Terra-Luna
147 pages
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Terra-Luna , livre ebook

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Description

Fantasy - Tout public - 300 pages


Depuis la nuit des temps, un continent brille de mille feux, pourtant caché aux yeux de tous. Peuplé de magiciens, divisé en sept contrées et gouverné avec sagesse, il y fait bon vivre.


Hélas, une mouvance rebelle, déterminée à étendre sa suprématie, projette de détruire le bouclier qui, par son pouvoir, maintient ce monde invisible. Pour cela, tous les gardiens du bouclier doivent être assassinés. Décidée à déjouer ce funeste plan, l’Ancienne de la contrée du Sud jette un sort d’oubli à Lyïs et lui offre une nouvelle vie à Paris.


Durant deux années, la jeune femme exerce son art de tatoueuse sans connaître sa véritable nature de magicienne. Malheureusement, sa notoriété grandissante alerte ses ennemis. Deux sentinelles sont alors envoyées auprès d’elle pour la protéger et l’escorter jusqu’à Terra-Luna dans un parcours semé d’embûches.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 114
EAN13 9782379611926
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Terra-Luna – 1 – La gardienne du bouclier

Eva Justine
Eva Justine


Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-192-6
Illustration de couverture : Baptiste Colin
Alors que le chaos règne sur Terre, laissez la magie vous éclabousser.
Prologue

Alors que le monde scientifique croit la Terre formée de six continents, un septième existe pourtant depuis la nuit des temps. Composée de sept vastes contrées, Terra-Luna est dissimulée aux yeux de tous par un bouclier d’invisibilité, afin de la protéger de la folie humaine. Chaque contrée a en son sein une Ancienne qui veille à la sécurité des magiciens et à la prospérité de la terre sacrée. Toutes sont assistées d’enchanteurs aux talents et pouvoirs divers. On y naît selon les lois de mère nature et du maître des éléments. Les destins sont inscrits dans les gènes. Les pouvoirs magiques sont transmis par parenté ou offerts. Toutes les âmes cohabitent en bonne harmonie, honorant ainsi les rites ancestraux et les cycles de la lune. Ces êtres magiques veillent au respect des traditions et chérissent la nature, garante de leur équilibre et de leur richesse. À chaque naissance, l’Ancienne transmet l’un des sept pouvoirs majeurs : métamorphose, manipulation mentale, prédiction, pyrokinésie, dématérialisation, contrôle de la pensée ou régénération cellulaire. Certains élus prédestinés à de hautes fonctions naissent avec des dons rares et très puissants.
Les magiciens ne tentent pas de dominer le monde ni d’étendre leur supériorité hors de Terra-Luna puisque, jour après jour, les humains courent inéluctablement à leur perte en oubliant toute notion de bien et de mal. Ils assistent à leur lente agonie, tout en regrettant souvent qu’il faille des guerres ou des épidémies pour prendre conscience de la beauté et de la valeur de la vie.
1

Et si le temps n’était qu’une perception de la réalité parmi d’autres ?

Tapis dans l’ombre d’une ruelle, deux rebelles épiaient la fenêtre de l’immeuble derrière laquelle se tenait la silhouette de Borg. Malgré la distance, ils savaient avec certitude que celui qu’ils traquaient depuis des mois était à leur portée. En s’éloignant de la protection magique de sa terre ancestrale, le gardien du bouclier du 7 e continent s’était placé en position de faiblesse. Ignorant le froid mordant de l’hiver, ils attendirent patiemment que toutes les lumières de l’immeuble s’éteignent pour passer à l’action. Dans quelques instants, leur persévérance serait enfin récompensée. Ils exécuteraient la basse besogne pour laquelle ils s’étaient mis en chasse. Ni l’odeur nauséabonde dégagée par des relents d’urine ni le rat se faufilant subitement entre leurs pieds ne détournèrent leur attention. Sourds aux miaulements rageurs d’un chat et aux couinements de sa proie agonisante, la main fermée sur le manche de leurs couteaux, les deux hommes s’apprêtaient à tuer celui qui entravait les plans de la mouvance rebelle. Avec la disparition de Borg, un coup décisif serait porté aux magiciens qui se complaisaient à vivre cachés des humains. Une fois leur mission accomplie, l’Ancienne serait obligée d’entendre enfin leurs revendications. Lorsque le clocher de l’église fit entendre douze coups qui bourdonnèrent dans l’épais silence, tous deux se transformèrent aussitôt en un ruban de fumée noire, puis ondulèrent paresseusement jusqu’à la fenêtre de l’appartement désormais plongé dans l’obscurité. Lentement, ils s’insinuèrent à travers les volets de la grille d’aération, puis reprirent forme humaine une fois dans la chambre. L’attaque fatale fut brève. Une lame d’acier trancha la gorge et une autre s’enfonça si profondément dans le cœur du magicien endormi qu’il mourut instantanément. Sitôt leur crime accompli, ils se transformèrent à nouveau, puis gagnèrent leur quartier général. Identifiés à la fois par une caméra de surveillance et un scanner rétinien, la porte métallique qui en barrait l’entrée s’ouvrit sur un long couloir desservant plusieurs pièces dans lesquelles d’autres rebelles s’activaient. Lorsqu’ils pénétrèrent dans le bureau de leur supérieur, tous deux espéraient en ressortir avec des félicitations, et peut-être même le nom d’une nouvelle cible à abattre. Satisfait qu’ils aient exécuté leur basse besogne avec détermination, leur chef les complimenta.
— Le commandeur Rénael sera informé de la pleine réussite de votre mission, leur dit-il. En attendant la prochaine, rejoignez immédiatement le service de sécurité de Livia.
Contrariés de partir auprès de celle que tous surnommaient la démone, ils dissimulèrent néanmoins leur déception sous un masque imperturbable.
Dommage que l’hypnose ne les rende opérationnels qu’une fois , regretta leur supérieur en les regardant sortir du bureau.
Une interdiction commune à tout magicien de tuer l’un des leurs ne pouvait être annihilée de leur esprit que momentanément par ce seul moyen. Les deux rebelles ne le savaient pas encore, mais ils étaient désormais dépourvus de leurs pouvoirs magiques. Bientôt, Livia les utiliserait comme cobayes lors d’une expérience. Le chef gagna en toute hâte le bureau du commandeur situé à l’étage, prêt à recevoir sa part de félicitations. Aujourd’hui, leur cause avait fait un grand pas en avant. La supériorité de l’Ancienne venait de faiblir.
— Enfin ! s’exclama Rénael quand il apprit la nouvelle. Notre objectif est atteint. Tous ces mois de patience n’auront pas été inutiles. Où était-il ?
— Dans un immeuble miteux parisien.
— Comment avez-vous su qu’il était là ?
— Le gardien Borg était un amateur d’art contemporain. Une exposition étant annoncée ce week-end, nous avions bon espoir de le voir y assister.
— Avait-il des documents sur lui ?
— Non, commandeur. Visiblement, il n’était pas en mission.
— Poursuivez quand même la surveillance de l’immeuble. Nous devons savoir si cet endroit sert ponctuellement ou régulièrement de point de ralliement. L’Ancienne ne fait jamais rien au hasard.
— À vos ordres, commandeur !
Sans aucun état d’âme, Rénael plaça ensuite le fichier Borg dans le dossier des affaires classées, puis activa un code secret afin de contacter l’un de ceux qui conspiraient dans l’ombre. Après avoir avisé Rakel – sœur de Livia et magicienne de haute fonction – de la totale réussite de l’expédition nocturne, il l’assura de tout mettre en œuvre désormais pour que Méloé et Lyïs, les deux dernières gardiennes du bouclier, soient éliminées.

Au centre magique, c’était la consternation. Réunis lors d’une assemblée extraordinaire, l’Ancienne et les magiciens supérieurs débattaient de l’attaque mortelle portée envers l’un des leurs. À l’instant où Borg avait expiré son dernier souffle, le bouclier, sous lequel le 7 e continent était placé, avait perdu de son énergie protectrice, et cet affaiblissement les rendait extrêmement nerveux. Dans la salle du conseil supérieur, tous tentaient de comprendre pour quelle raison l’on complotait dans l’ombre afin de les déstabiliser ou, pire, révéler leur existence. Depuis la mort d’un premier gardien du bouclier dans d’étranges conditions, tous étaient convaincus que ce second décès ne pouvait être dû au hasard. Dorénavant, il ne restait donc que Méloé et Lyïs pour maintenir la force magique les rendant invisibles aux yeux du monde.
— Nous savons que bon nombre des nôtres subissent des pressions ou des intimidations, dès qu’ils voyagent hors de chez nous. Ne nous voilons pas la face, nous connaissons notre ennemi, asséna l’une des magiciennes avec virulence.
Le nom de Livia fut instantanément sur toutes les lèvres. Les regards se tournèrent instinctivement vers le magicien Bartolon, puisque Livia avait définitivement quitté Terra-Luna après leur rupture amoureuse. Les yeux fixés sur l’Ancienne, le dos droit, celui-ci supportait avec indifférence leur curiosité. Même si l’assemblée la jugeait capable d’être à la tête de la mouvance rebelle, lui n’y croyait pas. Pas plus qu’à ses prétendues pratiques de magie noire.
— Allons ! Soyez raisonnables. Une séparation n’est pas un motif suffisant pour déclencher des guerres, lança une autre magicienne.
— Pourtant, les récents assassinats prouvent à quel point le danger est réel. Nos ennemis n’hésitent plus à tuer les nôtres. Nous devons absolument préserver Méloé et Lyïs, jusqu’à ce que de nouveaux gardiens du bouclier soient en mesure de les remplacer.
— Sont-elles vraiment en sécurité sur notre terre sacrée, puisque l’un d’eux s’est éteint ici même ? s’inquiéta une autre.
L’heure était grave. S’il fallait à tout prix découvrir quelle âme malfaisante conspirait contre Terra-Luna, il était encore plus urgent de garantir la sécurité des deux femmes.
— Nous connaissons l’existence de terres reculées où même les humains ne pénètrent jamais. Peut-être devrions-nous envoyer Lyïs sur l’une d’elles, suggéra une énième intervenante.
L’Ancienne écoutait et réfléchissait tout en tapotant nerveusement de ses doigts les bras de son fauteuil. Quand elle se leva, le silence se fit aussitôt.
— Méloé demeurera ici. Sa santé ne lui permet plus de quitter Terra-Luna. Son énergie est moins vive depuis qu’elle a dépassé les deux cents années lunaires. Quant à Lyïs, elle sera cachée sur un autre continent et y restera jusqu’à ce que tout danger soit écarté. Seuls ses parents et moi connaîtrons le lieu de sa retraite.
Des murmures coururent dans les rangs. Était-il sage de l’éloigner ? Les avis étaient partagés, mais personne n’osait contester la décision de la dirigeante suprême. Dans l’assistance, les parents pâlirent. Tous deux prenaient conscience que leur fille allait les quitter et qu’ils ne la reverraient peut-être plus avant longtemps. D’un simple mouvement de la main droite, l’Ancienne leva la séance, puis fit signe aux parents de Lyïs de rester dans la salle. Elle les rejoignit peu après avec une expression de sincère regret sur le visage.
— C’est pour son bien. Vous le comprenez, n’est-ce pas ?
Nyssa opina à ces paroles, sans pouvoir toutefois masquer son angoisse. Sa fille était jeune. Dix-huit années lunaires seulement. De plus, elle n’avait jamais quitté Terra-Luna. Afin d’insuffler un peu de courage à son épouse, Bartolon la serra dans ses bras.
— Les rebelles étendent leur emprise. Ils perturbent déjà régulièrement des rassemblements ou des cérémonies rituelles sur d’autres continents. Le meurtre de Borg m’oblige à précipiter son départ. Il faut absolument la protéger en appliquant des mesures radicales, appuya-t-elle avec force. La menace est sérieuse. S’il lui arrivait malheur, ce serait non seulement une terrible perte pour vous, mais une catastrophe pour notre peuple. Plus nous agirons rapidement, moins nos ennemis auront la capacité de déjouer nos plans. Pour sa sécurité et la nôtre, je vais jeter au plus tôt un sort à Lyïs, afin qu’elle ne puisse plus communiquer avec quiconque et oublie même qui elle est.
— Où allez-vous l’envoyer ? questionna Nyssa.
— En France, où elle sera placée sous haute surveillance.
— Mais… n’est-ce pas dangereux ? s’écria Nyssa. Borg était à Paris quand…
— Fais-moi confiance. S’ils suivent ta logique, c’est le dernier endroit où ils la chercheront. Je vous transmettrai bientôt son adresse.
Elle prit les mains de Nyssa dans les siennes et regarda Bartolon.
— Je m’occuperai personnellement de protéger l’immeuble dans lequel elle habitera.
Ces quelques mots suffirent à les rassurer. Nul n’avait plus grand pouvoir qu’une Ancienne détenant par héritage les dons de celles qui l’avaient précédée dans les mêmes hautes fonctions.
— Quand doit-elle partir ? demanda Bartolon.
— Demain matin. Je le répète, il faut agir vite. Tant que nous n’aurons pas démasqué les comploteurs, elle ne sera pas en sécurité. Vous ne voudriez pas qu’elle reste enfermée jour et nuit au centre, n’est-ce pas ?
— Non, bien sûr que non, murmura le père de Lyïs.
— Je souffre de savoir que même ici, plus personne n’est à l’abri du mal, murmura l’Ancienne dans un soupir. Aux ultimes reflets de lune, je lui jetterai le sortilège d’oubli. Prenez le temps de faire vos adieux. Vivez vos derniers instants avec elle dans la joie, c’est le meilleur conseil que je puisse vous donner, leur dit-elle avec bienveillance.
— Notre fille adore son chat. Veilleur peut-il l’accompagner ? Ainsi, quelque chose la raccrocherait un peu à nous.
— Bien sûr. Même si elle ne le reconnaîtra plus, il saura l’apaiser. Allons dans mon bureau et organisons au mieux son exil, afin qu’elle soit heureuse le temps de votre séparation, leur proposa-t-elle gentiment.
2

Alors que le vieux monde évoluait entre guerres et conquêtes, un peuple différent se donnait la main pour faire du 7 e continent un paradis. Hélas pour les humains, ce paradis demeurerait à jamais une utopie

La musique résonnait bien au-delà des murs de la Lune rousse, lieu festif où se réunissaient les magiciens âgés d’au moins dix-huit années lunaires. La bâtisse de deux étages, aussi vaste qu’un stade de football, construite au bord d’une plage pour en faciliter son accès par mer, terre ou air, était suffisamment éloignée des habitations à cause du bruit perpétuel qu’elle générait. Au rez-de-chaussée, une piste de danse, de nombreux jeux vidéo et divers simulateurs de conduite sur plateforme fixe ou dynamique faisaient un vacarme incessant, tandis qu’au premier étage, l’ambiance était tout autre. Grâce à un puissant sortilège, les clients pouvaient discuter ou flirter tranquillement dans des alcôves en forme de bulles géantes, sans être dérangés par le bruit. Lorsqu’on pénétrait pour la première fois à l’intérieur de la Lune rousse, on avait la surprenante impression de marcher à l’envers, puisque le sol était peint d’une couleur bleu ciel parsemé de nuages blancs, tandis que les plafonds ressemblaient à une pelouse. Ce soir-là, perchée sur ses talons hauts et moulée dans sa courte jupe fluo, Alix se sentait d’humeur festive.
— Hey ! lança-t-elle à un barman. As-tu vu Abraham ou Louan ?
— Abraham est par là, dit-il. (Il désigna du menton un coin de la piste.) Et Louan est en haut.
— Sers-moi un jus coco-vanille, s’il te plaît.
Elle chercha aussitôt des yeux Abraham puis, verre en main, se faufila parmi le flot des danseurs pour le rejoindre. Les rires fusaient. La fête battait son plein. En ce début de soirée, les déhanchés suivaient un rythme musical plutôt entraînant. Même si l’objet de ses désirs dansait d’une façon lascive à quelques pas d’elle, Alix se plaqua d’autorité contre son dos.
— Hey, ma jolie ! Je me demandais justement si tu allais finir par arriver, lança-t-il sans même se retourner pour vérifier qui se frottait à lui.
Enfermé entre les deux corps féminins, le jeune homme semblait être au paradis.
— Mouais, dit-elle d’un ton sceptique, pas dupe une seule seconde de son mensonge. J’aime danser à trois, mais ce soir, j’ai envie de t’avoir pour moi toute seule, susurra-t-elle d’une voix alanguie dans le creux de son oreille.
Abraham reçut le message cinq sur cinq. Il avait enfin sa chance avec elle. Pour ne pas la laisser passer, il lui fit discrètement signe de monter, puis s’adressa à son autre cavalière :
— Elspeth, mon petit cœur, c’était cool de...
— Oh, ça va, j’ai compris, le coupa-t-elle. Avec Alix, c’est toujours la même chose. Il faut qu’elle casse l’ambiance et chauffe tous les mecs. File la retrouver, mais surtout, ne viens pas te plaindre dès qu’elle t’aura laissé tomber.
Fâchée, elle le planta là sans ajouter un mot. Abraham savait qu’elle ne resterait pas seule très longtemps et qu’elle boudait pour la forme, aussi, après avoir vérifié qu’Alix l’attendait en haut des marches, il quitta la piste sans regret.
— Voilà, je suis tout à toi, ma jolie.
Il entoura ses épaules d’un bras, puis la guida vers une alcôve libre. Malgré la semi-obscurité, ils reconnurent non loin d’eux leur ami Louan avec sa dernière conquête du moment. Alix ressentit une désagréable pointe de jalousie piquer son cœur, elle s’empressa donc de détourner le regard. Sentinelle encore en phase d’apprentissage, elle espérait profiter de sa nouvelle fonction pour approcher celui qui lui résistait. À défaut de Louan, ce soir, elle se frotterait à la sentinelle à la peau sombre et aux yeux chocolat. Sitôt assise près d’Abraham, elle fit apparaître d’un simple geste de la main un voile bleu lumineux pour les cacher aux yeux de tous, puis l’embrassa à pleine bouche, éveillant ainsi une vague de désir primaire entre eux.
Beaucoup plus tard, ils retrouvèrent Louan au bar. Ravie, Alix passa aussitôt en mode séduction, puisque l’irrésistible et inaccessible Louan était seul. Après avoir passé commande à un hologramme serveur, les trois amis discutèrent de leur prochaine formation.
— J’ai hâte de participer au stage de combat au corps à corps, dit-elle à Louan. Ça va être cool de t’avoir comme instructeur. Grâce à toi, je saurai enfin comment mettre un homme à genoux.
— Tu n’as pas besoin de ça, certifia Abraham, ses lèvres posées sur l’arrondi féminin de l’épaule d’Alix.
— Attention ! la prévint Louan. Avec moi, tu devras sérieusement bosser tes attaques et tes parades. Je ne ferai aucun favoritisme, car plus tard, ça pourrait te sauver la vie.
En attendant, je vais en profiter pour t’allonger enfin sous moi , pensa-t-elle.
Loin d’imaginer qu’elle fantasmait sur lui, Louan ne remarqua pas son regard gourmand. Il vida son verre, les salua, puis leur souhaita une bonne fin de soirée. Alix le regarda s’en aller avec une pointe de déception.
— Je me demande quel est son genre de filles.
Abraham répondit sur le ton de la confidence.
— Il prétend que seule une fille aux yeux mauves emportera un jour son cœur.
— C’est plutôt rare, ça.
— Justement, ça lui permet d’éloigner celles qui ne les ont pas. De toute façon, Lou aime choisir ses partenaires, donc ça ne sert à rien de le draguer.
Contrariée qu’Abraham ne soit même pas un peu jaloux, Alix décida également de partir. Sur un dernier salut et une promesse de le revoir le lendemain au centre d’entraînement, elle sortit sans un regard en arrière. Abraham admira un instant le balancement de ses hanches, puis sauta de son tabouret pour regagner la piste de danse. La nuit ne faisait que commencer, alors il comptait bien en profiter en trouvant une autre compagne peu farouche.

Lyïs aussi avait passé la soirée avec des amies à la Lune rousse, mais comme l’endroit était vaste, elle n’avait croisé aucun de ces trois-là. Après avoir longuement dansé avec ses copines et flirté avec un beau brun au sourire ravageur, elle était rentrée chez elle à l’heure où les étoiles pâlissent. Surprise de voir ses parents encore debout, elle leur demanda si tout allait bien. Comment aurait-elle pu se douter qu’ils s’étaient remémoré toute la soirée les moments heureux de son enfance ? Elle leur souhaita bonne nuit, le cœur léger, et les embrassa sans imaginer une seconde ne plus les revoir à son réveil. Inconsciente d’être devenue si précieuse pour le clan, Lyïs n’entendit ni l’Ancienne entrer dans sa chambre, ni sa mère pleurer doucement, ni la chaleur des bras de son père lorsqu’il la transporta hors de chez eux.
3

Lorsque le monde s’assoupit, il reste suspendu un instant

Lyïs croyait encore rêver lorsqu’elle se réveilla dans un parc. Ne reconnaissant rien du décor, elle se demanda où elle était. Après avoir vainement scruté les alentours à la recherche d’un indice susceptible de l’aider, son cœur s’emballa devant l’évidence : elle se souvenait uniquement de son nom. Pour le reste, c’était le trou noir. Son estomac se noua. Que faisait-elle ici ? Boum, boum, boum . Les battements de son cœur s’accélérèrent. Devait-elle attendre quelqu’un ? Si oui, combien de temps ? Ne sachant que faire, l’esprit engourdi, elle observa le parc recouvert d’une fine couche de neige encore plongé dans une semi-obscurité à cette heure matinale. Sur le petit chemin serpentant devant elle, aucune empreinte de pas n’était visible. Seuls les chants mélodieux de rouges-gorges sautillant de branche en branche ou des bruits étouffés de circulation animaient la scène. Un chat noir assis sur le banc en face du sien l’observait placidement.
J’ai dû me cogner la tête , supposa-t-elle, cherchant machinalement une bosse dans ses cheveux. Surprise de découvrir des dessins géométriques tatoués sur ses doigts, elle les fixa un instant, puis essaya une nouvelle fois de trouver une explication logique à sa présence dans ce parc. Hélas, la sensation d’avoir l’esprit embrumé ne l’aidait pas à réfléchir sereinement. À ses côtés, un sac de voyage attisa sa curiosité. Lui appartenait-il ? Peut-être aurait-elle un début de réponse grâce à son contenu, alors elle l’inspecta. Un blouson, du linge, des papiers d’identité à son nom, plusieurs liasses de billets, une enveloppe cachetée, une clé accrochée à un porte-clés en forme de lune et un plan de la ville de Paris. Incontestablement, tout ceci lui appartenait. Elle déchira l’enveloppe dans laquelle des documents étaient pliés. Sa bouche forma un O de surprise en se découvrant gérante d’un salon de tatouage.
— Hey, salut toi ! dit-elle au chat qui venait de sauter sur ses genoux.
Ses caresses sur le haut de son crâne déclenchèrent aussitôt une multitude de ronronnements de plaisir.
— Alors, comme ça, tu t’appelles Veilleur ! lut-elle sur la médaille attachée à son collier.
Il frotta ses babines contre ses doigts.
— Comme j’aimerais savoir ce que je fais là, lui révéla-t-elle.
Au fur et à mesure que le jour se levait, les lumières aux fenêtres des immeubles environnants s’éteignaient, comme autant de petites flammes de bougies soufflées. Derrière les rideaux légèrement écartés, les Parisiens contemplaient avec ravissement le paysage enneigé, parce qu’aussi longtemps que le monde serait monde, la beauté hivernale émerveillerait les yeux et réchaufferait les âmes.
— J’ai une clé et l’adresse d’un salon de tatouage. Peut-être aurai-je des réponses en y allant. Crois-tu que quelqu’un me connaisse, là-bas ?
Veilleur émit un léger miaulement. Bien décidée à savoir pourquoi elle était là, elle le posa à terre, puis se leva.
— Bonne journée ! Surtout, fais bien attention à ne pas te faire écraser, lui recommanda-t-elle.
Dès qu’elle quitta le banc, la morsure du froid piqua sa peau. Brrr… Elle enfila le blouson pour s’en protéger.
Pourquoi ne l’avait-elle pas ressentie jusqu’à présent ? Perplexe, elle appuya une main sur le banc. Une douce chaleur se répandit aussitôt sous ses doigts.
Tout ceci est très étrange , songea-t-elle.
Ses souvenirs reviendraient peut-être quand elle pousserait la porte du salon ; alors, plan du quartier en main, elle sortit du parc. Après quelques minutes de marche, ses pas la menèrent dans une rue bordée de boutiques. Autour d’elle, la ville s’éveillait. Là, un épicier empilait des cagettes de fruits et de légumes, ici, un fleuriste agençait sa vitrine. Un peu plus loin, un marchand d’antiquités balayait le devant de sa porte, tandis qu’un autre déneigeait consciencieusement le trottoir pour éviter aux passants de tomber.
— Attention ! cria tout à coup une voix.
Lyïs s’écarta vivement pour ne pas être renversée par un cycliste qui fonçait sans se préoccuper des piétons. Elle sursauta de frayeur quand il freina abruptement sur la chaussée glissante pour ne pas percuter une poussette.
Quel idiot ! pensa-t-elle.
Une fois arrivée à l’adresse notée sur son document, elle leva les yeux sur l’enseigne : « L’encre de Luna ».
Elle ignora les photos des modèles tatoués exposées dans la vitrine pour examiner avec curiosité l’intérieur du salon plongé dans le noir. Déçue, elle souffla néanmoins imperceptiblement de soulagement lorsque sa clé s’inséra sans difficulté dans la serrure. Elle alluma et, ne sachant que faire d’autre, déambula dans la salle. Sa main caressa le cuir de l’unique fauteuil, son regard survola les meubles de rangement avec des classeurs soigneusement agencés et les photos aux murs. Elle inspecta ensuite le contenu d’une plus petite pièce située dans le fond, encombrée de cartons et d’un canapé défraîchi.
Impossible que je vive là . Alors… où  ?
Déçue de ne rien reconnaître, elle termina sa visite par les toilettes. Dans le miroir accroché au-dessus du lavabo, elle découvrit une jeune femme plutôt jolie. Sa main glissa sur la mèche mauve qui tombait sur le côté de son visage, puis suivit du doigt les étoiles tatouées sur sa tempe.
Qui es-tu, Lyïs Oliva ?
La sonnerie du téléphone la fit sursauter. Elle se hâta de revenir vers l’accueil. Peut-être l’apprendrait-elle grâce à cet appel.
— Allô !
— Bonjour, mademoiselle Oliva. Ici, mademoiselle Leleu de l’agence de location. Nous avons un appartement libre qui correspond exactement à ce que vous recherchez. Êtes-vous toujours intéressée ?
— Bien sûr, dit-elle sans hésiter.
Même si elle n’avait aucun souvenir d’avoir fait une telle demande, cette proposition tombait à pic. Cela lui éviterait de dormir cette nuit sur le vieux canapé.
— Seriez-vous disponible tout de suite ? M. Hégarius, l’un de nos agents, se trouve à deux pas de votre salon. Il pourrait vous rejoindre sur place pour vous le faire visiter.
— Ce serait parfait.
— Je vais l’avertir de votre venue. Avez-vous de quoi noter l’adresse ?
Lyïs attrapa un morceau de papier et un stylo sur le comptoir.
— Allez-y ! Je vous écoute.
Après avoir raccroché, elle déplora de ne pas se souvenir du nom de la rue, pourtant toute proche. Dieu que c’était énervant de ne rien savoir sur rien. Après l’avoir située sur son plan, elle sortit de son salon et tourna à droite, sans imaginer un seul instant faire exactement ce que l’on attendait d’elle.
Afin que Lyïs se fonde dans la population, l’Ancienne avait acheté un salon de tatouage pour lui permettre de s’épanouir dans le monde artistique, jusqu’à son retour sur Terra-Luna. Comment la jeune gardienne du bouclier aurait-elle pu imaginer que l’immeuble vers lequel elle marchait, tout comme la banque et l’agence de location du quartier appartenaient aux magiciens ? L’appartement qu’elle s’apprêtait à visiter leur servait généralement de pied-à-terre lors de leurs séjours dans la capitale.
À l’adresse indiquée, elle s’arrêta pour examiner le bâtiment cossu.
— Bonjour, mademoiselle. Je me présente, je suis M. Hégarius, de l’agence Immo 75. Seriez-vous par hasard mademoiselle Oliva, avec qui j’ai rendez-vous ?
— Oui, c’est bien moi.
Il se tourna vers un jeune Black resté légèrement en retrait.
— Voici M. Sarda. Puisque vous êtes intéressés par des appartements situés l’un en face de l’autre, je vais en profiter pour combiner les deux visites. Rentrons vite nous mettre à l’abri du vent glacial, proposa-t-il aimablement, sinon nous finirons par geler sur place.
Pendant qu’ils gagnaient le quatrième étage, l’agent leur vanta les avantages de vivre dans ce quartier où l’on était encore à l’abri des bruits et nuisances du Paris by night , puis leur conseilla de lui donner rapidement une réponse, parce que plusieurs personnes étaient intéressées.
— Aussitôt libre, aussitôt loué, termina-t-il dans un refrain sans doute maintes fois répété.
Lyïs ne savait pas s’il disait vrai et, pour être honnête, s’en fichait. Tout ce qu’elle attendait du logement, c’était qu’il soit chauffé et peu cher. L’immeuble était ancien, mais bien entretenu. Le sol était propre, les peintures avaient visiblement été refaites récemment et les carreaux des fenêtres laissaient passer la lumière. Tout cela donnait une première impression favorable. Parvenu au quatrième, l’agent remit un jeu de clés au jeune homme.
— Je vous laisse tranquillement visiter pendant que je m’occupe de mademoiselle Oliva. Je viendrai vous voir ensuite.
Sans imaginer une seule seconde que l’appartement avait été saturé d’ondes bienfaisantes par l’Ancienne, Lyïs ressentit instantanément un agréable sentiment d’apaisement dès qu’elle y posa un pied. Simplement meublé d’un canapé et de deux fauteuils assortis, d’une bibliothèque et d’une petite table sur laquelle trônait une plante verte, elle le trouva charmant. Soulagée que tout soit à son goût, elle apprécia l’équipement de la kitchenette, puis admira un instant la vue parisienne sur une photo accrochée au mur, avant de terminer sa visite par la chambre et la salle d’eau attenante.
— Cela vous convient-il ? Simple et fonctionnel, n’est-ce pas ? lui dit-il.
— C’est parfait. À combien s’élève le loyer ?
— Dans les prix que vous aviez indiqués lors de votre venue à l’agence, la rassura-t-il. Tout est noté dans le contrat locatif.
Une fois encore, Lyïs ne se souvenait de rien, mais espéra avoir été vigilante.
— Je vous laisse un instant, le temps d’aller demander à M. Sarda si le sien lui convient également.
Quelques minutes plus tard, M. Hégarius les quitta sur le palier en leur rappelant de ne pas oublier de passer à l’agence pour signer leur bail au plus tôt et leur conseilla de s’adresser à la gardienne s’ils rencontraient le moindre problème. Après son départ, son nouveau voisin se présenta.
— Je m’appelle Gustave, mais appelle-moi Gus. Je suis super content d’avoir trouvé cet appart à seulement dix minutes de mon travail, ça m’évitera de perdre du temps dans les transports en commun.
Comme il attendait visiblement qu’elle se présente à son tour, Lyïs n’eut d’autre choix que de lui serrer la main.
— Lyïs Oliva. Je possède un salon de tatouage au bout de la rue. Je viens d’arriver à Paris, alors je suis contente d’avoir si vite trouvé un toit, car, pour tout te dire, je ne savais même pas où dormir ce soir.
Gus fut surpris qu’elle ait une chance aussi incroyable.
— Tu devrais jouer au loto.
Elle ne savait pas de quoi il parlait, aussi se contenta-t-elle de sourire.
— Si on mangeait une pizza pour apprendre à mieux se connaître ?
Lyïs n’avait aucune idée de ce que c’était, mais accepta. Après tout, elle devait se nourrir et, puisque son frigo était vide, cette suggestion tombait à pic.
— Tu me fais visiter ton chez-toi, histoire de comparer nos appartements ? proposa-t-il. Ensuite, j’irai chercher mes cartons dans mon ancien logement et prendrai tout ce qu’il faut pour préparer la meilleure pizza au monde.
— Avec plaisir. Moi aussi, j’ai besoin de faire quelques achats. Sais-tu où je peux trouver des draps et des affaires de toilette ?
— Un magasin en vend, non loin d’ici. Si tu veux, allons-y ensemble.
Ils passèrent l’après-midi à faire des achats, puis la soirée à faire connaissance. Gus était amusant. Il avait toujours une anecdote rigolote à raconter. Quand les questions devinrent plus personnelles, Lyïs ne put lui cacher très longtemps son absence totale de souvenirs. Face à son désarroi, Gus admit que rien n’était pire qu’une mémoire qui fichait le camp, pile au moment où on en avait besoin. Pour la distraire, il lui raconta ce jour où il avait été incapable de se souvenir du numéro de téléphone d’une jeune femme qui lui plaisait beaucoup, ou de cette autre fois où il s’était réveillé à côté d’une inconnue dont il avait oublié le prénom malgré une nuit torride.
— Tu avais peut-être bu, supposa-t-elle.
— De ça non plus, je ne m’en souviens pas. Ce qui me console, c’est qu’elle avait également tout oublié.
À la fin de la soirée, ils étaient devenus bons amis.
Au moment où Lyïs se coucha, elle reçut la visite inattendue de Veilleur, qui vint gratter à sa fenêtre. Heureuse de le revoir, elle le fit entrer. Ce fut donc accompagnée des doux ronronnements du chat qu’elle s’endormit et commença son existence parmi les humains, sans plus jamais méditer sur un passé dont elle ne se souvenait pas.
4
 
Même un valeureux guerrier a parfois besoin de la main secourable d’un ami
Deux années plus tard
Trois mois déjà que les élèves sentinelles s’exerçaient sans relâche sur un terrain aménagé au cœur de la forêt. Instructeur exigeant, Louan les poussait chaque jour à se perfectionner. Tous s’entraînaient assidûment à protéger et défendre Terra-Luna, au péril de leur vie s’il le fallait. Ce matin-là, Louan s’apprêtait à les soumettre à une épreuve à la fois de réflexion et d’endurance. Il les encouragea donc à rester concentrés. Vêtue comme tous les autres d’un short et d’un tee-shirt noir, Alix était aux anges depuis qu’elle côtoyait Louan. Chaque jour, elle gardait espoir que leurs runes vibrent à l’unisson, puisque cela pouvait survenir à tout moment. Mains jointes dans le dos, elle regardait avec attention la démonstration. Les cours de combat au corps à corps consistaient à parer les attaques sans utiliser la magie, en prévision de missions hors de Terra-Luna. Les humains devaient ignorer leur existence ; aussi, rester invisible était l’une des premières choses que l’on apprenait aux enfants magiciens. Pour les élèves sentinelles, les sorts de protection ou d’attaque devaient donc être jetés uniquement en cas d’extrême urgence.
Un avant-bras enroulé autour du cou de son adversaire, Louan montrait de quelle façon maîtriser quelqu’un en poussant sa tête vers l’avant grâce au second bras. Celui qui avait été désigné pour lui servir de partenaire lors de la démonstration battait vainement des jambes pour se libérer. Seconde après seconde, l’air se raréfiant dans ses poumons, il canalisait toute son énergie sur sa respiration. Louan savait à quel point il était difficile de se priver de la magie pour se sortir rapidement d’une situation désespérée, aussi était-il satisfait que son élève résiste. Même au bord de l’asphyxie, ce dernier gardait encore un self-control total.
— Parfait ! déclara Louan. 
Il le relâcha, le félicita, puis le laissa rejoindre ses camarades dans le rang. Louan fit signe à une nouvelle sentinelle de s’approcher pour exécuter l’exercice suivant. Il lui désigna un majestueux Cornus bilboa centenaire.
— Grimpe sur la plus grosse branche du milieu et saute.
Tous les yeux se tournèrent instantanément en direction de l’arbre. Celui-ci n’avait pas été choisi au hasard. Il était régulièrement élagué pour faciliter le bon déroulement de l’exercice. Bien qu’impressionné par la hauteur, l’élève commença son ascension. Parvenu sur la branche centrale, il sauta, comme Louan le lui avait ordonné. Dans une maîtrise parfaite, il protégea sa tête de ses bras et plia les genoux afin d’effectuer une roulade en arrivant au sol.
— Parfait ! Maintenant, fais la même chose depuis la plus haute branche.
Sans marquer la plus petite hésitation, l’élève remonta dans l’arbre. Bras croisés sur la poitrine, Louan surveillait avec attention chacun de ses gestes. Les capacités sportives des sentinelles étaient reconnues. On ne naissait pas par hasard dans le corps de l’une d’elles. Si elles ne ressentaient pas la peur, il leur fallait néanmoins apprendre à canaliser leur énergie, maîtriser leur force et, surtout, être capables de réfléchir et s’adapter face à un imprévu. Là-haut, l’élève venait enfin d’atteindre la plus haute branche. Il baissa la tête pour évaluer la distance entre lui et le sol. Comme c’était la première fois que cet exercice était imposé au groupe, il le jugea impressionnant. Sous le regard curieux des autres, il lâcha le tronc pour avancer. Louan savait ce test décisif. Le réussir sans se blesser était tout simplement impossible. Attentif et silencieux, il l’observait tout en pensant :
Ne saute pas. Mesure le danger  !
Prêt à se jeter dans le vide, l’élève inspira longuement, puis s’élança en avant. Déçu, Louan bloqua aussitôt sa chute grâce à un sort de ralentissement. Ce fut donc avec l’impression de tomber dans un nuage de coton que l’élève atterrit au pied de l’arbre. Il effectua encore une roulade parfaite, mais comprit instinctivement qu’il avait raté son épreuve.
...

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