Kalliopée, tome 2 : Le tribu d une épouse
253 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Kalliopée, tome 2 : Le tribu d'une épouse , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
253 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

"Un jour, je te libérerai de ces entraves, Shaadi. Tu seras ma femme, mais libre."

Cette promesse, Kalliopée y croit, mais elle sait aussi qu’il lui faudra être patiente. En attendant, elle refuse que ces joncs entachent les moments qu'elle passe avec Karel. Parfois doux. Souvent éprouvants. Toujours intenses.

Elle a beau tenter d'oublier ces fers soudés à ses poignets, Kalliopée est vite confrontée à l'injustice de sa condition.

Utilisée, manipulée, blessée, elle peut néanmoins compter sur des alliés de taille.

Pourtant, de Lapisia à Aquaria, les territoires de l'Union se révèlent toujours plus hostiles. Sans compter les secrets que Karel s'évertue à garder et qui l'entrainent parfois loin d'elle.

Si la princesse aux yeux vairons est tiraillée entre son désir d'émancipation et celui de vivre un mariage heureux, le futur monarque est partagé entre son amour pour Kalliopée et son devoir de fils.

Pourtant, c’est côte à côte qu’ils devront avancer. Et il n’y a qu’auprès de lui qu’elle se découvre épouse et amante. Audacieuse et militante.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 12
EAN13 9782379932687
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

KALLIOPÉE
 
Tome 2 : Le tribut d’une épouse
 
KOKO NHAN
 

 
 
L’auteur est représenté par Black Ink Éditions. Tous droits réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit, sous n’importe quelle forme.
 
Nom de l’ouvrage : Kalliopée Tome 2 : Le tribut d’une épouse
Auteur : Koko Nhan
Suivi éditorial : Sarah Berziou
 
© Black Ink Éditions
Dépôt légal décembre 2021
 
Couverture © Black Ink Éditions
Réalisation Juliette BERNAZ
Crédits photos : Shutterstock & Unsplash
ISBN 978-2-37993-268-7
 
Black Ink Éditions
27 rue Vivonne - 17220 La Jarne
Numéro SIRET 840 658 587 00026
 
Contact : editions.blackink@gmail.com
Site Internet : www.blackinkeditions.com
 
Table des matières
Avant-propos
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre 42
Chapitre 43
Épilogue
Kalliopée
Playlist
REMERCIEMENTS

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
♫ Parce que les romans ont aussi droit à leur bande sonore, Kalliopée   : Le tribut d’une épouse est accompagné d’une playlist que vous trouverez à la fin de l’ouvrage. ♫

 
Avant-propos
 
 
Il y a bientôt trois mille ans, le monde tel qu’il était disparut. Les nombreux conflits qui opposèrent les anciennes nations plongèrent notre planète dans le chaos.
Les hommes, trop aveuglés par leur désir de posséder les biens qui ne leur appartenaient pas, ignorèrent les signaux que la terre leur envoyait. Ils furent sourds aux maladies qui décimèrent la majorité́ de la population, aux boule- versements climatiques qui rendirent hostiles la vie sur quatre-vingt-dix pour cent du sol. Pire que ça même, ils éprouvèrent la planète qui était la leur, jetant sur ses terres agricoles, sur ses villes peuplées d’innocents, des bombes qui illuminèrent le ciel. Lorsque l’Homme comprit son erreur, il était trop tard. Les villes étaient ravagées par les flammes, les épidémies incontrôlables, les denrées épuisées. De chaque continent, ne subsistaient que quelques poignées d’hommes. Tous partirent en quête d’un endroit où vivre sans craindre le pire.
Toutefois, refusant d’admettre leurs erreurs, les hommes rejetèrent la faute sur les femmes. Après tout, certaines d’entre elles gouvernaient des nations.
Il fallait un responsable, et il était hors de question de porter le poids d’une quelconque culpabilité́. En punition, la femme fut dépossédée de ses droits, bafouée et asservie.
Ce sont sous ces préceptes que naquit, plusieurs siècles plus tard, l’Union des Cinq. Aquaria, peuple de pêcheurs et navigants, profitait de l’Océan, au nord-est du continent. Lapisia, royaume rendu riche par ses minerais, avait établi sa citadelle au pied des monts rocailleux. Viridia, quant à elle, jouissait des vallées verdoyantes et de lacs. Ses terres fertiles permirent à l’Union tout entière de se nourrir, mais aussi de se soigner. Nivisia fournissait les quatre autres royaumes en bois nobles et en gibier de choix. Et pour terminer, il y eut Liberisia. Peuple nomade qui s’établissait, çà et là, au gré́ des saisons. Ses citoyens étaient parmi les plus travailleurs des ouvriers. Ils fournissaient une main d’œuvre inestimable.
Seulement, si l’Homme apprend de ses erreurs, il finit par les oublier. Au risque, un jour, de les reproduire...
 
Chapitre 1

 
Je parviens difficilement à quitter mon reflet des yeux. Le miroir me renvoie l’image d’une femme si différente que j’ai du mal à me reconnaître. La couronne que je porte aujourd’hui s’apprête à rejoindre son coffret, pour ne plus jamais en sortir. Dès ce soir, la mienne sera semblable à celle de Karel.
Un léger sourire se dessine sur mes lèvres au souvenir de notre nuit et, l’instant suivant, c’est la peur qui me tord le ventre. Serai-je à la hauteur ? Nos promesses faites hier seront-elles tenues ? Parviendrons-nous à rester soudés comme nous nous le sommes juré alors que nos corps ne faisaient plus qu’un ?
— Vous semblez heureuse, Votre Altesse.
Je me tourne vers Sienna en effaçant le sourire qui refusait de me quitter. Un coup contre ma porte m’empêche de lui répondre, puis un serviteur entre en s’inclinant lorsque je l’invite à le faire.
— Votre Altesse, Sa Majesté le roi Läven est là.
Mes yeux s’écarquillent à cette annonce. Je ne pensais pas qu’il ferait le voyage jusqu’ici. Pas même pour mon mariage. Depuis mon départ, pas une lettre ne m’est parvenue. Ou peut-être ne me les a-t-on pas remises… Moi, je n’ai pas pu me résoudre à lui écrire. Qu’aurais-je pu lui dire ? Des mensonges ? Des reproches ?
— Il souhaiterait s’entretenir avec vous, m’informe-t-il.
Je baisse la tête, juste le temps de rassembler mes idées, totalement chaotiques. Je me retiens à la ceinture de mon peignoir dans l’espoir que la triturer pourra m’aider à trouver quoi répondre. J’inspire, expire et bombe finalement la poitrine.
— Faites-le entrer, ordonné-je avec assurance.
Un simple regard à Sienna, et cette dernière comprend ma requête silencieuse puisqu’elle s’éclipse, me laissant seule. Je fais un pas vers la porte close, avant de déglutir, puis je fixe sans relâche la poignée qui s’abaisse. La seconde suivante, les gonds grincent et mon père apparaît.
J’ai le sentiment que le temps se fige quand ses yeux se posent sur moi. L’émotion me submerge et, malgré les reproches que je voudrais lui faire, je me jette dans ses bras, telle une enfant. J’oublie mes interrogations et mes rancœurs, parce que la petite fille que je suis encore au fond de moi se réjouit de sa présence. Il ne me repousse pas et, comme lorsque j’étais haute comme trois pommes, il caresse ma nuque de la pulpe de ses doigts. Ce réconfort gonfle mes poumons d’air. Mon cœur tambourine si fort que je suis obligée de fermer les yeux afin de le calmer. J’inspire cette odeur qui m’avait tant manqué, cette chaleur qui m’a toujours apaisée et sa force qui me donnait l’impression que je ne craindrais jamais rien. Dans mes oreilles, j’entends les battements qui résonnent dans sa cage thoracique.
— Père, soufflé-je, la gorge nouée alors que mes doigts s’agrippent à sa veste comme pour s’assurer de sa présence.
— Laisse-moi te contempler, me demande-t-il, la voix éraillée.
Je me détache alors de lui et cille afin de faire disparaître les larmes avant qu’elles ne coulent et ne ruinent mon maquillage.
— Tu as toujours le plus beau des regards, sourit-il avec nostalgie en caressant ma joue.
À cette phrase, mes lèvres s’étirent. Quand il s’éloigne totalement de moi et que sa paume chaude quitte mon visage, j’ai l’impression que le froid s’empare de mon corps ; mon sourire se fane. Il tourne sur lui-même, avant de s’arrêter en observant, amusé, la tapisserie déchirée.
— Je vois que tu n’as rien perdu de ta hargne.
Je détaille sa silhouette élancée qui me présente désormais son dos et la douleur s’immisce discrètement. Sa couronne, sertie d’autant de pierres que la mienne, repose sur sa tête. Ses boucles châtaines tombent dans sa nuque et lui donnent une allure sauvage. Quand il fait volte-face, c’est pour m’offrir un sourire parfait. Sa barbe soignée, aux reflets roux, grisonne par endroits. Pourtant, malgré cela, il garde une expression presque enfantine. Mon regard se lève pour croiser ses iris d’un bleu azur. Je ne savais pas si je le reverrais un jour, mais à présent qu’il est là, je suis partagée entre l’aimer ou le détester.
— Une jolie œuvre, s’amuse-t-il en m’adressant un de ses fameux clins d’œil.
Face à la légèreté de ses mots, je n’ai plus vraiment envie de l’aimer. A-t-il une idée de ce que j’ai pu endurer ? S’imagine-t-il à quel point j’ai souffert ? Non, ou alors il prétend l’ignorer pour soulager sa conscience ou sa culpabilité. Quoi qu’il en soit, c’est douloureux.
Son sourire disparaît à mesure que mon silence lui hurle ma colère et ma rancœur.
— Kalliopée, m’appelle-t-il avec douceur.
— Vous le saviez ? Pour la reine et la princesse ? Vous étiez au courant ? murmuré-je d’un timbre suppliant.
J’espère qu’il me dira qu’il ne se doutait de rien, qu’il m’a envoyée ici en me pensant en sécurité. Pourtant, sa tête qui se détourne me prouve que je n’ai rien imaginé.
— Pourquoi ? demandé-je.
— Pour la paix.
Ce simple mot, et voilà que je culpabilise d’éprouver cette rancœur. Parce que, tout comme lui, c’est le but que je voulais atteindre. De nouveau, son regard s’ancre au mien et je prends conscience de ce qui nous différencie. Je n’aurais jamais pu sacrifier quelqu’un d’autre pour l’obtenir. Cependant, s’il m’avait tout raconté dans les moindres détails, il ne fait nul doute que je serais tout de même venue jusqu’ici. La nuance, c’est que je l’aurais fait de mon plein gré, en sachant ce qui m’attendait. Ce que je risquais.
— C’était la seule chose à faire, tu le sais aussi bien que moi, lâche-t-il alors avec sévérité.
— Mais, et moi ? Vous… En tant que père, vous m’avez toujours dit que vous tueriez quiconque s’en prendrait à ma vie, et vous m’envoyez ici, chez ce roi, alors que… alors que…
Je perds mes mots, dans l’impossibilité de rassembler mes idées. J’ai beau haïr le roi Xerios, il ne m’a jamais fait aussi mal que mon propre père. Je réalise aujourd’hui que les gens que nous aimons profondément sont les seuls capables de nous blesser si douloureusement.
— La reine et la princesse sont mortes à cause de Viridiens, vous deviez vous douter que le roi voudrait me le faire payer, non ?
— Ils s’en sont pris à toi ? s’inquiète-t-il.
Un rire sarcastique s’échappe d’entre mes lèvres. Comment peut-il s’en soucier quand c’est lui qui m’a envoyée ici ? Comment ose-t-il se préoccuper de mon sort, à présent ? Il se gratte l’espace entre les sourcils, comme il le fait toujours lorsqu’il ne parvient pas à résoudre un épineux problème. Et, tandis qu’autrefois cela m’attendrissait, aujourd’hui, ce geste éprouve ma patience. Je voudrais lui hurler de se dépêcher de trouver ses mots, lui ordonner de panser mon cœur blessé.
— Ce n’est pas…
Sa phrase se meurt quand un nouveau cognement contre la porte se fait entendre. Aussitôt, une flopée de servantes se pressent dans ma chambre et une robe majestueuse est déposée sur mon lit. Je devine alors qu’il est l’heure. J’observe le tissu sans ciller, sans oser fixer mon regard sur mon père. Pourtant, du coin de l’œil, je le vois amorcer un pas dans ma direction.
— On se retrouvera à la cérémonie, lâché-je d’un ton qui se veut détaché.
Je feins cette froideur qui ne me ressemble pas pour effacer la peine que j’éprouve. Il n’ajoute rien et, dans un courant d’air, disparaît. Dans ma poitrine, mon rythme cardiaque s’intensifie, l’anxiété me gagne.
— Votre Altesse ? me hèle une servante.
Mes yeux suivent la direction de sa voix et, un sourire timide aux lèvres, elle me désigne la robe. Machinalement, je me défais du peignoir qui recouvre mon corps, tandis qu’elles la placent au centre de la pièce. Elle est unique, mais pas seulement parce que c’est une tenue prévue pour une cérémonie royale. Non, c’est aussi parce qu’elle représente une alliance jamais vue avant ce jour. Les mariages interraciaux sont interdits et les sang-mêlé disposent d’aussi peu de droits que les femmes. Pourtant, ce matin, le prince de Lapisia va épouser la princesse de Viridia.
Évènement exceptionnel. Robe exceptionnelle.
Le haut en dentelle est d’un rouge sombre, à la couleur de la cité du désert. Des bretelles fines, ornées de perles nacrées, la retiendront à mes épaules. Si l’étoffe est cintrée sur la taille et moule à la perfection ma poitrine, le bas est composé de tulles qui lui donnent un volume important. C’est une succession de couches d’un rouge plus pâle tandis que la traîne est d’un vert émeraude. Ma couleur. Comme si le tissu avait frôlé une surface verdoyante. Elle est sublime. Pourtant, c’est le ventre noué que j’y passe une première jambe. Plusieurs ajustements ont dû être faits ces derniers jours et j’ai peur qu’à nouveau, il faille la reprendre.
Deux servantes se placent de chaque côté quand je suis en son centre et font remonter la robe le long de mon corps. Mes bras s’introduisent délicatement dans les bretelles. Lorsqu’elles atteignent mes épaules, je suis surprise. Je pensais ressentir le poids de la parure, mais bien au contraire, j’ai presque l’impression de ne rien porter. Les deux femmes de maison s’écartent de façon synchronisée, puis dans mon dos, je sens des doigts glacés fermer les boutons. Cette fraîcheur suffit à me redonner le souffle qui avait disparu. Les paupières closes, j’attends. Enfin, quand la servante s’éloigne, j’ouvre à nouveau les yeux, avec un mélange de crainte et d’excitation.
— Elle vous va à merveille, Votre Altesse.
Je lui souris, ravie qu’il n’y ait aucune retouche à faire. Les domestiques, lèvres étirées, me font impatiemment signe d’aller m’observer dans le miroir. Les deux semaines de préparatifs m’ont permis de rassurer le personnel à mon sujet et, à présent, on me salue, on me sourit même parfois. C’est… surprenant . Mais agréable. Je rejoins la psyché et un sentiment de malaise me traverse quand, enfin, je m’aperçois. Si ce mariage était prévu, son imminence est effrayante.
C’est ce que je veux, oui. J’aime Karel et je suis persuadée que je ne pourrai être heureuse qu’à ses côtés, mais l’appréhension me gagne. Dans quelques heures, je serai liée à lui, et ce, jusqu’à ce que nos corps retournent à la poussière.
 
Chapitre 2

 
Le souffle court, j’attends devant les portes du temple. Mes femmes de chambre m’ont abandonnée et je me retrouve au bras de mon père. L’un comme l’autre, nous sommes nerveux. Aujourd’hui, les températures sont clémentes et j’espère que c’est un bon présage, que c’est le signe que notre mariage ne souffrira d’aucune sécheresse. Même si je sais que c’est illusoire, surtout par les temps qui courent. Je ferme les yeux et le voile qui recouvre mon visage vient caresser mon épiderme. Dans mes oreilles, je sens mon sang pulser, et dans mon cou, ma carotide palpite avec puissance. Bien que j’éprouve de la rancœur envers mon père, je m’agrippe à sa veste pour ne pas faire marche arrière parce que, soudainement, je suis effrayée par la portée de l’évènement. Je me sermonne intérieurement. Ce mariage ne change rien à ce que je ressens, c’est aux côtés de Karel que je veux passer ma vie. La paume chaude de mon père frôle mes doigts afin d’en faire cesser les tremblements. Le geste, pourtant doux, ne suffit pas à m’apaiser.
Dans un grondement sonore, les grandes portes s’ouvrent, mais mes yeux restent clos. À l’intérieur, les chuchotements, que nous percevions tout juste quelques secondes auparavant, s’interrompent et un silence sinistre s’abat. Mes jambes flageolantes refusent d’avancer. Mon père murmure mon prénom et mes paupières se soulèvent lourdement. Mon regard glisse le long de l’allée principale. Elle me paraît si longue que j’ai peur de ne pas parvenir au bout. Mais enfin, je l’aperçois. Le corps raide, je distingue difficilement ses traits, mais j’imagine qu’il dégage, comme toujours, une force charismatique. De leur propre chef, mes jambes entament leur avancée lorsque la marche nuptiale de Lapisia démarre. Une mélodie que j’ai entendue sans relâche depuis des jours. On m’a entraînée à me déplacer en rythme. Je ne dois aller ni trop vite ni trop doucement. Si l’exercice me semblait aisé, aujourd’hui je peine à mesurer mon tempo. Plus j’efface la distance qui me sépare de lui, plus ses traits se dessinent et plus je ressens le besoin de courir jusqu’à lui. Même si le voile qui se balance contre mon visage à chacun de mes pas m’empêche de le distinguer nettement.
J’inspire, ferme mes paupières pour les ouvrir aussitôt. Juste quelques instants qui me permettent de me souvenir de ce que j’éprouve pour Karel et pour mon peuple. Quelques instants pour me rappeler que je ne souhaite être nulle part ailleurs. Quand mes yeux s’arriment à nouveau à ceux de Karel, mon cœur bondit férocement et mon corps se redresse. Le dos droit, le visage relevé, je longe cette allée qui me mène à lui. Lui si conquérant dans sa veste aux médailles qui dévoilent tout de sa bravoure au combat. Lui si princier, dont la tête est parée d’une couronne brute, à son image. Le regard acéré, il me fixe sans ciller, avec un mélange de tendresse et de possessivité qui raccourcit mon souffle. Quand je l’observe ainsi, je ne perçois aucune hésitation, aucune crainte, juste une parfaite évidence. Je remarque en m’approchant que sa veste d’un rouge rubis est, elle aussi, ornée d’un vert sombre aux extrémités.
À mon passage, certains murmurent. Pourtant, lorsque Karel accroche à nouveau ses prunelles aux miennes, avec une intensité qui n’appartient qu’à lui, je fais abstraction de ce qu’on peut dire de moi. Il n’y a que lui qui compte. Il n’y a toujours eu que lui. Je sens le visage de mon père se tourner dans ma direction et, sous mes doigts, son bras se contracte. Perçoit-il que mon cœur n’est désormais fidèle qu’à l’homme qui nous fait face ?
Mon souffle accélère. L’impatience me gagne et je dois me forcer à ne pas aller trop vite. Plus qu’une dizaine de pas. Un léger sourire étire les lèvres du prince. Le mien lui répond et mes yeux s’humidifient. Je n’ai jamais été si terrorisée et en même temps excitée de toute ma vie. Alors que la distance entre nous se réduit, une avalanche de souvenirs m’envahit. Je me rappelle ce jour où je lui avais dit adieu parce que nos destins devaient se séparer. En rentrant à Viridia, j’avais réalisé que l’amour pouvait faire mal. Le visage du jeune garçon qui m’a offert mes premiers émois se superpose à celui de l’homme qu’il est devenu. Les deux sont bien différents, pourtant mes sentiments sont intacts. Non, je mens, ils sont encore plus puissants qu’avant. Aujourd’hui, j’ai la certitude que rien ne pourra jamais les altérer. Qu’aucun autre que lui ne pourra me faire aimer si fort. Nos retrouvailles ont été intenses et douloureuses, j’ai cru pouvoir le haïr, mais même là, je le désirais. En dépit de tout, surtout de moi.
Quand nous arrivons au pied des marches qui mènent à l’autel, mon père serre mes doigts avec fermeté. Karel nous rejoint lentement, à la manière du fauve qu’il est, avec une force contenue. Tout est calculé au moindre de ses pas et, comme toujours, le charme opère. Il reporte son attention sur mon père, qui le salue et lui remet ma main. L’absence de ses iris comme point d’ancrage me ferait presque chanceler, mais heureusement, la chaleur qui émane de lui dès l’instant où nos paumes se rencontrent est réconfortante et rassurante. Peu à peu, elle m’est devenue familière et nécessaire. Karel se place à mes côtés et, d’une légère pression sur mes doigts, il anéantit le peu de frayeur qu’il me restait encore. Je déglutis néanmoins lorsque nous gravissons les quelques marches qui nous conduisent jusqu’au maître de cérémonie, devant lequel nous nous agenouillons, tête basse.
À cet instant, Karel libère ma main et le sentiment d’apaisement s’évapore. Je voudrais déjà que la célébration s’achève, pour pouvoir me lover dans ses bras.
Le voile me donne de plus en plus chaud et je meurs d’envie de l’ôter afin de ne plus avoir l’impression de suffoquer.
— Messieurs et mesdames, nous sommes tous ici présents afin d’assister à l’union de Karel Edark, prince de Lapisia, fils de Xerios Edark, et de Kalliopée Talae, princesse de Viridia, fille de Läven Talae.
Il marque une pause avant de se placer derrière un pupitre, tandis que j’entends les invités prendre place sur les bancs installés dans la salle. Durant cette pause bienvenue, je me fais la réflexion que lorsque j’étais enfant, le fait que seul le nom du père soit énoncé dans l’identité d’une personne ne me perturbait pas. Aujourd’hui, je voudrais que celui de la mère soit également mentionné. Par cette omission, c’est comme si elle était dépossédée du rôle qu’elle a joué dans la conception, ou dans l’éducation, pour ceux qui ont la chance d’avoir connu la leur.
— Par-delà les mers, les déserts, les forêts, je te jure fidélité, clame la voix du célébrant, me faisant légèrement sursauter. Dans la vie, la mort, la guerre ou la paix, je te voue mon cœur.
Tandis que l’officiant prononce ces mots, je fixe les couleurs vives des vitraux qui se reflètent à nos genoux. Malgré la chaleur de l’extérieur, l’ambiance qui règne ici me fait soudainement frissonner. Sans avoir à poser ma main sur ma poitrine, je peux sentir la puissance de mes battements. C’est effrayant parce que j’ai l’impression que jamais mon cœur ne ralentira.
— Au fil des siècles, le monde a changé, mais pas l’amour qui unit deux âmes, poursuit-il. L’Amour pousse même dans une terre aride. Il n’a pas besoin d’eau pour s’épanouir. L’Amour survit aux guerres, aux maladies, aux tragédies. Et, en ce jour, sous les yeux de nos ancêtres, nous célébrons celui d’un prince et d’une princesse. L’alliance de deux Couronnes.
Du coin de l’œil, j’observe Karel qui, malgré son visage baissé, reste droit et fier. Rien de ce qui se déroule ici ne semble l’atteindre. Quelque part, j’envie sa maîtrise, mais je commence à le connaître suffisamment pour savoir que, la plupart du temps, il joue un rôle. Du moins, je le crois.
— Votre Altesse, l’appelle l’officiant.
Aussitôt, Karel se redresse et me tend sa main pour m’aider à en faire de même. De concert, nous pivotons afin de nous faire face et je suis obligée de relever la tête pour plonger mon regard dans le sien. 
— Par-delà les mers, les déserts, les forêts, répète-t-il de sa voix grave qui, comme toujours, me donne l’impression d’avoir du plomb dans l’estomac. Je te jure fidélité. 
Il lève sa main, paume face à moi, ses iris brillants toujours ancrés aux miens. 
— Dans la vie, la mort, la guerre ou la paix. Je te voue mon cœur. 
Tandis qu’il me présente sa paume gauche, je respire difficilement. Je sais que c’est à mon tour de prononcer ces mots, mais je peine à déglutir. Ses sourcils se froncent et j’inspire profondément.
— Par-delà les mers, les déserts, les forêts, répété-je, la voix éraillée. 
Parfois, j’aimerais être comme lui. Je voudrais être capable de garder mon sang-froid, de ne pas être si lisible. 
— Je te jure fidélité. 
Ma paume s’élève à hauteur des siennes, sans pour autant le toucher. 
— Dans la vie, la mort, la guerre ou la paix. Je te voue mon cœur. 
Durant cet échange, aucun de nous ne cille, ça me donnerait presque l’impression qu’il n’y a que nous, que la salle n’est pas remplie d’invités venus célébrer notre union. Karel a toujours la faculté de me téléporter dans un autre univers, dans une réalité alternative où nous sommes seuls au monde. Chaque fois, ça me permet de reprendre mon souffle.
Un homme s’approche de Karel, un coffre ouvert au creux de ses mains. Sur le velours rougeâtre, deux bracelets en or sont déposés, semblables à de petites manchettes, ou des chaînes... Ils sont fins et un léger interstice apparaît. Je sais que dans quelques instants, il aura disparu, tout comme ma liberté. Le prince était parvenu à me faire oublier les enjeux de cette cérémonie, mais leur vision me fait l’effet d’une douche glacée. J’ai conscience de ce qu’ils symbolisent : mon appartenance à cet homme. Mon asservissement. Bien que je sois certaine que Karel n’abusera pas de sa position, savoir que je vais devoir les porter m’effraie. Les vœux que nous venons d’échanger et l’introduction de l’officiant sur l’Amour avec un grand A me paraissent alors totalement hypocrites.
Ses doigts saisissent le premier et une chaleur désagréable m’envahit. Le voile se colle à mon front devenu moite d’appréhension.
— Respire, m’enjoint-il dans un murmure que je suis la seule à pouvoir entendre.
Facile à dire… Ce n’est pas lui qui va se retrouver avec des fers aux poignets. Je détourne alors mon attention pour me concentrer sur son visage. Prenant sa tâche à cœur, il abaisse mon bras droit et y place, avec la plus grande délicatesse, le premier jonc. J’inspire, puis peine à avaler ma salive lorsqu’un homme s’approche, un tisonnier en main. Ma gorge est asséchée par l’anxiété et Karel perçoit mon changement d’attitude. Ses iris s’ancrent aussitôt aux miens, tandis que ses sourcils se froncent. Il détourne la tête et remarque à son tour la tige métallique, au bout rougi par les flammes. Sans aucune hésitation, il s’en empare puis je sens ses doigts exercer une douce pression sur mon poignet qu’il maintient toujours.
Le tisonnier rejoint rapidement le bracelet. Karel resserre la fine plaque dorée, puis commence à souder les deux parties. Inconsciemment, mes membres se raidissent et mes yeux se ferment. Malgré mes paupières closes, je perçois tout : le souffle contenu de Karel, le silence religieux du temple, le bout ardent de la tige. Sa chaleur irradie ma peau sans même la toucher.
Pas besoin de mots pour accompagner ce rituel symbolique, ce serait pousser l’hypocrisie à son paroxysme. Mes yeux s’ouvrent à nouveau lorsque quelques gouttes d’eau glissent sur mes poignets. À l’aide d’une coupelle, Karel éteint l’incandescence du jonc qui marquera, à compter de ce jour, mon appartenance. Une légère fumée s’en échappe quand les éléments se rencontrent. Les minutes qui suivent, Karel procède de même avec le second bracelet. Je reste étrangement hypnotisée par ses gestes bien que je déteste ce qu’il se passe et je me concentre sur ses doigts chauds qui frôlent mon épiderme par moments pour ne pas laisser le froid m’envahir. Quand il a terminé, il libère délicatement mon bras et c’est l’instant où nos regards se retrouvent.
La lueur possessive qui se dégage de ses iris accélère les battements de mon cœur. Désormais, je suis sienne. Je refoule la portée de mon asservissement et ne songe qu’à la seule qui compte à mes yeux. Après tout, n’est-ce pas ce que j’ai toujours désiré ? Unir mon destin au sien ? Durant un instant qui n’appartient qu’à nous et nous isole dans une bulle que rien ni personne ne peut pénétrer, il me communique une promesse qui me donne envie de me jeter dans ses bras : je te traiterai comme mon égale . J’ai conscience que, dans notre monde, la volonté et le pouvoir ne s’accordent pas toujours – d’autant que je compte bon nombre d’ennemis, à commencer par son père –, mais j’ai besoin de le croire.
J’inspire profondément, puis nous faisons de nouveau face au célébrant en nous agenouillant. Des chants lapisiens s’élèvent dans la nef, résonnant dans le temple. Je ne parviens pas à les trouver beaux, et moi qui suis habituellement curieuse de tout et avide de découvertes, c’est tout juste si je les écoute.
La cérémonie se poursuit et l’officiant prononce un discours que je n’entends même pas. Quand deux hommes, vêtus de robes aux couleurs de nos royaumes, se positionnent face à moi, je sais déjà ce qui va suivre. Comme je m’y attendais, ma tête est délestée de ma couronne qui est rapidement rangée dans son coffret. Je l’observe, incapable de détourner les yeux. Elle m’a toujours semblé lourde et inconfortable, mais elle représentait ce qu’il me restait de mon héritage. Lorsque l’écrin se referme, j’ai le sentiment de clore de manière définitive le premier chapitre de ma vie. Par-dessus mes cils, j’aperçois la couronne qui parera désormais ma tête. Une réplique exacte de celle qui repose sur les boucles brunes de Karel : du métal brut, frappé, gravé. Sitôt qu’elle orne mon crâne, je suis surprise. Elle me paraît aussi légère qu’une plume.
Je fixe, sans cligner des yeux, le seul poids que je ressens : celui des bijoux scellés à mes poignets. Chaque seconde, ils me semblent peser plus lourd. Karel se relève et mon souffle se coupe. J’ai déjà assisté à des unions, mais je n’avais pas l’impression que c’était si éprouvant à vivre, que ce rituel symbolique pouvait infliger une blessure si réelle. Bien que j’aime Karel, je hais ce qui se déroule aujourd’hui. Le prince se place dans mon dos et mes bras tremblants se lèvent au-dessus de ma tête. Il joint mes poignets alors que le maître de cérémonie s’approche de moi.
— Désormais, Kalliopée Talae, princesse de Viridia, fille de Läven Talae, vous serez l’épouse de Karel Edark, prince de Lapisia, fils de Xerios Edark. Par cette union, vous abandonnez votre titre pour celui de princesse de Lapisia. Vous abandonnez votre nom. Vous abandonnez votre identité.
Malgré mes tentatives, je ne peux empêcher mes yeux de s’humidifier.
— Par cette union, vous renoncez à votre liberté.
Je ne peux pas non plus empêcher mon estomac de se nouer.
— Par cette union, vous acceptez de sacrifier votre corps, votre âme et votre vie à votre époux.
Une larme perle et mes mains, retenues par le prince, ne peuvent même pas l’effacer.
— Désormais, Karel Edark, prince de Lapisia, fils de Xerios Edark, vous disposerez de votre épouse, Kalliopée Edark, princesse de Lapisia, fille de Läven Talae, de son corps, de son âme, de sa vie, selon vos désirs.
Ma gorge se noue quand la prise de Karel se resserre. Je tente de retrouver mon calme, mais je réalise pleinement ce que sera ma vie à présent. Cette cérémonie symbolise la fin de ma liberté. Et, bien qu’elle n’ait jamais été totale, elle sera à présent nulle.
Le prince libère mes mains et je me relève. Son profil m’apparaît quand il prend place à mes côtés, puis nous nous faisons face. Il retire délicatement le voile qui me masquait légèrement à ses yeux et ses sourcils se froncent à la vue des quelques larmes qui parsèment mon visage.
Afin de sceller notre union, un baiser doit être échangé. C’est une façon hypocrite de demander le consentement des femmes, mais a-t-on le choix ?
Ses lèvres se posent sur les miennes. Elles sont aussi froides et dures que le marbre, bien loin des doux baisers qu’il peut m’offrir, à mille lieues de ceux plus brutaux qui s’emparent parfois de mon souffle. Celui-ci est sans vie. Vide. Creux. Je préfère. Je lui en aurais voulu de tenter de panser la plaie invisible qu’il vient de m’infliger malgré lui. Autour de nous, les invités se lèvent, acclament le prince. Pourquoi m’acclameraient-ils moi ? Je suis censée ne rien gagner, juste donner.
Nous nous retournons afin de faire face à l’assemblée, puis son souffle me caresse la joue.
— Un jour, je te libérerai de ces entraves, Shaadi . Tu seras ma femme, mais libre.
Mon visage pivote vers lui et je constate qu’il a délaissé son masque impassible. Ses yeux reflètent désormais une dureté implacable.
— Je les déteste autant que toi, murmure-t-il en fixant l’un des joncs qui parent à présent mes poignets.
Avant que j’aie pu trouver les mots adéquats, il me présente son profil, puis son bras et, ensemble, nous remontons l’allée pour quitter le temple.
Un jour, je serai une épouse libre. Je le crois, mais je sais aussi que je devrai attendre qu’il accède au trône. J’en ai l’amère conviction quand mon regard croise celui, acerbe, du roi.
 
 
Chapitre 3

 
 
— Leurs Altesses Royales, le prince et la princesse de Lapisia, annonce-t-on lorsque nous pénétrons dans la salle de bal.
Alors que je retiens mon souffle, Karel tient fermement ma main. J’embrasse la pièce du regard avec un émerveillement que je peine à mesurer. Le rouge rubis de Lapisia se mêle au vert émeraude de Viridia. Partout. Sur les tentures aux murs, sur les nappes, même les bouquets de fleurs qui décorent la salle voient nos couleurs s’enlacer. Je n’imaginais pas qu’elles se marieraient si bien, que l’ensemble serait si harmonieux. Je lève les yeux pour observer la hauteur sous plafond et baisse aussitôt la tête, prise d’un vertige. Ma main libre saisit le haut de ma robe afin que je ne marche pas dessus. La foule des invités s’écarte à notre passage et s’incline en une révérence respectueuse. Mes doigts se resserrent autour de ceux de Karel lorsque j’ai peur que la nervosité ne me submerge. D’une démarche la plus gracieuse possible, nous traversons la pièce jusqu’aux deux sièges qui trônent sur l’estrade. Karel ne laisse rien paraître. Je me demande ce qu’il ressent, et si, malgré la symbolique de la cérémonie, il est heureux d’être uni à moi. Il use rarement de mots, et prétendre que ses difficultés à communiquer ne me plongent pas, par moments, dans un océan de doutes serait un mensonge.
Quand enfin nous nous trouvons sur l’estrade, nous pivotons pour faire face aux invités, puis nous nous asseyons. Un homme proclame un discours que je n’écoute que partiellement, trop accaparée par l’insistance avec laquelle mon père me fixe. Sa mâchoire me paraît crispée, son corps, tendu. Je le connais suffisamment pour savoir qu’il est en colère contre moi, mais, quelle qu’en soit la raison, je ne crois pas qu’il puisse s’accorder ce droit. Je suis sortie de mes pensées par les applaudissements de l’assemblée qui nous observe. Les sourires que les invités nous adressent me rendent perplexe. Je me demande lesquels sont feints et lesquels sont sincères. Je réalise peu à peu que ma faculté à discerner les gens bienveillants des malhonnêtes n’a peut-être jamais existé.
— Tout va bien ? chuchote Karel quand nous n’éveillons plus la curiosité de l’assemblée.
Je me tourne vers lui, mais ne rencontre que son profil. Les yeux dirigés sur l’assistance, c’est à croire que j’ai rêvé sa question. Voyant que je ne lui...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents