Les bulles du Diable
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Les bulles du Diable , livre ebook

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Description


En 2067, d’immenses boules bleues de la taille d’un terrain de football sont apparues à la surface de la Terre. D’origine vraisemblablement extraterrestre, elles sont demeurées inertes, tout en étant protégées par un champ de force détruisant ce qui s’en approchait.



Soixante-dix ans plus tard, aucune tentative de communication n’a réussi, mais ces boules appelées « Bulles du Diable » sont considérées comme les responsables de l’effondrement des sociétés humaines. C’est du moins ce que pensent la plupart des survivants aux États-Unis : reliquats de l’armée, communautés rurales, missionnaires religieux, tribus indiennes...



Le jeune Tim, vivant près de l’ancienne cité de Las Vegas, espère découvrir le secret de sa naissance, en même temps que celui de ces étranges sphères. Pour cela, il devra affronter maints périls : hordes d’animaux sauvages, adorateurs des Bulles du Diable, pillards, zones contaminées, militaires mégalomanes...

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Nombre de lectures 1
EAN13 9782374537672
Langue Français

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Exrait

Présentation
En 2067, d’immenses boules bleues de la taille d’un terrain de football sont apparues à la surface de la Terre. D’origine vraisemblablement extraterrestre, elles sont demeurées inertes, tout en étant protégées par un champ de force détruisant ce qui s’en approchait.
Soixante-dix ans plus tard, aucune tentative de communication n’a réussi, mais ces boules appelées « Bulles du Diable » sont considérées comme les responsables de l’effondrement des sociétés humaines. C’est du moins ce que pensent la plupart des survivants aux États-Unis : reliquats de l’armée, communautés rurales, missionnaires religieux, tribus indiennes…
Le jeune Tim, vivant près de l’ancienne cité de Las Vegas, espère découvrir le secret de sa naissance, en même temps que celui de ces étranges sphères. Pour cela, il devra affronter maints périls : hordes d’animaux sauvages, adorateurs des Bulles du Diable, pillards, zones contaminées, militaires mégalomanes…


Passionné par l’altérité culturelle et l’environnement, Yann Quero a publié sept romans et dirigé plusieurs anthologies de nouvelles ainsi que des numéros de revues de science-fiction comme Galaxies ou Géante Rouge sur de grands sujets d’actualité comme le réchauffement climatique, les OGM ou les maladies du futur.Il est aussi l’auteur d’une trentaine de nouvelles et d’essais sur le fantastique et la science-fiction parus dans de multiples journaux ou revues dont : Libération, Solaris, Lunatique, Galaxies, Etherval… et des anthologies chez divers éditeurs comme Arkuiris, Dreampress, Nestivqnen, Realities Inc., ou Rivière Blanche…
LES BULLES DU DIABLE
Yann QUERO
Collection du Fou
Chapitre 1
Yeux d’eau claire intensément fixés sur la lanière, Timothée était indifférent à la dureté du sol du cloître. Crâne rasé, vêtu de sa seule tunique de lin écru, il affectait toute son énergie à la réparation de son lance-pierre qui s’était une nouvelle fois brisé. Les comportements du jeune Tim avaient toujours été qualifiés d’excessifs par ceux qui le côtoyaient : trop rebelle, trop secret, trop impétueux. Ou au contraire : pas assez humble, insuffisamment discipliné… Sa concentration n’en était pas moins exceptionnelle. C’est sans doute la raison pour laquelle le garçon ne vit pas l’ombre s’approcher dans son dos et s’emparer de l’objet qu’il manipulait en cachette. Le voleur détala à toutes jambes en criant d’une voix fluette :
— Père Joseph, Père Joseph, regardez avec quoi Tim joue !
Cette peste de Nael allait encore le dénoncer. Timothée bondit et courut à la poursuite de son demi-frère. Avec la célérité de ses muscles de quatorze ans, il ne lui aurait pas été difficile de rattraper rapidement son cadet de dix ans. Mais Tim avait commis l’imprudence de bricoler son lance-pierres non loin du presbytère, où se trouvait la salle de travail du Père Joseph. Déjà, le pasteur se dressait sur son chemin, de la haute stature de sa robe noire, visage osseux aux traits glabres, fort de sa double autorité de guide de la communauté et de beau-père de Timothée. Sa main droite aux ongles rongés brandissait l’arme apportée par Nael, qui s’était réfugié derrière les jambes de son géniteur.
Tim s’arrêta net, à un mètre devant le Père Joseph, ses pieds nus provoquant un fin nuage de poussière de terre grise qui dériva mollement dans l’indifférence de tous.
— Qu’étais-tu en train de faire, Timothée ? demanda le pasteur de sa voix moralisatrice.
— Ça ne vous regarde pas ! répondit Tim en esquissant un mouvement de recul.
— Oh que si ! En tant que berger de la communauté, je me dois de faire appliquer le précepte : Tu ne feras pas de mal aux créatures du Seigneur …
— Je ne m’en sers pas pour blesser les animaux, je vise juste les pierres.
— C’est pas vrai ! cafta Nael. Je l’ai vu tirer sur des lézards.
— Tu vois, Timothée, reprit le pasteur dont la voix calme peinait à masquer l’exaspération. La vérité sort de la bouche des enfants, et tu viens encore de me mentir. Je vais de nouveau devoir te prescrire vingt-quatre heures de cachot.
— Qu’est-ce qui vous dit que ce n’est pas Nael qui ment ?
— Parce que ton frère Nathanael est un ange, et que…
— D’abord, il n’est que mon demi-frère. Et vous, vous n’êtes pas mon père ! Vous allez voir, je suis peut-être un démon, fils d’une des Bulles du Diable qui…
Une gifle cingla la joue de Tim, lui laissant dans la bouche un goût de sang et d’amertume. Un frisson de fureur parcourut son corps, tandis que le Père Joseph le sermonnait avec véhémence pour ce blasphème. Le visage de l’enfant dut se muer en une étrange grimace, et ses yeux d’un bleu livide se mettre à lancer des éclairs, car l’expression du pasteur se teinta de surprise, tandis que sa diatribe s’interrompait brusquement. Pris d’une soudaine impulsion, alors qu’auparavant il s’était toujours soumis à l’autorité du pasteur, Tim recula de trois pas puis se précipita de côté vers l’entrée du presbytère.
Passer par le couloir de gauche afin d’éviter de croiser sa mère. Bondir dans la rue. Filer le long des bâtisses de terre crue, en se faufilant entre les groupes qui revenaient des champs, tous uniformément affublés de sobres tuniques. Le soleil commençait à décliner. Il fallait se dépêcher avant que les portes de la bourgade ne soient closes jusqu’au lendemain. Peu importaient les regards d’incompréhension ou de désapprobation. De fait, le Père Joseph répétait inlassablement que les enfants bien élevés ne courraient pas ainsi, au risque de renverser les ouailles ou de briser une cruche à pluie. En temps normal, Tim se serait retenu, car cela pouvait lui valoir cinq coups de fouet ou plusieurs jours de retraite spirituelle, mais là, il s’en moquait. Toute son énergie se concentrait sur un seul objectif : sortir de Nova-Vega et filer chez grand-père Sam.
L’arche voûtée de la porte nord se profila à l’extrémité de la rue. Les gardes sortirent de leur guérite. Timothée leur adressa un grand signe de la main, comme s’il avait eu l’intention de leur transmettre un message. Être le fils adoptif du pasteur lui donnait une certaine importance, même si sa réputation dans la communauté était entachée par ses punitions à répétition.
Tim fit mine de ralentir, puis, au moment où il parvenait à portée des gardes, il accéléra brusquement et les prit de vitesse.
Franchir la porte en deux enjambées. Esquiver les entrants, qui auraient pu être surpris par son comportement et vouloir l’empêcher de s’éloigner de la ville à l’approche du crépuscule. Quitter le chemin dès que possible et serpenter entre les buissons griffus afin de décourager d’éventuels poursuivants.
Hors d’haleine, Tim risqua un coup d’œil par-dessus son épaule. Personne ne l’avait suivi. Ils étaient trop effrayés par les sermons du Père Joseph qui les assurait que le Diable viendrait voler leur âme s’ils osaient sortir de chez eux après l’apparition des premières étoiles.
D’un revers de la manche de sa tunique, le garçon essuya la sueur qui perlait sur son crâne lisse. Parmi les consignes de respect de toute forme de vie animale, le Père Joseph avait instauré de ne pas tuer les insectes, y compris les poux ou autres bestioles qui pouvaient infester les humains. Afin d’éviter que cela ne se produise, à partir de sept ans, tous les garçons devaient se raser le crâne. Par respect de la tradition, les filles et les femmes conservaient le droit de porter les cheveux longs, mais elles étaient obligées de les enduire régulièrement d’une émulsion répulsive à base de vinaigre et d’huile d’eucalyptus. Tim aimait autant être rasé…
Le soleil rougeoyait à l’horizon, séparant d’un lavis de feu le cyan délavé du ciel de l’ocre du désert. Au mépris des crotales et des tarentules qui pouvaient avoir élu domicile entre les herbes sèches, Tim s’assit au sommet d’une colline et observa la ville tandis que portes et volets en bois claquaient pour prévenir toute attaque démoniaque. Comme si les trois mètres de murs de pierres de Nova-Vega pouvaient constituer un rempart contre le Diable ! Comme si des murs en torchis et des toits en branchages avaient la moindre chance d’arrêter un démon, fût-il de troisième ordre !
Sauf que ce que disait le Père Joseph était parole d’évangile… Pourquoi avait-il fallu que Betty, sa mère, épouse ce crapaud de bénitier ? Pourquoi avait-il fallu qu’elle ait avec lui cette peste de Nael, qui n’arrêtait pas de le dénoncer à son beau-père ? Tim ne connaissait pas son vrai père. Quand il avait posé la question à sa mère, elle avait refusé de répondre. Quant à grand-père Sam, malgré ses supplications, il s’était contenté de répondre qu’il avait promis de ne jamais le révéler.
De loin, Nova-Vega aurait pu paraître une bourgade paisible d’Amérique : deux cents maisons ceinturées par une modeste muraille bordée d’une mince rivière ; une population de paysans cultivant patiemment maïs, manioc et légumes. Ils étaient soumis à l’autorité sévère du pasteur Joseph, même si grand-père Sam disait avoir vu des religieux bien pires. Le visage basané, du haut de sa barbe grisonnante, Sam en avait connu des nettement plus autoritaires, et aussi des beaucoup plus pervers, sans parler des fanatiques adorateurs des Bulles du Diable.
D’après sa mère, le monde était très différent avant l’apparition de ces Bulles. La plupart des hommes vivaient alors dans de très grandes cités pouvant accueillir plusieurs millions de personnes. Il n’était pas interdit de tuer les animaux et les gens se servaient de machines, dont certaines étaient capables de les emmener jusqu’à la Lune ou Mars. Dans les hautes maisons, qui pouvaient compter plusieurs dizaines de niveaux, des tuyaux apportaient l’eau, le lait et le miel jusqu’aux habitants…
Tim ne savait pas trop ce qu’il devait penser de ce que lui racontait Betty. Sa mère reconnaissait d’ailleurs elle-même être née bien après l’arrivée des premières Bulles car la première était apparue au printemps de l’an 2067, voilà plus de soixante-dix ans. Les connaissances de Betty venaient de ce que lui avaient raconté des anciens assurant avoir vécu au début de cette période, ou ayant lu des livres en parlant, mais c’était il y a si longtemps, avant que les écrits autres que la Bible ne soient brûlés.
Sam lui avait aussi raconté sa version des faits, mais à sa façon, en plus laconique.
— Tu sais, en dépit de ma barbe, je ne suis pas si vieux que j’en ai l’air ! Je n’ai même pas cinquante ans… L’ancien monde s’était effondré depuis plus de vingt ans à cause des Bulles quand je suis né. Mon père était dans l’armée. Dans le Nord. Quand j’étais gamin, on vivait à l’abri dans un camp militaire, mais il y avait déjà beaucoup de ruines tout autour et beaucoup de réfugiés aussi, notamment d’Europe. Les pauvres fous ! Ils croyaient que l’Amérique les protégerait ! Ils ne valaient guère mieux que les Asiatiques , les Noirs , les Terroristes et les habitants d’autres pays divisant la planète à l’époque.

En croisant les informations, Tim avait cru comprendre que la première Bulle n’avait pas ébranlé tout de suite le monde. Un jour, un étrange orage avait déchiré l’atmosphère de haut en bas, avant qu’une énorme goutte de la taille d’un terrain de football ne se matérialise sur le sol. Cette imposante masse sphérique était apparue au milieu d’une région désertique, dans le sud d’une grande île appelée l’Afrique, par-delà l’océan Atlantique, du côté du soleil levant. Jusqu’alors, l’homme s’était cru seul dans l’univers. En tout cas, il n’avait jamais reçu de visite d’êtres matériels venus d’ailleurs.
Les chroniqueurs de tous les pays étaient accourus.
Les hypothèses s’étaient multipliées. Beaucoup y avaient vu une météorite. Étant donné ses dimensions, un nombre non moins important avait objecté que cela aurait dû creuser un cratère immense, ce qui n’avait pas été le cas. D’autres avaient avancé que cela pouvait provenir d’une cristallisation de quelque chose dans l’air ou bien que cela avait pu surgir des profondeurs de la Terre.
Selon Sam, il y avait eu aussi de nombreuses voix pour dire qu’il s’agissait d’une arme ou d’un instrument d’espionnage des ennemis. Les Américains soupçonnèrent ouvertement les Asiatiques et les Terroristes , qui leur retournèrent les accusations, en un dialogue de sourds.
L’objet ne ressemblait pourtant à rien de ce que les hommes avaient jamais observé, et encore moins à ce qu’ils savaient fabriquer. Il s’agissait d’un globe massif de cent mètres de diamètre, légèrement aplati au sommet et à la base, comme s’il avait été liquide. Sa surface bleutée était irisée de coulures paresseusement mouvantes, vertes et dorées. Sa nature demeurait cependant inconnue, de même que ses propriétés, car il s’avérait impossible d’en approcher à moins d’une quarantaine de mètres. La Bulle était en effet entourée d’un champ impalpable. Lorsqu’on y mettait la main, cela commençait par picoter, puis par démanger et enfin par brûler. Même les métaux les plus résistants fondaient lorsqu’on les enfonçait profondément. Quant aux tentatives d’y envoyer des projectiles à grande vitesse : balles, boulets ou obus, cela s’était traduit par des déboires malheureux, la Bulle renvoyant ce qu’on lui expédiait avec une énergie décuplée.
Face à un phénomène aussi inexplicable, un nombre croissant de personnes accepta l’idée qu’il pouvait s’agir d’une forme de vie extérieure à la Terre, ou d’un vaisseau abritant des êtres qui allaient se manifester, ou qui attendaient un signal. C’était peut-être le « Grand Contact » avec des êtres de l’espace que les hommes osaient à peine espérer. Ils envoyèrent vers la Bulle tous les messages possibles et imaginables, par tous les modes de communication connus à l’époque. D’après Betty, il y en avait beaucoup.
Rien ne se passa.
Il y eut aussi des gens pour affirmer qu’il s’agissait d’une manifestation de Dieu ou du Diable, que cette Bulle était le signe avant-coureur du jugement dernier. Une inflation de termes se mit à proliférer pour la désigner : le météore du Cosmos, l’œil de Shiva, les larmes de Krisna, l’œuf de Gaïa, la lune du Tao, le globe de Satan, la capsule du néant…
D’après Sam, des foules d’adorateurs tentèrent par tous les moyens de s’en approcher. La plupart y perdirent la vie, au point que le gouvernement d’Amérique, en accord avec l’État des Noirs , dressa un cordon de sécurité autour de l’objet. Les Asiatiques et les Terroristes réclamèrent eux aussi le droit d’étudier la chose, ce qu’ils finirent par obtenir.
Cependant, rien ne se passait.
Betty, qui était prête à donner plus de détails que Sam, disait que d’après ce qu’on lui avait raconté, la Bulle était restée longtemps inaccessible et inerte. Elle ne grossissait pas, ne bougeait pas, ne réagissait pas, hormis en calcinant ou en rejetant mécaniquement ce que certains cherchaient à y faire rentrer. Attentes et études paraissaient vaines.
Après quelques mois, en dehors d’une poignée de savants, le monde se désintéressa de la Bulle, dont l’attractivité médiatique déclina au rang de curiosité subsidiaire. De fait, l’actualité regorgeait d’événements sensiblement plus palpitants : exploits sportifs ; frasques de people ; affaires de mœurs ; scandales politico-économiques…
C’est alors que deux nouvelles sphères apparurent presque simultanément : une en Australasie, une île à l’est de l’Afrique, l’autre dans l’océan Pacifique à l’ouest de l’Amérique.
Les prémices furent identiques. Des perturbations zébrèrent l’atmosphère avant que les deux nouvelles Bulles ne se matérialisent à la surface de la Terre, enfin plus exactement sous l’eau dans le cas de la troisième. Par son caractère unique et son absence de manifestation extérieure, la première Bulle avait pu se laisser oublier. Ces nouvelles arrivées suscitèrent les pires craintes et les fantasmes les plus extravagants, surtout chez les religieux et chez ceux qui croyaient en l’existence d’extraterrestres intelligents. Elles rendaient en effet crédible l’hypothèse d’une punition divine ou d’une future invasion.
Plusieurs astronomes observèrent qu’en alignant les perturbations atmosphériques avec la localisation des trois premières Bulles, on parvenait à une zone de la constellation des Pléiades, un amas de sept étoiles. Il n’en fallait pas plus pour que des pasteurs s’exclament que dans le Nouveau Testament , le futur Messie devait arriver en tenant sept étoiles dans sa main, et que la fin des temps serait précédée par sept cavaliers célestes. Une multitude de sectes bourgeonna dans tous les pays, annonçant que le monde finirait avec l’apparition de la septième sphère de l’Apocalypse.
Comme pour leur donner raison, le processus continua. Au cours des mois suivants, d’autres se matérialisèrent, renforçant peurs et fanatismes. Lorsque la huitième Bulle apparut, peu de temps après la septième, il y eut un moment de flottement. Puis les sectes décrétèrent qu’elles annonçaient en réalité le chiffre de la bête, et qu’il fallait donc attendre qu’il en vienne 666. Cela leur donnait une certaine marge.
Par-delà ces cercles millénaristes, l’inquiétude continuait aussi d’augmenter au sein du grand public, menant à des explosions de révolte et de violence. La science-fiction avait un peu préparé l’humanité à affronter des ennemis puissants, mobiles et agressifs, pas à coexister avec d’inertes Bulles de Damoclès. Partout, des émeutes se déclenchaient contre le laxisme ou l’incompétence des gouvernements. La population de tous les pays du monde regardait le ciel avec de plus en plus d’angoisse. En Amérique du Nord, la situation vira à l’hystérie lorsqu’une Bulle se matérialisa dans un faubourg d’Oklahoma City, sans que l’on puisse savoir ce qu’il était advenu des habitants qui y vivaient. C’était la douzième.
Selon Sam, ce jour-là, le gouvernement américain décida de frapper un grand coup. En dépit des protestations des Noirs , il perça un tunnel juste sous la Bulle d’Afrique pour y faire exploser une bombe atomique, espérant ainsi détruire la sphère ou la projeter vers le ciel. L’énergie fut décuplée par la Bulle, ravageant tout dans un périmètre de centaines de kilomètres. L’explosion creusa un énorme cratère. Quand les cendres et la fumée se dissipèrent, la Bulle se tenait à peu près au même endroit, enfoncée de plusieurs centaines de mètres, mais aussi impassible qu’au premier jour.
Les récits de Betty devenaient alors nettement plus confus. Elle reconnaissait d’ailleurs elle-même avoir entendu des versions contradictoires. De nombreux peuples avaient condamné les Américains pour cette opération unilatérale et meurtrière, qui avait coûté la vie à des millions de personnes. Les troubles s’étaient multipliés, y compris en Amérique, car des Bulles continuaient d’apparaître, à un rythme irrégulier, mais sans discontinuer. Plusieurs semaines pouvaient s’écouler sans que rien ne survienne, puis, en quelques heures, deux ou trois nouvelles sphères se matérialisaient. Toutes restaient à leur place, même si quelques-uns avaient prétendu en voir se déplacer. Les médias l’avaient surnommée la Bulle-fantôme sans que personne ne puisse prouver son existence. Betty considérait qu’il s’agissait seulement d’un canular d’ivrogne.
Dix mois après l’arrivée de la première Bulle, environ trois cents étaient dénombrées. Des épidémies ravageuses se déclenchèrent alors au sein de la population américaine, causant la mort de neuf personnes sur dix, tandis que la plupart des machines sophistiquées cessaient de fonctionner.
La cause de ces phénomènes resta indéterminée. Les survivants accusèrent les Bulles, bien qu’aucune action n’ait été détectée. Certains chercheurs avaient en effet avancé que, quelle que soit leur nature, à l’image de bactéries ou de poisons chimiques, elles pouvaient avoir atteint un effectif critique suffisant pour attaquer et paralyser les sociétés humaines. D’autres, dont d’éminents membres du gouvernement américain et de l’armée en voie d’effondrement, affirmèrent qu’il s’agissait plus probablement d’armes bactériologiques et informatiques, répandues par leurs ennemis.
Si c’était le cas, cela échappa à ses créateurs, car épidémies comme arrêts des machines furent d’ampleur planétaire et n’épargnèrent personne. Les conséquences avaient paradoxalement été encore aggravées dans les pays disposant de technologies de pointe et notamment dans ceux qui produisaient la force atomique. Ces installations échappèrent en effet à tout contrôle et contaminèrent de très vastes régions. C’est ainsi que d’immenses portions d’Europe et d’Amérique devinrent invivables. Décimée, paralysée, terrifiée, l’humanité s’était alors repliée en petites communautés autarciques qui s’efforçaient de survivre, comme celle de Nova-Vega où Tim avait grandi.
Même si les moyens d’observation et de communication manquaient dorénavant pour le confirmer, il semblait qu’aucune nouvelle sphère n’était apparue depuis lors. Les trois cents existant de par le monde demeuraient immobiles et apparemment inactives, comme au premier jour, tandis que leur présence et les drames qui les avaient accompagnées restaient sans explication rationnelle ou susceptible de faire l’unanimité.
Le pasteur Joseph, qui était né trente ans après l’arrivée des Bulles, avait aussi sa vision des événements. Il la répétait inlassablement en prêche. D’après lui, elles constituaient une punition de Dieu. Face aux péchés et à la luxure dans lesquels se prélassaient les sociétés d’avant, Notre Seigneur avait envoyé ces manifestations du Diable contre les hommes, afin de les obliger à revenir à une existence humble et soumise. C’était pour cela qu’il fallait se vêtir avec modestie, ne plus utiliser de métal, ne plus tuer ni asservir les animaux, et consacrer à Dieu tout le temps qui restait après les dures heures à travailler aux champs, afin de calmer son légitime courroux et d’obtenir son pardon.

Sous les yeux de Timothée, l’obscurité avait envahi Nova-Vega. Même si le pasteur et toutes ses ouailles ne dormaient pas, aucune lueur ni aucun bruit n’en émanaient, comme s’ils avaient voulu, en masquant tout signe de leur présence, éviter de susciter la moindre colère divine.
En se retournant, hormis un croissant de lune éclairant les collines et quelques poignées d’étoiles, Tim pouvait seulement apercevoir une lueur dans l’escarpement de la falaise surplombant la ville. Là se trouvait le logis de Sam. Le garçon n’avait pas peur du Diable, ni des démons. Il était néanmoins temps de rejoindre son grand-père. Peut-être parviendrait-il cette fois à le convaincre de ne pas le renvoyer vers le pasteur Joseph ?
Chapitre 2
Sam n’était pas le véritable grand-père de Timothée et il n’était pas si vieux non plus, du moins c’était la conclusion à laquelle Tim était parvenu à partir des épisodes brefs et fragmentaires que Sam avait bien voulu raconter, mêmes s’ils n’étaient pas toujours cohérents entre eux. Le garçon avait ainsi reconstitué un enchaînement qui ne lui paraissait pas trop invraisemblable.
Sa mère, Betty, vivait autrefois dans le nord de l’Amérique. C’est là-bas qu’elle était tombée enceinte de lui. Sam était alors un colonel d’une trentaine d’années. On montait vite en grade là-bas, car les officiers ne vivaient pas vieux. Sam avait pris Betty sous sa protection et l’avait emmenée vers le sud. Pourquoi ? Il n’avait pas voulu le lui révéler. Tim avait cependant cru comprendre qu’un certain colonel Artman les avait pourchassés.
Qui était son père ? Pourquoi Sam et Betty avaient-ils bravé les déserts, les zones côtières contaminées, les hordes d’adorateurs des Bulles du Diable, les groupes armés ? Tim se retrouvait à chaque fois face à deux murs. Sa mère lui répondait qu’elle lui en parlerait lorsqu’il serait plus grand, tandis que Sam assurait avoir promis à Betty de ne rien révéler.
— Tu ne voudrais pas que je trahisse une promesse ? disait Sam en massant son menton barbu, à chaque fois que Tim essayait de l’interroger.
L’envie de savoir le taraudait malgré tout tellement, qu’il s’était risqué un jour à demander au Père Joseph s’il connaissait la vérité. Sa réponse avait laissé Tim pour le moins dubitatif :
— Les voies du Seigneur sont impénétrables. S’Il a placé Bethsabée (c’est ainsi qu’il appelait Betty) et toi sur mon chemin, c’est qu’Il voulait que je vous apporte ma protection, même si ton père était un grand pécheur. Amen . C’est pour cela que je suis strict avec toi, Tim. C’est au nom du Seigneur. Je vous ai accueillis tous les deux avec la conviction que c’était mon devoir de vous aider à trouver le chemin vers la Rédemption.
Le Père Joseph avait par la suite épousé sa mère et lui avait donné un deuxième fils : Nathanael. Quand Tim l’avait interrogé, le Père Joseph n’avait pas voulu en dire davantage, mais ce jour-là, il avait paru presque gentil. Tim avait vite oublié cette impression lors des séances de cachot et de fouet ultérieures, qui n’avaient pas manqué de lui être imposées chaque fois qu’il enfreignait une des innombrables règles de la communauté. Il ne fallait pas crier, ni courir, ni rire, ni toucher du métal, ni surtout parler des Bulles du Diable… Pourtant, toutes les ouailles gardaient en tête la menace latente et incompréhensible qui continuait de peser sur eux, même si à leur connaissance aucune nouvelle Bulle n’était arrivée depuis des décennies et que la plus proche se trouvait dans les environs de Tucson, à plus de six cents kilomètres au sud-est de Nova-Vega.
Tim adorait celui qu’il appelait grand-père autant qu’il détestait son beau-père. Il lui avait souvent demandé de l’adopter ou au moins de le laisser habiter chez lui. Sam répondait invariablement qu’il était encore trop jeune pour devenir un vrai grand-père et qu’il valait mieux que Tim vive dans une vraie communauté humaine, avec d’autres enfants, plutôt qu’avec un ermite bourru. En outre, le logement de Sam était pour le moins exigu et ils auraient eu du mal à y vivre à deux. Sur ce dernier point, Tim pouvait difficilement le contredire. Lorsque Sam était arrivé à Nova-Vega avec Betty, il avait confié la jeune femme au Père Joseph, sans souhaiter s’installer dans le bourg. Ou bien le pasteur lui avait-il fait comprendre qu’il n’avait pas sa place dans l’enceinte ? Peut-être était-ce aussi parce que Sam avait refusé de se raser le crâne et la barbe ? Toujours est-il qu’il avait préféré s’établir dans la falaise surplombant la petite bourgade.
Il y avait là une étroite grotte, à certains endroits guère plus large qu’une fissure. Sur le devant, Sam l’avait protégée par un ingénieux système permettant de faire glisser une pierre pour en bloquer l’entrée. La grotte présentait également deux autres avantages. Un mince filet d’eau suintait à l’intérieur, permettant à un homme de ne pas être obligé de descendre tous les jours à la rivière. Le débit était trop faible et irrégulier pour qu’on puisse considérer qu’il s’agissait d’une véritable source. Assez d’eau y coulait néanmoins suffisamment pour qu’un homme ne meure pas complètement de soif. Par ailleurs, la grotte se prolongeait en un boyau vers l’autre côté de la falaise. Par sécurité Sam avait bloqué cette autre issue à l’aide d’une grille cadenassée. Ramper jusque-là s’avérait difficile, mais cela offrait quand même une possibilité de fuite en cas de nécessité.
Afin de vivre moins à l’étroit, Sam avait aménagé une plateforme avec un auvent sur la corniche devant la grotte. Ce n’était guère qu’un plancher vermoulu garni de quatre poteaux, d’une toile en guise de protection et d’un hamac. Pourtant, quand le pasteur parlait dans ses sermons des palais du roi Salomon, Tim ne voyait pas de meilleure image à leur substituer.
 
Ce soir-là, c’est sur cette plateforme que le garçon retrouva Sam affairé à préparer un sac à dos à la lueur d’une lampe à huile. Dans un torrent de paroles décousues, Tim lui raconta sa mésaventure avec son demi-frère, Nael, et le Père Joseph à propos du lance-pierre ; son impulsion subite ; sa fuite à travers la ville et dans les collines.
Sam hocha longuement sa tête au teint basané d’un air résigné avant de demander laconiquement :
— Il marche bien au moins ?
— Pas mal, mais la lanière en silicone est fragile. C’est la troisième fois qu’elle craque.
En dépit de l’interdiction très stricte de toute forme d’arme dans la communauté, Sam avait donné ce lance-pierre à Tim, en l’exhortant à ne l’utiliser qu’en dehors des murs de la ville, et encore quand il était sûr que personne ne pouvait le voir. Le garçon avait montré très tôt des dispositions et même une adresse exceptionnelle vis-à-vis de tous les instruments de lancer : fronde, arc, lance-pierres… Tu as un vrai don , disait Sam, qui préférait quant à lui son katana et une antique carabine Winchester, même s’il économisait ses cartouches car il était très rare d’en trouver. Cependant, étrangement, il s’était toujours montré réticent à enseigner l’art du sabre et du tir au fusil à son protégé.
— Je vais tâcher de trouver une lanière plus solide à Las Vegas, déclara Sam. J’allais justement partir en expédition.
— S’il te plaît, emmène-moi ! Sinon, je vais encore être battu par le Père Joseph.
— Sapristi, tu sais bien que je ne peux pas ! J’ai promis à Betty de ne rien te faire faire de dangereux.
— Mais tu dis toi-même que le pire des risques est de ne jamais avoir affronté le danger ! Je ne suis plus un enfant. J’ai quatorze ans maintenant… Il faut que j’apprenne à me défendre, si je ne veux pas rester aussi démuni que ces culs bénis de Nova-Vega.
Sam sourit à cette expression que Tim lui avait empruntée. Utilisée devant le Père Joseph, elle lui aurait valu bien des coups de fouet… Le garçon avait bien grandi et paraissait presque adolescent. Il restait fluet pour son âge et Sam le dépassait encore de deux têtes, mais l’armée du colonel Artman intégrait des recrues encore plus jeunes. Sam évacua cette pensée pénible avant d’objecter :
— Si je t’emmène, ça ne changera rien à ta punition au retour. Et ta mère va s’inquiéter. Je suis sûr qu’elle viendra ici à la première heure. Si on n’est pas là, elle se fera un sang d’encre…
— Tu n’as qu’à laisser un mot disant que tu m’as demandé de te suivre pour une retraite spirituelle dans le désert, afin de me punir de mes désobéissances. Comme ça, ils ne s’inquiéteront pas.
Sam sourit de nouveau à cette formulation. Ses dents étonnamment blanches tranchaient sur son visage bronzé. Tim avait décidément aussi un don pour s’approprier les expressions des autres et les retourner contre eux. La « retraite spirituelle » était le terme utilisé par le Père Joseph pour les séances de cachot. Jusqu’alors Sam s’était contenté d’expliquer a minima au garçon ce qu’était le monde, sans jamais lui proposer de venir le voir, préférant qu’il reste protégé dans l’enceinte de Nova-Vega. Sans doute était-il temps que Tim découvre la « vraie » Amérique.
— D’accord, lâcha-t-il en riant. Tu as gagné. Sauf que si tu m’accompagnes, il va te falloir une arme digne de ce nom.
Sur ces mots, Sam avait pénétré dans la grotte. Il fourragea un moment à l’intérieur, avant de sortir en brandissant un instrument aux reflets métalliques :
— Je voulais t’offrir cette arbalète pour tes dix-huit ans… Mais tu as grandi plus vite que je ne l’avais imaginé. Pour aller à Las Vegas, tu auras besoin d’un joujou plus performant qu’une fronde ou un lance-pierre.
Tim s’en empara en tremblant. Sam lui avait expliqué bien des choses sur les armes, y compris l’existence d’arcs mécaniques de ce type, mais il n’en avait jamais vu. Elle ressemblait au croisement entre un arc et la carabine Winchester de Sam.
— Pose la partie avant par terre. Le triangle devant s’appelle l’étrier. Maintenant, tire la corde des deux mains, jusqu’à la bloquer dans l’arbrier. C’est ce bidule sur le dessus. Parfait. Tu n’as plus qu’à y placer une flèche courte dans la rainure. Dans l’armée, on les appelle des carreaux ou des traits. Voilà, après, tu n’as plus qu’à bien viser et à appuyer sur la détente. Tes projectiles partiront à 350 kilomètres à l’heure, de quoi toucher une antilope à plusieurs centaines de mètres, ou percer la cuirasse d’un des pseudo-démons de ton beau-père… Mais attends qu’on soit dans le désert avant de t’entraîner. Il n’y a que cinq carreaux. On peut en fabriquer d’autres, mais ils risquent d’être moins bien que les originaux.
Tout en manipulant l’arme avec une avidité curieuse, Tim sentait son émotion décuplée à l’idée de se rendre à Las Vegas. De fait, la bourgade de Nova-Vega où il avait grandi tirait son nom de sa sœur aînée, qui se trouvait à trois ou quatre jours de marche vers l’ouest par le désert. Sam pestait souvent en disant que s’il avait eu un cheval, il aurait pu atteindre l’antique ville de Las Vegas en une journée. Sauf que le Père Joseph interdisait d’avoir des chevaux. En effet, d’après lui, pour rester humble, il ne fallait pas monter des animaux domestiqués. Le pasteur interdisait aussi de se rendre dans les villes de l’ancien temps qu’il assimilait à Babylone, Sodome et Gomorrhe.
— Les hommes, disait le pasteur, doivent à tout prix s’écarter de ces antiques métropoles qui ont perverti son âme, et où les démons issus des Bulles du Diable continuent de rôder à la recherche de victimes crédules.
Quand Tim lui racontait les sermons de son beau-père, Sam s’esclaffait à en pleurer de rire :
— Pauvre fou… On voit qu’il n’a jamais mis les pieds à Las Vegas ! Des babouins, c’est sûr, des rats aussi, sans parler des crotales et des scorpions, mais des démons, j’en ai pas vu la queue d’un.
— Pourquoi les babouins et les rats ont-ils remplacé les hommes dans les villes ? demandait alors Tim, qui aimait se faire raconter des histoires de l’ancien temps.
— Les rats étaient là depuis belle lurette. Ils ont toujours vécu avec les hommes. Ils étaient planqués dans les caves et les sous-sols. Quand on a disparu, ils sont remontés à la surface. Pour les babouins, il n’y en a pas partout. Ça dépend des villes. Lorsque les sociétés se sont effondrées, plus personne ne s’occupait de rien. Les animaux mourraient de faim dans les zoos. Certains les ont libérés pour leur donner une chance de survie. C’est comme ça qu’on s’est retrouvé avec des tigres, des lions, des crocodiles ou des girafes un peu partout en Amérique. Les années qui ont suivi, ça a semé une sacrée pagaille. Heureusement, il est toujours resté des groupes armés pour les chasser. Ça a évité qu’ils ne prolifèrent trop.
— Et les babouins ?
— Pareil. Sauf dans quelques grandes villes non contaminées, comme Las Vegas. Là-bas, les babouins se sont partagé le terrain avec les rats. Les premiers sortent surtout le jour, les seconds plutôt quand le soleil se couche.
 
Cette nuit-là, pour la millième fois, Tim demanda :
— Les babouins sont dangereux ?
— Pardi ! Comme peuvent l’être des bandes de singes de trente ou quarante kilos aux mâchoires d’acier qui défendent leur territoire… Mais si on entre dans Las Vegas de nuit et qu’on repart avant le lever du jour, il n’y aura que les rats à éviter.
— Alors pourquoi le Père Joseph parle-t-il de démons ?
— Parce que ce crapaud de bénitier répète ce qu’il a entendu, sans chercher à le vérifier. Les Bulles du Diable ont complètement bouleversé l’humanité. Certains ne s’en sont pas encore remis…
— Et toi ?
Sam regarda longuement son jeune protégé. Quel homme sain d’esprit aurait pu ne pas dériver vers des horizons instables après l’arrivée de ces sphères de nulle part ?
— Assez discuté, Tim. Si tu veux qu’on parte à Las Vegas, on doit boucler les préparatifs. Il faut apprendre à te taire, à observer et à te servir de ta nouvelle arbalète !
Tandis que Sam repartait dans la grotte, l’adolescent reporta son attention sur l’arme qu’il venait de recevoir. Il avait vraiment hâte de pouvoir l’expérimenter, même s’il faudrait attendre qu’il fasse jour afin de minimiser les risques de perdre les carreaux.
Alors qu’il admirait la pureté des lignes de l’engin, Sam revint chargé d’un deuxième sac à dos, de provisions supplémentaires, d’une gourde, d’une paire de bottes et d’un long couteau dont il fit cadeau à Tim. Il referma l’entrée de la cavité en faisant rouler le bloc de pierre qui tenait lieu de porte, en prenant soin de caler un morceau de bois où il avait gravé un message pour Betty.
— Comme ça, ta mère ne s’inquiétera pas pour toi !
D’une tape amicale, Sam plaça ensuite un chapeau sur son crâne rasé, en ajoutant :
— On trouvera de quoi se ravitailler dans le désert et on voyagera plutôt de nuit, mais mieux vaut ne pas exposer ta tête aux feux du soleil. Sauf si tu veux avoir la peau tannée, comme la mienne.
 
Tim connaissait un peu le désert pour avoir accompagné à plusieurs reprises sa mère, qui y collectait des plantes...

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