EDEN
144 pages
Français

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EDEN , livre ebook

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Description

2105, Paris. La ville reconstruite, éden ultra-moderne et paisible, offre à ses habitants une vie abondante et sous haute-sécurité. Tout ce qui devrait suffire à Adam Evanoé pour être heureux. S’il se contente des apparences... Car même au Paradis, les apparences s’effritent sous le poids des secrets.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782956492689
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Dominique Convard de Prolles
 
 
ÉDEN

 
UN AUTRE JOUR AU PARADIS...
 
 
« Monsieur... »
Le sommeil est le berceau de la douceur et de la plénitude. Une douceur exquise qui mène l'individu hors du temps et de l'espace, en annihilant toute perception de l'extérieur et en déconnectant la volonté de l'action. Une plénitude soyeuse qui enveloppe l'esprit de silence, effaçant toute réalité et éradiquant tous ces sentiments de regret, de remords, de tracas, de stress et d'ennui. Ainsi dormir s'apparente à une mort éphémère, à une invisibilité ressentie, à une extinction attendue, volontaire.
« Monsieur Adam », répéta la voix atone.
Puis vient forcément le réveil. Le corps profite de cette dernière paresse musculaire, s'effaçant encore un moment au profit de l'âme, qui navigue en équilibre sur la crête frontalière entre les mirages de réalité et les brumes de conscience. Alors l'individu reste indécis, baigné dans ce miel confortable.
« Il est l'heure, monsieur Adam, hachura la voix synthétique. »
Ensuite, le tissu doux et parfumé d'un drap s'invite au contact de la peau, la fraîcheur inodore gagne les narines, l'obscurité presque totale perce à travers les paupières, et le brouhaha régulier dessine à l'oreille un tableau familier. Tous ces éléments ramènent l'âme dans son corps, guident l'esprit vers la réalité, rassurent la conscience vulnérable à propos de l’innocuité de ce qui l'entoure.
« Monsieur ? » insista le robot à la voix féminine.
Finalement, les priorités issues du conditionnement civilisé se jettent sur la conscience, comme des conquérants réclamant leur dû, et la douceur et la plénitude du sommeil s'évaporent dans le regret.
« Oui, Rose. Je suis réveillé, grogna faiblement l'humain.
— Souhaitez-vous un réveil doux ou un réveil direct ?
— Doux. S'il te plaît, murmura Adam.
— Bien, Monsieur. »
La voix artificielle disparut au profit du ronronnement d'un moteur électrique et du crissement caoutchouteux sur le plancher, lesquels se turent à leur tour à la fermeture de la porte. L'obscurité se fit à nouveau complète et Adam gagna ainsi du répit face à l'inéluctable.
« Bonjour, monsieur Évanoé », se déclencha une autre voix féminine, plus douce, plus naturelle.
Les mots se suivaient avec une parfaite fluidité, bien loin du phrasé mécanique de sa gouvernante.
« Nous sommes le vendredi seize octobre deux mille cent cinq et il est huit heures quinze. »
Des parois vitrées et occultantes commencèrent à perdre leur noirceur et la lumière naturelle d'un soleil matinal radieux et direct perça le cocon nocturne. Adam ouvrit les yeux sur cette brume blanchâtre qui dansaient sur le sol parqueté de lamelles synthétiques.
« Le soleil est levé sur Paris depuis huit heures quatorze et se couchera à dix-huit heures cinquante-sept. »
La luminosité grandissait très lentement, comme une aurore naturelle, juste ce qu'il fallait pour laisser le temps à Adam d'émerger et d'être attentif à la voix synthétique.
« Aucune incursion n'a été notée par la sécurité civile. Aucun disparu, mort ou blessé n'est à déplorer pour cette nuit. »
Alors que les rayons du soleil se faisaient plus francs et grimpaient sur les murs blancs, Adam soupira, rassuré comme l'avaient été, l'étaient ou le seraient tous les citoyens de la petite cité en écoutant ces quelques mots.
« La journée sera fortement ensoleillée. La température extérieure est de dix degrés actuellement et atteindra les vingt-deux degrés à seize heures trente-deux. »
Puis Adam sortit les jambes de sous les draps et s'assit sur le bord du lit, grimaçant d'amusement face à la banalité du journal personnalisé, ne sachant plus quand avait été rapporté la dernière alerte, ou même un enlèvement, un massacre ou un malade.
« Le trajet entre votre domicile et votre travail est certifié sûr. Les monorails parisiens sont en fonctionnement nominal. »
Quand il avait quinze ans peut-être ? Les souvenirs étaient des trésors si délicatement enfouis sous l'immédiateté du quotidien, si précieusement intimes pour son propre équilibre mental, si capricieusement inaccessibles lorsqu'il voulait s'en rappeler.
« Vous avez vingt messages en attente, dont un prioritaire du Docteur Hérasme, psychiatre. »
Non, c'était ce matin-là. La dernière alerte. Le matin avant que son foyer ne se brisât.
« Je vous souhaite une bonne journée, à vous et à votre foyer, monsieur Évanoé. »
Les parois vitrées furent totalement transparentes, le soleil chauffa le plancher, le jour fut total dans la pièce et l'humain resta immobile sous le poids du souvenir.
 
 
LE FOYER
 
« Il est mon sang. Il est ma chair. Et à jamais il restera ma peine. »
 
 
Adam se présenta en peignoir dans la salle de vie, sa tablette électronique à la main. Il se rafraîchirait plus tard, car il avait encore un peu de temps devant lui.
La salle de vie était une longue pièce qui se situait dans l'angle est de la tour résidentielle. Ainsi ce lieu profitait du soleil sécurisant du matin et du soleil réconfortant de l'après-midi, éclairant à l'occasion les quelques reproductions sous-verre qui parsemaient les deux cloisons. La pièce était divisée en trois sections. Au fond, un coin détente accueillait facilement une dizaine de personnes dans des fauteuils et des canapés de cuir marron, qui étaient orientés de manière à profiter du grand écran mural. Face à l'entrée de la salle de vie, une dizaine de chaises à haut dossier en acajou entouraient une longue table en plexiglas transparent.
« Souhaitez-vous plus de pain, Miss Bénédicte ? » proposa la gouvernante artificielle, depuis le coin cuisine.
Orientée vers le nord-est, comme les chambres, cette troisième section était séparée du reste de la pièce par un comptoir où attendait le petit-déjeuner. Un ensemble de meubles bas courait le long de la cloison et des parois vitrées, et à chaque coin, montaient des colonnes d'électroménager ou d'étagères. Faite d'un bois blanc terni volontairement, la composition des portes et des tiroirs jurait par son style rustique, à cause de ses motifs et ses encadrements ciselés, en comparaison aux autres mobiliers plus épurés et stricts de l’appartement.
« Non, Rose, répondit une fillette de quatre ans assise sur un des tabourets. Mais je veux beaucoup plus de confiture dessus. »
Tout ce mobilier était à la mode au moment où sa femme l'avait choisi, soit peu de temps après qu'ils avaient déclaré sa grossesse et emménagé dans cet appartement fourni par le ministère de l'Habitat. Aujourd'hui, toute cette esthétique d'intérieur ne se voyait plus que dans des images d'archives, appartenait à une mode désuète, et rappelait surtout à Adam une époque révolue.
« Votre père a donné des consignes claires », exprima le droïde ménager avec son style décousu.
La machine possédait des membres grossiers et un visage presque insectoïde. Les concepteurs l'avaient à peine humanisée, dissimulant sa structure et ses mécanismes noirs derrière un carénage blanc. Cette difformité était accentuée par sa petite taille d'un mètre cinquante et ses trois pattes munies de roues.
« Alors pourquoi tu me demandes ce que je veux ? répliqua la gamine.
— Parce qu'elle a été programmée ainsi, Bénédicte, intervint Adam en s'approchant de sa fille. Et toi, je t'ai éduquée pour être plus respectueuse et plus polie. Alors qu'est-ce qu'on dit à Rose ?
— À l'école, Jérémie dit qu'il faut pas obéir aux robots.
— Pour les débats philosophiques, on verra quand tu seras plus grande. En attendant, Rose ne fait qu'appliquer et répéter mes ordres, et à moi tu dois obéir. C'est clair ? » insista-t-il avec douceur.
La tête de la gamine se baissa, mais le regard fâché soutenait celui de son père.
« Alors que

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