Rouille
188 pages
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Rouille , livre ebook

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Description

Paris, 1897. Les plus grandes puissances européennes se sont lancées à l'assaut de la Lune et de nouveaux matériaux découverts sur le satellite envahissent peu à peu la Terre. Ces grandes avancées scientifiques révolutionnent l'industrie et la médecine, mais pas pour tout le monde. Et dans les faubourgs, loin de l'hypercentre protégé par le dôme sous lequel vivent les puissants, le petit peuple de Paris survit tant bien que mal.Violante est une prostituée sans mémoire, ignorant jusqu'à son âge réel. Dans un monde où son désir de vérité passe après celui de ses clients et de ses patrons, la jeune fille tente de retrouver la trace de ses origines perdues. Alors qu'une vague de meurtres particulièrement horribles ensanglante la capitale, Satine, son amie et seul soutien, disparait dans d'étranges circonstances. Violante, elle, se voit offrir une porte de sortie à ce demi-monde violent qui la retient prisonnière, mais décide malgré tout de prendre part aux investigations.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 mai 2018
Nombre de lectures 46
EAN13 9782367406060
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0845€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

N e en 1989, Floriane Soulas a t initi e tr s t t la lecture par ses parents, qui lui ont mis entre les mains autant d ouvrages classiques que de science-fiction. Apr s un parcours scientifique et une th se de doctorat en g nie m canique, elle revient sa passion premi re : raconter des histoires. Autrice un poil sadique, avec une pr dilection pour tous les genres de la SFFF, elle aime particuli rement faire souffrir ses personnages.

2018 Scrineo
8 rue Saint-Marc, 75002 Paris
Diffusion : Interforum
R alis avec le concours ditorial d Agn s Marot
Couverture r alis e par Aur lien Police
Mise en page : Cl mentine H de
ISBN : 978-2-3674-0606-0
ISBN num rique : 978-2-3674-0607-7
Cet ouvrage a t num ris par Atlant Communication
D p t l gal : mai 2018
ma famille,

Maud aussi.

Merci
1
Violante observait son reflet, clat dans les dizaines de miroirs qui tapissaient les murs et le plafond de la chambre. Elle aimait cet instant apr s les passes o , tant que personne ne parlait, il tait encore possible d oublier qu elle venait d ouvrir les cuisses pour une heure de plaisir prix d or. Elle savoura ce r pit et le silence qui r gnait dans la petite chambre, inspira lentement les odeurs de sueur et de parfum bon march . Ses cheveux ch tains d nou s lui chatouillaient le creux de la gorge. Des jetons cliquet rent en tombant dans un petit bol en fer forg pos pr s de la porte d entr e, et le temps reprit sa course. La jeune fille poussa un soupir discret pour contenir sa frustration. Elle ramena le drap sur sa poitrine menue et frissonnante.
- Y a pas dire, t es vraiment la meilleure putain de toute cette foutue ville, rigola l homme en reboutonnant son pantalon.
- Je suis galement la plus ch re.
- Tu vaux bien ton prix.
L homme s avan a vers la prostitu e et lui saisit la nuque pleine main pour mieux l attirer lui. Violante retint sa respiration quand l haleine avin e de son client lui fouetta le visage. Elle posa un bras sur son torse tandis qu il crasait sa bouche contre la sienne et lui arrachait un g missement de douleur. La jeune fille sortit les dents et mordit la langue qui fouillait sa bouche avant de se rejeter en arri re, rompant l treinte.
- H ! je ne suis pas une de tes souris de trottoir, Angus ! s exclama-t-elle en massant sa nuque douloureuse. Tu rajouteras un jeton pour a.
- Et dangereuse avec a, marmonna l homme en essuyant d un revers de main le mince filet de sang la commissure de ses l vres.
- Tu sais ce qu on dit, chaton : " Quand tombe la nuit, choisis bien ta souris.
Violante s extirpa du lit et attrapa sa robe qui tra nait au sol. Les bras charg s de v tements, sous le regard lubrique de son client, elle se dirigea vers le petit paravent qui cachait un n cessaire de toilette. Elle se nettoya et se rhabilla prestement, grima a de douleur lorsque la proth se qui prolongeait son auriculaire mutil se prit dans un accroc de son jupon. Alors qu Angus la regardait d un air lubrique, elle tira un cordon qui pendait pr s de la porte. Quelques secondes plus tard, on frappait doucement. Violante alla ouvrir et un automate grin ant en tablier blanc d posa sur le gu ridon un plateau o tr naient une bouteille de whisky moiti vide et un verre, avant de dispara tre en silence. Elle lui embo ta le pas, raflant au passage les jetons contenus dans la petite coupelle. Avant de refermer la porte, elle se retourna une derni re fois vers le marin et lui lan a avec un sourire qui ne montait pas jusqu ses yeux : " Cadeau de la maison. Celui-ci la salua en portant un pouce son front et elle claqua la porte.
De la musique r sonnait depuis le rez-de-chauss e, accompagn e de rires et du murmure des discussions. Violante se concentra sur la poign e de pi ces qu elle tenait dans sa main. Quatre passes en trois heures. Une bonne moyenne , pensa la jeune femme. Elle avait encore le temps d attraper un homme ou deux avant la fin de la nuit. Ou peut- tre de s clipser pour rattraper son sommeil en retard. peine cette id e sacril ge eut-elle travers son esprit qu elle per ut des bruits de pas dans l escalier de service. Une d marche lourde qu elle aurait reconnue entre mille. Elle se redressa d un bond, rangea son butin dans une petite poche cousue l int rieur de son jupon et leva la t te vers Madeleine. Avec ses cheveux noirs stri s de gris et ses yeux de rapace enfonc s dans un visage dodu, Madeleine r gnait en ma tresse absolue sur Les Jardins M caniques . Du haut de son m tre soixante-cinq tout en embonpoint, la matrone darda sur Violante un regard venimeux. Elle planta les poings sur ses larges hanches.
- Qu est-ce que tu traficotes encore ? Les clients s impatientent ! Et puis c est quoi, ces cernes, l ?
Elle saisit le menton de la jeune femme entre ses doigts pais et lui releva la t te. Violante croisa l un des nombreux miroirs qui flanquaient le couloir. Deux grands yeux lui rendirent un regard terni par l inqui tude. Son nez retrouss lui donnait l air mutin que les clients du bordel semblaient tellement appr cier, une touche enfantine sous ses yeux hant s par l absence de m moire, d identit . Elle n avait ni la beaut ostentatoire mais un rien classique de Livia, ni les formes g n reuses de la rousse Scarlett, ni le myst re androgyne de la discr te Diane. Mais il fallait reconna tre que les tra n es sombres qui soulignaient ses paupi res lui conf raient un certain charme, comme une aura de d fiance qui se refl tait dans ses grands yeux hant s. Violante jugula sa col re et son d go t et se contenta de hausser d daigneusement les paules.
- Ne tente pas le diable, ma petite souris, la pr vint Madeleine. Un claquement de doigts et tu retournes dans la rue.
Violante suivit le regard de sa patronne, baiss sur son auriculaire manquant. Son doigt avait t remplac par une proth se en acier brillant, retenue son poignet par une mince lani re de cuir.
- a t a pas r ussi la derni re fois.
- Je sais, grin a-t-elle voix basse.
- Maintenant, retourne bosser.
Madeleine lui saisit le poignet et l entra na dans le petit escalier de bois qui craqua sous leur poids. Violante s arracha sa poigne. La rage enflamma ses nerfs, comme une r ponse l ordre de la maquerelle. Elle n avait rien faire ici, tout son corps le lui hurlait. Chaque jour, chaque caresse des hommes, chaque sourire d envie qu on lui adressait la r voltait. Sa place n tait pas dans un bordel. Mais seule et sans m moire, sans preuve pour attester de ce que son instinct seul savait, elle restait prisonni re de Madeleine. La grosse femme la poussa en avant. Elles d bouch rent dans le patio qui avait donn son nom la maison close. Un jardin de cuivre et d tain s y panouissait sous un imposant chandelier de fer et de cristal. et l , des arbres m caniques bruissaient doucement tandis que des fleurs rouages d ployaient leurs corolles articul es, exhalant de subtiles senteurs artificielles. Au milieu de cette jungle cuivr e, des sofas et des causeuses taient dispos s, petits lots de plaisir pour la plupart d j occup s. Violante sentit son c ur vaciller. Les jetons de cuivre pesaient contre sa cuisse. Voil de quoi tait constitu son univers. De monnaie en change de quelques minutes avec son corps, de rires int ress s et de d sirs tal s sur des sofas. Madeleine, ses c t s, couvait son petit monde d un regard satisfait.
Entre les feuillages d acier, les filles de la maison s activaient aupr s des clients, leur servant boissons et caresses entre deux clats de rire. La musique se d versait d un gigantesque gramophone. Livia, la magnifique blonde aux yeux bleus, lui lan a une illade assassine. Madeleine la poussa sur la gauche et Violante se retrouva de nouveau jet e dans la cage aux lions. Elle lui indiqua du menton un groupe d hommes en costumes sombres. Violante rep ra parmi eux le baron de Stern, un de ses clients r guliers, accompagn du commissaire Jouvin, de la police criminelle, et de trois hommes qu elle ne connaissait pas. L un d eux, grand, la peau couleur d b ne, se tenait quelques pas en retrait. Sans doute de nouveaux clients, et fortun s, en juger par la qualit de leurs v tements. Elle redressa le menton. Ici, la nuit, elle n tait pas Violante. Elle tait Duchesse, la putain. Elle dissimula sa rage derri re ce r le qui lui allait comme un gant et s avan a vers les hommes. Elle aper ut Livia, qui se rapprochait lentement du groupe, telle un pr dateur humant l odeur d une nouvelle proie. Duchesse plaqua un sourire enj leur sur son visage. Elle saisit le regard d tonnement circonspect d un des convives lorsqu elle se faufila entre les hommes gr ce sa petite taille.
- Puis-je vous proposer du champagne, messieurs ? demanda-t-elle, mutine.
- Mais volontiers, ma ch re, r pondit le baron de Stern en s cartant pour lui faire de la place. Laissez-moi vous pr senter mes amis, ils viennent d arriver Paris. J ai pens leur faire d couvrir le plus charmant divertissement de la capitale.
Alors que le baron passait un bras protecteur autour de sa taille, Violante adressa un clin d il victorieux une Livia fr missante de rage. D un mouvement de poignet, elle demanda une bouteille et des coupes. Livia, refusant de se laisser damer le pion, fit passer ses mains sur les paules nues de sa rivale en une caresse sensuelle qui veilla les regards envieux des hommes pr sents. Violante serra les dents mais la laissa p n trer dans le cercle.
- Messieurs, laissez-moi vous pr senter la perle de cet tablissement : Duchesse. Ainsi que sa non moins d licieuse amie, Livia, ajouta le baron en inclinant la t te en direction de la nouvelle venue.
- Charm e, r pondit Violante en balayant les inconnus de ses grands yeux chocolat.
- Vous connaissez d j le commissaire, il me semble.
- videmment, confirma-t-elle en lui tendant la main, que le policier baisa poliment.
- Eh bien, en voil des mani res de dames ! s tonna l un des deux inconnus avec un sourire.
- Ne suis-je donc pas une dame ? Monsieur ?
- Mais tr s certainement. Pardonnez ma rudesse, je suis Armand de Vaulnay, comte. Et voici

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