Destinés - 2 - Les sentinelles
279 pages
Français

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Description

Dystopie - 470 pages


Lénia et Tristan sont désormais confrontés au difficile apprentissage des futures sentinelles. La vie n’est pas de tout repos dans un camp replié sur lui-même, où l’horizon est loin d’être paradisiaque.


Entre entraînements, trahisons et révélations, l’univers de Lénia et de ses amis va à nouveau être bouleversé. Tous doivent se préparer à affronter un ennemi qu’ils n’imaginaient pas.



Mais à braver les pires dangers, les instincts les plus sombres de la jeune rebelle ne risquent-ils pas d’éclater au grand jour ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782379612602
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Destinés – 2 – Les sentinelles

2 – LES SENTINELLES


LUCIE BARNASSON
2 – LES SENTINELLES


LUCIE BARNASSON




Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-260-2
Couverture : Didier de Vaujany
CHAPITRE 1


La fête du solstice est terminée depuis une semaine déjà et, même si la notion de temps est très relative pour nous, je sais que nous sommes samedi. Pourtant, j’ai l’impression que quatre jours seulement se sont écoulés, quatre jours idylliques ! Durant cette courte parenthèse, nous avons enfin pu vivre comme un couple normal.
Tristan dort encore, baigné dans le rayon de soleil matinal qui éclaire la chambre d’une douce lueur. Je le regarde un instant respirer tranquillement. Il est paisible. Il rêve de nous, pas besoin de m’introduire dans ses songes pour m’en rendre compte, je le vois à l’air heureux que son visage affiche. Cela me fait sourire.
J’observe un moment le tatouage qui souligne ses côtes jusqu’à son épaule. Il m’a expliqué que c’est une portée musicale, l’écriture d’une chanson. En l’occurrence, une partie de celle que nous avons écoutée en dansant le soir du solstice {1} . Il a longtemps espéré rencontrer quelqu’un avec qui la partager, c’est chose faite. Il m’a même appris à la jouer sur le petit piano du salon et à reconnaître quelques symboles comme la clé de sol, celle de fa, les noires, les blanches et les croches.
Je repense combien ma vie a changé ces six derniers mois. J’ai intégré une nouvelle école où j’ai rencontré l’amour et deux vrais amis, avant de perdre tragiquement de vue l’un d’entre eux. Je me suis réconciliée un temps avec ma mère, dont j’ai appris au hasard d’un test d’ADN réalisé en travaux pratiques qu’elle ne l’était pas vraiment, pas plus que mon père. J’ai découvert ma nature d’enchanteur, mais aussi que je suis le monstre qui a failli anéantir l’espèce humaine il y a plus d’une centaine d’années, que ma véritable mère est en réalité celle que j’ai toujours considérée comme ma nourrice, que j’ai plus de deux cents ans et, enfin, que mon père et mon grand-père souhaitent que je devienne, comme eux, une meurtrière avide de pouvoir et de puissance.
Quelle année ! Et ce n’est sans doute pas fini ! Que me réserve la formation de sentinelle dans laquelle Tristan et moi nous lancerons bientôt ?
— Que des bonnes choses, si tu veux mon avis. Si on occulte le fait que nous allons être séparés, bien sûr.
— Depuis quand m’espionnes-tu ? demandé-je en revenant me blottir dans ses bras.
— Quelques minutes, avoue-t-il. Puisqu’on en parle, tu n’as pas vraiment deux cents ans. Soixante tout au plus, si on ne compte que les années où tu as réellement vécu, continue-t-il en souriant avant de m’embrasser.
Notre connexion a énormément évolué au cours de ces derniers jours. Désormais, nous arrivons à communiquer par la pensée sans même nous toucher, cela nous demande juste un peu plus de concentration. Cependant, la seule imperfection que nous aurions voulu apprendre à dominer reste inchangée. Le temps avance toujours plus vite, trop vite, lorsque nous sommes très proches.
En ce qui concerne nos pouvoirs, nous ne savons rien de plus. Nous n’avons pas souhaité les utiliser, cela aurait été une perte de temps et aurait provoqué des nuits difficiles. De même que nous nous sommes tenus à distance des nouvelles du reste du monde, la télévision qui trône dans le salon est restée éteinte. Nous avons supposé que si quoi que ce soit d’important arrivait, quelqu’un viendrait nous prévenir.
— Tout ça va vraiment me manquer.
— À moi aussi, soupiré-je.
— Tu vas vraiment me manquer, ajoute-t-il en me caressant la joue.
— Nous nous retrouverons après la formation. On doit se focaliser là-dessus.
— Les autres ne vont pas en revenir quand ils verront la couleur de nos yeux !
Effectivement, nos regards ont encore changé. Nos pupilles sont toujours très noires, mais nos iris sont totalement blancs à présent, avec juste un tout petit liseré bleu pâle qui les cerne, apparu après notre première nuit ensemble. C’est très étrange. Toutefois, j’aime beaucoup.
— Il va quand même falloir penser à se lever et refaire nos valises avant que la maison ne s’effondre sur nous, me chuchote Tristan alors que je commençais à me rendormir.
— Je sais, mais c’est trop dur ! Encore une heure, s’il te plaît !
— Comme si j’allais refuser !

Après avoir enfin trouvé le courage de nous lever, nous avons pris un dernier petit-déjeuner sur notre terrasse ombragée, avons rangé nos affaires, et nous nous tenons maintenant devant la petite villa qui aura été notre unique univers pendant ces derniers jours.
— J’espère qu’on pourra la recréer plus tard. Je n’aime pas penser que cet endroit va disparaître à jamais.
Tristan me serre dans ses bras, puis j’avance d’un pas vers la maison. Comme l’a fait Lisia, il y a, me semble-t-il, une éternité, je frappe dans mes mains et tout s’écroule, ne laissant plus sous nos yeux qu’un tas de terre abandonné.
Nous nous embrassons encore une fois, profitant de ces derniers instants de solitude. Puis, après que le soleil soit passé en quelques secondes de « à peine au-dessus de la colline » à « haut dans le ciel », nous tournons le dos à notre vie de rêve, main dans la main, pour aller partager celle des sentinelles, éprouvante et solitaire.
— Ils sont là ! s’écrie James depuis la terrasse, apparemment enthousiaste à l’idée de nous revoir.
Tout est redevenu normal aux abords de la grande demeure. Plus personne ne va et vient en tous sens, plus de foule bruyante, plus de bâtiments supplémentaires, et plus de musique !
En revanche, l’intérieur de la bâtisse immaculée grouille de vie. Cela me change du calme de notre petit cocon, mais c’est agréable ! James nous ouvre la porte. Dans la cuisine, Léanor et Tybian sont en pleine préparation du repas. Gwenn, Lisia et Dada discutent au salon autour d’un journal, et les quatre garçons, forcément, hurlent devant un jeu vidéo.
— On avait peur que vous soyez déjà partis, se réjouit Tristan en découvrant son frère.
En effet, Tim et Liam vont se joindre à un groupe de chercheurs qui tentent de désactiver le gène Z sur les Non Magiques. Ils nous l’ont appris pendant la fête du solstice, quand Robin leur a demandé s’ils venaient avec nous chez les sentinelles.
— On ne serait pas partis avant d’être sûrs que notre cadeau vous a plu.
— C’était génial, les remercié-je. Ça nous a fait du bien de nous retrouver un peu seuls.
— Vos yeux sont plus clairs que jamais, remarque Tybian. Vous vous êtes entraînés ?
— Non. Même pas, répond son fils, tout sourire.
Nous allons saluer tout le monde, partageons un peu de notre bonheur avec eux, puis posons la question :
— Et sinon, il s’est passé des trucs pendant notre absence ?
— Oh oui ! Et pas qu’un peu, lance Sevan, mais Tybian va tout vous expliquer.
Prenant place dans le canapé du salon, nous focalisons notre attention sur le chef de famille.
— Au lendemain de la fête, une rébellion a secoué la ville d’Amalica. Des enchanteurs, ayant certainement ingurgité un peu trop d’alcool pour l’occasion, se sont soulevés contre le gouvernement, nourrissant l’espoir d’empêcher les autorités de répertorier les nôtres. Ils marchaient sur le palais présidentiel quand ils ont rencontré un premier barrage de sécurité. Persuadés que ce n’était que des NM dépourvus de tout pouvoir, ils ont attaqué avec bienveillance, cherchant simplement à forcer le passage sans blesser personne. Cela a été une grave erreur ! Le nouveau régime a mis en place une armée…
— L’armée des ombres, le coupé-je en fixant Lisia, éberluée.
— Je croyais que vous ne saviez rien des actualités ? m’interpelle Dada.
— C’était dans le rêve que m’a fait vivre Lisia, expliqué-je. Et ma mère, enfin Cléo, a pris le pouvoir ? Elle est devenue Master ?
— Oui, en effet, acquiesce Tybian, tout aussi surpris que moi.
— Comment ai-je pu prévoir tout ça ? demandé-je à ma mère. Tu savais que ça allait arriver ?
— Absolument pas, ma chérie ! Comment aurais-je pu ? se défend-elle avec véhémence. Je t’ai seulement suggéré des idées directrices, tu as fait le reste par toi-même.
— Certains enchanteurs ont la capacité de voir le futur, ou plutôt ce qu’il pourrait nous réserver, me rappelle Gwenn, bien que rien ne soit jamais figé. Il se peut que tu prédises un jour quelque chose qui ne se réalisera pas si nous faisons le nécessaire pour en modifier les paramètres. Toutefois, si tu possèdes vraiment un tel don, Lénia, il va falloir que tu apprennes à le contrôler également.
— Je ne sais même pas comment c’est arrivé. Quand je rêvais de Shadow, je pensais avoir des prédictions. Or, il s’est avéré que ce n’étaient que des souvenirs refoulés. Ce n’est qu’avec Lisia que j’ai apparemment vu dans le futur !
— Toujours est-il, reprend Tybian, qu’après cet incident, les NM ont pris conscience de l’étendue réelle de nos pouvoirs et ont demandé au Master de réagir afin que de telles « créatures » ne puissent pas intervenir dans la sécurité du territoire. En vain. Monsieur Wilson continuait de prôner la tolérance. Cléo leur a alors donné l’assurance qu’elle ne travaillerait qu’avec les « bons » enchanteurs, engagés depuis longtemps dans la protection des NM, et qu’elle avait bien l’intention de répertorier notre espèce dans sa totalité afin d’en éradiquer toute « mauvaise graine ». Le peuple l’a aussitôt plébiscitée et m
onsieur Wilson a été contraint de fuir la cité.
Je ne peux m’empêcher de penser que Cléo est forcément manipulée par Logan, mon père biologique. Mais dans quel but ? S’il veut obtenir la suprématie des enchanteurs, pourquoi a-t-il besoin de s’allier aux NM ?
J’écoute les échanges d’opinions des autres pendant un moment, seulement le brouhaha provoqué par leurs discussions m’oppresse très vite. Comparés au calme dans lequel nous avons vécu ces derniers jours, leurs jacassements provoquent peu à peu dans ma pauvre tête une souffrance intolérable. J’ai besoin de tranquillité. Je me lève et m’éloigne sans bruit, feignant d’aller chercher un verre d’eau dans la cuisine d’où j’avertis Tristan :
— Je n’en peux plus de tout ce bruit. Je monte dans ma chambre.
— Vas-y, je te rejoins dès que possible. J’aimerais savoir exactement ce qu’il s’est passé.
— Tu me feras un résumé, pensé-je, en jouant au caméléon avec la tapisserie du couloir afin d’atteindre l’escalier sans me faire remarquer.
— Très joli camouflage, ironise-t-il.
Une fois seule, je réfléchis à cette histoire d’armée des ombres. Si nous ne parvenons pas à changer le cours des événements, il y aura donc bien un affrontement entre elle et nous, les sentinelles. De toute manière, je sais bien que plus rien ne pourra être comme avant désormais, puisque les NM connaissent notre existence. Une cohabitation sera-t-elle possible entre nos deux espèces ou devrons-nous vivre chacun de notre côté ? Cette seconde solution serait une véritable torture pour certains, comme Louana, qui ont un pied dans chaque monde.
— À quoi penses-tu ?
Je sursaute en découvrant Liam dans l’embrasure de la porte. J’avais tellement l’esprit ailleurs que je ne l’ai pas entendu entrer.
— Désolé de t’avoir fait peur, mais tu n’as pas répondu quand j’ai frappé, s’excuse-t-il.
— Pas de problème, j’ai été un peu surprise, c’est tout. Tu voulais me voir ?
— Juste te tenir compagnie. Tristan n’aurait pas apprécié que ce soit Sevan qui vienne. Depuis leur petite altercation, et même s’ils se sont expliqués ensuite, on sent bien qu’il n’est pas très à l’aise à l’idée de vous savoir ensemble. Quant à James, j’ai l’impression qu’il veut profiter le plus possible de la compagnie de Robin. Ils risquent d’être séparés, eux aussi.
— Je croyais que les gardiens côtoyaient les sentinelles ?
— C’est bien le cas. Mais comme tu le sais, les âmes sœurs sont divisées en deux groupes, et les gardiens novices peuvent être affectés à l’un ou l’autre d’entre eux. Il est donc possible que James se retrouve dans le groupe de Sevan.
Dire que tout le monde se focalise sur mon couple, alors que Robin et Sevan vont eux aussi rencontrer, plus ou moins, les mêmes problèmes que nous ! Et mon meilleur ami a, quant à lui, une chance sur deux d’être éloigné de celui qu’il aime.
Il faut vraiment que j’aie une discussion avec James.
— C’est pour ça que Tim et toi ne venez pas avec nous ? À cause de la séparation ?
— Nous aimerions aussi nous former à utiliser nos pouvoirs, bien sûr, mais il ne fait aucun doute que l’on sera beaucoup plus efficaces parmi les chimistes. Si on trouve un moyen de rendre le gène Z inactif, des tas de choses pourront changer, les gens ne seront plus forcés de vivre en prison. Peut-être pourrons-nous éviter une guerre…
— C’est étrange de te voir aussi sérieux, le coupé-je pour détendre l’atmosphère.
— Ça ne m’arrive pas trop souvent, heureusement !
— Raconte ! Tu as rencontré une fille sympa lors de la fête ?
— Non, et si tu veux mon avis, ce n’est pas vraiment le moment de faire des rencontres, conclut-il en souriant.
Nous discutons ainsi de tout et de rien depuis presque une demi-heure quand James vient nous rejoindre. Liam nous laisse en tête-à-tête, comprenant que nous avons besoin de discuter.
Je peux enfin m’excuser de l’avoir entraîné dans toute cette histoire, et il me confie ses angoisses de devoir peut-être nous quitter, Robin et moi. Il est vrai qu’avec Tristan, nous serons séparés, pourtant l’un de nous deux restera forcément avec James, et il en est de même pour Robin ou Sevan, alors que James pourrait bien être éloigné des deux personnes auxquelles il tient le plus.
Je soupire en regagnant le salon avec mon ami. Quoi qu’il en soit, nous connaîtrons l’issue de toutes ces interrogations dans moins de deux jours.

— Gwenn ? J’aimerais emmener Lénia chez Carl. Tu crois que tu pourrais nous arranger ça pour cet après-midi ? demande Tristan à la fin du repas.
Lui et moi avons eu une idée folle durant notre petite parenthèse amoureuse. Notre lien est très fort, mais nous avons envie de le concrétiser d’une manière bien à nous, afin qu’il ne nous quitte jamais, même lors de notre séparation. Selon Tristan, seul ce fameux Carl peut nous y aider.
— Un autre tatouage ? intervient Léanor, les sourcils froncés. Tu sais que je n’aime pas ça.
— Maman ! S’il te plaît ! Je ne veux pas me disputer avec toi aujourd’hui. Nous y avons beaucoup réfléchi et nous tenons vraiment à le faire.
— Comme si je pouvais vous en empêcher ! capitule-t-elle, néanmoins dépitée.
— Je vais voir si j’arrive à le joindre pour qu’il vous donne un rendez-vous avant votre départ, accepte Gwenn en évitant le regard de son âme sœur.
Je passe les premières heures de l’après-midi avec Dada et Lisia, à nous rappeler des anecdotes concernant mon enfance.
— Tu te souviens de la berceuse que je te chantais quand tu étais petite ? Les deux premières fois… précise-t-elle en souriant.
— Non. Chante-la-moi, s’il te plaît.
Elle ferme les yeux et entonne la mélodie :
« Mon ange, ferme tes paupières.
Nous veillons sur tes yeux clairs.
Dans tes rêves, tu n’auras
Que de doux câlins, crois-moi.
Et au matin dans nos bras,
Plus puissante encore, tu t’éveilleras »
Ces paroles éveillent en moi des images agréables : Lisia et Joseph, ou Logan, je ne sais plus vraiment comment l’appeler désormais, allongés sur mon lit, de part et d’autre de la fillette que j’étais. Ma mère, fredonnant la berceuse dont mon père vient d’inventer les paroles. Ils rient, semblent heureux.
Tristan s’excuse d’interrompre ce tendre souvenir en s’assoyant en face de moi.
— Si tu n’as pas changé d’avis, Carl est d’accord pour qu’on aille chez lui tout de suite.
— Vous lui faites vraiment confiance ? s’inquiète Dada. Il ne faudrait pas que vous vous retrouviez pris dans un nouvel incident comme au centre commercial.
— Totalement, le rassure Gwenn. Carl est un solitaire, dans tous les sens du terme. Il ne verrait jamais personne s’il n’était pas si fabuleux dans son domaine. Et puis, cette fois, je les accompagnerai.
Nous franchissons aussitôt le portail créé par Gwenn. Carl, un solide gaillard à l’air antipathique, d’un peu plus d’une soixantaine d’années, les cheveux longs et gris assortis à sa barbe, nous accueille de l’autre côté. Il porte un blouson en cuir avec un aigle dans le dos, sur un tee-shirt d’un blanc douteux et un vieux jean crasseux.
— Gwenn chérie, comment vas-tu ? la salue-t-il en la serrant contre lui, son regard tout à coup illuminé de tendresse.
— Tout le monde va très bien, papa.
Papa ? Carl est le père de Gwenn ? J’ai beau chercher en les dévisageant, je ne leur trouve aucune ressemblance, sauf peut-être la forme des yeux. En tout cas, il me paraît beaucoup plus gentil, maintenant que je l’ai vu la prendre dans ses bras.
Après que Tristan nous a présentés, le vieil homme nous sert un excellent café durant lequel il nous raconte comment Gwenn a toujours refusé de se faire tatouer quand elle était adolescente, alors que tous ses amis en mouraient d’envie.
Puis, nous lui montrons notre dessin : une clé de sol inversée, enlacée à une clé de fa, de sorte à former un cœur. Nous voulons l’avoir, moi sur la paume droite et Tristan sur la gauche. Ainsi, ils se rejoignent lorsque nous nous tenons la main, juste au-dessus du pouce et l’index. Le vieux tatoueur semble emballé par l’idée et, avant même que je prenne conscience que l’aiguille picote plus qu’elle ne fait mal, les dessins sont gravés à jamais sur notre peau.
Nous voilà liés d’une toute nouvelle manière, et cela me plaît vraiment.

CHAPITRE 2


Le grand jour est arrivé. Dans quelques heures, Tristan et moi serons séparés pour six longs mois. La journée d’hier a été consacrée à notre famille, car nous voulions vraiment passer du temps avec chacun. Le plus difficile pour moi a été de dire au revoir à Dada. Même s’il tente comme toujours de faire bonne figure, je sais qu’il est dévasté et complètement dépassé par les événements. Il n’a aucune idée de ce qu’il est advenu de son fils depuis la destitution du Master Wilson et il va bientôt me perdre aussi.
Pour ma part, j’ai très peur pour lui, peur qu’il lui arrive quelque chose pendant que je serai au camp d’entraînement. Il est le dernier pilier de ma famille en ruine. Cléo ou Lisia ? Olivier ou Logan ? Dada ou Shadow ? Je ne sais plus qui je suis, ni où me placer. Seul mon cher Dada, même si nous n’avons aucun lien de sang, ne m’a jamais quittée, et restera toujours mon grand-père adoré, j’en ai la conviction. Lisia m’a promis de veiller sur lui et de l’emmener me voir lors des visites autorisées, deux fois pendant la formation.
Il est encore tôt, Scott ne sera pas là avant deux bonnes heures, alors ce matin, Tristan et moi nous autorisons à traîner au lit. Nos sacs sont prêts, je veux profiter au maximum de lui, de sa peau, du son de sa voix, de la chaleur de son étreinte.
— On refait un essai, une dernière fois ? me demande-t-il après une bonne demi-heure de câlins.
— D’accord. Allez, debout !
Il me lance un sourire taquin, dépose un petit baiser sur mes lèvres et sort du lit. Depuis la semaine dernière, nous sommes forcément moins pudiques l’un envers l’autre. Jusqu’alors, il portait toujours un short et un tee-shirt pour dormir. Maintenant, il se contente d’un boxer et j’adore le voir ainsi, son dos musclé mis en valeur par son tatouage. Je jette un rapide coup d’œil sur le mien, comme pour m’assurer de sa réalité, qu’il est toujours là, puis je me lève et me dirige vers la salle de bains.
— Je vais dans ma chambre, m’informe-t-il. Dans une minute, OK ?
— Quand tu veux.
Je ferme la porte, m’installe sur le bord de la baignoire et attends.
— Coucou !
— Ça marche !
— Ça te dit un bon petit-déj ?
— Dans vingt minutes ?
— Je serai là. Je t’aime !
— Je t’aime aussi !
Depuis que nous parvenons à communiquer sans nous toucher, comme nous l’ont appris Tim et Liam, nous essayons de maintenir et d’accentuer cette capacité. Eux ne pouvaient pas dépasser une distance très limitée. Nous nous entraînons donc, depuis hier, à nous éloigner progressivement afin de vérifier qu’entre nous, tout fonctionne malgré la séparation. Pour l’instant, nous n’avons pas osé aller très loin, nous contentant de faire passer nos pensées d’une pièce à l’autre. Un essai plus probant est prévu pour ce matin, mais nous ne serons véritablement sûrs de pouvoir maintenir cette connexion en toute situation qu’une fois installé chacun dans notre camp.
Scott sera là dans environ une heure maintenant. Nous sommes descendus prendre le petit-déjeuner avec les autres. L’ambiance est pesante d’autant que Tim et Liam ne sont plus là pour la détendre, ils sont partis rejoindre leur groupe de recherche hier soir.
À table, personne ne parle, et presque personne ne mange. Il faut dire qu’aucun de nous n’en a envie.
— Un peu de musique ? propose Tybian pour rompre notre morosité.
— Avec plaisir ! lancé-je avant les autres. Quelque chose de gai, d’accord ?
Immédiatement après que la mélodie a commencé à retentir, les sourires, d’abord timides, puis plus affirmés, réapparaissent. Les visages se décrispent, l’appétit revient et les langues se délient. La conversation porte sur la chanson qui nous entoure et qui est, d’après eux, un hymne à la victoire {2} . C’est entraînant en tout cas.
Une fois que tout le monde a terminé, Tristan et moi allons vérifier notre capacité à nous parler alors qu’une distance conséquente nous sépare. Nous décidons de partir chacun de notre côté dans la propriété : lui en direction du portail d’entrée, moi vers l’emplacement de notre maison éphémère. James m’accompagne, tandis que Robin et Sevan escortent Tristan.
— Pas trop stressée ? s’enquiert mon ami pendant que je regarde les trois autres s’éloigner.
— Si ! On ne sait pas où on va ni avec qui l’on sera. Comme je ne serai pas avec Tristan, j’espère que toi, au moins, tu resteras à mes côtés.
— J’ai une chance sur deux d’être avec Robin, même chose pour toi, seulement les sentinelles connaissent nos liens, et j’ai peur qu’ils se servent de cette information pour me séparer de vous deux.
— Tu crois que tu seras avec Tristan et Sevan ? Tu vas jouer l’arbitre, m’exclamé-je sans pouvoir contenir un éclat de rire.
— Je ferai de mon mieux pour protéger ton amoureux, si tu prends soin du mien, me taquine-t-il en retour.
— Sevan n’est pas aussi méchant que tu le crois, tu sais. Je suis sûre qu’avec quelques efforts vous pourriez trouver un terrain d’entente. Vous avez beaucoup de points en commun.
— L’avenir nous le dira, philosophe-t-il.
Après cinq minutes de marche, nous atteignons notre but. Le tas de terre qu’est devenue la petite villa est toujours là. Je monte à son sommet et m’assois, aussitôt imitée par James.
— Allez, je tente… Tristan ? On est arrivés !
Pas de réponse. Je secoue la tête de gauche à droite pour faire comprendre à mon ami que Tristan ne m’entend pas.
— Réessaie ! m’encourage-t-il. Il ne faut pas abandonner !
— OK. Tristan ? pensé-je en me rappelant la sensation que j’éprouvais ce matin dans ses bras.
— Je t’entends ! hurle-t-il dans ma tête, me faisant sursauter . On est arrivés il y a quelques minutes. On allait repartir.
— J’ai hâte de te retrouver. Il ne nous reste plus beaucoup de temps !
— Rentrons vite !
— On s’en va ! indiqué-je à James en sautant sur mes pieds, un grand sourire aux lèvres. Ça a marché ! Maintenant, je veux le voir et l’embrasser une dernière fois.
— Alors, dépêche-toi, ne m’attends pas. Je te rejoins tout à l’heure.
— Merci !
Je lui fais un bisou sur la joue et pars en courant retrouver les bras de mon amoureux.
Nous restons en contact durant tout le trajet, nous donnant rendez-vous au bord du lac. J’arrive la première, m’installe sur un rocher et repense au jour où nous avons soulevé les eaux. Cela me paraît à la fois si proche et si lointain !
— Vous attendez quelqu’un, mademoiselle ?
Je me retourne et le regarde me rejoindre sur la rive. Je ne sais pas si c’est dû au fait que je ne le verrai plus avant longtemps, mais j’ai l’impression qu’il n’a jamais été aussi beau.
— Tu es magnifique toi aussi , pense-t-il en prenant ma main.
Notre baiser ne dure que quelques secondes, malgré tout, quand nous nous séparons, nous savons que nous serons en retard si nous ne nous dépêchons pas. Peu importe, cela valait la peine de devoir courir un peu !
Scott est arrivé en avance. Il discute joyeusement avec Gwenn lorsque nous entrons dans le salon. Elle nous a confirmé les dires du capitaine : ils se connaissent depuis longtemps, toutefois, je n’ai pas osé lui demander comment ils se sont rencontrés. Tout ce que je sais, c’est qu’elle est plus gaie quand il est dans les parages.
Robin, Sevan et James se tiennent côte à côte, face à Léanor qui ajuste leurs tenues. Ils sont déjà prêts, les deux premiers tout de noir vêtus, alors que James est en blanc.
— On a failli vous attendre, nous gronde Gwenn, tentant d’être autoritaire sans y parvenir.
— Rassure-toi, nous avons encore quelques minutes de battement pour arriver sans être en retard. Il est déjà difficile pour deux âmes sœurs de se dire au revoir, donc j’imagine que dans leur cas, ce doit être pire, tempère Scott en se tournant vers nous. Voici vos sacs contenant vos uniformes, une montre et des rangers, enchaîne-t-il. Habillez-vous, nous partons dès que vous serez en tenue.
Nous nous exécutons et redescendons cinq minutes plus tard, prêts à laisser Scott nous conduire vers la suite de notre aventure. Encore quelques embrassades rapides et il crée un portail que nous franchissons les uns après les autres. Mon cœur bat la chamade, mes mains sont moites. Comme d’habitude, je ferme les yeux en traversant.
On y est…
C’est la puissance du vent qui me frappe en premier, une bourrasque glaciale. J’ouvre les paupières et me rends compte que nous sommes au milieu d’un large pont qui enjambe un immense canyon. Beaucoup de jeunes recrues, en majorité d’une vingtaine d’années, sont déjà là, d’autres continuent d’affluer. Je m’agrippe à Tristan qui me serre fort contre lui.
Scott se dirige vers un groupe de soldats plus âgés qui patientent à une dizaine de mètres de nous. Ils discutent quelques minutes ensemble, durant lesquelles tout le monde s’observe, personne ne parle. On doit être un peu moins d’une centaine, mais visiblement tout le monde n’est pas arrivé, des portails se créent encore çà et là. Les trois quarts des personnes présentes sont vêtus de noir, les autres de blanc. Les futurs gardiens se sont rassemblés d’eux-mêmes à l’écart. James est encore parmi nous, pourtant il a la même expression qu’eux, à la fois rassuré qu’il y ait d’autres recrues comme lui et apeuré par ce qu’il va lui arriver. Contrairement à nous quatre, il n’aura pas de binôme. Moi, je resterai avec Robin ou Sevan, et Tristan avec l’âme sœur de celui-ci, alors que notre ami sera seul à intégrer les gardiens.
Je continue de détailler ce qui nous entoure : le canyon doit être large d’au moins cent mètres et, de chaque côté du pont, s’étend le désert, de la terre et des rochers à perte de vue. Nos futurs camarades ont des visages fermés, résignés à être ici, seulement motivés, semble-t-il, par les nouvelles désastreuses qui nous viennent de tout le pays. Je croyais n’avoir vu que des recrues d’environ vingt ans, mais je me rends compte soudain que quelques-unes, une demi-douzaine environ, sont plus jeunes, comme nous, et ont certainement été enrôlées suite aux derniers événements qui ont bouleversé notre monde. En regardant de plus près les soldats qui encadrent Scott, je reconnais Drake, l’instructeur que j’avais plus ou moins insulté lors de notre passage éclair dans la ville des sentinelles.
— Tu l’as vu aussi, hein ? s’enquiert Tristan.
— Oui. J’espérais que Duncan se serait trompé.
— Ça va aller ?
— Ne t’inquiète pas. On pourra communiquer, c’est tout ce qui compte.
— La vache ! Je ne m’attendais pas à ce qu’on soit aussi nombreux, commente Sevan.
Tout à coup, le vent se calme jusqu’à disparaître. Le brouhaha qui régnait, dû à l’indiscipline des nouvelles recrues, cesse aussitôt. Le silence se fait, comme si quelqu’un avait coupé le son d’une sono gigantesque. Les instructeurs nous font face, ainsi que deux gardiens que je n’avais pas encore remarqués : madame Vitani et un homme plus âgé.
Un des soldats prend la parole :
— Mesdemoiselles, Messieurs, si vous êtes ici aujourd’hui, c’est parce que vous désirez apprendre à vous connaître, à utiliser la puissance qui vous anime, si précieuse et si belle. Mais pour ce faire, certains d’entre vous devront se séparer d’une partie d’eux-mêmes, pour apprendre à avancer seuls. Je demande donc à tous les solitaires de se rassembler sur ma droite, les autres enchanteurs resteront sur ma gauche. Quant aux gardiens, merci de venir vous placer derrière vos guides, conclut-il en désignant ses collègues vêtus de blanc.
Un petit mouvement de foule se fait. Moins d’une vingtaine de personnes se dirigent vers la droite.
James se tourne vers Robin. Il le prend dans ses bras un moment, avant de s’avancer vers moi et faire de même en me chuchotant « prends soin de lui » d’une voix brisée. Puis, il va rejoindre son groupe.
Le voir s’en aller fait accélérer les battements de mon cœur. Je sens les larmes affluer sous mes paupières, toutefois je parviens tant bien que mal à les retenir. Si je réagis ainsi pour lui, que va-t-il se passer quand Tristan s’éloignera ?
— Surtout, ne leur montre pas que tu pleures, si ça arrive…
— J’essaierai.
Je serre sa main encore plus fort, quand la sentinelle reprend la parole :
— Très bien. Mes collègues vont vous répartir en deux groupes, dit-il aux solitaires et aux futurs gardiens. Quant à nous, continue-t-il en se désignant, ainsi que deux autres individus, nous allons procéder à la séparation des âmes. Mettez-vous en rang deux par deux.
Sans même chercher à savoir si nous devons rester avec notre âme sœur, nous nous alignons les uns derrière les autres. Tous les couples sont du même sexe bien sûr, sauf nous, et des exclamations stupéfaites commencent à s’élever. Nous sommes presque les derniers dans la file, et nombre de ceux qui se trouvent à l’avant se retournent pour vérifier si ce qu’ils entendent est bien vrai. Jusqu’à ce que Sevan, placé juste devant nous, intervienne :
— Je ne pense pas avoir entendu le capitaine nous dire de regarder à droite et à gauche, et encore moins dans notre dos.
Prenant conscience de la véracité de ses propos et de leur attitude des plus déplacée, tous se remettent correctement dans le rang. Satisfait, Sevan lance un sourire amusé à Robin, puis me fait un clin d’œil.
Je sens que Tristan n’apprécie pas du tout sa familiarité, ce qui m’inquiète. Que va-t-il se passer lorsqu’ils seront seuls, s’ils se retrouvent dans le même groupe, et de ce fait, sans Robin ou moi pour les contenir ?
— Je sais me contrôler, râle Tristan .
— Ah oui ? Parles-en donc à Paul !
— Où il veut, quand il veut ! fanfaronne-t-il avant de me gratifier de son plus beau sourire.
Devant nous, la file diminue. Chaque duo se présente face à un soldat, donne son nom, puis les âmes sœurs se disent au revoir et partent chacune d’un côté du pont, rejoindre les deux groupes de solitaires et gardiens, déjà placés de part et d’autre.
C’est le tour de Sevan et Robin. À notre grand étonnement, Robin nous sourit, puis se dirige vers le groupe près duquel se tiennent James et les autres gardiens du camp sud, tandis que Sevan s’en va au nord du pont. Je suis heureuse que les amoureux ne soient pas séparés.
C’est à nous.
Le soldat lève la tête de son bloc et nous détaille.
— Ah ! Vous voilà ! Nos héros ! Vous avez foutu un beau bordel à Amalica. Tu avais raison, Drake, lui crie-t-il en se retournant, leurs yeux sont flippants !
Ce dernier lui fait un signe de la main, le pouce en l’air.
— Bon, mademoiselle ira au nord, et toi au sud. Vous avez une minute.
Je regarde d’abord James. Nous avions tout faux. Il me sourit, croyant que je vais venir le rejoindre. Je n’arrive pas à lever les yeux vers Tristan. Il prend mon menton dans sa main, dépose un petit baiser sur mes lèvres.
— Je t’aime. À très vite.
— Je t’aime, me répond-il en me tournant le dos . On se revoit bientôt !
Je pars vers le nord du pont, rejoindre Sevan. Je ne veux pas me retourner, j’ai l’impression de n’entendre qu’une voix, celle de James qui hurle « NON ! ».

CHAPITRE 3
 
 
Quand j’arrive à la hauteur de Sevan, les émotions de Tristan m’envahissent. Il se sent responsable de notre séparation à cause de son envie d’intégrer ce groupe d’élite, triste de ne plus m’avoir à ses côtés, et terriblement en colère que ce ne soit pas Robin qui m’accompagne. Je lui répète en boucle que tout va bien se passer, de ne pas se faire de souci. Après quelques minutes, je décide de faire mon possible pour rompre le lien entre nous. Ses sentiments ajoutés aux miens, c’est trop pour moi.
Je suis maintenant le groupe qui s’est mis en marche vers une destination inconnue, incapable de contenir quelques larmes.
— Ça y est, on a notre première chialeuse ! lance une voix moqueuse sur ma droite.
J’essuie mon visage au plus vite et cherche la sentinelle qui vient de parler. Sans grand étonnement, je découvre Drake qui me fixe avec un sourire mesquin.
— Tu vois, Chialeuse, je prends le soleil aujourd’hui, me nargue-t-il. D’autres commentaires ?
Je soutiens son regard un instant, puis me laisse persuader par les paroles pleines de sagesse de Sevan qui me conseille de détourner les yeux et continuer à avancer.
Drake accélère afin de rejoindre la tête du peloton où se trouvent ses confrères, certainement dans le but de les informer de mon nouveau surnom.
Une fille, sur ma gauche, me dévisage. J’ai envie de l’envoyer balader, pourtant son expression à la fois apeurée et triste m’en empêche. Je me contente de fixer l’horizon droit devant moi et de calquer mes pas sur ceux de mon ami.
— Tu l’as connu comment, le fantôme ? me demande-t-il à voix basse.
Je lui explique notre petite altercation lors du repas chez les sentinelles.
— Il va falloir que tu apprennes à réfléchir avant de parler, me conseille-t-il avec le plus grand sérieux.
...

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