Hérodias et le porteur de lumière
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Description

L’île d’Avalon est de plus en plus menacée. Pour parvenir à conjurer la magie noire des sorciers d’Azgor auxquels les chrétiens se sont alliés, Hérodias, accompagnée d’Adalric, Goulven et du moine Cadoc, est missionnée par Viviane, Morgane et Merlin pour tenter de convaincre Titania, la reine des Fées, de leur venir en aide. Pour cela, il leur faut rejoindre la cité d’Ys car la princesse Dahud est la seule à connaître l’emplacement de la porte des fées.


Mais le roi Gradlon, le père de Dahud, s'est converti à la nouvelle religion du dieu unique et est sous la coupe de Gwenolé, le moine sanguinaire, mais aussi du diabolique seigneur Siferio. La cité d’Ys est en grand péril.


Pour Hérodias, cette quête revêt un enjeu d’une importance capitale puisqu’elle espère que cela lui permettra de ramener à la vie son aimé.


C’est à un choc des Titans que nous convie ce second tome des Épopées avaloniennes et chacun devra affûter ses armes pour espérer influer sur le cours des événements.

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EAN13 9782374535272
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Présentation
L’île d’Avalon est de plus en plus menacée. Pour parvenir à conjurer la magie noire des sorciers d’Azgor auxquels les chrétiens se sont alliés, Hérodias, accompagnée d’Adalric, Goulven et du moine Cadoc, est missionnée par Viviane, Morgane et Merlin pour tenter de convaincre Titania, la reine des Fées, de leur venir en aide. Pour cela, il leur faut rejoindre la cité d’Ys car la princesse Dahud est la seule à connaître l’emplacement de la porte des fées.
Mais le roi Gradlon, le père de Dahud, s'est converti à la nouvelle religion du dieu unique et est sous la coupe de Gwenolé, le moine sanguinaire, mais aussi du diabolique seigneur Siferio.
La cité d’Ys est en grand péril.
Pour Hérodias, cette quête revêt un enjeu d’une importance capitale puisqu’elle espère que cela lui permettra de ramener à la vie son aimé.
C’est à un choc des Titans que nous convie ce second tome des Épopées avaloniennes et chacun devra affûter ses armes pour espérer influer sur le cours des événements.


***




Depuis son enfance, Sara Greem est une passionnée de mythologies, grâce à son père qui lui lisait en langue latine les épopées héroïques des dieux gréco-romains.
Des années plus tard et par le plus grand des hasards, elle rencontre un druide qui reconnut en elle l’âme d’une ancienne prêtresse d'Avalon.
Après un long chemin initiatique, elle reçoit la bénédiction d'un autre druide qui devient son guide ; elle peut désormais célébrer ses propres rituels.
Aujourd'hui, dans la saga des Épopées Avaloniennes, un roman historico-fantastique, elle dévoile l'histoire, les symboles, et certaines cérémonies des dieux qu'elle vénère.
ÉPOPÉES AVALONIENNES
2 - Hérodias & le porteur de lumière
Sara GREEM

Les Éditions du 38
Tu disais en ton cœur : Je monterai au ciel, J’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu ; Je m’assiérai sur la montagne de l’assemblée, À l’extrémité du septentrion ; Je monterai sur le sommet des nues, Je serai semblable au Très-Haut… Esaïe chapitre 14 , La Bible
Personnages principaux
Hérodias d’Athènes : surnommée la bâtarde ou la sang-mêlé. Fiancée du dieu Cernunnos représenté par un mortel lors de la nuit de Beltane. Jeune ovate qui s’apprête à être initiée aux grands mystères d’Avalon pour devenir grande prêtresse.

Lena : jeune ovate et meilleure amie d’Hérodias.

Viviane : grande prêtresse d’Avalon qui siège au Conseil des Anciennes, composé de Morgane et de Dana. Considérée comme la Mère de toutes les prêtresses et initiées de l’île d’Avalon.

Morgane : grande prêtresse d’Avalon prenant part au Conseil des Anciennes, composé de Viviane et de Dana.

Dana : grande prêtresse d’Avalon prenant part au Conseil des Anciennes, composé de Viviane et Morgane.

Merlin : grand druide qui fut l’élève de Taliésin, le druide le plus illustre de tous les temps.

Seigneur Kai : fils du seigneur de la dynastie Sui de Chine.

Seigneur Adalrik : fils de Hakon Sturlursson, jarl de nombreux villages de Norvège. Adalrik est le jarl ou chef du clan des loups blancs, fuyant ses terres à cause de l’expansion du christianisme.

Seigneur Goulven : fils de la grande prêtresse Morgane, et jumeau du seigneur Mordred.

Seigneur Mordred : fils de la grande prêtresse Morgane. Il tua le roi Arthur, son père, et porte désormais le nom de « parricide ». Mordred est le frère jumeau de Goulven.

Cadoc : grand druide et ancien élève du mage Taliésin. Cadoc s’est converti au christianisme.

Hermès : fidèle compagnon à plumes d’Hérodias.

Deirdre : jeune prêtresse d’Avalon et ennemie d’Hérodias.

Princesse Dahud : fille du roi Gradlon et princesse de la cité d’Ys. Dahud vénère les dieux ancestraux de manière assidue.

Comte Luigi Siferio : comte du Latium et fervent chrétien, faisant partie des fidèles du moine Gwenolé.

Frère Martin : moine pèlerin faisant partie de l’entourage de Gwenolé.

Lutuz-Nog : fils de Kérion, le roi des korrigans, vivant dans les bois sacrés de la cité d’Ys.
Chapitre 1
Kenavo 1 , Avalon chère à mon cœur
 
J’étais assise autour de la grande table du Conseil des Anciennes, pendant que Merlin, Viviane et Morgane expliquaient à l’assemblée la teneur de notre mission. Adalrik, Goulven, Jian et Cadoc, le traître, se trouvaient à mes côtés, alors que Lena, Yuan et Killian se dressaient debout, près de la représentation de la Grande Déesse et de Cernunnos. Ma meilleure amie pleurait en silence et me lançait parfois des œillades discrètes. Je savais qu’elle désapprouvait l’initiative des druides et des grandes prêtresses, à cause du danger que représentait notre expédition à la cité d’Ys.
— Votre quête devra se dérouler dans le plus grand des secrets, car si vous échouez, Avalon sera perdue et nos traditions avec, déclara Viviane d’un ton triste. Dana sera probablement informée de votre destination, et maintes embûches surgiront sur votre chemin. La vigilance sera votre mot d’ordre.
Le seigneur viking grogna.
— Si nous croisons son chemin, la traîtresse goûtera de mon fer, menaça-t-il en mettant une main sur le côté, à la recherche de son arme.
Mais la chambre des anciennes ne tolérait aucun instrument de guerre. Un autre grognement sortit de ses lèvres lorsqu’il se rendit compte que ni sa hache ni son épée ne s’y trouvaient.
— Seigneur Adalrik, je vous ai maintes fois expliqué que cette guerre revêt un caractère magique, intervint Merlin. Et ce, tant que les sorciers d’Azgor maintiennent la reine des fées, Titania, et le petit peuple sous leurs envoûtements. Puis…
— Il n’est pas question que vous vous en mêliez, jarl des loups blancs. Envoûtements ou pas, j’ai promis à une personne chère de lui remettre la grande prêtresse en mains propres, l’interrompit Cadoc. Et une promesse demeure une promesse.
Comme celle de me ramener mon aimé grâce au feu du dragon, moine ? Comment vas-tu t’y prendre ?
Je relevai la tête, interpellée par sa remarque, pendant que le Nordique frappait la table de son poing. Ce qui fit sursauter les deux anciennes.
— Une promesse formulée par la bouche d’un traître ne m’inspire aucune confiance ! l’invectiva-t-il. Kai a disparu et c’est à cause de vous !
Le bâton de Merlin vint frapper le sol.
— Seigneur Adalrik, gardez en tête qui fut le maître de ce traître, comme vous le nommez !
Le moine avait été l’apprenti de l’illustre druide Taliésin, tout comme Merlin, avant de se convertir au christianisme.
L’expression du seigneur du Nord se figea pendant un instant, puis il hocha la tête en silence.
— C’est à moi seule que Cadoc remettra la traîtresse, déclarai-je en redressant la tête pour lever le doute sur l’identité de la personne qu’il considérait de « chère ».
 Adalrik sourit à pleines dents.
— Dana sera jugée selon les lois d’Avalon afin d’encourir le châtiment qu’elle mérite, repris-je face au silence de l’assemblée.
Mon nouveau statut de grande prêtresse me permettait désormais de prendre des initiatives. Et cela, même malgré le regard désapprobateur de Mère.
Merlin toussota.
— Nous en reparlerons lorsque vous réussirez à mettre la main sur elle, dit-il. Il y a plus urgent à ce jour.
— Grâce à la trahison de l’ancienne, Kai, Goulven et moi-même avons perdu des hommes. Et mon frère de sang n’est plus de ce monde. Ne croyez pas que l’affaire s’arrête là, vieux sage ! riposta Adalrik.
Mon ventre se tordit, et je sentis mes yeux s’emplir de larmes. Mais je me retins afin de prouver à Mère que j’assumerais mes nouvelles responsabilités, avec la force qui caractérise une grande prêtresse d’Avalon.
Le bâton de Merlin frappa à nouveau le sol.
— Je suis convaincu que vous chercherez à vous venger, seigneur du Nord. Mais sachez que la réussite de votre mission mettra un terme définitif à la magie de Dana et à celle des sorciers d’Azgor. Si Titania se range à notre cause, vous sauverez aussi les croyances qui sont les vôtres.
Son intervention lui valut un regard noir du Viking.
— Adalrik, tempère ton impulsivité. Il nous faut garder la tête froide, car je te signale que nous partirons sans nos hommes, et dans la plus grande discrétion, intervint Goulven avec un sourire moqueur.
Son rival de toujours le gratifia d’un rictus méprisant.
Il avait été décidé que les participants à l’expédition voyageraient sans escorte. Merlin estimait qu’Adalrik, Goulven et Jian suffiraient à ma protection, et que Cadoc était parfaitement apte à nous aider de sa magie. Quant à moi, on m’attribua le rôle de conseillère auprès de la princesse Dahud, fille du roi Gradlon, de la cité d’Ys. Et de manipulatrice de surcroît, car je devais par tous les moyens la pousser à me dévoiler l’endroit où se trouvait la porte qui menait au royaume des fées. Je partais du principe que si la jeune femme ne souhaitait pas coopérer pour le bien de ses traditions, je la laisserais seule démêler ses affaires avec le moine Gwenolé. Merlin nous expliqua que les chrétiens avaient souhaité à tout prix ériger une église dans la cité d’Ys, et que leur requête avait reçu un accueil favorable du roi Gradlon. Cette nouvelle représentait certainement l’ébauche d’un échec à venir.
— Très bien, déclara Mère, puisque les décisions sont arrêtées, je propose que vous preniez un peu de repos avant le voyage fastidieux qui vous attend. Morgane, Merlin et moi-même chercherons des alliances favorables à votre quête pour vous soutenir. Vous ne serez pas seuls.
Le seigneur viking émit un sourire moqueur qui se figea après que le mage l’eut foudroyé du regard.
— Quel type d’alliances ? s’enquit le Celte.
— Des alliances magiques, répondit sa mère qui soutint son regard sans ciller.
Morgane s’était entretenue avec son fils quelques jours, avant la réunion dans la salle du Conseil des Anciennes. Et je savais que la grande prêtresse avait fait preuve d’une grande humilité en pardonnant les erreurs passées de son traître de rejeton. Ce dernier avait été surpris et honoré par l’attitude de sa mère. À tel point que sa conviction en la réussite de notre entreprise s’était accrue considérablement. Il en était de même avec le seigneur viking qui se lamentait de la disparition de Kai. Je l’avais surpris maintes fois, pris de boisson, à parler à mon aimé, comme s’il se trouvait à ses côtés. Merlin lui avait fait remarquer ses égarements, à plusieurs reprises. Mais la réponse du colosse ne changeait jamais : « Kai n’est pas mort et je le retrouverai. », disait-il. La loyauté qui unissait les deux hommes continuait à les lier dans le silence et les doutes. Et rien ne me ravissait davantage que de l’entendre parler des projets que nous entreprendrions ensemble, tous les trois, au retour de notre quête. L’avis de Merlin et des anciennes était tout autre, mais j’avais besoin de croire en la promesse de Cadoc pour ne pas sombrer dans la folie.
— Et comment vous y prendrez-vous, Mère ? demanda le Celte.
— Cela suffit, seigneur Goulven. Nous userons de nos pouvoirs pour vous soutenir à distance, s’avança Viviane. Les chrétiens ne nous ont pas encore vaincus. Il nous reste un mince espoir, certes, mais rien n’est perdu.
Le guerrier à la tresse blanche acquiesça d’un signe de tête, puis il se leva.
— Pardonnez mon empressement, mais je désire donner les dernières instructions à mes hommes, avant d’embarquer à l’aube de demain. L’île d’Avalon sera certainement à nouveau sujette aux attaques des chrétiens, et il faut que chacun soit prêt à défendre le dernier pilier ancestral qu’elle représente.
Viviane lui fit un signe de main, et le Celte se dirigea rapidement vers la porte.
— Mais les brumes sont revenues, déclara Lena d’une petite voix. Nous sommes protégés. Que craignons-nous donc ?
Je me tournai vers elle et vis les yeux rougis qu’elle tentait de dissimuler en baissant la tête.
— La prophétie des peuples du Nord s’est accomplie, certes. Mais nous savons désormais que ces vermines sont capables du pire. Non, Avalon n’est pas protégée tant que les chrétiens désirent sa destruction, la contredit Adalrik.
Mère soupira.
— Vous avez raison, proclama-t-elle. Avalon est aujourd’hui invisible aux yeux humains, mais pas à ceux de Dana et des sorciers d’Azgor. Que la grande Déesse et les dieux vous gardent. Nous nous verrons demain matin avant que Morgane et Killian ne vous conduisent sur le continent. Allez en paix. Awen.
Morgane, Lena et moi prononçâmes « Awen ». Puis tous se levèrent. Ma meilleure amie et Killian vinrent vers moi et me prirent dans leurs bras. J’aurais tant désiré laisser libre cours à ma tristesse, mais mon esprit me dictait de ne pas briser les espoirs déjà faibles de mes amis.
— Ma fille, reste encore un moment en ma compagnie. Merlin et moi souhaitons t’entretenir en privé, décréta Viviane.
Je hochai la tête pendant que Lena sortait en me lançant un dernier regard apitoyé.
— Qu’il en soit selon votre bon vouloir, Mère, lui répondis-je.
Adalrik sortit en se grattant la tête et bouscula intentionnellement Cadoc sur le pas de la porte. Le bâton de Merlin finit sur sa tête, et le Viking éclata de rire.
— Bien, déclara Mère lorsque la lourde porte se referma. Écoute attentivement ce que Merlin et moi avons à te dire, Hérodias, car toi et moi savons qu’une erreur coûtera très cher à votre expédition.
— Quel genre d’erreur ? l’interrogeai-je.
— Prends garde à tes émotions, répondit Merlin en prenant place autour de la table. Viviane et moi craignons que celles-ci ne t’enlisent dans un gouffre d’où tu auras grand-peine à sortir.
Je le scrutai d’un air curieux.
— Nous savons tous que la mort de Kai t’a profondément affectée, poursuivit Viviane. Mais prends garde à discerner le vrai du faux, car on essayera de te tendre des pièges. Or, la réussite de cette quête ne dépendra que de toi.
J’eus envie de hurler que Kai n’était pas mort. Puisque Cadoc en était convaincu, pourquoi en douter ?
— Je serai prête à déjouer les pièges, lui promis-je. Puis mon état n’est pas à plaindre puisque je sais que Kai n’est pas mort.
Le mage et la grande prêtresse échangèrent un regard entendu.
— Si tu venais à apercevoir le seigneur Kai, Merlin, Morgane ou moi-même, passe ton chemin, car tu courras un grand danger, ma fille, ajouta Viviane. Dana pourrait faire preuve de maintes sournoiseries, et nous voulions t’avertir de la menace qui te guette. Ne te fie qu’à ton instinct.
— Vous n’avez pas à vous inquiéter puisque Cadoc sera présent, rétorquai-je d’un ton sec.
Mère soupira pendant que Merlin regardait de côté.
— Garde bien en tête la raison qui te conduira à la cité d’Ys. Et n’oublie pas qu’Avalon et ses croyances risquent de disparaître si tu échoues. C’est tout ce qui doit t’importer.
Je tapai le poing sur la table, puis me levai.
— Vous savez que je peux le ramener avec l’aide du moine !
Le vieux sage tourna brusquement la tête vers moi.
— Depuis quand trouves-tu le moine infâme investi d’autant de sympathie ? me provoqua-t-il. Depuis qu’il t’a promis que Kai était vivant ? Il y a peu de chances qu’il le soit. Et si tel est le cas, tu devras sacrifier ta propre vie afin qu’il revienne sur notre plan !
Le feu du dragon…
— Je me fiche de mourir ! hurlai-je.
Mère se leva et mit une main sur mon épaule afin que je me rasseye.
— Hérodias, je te promets que nous ferons tout ce qui en notre pouvoir pour sauver le seigneur Kai, si espoir il y a sur notre plan. Mais tant que tu n’atteindras pas le royaume des fées, sa flamme demeure éteinte. S’il est vivant, c’est à cet endroit précis que la brèche des korrigans l’a mené, et cette dernière n’a jamais gracié un seul de ses sacrifiés.
La tristesse des dernières semaines se mua en une émotion qui s’apparentait à de la joie timide.
— Comment en êtes-vous sûrs ? S’il vous plaît, ne me répondez pas… Je veux continuer à croire que je pourrai le ramener. J’ai besoin d’y croire pour accomplir ce qui m’attend.
Viviane entoura ma tête de ses bras.
— Et nous serons là pour t’aider. Mais il te faudra atteindre le royaume des fées auparavant.
— Je m’y rendrai, promis-je. Qu’avez-vous d’autre à me confier ?
J’étais pressée de retrouver Lena dans ma hutte afin de pleurer tout mon soûl.
— Hérodias, reprit Merlin. Morgane et Killian vous conduiront sur des terres que tu n’as pas encore foulées. Il vous faudra voyager à l’intérieur des terres avant d’atteindre la côte qui vous permettra de naviguer vers la cité d’Ys, pour gagner du temps. De plus, nos embarcations sont trop petites pour vous mener si loin. Des chevaux vous attendront au point de rendez-vous qu’Adalrik a mémorisé. Ce Viking possède une mémoire proportionnée à sa taille, ma parole.
J’imaginais que les rivages opposés à l’île regorgeaient de chrétiens malfaisants, et que le Conseil des Anciennes avait pris les dispositions nécessaires à notre sécurité.
— Mais nous pourrions emprunter un bateau à Killian et tenter l’expérience. Ses nouvelles constructions me paraissent appropriées au voyage que nous allons entreprendre, suggérai-je.
Mère secoua la tête.
— Il vous faut une embarcation adaptée aux dangers qui vous guettent, répondit-elle. Et Merlin et moi avons mandé l’aide des éléments et des villageois locaux.
Je pris un air dubitatif.
— De quels éléments ?
Le sourire de Merlin en disait long.
— Aie confiance en nos pouvoirs, Hérodias, et en ceux de Cadoc. Il te faudra réussir quelques épreuves sur ta route. Si tout se déroule comme nous l’espérons, votre petit groupe sera grandement aidé sur son chemin.
— Que veux-tu dire, Merlin ? demandai-je d’un ton exaspéré.
Le mage et les anciennes m’abreuvaient d’informations au compte-gouttes depuis toujours. J’avais espéré que mon nouveau statut de grande prêtresse d’Avalon changerait cet état de fait. 
— Je veux simplement te faire comprendre que ta connaissance étendue de l’histoire de ta tradition t’aidera grandement dans cette quête. Tu l’as déjà prouvé.
— Je ne comprends pas…
J’étais vraiment perdue, et ne cachai point mon désappointement.
— Merlin t’enjoint simplement à suivre tes intuitions ainsi que ton cœur, comme tu l’as toujours fait. Va en paix, ma fille. Awen.
 
Je sifflai devant la sortie de la chaumière des grandes prêtresses, et Hermès se posa sur mon épaule.
— Nous partirons demain matin, mon ami. Mais crois-tu que nous retrouverons Kai durant le long voyage qui sera le nôtre ?
Mon ami à plumes croassa longuement.
— C’est donc bien ce que je pensais : Kai n’est pas mort selon toi.
Je me dirigeai d’un pas lent vers ma hutte pendant que mon ami croassait de plus belle.
— Je sais… Tu m’as fait comprendre une centaine de fois que je le retrouverai. Pardonne mes faiblesses, mon ami.
Je priai de toutes mes forces de ne croiser le chemin de personne. L’absence de cape sur mes épaules découvrait mon visage ravagé par la tristesse, et je désirais à tout prix éviter la pitié dans les yeux de mes sœurs d’initiation. Toutes avaient appris la triste nouvelle, et chacune m’offrait régulièrement des fleurs et des fruits afin que « s’allège ma peine suite au trépas de mon époux rituel ». Même Deirdre avait fait preuve d’une feinte compassion en me donnant un petit livre qui m’aiderait grandement dans ma quête, avait-elle dit. C’était une Bible. En me souvenant des paroles de Kai à propos de la religion du dieu unique, je fus curieuse et ouvris une page au hasard, mais j’étais incapable de déchiffrer les mots latins, et je savais que la peste ne le comprenait pas non plus. Elle ne fut point surprise lorsque je lui rendis son offrande. Mais elle me répondit de la garder avec moi, car lorsque les chrétiens me brûleraient vive, ce livre m’ouvrirait les portes du paradis. Peut-être se sentait-elle coupable de m’avoir tant accablée ? Je plaçai tout de même la Bible dans ma sacoche de voyage malgré mes premières réticences.
La chaleur s’était enfin installée sur l’île, et les jeunes prêtresses se réjouissaient du rituel à venir, Tantad, le solstice d’été, car les chants et les danses autour des feux accompagnent l’obscurité jusqu’au petit matin. La plaine de Tara se parait peu à peu de feux de joie en l’honneur de notre père soleil. Mais j’avais perdu toute félicité et motivation après la disparition de Kai et de notre enfant, quelques semaines auparavant. Les anciennes, devenues désormais mes consœurs, me laissaient remplir mes journées à ma guise. J’avais enfin une raison valable pour ne plus dispenser mes leçons sur les plantes et les cristaux, et je passai mon temps à pleurer dans les bois sacrés. Adossée contre l’arbre d’où Kai me fixait pendant que j’exécutais mes enchaînements, je me remémorais les moments passés avec le guerrier au linceul. Je revivais chaque instant en détail, depuis notre rencontre, et parfois je souriais ou riais aux éclats. C’était ma manière de le garder vivant.
Un jour, Jian m’avait surprise recroquevillée, au pied de l’arbre, et il m’avait tendu mon épée, dans un silence solennel. Puis, il m’avait enjointe à poursuivre mon enseignement, car c’était, soi-disant, le souhait de Kai. Ce fut la seule fois que le capitaine des cavaliers noirs prononça le nom de mon aimé. J’avais suivi son conseil et passais de longues heures à manier mon fer en sa compagnie. Jian était plus taciturne que son seigneur et maître, et je croyais que sa froideur cachait une absence d’émotion liée à la disparition de son ami. Mais je l’avais surpris, un jour, en train de sangloter lorsqu’il m’attendait dans les bois sacrés, et ses larmes s’étaient taries lorsqu’il avait entendu mes pas. Nous partagions la même tristesse, et pourtant sa bouche demeurait close. Je mourais d’envie de le questionner sur son seigneur, mais je sentais que le jeune guerrier souffrait selon les lois dictées par sa coutume. En silence, et muni de ce masque d’impassibilité qui le caractérisait tant. Et chaque jour, je reprenais le chemin des bois sacrés en compagnie d’Hermès. Mes mouvements maladroits au départ, s’étaient mués en véritables réflexes, et j’oubliais temporairement le mal qui me rongeait.
— Hérodias !
Ma meilleure amie m’appelait depuis mon habitation, et je pressai le pas.
— Lena, viens avec moi.
— Mais où ?
— J’ai besoin d’eau.
Je dépassai ma hutte sous les yeux inquisiteurs de la jeune femme. L’odeur familière de lavande flottait dans l’air.
— Attends Hérodias ! Je prends une serviette sèche !
Je courus jusqu’au ruisseau, puis attrapai le seau posé sous le seigneur If avant de me déshabiller frénétiquement.
— Mais que fais-tu ? me demanda-t-elle lorsqu’elle me rejoignit.
Je ne lui répondis pas, et immergeai le récipient dans le ruisseau, puis déversai le liquide glacial sur ma tête.
— J’aurais pu te préparer un bain si c’est ce que tu voulais, me dit-elle en croisant ses bras.
— Merci Lena, mais ma peau réclame la fraîcheur.
Mon amie retroussa sa robe et s’assit en tailleur. Puis elle poussa une exclamation :
— Tu as tellement maigri ! Déjà que tu n’étais pas bien épaisse lorsque Kai…
Puis elle s’interrompit en mettant une main devant sa bouche. Je souris devant son expression d’enfant coupable.
— Lena, le sujet n’est pas tabou. Eh oui, j’ai maigri, car je ne connais plus la sensation de faim.
Mon corps déjà longiligne et dépourvu de formes s’était asséché. Les muscles de mon abdomen étaient désormais apparents, ainsi que ceux de mes bras. Mon visage avait pris une forme anguleuse, et j’avais l’impression que mes yeux s’étaient enfoncés dans leurs orbites. J’avais été prise de panique lorsque j’avais commencé à perdre mes cheveux par poignées entières, et j’avais demandé à Lena de me les couper afin de leur rendre un peu de vigueur. La tresse chutait désormais jusqu’à mes omoplates, car mon amie avait refusé de me donner une apparence trop masculine en les raccourcissant de beaucoup. Mais en plus de l’appétit, j’avais perdu le sommeil. Le rire du korrigan malfaisant résonnait dans ma tête à chaque fois que je fermais les yeux. Et je passais la majeure partie de mes nuits à caresser le coussin qui avait bercé les rêves de mon aimé. 
— Tu dois pourtant manger pour reprendre des forces, même si je suis convaincue qu’à la cour de la princesse Dahud tu ne manqueras de rien.
Je n’avais aucun désir de partager les mets d’une princesse goinfre et capricieuse. Et j’espérais franchir en vitesse la porte qui me mènerait au royaume des fées.
— Je ne compte pas m’attarder à la cité d’Ys, car j’ai une quête à accomplir.
Ramener Kai…
— Je suis sûre que la princesse Dahud accédera à ta demande. Il n’y a aucune raison qu’elle l’évince, car la cité d’Ys court tout de même un grave danger.
— Ma priorité est Avalon, ajoutai-je. Je me fiche de la cité d’Ys.
L’eau froide réveilla mes membres engourdis.
— Tu ne devrais pas t’abandonner à ta peine. L’Hérodias que je connais n’aurait jamais parlé de la sorte, surtout lorsqu’un danger menace des innocents, me réprimanda-t-elle en se levant pour poser la serviette sur mes épaules.
— Merci Lena. Tu me manqueras durant mon périple. Tâche de prendre soin des villageois si un danger venait à survenir.
Elle éclata en pleurs, et je la serrai dans mes bras.
— Je ne suis pas aussi forte que toi ! Je n’y arriverai pas sans toi !
— Tu as davantage de force que tu ne le crois, et je sais que tu parviendras à soutenir les anciennes et Merlin pendant mon absence. Je reviendrai très vite, je t’en donne ma parole.
Nous restâmes un long moment agrippées l’une à l’autre en silence avant de rejoindre ma hutte. Puis la nuit nous surprit, et nous nous endormîmes l’une blottie contre l’autre. Comme si c’était la dernière fois.
 
*
 
Lena s’éveilla à l’aube. Je fis semblant de dormir pendant qu’elle s’habillait en silence. Puis elle sortit, et je me levai lorsque la porte se referma, pour vérifier une dernière fois mes affaires de voyage. J’emportais des vêtements masculins pour la plupart, sans omettre la robe blanche des grandes prêtresses et quelques capes. Ma sacoche était gorgée de plantes séchées, d’encens et d’onguents, et ma lame demeurerait accrochée à ma ceinture de manière permanente. Je me remémorai le moment où Kai me l’avait offerte, et refoulai une larme lorsqu’on frappa à la porte. Je levai brusquement la tête avant d’ouvrir. 
— Bonjour Yuan.
Le compagnon du guerrier au linceul se dressait timidement sur le pas de la porte.
— Bonjour Hérodias. Vous prête pour grand voyage ?
J’acquiesçai d’un signe de tête.
— Moi voir vous, avant départ.
L’homme trapu avait lui-même perdu du poids durant ce dernier mois. Sa douleur était palpable, et il ne s’en cachait guère malgré la sévérité de ses coutumes.
— Bien sûr. Entre Yuan, tu es le bienvenu.
Il inclina légèrement son buste, puis entra d’un pas mal assuré. Le compagnon du guerrier au linceul avait les yeux rouges, les cheveux hirsutes et les vêtements en désordre. Je savais qu’il n’avait pas fermé l’œil de la nuit, car une forte odeur d’alcool s’émanait de lui, comme je savais que depuis la disparition de Kai, l’homme trapu s’enivrait d’alcool tous les soirs avant de sombrer dans un sommeil qui ne lui apportait aucun repos. Killian l’avait installé dans l’une des chambres de sa chaumière et tentait tant bien que mal de le sauver de sa détresse. Mais Yuan ne parvenait pas à surmonter la perte de son ami d’enfance.
— Merci Hérodias. Moi pas rester longtemps.
Je souris.
— Toi rester autant que tu veux sur Avalon, car tu es des nôtres aujourd’hui.
Il renifla.
— Moi rester ici pour toujours à attendre retour de seigneur Kai. Moine Cadoc promit que lui donner sa vie pour ramener mon ami à Avalon.
Je mis une main sur son épaule.
— Ton cœur regorge de bonté, Yuan.
— Moi défendre l’île pendant absence d’Adalrik, Jian, Goulven, Cadoc et vous. Moi donner ma vie pour sauver Avalon. Souhait du seigneur Kai.
J’approchai mon visage du sien.
— Je ferai le nécessaire pour le ramener, Yuan. Je te le jure sur ma vie. Mais tu dois me promettre à ton tour de te ressaisir.
Il me regarda de ses yeux curieux, et je compris qu’il ne saisissait qu’à moitié la teneur de mon message.
— Tu dois arrêter de boire comme tu le fais, répétai-je. L’alcool ne te rendra pas ton seigneur et maître.
Il opina franchement de la tête avant de porter une main à la poche de son gilet, et en sortit un objet enveloppé d’un tissu de soie qu’il me tendit.
— Moi penser vous apprécier ce cadeau avant grand voyage.
Je pris son présent et écartai le tissu délicat. L’étoffe représentait un dragon royal aux couleurs flamboyantes qui me toisait d’un air supérieur. Ses ailes déployées le rendaient puissant et majestueux. Au centre de la soierie gisait un seigneur de feu sculpté dans une pierre rouge. Du rubis probablement. Le bijou était d’une grande finesse. Je le retournai et vis ses yeux noirs de chaque côté de sa tête. Une fine chaîne en or soutenait le symbole du dieu vénéré par mon aimé. 
— Merci Yuan, mais je ne peux l’accepter. Ce bijou est d’une grande valeur, déclarai-je en lui rendant son présent.
Il referma mon poing sur l’objet.
— À vous maintenant. Cadeau de mère du seigneur Kai. Moi savoir lui vouloir vous l’offrir.
— Mais si un jour tes hommes et toi repartez en Chine, le seigneur père de Kai sera ravi de posséder le joyau de son fils.
— Vous parler comme si Kai jamais revenir ! Lui revenir, moi savoir !
Il garda mon poing fermé.
— Aimé de votre cœur vous offrir ce bijou. Gardez-le avec vous pour bonne chance pour voyage et quête, reprit-il face à mon hésitation.
Je fus très émue, et pris l’homme trapu dans mes bras pour le remercier de cette offrande symbolique.
— Merci Yuan. Merci…
Il s’écarta de moi, les yeux imbibés de larmes.
— Vous garder dragon de la montagne de feu toujours avec vous. Et seigneur Kai revenir.
— Je te le promets. Je ferai mon possible.
Puis il opina plusieurs fois de la tête avant de prendre congé.
 
*
 
Adalrik, Killian et Goulven chargeaient nos affaires dans l’embarcation lorsque je fis mes adieux à Viviane, Merlin et Lena. La grande prêtresse d’Avalon affichait un visage serein.
— Que Lir vous mène à bon port, ma fille, me dit-elle.
— Merci Mère.
Elle m’embrassa une dernière fois.
— Les dieux sont avec toi et ils t’aideront dans cette quête. N’oublie pas que tu n’es pas seule, me glissa-t-elle à l’oreille.
Puis elle donna une accolade chaleureuse à Adalrik, Goulven, Jian et Cadoc. Lena, quant à elle, pleurait à grosses larmes.
— Mon amie, tu m’as tant comblée. Prends soin de toi.
— Je prierai pour toi jour et nuit. Sois prudente, me dit-elle d’une voix brisée.
— Je reviendrai Lena, je t’en donne ma parole.
Merlin m’étreignit à son tour.
— Les signes sont favorables. Regardez donc les brumes qui nous enveloppent à nouveau. Sois forte Hérodias, et suis le chemin que te dicte ton cœur, me dit-il.
J’opinai de la tête avant de monter dans le bateau sur lequel Killian avait déjà attrapé les rames. Morgane prit place aux côtés de son fils tandis que je m’asseyais auprès d’Adalrik pour éviter de devoir converser avec le moine. Mais ce dernier, point embarrassé, se posa près de moi. Nous avions tous revêtu des tenues de marchands afin de passer inaperçus. J’arborais des braies et une chemise d’homme, et mon épée était cachée par la cape légère qui me recouvrait. Je gardais le cadeau de Yuan bien caché dans ma sacoche. Et lorsque l’embarcation disparut dans les brumes, je serrai très fort l’effigie du seigneur de feu pendant que Morgane se levait pour dissiper la protection bienveillante.
— Je sens que ce voyage sera des plus intéressants ! s’exclama le Viking.
— Parce que tu sais que tu ne reviendras pas les mains vides, vieille branche ! La cité d’Ys regorge de richesses ! le provoqua Goulven.
Le colosse grogna pour approuver ses dires.
— Comment te sens-tu, Hérodias ? me demanda Morgane.
— Ne te fais point de soucis pour moi, lui répondis-je. Je vais bien.
Cadoc qui nous écoutait attentivement se tourna vers moi. Il tenait à la main le bâton druidique de Taliésin.
— Si le cœur d’Hérodias s’emplit de doutes, je serai là pour les dissiper, dit-il.
— Vous n’êtes même pas capable de dissiper les brumes, moine ! le cingla le Viking.
Le traître sourit en baissant les yeux.
— Seigneur Adalrik, ne vous moquez point de Cadoc. Bien sûr qu’il sait dissiper les brumes, le contredit Morgane.
— C’est un chrétien, ajouta le Celte.
— Il fut l’apprenti de l’illustre Taliésin, mentionna la grande prêtresse.
Cadoc releva la tête, satisfait du soutien de son ancienne consœur.
— D’ailleurs, Hérodias, connaissez-vous le conte de Taliésin ?
— Mettriez-vous mes connaissances en doute ? lui répondis-je.
— Pas du tout. Mais dites-moi si vous savez comment naquit le grand druide qui fut mon maître et mon modèle.
Adalrik souffla bruyamment. Morgane sourit pendant que le Nordique, Goulven et Jian attendaient impatiemment ma contre-attaque.
— Oui, Cadoc. Je connais l’histoire, insistai-je.
— Alors contez-la-nous, me sollicita-t-il. Nous avons encore un peu de temps devant nous.
Les têtes se tournèrent vers moi. Et même Killian rama de manière moins soutenue afin d’écouter la légende de Taliésin.
— Il était une fois, commençai-je…
— Non il n’était pas une fois. Il est tout court, m’interrompit Cadoc. Taliésin exista et existe toujours.
Je repris mon récit, un tantinet agacée par son intervention.
— Keridwen qui…
— Que veut dire Keridwen ? me coupa-t-il à nouveau.
Le Viking se leva à moitié.
— Si vous l’interrompez encore, je jure de vous fracasser le crâne ! le menaça le colosse en se levant.
Son action soudaine fit tanguer l’embarcation sur les eaux.
— Assieds-toi vieil ours mal léché ! lui ordonna Goulven.
Le moine lui sourit avant de se concentrer à nouveau sur moi.
— Keridwen veut dire la femme bossue, repris-je amusée par la réaction spontanée du seigneur du Nord. Elle vivait à Penllyn avec son mari, Tegid Voel, et ils avaient deux enfants : Morvran ab Tegid, ou corbeau de mer, qui fut surnommé Avangddu (le monstre noir), à cause de son apparence peu avenante, et Creirwy (le joyau) qui fut bénie de grâce et de beauté. Keridwen décida un jour de rendre son fils beau et intelligent. Et comme la magie ne lui était point inconnue, elle fit bouillir le « Chaudron de l’Inspiration et de la Connaissance » pendant un an et un jour. Gwion Bach (petit nerveux) et Morda (aveugle) firent en sorte que le chaudron bouille sans cesse pendant ce temps. Gwion Bach était chargé de tourner le mélange, tandis que Morda attisait le feu. Un jour, Morda partit cueillir des plantes. Trois gouttes s’échappèrent du chaudron pour atterrir sur le doigt de Gwion Bach qui les avala. Ainsi, il vit toutes les choses à venir. Mais ayant peur de Keridwen, il prit la fuite. Êtes-vous satisfait Cadoc ?
— Pas tout à fait. Que s’est-il passé ensuite ?
Je soupirai afin de me remémorer le récit de Merlin, lorsqu’enfant, je refusais de dormir.
— Keridwen poursuivit Gwion Bach qui subit plusieurs métamorphoses, repris-je. Elle se transforma d’abord en lévrier, et pourchassa un lièvre. Puis en faucon pour poursuivre un saumon. Et enfin en poule noire pour avaler une graine de blé. Keridwen porta la graine en son ventre pendant neuf mois, puis donna naissance à un enfant. Mais n’ayant pas le courage de le tuer à cause de sa grande beauté, elle le mit dans un...

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