Le Général de pierre - Livre II - Deux-Rivières
188 pages
Français

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Le Général de pierre - Livre II - Deux-Rivières , livre ebook

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Description

Auteur contemporain

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 30 août 2011
Nombre de lectures 801
EAN13 9782820608932
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0011€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le G n ral de pierre - Livre II - Deux-Rivi res
Genevi ve Grenon Van Walleghem
Collection « Les classiques YouScribe »
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ISBN 978-2-8206-0893-2
I – Le Noir et le Blanc

Sans Larmes se leva dès qu’il s’éveilla, comme tous les matins et tous les soirs. Il avait tant à faire qu’il lui eût paru indécent de rester couché. Si encore il faisait partie de ceux à qui le sommeil apportait l’inspiration ! Mais ce n’était pas le cas. À l’école déjà, il avait toujours dû réfléchir bien éveillé. Il avait été ravi que Monsieur Noir eût pu lui apprendre à ne dormir que huit demi-heures par jour. Il s’était étonné qu’il ne parlât pas de quatre heures, et son maître avait répondu que la nuit possédait huit yeux aveugles. Sans Larmes avait frissonné de plaisir : huit yeux aveugles trônant dans les ténèbres comme des tours sans fenêtres, des tours de marbre noir… c’était une vision assez sinistre pour le ravir.
Le jeune homme repoussa sa couette, et l’étendit pour qu’elle séchât, car elle était trempée, comme chaque fois qu’il s’éveillait. Peu importait que ce fût le matin, le soir, l’été, l’hiver : il faisait humide dans sa chambre, et plus encore dans son lit. Il se leva, se servit un premier verre d’eau, ouvrit la petite fenêtre mansardée, et observa les toits de Deux-Rivières qui s’étendaient autour de lui. Les tuiles vernissées chatoyaient dans la lumière, une forêt de pinacles, de pignons, de toits pyramidaux, de tourelles, de flèches, abritait des nuées d’oiseaux dont le chant le ravissait. Ce n’était qu’à la nuit tombée, quand la plupart d’entre eux dormait, que Sans Larmes entendait vraiment le tintement des myriades de cloches privées, et parfois le chant grave, mais plus lointain, des cloches des temples, qui marquaient les heures. Chacun se piquait d’exactitude, et il fallait de longues minutes pour que les cloches se tussent enfin, les plus précoces laissant la place au peloton des consensuelles, puis aux attardées.
Il regarda les bâtiments voisins, se remémorant les visages de leurs habitants. Madame Mioche qui Braille était une priorité absolue, car elle souriait sans discontinuer depuis quelques jours déjà. Un air béat avait remplacé une inquiétude dévorante depuis que son enfant s’était remis. Il soupira, car il était délicat de doser le poison quand il fallait que nul ne soupçonnât un empoisonnement. Si encore l’enfant avait pu manger des légumes moisis, c’eût été plus simple ! Mais non, cet imbécile tétait encore. Allez prétendre que le lait de sa mère fût toxique…
Heureusement, Madame Vous prendrez bien quelques griffures ça leur fait si plaisir résidait près de l’heureuse mère, et possédait deux chats, dont l’un était un véritable fauve. Pour peu que celui-ci se retrouvât, presque par hasard, dans le berceau du nourrisson… ah ! Tout pouvait arriver, dans cette ville aux façades toutes décorées de corniches et surchargées de balcons. C’était un paradis pour chats. Pas étonnant donc qu’ils fissent également le bonheur de Madame Poil au menton, Poils aux napperons, qui habitait la maison voisine. Sans Larmes songea qu’il y aurait sûrement intérêt à arranger une rencontre entre les chats de la chère femme et les oiseaux chanteurs du vieil homme aveugle, deux étages plus bas. Bien sûr, au préalable, il faudrait farcir ces derniers de poison. Et pour cela…
Il s’habilla, et quitta Deux-Rivières pour s’enfoncer dans les prés. Il y confectionna quelques bouquets, qu’il offrirait sur le chemin du retour ; dans celui qu’il garderait, il camoufla des plantes vénéneuses. Il cachait bien quelques serpents dans sa mansarde, mais appréciait tout autant les poisons végétaux, qui avaient il ne savait quoi d’humoristique. Tué par la beauté… c’était amusant.
Il revint en sifflotant vers la ville. Il était doux de penser qu’il s’installait de mieux en mieux dans sa profession, devenait chaque jour un meilleur disciple de son maître. En pensée, il loua celui-ci, et son sage enseignement. Depuis qu’il y avait conformé sa vie, il était motivé et heureux. La souffrance, les larmes et les regrets ne l’effleuraient plus. Son humeur était excellente, et sa joie plaisait tant à tous ceux qu’il rencontrait que nul n’imaginait qu’elle ne reposât pas sur l’innocence. Il devait parfois retenir un rire, mais son maître l’avait entraîné à la retenue. Monsieur Noir ne négligeait rien quand il formait un disciple, et le jeune homme était fier d’avoir bénéficié de ses soins.
Il déposa un bouquet au temple, sur l’autel du dieu du pardon, et le prêtre lui sourit avec bonté. Forcément, songea Sans Larmes, il aurait du travail en moins pour fleurir l’autel.
– Le dieu vous entend, Sans Larmes. Il sait que vous acceptez votre échec sans révolte, et saura vous récompenser.
– Je l’espère, bon prêtre. Je voudrais tant pouvoir servir pleinement Monsieur Noir, moi aussi ! Ma joie serait immense si je pouvais enfin accomplir des missions, me mettre pleinement au service de la cité !
– Je n’en doute pas, mon bon Sans Larmes. C’est tellement dommage, d’avoir étudié si dur, et d’avoir été recalé malgré tout ! Ah ! Je voudrais qu’il existât des domaines où l’effort soit récompensé, et non le mérite. Là, tu aurais sûrement ta chance.
Et toi donc, compléta Sans Larmes. Et toi, donc. Mais il se tut. Chacun savait qu’il avait étudié chez Monsieur Noir, chacun pensait qu’il avait été recalé, et tous étaient rassurés, car quoi qu’il eût enduré dans le passé, il restait inoffensif. Il était raillé, bien sûr, mais qui ne l’était pas à Deux-Rivières ? Il était également apprécié pour sa douceur. Bête et gentil, une réputation qui lui convenait parfaitement.
Il sourit, car il était bon d’être sous-estimé. Qui faisait attention à lui ? Qui vérifiait qu’il dormait dans son lit ? Qui se demandait où le gentil benêt passait ses journées ? Monsieur Noir l’avait bien compris en lui demandant de faire mine d’échouer à ses examens. Sans Larmes avait accepté le sacrifice de sa gloire, renoncé aux honneurs, aux salaires imposants que touchaient ses camarades. Mais l’estime de son maître, l’approbation dans son regard, valaient bien plus ! Il préférait sa mansarde à la renommée.
Et puis, être un disciple occulte de Monsieur Noir le dispensait aussi d’être loué pour des contrats mesquins. Il préférait de loin choisir son travail, et la manière de l’effectuer. Bien sûr, il était important que les habitants de Deux-Rivières se nuisissent les uns aux autres bien plus efficacement que par le passé, puisqu’ils pouvaient maintenant engager des professionnels vraiment qualifiés. Mais Sans Larmes tenait à sa liberté.
Il soupira : quel dommage que Monsieur Noir n’eût pas pu former plus de disciples ! Ils avaient dû trier leur clientèle, faire passer les riches en premier et laisser les pauvres de côté, même si leur haine méritait également qu’on lui offrît des moyens. Ils s’étaient plaints des prix trop élevés… et Monsieur Blanc était arrivé. Monsieur Blanc ! Un insupportable imbécile qui avait la réputation d’agir sans paiement, si la cause était juste. Sans Larmes retint une grimace : la cause juste, c’était la sienne. Monsieur Blanc était un usurpateur, un profiteur, un charognard qui mangeait les restes laissés par Monsieur Noir.
Il passa devant l’école de Monsieur Blanc, et se retint de cracher contre le mur, pour ne pas se faire stupidement repérer. Il avait résolu de s’opposer en tout point aux serviteurs de Monsieur Blanc, et ne se priverait pas de la satisfaction d’y réussir. Il se concentra sur le fait que cracher n’était pas une manière efficace de défigurer une façade, alors à quoi bon ? Mieux valait revenir de nuit avec de la peinture, comme tout le monde.
La façade de l’école de Monsieur Blanc était particulièrement belle, et à Deux-Rivières, ce n’était pas peu dire, puisque chacun faisait de sa devanture la vitrine de sa richesse et de son goût… ou de celui de ses employés. Et tant qu’à s’afficher, chacun tentait d’avoir une maison un peu plus haute que sa voisine, fût-ce d’un pignon, d’une flèche, ou d’une décoration sur le faîte du toit. Il fallait se tordre le cou pour discerner les splendeurs sommitales, car les rues, elles, n’étaient pas toujours larges.
Un comité de mise en valeur de la ville, composé de riches propriétaires, avait bien proposé de raser une rangée de maisons sur deux pour gagner la place nécessaire à une contemplati

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