La Trilogie Atlante - 2
532 pages
Français

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La Trilogie Atlante - 2 , livre ebook

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Description

" Je ne me souviens de rien, vous entendez ! De rien ! Je sais juste que je suis dangereuse.

Il y a cette furie en moi qui ne rêve que de tueries. Et Uriell qui ne veut pas m'écouter, qui me fait confiance et m'ouvre les portes du monde des Atlantes ! Qui lui dit que je ne planterai pas bientôt un couteau dans son coeur trop naïf ? Aÿnis, elle, doit se douter de quelque chose. Elle m'appelle la petite Frejnee et j'ai l'impression qu'elle m'espionne. Elle a aussi une façon si étrange de me regarder, comme si elle connaissait tout de moi.

Mais avec la guerre qui se prépare entre les Adeptes du Hasard et ceux de l'Ordre, pour empêcher les Hommes et leurs alliés de rejoindre la Grande Barrière, elle risque d'avoir très vite beaucoup mieux à faire que de m'empêcher de nuire. Sans parler de l'Armée Religieuse du Cercle qui a juré la perte d'Aquatica ! Toutes ces intrigues pourraient bien détruire le rêve de Tamara Whalings. A moins que... la furie ne m'aide finalement à les sauver tous ? "

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EAN13 9782364750111
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0067€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

CORINNEGUITTEAUD LATRILOGIEATLANTE-2 LESFILSDUSOLEIL
S OMMAIRE Première Partie : 2 Naufrage Stellaire 2 En Terre Étrangère 32 Vol nuptial. 50 Soupçons. 63 Sanctuary. 79 Embuscades. 119 Océans d’étoiles. 136 La Voix du Dragon. 151 Discussions géométriques. 165 Le Cheval de Troie. 221 Deuxième Partie : 264 La Croisée des Destinées 264 Dans l’Ombre du Géant. 268 Les Jardins d’Hespérus. 289 Révélations d’Aÿnis. 305 Le Choix des Parques. 318 L’Heure des Braves. 336 Les Tambours de la Guerre. 348 Clef de Voûte. 365 Les sables de Mars. 373 Le Dôme des Rêves. 390 D’où jaillira la Lumière. 406 Origine. 423 Le Rédempteur. 427 Pourparlers. 446 Conflit intérieur. 467 Le Maître des Marionnettes. 500 Le Vaisseau-Monde. 531 La Théorie du Phœnix. 541
PREMIÈREPARTIE: L C M E ERCLE DE NÉMOSYNE
NAUFRAGESTELLAIRE Be you still, be you still, trembling heart ; Remember the wisdom out of the old days : Him who trembles before the flame and the flood And the winds that blow through the starry ways, Let the starry winds and the flame and the flood Cover over and hide, for he has no part With lonely, majestical multitude. William B. Yeats. Le son strident d’un réveil lui vrilla les oreilles. Elle sursauta dans sa couchee, en se cognant la tête contre le panneau supérieur. Ses paupières s’ouvrirent avec lourdeur. Elle avait la bouche pâteuse et la désagréable impression de ne pas savoir où elle se trouvait. Cela faisait trop souvent qu’elle éprouvait cee sensa#on. Elle avait fait de nouveau ce rêve, celui d’une pièce aux murs capitonnés de rouge. Elle se mit sur son séant avec une lente prudence, en froant son front endolori. Elle aurait sans doute une belle bosse. Réagissant à son agita#on, la cabine s’illumina soudain, en même temps que l’écran vidéo qui se trouvait en face d’elle. Un visage moqueur, tout en rondeur, s’afficha et l’interpella. — Debout ! s’écria une voix féminine. — Que se passe-t-il ? grommela-t-elle en essayant de rassembler ses idées qui se bousculaient. — C’est ton quart. On t’attend au Central. — Pour quoi faire ? La femme sur l’écran éclata de rire. — On dirait que tu as trop fêté notre départ. Je te rappelle que tu t’es portée volontaire pour la première série de gardes à la sortie du système. Elle loucha sur l’image en se concentrant. Derrière la femme, elle pouvait voir des instruments de naviga#on et elle entendait le bip constant de leur balise de posi#onnement. Elle était à bord de l’Astarté, et faisait par#e d’une mission de reconnaissance commanditée par la Fédéra#on, en route pour Zêta Herculis. Elle s’appelait... La panique la submergea un instant… Quel était son nom ? Il émergea des brumes de son esprit, qui se re#raient lentement. Elle s’appelait… Phœbe Daniels. Et cee femme à l’air jovial, c’était Adénua Millers, chef de son équipe. Elles avaient fait connaissance au cours des deux mois d’entraînement qui avaient précédé leur départ. — C’est bon, Ad, j’arrive. — Heureuse de te revoir parmi nous. Il faudra que tu me donnes la marque de ton carburant. On dirait que ça décoiffe. Et elle par#t d’un grand éclat de rire, avant de mere fin à la communica#on. Phœbe se retrouva seule dans sa cabine, numéro 432, au pont 4, dans la sec#on scien#fique. Pourquoi avait-elle tant de mal à se souvenir, ce matin ? Elle secoua la tête. Plus de temps à perdre. Pendant ses ablu#ons ma#nales, la jeune femme replongea dans le passé. HER1 était une mission de reconnaissance et de reconquête. Il s’agissait de retourner dans le système de Zêta Herculis pour reprendre possession des installa#ons coloniales qui avaient été abandonnées au début de la Guerre Sombre, lors du mouvement que tout le monde connaissait sous le terme de “Grande Déser#on.” Cela faisait près de quinze ans que la Fédéra#on des Mondes Terriens n’avait pas mis le nez là-bas. Comme on ignorait ce qui s’y trouvait, on avait préféré mere sur pied une expédi#on mixte, militaire et civile. Phœbe avait été recrutée à sa sor#e de l’université, il y avait un peu plus de six mois. Elle avait fait ses classes sur Ganymède, avant de rejoindre le système d’Alaraph. L’Astarté était un vaisseau militaire de reconnaissance, un survivant de la Guerre Sombre, qui avait été remis en état pour cee mission. Le maître à bord était le capitaine Don Sheppard, proche de la retraite, secondé par deux officiers ayant eux-mêmes sous leurs ordres une
vingtaine de personnes, dont les chefs d’équipe comme Adénua. Quant à Phœbe et ses collègues techniciens, sans fonc#on à bord pour le moment, ils servaient de bouche-trou en aendant une affectation une fois sur place. Phœbe ouvrit un placard et en sor#t son complet de travail bleu nuit, juste orné d’un disque vert cerné d’argent, la couleur de son équipe. Elle sor#t sur le pont 4 presque désert. Elle soupira, inquiète de ne pouvoir retrouver son chemin dans le labyrinthe de couloirs qui couraient sous la coque de l’Astarté. Les installa#ons étaient très spar#ates, les murs recouverts d’une peinture d’un gris terne et juste ornés de panneaux aver#sseurs ou indicateurs. Elle u#lisa un ascenseur an#-g un peu brusque pour rejoindre le pont supérieur, déjà beaucoup plus animé. Elle croisa deux mécaniciens qui redescendaient à la salle des machines. L’un d’eux posa sur elle un regard étrange et insistant. Elle s’efforça de ne pas y prêter aen#on. L’estomac un peu chaviré, sans doute de ne pas avoir pu déjeuner, faute de temps, elle poursuivit sa route pour déboucher sur le Central, nom donné par l’équipage au poste de commande, même s’il ne se trouvait pas au centre du vaisseau. C’était l’endroit le plus impressionnant, avec la salle des machines, de l’Astarté. Le capitaine Sheppard finissait de parcourir les derniers holocubes, en compagnie d’Alexis Wrona et Antonio Samma#, ses deux lieutenants. Le Central était assez grand, aussi Phœbe eut-elle du mal à retrouver Adénua. Elle la vit enfin au milieu d’opérateurs devant leurs machines. Elle se dirigea vers son amie qui la salua d’un sourire, avant de se lever de son siège, pour lui laisser la place. — C’est à toi de jouer. Le secteur est tranquille. Il n’y aura pas grand-chose à voir d’ici à Zêta. — Ouais, fit un autre. À se demander pourquoi on retourne dans ce coin perdu. Il y avait plus près. — Que veux-tu dire ? réagit Ad, tendue. — Qu’on n’était pas obligé de commencer par Zêta. Il y a d’autres colonies plus près qu’on pourrait récupérer, comme Astérion, par exemple : ça fait tout de même plus de deux années-lumière de moins à voyager dans ce vieux tas de ferrailles. — Encore un qui regrette de s’être engagé. La chef d’équipe croisa ses bras sur sa poitrine. — Il faut savoir ce que tu veux, canaille. — Par les temps qui courent, on prend le boulot qu’on peut, ou on entre dans le Cercle. Je ne réponds pas aux critères du Cercle, alors... La paie est correcte en plus. Je dis juste qu’on ferait mieux d’aller à Astérion. — Tu ignores donc ce qui se passe là-bas ? intervint un opérateur-radio aux traits juvéniles. C’est une colonie sécessionniste. — Il n’y en a plus depuis que Beta CDB est tombée, rétorqua l’homme au méchant profil d’aigle. — Astérion #ent tête à la Fédéra#on depuis quinze ans. Tous les vaisseaux envoyés là-bas ont disparu durant des mois et quand ils ont fait leur réappari#on, ils étaient vides. La FMT a mis la zone en quarantaine. On sait pourtant qu’il continue de se passer de drôles de trucs par là-bas. — Peu importe. C’est pas notre route, grommela Adénua. — Les Confédérés ont voulu garder Aquatica. Phœbe eut une curieuse sensa#on dans l’estomac en entendant ce nom, comme une décharge électrique. Elle sen#t le regard de son amie sur elle et leva la tête pour la rassurer. Elle se sentait pourtant de nouveau patraque. — Qu’a-t-elle de spécial, cette planète ? — D’où est-ce que tu sors, ma beauté ? s’exclama l’opérateur-radio en lui adressant un clin d’œil qu’elle n’apprécia pas du tout. C’est une planète bleue, presque iden#que à... L’homme hésita un instant, avant de bafouiller : à la Terre. Aucune autre planète n’a subi un terraformage aussi poussé. Il paraît que durant la Guerre Sombre, les Atlantes étaient les derniers survivants dans ce secteur de la Fédéra#on. Tous les autres mondes avaient été évacués, jusqu’à la limite des treize années-lumière. Ils ont surmonté la Déser#on. Il y avait une Communauté sur cee planète. On raconte que les Reens auraient réduit les humains en esclavage. — Ce sont des histoires, rétorqua l’autre opérateur au profil d’aigle. J’ai vécu dans le système de
My Herculis avant la Déser#on et je me souviens que les Confédérés se débrouillaient bien sans avoir besoin d’esclaves. Le Cercle fait courir toutes sortes de bruits à leur sujet, mais il n’y a rien de vrai dans ce qu’ils disent. Moi, un Reens m’a sauvé un jour... Il s’interrompit brusquement, car le capitaine venait dans leur direc#on. Les deux opérateurs se replongèrent dans leur projec#on holo. et Phœbe affecta de vérifier ses cubes d’enregistrement. Adénua se pencha vers elle et lui chuchota, avant de partir : — N’écoute pas ces grosses badernes. Notre but, c’est Zêta H et une place au soleil. Le reste, on s’en fiche. À ce soir. La jeune femme se contenta de hocher la tête pour lui répondre. Sheppard passa à sa hauteur et s’arrêta. Elle le sen#t un bon moment dans son dos, silencieux. La tête rentrée dans les épaules, elle aendait qu’il lui fasse une remarque sur son retard ou sur sa façon de manipuler les instruments. Elle avait l’impression que ses doigts obéissaient à une volonté propre : elle avait à peine conscience de ce qu’elle faisait. Au bout d’un moment, intriguée, elle osa se retourner. Le capitaine avait les yeux fixés sur elle. Elle frissonna en reconnaissant la lueur qu’elle voyait danser dans ses prunelles. Elle l’avait déjà vue chez d’autres hommes, dans une autre vie. Sheppard avait une mauvaise réputa#on de chasseur impitoyable. Il y avait eu une histoire... elle ne se souvenait plus très bien. C’était avec une femme qui faisait par#e de l’équipage de son ancien vaisseau, le Bravarius. Il l’avait mise enceinte et l’avait débarquée à la première escale, dans le système de Gamma Leporis, sur un mauvais monde. Elle avait réussi à regagner Mars et avait déposé plainte contre lui. Elle voulait qu’il reconnaisse son enfant et qu’il assume son éduca#on. Il avait refusé et s’en était #ré à bon compte, grâce à sa posi#on dans les Forces Fédérées. La femme avait disparu mystérieusement. Sheppard avait continué d’accumuler des conquêtes. Phœbe trembla impercep#blement. C’était quelque chose qu’elle avait appris très tôt. Cacher ses émo#ons, ne pas montrer à ce genre d’hommes qu’elle avait peur d’eux. Samma# apparut dans son champ de vision. Il lui adressa un bref coup d’œil, surpris que son capitaine prête ainsi aen#on à une simple opératrice. Elle aimait bien Samma#. Il avait une certaine concep#on de sa fonc#on qui faisait qu’il ne tenterait jamais de coups par derrière. Par contre, Wrona était un véritable lèche-cul, une pe#te fripouille qui avait réussi à entrer dans les Forces Fédérées pour en profiter un maximum et en faire le moins possible. Phœbe vit Samma# se placer entre elle et le capitaine. Elle put enfin enfiler son casque. Avant de le brancher, elle entendit les boes de Sheppard grincer sur le revêtement, près de son siège. Les deux hommes s’en allaient, ce qui la calma aussitôt. Elle sen#t le regard de l’opérateur-radio. Du coin de l’œil, elle pouvait voir qu’il la considérait d’un drôle d’air, hésitant entre l’hilarité et la jalousie. Elle devait être cataloguée comme chasse gardée du capitaine. Au moins, elle ne serait pas enquiquinée par les autres séducteurs de l’équipage. Sheppard, c’était une autre paire de manche... Peut-être qu’elle se faisait des idées, songea-t-elle, maintenant que la menace s’était éloignée. Peu probable, vue la réputation du capitaine. Il faudrait qu’elle en parle à Adénua ce soir. Elle saurait la conseiller. Elle s’occupait des caméras extérieures du vaisseau, un travail éprouvant, car il fallait sans cesse rester en éveil. Ad lui avait dit qu’il n’y avait rien à voir, mais pas rien à faire. L’Astartéétait un vieil engin avec des sautes d’humeur. Son ordinateur de bord aurait eu besoin d’une bonne réini#alisa#on. Comme ça coûtait trop cher pour la mission à laquelle il par#cipait, c’était un humain chargé de faire les correc#ons d’image. L’entre#en des caméras était important pour le moral de l’équipage. C’était le seul lien avec l’extérieur, car le vaisseau ne possédait aucune baie vitrée, pas même un hublot. Là encore, ça coûtait trop cher et l’Astartéété conçu pour le avait combat et pas pour la croisière. Il était recouvert d’une carapace d’alliage qui le faisait ressembler à un gros insecte et qui portait encore les traces des échauffourées auxquelles il avait par#cipé. Comparé aux derniers croiseurs dont les Forces Fédérées s’étaient dotées avec Dieu seul savait quel argent, l’Astartéétait une larve. Phœbe braqua une caméra sur l’étoile la plus proche, une géante rouge. Elle se moquait de connaître son nom, elle la trouvait belle. Puis elle se laissa cap#ver par le spectacle qui s’offrait à elle de toutes ces étoiles, où que le regard puisse se poser. Parmi elles, il y avait Astérion. Elle n’osa cependant pas demander sa posi#on à l’ordinateur de
bord. Ce n’était pas sur leur route, avait dit Adénua. Il n’y avait donc aucune raison de s’y aarder. Pourtant, elle était intriguée et y pensa durant tout son quart... Elle avait passé le relais à une jeune femme aux cheveux châtains, à qui l’opérateur-radio s’était empressé de faire son numéro. Un peu #tubante, Phœbe sor#t du Central, après avoir passé des heures à se brûler les yeux à l’éclat des étoiles. Elle avait des flammes sous les paupières et une curieuse impression d’ivresse. Elle s’appuya contre le mur du corridor pendant quelques instants. Ses pensées sautaient du coq à l’âne sans raison. Elle était inquiète et ça lui tordait le ventre... À moins que ce ne soit la faim. Elle avait pourtant avalé quelques barres nutri#ves durant son quart. Leur goût insipide était une horreur, mais les ra#ons ne valaient guère mieux. Elle passa au distributeur et décida d’aller manger à l’atrium. On appelait ainsi une vaste salle de réunion qui accueillait toutes les ac#vités de détente que l’équipage pouvait s’accorder – elles n’étaient guère variées. La jeune femme se remit en route. Il valait mieux qu’elle se dépêche d’aller manger, avant qu’on ne lui trouve une autre affecta#on. On n’aimait pas beaucoup les désœuvrés sur l’Astartéet elle devrait montrer qu’elle méritait sa place, jusqu’à ce qu’on fasse appel à ses véritables compétences. Elle avala sa ra#on dans un atrium désert, en parcourant les dernières nouvelles sur un lecteur holo. Le cube parlait de leur départ dans un pe#t ar#cle qui ne faisait même pas une colonne. Le reste de la page – vieille tradi#on gardée du temps où les journaux étaient #rés sur du papier – était consacré à un scandale qui meait en cause plusieurs députés de l’Assemblée Fédérale qui seraient sans doute contraints à démissionner. On ajoutait que des candidats s’étaient déjà manifestés : ils appartenaient tous à des mouvements indépendants, plutôt conservateurs, qui prônaient l’accéléra#on du processus de reconquête des colonies abandonnées durant la Guerre Sombre, projet contre lequel se prononçaient les députés corrompus. Denzel Oakley, le N°2 du Cercle, avait déclaré, au sujet de cee affaire, qu’il était temps de mere à bas les vieilles concep#ons de l’avant-guerre et leurs serviteurs, afin de repar#r sur des bases nouvelles et construc#ves, pour un nouvel élan vers les étoiles et les mondes qui aendaient les mains de pionniers courageux. Il fallait dire que la situa#on dans les mondes fédérés était assez inquiétante. La Guerre avait eu pour conséquence de ruiner pas mal de transporteurs. Des centaines de personnes s’étaient retrouvées sans emploi dans la plupart des colonies fédérales. Des usines avaient été fermées, faute d’échanges et de ma#ères premières en provenance des systèmes extérieurs, abandonnés ou sécessionnistes. Là encore, cela avait causé du chômage. Il y avait aussi le choc causé par la dispari#on de la Terre qui drainait vers elle beaucoup de richesses. Alpha du Centaure, Altaïr, le système de Alaraph, véritables plaques tournantes, avaient vu leur trafic diminuer. À cela s’ajoutaient les crises qui avaient frappé le système de Sol, lorsque Mars avait voulu prendre la place de la Terre et que Ganymède, Callisto, Io et Europe s’y étaient opposés. On avait craint un instant qu’éclate une guerre civile. Le Cercle avait envoyé des médiateurs pour calmer la situa#on. Phœbe savait en gros ce que représentait le Cercle. C’était une organisa#on religieuse fondée par le pasteur Ézéchiel Middleway à l’issue de la guerre. Elle avait pris de l’importance en par#cipant à la reconstruc#on. Elle disposait de fonds énormes, dont on ignorait l’origine. Elle était de tous les combats, donnant son avis sur tout. Elle avait offert à la Fédéra#on d’envoyer sa milice pour combare les sécessionnistes de Beta CDB. Tout le monde avait été impressionné par ces hommes en uniforme écarlate, portant une grande croix de fer sur leur poitrine et canardant les rebelles sans la moindre hésita#on, alors que des officiers des Forces Fédérées avaient refusé de faire feu sur les insurgés. Lors de leurs procès, le Cercle avait demandé la clémence et avait été entendu. Les officiers avaient été condamnés à une peine de cryogénisa#on réduite. L’un d’entre eux était même entré dans l’organisa#on, par la suite. Il répétait d’ailleurs souvent que Dieu lui avait montré la voie durant son sommeil et qu’il était désormais un autre homme. Il s’agissait de Denzel Oakley. Phœbe éteignit le lecteur holo. et se froa les yeux. En rouvrant les paupières, elle remarqua un homme assis au fond de l’atrium et qui la regardait avec insistance. Il s’agissait du même
mécanicien qu’elle avait croisé le ma#n même. Elle n’aimait pas la façon dont il la fixait. C’était comme d’être observée par un animal vicieux. Il se leva, en faisant grincer sa chaise contre le revêtement du sol. Pendant un instant, elle crut qu’il venait vers elle. Il ne la quiait pas des yeux. Elle fit mine de se lever, avant qu’il ne l’ait rejointe. Un groupe de techniciens entra à son tour dans l’atrium, avec un joyeux tapage. L’homme donna l’impression d’hésiter, de se rétracter, pour tourner les talons et sor#r à grands pas de la salle. La jeune femme poussa un soupir de soulagement. Elle devenait paranoïaque. Cet homme ne lui voulait rien. Il y avait peut-être quelque chose qui clochait chez elle. Elle aendit pourtant quelques instants, avant de quier l’atrium et retourner à sa cabine. Elle croisa Samma# qui lui demanda si elle avait une affecta#on. Comme elle lui répondait par la néga#ve, il l’envoya au hangar pour aider à la répar##on de l’approvisionnement sur les différents ponts. Elle y travailla jusqu’à l’heure du dîner.  À l’atrium, elle retrouva Adénua en pleine discussion avec deux autres chefs d’équipe : un grand Noir au visage couturé de tatouages, dont la blancheur des dents éclatait, lorsqu’il partait de son grand rire tonitruant, et un blond du nom de Voller, dont la rumeur disait qu’il était dans les pe#ts papiers de Wrona. Phœbe se glissa silencieusement dans ce pe#t groupe. Voller lui lança un regard inamical, en remarquant son statut devolant, mais le Noir, qui s’appelait GereX, lui tapa amicalement sur l’épaule, avant de les quier. Les deux femmes se retrouvèrent seules, après le départ du blondinet que la jeune femme décida de caser dans le rayon nuisible. Elle plaignait ceux sous ses ordres. Durant le peu de temps qu’elle l’avait entendu parler, elle n’avait perçu que “ Moi, je... ” Une formule qui définissait tout à fait le bonhomme. De toute manière, pour s’acoquiner avec Wrona, il fallait soigner son égocentrisme..., enfin pas trop. Ad nota la mine sombre de sa partenaire et lui demanda : — Qu’est-ce qui t’arrive encore ? Tu ne t’es toujours pas remise de ta gueule de bois ? — Aujourd’hui, je me suis demandé si j’avais ma place dans ce vaisseau. J’ai l’impression de vivre dans un autre monde. — T’inquiète, tu t’y habitueras. — J’en suis pas si sûre, rétorqua Phœbe avec un frisson. Qu’est-ce qu’ils ont, tous les mecs d’ici ? — J’ai fait un calcul, répondit Adénua en s’asseyant à une table et en lui faisant signe d’en faire autant. Il y a environ trois hommes pour une femme à bord de l’Astarté. Étant donné que toutes ne sont pas des canons, cela réduit d’autant le choix de ces messieurs. Tu ne devrais pas autant te plaindre si on te regarde. D’autres voudraient être à ta place. — Même quand c’est le capitaine ? Ad pâlit et se pencha vers elle pour lui chuchoter : — Tu n’es pas sérieuse ? — Quand t’es par#e, ce ma#n, je l’ai sen# dans mon dos. C’était comme d’avoir un serpent qui vous siffle aux oreilles. —Je vais me débrouiller pour changer ton affectation. — C’est ça, pour que tout le monde à bord croie que je suis ta protégée. Non merci. Et puis, le capitaine saurait que j’ai remarqué son petit manège. Il peut accélérer la course. Je m’en sortirai. — Je garderai un œil sur toi. Je n’ai aucune envie qu’il te débarque sur un astéroïde, parce qu’il t’aura mise en cloque. Phœbe ferma les yeux un court instant. Un fantôme de souvenir venait de lui passer par la tête, mais il lui avait échappé et elle ne parvenait pas à saisir son parcours pour tenter de le faire renaître. Elle rouvrit les yeux sur son amie inquiète. — Ad, quelque chose cloche chez moi depuis ce matin. — J’ai bien l’impression que tu as dû abuser d’un mauvais carburant à ta petite fête d’hier soir. — Une fête ? Avec qui ? s’exclama-t-elle. — Je t’ai vue sur les docks avec un mec et une bouteille. Tu tenais plus debout. T’as eu bien raison d’en profiter, quand on voit l’ambiance à bord. Ça donne envie de revenir à Alaraph par ses propres moyens. On va se prendre un bon repas et profiter de notre soirée.
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