La geste de la chasseresse
44 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

La geste de la chasseresse , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
44 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Après un hiver rigoureux, Waudru est en chasse de gibier pour se nourrir et reprendre des forces. Jouant de malchance, sa besace pratiquement vide, la braconnière rentre chez elle pour découvrir que son village a subi une attaque. Bertille, la fille aînée de l’aubergiste, a été tuée et ses deux sœurs cadettes sont portées disparues. À contrecœur, Waudru part à la recherche des fillettes et de leur mystérieux prédateur...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782372270588
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0007€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LAGESTEDELACHASSERESSE
Nouvelle de Macha Tanguy Couverture de Karen Nadine
L A GESTE DE LA CHASSERESSE
Quelque part à la marge du Moyen Âge et d’une chanson de geste… Waudru arpentait la forêt depuis les premières lueu rs de l’aube. Les hautes frondaisons se paraient de vert clair depuis plusieurs jours, mais l’air restait glacial comme en témoignaient les quelques plaques de neige qui s’attardaient entre les racines des arbres. De la buée blanche se formait devant la bouche de la braconnière, au rythme de ses respirations calmes. Elle avait relevé en vain ses filets, collets et autres pièges, seule la dépouille d’une petite perdrix gisait au fond de sa besace trop légère. Ses provisions hivernales s’étaient épuisées et ce seul oiseau ne suffirait pas pour qu’elle puisse faire du troc avec Thibert l’aubergiste. Arc à la main, elle guettait donc le moindre signe de vie animale, même si les créatures de la forêt ne semblaient guère s’être rendu compte de l’arrivée du printemps. Waudru ne les comprenait que trop. La pelisse en fourrure de loup sur ses épaules et son vieux capuchon de laine l’empêchaient de ressentir les plus vives morsures du froid, mais il s’insinuait peu à peu dans sa chair. Ses pieds, chaussés de bottes grossières et de guêtres en peau de lièvre, trébuchèrent soudain sur les traces récentes d’une harde de sangliers. Avec envie, elle imagina l’un d’eux rôti avec une sauce aux herbes et aux baies, comme seul Thibert savait le faire, avant de secouer la tête avec réalisme. Armée de son arc et ses coutelas, elle n’était pas équipée pour chasser le sanglier. Elle devait laisser cela aux nobles seigneurs et à leurs meutes de chiens qui chevauchaient de temps à autre dans les bois sous son œil vigilant. Nul ne pouvait prédire le comportement des puissants, elle l’avait appris dès sa prime enfance de bien des manières. Une biche jaillit d’un épais fourré juste devant el le, les yeux fous de terreur et le museau ensanglanté par les branchages. Ravie, Waudru encocha une flèche et visa le cou du cervidé. Elle se hâta trop pour tirer alors qu’au dernier moment la bête faisait un bond désordonné. La flèche glissa le long du flanc écumant et alla se figer en terre. Dé pitée, la femme regarda la biche disparaître, maudissant sa maladresse, tout en s’étonnant du comportement de l’animal. Elle y avait décelé une peur qui n’avait rien à voir avec Waudru elle-même. Qu’y avait-il dans la forêt encore endormie ? Une chasse ou une meute de loups en maraude ? Intriguée, elle décida de remonter la piste. Si c’était des loups, la braconnière se ferait une joie de se confectionner une nouvelle pelisse ou de troquer leurs fourrures contre des provisions. Elle espérait cependant ne pas tomber sur une meute entière. La dernière fois, elle n’avait dû sa survie qu’aux branches basses du chêne le plus proche où elle s’était hissée en catastrophe jusqu’à ce que Pépin vienne à sa recherche. Pourtant, elle ne croisa nul loup en remontant les traces de la biche. Au contraire, elle constata bien vite qu’elles la ramenaient vers la partie des bois la moins sauvage, en lisière de la route de l’empereur et des champs encore nus les plus éloign és du village. Frustrée, Waudru haussa les épaules. Ce mystère ne trouverait pas de réponse. C ela ne rendait son échec que plus vexant. Elle était passée à une flèche d’un bon repas chaud et d’assez de viande fumée pour tenir pendant des semaines. Alors qu’elle s’apitoyait sur son sort, un sourd grondement ébranla le sol. Même si un tel bruit ne retentissait que rarement en des terres aussi reculées, elle savait de quoi il s’agissait : le passage de chevaux emmenant une troupe armée. Les montures de guerre trottaient, leurs lourds sabots résonnant dans les bois. Était-ce cela qui avait effrayé la biche ? Peut-être, elle n’aurait pu le dire. La troupe se rapprochait. Waudru entendait maintenant le cliquetis métallique des hauberts. Se mordant la lèvre, elle regarda alors autour d’elle. À cet endroit de la chênaie, les arbres étaient trop minces et clairsemés pour la cacher. D’un mouvement leste, elle jeta son arc et son carquois au milieu d’un buisson de ronces. Passait encore qu’elle pose des pièges dans l’une des forêts appartenant à l’abbaye, mais aucun seigneur ne tolérerait de la voir équipée d’une arme capable de tuer un cerf, la bête réservée aux nobles. On en avait pendu pour moins que ça. Elle s’agenouilla dans les fougères, à demi dissimu lée par un tronc étroit, appuyant sa joue découverte contre l’écorce. En se concentrant, elle aurait pu entendre la sève se réveiller et monter à l’assaut des cimes.
Les cavaliers qui passèrent sur le chemin étaient revenus au pas. Leurs cottes de mailles brillaient sous leurs tabards aux couleurs chamarrées, leur do nnant fière allure sur leurs palefrois blancs aux rênes écarlates. Derrière eux, deux chevaux plus placides tiraient un chariot surplombé d’un dais de brocard doré. Waudru crut qu’ils ne la verraient pas, mais un rayon de soleil sur son visage la trahit. L’un des cavaliers leva une main gantée de fer tout en hurlant : — Halte ! Elle eut à peine le temps de remarquer l’oliphant m agnifiquement ouvragé qui pendait à sa ceinture avant qu’il ne tourne sa monture réticente dans sa direction. — Sors de ta cachette, manant. Pourquoi nous épies-tu ? Il ne servirait à rien de s’enfuir, il la rattraperait au galop et la faucherait d’un coup d’épée. À contrecœur, elle se releva, gardant le visage baissé. Ses larges braies de laine maintenues par des cordes, le capuchon qui masquait ses cheveux et son épaisse pelisse empêchaient souvent les gens au premier abord de l’identifier comme une femme. C’était une protection comme une autre, même si elle ne durait qu’un temps. Trop de fois, elle avai t dû se défendre, coutelas au poing, contre des hommes qui la pensaient proie facile. Face à ces chevaliers, elle ne pourrait rien faire si l’un d’entre eux décidait de s’amuser avec elle. Une sourde terreur l’étreignit, la faisant trembler. Cette peur-là, elle ne la ressentait jamais face à des animaux sau vages, pas même envers l’ours qu’elle entrapercevait de temps à autre. Ses...
  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents