Hérodias et le seigneur de feu
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Description



Accompagnée d’Hermès, du moine Cadoc, d’Adalrik, de Goulven et de Lutuz-Nog le korrigan, Hérodias pénètre enfin dans le royaume des fées, où les peuples élémentaires se meurent, car les sorciers d’Azgor, pour accroître leur puissance, ont perverti Irminsul, l’arbre de Vie.



Pour rétablir l’équilibre entre les mondes, et sauver Avalon ainsi que le Royaume des fées, Hérodias devra unir les seigneurs des quatre directions et trouver le Graal, pour espérer vaincre les puissants sorciers noirs.



Une quête périlleuse, dans un monde de magie obscure et d’illusions. Mais un lien puissant semble relier Hérodias et le dragon noir, le Destructeur. La grande prêtresse d’Avalon parviendra-t-elle à libérer l’âme de Kai ?



Ce troisième et dernier tome des Épopées avaloniennes nous entraîne au cœur des légendes celtiques, dans un tourbillon d’aventures et de dangers que nos héros devront affronter sans répit !

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EAN13 9782374535760
Langue Français

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Exrait

Présentation
Accompagnée d’Hermès, du moine Cadoc, d’Adalrik, de Goulven et de Lutuz-Nog le korrigan, Hérodias pénètre enfin dans le royaume des fées, où les peuples élémentaires se meurent, car les sorciers d’Azgor, pour accroître leur puissance, ont perverti Irminsul, l’arbre de Vie.
Pour rétablir l’équilibre entre les mondes, et sauver Avalon ainsi que le Royaume des fées, Hérodias devra unir les seigneurs des quatre directions et trouver le Graal, pour espérer vaincre les puissants sorciers noirs.
Une quête périlleuse, dans un monde de magie obscure et d’illusions. Mais un lien puissant semble relier Hérodias et le dragon noir, le Destructeur. La grande prêtresse d’Avalon parviendra-t-elle à libérer l’âme de Kai ?
Ce troisième et dernier tome des Épopées avaloniennes nous entraîne au cœur des légendes celtiques, dans un tourbillon d’aventures et de dangers que nos héros devront affronter sans répit !





Depuis son enfance, Sara Greem est une passionnée de mythologies, grâce à son père qui lui lisait en langue latine les épopées héroïques des dieux gréco-romains.
Des années plus tard et par le plus grand des hasards, elle rencontre un druide qui reconnut en elle l’âme d’une ancienne prêtresse d'Avalon.
Après un long chemin initiatique, elle reçoit la bénédiction d'un autre druide qui devient son guide ; elle peut désormais célébrer ses propres rituels.
Aujourd'hui, dans la saga des Épopées Avaloniennes, un roman historico-fantastique, elle dévoile l'histoire, les symboles, et certaines cérémonies des dieux qu'elle vénère.
ÉPOPÉES AVALONIENNES
3 - Hérodias & le seigneur de feu
Sara GREEM

Les Éditions du 38
Lorsque les êtres du plan humain ploieront le genou devant les Ténèbres, L’arbre de Vie se mourra sous le feu du Destructeur, Les sources de l’Est, du royaume des fées, se tariront, Mais les talismans divins formant le Graal resurgiront, Et le Glorieux, issu du monde des hommes, ira au-devant du mal pour le combattre, car tel est le Destin du Juste. Prophétie ancestrale des peuples élémentaires
Personnages principaux
Hérodias d’Athènes : surnommée la bâtarde ou la sang-mêlé. Fiancée du dieu Cernunnos représenté par un mortel, lors de la nuit de Beltane.

Seigneur Kai : fils du seigneur de la dynastie Sui de Chine.

Seigneur Adalrik : fils de Hakon Sturlursson, jarl de nombreux villages de Norvège. Adalrik est le jarl ou chef du clan des loups blancs, fuyant ses terres à cause de l’expansion du christianisme.

Seigneur Goulven : fils de la grande prêtresse Morgane, et jumeau du seigneur Mordred.

Cadoc : grand druide et ancien élève du mage Taliésin. Cadoc s’est converti au christianisme.

Hermès : fidèle compagnon à plumes d’Hérodias.

Lutuz-Nog : fils de Kérion, le roi des korrigans, vivant dans les bois sacrés de la cité d’Ys.

Ava : espionne elfique et jumelle de Karma.

Karma : espionne elfique et jumelle d’Ava.

Dame Lorelei : souveraine des ondins, gouvernant le royaume de l’Est.

Seigneur Matol’ch : souverain des nains, gouvernant le royaume du Sud.

Seigneur Ménéthas : souverain des elfes sylvestres, gouvernant le royaume de l’Ouest.

Seigneur Darmiel : souverain des dragons, et dragon de feu, gouvernant le royaume du Centre.

Seigneur Arganac : souverain des trolls, résidant avec son peuple, sur les terres du Sud.

Seigneur Molly Moulach : souverain des farfadets, résidant avec son peuple, sur les terres du Sud.

Le seigneur de feu ou Caïus : maître des sorciers d’Azgor.

Dana : ancienne prêtresse d’Avalon.
Chapitre 1
L’Autre Monde ou le royaume des légendes
 
Le vieux moine priait à genoux sur le pont de la construction colossale qui l’avait abrité du déchaînement des eaux. L’océan avait retrouvé sa nature paisible, sous le ciel privé d’étoiles, et la lune s’était parée d’un voile orangé. Sa lueur ne suffisait pas à éclairer les corps déchiquetés par la violence des murs d’eau, ainsi que les vestiges d’Ys la grandiose qui tachaient le manteau du dieu marin, tels des souvenirs infimes d’une tradition oubliée.
Le vieil homme à la tonsure ne se laissa pas détourner par les cris d’agonie et les supplications qui retentissaient dans les eaux noirâtres du dieu Lir. Les hommes aux armures argentées qui l’environnaient se pressaient autour des mâts et des échelles de corde, mais l’ordre avait été strict : abandonner à leur sort les rares survivants agrippés aux débris délaissés par les fonds marins, afin que s’éteignent les religions ancestrales. Morvach, le cheval magique capable de galoper sur les vagues, avait rencontré maints obstacles avant d’atteindre l’arche qui mettrait le roi Gradlon et le fidèle Gwenolé, en lieu sûr.
Le moine avait fait enfermer le souverain de la majestueuse cité dans les cales nauséabondes de l’arche, sous prétexte qu’il dérangeait sa ferveur religieuse de ses suppliques incessantes. L’homme savait que le roi le tenait responsable de la noyade de sa fille, la princesse Dahud.
Tout portait à croire que le religieux priait pour les âmes déchues de la cité d’Ys qu’il avait noyées sous les flots, grâce à l’aide de son complice le seigneur Luigi Siferio, le démoniaque porteur de lumière. Tantôt une larme apparaissait au coin d’un œil, suivie d’un mot incompréhensible que seul son dieu percevait, parmi le vacarme environnant. Ses gardes argentés se gardaient de le perturber pendant ses dévotions, et tous prenaient soin de ne point le bousculer, ni même le regarder.
Un homme d’une carrure colossale, couvert d’une longue cape noire dont la capuche lui dissimulait la tête, s’approcha de l’homme agenouillé. Son pas lent et sa droiture dénotaient son appartenance à une lignée de nobles. Mais son aspect, s’apparentant davantage à celui d’un spectre qu’à celui d’un être fait de chair, lui conférait une aura maléfique.
Gwenolé perçut sa présence avant que le nouveau venu s’adresse à lui, et il tourna légèrement la tête.
— Comment se porte notre royal prisonnier ? lui demanda-t-il d’un ton empli de mépris.
L’homme gigantesque croisa ses mains gantées de noir.
— Il refuse toute nourriture, répondit-il d’un ton caverneux.
Gwenolé s’aida de son bâton pour se redresser.
— Qu’il périsse donc ! Je lui ai promis une messe en l’honneur de son démon de fille !
Le géant ne répondit pas, mais acquiesça d’un signe de tête pendant que le moine levait les yeux sur lui. Mais à quoi bon, puisque le visage du nouveau venu était caché par un masque blanc aux traits figés ?
— Nous avons respecté toutes vos consignes, ajouta celui-ci.
Gwenolé fit quelques pas en direction du plat-bord de l’arche et fixa l’horizon.
— La maudite prêtresse d’Avalon et le traître sont encore vivants, dans le royaume des fées ! cracha-t-il.
— Plus pour longtemps, lui répondit son interlocuteur d’une voix qui laissait transparaître une jubilation malsaine.
Le moine lui lança un regard mauvais malgré la frayeur que lui inspirait secrètement le géant.
— J’espère pour vous qu’ils ne nous causeront point d’ennuis.
— Certainement pas, car le seigneur Caïus est sur place et l’âme de la veuve noire s’est glissée dans le passage avant qu’il se referme.
Le moine ricana.
— Cette sotte aurait mieux fait de préparer la défense de son nouveau royaume, au lieu d’invoquer cette arche maléfique pour nous sauver. Je lui avais expliqué que le cheval des mers me mènerait en lieu sûr ! lâcha Gwenolé.
— Elle était convaincue que la grande prêtresse et ses compagnons seraient morts engloutis, et qu’il vous fallait une escorte pour vous protéger, fit-il remarquer.
— Eh bien, j’espère sincèrement que sa défense sera à la hauteur de nos ambitions. D’ailleurs, je vous somme de rejoindre votre maître, au plus vite !
 
*
 
L’air frais, chargé de senteurs printanières, nous enveloppa dans le passage que nous venions d’emprunter, et une lumière vive brillait au-dessus de l’escalier surplombé par un grillage ouvert.
Grâce à la clarté du bâton de Taliésin, Cadoc guidait notre petit groupe pendant que nous gravissions les marches. Mais Hermès avait traversé le passage malgré mon ordre de ne pas s’aventurer seul dans un monde inconnu. Lutuz-Nog était assis sur l’épaule d’Adalrik qui serrait son épée, et Goulven dépassa le druide en dégainant la sienne.
— Comment vous sentez-vous, Cadoc ? m’enquis-je, après avoir remarqué son pas las et son dos voûté.
Le druide avait combattu et vaincu le porteur de lumière grâce à sa magie, et la grande fatigue qui le tenaillait m’inquiétait.
— J’ai connu des jours meilleurs, mais celui-ci est de loin l’un des moins pires, tenta-t-il de nous rassurer.
— Je ne vois pas comment vous avez pu vivre pire, se moqua le korrigan pendant que son porteur rattrapait le Celte.
— Eh bien, celui-ci n’est pas le seul périple que j’ai vécu, en compagnie de Merlin et de notre maître, Taliésin, ajouta le druide.
Sa remarque me fit sourire.
— Il y a tant de questions que je souhaiterais vous poser, Cadoc, mais la plus urgente demeure celle-ci : vous êtes-vous déjà rendu dans le royaume des fées ? À quoi devons-nous nous attendre ? lui demandai-je.
Le moine prit appui sur une paroi, tout en avançant.
— Je mentirais si je vous disais que je connais ce royaume. Tout ce que je sais, je le tiens de mon maître, Taliésin.
Goulven se retourna, interpellé par sa remarque.
— Et que vous a-t-il dit ? requit-il.
Le moine s’arrêta pendant quelques instants, pour reprendre son souffle.
— Il m’a décrit la gentillesse et la bonté de la reine des fées, Titania, et…
— Nous pouvons déjà oublier ce fait ! l’interrompit le Viking qui continuait à gravir les marches, près de son rival.
La reine des fées avait été victime d’envoûtement et nous ne pouvions nullement compter sur son soutien, dans un premier temps.
— Autrement dit, les problèmes nous attendent de ce côté-ci, surenchérit Goulven en dressant son bras vers l’extrémité du passage.
Cadoc secoua la tête en souriant.
— Les choses ne sont pas figées, dans le royaume des fées. Nous pénétrons dans un autre plan. Un plan magique où vous devrez vous attendre à des surprises de taille.
Je lui proposai mon bras pour l’aider dans son ascension, et fus étonnée de constater que le nombre de marches semblait bien plus important que vu de l’extérieur.
Goulven profita de la lenteur du moine pour s’asseoir sur une marche.
— Quelle est donc la différence avec notre monde ?
Il fit mine de réfléchir, alors qu’il connaissait certainement la réponse.
— La mort, par exemple, est chose presque illusoire, dans le royaume des fées, souvent nommé l’Autre Monde.
— Le monde des trépassés ? m’enquis-je, nullement rassurée.
— Pas tout à fait, même s’il arrive que de grands héros légendaires y demeurent un temps.
— Êtes-vous sérieux ? le défiai-je en agrandissant les yeux.
— On ne peut plus. D’après les dires de Taliésin, des héros légendaires peuvent être appelés en ces lieux, s’ils s’en trouvent menacés. Et avec la sorcellerie d’Azgor, nous devrons nous attendre à quelques étonnements.
Je bombai le torse en aidant Cadoc à poursuivre son ascension, car l’idée d’une rencontre probable avec quelques héros qui avaient bercé mon enfance me ravissait déjà.
— Héros ou pas, s’ils nous cherchent des noises, je les enverrai rapidement dans les enfers des chrétiens !
— Vous n’en aurez pas besoin, seigneur Adalrik, répondit Cadoc, car ils reviendront incessamment, à l’endroit que leur désigneront les dieux.
— Pensez-vous que mon père, le roi Arthur, se trouve sur ce plan ? le questionna le Celte qui s’était levé pour soutenir Cadoc, à son tour.
Le Celte était le fils de la grande prêtresse d’Avalon, Morgane, et de son demi-frère, le roi Arthur.
— Non pas, soyez-en assuré, seigneur Goulven. La dépouille de votre père repose sur l’île d’Avalon et…
Je m’arrêtai sous l’effet de la surprise.
— Cela ne se peut ! intervins-je. Je le saurais, sinon.
Cadoc émit un petit ricanement.
— C’est pourtant le cas, Hérodias. Et comme je sens qu’une autre question se prépare à sortir de vos lèvres, voici ce que je sais : le Conseil des Anciennes et mon ami Merlin n’ont jamais dévoilé ce fait, de peur qu’on ne dérobe sa dépouille. La tentative du roi Arthur d’instaurer le christianisme, de manière douce, a échoué, et les grandes prêtresses craignaient qu’un magicien mal intentionné n’utilise son enveloppe charnelle à des fins obscures.
J’étais stupéfaite et oubliai les autres questions qui me trottaient dans la tête.
— Mais pourquoi ne m’en ont-elles pas informée ? m’indignai-je. Je siège, aujourd’hui, à leurs côtés.
— Elles l’auraient fait, Hérodias, mais n’en ont guère eu le temps. Puis votre initiation en tant que grande prêtresse ne fait que commencer. Laissez-vous donc le temps d’intégrer tous les enseignements liés aux mystères d’Avalon.
— Pourquoi ne m’en avez-vous pas informée vous-même ? insistai-je.
— Vous ne me l’avez jamais demandé, ma chère amie, répondit-il le plus naturellement du monde. Vous pénétrerez bientôt tous les secrets liés à votre initiation, mais soyez patiente, car votre vie de grande prêtresse sera très longue, comparée à celle des êtres humains.
Je me calmai face à la justesse de ses mots, car malgré la multitude de sorts inconnus qui étaient sortis de mes lèvres, après ma nuit de Beltane, j’avais encore un long chemin à parcourir avant d’atteindre le niveau des anciennes et des druides.
— Qu’est-ce donc que ces symboles sur la pierre ? demanda le Viking qui s’était penché sur une marche.
— Ce sont des oghams 1 et des…
— Il y a aussi des runes et d’autres signes inconnus, nota Adalrik en parcourant les écritures d’un doigt.
Je laissai Cadoc aux soins de Goulven et me penchai vers l’avant. Le korrigan avait bondi sur les marches et approcha son visage des petites inscriptions.
— Il n’y a pas que des runes et des oghams, mais aussi d’autres inscriptions qui datent de la nuit des temps.
— Nul ne connaît l’interprétation de ces symboles, sauf les peuples élémentaires. Pouvez-vous les déchiffrer, Lutuz-Nog ? lui demanda Cadoc.
Le korrigan secoua tristement la tête.
— Seul mon père en serait capable, répondit-il. Je n’ai parcouru que quelques siècles, contrairement à lui.
Kérion, le seigneur des korrigans, était prisonnier de l’arbre de Vie, Irminsul 2 , et je m’étais juré de le libérer, malgré sa trahison envers Avalon.
— Par contre, les oghams sont connus des peuples celtes et les runes sont la spécialité des peuples du Nord, n’est-ce pas, jarl des loups blancs ? reprit le druide.
Adalrik était occupé à déchiffrer l’écriture de ses ancêtres.
— C’est bien l’écriture de mon peuple, confirma-t-il.
— Que disent-elles ? demanda Cadoc, alors que j’étais convaincue de sa connaissance des écritures des peuples nordiques.
— Elles transmettent un message de paix. Ici par exemple, dit-il en nous montrant des symboles que le druide éclaira mieux de son bâton. « Que l’aurochs 3 confère force et abondance aux guerriers ».
Cadoc sourit.
— C’est bien ce que je disais, fit-il, le royaume des fées constitue donc encore la demeure des héros de légende.
— Se pourrait-il que je rencontre l’un de ceux de mon peuple ? le questionna le Nordique. Je me verrais bien siroter une cervoise en compagnie de Beowulf 4  !
Je souris, car il y avait peu de chances que nous trouvions la boisson tant affectionnée par Adalrik dans le royaume des fées.
— Il se peut, mais ce n’est pas sûr, répondit le druide. Même si votre peuple vénère, tout comme le nôtre, les esprits de la nature et les êtres élémentaires, je suis convaincu que vos héros résident désormais dans le Valhalla.
Le colosse fit la moue pendant que le korrigan reprenait place sur son épaule.
— Nous y sommes ! répondit Goulven qui avait atteint la dernière marche et ouvrait en grand le portail.
— Notre maître corbeau nous aurait avertis d’un danger éventuel, notifia Cadoc. Et s’il n’est pas revenu, cela veut probablement dire que le lieu ne comporte pas de périls.
— Plus que quelques marches et nous le saurons, déclarai-je.
Pourvu que le druide ait raison.
Je m’étais abstenue de questionner Cadoc au sujet du voile noir qui m’avait effleurée, avant la fermeture du rocher, de crainte d’inquiéter mes compagnons. L’avaient-ils remarqué ? Je sentais déjà que des événements funestes ne tarderaient pas à nous surprendre dans le royaume de la fée Titania.
 
La fraîcheur du passage souterrain avait cédé la place à une chaleur bienvenue, et je dus me couvrir les yeux en sortant du rocher, pour me protéger du rayonnement de l’astre solaire. Était-ce le même père soleil qui réchauffait Avalon ?
J’attendis de m’accoutumer à la forte luminosité, puis, exténuée, je me laissai tomber sur l’herbe moelleuse parsemée de couleurs vives.
Le champ couvert de couleurs et de formes étranges dans lequel nous nous trouvions s’étendait à perte de vue, et un bois touffu s’ouvrait derrière nous. Mes compagnons furent tous surpris par la beauté du décor, et les deux guerriers abaissèrent leurs armes.
— C’est magnifique ! s’exclama le korrigan qui avait délaissé l’épaule d’Adalrik.
Les couleurs, pour la plupart très vives, aveuglaient le visiteur. Partout se dressaient des fleurs aux formes étoilées. Certaines arboraient des pétales dorés, et d’autres des teintes pastel, d’où sortaient de petites bestioles aux ailes exagérément grandes. D’autres encore faisaient jaillir une poudre fine que les insectes autour s’empressaient d’attraper. Je me surpris à cueillir ce qui s’apparentait à une rose aux teintes violacées, pendant que les minuscules insectes aux ailes gigantesques bourdonnaient autour. La fleur exhalait le parfum si typique de nos roses malgré ses pétales plus larges et sa tige dépourvue d’épines. Je la posai contre ma joue, puis l’éloignai brusquement, car elle se refermait.
— Hérodias, ne vous fiez point à sa familiarité avec nos végétaux, déclara Cadoc en me fixant d’un air amusé.
— Nous sommes au paradis ! s’exclama Goulven qui se roulait par terre.
— Imbécile ! Tu parles comme un chrétien ! lui lança son rival.
Je posai la rose par terre, et sursautai lorsque je vis sa tige s’ancrer dans la terre. Le végétal avait repris sa place et se dressait à nouveau fièrement avant de s’épanouir.
— Hérodias, ne bousculez point l’équilibre du royaume des fées tant que nous ne savons pas encore ce qu’il cache, désapprouva le korrigan.
— Si équilibre il y a, grogna Adalrik. Tout cela me semble issu d’un conte pour bambins.
— Je suis rarement d’accord avec la vieille branche du Nord, le nargua Goulven, mais je pense tout comme lui que le spectacle est trop charmant pour être réel.
— Et pourtant ce monde est bien réel, les contredit le druide.
Le korrigan semblait pris d’un regain d’énergie, et Cadoc s’assit à mes côtés, en posant son bâton.
— Lutuz-Nog a raison, affirma-t-il à l’attention d’Adalrik qui s’apprêtait à arracher une fleur. Ne touchons à rien pour le moment pour ne point perturber l’équilibre du plan féerique.
— Nous devrons de toute façon arracher quelques végétaux et attraper quelques gibiers, si nous ne voulons guère mourir de faim, s’opposa le Viking.
— Mon corps m’appelle davantage au sommeil, intervint Goulven qui s’était allongé sur le dos.
Je levai la tête et contemplai le ciel azur sans nuages, inspirant les senteurs étrangères à mes sens, tandis que de petits oiseaux aux plumages clairs pépiaient au-dessus de nous. Parmi eux virevoltaient d’autres silhouettes, et lorsque l’une d’elles s’approcha suffisamment du sol, je remarquai un corps longiligne à quatre pattes assorti d’une tête de chat. L’oiseau-félin ouvrit grands les yeux et me fixa pendant un instant, avant de reprendre son envol. C’est à ce moment précis qu’Hermès se posa à mes côtés en croassant.
— Bougre de corbeau ! Mais où étais-tu donc ?
— Il est parti en reconnaissance, supposa le druide. Et quelque chose me dit que nous n’avons rien à craindre, dans cette partie du royaume.
— Nous pourrons toujours nous enfuir si le vent venait à tourner, déclara Adalrik. La porte des fées est…
Il s’interrompit en regardant derrière moi, et je l’imitai, face à son expression stupéfaite.
— Mais où est-elle ? demanda le korrigan qui s’approcha de l’endroit où s’était dressé le rocher qui nous avait permis d’entrer dans le royaume. L’accès s’est évanoui !
Cadoc s’aida de son bâton pour se relever.
— Il semble bien que notre retour ne nous soit pas permis, dans l’immédiat.
Je me tournai violemment vers lui et le foudroyai du regard.
— Comment ferons-nous pour rentrer chez nous ? demandai-je d’un ton transpirant la crainte.
Malgré le calme que je ressentais, après nos aventures éprouvantes de la cité d’Ys, j’étais plus convaincue que jamais de vouloir retourner sur Avalon. Et en compagnie de Kai.
— Nous trouverons le moyen, me rassura le druide.
Les deux guerriers attrapèrent leurs armes pendant que Lutuz-Nog se mettait à sangloter.
— Ne nous laissons pas abattre par les imprévus, et continuons par là, suggéra Adalrik en nous désignant le bois qui s’ouvrait derrière nous. Il nous faut, d’abord, trouver de l’eau.
— Vos mots sont emplis de sagesse, seigneur Adalrik, ajouta Cadoc. Il nous faut aussi nous dénicher un abri pour passer la nuit.
Je me levai à contrecœur, car mon corps était si douloureux que j’aurais pu rester allongée dans l’herbe jusqu’au lendemain. Mais notre nouvelle quête ne faisait que commencer. Et il me tardait de retrouver Kai.
— Cadoc, ma sacoche est emplie d’onguents, déclarai-je, et je peux soulager vos blessures.
Le druide sourit.
— Je vous remercie de vos attentions, Hérodias, mais mes peines ne sont point physiques. Le combat avec Luigi Siferio m’a coûté une très grande quantité d’énergie, et je dois me reposer pour y remédier.
— Par où devrions-nous nous diriger, Cadoc ? s’enquit Goulven en se relevant.
— Pas par là, en convint le druide en nous désignant de son bâton une chaîne de montagnes aux crêtes verdoyantes, qui s’élevait, très loin, sur notre droite.
Le royaume des fées semblait parcouru de végétations et de montagnes. Aucune construction, maison ou château, n’apparaissait à l’horizon, ni rien qui puisse nous faire espérer une rencontre avec un habitant de ce plan. Je ressentais pourtant la vie grouiller sur ces terres magiques. Mais où se cachaient ses occupants ?
— Hâtons-nous de rejoindre les bois, d’autant plus que ces montagnes ne m’inspirent pas confiance, appuyai-je la suggestion d’Adalrik et Cadoc.
— Pourquoi devrions-nous emprunter les bois, d’après vous ? me sonda Cadoc.
Je fermai les yeux avant de lui répondre :
— Je sens l’odeur du feu, loin devant nous, loin derrière la roche…
Mais je ressentis une autre sensation que je ne pus définir, sauf le fait qu’elle me donnait des nausées.
— Il est plus prudent que Goulven et moi marchions devant, imposa le seigneur du Nord, en mettant une main sur la garde de son épée.
— Merci, seigneur Adalrik. Empruntons donc les bois tout en restant sur nos gardes. Il nous sera ainsi plus aisé d’y découvrir une source.
Les lèvres du Viking ébauchèrent un sourire pendant que Goulven se pressait, déjà, vers la végétation.
— Hermès, y aurait-il un danger à craindre ? demandai-je au corbeau juché sur mon épaule, pendant que nous marchions.
Mon ami à plumes croassa en ouvrant ses ailes et prit son envol.
— Attends-moi Hermès ! lui ordonna le korrigan en courant à sa suite.
— J’ai bien compris qu’il n’y avait pas encore de danger. Mais ne t’éloigne pas ! le sommai-je.
Le druide posa une main sur mon épaule.
— Vous ne devriez pas traiter votre corbeau magique comme un enfant. Hermès est investi de la puissance de Lug, et vous avez tendance à l’oublier.
Je regardai mon ami à plumes atteindre l’orée des bois, talonné par Lutuz-Nog. Adalrik et Goulven tentaient tant bien que mal de les rattraper, et le Viking trébucha avant de s’étaler de tout son long, ce qui provoqua le rire hilare du Celte.
— Je suis heureuse que vous fassiez partie de notre expédition, Cadoc, avouai-je en baissant la tête. De grâce, ne me tenez pas rigueur de mes suspicions passées.
Le bâton du druide atterrit sur ma tête, et j’éclatai de rire en pensant à mon bien-aimé Merlin.
— C’est oublié. Mais je tiens à ce que vous suiviez mes conseils, dans ce monde-ci, car tout est nouveau.
J’ouvris les paumes de mes mains et une boule de feu apparut dans l’une d’elles.
— Ma magie est pourtant bien présente. C’est au moins une chose qui ne relève guère de la nouveauté.
— Il y a de fortes chances qu’elle soit décuplée. Et dans le cas contraire, cela nous signifiera la présence des sorciers d’Azgor.
— Sentez-vous leur magie ? m’enquis-je.
— Pas encore, mais ça ne saurait tarder. Prenez garde aux apparences, Hérodias.
— Pourquoi donc ?
— Les illusions et les mirages ne sont point étrangers à un plan comme celui-ci, m’éclaircit-il.
Je me souvins de la mise en garde de Viviane, avant de quitter Avalon.
— Mère m’a prévenue au sujet des pouvoirs des sorciers d’Azgor, et elle m’a conseillé de faire fi des apparences. Je n’ai pas rencontré ce problème, à la cité d’Ys, mais je sens que je devrai être plus attentive, ici. Tout semble si paisible, alors que la magie de Dana opère quelque part.
— L’ancienne grande prêtresse est certainement responsable de l’envoûtement de Titania et de l’extinction progressive d’Irminsul, ajouta le druide. Rendons-nous auprès de la reine des fées, et nous trouverons Dana ainsi que le petit peuple captif des sortilèges obscurs.
Je savais qu’à un moment ou à un autre la Grande Déesse ferait en sorte que je croise le chemin de la traîtresse, et je me réjouissais de la confronter.
— Cadoc… j’ai tant de questions qui souhaitent se déverser de mes lèvres… commençai-je.
— Mais parmi elles, il s’en trouve une particulièrement pressante, je me trompe ? m’interrompit-il en souriant.
Je hochai la tête.
— Le seigneur dragon… Je sais que Kai a créé un mur de flammes pour nous sauver de l’engloutissement, à la cité d’Ys. Vous m’aviez promis de m’aider à réveiller le feu du dragon pour le ramener, mais le feu s’est éveillé de sa volonté propre. Comment est-ce possible ?
Le druide fit mine de réfléchir.
— Pour être honnête, je ne sais absolument pas comment ce fait a pu advenir, mais je suis convaincu que le feu du dragon ne s’est pas éveillé tout seul. Il ne fait aucun doute que vous l’avez provoqué, mais de quelle manière, je me le demande.
Son sourire en disait long.
— Vous avez réussi à le réveiller, et c’est tout ce qui compte, pourquoi chercher plus loin ? ajouta-t-il.
Cette demi-réponse ne me satisfit point.
— Vous ne voulez pas m’en dire davantage ? insistai-je.
— C’est inutile, répondit-il. Vous avez effectivement accompli une démarche qui a permis au seigneur Kai de venir nous secourir. Mais je ne sais pas encore laquelle.
Je sentais que le druide me mentait. Cadoc connaissait l’explication, tout comme Merlin l’aurait sue en m’abreuvant d’informations au compte-gouttes. Je décidai de ne pas insister, certaine de trouver la réponse par moi-même. Mais combien de souffrances allais-je encore subir avant d’obtenir les réponses, tant attendues ?
Adalrik et Goulven s’étaient arrêtés à l’orée des bois, leurs armes à la main, et je sifflai pour appeler Hermès, dont je ne percevais plus la présence. Lutuz-Nog avait retrouvé sa place sur l’épaule du Viking.
— Hermès ! l’appelai-je.
Mais mes appels restèrent sans réponse.
— Notre maître corbeau s’est enfoncé trop profondément et j’ai eu peur de le suivre.
— Quand cesserez-vous d’avoir peur, messire korrigan ? se moqua le Celte.
— Lorsque les malfaisants sorciers d’Azgor disparaîtront, messire Goulven, lui répondit le petit être avec une grimace.
Cadoc sourit, puis s’appuya contre le tronc d’un arbre.
— Une chose après l’autre, noble korrigan. Nous devons d’abord nous presser vers la demeure de Dame Titania.
— Nous ne savons même pas par où la chercher, répliquai-je.
— Nous la trouverons, nous assura le druide. Mais mettons-nous d’abord en quête d’une source d’eau et d’un abri pour la nuit.
— Et pourquoi pas d’un peu de gibier pour soulager nos ventres ? proposa Adalrik en prenant la tête de notre groupe.
Malgré la confiance et la bonne humeur de mes amis, je sentais que des présences étranges habitaient ces bois. Les arbres ressemblaient fortement à ceux de notre plan, même si de temps en temps, des petites étincelles apparaissaient à travers les feuillages. Je lançai un coup d’œil à Cadoc qui me fit un signe de tête pour me rassurer. Mais la sensation qu’une vie non familière habitait cette nature luxuriante devenait de plus en plus insistante, au fur et à mesure que j’avançais. Adalrik et Goulven étaient déjà engagés sur un petit sentier bordé de pierres jaunes qui s’enfonçait dans la végétation, et je les perdis de vue.
— Je vous sens hésitante, Hérodias. Pourquoi donc ? me demanda Cadoc.
— Ne sentez-vous donc pas des présences ?
Le druide leva la tête et fit mine de humer les senteurs environnantes.
— Certes oui, mais nous n’avons malheureusement que peu de choix. Vos intuitions ne vous ont pas trahie lorsque vous avez supposé la présence du feu, malgré la distance considérable qui nous sépare de sa source.
— Pensez-vous que Kai essaye de nous transmettre un message ? l’interrogeai-je d’un ton enjoué.
— Mes sens sont encore incapables de percer ce mystère.
Une aura mystérieuse enveloppait ce monde, comme si une magie étrange tentait de dissimuler quelque chose.
Le druide pressa le pas.
— Vous sentez-vous mieux, Cadoc ?
— Et vous, comment vous sentez-vous ?
Je réalisai que mes membres étaient moins fatigués que lors de notre arrivée, et je levai des yeux curieux sur mon interlocuteur.
— Ressentez-vous aussi, par hasard, un regain d’énergie ? insista-t-il.
Je tâtai mon cou à la recherche du dragon de feu que Yuan m’avait offert, lors de mon départ d’Avalon, et remarquai que la pierre avait retrouvé sa couleur noire.
— Savez-vous ce que veut dire ce changement de couleur ? La pierre a déjà adopté cette teinte, à la cité d’Ys. Elle passe du rouge vif au noir d’encre.
Le druide haussa les épaules en souriant.
— Je ne saurais le dire, Hérodias.
— On dirait que le mystère nous entoure, depuis que nous avons quitté Avalon, et je n’aime pas ça.
Il leva le doigt en l’air.
— L’île d’Avalon est aussi entourée de mystères, ma chère amie. Acceptez donc que votre initiation vous dévoile ce que vous devez savoir, au moment choisi par les dieux.
Je me demandai si le Conseil des Anciennes et les deux druides me soumettaient à une épreuve initiatique, depuis le début de mon aventure. Mais j’abandonnai vite cette idée, car trop d’innocents avaient péri pour le simple caprice de soumettre une jeune prêtresse à une épreuve.
— Vous me rappelez beaucoup Merlin, lui avouai-je.
— Et vous, vous me rappelez beaucoup une grande prêtresse qui fut initiée jadis, ajouta-t-il.
— Laquelle ?
— Votre mère, Brigid.
Adalrik, revenu sur ses pas, nous fit signe de nous taire lorsque je m’apprêtais à encore questionner le druide, et Goulven nous rejoignit à son tour, en tournant la tête de tous les côtés.
— Que se passe-t-il ? les questionna Cadoc.
Le Celte leva un doigt en l’air.
— Il y a des bruits étranges, murmura-t-il.
— Est-ce donc une mauvaise magie, moine ? s’inquiéta le seigneur du Nord.
Cadoc empoigna son bâton des deux mains et sourit.
— Gardez le silence et écoutez les messages que porte le vent, leur suggéra-t-il.
Les étincelles dissimulées derrière les feuilles des arbres sautillaient désormais, de branche en branche.
— Saleté de créatures lumineuses ! s’exclama Goulven en fendant une branche de son épée.
— Non ! crièrent Cadoc et Lutuz-Nog en même temps.
La branche qui tomba émit un son qui ressemblait à celui d’un cri humain, pendant que les clartés qui se cachaient derrière les feuilles bondissaient sur l’arbre voisin. Le druide s’approcha du fils de Morgane et lui frappa la tête de son bâton.
— Idiot !
— C’est bien ce que je dis souvent, enchaîna le Viking en posant sa hache sur l’épaule.
Le korrigan qui s’était réfugié sur la branche d’un arbre glissa du tronc, avant de ramasser les ramures sectionnées par le Celte.
— Ces êtres minuscules font partie du petit peuple et vous leur avez fait peur. Ce sont de petites fées invisibles à l’œil humain. Honte à vous, seigneur Goulven !
— Chrétien de malheur ! l’insulta Adalrik.
— Je suis navré, je ne savais pas, s’excusa le Celte d’un ton sincère.
— Tu le savais, avant de te convertir, sale traître ! ajouta son rival.
Je m’interposai avant qu’un conflit violent n’éclate :
— Cessez ! Goulven ne connaissait pas la nature de ces étincelles avant d’en être informé. Qu’est-ce donc que ces fées, Lutuz-Nog ?
Le korrigan bomba son torse avant de répondre :
— Ce sont les esprits de la forêt qui entretiennent la végétation. Il existe différentes espèces de fées, et celles-ci n’existent, probablement, que pour protéger ces bois.
Le Celte haussa les épaules en arborant un sourire, suite à mon intervention.
— Et vous ! lui ordonnai-je. Ne recommencez plus.
Il baissa les yeux en prenant une mine coupable.
— Si ces fées protègent les arbres, il doit bien y avoir un gardien quelque part, repris-je. Nous devrions aller à sa rencontre, plutôt que de nuire à son peuple.
Le Viking me sourit de manière entendue pendant que retentissait un croassement familier, un peu plus loin.
— Hermès ! criai-je en sortant du chemin.
— Ne vous éloignez pas ! me lança Adalrik.
Mais je refusai d’obéir, et me frayai un chemin parmi les herbes hautes pour retrouver mon ami.
— Hermès, où es-tu ?
Je courus en direction du croassement, puis débouchai dans un lieu dégagé où un cercle de pierres servant probablement à apprêter un feu se dressait en son centre. Les arbres qui entouraient ce lieu aménagé par mère Nature possédaient des feuilles vertes et bleues. Et mon ami à plumes, que je vis dressé sur une branche, s’envola en croassant de plus belle.
— Hérodias !
Mes compagnons m’appelaient, mais étant décidée à obliger mon corbeau à ne plus quitter mon épaule, je m’élançai à sa suite.
Un nouvel espace dégagé s’offrit à mes yeux, où les étincelles lumineuses sautillaient d’arbre en arbre, et je sursautai en découvrant un phénomène des plus étranges : un chat, dont la corpulence se rapprochait davantage de celle d’un cochon de lait que d’un félin, me fixait depuis un trou creusé à l’intérieur d’un tronc d’arbre. La crainte fit place à la surprise quand je vis Hermès survoler la créature aux yeux jaunes. Outre sa taille inhabituelle, le prétendu chat possédait une fourrure noire tachée de blanc sur sa poitrine, de longues oreilles qui pointaient à l’arrière de son crâne, et il me fixait d’une manière étrangement… humaine. Le félin bâilla, puis émit un miaulement qui me fit frissonner, car son timbre vocal s’apparentait à celui d’une femme en pleine force de l’âge. Je le regardai pendant que les pas empressés de mes compagnons se rapprochaient, car il me faisait penser au meneur de sangliers qui m’avait empêchée d’user de magie, avant que le porteur de lumière ne le tue.
— Hérodias, pourquoi vous êtes-vous enfuie ? tonna la voix du Viking.
Je crus voir les traits du chat exprimer du dégoût pendant qu’il scrutait le colosse.
— Je voulais ramener Hermès, car je ne veux plus qu’il s’aventure seul, dans une contrée qu’il ne connaît point.
Mon corbeau croassa avant de se poser aux côtés du félin.
— Qu’est-ce donc que ce chat ? demanda Goulven qui venait de déboucher, sur le lieu.
Lutuz-Nog apparut près de mon corbeau et se mit à caresser le nouveau venu.
— Vous n’avez rien à craindre, nous rassura-t-il.
— Le korrigan a raison. Adalrik, Goulven, baissez vos armes ! retentit la voix de Cadoc, derrière les deux colosses.
Le Celte s’exécuta...

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