l’air cool, ce César, mais j’aurai tout le temps de le croiser dans ce patelin.
Pendant que toutes deux échangeaient, David repensait à ce qu’il avait vu dans sa chambre. Il s’était rembruni depuis qu’il avait ouvert cette porte. Même sa femme l’avait constaté, mais n’avait pas osé aborder le sujet, préférant omettre ses doutes afin de ne pas le bousculer. Il aurait juré avoir aperçu quelque chose.
Avec des yeux rouges.
∾ 3 ∾
En se glissant dans son lit, Chloé ne put qu’en valider son confort. La lumière éteinte, elle eut une douce pensée pour ses amies parisiennes avec qui elle n’irait pas s’amuser ce soir, ainsi qu’à ses endroits préférés à Paris qu’elle ne fréquenterait plus désormais.
Alors sur le point de plonger dans les bras de Morphée, elle sursauta. Sa respiration se coupa et son cœur s’emballa. Une angoisse monta en elle. Elle avait l’étrange sensation de ne plus être seule dans sa chambre. Elle leva sa tête de son oreiller, quand elle le vit.
Là, dans le noir et au pied de son lit.
Face à elle.
Une forte masse semblait se mouvoir. Des yeux rouges perçants la fixaient. Paniquée et incapable de sortir le moindre mot, elle se redressa pour trouver l’interrupteur à côté d’elle, grattant avec frénésie sur ce mur qu’elle ne connaissait pas encore. Quand elle le toucha enfin, sa chambre entière s’alluma d’un coup. Dans son lit, le cœur tambour battant, elle tenta de récupérer sa respiration. Il n’y avait rien. Elle ne comprenait pas, car il lui paraissait bien avoir vu quelque chose. Sonnée et presque honteuse d’avoir peut-être pris un début de rêve pour une réalité, elle tâcha de se ressaisir. Elle sentait au fond d’elle que quelque chose n’allait pas, mais quoi ? Le déménagement ? Sa vie qui changeait du tout au tout ? À ces questions, elle s’épuisa d’avance à l’idée d’y répondre. Elle s’octroya un court temps de respiration-méditation (elle avait vu ça dans une vidéo YouTube) , but une gorgée d’eau et éteignit la lumière. Elle se tourna sur son côté préféré, le gauche, et tenta à nouveau de dormir.
Sur le perron de son balcon, la chose la fixait toujours.
*
Plus tard dans la nuit, alors que la famille dormait, Chloé se retrouva aux prises avec ce même rêve qu’elle faisait depuis des mois, à la fois si étrange et si réel. Il y était question de guerres, de chevaliers, de créatures, de voyages stellaires et de vaisseaux spatiaux. Sauf que cette fois, son cauchemar prit une tournure inattendue. Chloé faisait face à une monstruosité immense, à la gueule hideuse et dentée, dotée de tentacules sur le corps et dont certains sortaient de sa bouche. Il avançait vers elle, grandissant plus encore, la langue pendante et baveuse et les pseudopodes qui s’agitaient avec fureur. Acculée à un mur interminable, elle ne pouvait lui échapper. À sa hauteur, il se jeta sur elle, et elle hurla, terrifiée.
Chloé se réveilla en sursaut et cria de panique, perlée de sueur. Redressée sur son lit, son rubis autour du cou luisait d’une lumière rouge par intermittence. Les yeux à peine entrouverts, elle le toucha pour s’assurer qu’elle ne rêvait pas. Des flots en jaillirent, éclairant la chambre restée dans la pénombre. Elle avait beau refermer sa main dessus, la pierre précieuse rayonnait entre ses doigts. Qu’est-ce que c’était ? Elle n’avait jamais vu ça auparavant.
Quand soudain, en levant la tête, elle sursauta. Sans qu’elle l’ait vu venir, une main lui bâillonna la bouche, l’empêchant de hurler. Plusieurs hommes se tenaient debout autour de son lit et son bijou, en scintillant par à-coups, affichait leurs visages menaçants d’une lueur écarlate. Cette fois elle en était persuadée, elle ne rêvait pas. Il y avait bien des inconnus dans sa chambre ! Sa fenêtre-balcon ouverte, elle aperçut quatre autres ravisseurs sur la terrasse, avec des fourches et des fusils qui, sans bouger, l’observaient s’agiter pendant qu’on la muselait avec un bandeau. Chloé avait beau se débattre à grand-peine dans son lit, elle n’arrivait pas à se départir de ses agresseurs.
À l’extérieur, une jeune femme, dans une délicate robe noire qui soulignait une fine silhouette, cheveux longs couleur corbeau et regard bleu perçant, s’éleva dans les airs en lévitation et atterrit sur le balcon devant les hommes qui attendaient en silence. Le visage sérieux et presque envieux, elle entra dans la chambre de Chloé, restée en proie à son kidnappeur, face aux autres qui patientaient. Le rubis de la lycéenne étincelait plus fort à l’approche de la mystérieuse invitée et celle-ci, à l’allure joliment maléfique, semblait n’avoir d’yeux que pour son bijou.
— Enfin, je le tiens. Cette mission aura été trop facile…, murmura-t-elle.
Mais au moment où elle voulut s’en saisir, un éclat rouge explosa entre sa main et la pierre, éblouissant tout le monde. La ravisseuse hurla de douleur et se recula, furieuse.
— Espèce de petite garce ! Tu vas me le payer ! ragea-t-elle.
D’un signe de la tête, elle ordonna à un kidnappeur de cogner Chloé par-derrière, qui eut tôt fait de perdre conscience.
*
Chloé se réveilla à l’extérieur, à terre, bâillonnée et ligotée, écrasée par un terrible mal de crâne. Pendu à son cou, son bijou brillait, perçant le crépuscule de la nuit par intermittence d’une lueur carmin. Rhabillée entre-temps à la va-vite par ses ravisseurs, des autochtones du coin peut-être, elle avait été déposée près de l’entrée de leur gare réaffectée, à côté de sa famille également attachée. Ils dormaient, mais Chloé comprit vite qu’eux aussi avaient dû être assommés. Elle ne rêvait plus et le savait désormais. Ce cauchemar ahurissant était bien réel et les Rougemont étaient la cible de rançonneurs ! En tournant la tête, elle aperçut une dizaine d’autres personnes, équipées de torches et d’armes, ne bougeant pas, comme envoûtées, et les yeux rougeoyants. À leur merci, Chloé aurait voulu crier, mais seuls des borborygmes s’échappaient à travers son bâillon. À terre et salie, elle se demanda, désemparée, si sa courte vie allait prendre fin maintenant. Elle se tortilla, le cœur s’accélérant et les larmes arrivant, tâchant de se défaire des cordes qui lui meurtrissaient les bras.
— Ainsi la prophétie disait vrai, entendit-elle, au loin.
Les villageois s’écartèrent pour laisser passer celle qui avait essayé plus tôt de lui ravir son collier.
— J’avoue ne pas y avoir cru au début, continua la ravisseuse.
Elle s’accroupit avec grâce devant Chloé pour se placer à sa hauteur.
— Jeune fille, vous allez me donner ce collier ou je tuerai toute votre famille sous vos yeux, menaça-t-elle.
Chloé aurait bien voulu dire quelque chose, mais son bâillon l’en empêchait. Sa kidnappeuse leva sa main droite, la tournoya dans les airs et la muselière se défit toute seule, avant de disparaître. Chloé ne masqua pas sa surprise face à ce qui semblait être de la magie, mais ne s’y attarda pas non plus.
— Mais qui êtes-vous ? AU SECOURS ! AU SECOURS ! s’époumona-t-elle.
Sa ravisseuse sourit.
— Il ne sert à rien de brailler ma pauvre fille. Ici, et sur des kilomètres à la ronde, tout est sous mon emprise. J’ai envoûté tout le monde. Hurle autant que tu veux, personne ne viendra à ta rescousse.
Chloé regarda avec frénésie autour d’elle, espérant en vain une aide.
— Prenez mon collier alors, si c’est ça qui vous intéresse ! lui cria-t-elle furieuse.
Mais à peine eut-elle prononcé ces mots qu’une gifle fouetta sa joue. Malgré son faux sourire, sa kidnappeuse perdait patience.
— Pauvre petite idiote ! Tu ne sais rien de ce qui est en jeu ici ! Mon seigneur va arriver d’un moment à l’autre. Des milliers d’années qu’on attendait ça. Et sa renaissance ne sera totale que si je récupère pour lui ce collier. Mais comme tu as pu le constater, je n’ai pas pu te le prendre, car cette pierre t’a élue « hôte » . Tu dois me la donner toi-même.
Elle tournoya à nouveau sa main dans les airs et les cordes qui ligotaient Chloé s’évanouirent. Branchée en mode survie, la jeune femme, tremblante, retira son rubis qui brillait toujours. Sa vie et sa famille passaient avant toute chose, surtout un bijou, même si elle ne comprenait pas ce que cette femme lui disait.
Quand elle le lui déposa dans sa paume, cette dernière, prise d’une excitation soudaine, paraissait avoir du mal à y croire. Elle le regardait...

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