Descente aux enfers (Chroniques célestes - Livre III)
194 pages
Français

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Descente aux enfers (Chroniques célestes - Livre III) , livre ebook

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Description

Forcée d’intégrer l’armée céleste dès son retour au Palais et privée du soutien d’Abrahel, Eleanor commence à se demander si elle sera vraiment capable de vaincre les Abysses.
Il lui faudra descendre au cœur des Enfers pour arracher à la terre la seule faiblesse de Lucifer. Une faiblesse qu’il a pris grand soin d’enfouir au plus profond de sa crypte pour la soustraire aux yeux du monde.
Mais s’il existait un démon plus puissant et plus terrible encore que Lucifer ? Et si ce démon était capable de tout détruire en un claquement de doigts ?
Alors, ils seraient tous perdus.
Après « Les clés du paradis » et « La chute de l’ange », découvrez le troisième tome de la saga « Chroniques célestes ».

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 février 2021
Nombre de lectures 39
EAN13 9782370115454
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0000€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Descente aux enfers
Chroniques célestes – Livre III

Marie-Sophie Kesteman



© Éditions Hélène Jacob, 2017. Collection Fantastique . Tous droits réservés.
ISBN : 978-2-37011-545-4
Je ne comprends pas pourquoi on ferait un travail de deuil : on ne se console pas de la mort de quelqu’un qu’on aime.
Michel Houellebecq
Prologue


Il faut que je sorte.
Chers amis, chères amies, commença Gabriel d’un ton solennel, nous sommes tous réunis ce soir pour rendre un dernier hommage à Abrahel. Il a offert sa vie pour protéger celle qui nous sauvera tous. Par sa mort, c’est notre peuple tout entier qu’il a protégé.
Gloire, répondit en chœur l’assistance.
Les anges de la cour s’étaient rassemblés dans la salle du trône qui avait été agrémentée pour l’occasion de colossales gerbes de fleurs. Les lys et les orchidées exhalaient un parfum lourd. Cette fragrance sirupeuse, Eleanor ne la supportait plus. Elle se retrouvait projetée des cycles solaires plus tôt, dans une église à la nef étriquée, au pied d’un cercueil en chêne blanc qu’elle désirait oublier.
On l’abandonnait à nouveau. Mais aujourd’hui, elle était adulte et elle ressentait cette ignominieuse douleur à l’apogée de sa puissance.
D’élégants candélabres éclaboussaient le sol d’une lumière tremblotante et projetaient des ombres tristes sur le visage fermé d’Oonel. Eleanor serrait si fort les poings sur ses genoux que ses jointures étaient livides.
La plupart des anges présents avaient répondu à l’invitation lancée par leur roi et leur prince par obligation. Rares étaient ceux venus honorer la mémoire de celui qu’ils n’avaient jamais apprécié.
Abrahel avait un certain mépris pour l’étiquette, se souvint l’archange. Il était l’un des seuls à ne pas m’encenser de ces pompeuses formules destinées à la royauté et à m’exprimer ses désaccords. Et ils étaient nombreux. Il était… surprenant.
Il passa un doigt sur le bord du pupitre en chêne et jeta un regard au fronton de l’assistance où attendaient Oonel et Eleanor.
Je l’ai admiré pour sa force de caractère et son sang-froid, mais je ne l’ai jamais intimement connu. C’est pourquoi je laisserai dès à présent la parole à ses plus proches amis.
Saint Pierre quitta son siège à l’extrémité de la première rangée. À la droite du vieil ange, Hisolda et Oonel avaient les yeux baissés. La chamane avait appris la funeste nouvelle de Gabriel en personne, quelques jours auparavant, et elle était arrivée au Palais le matin même de la cérémonie. Eleanor n’avait pas encore eu l’occasion de la saluer et, à dire vrai, elle n’en avait aucune envie. Elle se sentait coupable de la mort de l’angelot et redoutait d’affronter Hisolda. Le regard nébuleux, la chamane ne prêtait pas la moindre attention à ce qui se passait autour d’elle ; elle se trouvait à des lieues de la salle du trône.
Saint Pierre s’avança sur l’estrade avec raideur. Sa bonne humeur usuelle l’avait quitté à l’instant même où ses yeux s’étaient posés sur Eleanor et Oonel. Il avait cherché Abrahel du regard avant de demander où était son imbécile d’assistant. Lorsque le Seigneur lui avait appris l’inévitable, le vieil ange ne l’avait pas cru. Il avait ri. Puis son visage s’était fermé.
Derrière le pupitre, saint Pierre prit la parole d’une voix chargée de chagrin. Il sembla soudain à Eleanor qu’il était très âgé et très las. Les rides, dessinées sur sa peau par les éternités, paraissaient plus creusées que jamais. La lueur chancelante des bougies conférait à son discours un voile solennel presque intolérable. Les premiers mots de l’ange surprirent tant Eleanor et Oonel qu’ils redressèrent brusquement la tête.
Abrahel était un apprenti exécrable. Le pire qu’on puisse avoir ! Il n’obéissait jamais aux directives, il n’écoutait pas les conseils, il disparaissait sans un mot et il semblait toujours dans un autre monde. Quand je me fâchais contre lui, il levait les yeux au ciel. Il était taciturne, revanchard, provocateur, manipulateur et nonchalant. Une vraie tête de mule !
Le murmure qui se répandit dans la salle s’agrémenta d’odieux lazzi.
Cependant, reprit le vieux saint d’un ton sec, c’était un garçon entier qui, contrairement aux jeunes anges d’aujourd’hui, accomplissait son devoir avec honneur. Il méprisait ceux qui brisaient leurs promesses et ne rechignait jamais sur les efforts à fournir pour respecter les siennes. Sa disparition creuse une plaie exceptionnellement douloureuse au fond de mon cœur. Abrahel laisse, à mes côtés, un vide qui demeurera éternel (il pointa un doigt accusateur sur l’assistance), car aucun de vous ici présent n’aura jamais l’étoffe pour le remplacer.
Et sans ajouter un mot de plus, saint Pierre regagna sa place. Hisolda avait refusé de prononcer un discours. Personne ne s’en était formalisé. Après tout, elle avait considéré Abrahel comme son fils.
Sur l’estrade, Oonel déplia son parchemin sur le pupitre. Eleanor retint son souffle alors qu’il fixait son texte d’un air absent. Ses yeux vert feuille, d’ordinaire si lumineux, semblaient presque gris et son sempiternel sourire avait disparu. Lorsque sa voix s’éleva enfin dans la salle, toute l’assemblée frémit.
Quand j’étais petit, j’étais rejeté par les garçons de mon âge parce que j’étais trop différent. Je passais mon temps, caché derrière les arbres, à les regarder jouer ou alors, je restais avec les angelines.
Eleanor percevait la détresse du maître d’harmonie comme si c’était la sienne. Aujourd’hui, Oonel était plus vulnérable que jamais. Dans la salle, quelqu’un toussa.
Quand j’avais quelques dizaines d’années, les sentinelles sylvestres ont ramené un gamin, continua-t-il. Je les ai observés traîner ce gosse le long des ponts jusque devant la Sensei. Il s’est débattu comme un sauvage durant tout le trajet. C’était d’ailleurs à ça qu’il ressemblait : à un sauvage. Son visage était noir de crasse, il avait les cheveux poisseux et son short déchiré était couvert de boue. Il était maigre à faire peur.
Oonel eut un sourire sans joie.
Ce qui m’avait surtout fasciné, à l’époque, était la fermeté du regard qu’il lançait aux sentinelles tandis qu’elles le traînaient à travers la ville. Il se débattait sans faiblir un instant. J’avais l’impression que ce gamin ne ressentait pas la moindre once de crainte. Pour moi qui avais toujours été effrayé par tout, c’était sidérant. (Il marqua une pause) Oui… Je pensais qu’il n’avait peur de rien. Mais je m’étais trompé sur toute la ligne ! Parce que, dès que les sentinelles détournaient les yeux, son regard se métamorphosait et ses yeux brillaient des larmes qu’il se forçait à ravaler. Il était terrorisé. Ce jour-là, j’ai découvert en lui ce qu’était véritablement le courage.
Oonel se tut un moment. Il posa ses mains de part et d’autre du pupitre et s’y appuya de tout son poids. Ses épaules étaient agitées par des sanglots silencieux. Un murmure désapprobateur se répandit dans la foule. Eleanor se leva et le rejoignit sur l’estrade. Elle prit sa main dans la sienne et la serra. Le sylve inspira avec mesure, puis poursuivit.
D’une certaine manière, je trouvais que cet enfant-là me ressemblait. Je pressentais qu’il pouvait devenir mon ami. Alors, quand la Sensei a demandé qui accepterait de s’occuper de lui, je me suis proposé. On nous a enfermés à double tour dans une hutte pour que je l’aide à se laver et à passer des vêtements propres. Il y avait des gardes postés à l’entrée. Le gamin s’était tassé dans un coin de la cabane d’où il me lançait des regards farouches. Dès que j’essayais de l’approcher, il brandissait ses poings comme des coutelas. J’ai parlé tout seul pendant une éternité en lui promettant qu’il n’avait rien à craindre de moi, que j’allais l’aider. Je lui ai même parlé de ma vie de solitude, mais il restait muet. Si bien que j’avais fini par croire qu’il l’était. Ce n’est que lorsque le soleil a rasé l’horizon ce soir-là qu’il a enfin prononcé s

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