Splendeurs et misères des courtisanes d
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Splendeurs et misères des courtisanes d'Honoré de Balzac

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Description

Bienvenue dans la collection Les Fiches de lecture d’Universalis

Venant à la suite d’Illusions perdues, mais rédigé en fait en même temps que lui, Splendeurs et misères des courtisanes occupe dans l’œuvre d’Honoré de Balzac (1799-1850) une place privilégiée.

Une fiche de lecture spécialement conçue pour le numérique, pour tout savoir sur Splendeurs et misères des courtisanes d'Honoré de Balzac

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Date de parution 10 novembre 2015
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EAN13 9782852294813
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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ISBN : 9782852294813
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Bienvenue dans la collection Les Fiches de lecture d’Encyclopædia Universalis .
Ce volume présente des notices sur des œuvres clés de la littérature ou de la pensée autour d’un thème, ici Splendeurs et misères des courtisanes, Honoré de Balzac (Les Fiches de lecture d'Universalis).
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SPLENDEURS ET MISÈRES DES COURTISANES, Honoré de Balzac (Fiche de lecture)
Venant à la suite d’ Illusions perdues , mais rédigé en fait en même temps que lui, Splendeurs et misères des courtisanes occupe dans l’œuvre d’Honoré de Balzac (1799-1850) une place privilégiée. C’est le roman qui l’aura accaparé le plus longtemps : de 1835, avec la conception du personnage d’Esther, à 1847, année où il termine la dernière partie d’un ouvrage qui ne paraîtra intégralement qu’après sa mort. C’est aussi son livre le plus touffu : on n’y compte pas moins de 273 personnages. C’est surtout celui qui contient le plus de personnages « reparaissant » : presque tous les acteurs du Père Goriot , notamment, s’y retrouvent, bouclant ainsi la boucle de La Comédie humaine . Enfin, après des années d’insuccès, ce roman permet à l’auteur de retrouver toute la faveur du public.
• Un monde sans haut ni bas
Grâce au pacte conclu avec l’abbé Herrera, à la fin d’ Illusions perdues , Lucien de Rubempré revient sur le devant de la scène parisienne. Il a pour maîtresse Esther Gobseck, une ancienne courtisane surnommée la Torpille, qui mène désormais une vie rangée par amour pour lui. Mais, reconnue au cours d’un bal et craignant de compromettre Lucien, elle songe à se suicider. Herrera l’en empêche et lui offre d’entrer dans une institution où elle pourra, en recevant une éducation de jeune fille, être digne de Lucien. Séparée de celui-ci, Esther dépérit. Herrera consent alors à ce que les amants se voient en cachette. Gardée par trois domestiques, Esther vivra recluse et ne sortira que la nuit.
Malgré ces précautions, le baron Nucingen, richissime banquier, l’aperçoit et en tombe amoureux. Ne parvenant pas à la revoir, il engage des détectives pour la retrouver. Ceux-ci sont menés sur une fausse piste par Herrera, qui se révèle être Jacques Collin, un bagnard évadé, déjà héros du Père Goriot sous le nom de Vautrin. Herrera a résolu d’extorquer au baron le million de francs nécessaire à Lucien pour lui permettre d’acheter des terres, de devenir marquis, et, en épousant la fille du duc de Grandlieu, d’appartenir enfin à la haute société. Aussi persuade-t-il Esther de se vendre à Nucingen. Mais Esther, sur la voie de la rédemption, s’interdit de redevenir une courtisane. Le jour où elle est contrainte de s’offrir, elle s’empoisonne.
Les détectives bernés par Herrera ont poursuivi leur enquête et mis au jour l’escroquerie. Alerté sur l’origine trouble de la fortune de Lucien, le duc de Grandlieu met fin au projet de mariage. Soupçonnés d’avoir volé et assassiné Esther, les deux comparses sont arrêtés. Si Herrera, qui se prétend toujours abbé, fait front devant la justice, Lucien s’effondre et révèle l’identité de son protecteur. Pris de remords, il se pend dans sa cellule au moment où, de puissants personnages ayant fait pression sur le procureur, il est sur le point d’être libéré.
Bouleversé par ce suicide, Herrera livre son ultime combat. Il a en main des atouts considérables : les secrets des forçats dont il est le grand trésorier, et surtout les lettres scandaleuses que deux grandes dames de la noblesse avaient écrites à Lucien. Désireux d’éviter une affaire d’État et dominé par un adversaire trop puissant, le procureur accepte le marché proposé par l’ex-bagnard, las de sa vie de hors-la-loi : celui-ci divulgue ses secrets et restitue les lettres. En échange, il devient chef de la sûreté.
• Un réalisme démoniaque
« Tous les souverains aiment à connaître l’envers des tapisseries et savoir les véritables motifs des événements que le public regarde bouche béante », dit la femme du juge d’instruction. Montrer l’envers des tapisseries, tel est bien l’objet de Splendeurs . Certes, La Comédie humaine n’est qu’une constante mise en lumière des coulisses de la société, là où se trament les complots et les trafics. Mais jamais Balzac n’avait éclairé aussi crûment la scène du plaisir et du crime. On y voit « peintes les existences, dans toute leur vérité, des espions, des filles entretenues et des gens en guerre avec la société ».
Pour rendre vivantes ces « figures curieuses », Balzac recourt ouvertement aux procédés du roman-feuilleton, à l’instar du modèle à succès qu’avait forgé en 1842-1843 Eugène Sue avec Les Mystères de Paris , qui se veulent eux aussi une exploration des bas-fonds de la capitale. Les analyses, les descriptions qui entrecoupent d’ordinaire le récit cèdent le pas devant les rebonds de l’intrigue. Brossée et écrite à vive allure (Balzac rédigea jusqu’à 40 feuillets par jour), celle-ci multiplie les coups de théâtre, sans trop s’encombrer de vraisemblance.
Ce rythme est avivé par la dimension policière de l’histoire et le suspense constant qu’elle entretient : Herrera gagne puis perd devant la police, perd puis gagne devant la justice. Cette dimension est évidemment présente dans les travestissements de personnages tenus de duper et de leurrer. Jusqu’à la fin, Collin-Herrera s’avance masqué ; les policiers Corentin et Contenson, les servantes Asie et Europe usurpent diverses identités. À ces déguisements s’ajoutent les langages codés, où l’argot tient le premier rang.
S’il emprunte au roman-feuilleton, Balzac lui imprime une tonalité inaccoutumée. La violence, notamment avec le suicide des deux jeunes héros, et surtout la sexualité y sont exacerbées. L’homosexualité – à travers le pacte liant Lucien à Herrera – ou la prostitution sont évoquées avec un réalisme étonnant pour l’époque. Si Collin triomphe, c’est en partie grâce à l’obscénité des lettres qu’il détient ; quant à Esther, elle écrit à Nucingen : « Vous trouverez sous les armes et parée de vos dons celle qui se dit pour la vie votre machine à plaisir. »
Sur cette scène du vice et du crime, énormément de figures secondaires, comme Europe, la femme de chambre, ou Asie, la cuisinière, auxquelles Balzac a donné un relief saisissant, mais peu ou pas de personnages principaux. Lucien est relégué au second plan ; Esther se résume à quelques clichés ; Nucingen est le stéréotype du vieillard libidineux. C’est que la figure d’Herrera les écrase tous. Avec lui, Balzac a créé un des personnages les plus puissants non seulement de La Comédie humaine , mais même de tout le roman français. Personnage complexe et mystérieux, tant par ses dons qui font de lui une incarnation démoniaque que par le flou qui entoure ses motivations et ses desseins. S’il triomphe, c’est parce qu’il a compris qu’il ne servait à rien de s’opposer à la société. Celle-ci, plus cynique que les êtres, tolère les monstres pourvu qu’ils aient l’apparence de la respectabilité : un Nucingen n’est qu’un Jacques Collin légal. « Moi, je serai ce que je dois être ! Je ferai toujours trembler tout notre monde ! » conclut l’ancien forçat en prenant la direction de la police.

Philippe DULAC

Bibliographie H. DE BALZAC , Splendeurs et misères des courtisanes , in La Comédie humaine , tome VI. P. G. Castex dir., Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1977 ; Splendeurs et misères des courtisanes , P. Citron éd., Garnier-Flammarion n o  175.
Étude M. B UTOR , Improvisation sur Balzac , La Différence, Paris, 1999.
BALZAC HONORÉ DE (1799-1850)
Introduction
Prométhée, Protée, homme à la robe de bure, créateur halluciné immortalisé par Rodin, Balzac a suscité toutes les imageries et toutes les gloses. L’œuvre immense vit, de réédition en réédition : elle est traduite et lue dans le monde entier et la télévision lui a redonné, plus que le cinéma, peut-être, une nouvelle fortune.
La prodigieuse vitalité de cette vie aux multiples entreprises et au gigantesque travail littéraire se développe sur le terrain d’une famille bourgeoise représentative des ascensions de ce temps de mutations. La famille du père, né Balssa, est une famille de paysans du Tarn. Le père, Bernard-François, petit clerc de notaire, monte à Paris à vingt ans et finit comme directeur des vivres aux armées. La mère, née Laure Sallembier, appartient à une famille de passementiers-brodeurs parisiens. Quand Balzac naît à Tours le 20 mai 1799, le père a cinquante-trois ans et la mère vingt et un. Balzac est l’aîné de quatre enfants : Laure, la sœur bien-aimée, naît en 1800 ; Laurence en 1802 ; Henri-François en 1807, vraisemblablement fils naturel de M. de Margonne, le châtelain de Saché. Bachelier en droit, d’abord clerc de notaire et clerc d’avoué à Paris, Balzac décide, à vingt ans, de se consacrer à la littérature. C’est en effet sa principale occupation de 1820 à 1824, puis de 1829 à 1848, deux ans avant sa mort. Mais, de 1824 à 1828, et pendant tout le reste de sa vie, parallèlement à l’œuvre littéraire, les entreprises de tout ordre se sont succédé. En 1825, l’édition. En 1826, l’imprimerie. En 1827, une société pour l’exploitation d’une fonderie de caractères d’imprimerie. C’est l’échec ; ce sont, déjà, les dettes. Après le retour à la littérature, les années 1829-1833 sont des années d’intense activité journalistique. Des ambitions électorales se manifestent en 1831. En 1836, c’est l’entreprise malheureuse de la Chronique de Paris , revue éphémère. En 1838, désireux d’exploiter une mine argentifère, Balzac part pour la Sardaigne, mais, quand il arrive, la place est déjà prise. En 1839, il devient président de la Société des gens de lettres ; il milite pour tenter de sauver le notaire Peytel, accusé du meurtre de sa femme, et qui est condamné à mort par les assises de Bourg. En 1840, il lance la Revue parisienne  : c’est un échec. En 1848, il se porte candidat à la députation. Quant à ses candidatures à l’Académie française, elles sont toujours restées sans succès.
Les éléments marquants de sa vie personnelle ont été l’absence d’affection maternelle, l’amitié pour sa sœur Laure, la tristesse ressentie à la mort de sa sœur Laurence, à vingt-trois ans, après un mariage malheureux, l’irritation de voir Henri-François, le frère incapable, toujours adulé par la mère. On ne sait pas quelles informations précises Balzac a pu recueillir sur l’oncle paternel guillotiné à Albi pour l’assassinat d’une fille de ferme. Une longue amitié platonique le lie à Zulma Carraud. Ses amours ont été nombreuses, mais ce qui a surtout marqué sa vie, ce sont la liaison avec Laure de Berny, la Dilecta (de vingt-deux ans plus âgée), qu’il rencontre en 1822 ; la liaison avec la duchesse d’Abrantès (de quinze ans plus âgée), qu’il rencontre en 1825 ; le long roman avec l’« Étrangère », Ève Hanska, riche propriétaire d’Ukraine, dont il reçoit une lettre, postée à Odessa, en 1832, qu’il rencontre pour la première fois à Neuchâtel en 1833, qu’il revoit ensuite épisodiquement pendant dix-sept ans, jusqu’au mariage en 1850, le 14 mars. Balzac meurt rue Fortunée, à Paris (aujourd’hui rue Balzac), à 11 heures et demie du soir, le 18 août.
Quand on essaie d’embrasser l’œuvre gigantesque, on est saisi par la variété de la production, qui n’est pas seulement romanesque, mais philosophique, théâtrale, journalistique, épistolaire, et par la masse des projets laissés dans les cartons, dont nous ne connaissons parfois qu’un titre. La plupart des manuscrits et des épreuves corrigées se trouvent à la bibliothèque Lovenjoul à Chantilly ; les ratures et les ajouts sont multiples et donnent l’impression d’une œuvre en extension perpétuelle, artificiellement interrompue.
L’histoire de la genèse de La Comédie humaine montre que l’unité organique de l’œuvre ne s’est réalisée que peu à peu, entre 1829 et 1848, pour une « illumination rétrospective », dit Proust. Ainsi, on voit naître successivement les Scènes , les Études , le plan d’ensemble, la technique des personnages reparaissants, puis le titre.
Il est impossible de négliger l’insistante référence de Balzac à la philosophie et aux tenants des diverses « sciences » : naturalistes, physiciens, chimistes, théosophes, illuministes, mystiques... Mais il ne serait pas conforme à l’esprit de l’œuvre de s’en tenir à la doctrine (substance originelle ; homme extérieur et homme intérieur ; unité diversifiée ; vouloir, pouvoir, savoir), sinon pour ce qui favorise la coexistence des contraires. La méthode proprement balzacienne privilégie la « spécialité », intuition spécifique. Elle est à la fois analytique et synthétique, inductive et déductive, comparative et analogique. Elle se propose de tout voir (l’envers et l’endroit). D’où la technique des contrastes, des contrepoints, de la coexistence.
L’histoire que Balzac s’est proposé de faire est surtout l’histoire d’une société : les deux bourgeoisies, l’aristocratie, la banque et la finance. Mais l’écrivain ne néglige jamais de faire voir comment l’individu vit l’histoire. Par ses silences et ses ellipses, le roman fait que le lecteur sonde les âmes et découvre des « souffrances inconnues ». En particulier les souffrances de l’abandon, les humiliations, les faiblesses secrètes. Dialogique, le roman balzacien interdit toute lecture unidimensionnelle.

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