La lumière sans fin
337 pages
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Description

Il est né en 1991, elle est née en 1601 dans les rues de Rome. Elle a dix-neuf ans, pose pour les peintres ou se prostitue, il en a trente et traîne ses rêves au hasard de l’ennui.


Devait-il croiser son regard au Louvre sur cette toile de Valentin de Boulogne ?


Put-il détacher les yeux des siens, qui le suivirent ? Réprimer cette violente pulsion sexuelle jusqu’à l’orgasme inattendu ? Orgasme qui les terrassa l’un et l’autre à quatre siècles d’écart ? Elle dans l’atelier du peintre, lui, en face de l’œuvre finie...


Pourquoi ?


Parce que tout n’est que lumière, Lumière sans fin.


Et ombres affamées...


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 30 septembre 2022
Nombre de lectures 0
EAN13 9782374539935
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Présentation
Il est né en 1991, elle est née en 1601 dans les rues de Rome. Elle a dix-neuf ans, pose pour les peintres ou se prostitue, il en a trente et traîne ses rêves au hasard de l’ennui.
Devait-il croiser son regard au Louvre sur cette toile de Valentin de Boulogne ?
Put-il détacher les yeux des siens, qui le suivirent ? Réprimer cette violente pulsion sexuelle jusqu’à l’orgasme inattendu ? Orgasme qui les terrassa l’un et l’autre à quatre siècles d’écart ? Elle dans l’atelier du peintre, lui, en face de l’œuvre finie…
Pourquoi ?
Parce que tout n’est que lumière, Lumière sans fin.
Et ombres affamées…
 
***
 
Freddy Woets est né près de Liège, là où le ciel mâche des terrils et se saoule à l'eau noire de la Meuse, où les fonderies crachent leur métal sur une terre à charbon. Il y avait des fermes aussi et des meules de foin, le pissenlit mêlait son odeur à celle de l'acier. C'était avant la télé et les échangeurs d'autoroutes. Les avions avaient des hélices et les demis coûtaient trois sous. Il dessinait dans la marge sous un poème d'encrier et de plume " Ballon "… Plus tard, il a fait les Beaux-arts et des poèmes toujours. La peinture le poussait à New York, les poèmes, à Paris. Des années qu'il écrit à Paris, mais il repeindra un jour…
LA LUMIÈRE SANS FIN
Freddy Woets
Fantastique
à David, mon fils
à Daniel, mon frère
à Élise, mon âme sœur
 
 
 
 
Nous sommes tissés de rêves,
notre petite vie, brodée de sommeil.
Shakespeare
 
L’homme doit franchir un pont très très étroit,
la règle à suivre, l’essentiel, est de ne jamais avoir peur !
Nahmann de Brasvlaw
 
Et nous sommes sortis revoir les étoiles.
Dante.
1
Un flacon de verre noir. Reçu par la poste. Sans adresse de l’expéditeur. Sur un rectangle d’épais papier, collé à même le verre : « Bois-moi » écrit à la plume, à l’ancienne, avec des pleins et des déliés.
Je dévisse prudemment le bouchon, risque une narine, un vague, un très lointain, imperceptible, parfum de lilas. Je saisis une petite cuillère, y verse quelques gouttes d’un jaune plantureux de voyelles mûries au soleil, de ruelles d’ombres ocre bleues. Bois-moi…
Je reverse prudemment le liquide dans le flacon, hasarde une pointe de langue sur le moiré de la petite cuillère.
Une sensation ? Une intuition ? Une attente ?
Bizarre…
Le flacon est sur la table, l’heure n’a pas changé. La petite cuillère, nette, me renvoie d’un clin d’œil son monde anamorphique. Il est temps de faire quelque chose. Tenter de vivre ? Pourquoi pas ? Par exemple téléphoner à quelques connaissances, se renseigner discrètement sur l’envoi. J’ai beau passer en revue les portraits organiques aux mots connus, je ne vois pas lequel. Cette bouteille m’a bien été adressée par quelqu’un ? L’adresse était précise jusqu’à l’étage et le numéro de l’appartement sur le carton d’emballage.
Une personne qui me connaît et que je ne connais pas ?
Un rêve étrange et pénétrant d’une femme inconnue et que j’aime et qui m’aime et me comprends ?
La fine et souple valseuse qui me sembla triste et nerveuse par une nuit de carnaval ? Qui voulut rester inconnue et jamais n’est revenue tournoyer dans un autre bal ?
Pas impossible.
Personne vient de persona, masque en latin. Une bergamasque masquée inventa, avec la précision hasardeuse d’un dieu distrait, mon adresse sur l’idée burlesque d’un philtre lilas embouteillé de verre noir qu’elle déposa à la Grand-poste de Bergame à l’attention de cet inconnu ? Il ne pouvait y en avoir qu’un et je fus celui-là.
Punto e basta.
Une journée qui commence bien.
J’aime assez ces débuts de journée dont le silence sera voué aux incrédules.
 
Plus tard, en fin de journée, je me risque à dévisser le bouchon une seconde fois.
C’est tentant, prometteur, de poser les lèvres sur le col de verre noir, brûlant du feu doux que toute promesse recèle d’inquiétude et d’interdit. La froideur du verre sur mes lèvres est celle de la soie que l’on ose effleurer d’un baiser au risque d’être surpris de fantasmer ainsi sur l’écharpe d’une inconnue dans la quiétude distraite d’un vestiaire. Horas non numero, nisi serenas est-il inscrit sur le cartouche du petit canon méridien à l’amorce du Palais-Royal. Je fais feu, hasarde une pointe de langue dans ce détroit qui s’avère un golfe. Une très lointaine, imperceptible, présence de giroflée.
La giroflée des rocailles, des murets, est sa manière rude, ainsi les enfants qui tapent du poing en rêvant d’écraser des fraises, de farder sa pudeur car son visage de senteur lisse est celui des femmes qui se poudraient de riz. Sa mise safran au velours sang-de-bœuf est peut-être la seule malice dont elle soit capable.
 
Le lilas, la giroflée, sont en moi aussi loin que je me souvienne, m’ont imprégné aussi sûrement que la seconde qui va dans ce kaléidoscope à heures fixe, aussi continu que la goutte au fond de l’océan. Je m’en suis simplement rappelé.
Une belle soirée.
 
Est-ce le milieu de la nuit ? Le milieu de la nuit, la chemise de nuit d’une femme que l’on connaît à, peine, posée sur le dossier d’une chaise, son imperceptible parfum nu, qu’il en est fabuleux, là, parmi les ombres de lune soigneusement repassées, ainsi des sets de table.
Respirer, s’enivrer d’un seul regard de sa délicatesse. S’imprégner jusqu’au dernier atome d’une épaule, d’un creux de rein, d’un pubis, de pollen abandonné au mitan de la nuit. Bois-moi. Respire-moi.
Prends-moi…
Je te connais à peine et tu dors ; ce souffle léger de cerisier en fleur est de rêve profond. Je m’agenouille, soulève l’édredon sans que le moindre duvet ne frémisse, me penche et respire, dans l’abandon du funambule à l’infini, le musc précieux de ton pubis, le friselis musqué d’une source la plus secrète. Tu l’ignores, je ne te connais pas.
2
Sur la table, la bouteille. Je dévisse le bouchon ; le sel vague, imperceptiblement sablonneux, de vieux tram d’une ligne côtière. Mes yeux fermés libèrent leurs paupières sur les sièges en bois ajourés d’une seconde classe. La voiture bringuebale avec l’insouciance presque festive d’un long usage. Le haut des fenêtres est baissé, ouvert de partout sur la clameur des vagues, des dunes, des polders. Il me semble te reconnaître assise près d’une fenêtre, rêvant sur une revue qu’il est inutile de lire. Je ne te connais pas.
Faut-il tenter de vivre ?
 
L’air immense ouvre…
Bois-moi.
Je te porte à mes lèvres.
Est-ce le fracas de l’acier sur le rail, les roues tournent, tournent avec l’insouciance festive de l’air marin qui muse entre les lattes des banquettes de seconde classe ? Est-ce ce regard soudain, cette flèche éléate d’une insupportable beauté qui me vise, décochant l’éternité ? À moins que ces pièces d’or, dont le cours est celui de l’arc-en-ciel, qui glissent solides et fluides de ma gorge jusqu’à cet appui où l’âme se joint enfin à l’infini ? Est-ce toi, ce frisson de cette nuit, ce frisson de silence, qui te retourne dans ton sommeil, ou l’air immense qui effleure mes tympans ?
 
Si j’inspecte la bouteille à la fenêtre, en contrejour, j’aperçois le niveau de son contenu liquide, presque au maximum. Presque… À moins qu’une impression ? Je n’en ai avalé qu’une gorgée. Je ne me questionne plus ; j’accepte. J’accepte ne me souvenir de rien à comprendre.
Qui pourrait comprendre le reflet de la pluie sur l’heure ou sur le vent. On le voit, on l’accepte… Mais le comprendre… Le tiqueti magique du pissenlit, l’urne sans fond d’une tulipe ? La toilette d’une violette ? Nous nous contentons de tartiner nos tartines de miel, insoucieux d’un certain analphabétisme. Certains événements particuliers peuvent advenir.
Un coup de pouce ? Un rappel ?
Une première nécessité ?
Une mise en garde ?
Rien à comprendre ?
 
Sentir le sens du courant, s’y laisser porter. En plein midi le verre noir de la Bouteille semble, est ? plus noir du noir aussi évident que théorique, aussi impalpable et écrasant que la profondeur obscure de l’espace. Elle n’est pas piquetée d’étoiles, ni de reflets ; mate. Est-ce une barrière, est-ce un seuil ? À moins qu’elle ne boive, silencieuse, la lumière, ou, peut-être, les reflets ? Seulement les reflets. La réalité costumant l’indicible Réel, le rendant supportable par quelques milliards de neurones œuvriers qui cisèlent les choses avec le rassurant d’une précision extrême. Des artistes ! De prestidigitatrices ! Des illusionnistes ? Selon l’humeur : de l’art circassien ou de l’horlogerie. Quoi qu’il en soit les œuvres couturières de la magie. Nos neurones costument le Réel à l’aune de nos illusions, de nos paris sur la seconde qui vient.
La Bouteille, au contraire du black hole, nous propose ses distillations, nous y contraindrait avec cet impératif étiqueté mais tentateur, un rien crâne, un chouille voyou. Exquisitely transgressive… Il suffit de soulever l’édredon, sans que frémisse le moindre duvet, pour frémir.
Le plein midi est-ce l’heure de dévisser le bouchon ? Tout laisse à penser que ce ne serait pas sans risque… Exquisitely transgressive…
On peut résister à la transgression, de là à aimer ça…
 
Le petit bruit métallique du sac à main qu’on ouvre, le chuchotement fouillis du bout des doigts à l’intérieur ? Gantés ?
Il fait très sombre sous le porche, il pleut à verse, elle sort un minuscule parapluie automatique, petit claquement métallique pour le déploiement de la voilure et le martellement cartonné des gouttes. Elle se penche en avant, se presse sur le trottoir ; il pleut à verse. Je la connais à peine, son visage est un ovale faiblement habité…
 
Si je dévissais le bouchon… Si je pariais sur la seconde à venir… Parier. La seule chose raisonnable sur une seconde que l’on peut fragmenter à l’infini, la cercler, en quelque chose, inattentif au nombre incalculable de côtés qui la compose, aux décimales de ᴨ qui la structurent. Parier sur une seconde, c’est l’encercler, la rendre supportable. L’extraire, la figer, l’estampiller en image, arrêter le temps, l’instant d’une seconde, la belle affaire !
 
La Bout

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