Tchatche, l intégrale
100 pages
Français

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Description

À mi-chemin entre la comédie de boulevard et le court métrage déjanté, ces six histoires courtes mêlent avec brio humour et suspense.
On y retrouve un locataire piégé par sa propriétaire nymphomane, une octogénaire ne manquant pas de ressource, deux sœurs dramatiquement étourdies, un DRH malade d’amour... et bien d’autres personnages et intrigues riches en quiproquos, rebondissements et dénouements inattendus.
100 % dialoguées, les histoires courtes de la collection Tchatche sont un moment de détente parfaitement indiqué pour une lecture estivale !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 03 juillet 2015
Nombre de lectures 0
EAN13 9782363151636
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0010€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Tchatche : L'intégrale
André Delauré
ISBN 978-2-36315-163-6

Août 2013
Storylab Editions
30 rue Lamarck, 75018 Paris
www.storylab.fr
Les ditions StoryLab proposent des fictions et des documents d'actualit lire en moins d'une heure sur smartphones, tablettes et liseuses. Des formats courts et in dits pour un nouveau plaisir de lire.
Table des mati res

Tchatche, des histoires 100% dialoguées
Chère Barbara
La main dans le sac
Départ volontaire
Deux soeurs dans la nuit
La maison d'Yvonne
Travail occasionnel
Biographie

Chère Barbara
« Tu es gentil d’être monté.
– Un étage, ce n’est pas bien haut.
– On ne dirait pas. Tu te fais si rare.
– Oh ! ma pauvre Barbara, j’ai un de ces boulots en ce moment, t’imagines pas.
– J’ai du champagne au frais, tu en veux ?
– Oh ! non, non ! Ce n’est pas la peine !
– Pourquoi ?... Ça nous met toujours dans d’excellentes dispositions.
– Justement... Ce soir, je préfère qu’on parle... Ça ne te dérange pas ?
– Qu’est-ce qui se passe ? Tu as des ennuis ?
– ... Je viens pour te prévenir que... Je vais déménager.
– Tu es muté ?
– Ah ! non ! Non, non. C’est un choix personnel.
– ... Tu me quittes ?
– Pas exactement. En fait, je m’éloigne un petit peu mais, ça ne nous empêchera pas de rester en contact.
– « En contact »... Ça veut dire quoi : « En contact » ?
– En relation... En amitié.
– Tu te moques de moi, Alain.
– Non ! Je t’assure ! J’éprouve beaucoup de tendresse pour toi, Barbara. Et je sais que c’est réciproque.
– Alors, pourquoi tu me plaques ?
– Je ne te plaque pas... Les moments que nous passons ensemble comptent énormément... Mais, avoue que, ça mis à part, nous n’avons rien construit en commun.
– Je ne demande pas mieux ! C’est toi qui ne veux pas !
– Je ne m’en sens pas capable. C’est une question de psychologie. Ça ne se commande pas.
– Je ne t’inspire pas ?
– Oh ! Comment tu peux dire ça ? Tu es bien placée pour savoir ce que tu m’inspires, non ?
– La commodité de n’avoir que quinze marches à monter ?
– Barbara ! À quoi ça rime ?... Si tu veux, rien ne sera changé. Je passerai te voir de temps en temps.
– Pour l’hygiène ?
– Oh ! écoute ! C’est vraiment de très mauvais goût.
– Je ne supporte pas l’infidélité.
– Mais quelle infidélité ? Tu es aussi libre que moi, bon sang ! Quand je t’ai rencontrée, il y a cinq ans, c’était parce que tu avais un appartement à louer, ce n’était pas pour un mariage !
– C’est moche de dire ça !
– Barbara... Nous devons être heureux de ce qui a suivi... Mais, ni pour toi, ni pour moi, il ne serait bon de chercher à transformer ces instants de liberté en une espèce d’obligation. Ce serait trop conventionnel... Tu ne crois pas ? Nous méritons mieux... Ce n’est pas ton avis ?
– À propos d’obligation, je te rappelle que ton bail ne prend fin que dans un an et que tu me dois un préavis de trois mois.
– Ah, ah, ah ! On ne va pas discuter de ça entre nous !
– Tu dois me présenter toi-même le locataire qui te remplacera, sans quoi tu perds les trois mois de caution que tu as versés à ton entrée.
– Attends, je... Je voudrais comprendre... Tu plaisantes ou tu es sérieuse ?
– Je tiens à ce que ton successeur ait exactement les mêmes qualités que toi.
– Ah bon ?! Il faudra qu’il ne rechigne pas sur les gros câlins, lui aussi ?
– Je le veux solvable et propre. Le célibat et une bonne ancienneté profession­nelle seront appréciés.
– Quel jeu tu joues, là ?
– Je joue à la propriétaire, Alain. Et je regrette de ne pas m’être cantonnée à ce rôle.
– Très bien... Alors moi, je vais jouer au mufle. Mon dépôt de garantie, je te le laisse. Avec, tu n’as qu’à t’acheter une bague comme cadeau de rupture de bail.
– J’y penserai.
– Je te suggère un solitaire. Ça me paraît s’imposer.
– C’est une idée.
– ... Tu ne trouves pas que c’est idiot de se quitter comme ça ?
– ... Quel âge a-t-elle ?
– ... Tu veux vraiment savoir ?
– …
– ... Vingt ans de moins que toi.
– Tu es charmant.
– Tu sais que je déteste être agressé ! Pourquoi tu as pris ce ton-là avec moi ?
– C’est Sophie Lebailleul ?
– Tu y vois un inconvénient ?
– D’abord ta propriétaire, maintenant ta patronne ! Décidément, tu es doué pour les liaisons contractuelles !
– Ce n’est pas une liaison. Nous avons l’intention de nous marier.
– ...
– Je suis navré.
– Surtout pas !... Je vous souhaite beaucoup de bonheur... Tu pars quand ?
– La semaine prochaine.
– Parfait... Je te prie de faire attention à bien me remettre toutes tes clés... Tu n’auras qu’à les glisser dans ma boîte à lettres. Il est inutile qu’on se revoie. »

*

« Vous êtes l’huissier, je suppose...
– C’est cela. Maître Golancourt. Vous êtes Monsieur Périssac Alain, le locataire de Madame Dauberton Barbara ?
– Oui. Enfin, je ne le suis plus depuis huit jours. Je n’y comprends rien. Pourquoi faut-il que je revienne ici ?
– Madame Dauberton souhaite que je dresse un constat d’état des lieux de l’appartement que vous avez quitté.
– Ça ne pouvait pas se faire sans moi ? Elle n’est pas là, Madame Dauberton ?
– Non. Elle s’est absentée pour la journée, mais elle préfère que vous soyez présent.
– Et elle sait que ça me dérange, alors ça l’amuse... Je n’ai rien contre les huissiers mais, on ne pouvait pas faire ça à l’amiable, elle et moi ?
– Bien sûr que si. Je l’en ai d’ailleurs avisée. Mais il semble que vous soyez parti un peu précipitamment... Alors, Madame Dauberton a souhaité s’entourer des meilleures garanties d’objectivité.
– Et, surtout, m’emmerder par la même occasion.
– Je... Je n’ai pas d’avis sur la question.
– Vous avez les clés pour rentrer ? Parce que moi, je vous préviens, je n’ai plus rien.
– Madame Dauberton m’en a confié un jeu.
– Bien. Alors, allons-y. Ouvrez la porte.
– …
– …
– Après vous, cher Monsieur.
– Mais non, cher Maître, je vous en prie.
– Pardon... Le courant a été coupé ?
– Ben, oui. C’est comme ça qu’il faut faire, non ? Pas la peine de réenclencher le disjoncteur, je vais vous ouvrir les volets... De toute façon, vous savez, si tous les locataires laissaient des appartements dans l’état où j’ai laissé le mien, croyez-moi, il n’y aurait que des propriétaires aux anges !
– Aaaah, oui ! En effet ! La décoration est très originale.
– La déco ? Quelle déco ? Mais que... qu’est-ce que c’est que ?... Qu’est-ce qui est arrivé ?!!!
– J’allais vous le demander. Il n’y a pourtant pas eu de cyclone.
– Ah ! mais c’est un traquenard ! C’est un coup monté ! Je vous promets que quand j’ai quitté cette pièce, elle était impeccable ! On voyait à peine quelques légères marques de tableaux sur le papier peint, c’est tout !
– Ah ! Parce qu’il y avait du papier peint ?
– Ben, oui ! Vous vous en rendez compte, non ?
– Difficilement... C’était quoi, ici ?
– Le séjour... C’est affolant.
– Vous aviez un chien ?
– Non. Pourquoi ?
– À cause des tâches sur la moquette.
– Ah ben, dites donc ! Si c’était un chien qui avait fait ça, il aurait été sacrément malade ! On serait morts ensemble ! Mais, qu’est-ce que vous notez, là ?
– Eh bien, l’état des lieux. Je suis ici pour ça.
– Ah ! mais doucement ! J’y suis pour rien, moi, si c’est comme ça !
– Il ne m’appartient pas d’en juger, cher Monsieur... Je constate qu’à la date d’aujourd’hui, les lieux sont dans l’état que je décris... Ce sera à Madame Dauberton de conclure.
– La garce ! C’est elle qui a tout saccagé ! C’est elle ! Par vengeance !
– Nous pouvons passer à la pièce suivante ?
– Venez... J’angoisse à l’idée de ce que nous allons trouver.
– Le plaisir de la découverte est une des joies de ma fonction.
– Oh ! lalalala !
– Comme vous dites... Ça ne s’arrange pas... Il n’y avait pas de fenêtres ?
– Mais si !
– À quel usage destiniez-vous cette... Ce... Ce local ?
– C’était ma chambre... Vous ne croyez tout de même pas que j’ai pu dormir dans un endroit pareil ?
– Tous les goûts sont dans la nature, cher Monsieur. Je dirai que ça a un côté insolite qui surprend mais... qui n’est pas forcément désagréable quand on aime les docks ou les entrepôts.
– Mais vous sentez cette odeur ?
– Ah ! oui, ça... Il est impossible de faire autrement.
– Vous pouvez tenir, vous ?
– Oh ! Monsieur Périssac ! Dans mon métier, on en voit de toutes les couleurs, et on en sent de toutes les odeurs... Je suis blindé.
– Ce n’est pas une question de blindage ! C’est une question de nez !... Ça sent la merde !
– Ah ! incontestablement... Et, si vous voulez mon opinion, c’est ce qui décore les murs.
– ... C’est impensable... Je n’aurais jamais cru que l’amour puisse conduire à de telles aberrations.
– Pourquoi dites-vous ça ?
– ... Oh, pour rien... C’est personnel, et c’est trop long à expliquer.
– ... Vous aviez une cuisine ?
– Bon sang ! La cuisine ! Venez.
...
– Oh ! nom de Dieu ! On n’a pas le droit de faire ça ! On n’a pas le droit ! Elle était entièrement équipée ! C’était un bijou !
– Effectivement, je crois approprié d’en parler au passé... Vous y stockiez des missiles ?
– Oh ! Je vous en prie ! Je ne suis pas d’humeur à supporter les plaisanteries douteuses !
– Excusez-moi.
– Mais ne continuez pas à écrire ! Ce n’est pas la peine ! Vous ne comptez pas sérieusement me faire payer la casse !
– Je vous dis et je vous répète que je ne fais que constater, Monsieur.
– La peau de vache ! Si elle s’imagine que je vais tout remettre en état à mes frais, elle se trompe ! Ce n’est pas le doigt qu’elle se fout dans l’œil ! C’est le bras entier ! Je ne paierai pas un euro !
– Puis-je me permettre de vous donner un conseil ?
– Dites toujours.
– Ne soyez pas aussi sûr de vous. »

*

« Qu’est-ce que tu viens fabriquer ici, Barbara ? Tu n’as rien à faire chez Sophie !
– Mais, je suis enchantée de faire la connaissance de Mademoiselle Lebailleul.
– Moi de même, Madame. Ainsi, je pourrai poser désormais un visage sur le nom d’une personne souvent évoquée par Alain.
– Merci de votre accueil, Mademoiselle. Je reconnais bien là la parfaite éducation délivrée à Notre-Dame de l’Assomption.
– Vous êtes bien informée.
– Je m’en félicite.
– Qu’est-ce que tu veux ?
– Vous alliez peut-être dîner, Mademoiselle. Si je vous dérange, dites-le moi. Je reviendrai.
– Nous avons cinq minutes, Madame. Que voulez-vous ?
– Pourrais-je voir Monsieur Périssac en privé ?
– Sophie est au courant de la situation. Je n’ai rien à lui cacher. Je t’écoute.
– Je vous serais reconnaissante d’arrêter de me tutoyer, Monsieur.
– C’est quoi ce cirque ?
– À quoi vous sert cette comédie, Madame ?
– C’est à votre ami qu’il faut poser la question, Mademoiselle. Je ne l’ai jamais tutoyé. Je ne comprends pas pourquoi il se permet cette familiarité.
– Mais elle débloque complètement !
– ... J’en suis moins certaine que toi.
– Ah ! ben ! Ou c’est elle ou c’est moi ! Mais il y en a un des deux qu’il faut enfermer !
– Vous avez vu un avocat, n’est-ce pas, Madame Dauberton ?
– Exactement.
– Et il vous a exposé que votre dossier serait plus solide, s’il n’y avait jamais eu de rapports... privilégiés, dirons-nous, entre vous et Monsieur Périssac.
– Je ne vois pas de quels rapports vous parlez.
– Mais Barbara, ton attitude est stupide !
– Pas tant que ça, Alain. Tu ne faisais que changer d’étage. Devant un tribunal, tu n’auras aucune preuve. Ton argumentation sera impossible à développer.
– Mais nous sommes sortis ensemble ! On est allés au cinéma, au restaurant !... Il y a des serveurs qui s’en rappelleront !
– Je reconnais volontiers, Monsieur Périssac, que vous étiez un locataire très courtois. Mais si vous vous êtes fait des illusions sur la qualité de nos relations, je n’en suis pas responsable. En ce qui me concerne, vous étiez un bon voisin et rien de plus. On peut aller déjeuner avec un voisin, non ? Ce n’est pas interdit.
– Vous n’êtes jamais allés chez des gens ?
– Mais non ! Je t’ai dit comment ça se passait... Il n’y avait rien de formel entre nous. C’était toujours improvisé.
– Selon l’appétit du moment, tantôt une crêperie, tantôt un chinois...
– ... Je trouve ce que tu fais sordide.
– Je suppose que vous êtes ici pour négocier.
– Mon avocat appelle ça une transaction.
– Mais je n’ai pas à transiger ! Je n’ai rien à me reprocher !
– Je crois qu’il vaudrait mieux l’écouter, Alain.
– Vous devriez suivre le conseil de Mademoiselle Lebailleul. Les femmes sont plus subtiles dans ces affaires-là.
– J’ai envie de t’étrangler.
– Tu penses que ça simplifierait les choses ?
– En tout cas, ça me soulagerait.
– Que faisons-nous, Mademoiselle ? Je dis ce que j’ai à dire ou je m’enfuis en criant à l’assassin ?
– On vous écoute.
– J’ai fait passer un expert pour chiffrer la remise en état…
– Tu sais très bien que je n’ai rien détérioré !
– Elle le sait ! Bon ! Inutile d’épiloguer pendant des heures !... Quel est le montant des travaux ?
– C’est appréciable de discuter avec une personne raisonnable.
– Je vous en prie, n’en rajoutez pas !
– Je vous promets que j’ai fait au plus juste. La qualité sera peut-être un petit peu inférieure à celle...
– Accouche ! Combien ?!
– Vingt-sept mille huit cent trente-trois euros.
– Non mais tu es carrément folle à lier ! Tu ne crois pas que je vais t’aligner vingt-huit mille euros !
– Ah ! non !... Ça ne serait pas suffisant.
– Hein ?... Qu’est-ce que...
– Mais laisse-la parler !
– Oui. Sinon, on y est jusqu’à demain.
– Que demandez-vous d’autre ?
– La réparation de la cuisine... Sept mille sept cent quarante-six euros... Il faut pratiquement tout refaire... La perte de ce mois de loyer et le loyer des deux mois suivants... Les travaux vont durer deux mois... Ça fait : trois mille six cents... Et puis... une petite indemnité pour mon préjudice moral. Parce que je vous assure que quand vous découvrez un tel désastre, ça vous fait un choc... Je suis encore sous tranquillisant.
– Combien, le préjudice moral ?
– Mais enfin, Sophie, tu ne vas pas céder au chantage ? Qu’elle le fasse son procès, si elle veut ! Il n’y a pas un juge qui me condamnera !
– Mon avocat pense le contraire... J’ai noté pour vous une référence juridique... Un jugement de la cour de cassation de novembre 1987... Sauf preuve contraire, les locataires sont présumés avoir reçu les lieux en bon état, et être responsables de leur dégradation durant le bail... Or, votre bail court toujours. Votre préavis officiel de trois mois n’est pas encore achevé.
– Salope !
– Oh ! si vous m’insultez, je...
– Combien voulez-vous ?
– Mon avocat m’incite à exiger davantage mais... Compte tenu que Monsieur Périssac a toujours été un locataire ponctuel...
– Combien ?!
– Quarante-trois mille euros.
– Jamais ! Tu m’entends ? JA-MAIS ! »

*

« C’est incroyable, Sophie.
– Deux ans de procédure pour en arriver là.
– Oh ! mais ne t’inquiète pas. Rira bien qui rira le dernier !
– J’en ai assez de rire, Alain. Ça m’en fait mal au ventre ! Pour l’instant, en plus de tes multiples provisions d’avocat, avec tous les frais de justice et les intérêts de retard, ça va nous coûter cinquante-six mille euros et des brouettes !
– Pour l’instant, ça ne nous coûtera rien ! Pas un radis !
– Tu parles ! Encore une illusion.
– Mais ne démissionne pas, Sophie ! Si la vieille garce te voyait, elle serait folle de joie ! Nous diviser, c’est ce qu’elle cherche ! Elle nous a déjà empêchés de nous marier, cette sangsue !
– … Je suis écœurée... Quelle heure tu as ?
– Il devrait être là... Il me tarde de voir sa gueule !
– Je vais finir par croire que tu prends plaisir à te vautrer dans ces emmerdes ! Ça sonne ! Ce doit être lui. Tu veux que j’aille lui ouvrir ?
– Ah ! non, non ! J’ai trop hâte de me le farcir ! J’y vais.
– Reste zen, Alain ! Reste zen !

– Bonjour, Monsieur. Je suis Maître Golancourt, huissier de justice.
– Je vous connais.
– Ah bon ?... Ah ! oui ! Je me rappelle très bien ! Je n’ai pas la mémoire des noms mais j’ai celle des visages.
– Vous vous souvenez de moi ?
– Oh ! Monsieur... Quand on a visité un appartement comme le vôtre, on ne peut plus vous oublier.
– Je sens qu’aujourd’hui, vous allez encore vous régaler.
– Alaaaiiin...
– Bonjour, Madame.
– Je vous présente Mademoiselle Lebailleul... La personne qui m’héberge.
– Très heureux.
– Alors, allez-y, cher Maître... Amusez-vous !
– J’avoue que si tous les saisis étaient aussi cordiaux que vous, Monsieur Périssac, ma vie en serait transformée... Par quelle pièce puis-je commencer ?
– Que voulez-vous saisir exactement, Monsieur ?
– Sophie... Ne l’appelle pas « Monsieur », c’est « Maître » Golancourt.
– Laissez. Ça n’a pas d’importance... Je dois saisir les biens de Monsieur Périssac à hauteur de... Cinquante-six mille deux cent soixante-dix euros... Somme qu’il a été condamné à payer par arrêt de la cour d’appel de...
– Monsieur Périssac et moi connaissons le dossier.
– Alors, vous savez tout, chère Mademoiselle... Monsieur Périssac Alain n’ayant pas donné suite au commandement de payer qui lui a été délivré, je suis ici pour rédiger un procès-verbal de saisie.
– Mais aucun des meubles que vous voyez ici n’appartient à Monsieur Périssac !
– Cependant, Mademoiselle, c’est ici son domicile...
– J’y suis invité ! Je ne suis pas propriétaire des meubles... Tenez. Voilà une attestation notariée... Cet appartement est la propriété de Mademoiselle... Et ça, ce sont ses factures de gaz et de téléphone, prouvant qu’elle réside à cette adresse.
– Je loge Monsieur Périssac mais il n’a rien à lui.
– Comme ce doit être désolant.
– Je ne m’en plains pas ! C’est un retour à une vie simple. Ça a son charme.
– Je suppose inutile de jeter un coup d’œil, euh... ? Je ne trouverai pas d’objets qui vous soient spécifiquement destinés ?
– Si. Mes vêtements et des accessoires de toilette.
– Ils ne sont pas saisissables.
– Je sais. Et je le regrette pour vous.
– N’en faites rien. Tout le plaisir est pour moi.
– Oh, quand même ! Aller à la chasse et revenir bredouille, ce n’est jamais agréable.
– On se sent plus léger.
– Je suis enchantée de voir que vous avez de l’humour.
– Ah ! Mademoiselle ! Ça sauve des pires situations.
– Pour ma part, je suis navré que ça vous rapporte si peu.
– Il ne faut jamais se résigner, Monsieur Périssac... Je pense que son avocat conseillera à Madame Dauberton de faire une saisie-arrêt sur vos salaires.
– Hélas ! Je ne suis plus salarié.
– Baaah... Chômage ?
– Non. Aspiration au dilettantisme. Il y a un an, j’ai décidé de prendre du recul.
– Comme je vous envie... Ce n’est pas trop difficile ?
– C’est divin.
– Je ne me rends pas très bien compte... Comment faites-vous pour vivre sans travailler ?
– Ah ! Mais je travaille ! Mais bénévolement. Quand le cœur m’en dit.
– Il est gérant minoritaire de ma société. Fiscalement et socialement, il n’a pas à être rémunéré.
– C’est génial !
– Vous trouvez ?... Mademoiselle Lebailleul aussi me trouve génial ! Moi, je ne sais pas...
– Il y a peut-être un petit défaut... Votre voiture, euh... ?
– J’en suis la propriétaire.
– Je l’aurais juré ! Pas de compte en banque ?
– Pouah ! Quelle horreur !
– Que deviendriez-vous sans Mademoiselle Lebailleul ?
– Oh ! Ne dites pas ça !... Je n’ose pas y penser.
– Vous lui devez tout.
– Ah, ah, ah ! Et même plus !
– Vous savez la question que je me pose ?
– Noooon…
– Moi, j’ai l’habitude qu’on me prenne pour un imbécile... Mais... Est-ce que Madame Dauberton se fera à cette idée ? »

*

« Allô !... Ah ! Je vous entends mieux !... Oui... Ah bon ?... De toute façon, elle n’a aucune preuve... Oui... Vous croyez ?... Oh ! merde !... Et combien ça peut coûter ?…
– Dis donc, Alain, tu peux ?... Oh ! Excuse-moi.
– D’accord... D’accord... Au revoir, Maître.
– Qu’est-ce qui t’arrive ? Une mauvaise nouvelle ?
– Tu veux t’asseoir, je te prie ?
– Me laisse pas mariner ! Qu’est-ce qui se passe ?
– C’était Maître Pierroton... L’avocat de Barbara l’a avisé qu’il portait plainte pour organisation frauduleuse d’insolvabilité.
– Elle ne peut rien prouver.
– Il paraît que si. Elle a obtenu, je ne sais pas comment, un double de ma facture de déménagement avec la liste détaillée de mes meubles.
– Ah ! bravo ! Je croyais qu’on avait gagné la bataille et la guerre ! Que tout était plié ! Et ça recommence ! Il faut s’attendre à quoi ?
– ... Elle a... Elle a fait poser les scellés sur ton appartement, ce matin.
– Mais je n’y suis pour rien, moi, dans votre massacre ! Je commence à en avoir ras le bol de cette existence ! Ce n’est plus vivable !
– Ne te fâche pas. On peut lever les scellés dans la soirée. L’huissier dressera un inventaire, et ils feront un recoupement avec la facture de mes déménageurs.
– C’est encore heureux que je puisse dormir chez moi ce soir !
– Garde ton sang-froid, Sophie. Je suis aussi ennuyé que toi. Ce n’est pas en se disputant qu’on trouvera une solution.
– Ah ! Parce que tu crois qu’il y en a une ?
– Je ne sais pas. Il faut chercher... Pierroton dit que les meubles et la facture constituent un commencement de preuve... À mon avis, si ce n’est qu’un commencement, ça ne pèsera pas très lourd devant un tribunal.
– Ne me dis pas qu’il va encore y avoir un procès !
– Ben si... L’organisation frauduleuse d’insolvabilité, c’est un délit pénal.
– Ah, chapeau ! Et qu’est-ce que tu risques ?
– Mais il ne faut pas voir ça comme ça. Tout se plaide.
– Oh ! Je sais ! J’ai vu !... Tu m’excuseras, si je suis devenue pessimiste, mais j’ai des circonstances atténuantes !

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