Féerélia Tome 4
432 pages
Français

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Description


Les O'Malley ne vous laisserons pas indifférents.



Attention ceci n'est pas un M/M mais la suite de Féerélia.


Amis ou ennemis ? Séparés et pourtant unis.
Les deux hommes ont des choix à faire, qui peuvent influer sur le cours de nos existences...
S’ils penchent vers leur côté sombres alors nous sommes perdus, mais s’ils prennent la voie contraire, là ce sont eux, que l’on condamne.
Si la vie fut clémente pour l’un, elle fut dévastatrice pour l’autre.
Malgré tout, on peut toujours se tromper sur la véritable nature des gens, ils sont bien placés pour le savoir.
Un nouveau titre de Féerélia où les mystères et les confidences côtoient les premiers émois.
Découvrez leur passé et frissonnez pour leur avenir.
Seront-ils capables de reconnaître les mains tendues ?
Et qui sont ces deux femmes qui croisent leur chemin... Ainsi que cet homme impénétrable ?
Lorsque l’on a commis le pire, a-t-on le droit au bonheur et vice versa ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 3
EAN13 9782956938064
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Florina L’Irlandaise
 
 
 
 
Féerélia
 
 
 
Gwendal VS Gabriel
 
De la même Auteure :
 
Féerélia :
 
Moïra Tome 1
 
Une étrange célébration Tome 1.5
 
Ludmilla Tome 2
 
Floryanna Tome 3
 
 
Ce livre est également disponible en format broché
 
 
 
www.florinalirlandaise.com
 
 
 
 
 
 
 
Dépôt légal : Janvier 2020
 
Copyright — @Florina L’Irlandaise 2020
Florina L’Irlandaise
50470 TOLLEVAST

Design couverture : © Caroline Lor
ISBN : 9782956938064
PRIX TTC du broché : 16.00€
 
 
 
 
 
 
 
Avertissement  : Ce roman comporte des scènes érotiques dépeintes dans un langage adulte. Il vise un public averti et ne convient donc pas aux mineurs. De ce fait, l’auteur décline toute responsabilité dans le cas où cette histoire serait lue par un public trop jeune. Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que le fruit de mon imagination.
 
 
 
 
Le Code de la propriété intellectuelle et artistique, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, n’autorise d’une part que les «   copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective   » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration. Aux termes de l’article L. 122-4 du Code de la propriété intellectuelle, «   toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite   ». Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivant du Code de la propriété intellectuelle.
 
Table des matières
       2
 
Gwendal VS Gabriel        2
Introduction        10
Chapitre 1        24
Chapitre 2        35
Chapitre 3        40
Chapitre 4        50
Chapitre 5        60
Chapitre 6        69
Chapitre 7        77
Chapitre 8        86
Chapitre 9        101
Chapitre 10        108
Chapitre 11        120
Chapitre 12        142
Chapitre 13        151
Chapitre 14        164
Chapitre 15        174
Chapitre 16        185
Chapitre 17        200
Chapitre 18        218
Chapitre 19        231
Chapitre 20        239
Chapitre 21        250
Chapitre 22        261
Chapitre 23        272
Chapitre 24        282
Chapitre 25        300
Chapitre 26        312
Chapitre 27        324
Chapitre 28        340
Chapitre 29        349
Chapitre 30        360
Prophétie        368
Lexique        369
Notes de l’auteur        416
Remerciements        418
Moïra        422
Une étrange célébration        424
Ludmilla        426
Floryanna        428

 

Introduction
Fergus
 
Moïra a chuté inconsciente à nos pieds, tout le monde s’est mis en position de combat, en sentant un danger imminent.
Nous le pressentions, mais sans le voir c’était perturbant.
Puis, il y a eu comme un nuage ou une sorte de brouillard épais, tombant sur le château, il était aussi dense que de la purée de pois.
Un rugissement ainsi qu’un hurlement de rage s’est fait entendre tout de suite suivi d’un bruit de lutte.
Désavantagé par ma vision humaine, mon dragon a commencé à muter. Cependant du ciel, on ne voyait même plus les lieux, ce qui me devenait inutile. Une idée a germé dans mon esprit en me remémorant la fable que Moïra avait racontée à la petite Andrée. Je me suis mis à souffler de plus en plus fort. Après tout, j’étais conscient que cette soudaine dégradation du climat n’avait rien de naturelle. Alors, pourquoi ne pas tout tenter   ?
Peu à peu, la brume a fini par se dissiper. La scène offerte à mes yeux était un véritable carnage. Bright était blessée, sans connaissance, avec une plaie sur le ventre, d’où s’échappait énormément de sang. Zoltan qui avait retrouvé forme humaine, la tenait contre lui en pleurant. Non, plutôt en hurlant de douleur.
Archibald présentait plusieurs marques de coups et de nombreuses ecchymoses ainsi que des meurtrissures diverses.
Étonnamment, Kiel qui était apparu je ne sais quand n’avait quant à lui pas la moindre lésion, même pas un cheveu de défait.
Mais le plus dramatique, c’est qu’il n’y avait plus de traces des deux sœurs.
J’ai toujours eu la faculté de «   changer   » rapidement, je me suis donc transformé en me jetant sur la place, et j’ai directement humé l’air à la recherche d’une piste.
Archibald a compris mon intention et s’est rapproché des soldats blessés afin de leur porter assistance. La jeune Nymphéa ne déméritait pas non plus, j’avoue qu’elle force mon respect. Bien d’autres auraient piqué une crise surtout après avoir entendu les propos de Moïra, malgré cela elle est digne d’une reine, secourant sans faire de distinction de classe. J’en parviens à me dire qu’elle est trop bien pour lui…
Morrigann   ! Son parfum sature les environs, mais ce qui me trouble le plus, ce sont les signaux envoyés par mon alter ego, lorsque je m’approche de mon père adoptif. Celui-ci n’aide pas ses hommes. Au contraire, il a un petit côté suffisant en regardant la place, qui m’était inconnu jusqu’alors, même son odeur semble différente. Je me suis mis en retrait et je l’ai observé un moment. Un malaise grandit dans ma tête et dans mon corps, sans que je puisse expliquer ce que je ressens exactement.
Mon dragon hurle de rage dès que je m’approche de lui, il veut sortir pour le dépecer et vivant, si possible. Ce n’est pas habituel chez lui, il est d’un naturel facétieux et plutôt calme pour un de ses congénères. Il place les gens qu’il estime sur un piédestal et il n’hésiterait pas à se sacrifier pour ceux qu’il aime.
Kiel est mon père adoptif, et qu’importe s’il n’appréciait pas les deux sœurs, il est étrange que mon double se mette à le défier soudainement. À la réflexion, il est resté inlassablement en retrait lorsqu’il était auprès de moi.
«   C’est le mal… Méfie-toi de lui, il te cache des choses…   »
Je suis surpris par sa véhémence lorsqu’il m’envoie ses propos par télépathie, mais plus encore par l’attitude de celui que j’ai constamment considéré comme ma figure paternelle. À dire vrai, je constate que je suis le seul à l’envisager ainsi, mon alter ego ayant toujours pleuré Celthore.
Des bribes de souvenirs me reviennent, je revois les derniers instants de mon père, le vrai   !
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Mebahel est à ses côtés, Celthore est à l’article de la mort lorsque l’ange, les larmes aux yeux, se met à lui parler. Kiel était avec les autres, soignant Archi qui était gravement brûlé. Moi-même, j’étais en piteux état. Ma mère et celle de mon ami ainsi que la petite Annabelle avaient péri dans les flammes.
J’étais dévasté. Je regardais l’homme, enfin plutôt le dragon que j’avais toujours adoré, pousser son dernier souffle.
— Approche mon enfant, me dit-il.
Je me suis jeté sur lui. Bataillant intérieurement avec mon double, qui voulait sortir, exterminer ceux qui lui avaient volé ceux qu’il chérissait.
— Écoute attentivement ce que j’ai à te dire. Méfie-toi de tout le monde, tu m’entends   ? Les apparences sont trompeuses et le mal sévit partout.
Il prit une grande inspiration, je le voyais souffrir, il n’avait pas eu la puissance suffisante pour muter. Son énorme carcasse gisait aux côtés des cendres de la demeure de Kiel et de Labelia.
– Papa, tu es fort et indestructible, ne m’abandonne pas, je t’en prie.
Je me fichais que l’on m’aperçoive en train de pleurer ou de supplier. Je ne voulais pas qu’il me quitte, j’étais prêt à tout, même à me ridiculiser si cela pouvait le sauver.
Mebahel s’agenouilla auprès de son ami et lui dit quelque chose à l’oreille. Mon père toussa une dernière fois et répondit d’une voix rendue difficile par la fumée qu’il avait avalée :
– Nous nous retrouverons. En attendant, écoute ton double, lui et Mebahel sont les seuls à qui tu peux vouer une confiance aveugle.
Mebahel me prit la main et posa l’autre sur le crâne gigantesque de Celthore et il le transforma aussitôt en une immense statue semblable à de la pierre. Mes cris et mes larmes ont dû avoir raison de moi, je ne me souviens même pas comment j’ai fini dans le camp avec Dagda, Mebahel et Kiel.
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C’est à tout cela que je repense en regardant l’homme devant moi.
Quelques secondes, peut-être des minutes, se sont écoulées alors qu’un portail s’ouvre, laissant passer Dagda soutenu par l’ange de mes souvenirs.
– Où sont mes filles, où se trouve Moïra   ? hurle l’ancien Dieu, qui semble sur le point de s’écrouler.
– Et Ciara   ? reprends l’ami de mon père.
Je reste là à les regarder, impassible. Que puis-je leur dire   ?
Que nous avons perdu les deux sœurs et que je soupçonne celui qui m’a élevé d’être la cause de leurs disparitions   ?
— Réponds   ! s’exclame Dagda, excédé par mon silence.
– Elles ne sont plus ici, lui réplique Archibald, d’une voix d’outre-tombe.
Nymphéa s’approche de lui, je m’aperçois qu’elle a dû être blessée, car du sang coule sur son visage. Elle pose la main sur son épaule, ce qui le fait sursauter comme s’il avait oublié sa présence :
– Que me veux-tu   ? Tu ne vois donc pas que nous sommes occupés   ? Tu n’as pas de la broderie à faire ou toute autre chose d’insignifiant   ?
Elle semble choquée, mais ne bouge pas, jusqu’à ce qu’en hurlant de rage, il lui dise :
– Foutez-moi la paix, espèce d’erreur de la nature. Si je dois vous épouser, c’est juste pour que votre frère n’accède jamais au trône. Tout cela n’est qu’un arrangement entre nos familles. Examinez-vous, vous êtes fade, sans intérêt, personne ne voudrait de vous, dans aucun monde   !
Je suis outré par son comportement et j’observe la jeune femme s’enfuir en courant, les larmes dévastant son visage, suivie de près par les hommes de sa garde. Un officier en particulier a dévisagé mon frère avant de partir à la poursuite de sa princesse. Je sens qu’il lui voue, à cet instant, une haine féroce.
Comme moi, je l’avoue, ce n’est plus celui auprès duquel j’ai grandi, il est froid, distant, calculateur. Tout le portait de Kiel, qui lui, le regarde fièrement.
Un rugissement interrompt mes pensées. Tellement pris dans celles-ci, j’en avais oublié le tigre et sa compagne, ils sont devenus au fil du temps ma famille, bien plus encore que la vraie.
– Mebahel, ce n’est pas possible   ? Dis-moi que je rêve   ? prononce Dagda en scrutant son ami.
– Cela ne devrait pas, nous sommes d’accord   ! Pourtant, si on reste là sans rien faire, elle finira par se vider de son sang et l’on ne saura jamais si ce que l’on pense est vrai.
Ils s’observent, puis ils tournent leurs visages vers celui de Zoltan. Celui-ci les regarde tour à tour, méfiant. Comme s’il connaissait quelque chose que j’ignore.
– Je te présente Dagda et Mebahel, commencé-je avant que le tigre ne m’interrompe en grognant.
– Je sais qui ils sont   ! Je me demande juste ce qu’ils vont décider de faire.
– Bah   ! La sauver, pardi   !
Je n’ai pas pu m’empêcher de lui répondre, tant c’était évident.
– Excuse-moi l’ami, mais je le croirai quand je le verrai, dit-il, suspicieux.
Il me manque vraiment des informations, car je ne comprends pas la réaction des trois hommes. Après tout, le tigre et sa compagne ont soigné Dagda et Mebahel. Tout le monde est resté silencieux pendant cet étrange échange, même Kiel n’a pas bougé et semble les dévisager bizarrement.
Le plus curieux, c’est que j’ai l’impression d’être le seul à le remarquer. Qu’est-ce encore que cette histoire   ?
Un soupir provenant de Dagda me rappelle à lui et celui-ci prononce d’une voix impatiente :
– On ne va pas y passer la nuit. Je ne la laisserai pas mourir. Peu m’importe, sa filiation ou la tienne, je vous ai reconnu au moment même où je me suis retrouvé dans votre campement. Pourtant, je n’ai rien tenté   !
Zoltan semble peu convaincu, mais il leur fait un signe de tête afin qu’ils s’approchent de Bright. Les deux hommes se placent de part et d’autre de la jeune femme inconsciente. Zoltan, qui a placé ses deux gigantesques mains sur son visage, la tient contre ses genoux.
Une lumière diffuse passe de leurs mains vers le corps de Bright, la plaie se referme devant nos yeux ébahis. Il n’y a plus aucun bruit, comme si la nature elle-même retenait son souffle, personne n’ose respirer. Elle revient à elle, comme à son habitude, un doux sourire prend forme sur son visage. Elle n’est pas surprise de trouver les deux hommes près d’elle. Cependant d’un coup, elle fonce les sourcils et se ferme.
– Elles ne sont plus là, dit-elle, tristement.
Elle se tourne vers Kiel et le regarde avec insistance. Dagda et Mebahel semblent enfin le remarquer et je dois dire que leurs comportements me paraissent étranges et m’exaspèrent.
– Je pars sur Avalon, j’y trouverai peut-être une piste   !
Le couple se regarde et je sais que, comme à leurs habitudes, ils communiquent par télépathie.
– Nous partons sur Terre, rien ne nous retient ici, je pense même que nous n’aurions jamais dû venir en Féerélia. Mebahel, tu sais où nous nous rendons, tu es le bienvenu bien entendu, dit Zoltan.
Après quelques instants d’échange silencieux, la jeune femme nous dit à son tour :
–  Dagda et Fergus aussi, cela va de soi.
Suis-je le seul à remarquer qu’ils n’ont pas inclus Kiel et Archibald   dans leurs invitations   ?
Les deux hommes sont d’ailleurs en train de se disputer à l’écart de notre groupe. Je les regarde une dernière fois après avoir remercié mes amis. Archi, se retourne vers moi. Mon frère… Mon ami…
Je crois le déceler une dernière fois, mais son visage redevient un masque de haine et de froideur. Je sais que c’est fini, il n’y a pas de retour possible. Si toutefois, il y a eu un sentiment fraternel entre nous. Peut-être que j’ai tant voulu une famille que je me suis imaginé des choses.
 
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Je me réveille en sursaut, ce cauchemar ne cesse de me hanter, ce souvenir restera marqué comme une tache indélébile dans mon cœur et ma mémoire.
Je me rappelle exactement mon état d’esprit, quand j’ai retrouvé Moïra, au bout de vingt ans de disparition. Enfin plus, si je compte notre drôle de conception de l’espace-temps sur Féerélia. De fausse piste en tromperie, je ne sais pas pourquoi, mais je ne suis jamais parvenu à retourner chez moi.
Je passe la main sur son ventre gonflé, doucement pour ne pas la réveiller. Par quelle magie avons-nous réussi cet exploit, ce petit miracle   ?
Du coup, je sais qu’il ne sera pas dragon, car ils naissent dans des œufs. J’ai parcouru les mondes à la recherche de Moïra et Ciara, je suis donc bien placé pour connaitre l’extinction de mon espèce.
Elle ouvre les yeux délicatement et son sourire m’émerveille toujours autant. Des sentiments contradictoires prennent vie dans ma conscience. La joie d’être avec celle que mon âme a reconnue, mais aussi le désespoir d’avoir appris que la famille dont je m’étais enorgueilli n’était finalement qu’une utopie.
Pourtant, cela s’est fait naturellement, sans qu’aucun de nous le pressente.
Un coup discret sur son ventre nous sort de notre torpeur.
– Oh   ! Il bouge   ! me dit-elle.
Oui, je l’ai senti aussi.
– Tu n’es pas déçu que ce ne soit pas un dragon   ?
Sa voix est faible et légèrement tendue.
– Non, ma chérie, nous avons déjà accompli un miracle. Si seulement, je pouvais apporter autant de bonheur à Ciara et son fils, sans oublier Floryanna et les enfants.
– Je sais, mon amour. Un jour peut-être…
Nous restons ainsi tous les deux, à méditer sur notre passé et notre avenir incertain. Mon double m’envoie une phrase, que je mettrai des années à saisir :
«   Ne pense pas que tout est acquis. D’un malheur, peut ressortir l’espoir. N’omets pas ce que nous a dit notre père   !   »
 
 

Chapitre 1
Gwendal
 
Je viens de finir de faire le tour de mes locataires, tout se passe bien. Je dois avouer que je ne suis pas peu fier de moi.
Je n’ai pas de souci particulier avec eux. Je veille juste à ce qu’ils se trouvent bien, mes loyers sont intentionnellement bas, j’ai d’ailleurs assez d’argent pour plusieurs vies. Je me dirige vers l’appartement de Cassie, Ludmilla a fini par la convaincre de venir me demander de l’aide afin de se loger convenablement.
Cette jeune femme est étrange. Cependant, elle m’est recommandée par ma nièce et Aydan, mon beau-frère, pour lequel elle travaille. S’il l’emploie, c’est que c’est quelqu’un de bien, enfin j’espère. Que ce soit clair, je me moque qu’elle paye ou pas son loyer, je veux juste qu’il n’y ait aucun problème avec mes autres occupants.
Je ne travaille pas, enfin pas vraiment comme on l’entend classiquement, je vis de mes rentes et de petits boulots par-ci par-là lorsque j’en ai envie.
J’ai investi dans l’être humain. Je suis sûr que si l’on tend la main aux autres, alors non seulement on en ressort grandi, mais cela pousse la personne à se surpasser. Dans mes immeubles, j’ai souvent des familles monoparentales, des retraités ou des jeunes un peu perdus. Je leur offre un foyer à bas prix en contrepartie d’un échange de bon procédé.
Un peu de cuisine, la réfection de la peinture ou même des cours particuliers. Je n’ai jamais eu de souci jusqu’à présent, je me fie souvent à mon instinct. Même si Arwen et Gab me disent souvent que c’est plutôt ma carrure qui fait que personne n’ose se frotter à moi et respecte les clauses de nos contrats.
Cependant pour Cassie, je ne ressens rien émaner d’elle, comme si elle était dénuée d’émotions ou de sentiments. Pas que j’ai essayé d’entrer dans sa tête, mais je ne saurais pas l’expliquer, je sais d’instinct si une personne est fiable ou pas.
«   Grâce à moi   !   »
Bon sang   ! Je suis pris d’un vertige, cette voix est de plus en plus insistante avec le temps. J’ai cru m’en être débarrassée, mais la revoilà plus forte que jamais.
«   Je fais partie de toi, tu ne peux pas me faire taire comme tu ne peux pas t’empêcher de t’inquiéter pour tes neveux et nièces   »
Je respire doucement en pensant à des chansons plus énervantes les unes que les autres. J’ai lu dans un magazine que si l’on occupe son esprit avec des choses que l’on déteste alors les hallucinations auditives se font moins présentes.
Soudain, une main se pose sur mes épaules et dans un flash, je vois des images sans queue ni tête forcer mon esprit. Je tombe à genoux et j’entends de très loin un timbre, qui semble anxieux, me demander :
– Ça ne va pas   ? Vous êtes tout pâle, je voulais savoir si vous pouviez regarder un truc dans l’appart, mais je crois que je vais appeler Lu.
– Non, soupiré-je, la nausée au bord des lèvres. Ça va passer, il finit toujours par me laisser tranquille.
Je pose mes mains sur le sol et essaye de calmer les mouvements erratiques de mon cœur.
– Qui   ? Pas que cela me regarde en fait, mais vous faites flipper un peu quand même, ironise-t-elle.
«   Sorcière. Elle est en danger, il faut l’aider   !   »
– Ferme-la, bon sang   ! m’écrié-je en me bouchant les oreilles.
– Sympa, le proprio, ça m’apprendra à passer par les amies pour me trouver un toit, lâche-t-elle en s’éloignant.
– Non   ! Attends…
Je l’attrape par le poignet, ma main effleure son gant et d’autres images arrivent, toutes plus horribles que les précédentes.
– Qui es-tu   ? bredouillé-je en la fixant.
Elle me regarde, ses drôles d’yeux bleus attentifs au moindre de mes mouvements. Une minute   ! Ils étaient marron quand nous avons signé le bail  !
– J’aime le changement   !
Mais… Comment a-t-elle fait, je n’ai pourtant pas ouvert la bouche   ?
Je fronce les sourcils en l’observant, je dois éclaircir ce mystère. Enfin, quand mon crâne arrêtera de se croire dans un manège.
– Appelle-les, s’il te plait, murmuré-je, avant de m’écrouler à ses pieds devant la porte de mon immeuble.
Elle a raison, je fais un drôle de propriétaire quand même. Et d’où viennent toutes ces images, qui sont tous ces gens qu’elle a tués, surtout pourquoi   ?
Je glisse dans l’inconscience avec toujours le même cauchemar en toile de fond, mais qui est ce petit garçon sur cette plage et pourquoi ai-je la sensation de le connaitre   ?
«   Réveille-toi, bon sang   ! Écoute-moi, vous courez tous un grand danger, je suis plus présent car tu dois te préparer   ».
J’attrape ma tête à deux mains, je deviens fou, je finirai comme ma mère, dans un état catatonique. J’ai encore la nausée et ce pressentiment qui ne me quitte pas. Je ne me demande même pas comment je suis arrivé sur mon lit, Arwen a l’habitude de me ramener, mes pertes de connaissances sont de plus en plus nombreuses. Je me glisse dans la salle de bain familiale et fais couler l’eau froide sur mon corps tendu. J’ai vraiment besoin d’une copine ou d’un plan régulier. Je pourrais me soulager moi-même, mais j’ai horreur de ça, j’ai besoin de plus, de câlin et de tendresse. Oui   ! Je n’ai pas peur de le dire, je suis un grand romantique.
Mais, je ne peux rien faire ici, c’est la demeure de ma famille, l’on ne peut jamais être tranquille. Preuve en est Ann, qui frappe comme une damnée contre la porte :
– Tonton, ouvre   ! Purée   ! Je vais être en retard en cours, mais tu fous quoi, là-dedans   ? Oh   ! Tu te masturbes   ? Ah, beurk, hurle-t-elle.
Elle va réveiller toute la maisonnée. Énervé, je réplique à travers la porte de la salle de bain.
– Mais non, bordel   ! On ne peut pas se laver tranquillement ici, ma parole   ! Je vais finir par prendre un appart en ville.
– Menteur, tu t’ennuierais trop de nous, glousse cette chipie.
Elle n’a pas tort cela dit, j’aime ma famille plus qu’aucun mot ne pourrait le décrire. Ma mère est malade depuis de longues années, alors je suis resté avec eux. Je file un coup de main à ma sœur aînée, parfois. Floryanna est plus détendue depuis qu’elle est mariée avec Aydan. Ce n’est pas une corvée, j’adore être ici, je me sens à l’abri, protégé.
Nous sommes un peu spéciaux chez nous, comprenez : nous avons des dons particuliers. Pourtant, ma sœur réfute les siens et veut faire de même avec ceux de ses enfants, mais réussir à faire obéir les jumeaux, surtout quand ils ne sont pas d’accord, est une utopie selon moi. Malgré cela, je ne suis pas leur mère. Heureusement, d’ailleurs   ! Déjà en tant qu’oncle plus jeune, ils m’en font voir de toutes les couleurs, sans parler des petits qui sont de véritables petits démons. Alors, être le parent de ces monstres, non merci   !
Pourtant, que voulez-vous, je suis faible devant leurs petits minois quand ils quémandent quelque chose ou que je couvre leurs nombreuses bêtises. Je sors de la douche en riant et je m’habille rapidement. En quittant ma chambre, je vois Ann qui a encore cette drôle de grimace.
– Tu vas bien   ? Tu as l’air fatiguée ces temps-ci crapaud, lui demandé-je.
Elle me tire la langue à la mention du surnom qu’elle déteste et dont nous l’avons affublée avec les jumeaux. Elle change habilement de conversation, mais je ne suis pas dupe. Je dois en discuter avec Ludmilla, sa sœur saura lui tirer les vers du nez.
– Tu as entendu, cette nuit   ? Maman a encore fait son truc avec les éléments, poursuit-elle en se grattant le menton.
J’en déduis qu’elle est stressée, puisque cela fait partie des quelques tics qu’elle prend quand quelque chose l’inquiète.
– Difficile de ne pas entendre l’orage résonner dans la maison. Tu crois qu’elle pense vraiment que nous ne savons pas ce qu’il se passe dans leur chambre   ? ajouté-je.
– Ah   ! Mais moi, je ne veux pas savoir ce qu’ils font là-dedans   ! glousse-t-elle en s’enfermant pour prendre sa douche.
Je descends et regarde ma sœur s’affairer dans la cuisine. Je ressens comme toujours sa tristesse et son mal-être, ainsi que des images, comme avec Cassie. Je suis sûrement en train de devenir fou.
Je me documente beaucoup sur la schizophrénie, car je suis convaincu que c’est le mal dont je souffre. Les images, les voix, tout ça ne sont que des symptômes de cette maladie.
Et qui sait, peut-être est-ce cela qui enferme notre mère dans le silence   ?
Floryanna parle avec Aydan, je ne fais pas de bruit. Pas pour les surprendre, mais tout simplement parce que je sais que ma présence irrite ma sœur. Elle se dispute sans arrêt avec mon père, tout est prétexte à des piques.
Justement, celui-ci arrive avec maman à son bras, je voudrais qu’elle me regarde comme lui, c’est con d’être jaloux de son père   ?
Eh bien   ! C’est ce que je ressens quand je les vois se regarder comme maintenant, je ne fais pas partie de leurs mondes, comme si je n’étais qu’un obstacle. Mon père relève la tête d’un coup et me fixe. Je regarde mes pieds, honteux de mes pensées, je ne vois donc pas les larmes qui ont effleuré ses yeux, ni sa main crispée sur le bras de sa compagne.
Ludmilla arrive en chantonnant, elle et Ann se chamaillent comme d’habitude. Je n’ai même pas eu conscience de m’asseoir à table, je tourne mon café machinalement. Lorsque j’entends mon père envoyer une pique à Aydan, Floryanna réagit au quart de tour, ce n’est pas son genre, mais cela ne m’empêche pas de rajouter mon grain de sel.
La douleur… La peine… Une immense tristesse me tombe dessus comme si elle allait me noyer, je m’accroche à la table. Personne n’a rien vu, je pars discrètement dans ma chambre. Le terme exact serait plutôt : je me retiens aux murs pour ne pas tomber. Les voix sont de plus en plus nombreuses, il y a celle qui m’accompagne depuis des années, mais il y en a d’autres à présent et… Je m’écroule dans l’escalier.
Je suis resté évanoui peu de temps, personne n’a rien vu, je monte les marches rapidement et je m’allonge sur mon lit. Je m’endors et des images de meurtres et de tortures tournent en boucle. Je me réveille, en sueur et déboussolé. J’empoigne mon blouson et décide de prendre ma moto, l’air frais me fera du bien. Qui sait, je pousserai peut-être même jusque chez mon meilleur ami   ?
Une bière me remettra les idées à l’endroit, je sais que nous ne sommes que le matin, mais l’alcool est le seul moyen que j’ai trouvé afin de m’abrutir. Je consulte un psychiatre, j’ai même son ordonnance dans ma poche. Seulement, au moment où je lui ai serré la main, j’ai senti qu’il avait ses propres démons à combattre.
Comment dire   ? Je vois un psychiatre en qui je n’ai absolument aucune confiance et je continue les rendez-vous, juste pour m’assurer qu’il ne cède pas à ses pulsions perverses.
C’est du n’importe quoi   ! Je devrais en parler avec mon beau-frère, après tout c’est un ancien flic. Il pourrait éventuellement faire quelque chose, il n’est pas encore passé à l’acte.
Je pense, bien que j’adore l’être humain, que tout le monde ne peut pas être secouru, et ça me désole.
 

Chapitre 2
Gabriel
 
Nous sommes devant un immense bâtiment, la porte me semble disproportionnée pour ma petite taille, je le supplie du regard. Je tente même d’entrer dans son esprit, en vain. Mon crâne me fait mal à force d’avoir pleuré.
— Je ne peux pas te protéger, tu seras plus en sécurité ici   ! me lâche-t-il d’une voix où perce la culpabilité.
– Mais moi, je veux rester avec vous   ! m’écrié-je. Par pitié, je veux voir les petits grandir. Fergus, ne fais pas ça, s’il te plait. Gardez-moi   !
Je le supplie du regard, les mains jointes, accroché à ses lèvres dans l’attente d’une parole. Celui que j’ai toujours considéré comme mon oncle, semble peser le pour et le contre dans sa conscience. Il a fermé son esprit pour que je n’y accède pas.
Cependant, je ne l’aurai pas fait. Il est mon unique image paternelle, je pourrais presque dire que je le vénère tant je l’aime.
Il baisse son visage jusqu’à fixer ses chaussures, il a fait son choix et je ne suis pas sa priorité. Lui non plus ne peut pas savoir ce que je pense ou ressens. Après tout, pourquoi lui laisserais-je voir le mal qu’il me fait   ?
Fier, je relève le menton, je sèche mes larmes d’un revers de la main.
– D’accord, mais je te préviens, le jour où je sortirai d’ici, vous n’existerez plus pour moi   ! grommelé-je.
Il sursaute devant mon ton sec et hargneux, un froid glacial est tombé sur mon cœur alors que je constate que je n’étais qu’un poids dont on devait se débarrasser. Je le laisse sur le parvis et monte les marches qui fixeront mon destin à jamais. Je frappe à la porte sans un regard en arrière.
Il essaye de me rattraper, se ravisant devant la peine qui craquelle mon esprit, mais je lui glisse entre les bras. La mère supérieure m’inspecte sans rien ajouter, ses yeux sont d’une couleur étrange, ni verts ni bleus, mais un mélange de tout cela. Son habit et sa coiffe ne permettent pas de distinguer son âge ou la couleur de ses cheveux. J’entends Fergus m’appeler :
– Gabriel, voyons, ne fait pas l’enfant…
Je me tourne et fixe ses traits dans ma mémoire.
– Mais j’en suis un   ! insisté-je. Seulement, j’ai conscience que je ne fais pas partie de ta famille. Je suis sûr que tu ne la chercheras même pas.
Ma voix me surprend moi-même, elle est montée dans les graves, comme si ma voix d’homme perçait sous mon chagrin.
– Je t’interdis de dire cela… bredouille-t-il.
– Tu n’as rien à m’interdire du tout   ! martelé-je en insistant sur la fin de ma phrase. Je ne suis plus rien pour vous. Madame, pourriez-vous fermer la porte, je suis orphelin et cet homme m’importune, merci.
Je pars sans me retourner en me dirigeant vers le centre du bâtiment, où se trouve un grand jardin avec des enfants.
Je les laisse discuter entre adultes. Les «   petits   » ne sont que des marchandises avec lesquels ils peuvent faire ce que bon leur semble. Pourtant là, à l’instant, mon âme hurle sa peine. Je voudrais leur crier comme ça fait mal, et combien je voudrais mourir.
J’ai essayé de m’échanger contre Gwen, mais cet homme aux faciès de requin m’a pris en traitre. Ils ont enlevé un bout de mon cœur. Maman, où te trouves-tu   ?
Une petite fille glisse sa main dans la mienne. Je détaille son insolite chevelure bleue. Elle me fixe, comme si elle comprenait mon tourment, pire, comme si elle le partageait.
– Ne t’inquiète pas, tu seras bien ici, me dit-elle sans me lâcher du regard. Je m’appelle Ivy et toi   ?
– Gab   ! Appelle-moi, Gab. Et je ne m’inquiète pas, c’est plutôt vous qui devriez avoir peur, la rembarré-je.
Je retire sèchement ma main de celle de la fillette et je vais attendre que l’on m’indique un endroit pour dormir. Je m’adosse à un pilier de cette cour, je suis dans un orphelinat, un couvent pour enfants dont personne ne veut.
Je m’appelle Gabriel, ma mère a été enlevée sous mes yeux par des monstres, pas des personnes monstrueuses, mais bel et bien le pire de ce que votre imagination pourrait reproduire.
Ma seule famille vient de m’abandonner, comme un sac de détritus sur la chaussée. Je n’ai que dix ans, mais je jure que je ne dépendrai plus jamais de personne et comme cette enfant qui me dévisage, vous devriez avoir peur de moi, je vais devenir votre pire cauchemar.
J’en fais le serment, quoiqu’il m’en coûte, je les retrouverai tous et les exterminerai jusqu’au dernier   !
 

Chapitre 3
Ivy
 
Je fixe le nouveau venu, j’ai essayé de soulager sa peine, mais elle est encore trop fraîche.
Je ne suis pas née ici, ma mère s’est débarrassée de moi, alors oui, je sais ce qu’il ressent. Je ne me rappelle que peu de chose de mon passé et qui ne colle pas avec ce que l’homme qui m’a amenée ici m’a raconté d’ailleurs. Peut-on avoir des souvenirs, alors que nous n’avons que quelques mois   ?
Je ne sais pas. Pourtant, lorsque je ferme les yeux un visage apparait, ses cheveux sont de la même couleur que les miens. Je ne comprends pas tout ce qu’elle me murmure, mais je me sens bien contre elle. Son odeur, sa chaleur me rassure. Puis, il y a du bruit, des cris, ce froid qui m’étreint le cœur et le corps, ainsi que ce sentiment de manque indéfinissable.
Je serre ma petite main à l’endroit où cet organe, qui représente l’amour, se trouve et où il me fait si mal. Je n’arrive pas à empêcher les larmes de dévaler mes joues.
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Un autre visage se profile, une dame aux cheveux étranges. Elle semble triste, elle passe sa main sur mon crâne. Je comprends ce qu’elle dit, car je suis un peu plus vieille, mais sans connaître exactement mon âge.
– Archibald, on ne peut pas l’abandonner là   ! Si tu ne veux pas qu’elle reste au château, alors laisse-moi au moins la conduire à l’abri.
L’homme qu’elle désigne est celui qui me fait peur, justement. J’ai une particularité, lorsque je suis effrayée, j’ai la vision d’un autre monde où je me cache de mes cauchemars. Et lui, il me terrifie, car je sens un côté de lui qui se bat en permanence avec une facette plus sombre, quasi démoniaque. Encore maintenant, c’est ce côté qui me scrute en m’expliquant que ma mère est une raclure. Et qu’elle n’a pas hésité à abandonner le fruit de ses entrailles afin de se faire de l’argent.
Je suis une expérience, d’après lui. Je n’ai pas été créée par l’amour, je ne pourrais jamais même connaître ce mot. La jeune femme se dispute avec lui, mais je ne comprends pas tout ce qui se dit, les mots qu’ils emploient sont trop compliqués pour mon âge. Un homme s’approche de moi, il a un parfum piquant presque rassurant, il me sourit en me prenant dans ses bras.
– Viens mon enfant, ce sont des histoires de grandes personnes. Tu connais l’océan   ? me demande-t-il en souriant.
Je lui fais signe que non sans parler, je n’ose pas m’exprimer de vive voix. Un peu comme si je n’avais aucune légitimité en ce lieu.
– N’aie pas peur, je ne te ferai aucun mal, promis. Comment te nommes-tu   ? Moi, c’est Iléon.
– Je n’ai pas de nom, lui murmuré-je du bout des lèvres.
Il devient triste, les larmes perlent dans son drôle de regard.
– Elle s’appelle Ivy, lui réplique la femme. S’il te plait, veux-tu t’occuper d’elle   ?
– Et tu le tutoies, en plus   ! Pourquoi ne couches-tu pas avec tant que tu y es   ? hurle le dénommé Archibald.
– Sûrement parce que tu serais trop content de pouvoir rejeter tes travers sur moi   ! Ne rêve pas, Iléon est mon ami, mais tu ne connais pas ce mot, toi qui as trahi ton propre frère.
Je m’accroche à l’homme qui me porte. Son expression est fermée, mais je suis sûre que si l’autre essaie le moindre geste contre la dame, il se jettera sur lui. Iléon, puisqu’il me semble que cela soit son prénom, est assez grand et je devine sous mes paumes d’enfant que ses muscles sont assez durs pour ne pas être juste de la poudre aux yeux. Ses yeux sont assez étranges passant par toutes les couleurs de bleu comme si la tempête avait élu domicile dans son regard. Sa peau est aussi peu commune comme si des millions de diamants avaient été incrustés dans celle-ci, les cris du couple m’interrompent alors que je détaillais l’homme qui me porte contre lui.
– J’ai peur, lui dis-je en me cachant dans son costume.
– Je suis désolé, douce Ivy. Princesse, si vous avez besoin, je suis à côté, s’exclame-t-il en claquant des talons.
– Ce n’est pas une princesse, mais une reine, mets-toi ça dans le crâne, espèce de… l’invective Archibald.
– Poisson ou erreur de la nature, c’est ce que vous cherchiez peut-être   ? ironise Iléon.
Je sens, à travers le tissu de son vêtement, que la situation l’amuse. Il ne demande qu’à se battre avec cet homme qu’il hait tant.
– S’il te...

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