Carnets de Chine
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Carnets de Chine

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Description

Henri Chennebenoist, soldat de 1re classe, appartenant au 18e régiment d'infanterie de marine, a 19 ans, le 12 juillet 1900, quand il embarque, un peu malgré lui, sur le Vinh-Long, pour un pays inconnu de lui, la Chine. Il y arrive, dans ce qu'il est convenu d'appeler la troisième période de la guerre des Boxers. Sa mission : sécuriser les communications et mener des opérations de « nettoyage » dans la province de Zhili. Les cadavres flottant au fil de l'eau, les corps mutilés, les villes détruites deviennent, pendant ces quelques mois, son quotidien.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2016
Nombre de lectures 8
EAN13 9782140010668
Langue Français
Poids de l'ouvrage 22 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Henri CARNETS
DE CHINE Mémoires Mémoires Chennebenoist
e edu XX siècle du XX siècle
reHenri Chennebenoist, soldat de 1 classe,
ematricule 8095, appartenant au 18 régiment
d’infanterie de marine, a 19 ans, le 12 juillet CARNETS DE CHINE1900, quand il embarque, un peu malgré
lui, sur le Vinh-Long, pour un pays inconnu Un Français dans la guerre des Boxers
de lui, la Chine. Il y arrive, dans ce qu’il est
(1900-1901)convenu d’appeler la troisième période de la guerre des
Boxers, celle des négociations de paix entre la coalition
des huit nations et le gouvernement chinois. Sa mission : Texte établi, présenté et annoté par
Claude Galland, Guy Feillée et Dominique Philippesécuriser les communications et mener des opérations
de « nettoyage » dans la province du Zhili. Les cadavres
fl ottant au fi l de l’eau, les corps mutilés, les villes détruites
deviennent, pendant ces quelques mois, son quotidien.
Cette expédition davantage vécue par notre auteur
comme un voyage, un dépaysement, sera malgré les
circonstances, l’occasion de la découverte. Celle de
l’ennemi, une espèce de tribu, une bande de brigands, des
coalisés, Allemands, Italiens, Japonais, Américains avec
lesquels nous ne fraternisâmes pas, celle d’un pays enfi n,
où les terres sont très propres.
Henri Chennebenoist, sans le savoir, par son journal diariste, apporte
sa pierre, à la connaissance d’une guerre aujourd’hui oubliée.
Photographie de couverture : Henri Chennebenoist
photographié en Chine. Archive privée, collection
Claude Galland.
ISBN : 978-2-343-09153-2
9 782343 091532
19 €
MEM_20e_CHENNEBENOIST_10_CARNETS-DE-CHINE_V2.indd 1 10/05/16 21:04:34
Henri
CARNETS DE CHINE
Chennebenoist





CARNETS DE CHINE
Un Français dans la guerre des Boxers
(1900-1901)
eMémoires du XX siècle


Déjà parus

Auguste VONDERHEYDEN, Cahiers de guerre (1914- 1918),
2016.
Sabine CHERON et Marie-Hélène PRECHEUR, Les
coquelicots au vent de la liberté. De Varsovie à Nancy : un rêve
réalisé, 2016.
Rafael MONREAL, Le chemin de Rafael. Un républicain
espagnol dans la guerre civile, 2016.
Anna Senik, Une famille juive de la Pologne à la France de
Vichy, Penser ce qui nous est arrivé, 2015.
Bernard GROUSELLE, De la ligne Maginot à Berchtesgaden.
Souvenirs d’un français libre, 2015.
Viktor GEIGER, Viktor et Klára. Camp de travail en Ukraine
dans le Donbass (1945 – 1946), 2015.
Henri CHENNEBENOIST, Carnets de campagne 1914–1918,
2015.
Paul GRISON, Un soldat écrit à sa famille depuis le Maroc,
l’Algérie, l’Indochine (1944 – 1953), 2015.
Jean GRIBENSKI, De Suwa łki à Paris. Histoire d’une famille
d’origine juive polonaise : les Gribinski/Gribenski (vers
18401945), 2015.
Pedro CANTINHO PEREIRA, Un « Malgré nous » dans
l’engrenage nazi, Les sacrifiés de l’Histoire , 2015.
Fernand THOMAS, Mémoires de guerre, La vie malgré tout
(1914 – 1918), 2014.
eRenaud de BARY, La 4 batterie. Journal intime d’un appelé
en Algérie (1 mars 1961 - 5 janvier 1963), 2014.
Richard SEILER, Charles Mangold, chef de l'armée secrète en
Périgord, 2014.
Henri FROMENT-MEURICE, Journal d’Egypte, 1963-1965,
2014.
Joseph-Albert di FUSCO, Fusillé à Caen en 1941, Lettres d’un
otage à sa famille, 2014.
Tahîa GAMÂL ABDEL NASSER, Nasser ma vie avec lui,
Mémoires d’une femme de président, 2014.
Henri Chennebenoist







CARNETS DE CHINE
Un Français dans la guerre des Boxers
(1900-1901)


Texte établi, présenté et annoté par
Claude Galland, Guy Feillée et Dominique Philippe









L’Harmattan

































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-09153-2
EAN : 9782343091532



Dédicace du livre des souvenirs de notre grand-père, pendant la
guerre contre les Boxers, en Chine (1900-1901)


À notre grand-père, jeune paysan de la région parisienne,
qui à 19 ans s’est engagé pour trois années dans l’infanterie de
marine, et de là, s’est porté volontaire pour participer à
l’opération internationale, contre la secte des Boxers, rebelles
chinois, patriotes et terroristes.
Pendant ces deux années de conflit, il a consigné par écrit
ses souvenirs et ses observations, qui nous laissent un
témoignage de cette campagne militaire exceptionnelle, et
surtout du long voyage qui l’a mené, avec son régiment, jusqu’à
Pékin. Ce tout jeune homme qui n’avait rien d’un baroudeur ou
d’une tête brûlée a, au cours de ces deux ans, observé,
découvert un monde qui devenait avec l’éloignement, de plus en
plus exotique. Malgré des différences culturelles inimaginables
en notre temps de communication planétaire, il a su considérer
avec intérêt, parfois avec compassion, les hommes et les
femmes que cette expédition lui a fait croiser.
Notre belle-fille Marie qui s’intéressait à la Chine, ayant
entendu parler de ce grand-père qui y avait séjourné, et en
avait d’ailleurs rapporté quelques objets, trouva un jour dans
une valise un cahier empli du récit de cette expédition, complété
par une collection de cartes postales de l’époque précédant ou
datant du début de ce conflit.





Nota : Le premier texte de ce récit fut exhumé d’un cahier écrit
par notre grand-père et mis au net par notre belle-fille, Marie
Feillée, avant d’être complété par Guy Feillée, puis Claude
Galland et Dominique Philippe.





















La paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, une
volonté de bienveillance, de confiance, de justice.
Spinoza

Le prétendu péril jaune n’est qu’un croque-mitaine. Le peu
qu’il inspire n’est qu’une forme de nationalisme. Le progrès
des races jaunes, et le Japon a montré son aptitude au progrès,
sera un bienfait pour l’humanité. C’est un odieux sentiment que
celui qui veut maintenir les autres races en arrière pour
conserver notre avance sur elles. Amitié et appui au Japon et à
la Chine, contre toute tentative de développer et de subjuguer
cette dernière, telle est ma politique.
Le Siècle, 27 juin 1900
Yves Guyot « Notre programme chinois »

Il n’y a pas à discuter s’il est bon que la France aille faire la
guerre au loin. Le pavillon national est bafoué par les Chinois
et compromis aux yeux des puissances par l’infériorité
extraordinaire des contingents français. S’il est mis au point
sans notre concours honorablement effectif, l’influence
française en Chine est compromise pour longtemps, et même au
Tonkin il surgira des difficultés inextricables, peut-être des
rébellions. Les Orientaux ne respectent que les forts.
L’Écho de Paris, 20 juin 1900
Louis Coldre, « Les Événements de Chine »







Groupe de soldats de toutes les nationalités de la coalition participant
e
à la guerre des Boxers. Henri Chennebenoist se trouve au 2 rang
e
en 4 position à partir de la gauche



INTRODUCTION


La Chine a toujours suscité en Europe et, plus
particulièrement en France, un intérêt fait de
contradictions, alliant, à la fois, fascination, méfiance et
erejet. Dès le XVIII siècle Voltaire, le « Confucius
français », pourfendeur des préjugés nationaux voyait,
dans le peuple chinois, une communauté déiste, vertueuse
et pacifique. Admirateur de son organisation politique, il
l’analysait comme répondant aux lois de la raison et de la
nature. C’est presque un modèle parfait qu’il décrit dans
De Confucius : « Les Chinois n’eurent aucune
superstition, aucun charlatanisme à se reprocher comme
les autres peuples. Le gouvernement chinois montrait aux
hommes, il y a fort au-delà de quatre mille ans, et leur
montre encore qu’on peut les régir sans les tromper ; que
ce n’est pas par mensonge qu’on sert le Dieu de vérité ;
que la superstition est non seulement inutile, mais nuisible
à la religion. Jamais l’adoration de Dieu ne fut si pure et
si sainte qu’à la Chine (à la révélation près). Je ne parle
pas des sectes du peuple, je parle de la religion du prince,
et de celle de tous les tribunaux et de tout ce qui n’est pas
populace. Quelle est la religion de tous les honnêtes gens
à la Chine, depuis tant de siècles ? La voici : Adorez le
1ciel, et soyez juste. Aucun empereur n’en a eu d’autre. »

Certes Voltaire voit la Chine à travers le prisme de ses
idées et s’en sert comme une arme idéologique afin de
combattre la monarchie absolue, à l’inverse de
Montesquieu pour qui la Chine est bien le modèle opposé

1 Voltaire, « De Confucius », Les œuvres complètes de Voltaire (vol.
62, 1766-1767), Oxford, The Voltaire foundation, 1987, p. 91-92.
9
2à la conception qu’il se fait de la liberté et de la loi . « La
Chine est un État despotique, dont le principe est la
3crainte » écrit-il dans De l’empire de la Chine.

eLe XIX siècle enfin, est bien celui de la construction
d’une image dépréciative de la Chine et du Chinois.
Celuici apparaît dans les différents récits et reportages comme
un être fourbe, voleur, avili par l’opium, uniquement attiré
4par la cruauté et la débauche . Cette image sera, lors de la
guerre des Boxers, exacerbée.

Henri Chennebenoist a 19 ans en 1900, lorsqu’il se
trouve, un peu malgré lui, propulsé en Chine. Une
jeunesse à jamais marquée par les horreurs de la guerre.

eAu milieu du XIX siècle l’Empire chinois comprend,
outre la Chine dite des « 18 Provinces », la Corée, la
Mandchourie, la Mongolie, le Turkestan, le Tibet, et la
presque totalité de l’Indochine. Gouverné depuis 1644 par
une dynastie mandchoue, cet empire ne possède pas
d’unité. Plus qu’un État, la Chine est longtemps apparue
comme une mosaïque confuse de groupements
indépendants : familles, villages, villes, provinces, le seul
facteur d’unité était la civilisation morale. Longtemps
repliée sur elle-même, la Chine cependant, accueillit avec
une certaine bienveillance, l’arrivée des premiers étrangers
e– marchands portugais au XVI siècle, jésuites au
eXVII siècle – sur son territoire. La recherche du profit et
le fanatisme religieux, contribuèrent à créer un climat

2 Zhang Jinling (Institut d’études européennes, Académie des Sciences
sociales de Chine), Imaginer la Chine : une histoire concise des
operceptions françaises de la Chine, Croisement, 2011, n 1.
3
Montesquieu, « De l’empire de la Chine », Œuvres complètes (II),
Paris, Gallimard, 1951, p. 368.
4
Zhang Jinling, Imaginer la Chine… op. cit.
10 -

exénophobe. Ainsi au début du XIX siècle le christianisme
fut interdit dans l’Empire chinois et les échanges
commerciaux limités à seulement deux villes : Ourga, à la
frontière sibérienne au nord, et à Canton au sud.


La Chine ou la perte de souveraineté

En 1842 la Chine signe le traité de Nankin, mettant
5ainsi fin à la première guerre de l’Opium . À partir de
cette date l’Empire chinois connaît, selon l’expression
d’Hugues Tertrais, une succession d’enfoncements. Dans
le sillage de Nankin d’autres puissances revendiquèrent les
6mêmes avantages. Dès lors se multiplièrent des
concessions, c’est-à-dire des quartiers résidentiels
soustraits à l’autorité chinoise et administrés par les
marchands étrangers, sous le contrôle des consuls.

L’européanisation correspond, également pour la
Chine, à une période de profonde anarchie. Les
conséquences de la première guerre de l’Opium
conjuguées aux mauvaises récoltes et à la crise monétaire
alimentèrent le mouvement et le soulèvement des Taï-Ping
(1850-1865). Hung, chef de file du mouvement, fils de
paysan se proclama empereur et tenta d’organiser la Chine

5
La première guerre de l’Opium débute en 1839, quand la Chine
confisqua les entrepôts d’opium de Canton. En février 1840 le
gouvernement britannique envoya des navires de guerre au large des
côtes chinoises. La victoire de ces derniers fut rapide. Par le traité de
Nankin signé le 29 août 1842, puis complété par celui du 8 octobre
1843, la Chine dut payer une forte indemnité et ouvrir les ports de
Ningbo, Amoy, Fuzhou, Canton et Shanghai au commerce et à
l’occupation britannique. La Chine dut, également, céder Hong Kong
au Royaume-Uni.
Ainsi la France et les États-Unis obtinrent des concessions
identiques.
11 0
.

sur le modèle socialiste fondé sur l’exploitation en
commun de la terre. Pendant une quinzaine d’années la
Chine du Sud ignora le gouvernement de Pékin. Puis une
révolte musulmane dans les régions du Yunnan et du
Turkestan chinois, contribua à accentuer la désagrégation
de l’empire.

Désirant davantage de droits commerciaux, la
Grande7Bretagne, profita d’un incident pour déclencher la
seconde guerre de l’Opium. Dans cette affaire la
GrandeBretagne fut épaulée par la France soucieuse de venger les
tortures subies par l’un de ses missionnaires. Entre 1858 et
1860 Palmerston et Napoléon III lancèrent l’expédition
franco-anglaise sous le commandement de Lord Algin et
du général Cousin-Montauban contre Pékin. La Chine dut
signer les conventions de Pékin et ratifier les clauses des
8traités de T’ien-tsin (Tianjin) .

Par ces traités inégaux, l’empire fut obligé d’accepter
l’occupation de régions entières par des puissances
9étrangères , mais aussi la domination des Européens dans
les domaines aussi essentiels que l’administration, la
justice ou les finances. Ces traités entamèrent de façon
conséquente la souveraineté de la Chine. En effet, dans
certaines villes, des quartiers entiers échappaient aux lois

La police de Guangzhou arraisonna un navire chinois naviguant sous
licence britannique. L’équipage fut accusé de contrebande.
8
La France et l’Angleterre obtinrent l’ouverture de onze nouveaux
ports, la liberté de navigation sur le Yang-Tseu-Kiang pour les navires
marchands étrangers, des réductions des droits de douane, la
législation des importations d’opium, le paiement d’indemnités de
guerre, le libre exercice de la religion pour les missionnaires chrétiens,
le droit de résidence pour les ambassadeurs étrangers à Pékin.
De son côté la Russie avait fait ratifier par le gouvernement
mandchou l’occupation de vastes territoires au nord et à l’est de la
Mandchourie.
12
chinoises et passaient sous contrôle étranger. Ce fut par
exemple le cas des concessions de Shanghai, où une partie
de la ville était occupée par les Français. Le régime des
concessions symbolise parfaitement cet affaiblissement de
ela Chine à partir du milieu du XIX siècle.

10À la suite de l’intervention française au Tonkin , la
Chine entra en guerre contre la France en 1884-1885.
L’amiral Courbet occupa Formose et fit bombarder
Fuzhou. En juin 1885 fut signé, à Tianjin, le traité qui mit
fin au conflit. Dès lors, la Chine reconnaissait le
protectorat français sur l’Annam et le Tonkin.

Dix ans plus tard, en 1894, le Japon tente de soustraire
la Corée à la domination chinoise. Commence alors la
guerre sino-japonaise qui conduit à la défaite de la Chine.
Signé en 1895, le traité de Shimonoseki mit fin à la guerre.
Le Japon annexe alors Taïwan, les îles Pescadores, la
péninsule du Liaodong, s’assurant ainsi le contrôle des
richesses de la Mandchourie. Les puissances européennes,
la France et l’Allemagne, mais aussi la Russie jugèrent
que ce traité menaçait leurs intérêts. Après avoir exercé
une pression sur le Japon, ce dernier rétrocéda, contre une
indemnité, la région. Les puissances européennes
poussèrent alors la Chine à de nouvelles concessions.

Dans l’ensemble des traités ratifiés entre la Chine et
l’Occident figurait la clause de la nation la plus favorisée.
Dès lors, à l’exemple du Japon, chacune des puissances
tenta de pousser ses avantages, en réclamant de nouvelles
concessions. Cette « bataille des concessions » conduisit
au break-up ou au dépècement de la Chine.


(' L’expédition du Tonkin est en fait une suite d’expéditions militaires
(1881, 1883). En 1883 la Chine doit accepter un traité de protectorat.
13
Entre 1896 et 1902 la Chine dut accepter des prêts
financiers. Les puissances étrangères se firent reconnaître
le droit d’exploiter des mines, d’ouvrir des lignes de
chemin de fer, de construire des usines. Se dessinent alors
de véritables zones d’influence. Ainsi la Chine reconnaît à
la Russie une concession pour la construction d’une ligne
de chemin de fer transsibérienne reliant Moscou à
Vladivostok, en passant par la Mandchourie, et un chemin
de fer sud mandchou jusqu’à l’extrémité de la péninsule
du Liaodong.


Le Petit Journal illustré, 16 janvier 1898, caricature
d’Henri Meyer : « En Chine le gâteau des rois et des
empereurs ». De gauche à droite : le Royaume-Uni,
l’Allemagne, la Russie, la France, le Japon. Arrière-
plan : allégorie de la Chine, qui reprend le stéréotype
du Chinois aux ongles crochus
14
D’autres droits sur les mines et les chemins de fer
furent accordés à l’Allemagne (Shandong), à la France (les
provinces frontalières du sud), à la Grande-Bretagne (les
provinces riveraines du Yang-Tseu-Kiang) et au Japon (la
côte sud-orientale).


e
Les sphères d’influence en Chine au XIX et
e
XX siècles

En 1899-1900, les États-Unis lancent la politique de la
« porte ouverte ». Définie par le secrétaire d’État John
Hay, cette théorie expose la nouvelle politique étrangère
des États-Unis vis-à-vis de la Chine. Par des notes
adressées aux différentes puissances ayant des intérêts en
Chine : Russie, Japon, Grande-Bretagne, France, Italie,
Allemagne, John Hay les invite à adhérer à cette nouvelle
orientation qui cherche à éviter qu’un pays ne puisse
exercer sa domination sur la Chine en supprimant les
frontières entre les différentes sphères d’influence,
considérant qu’un pays unifié est davantage propice au
commerce.
Cette politique trouve un certain écho dans la presse
française. Ainsi Paul Leroy-Beaulieu, dans un article
intitulé « L’avenir économique et financier de la Chine »,
note : « Ainsi, la Chine ne peut pas être une colonie et ne
sera pas une colonie. Que deviendra-t-elle ? Elle restera
la Chine, qui se modifiera lentement, beaucoup moins
dans sa mentalité que dans ses moyens techniques
industriels… On voulait l’ouvrir de force ; maintenant elle
voudrait se refermer ; mais il est probable que les Boxeurs
nationalistes ne triompheront pas, que la Chine restera
15
entrebâillée, s’ouvrant lentement, en un très grand
11nombre de décades d’années. »

La Russie refuse. Le 3 juillet 1900 les États-Unis
réitèrent, par le biais d’une deuxième note, leur
proposition : « La politique du gouvernement des
ÉtatsUnis est de rechercher une solution qui puisse apporter
une sécurité et une paix permanentes à la Chine,
préserver l’entité territoriale et administrative chinoise,
protéger tous les droits garantis aux puissances amies par
traité et par le droit international et, sauvegarder pour le
monde entier, le principe de commerce égal et impartial
12avec toutes les régions de l’Empire chinois. » Pas de
remise en cause de la clause de la nation la plus favorisée,
mais garantie de l’intégrité territoriale et administrative,
tels sont les principes de la politique des États-Unis
vis-àvis de l’Empire chinois. Cependant les Américains furent

11
Article paru dans le Journal des Débats, le 8 août 1900. Cité par
Christine Corniot, « La guerre des Boxers d’après la presse
°
française », Études chinoises, vol. 1, n 2, 1987. La France accueille,
avec une certaine bienveillance, la politique de la porte ouverte,
comme en témoigne cet échange entre Pichon (ministre de France à
Pékin) et Delcassé (ministre des Affaires étrangères de 1898 à 1905) :
« Je dois déclarer tout d’abord que la politique de la porte ouverte
aurait en principe toutes mes préférences. Elle devrait être la plus
séduisante, la plus conforme à nos traditions libérales, la plus
profitable aux intérêts généraux de l’Europe et la plus capable de la
prévenir contre les surprises de l’avenir. Mais elle impliquerait
diverses conditions dont les unes, malheureusement cessent d’être
réalisables et dont les autres ne nous concernent pas avec nos moyens
d’action, qui me paraissent en contradiction avec l’état actuel de nos
relations internationales. (…) Il ne suffit pas que la porte soit
ouverte ; encore faut-il que nous sachions pousser par elle avec nos
ressources, nos instruments de propagande et nos produits. » HS,
°n 195, Pichon à Delcassé, Pékin le 20 octobre 1899, cité par Yan
(Yan), Le mouvement des Boxeurs en Chine (1898-1900), éd. You
Feng, Paris, 2007, p. 139.
() H.-S. Commager, Documents of American History, vol. II, p. 9-10.
16
réticents à utiliser la force afin de faire respecter cette
doctrine. La liberté de commerce est, à leurs yeux, le plus
sûr moyen de garantir la prospérité, donc la paix, en
limitant les effets pervers des zones d’influence. Le
protectionnisme demeurant un facteur de tensions.
Si la politique de la porte ouverte cherche à pacifier les
relations entre les puissances étrangères et la Chine, elle
traduit aussi la volonté américaine de s’affirmer sur la
scène internationale et de participer à la compétition
économique et financière et, peut-être, profiter des
13tensions existantes sur le continent européen .

Ce démembrement de la Chine trouve, aussi, son
explication dans les luttes intestines qui se déroulent au
plus haut sommet de l’Empire.




(* En 1872 est conclue une alliance entre les trois empereurs :
d’Allemagne, d’Autriche-Hongrie, de Russie soucieux de contrôler la
montée des idées révolutionnaires et des nationalismes. Mais l’objectif
de l’Allemagne est bien d’isoler diplomatiquement la France. La pièce
maîtresse de son dispositif en est la Triple Alliance ou Triplice
conclue avec l’Autriche-Hongrie et l’Italie en 1882. Afin de compléter
le dispositif, est signé avec la Russie un traité dit de «
contreassurance ». Les rapports de force se modifient avec l’arrivée de
Guillaume II et le départ de Bismarck en 1890. Voyant d’un mauvais
œil le rapprochement de l’Autriche-Hongrie, dont les tensions se
développent dans les Balkans, dans un même système d’alliance,
Guillaume renonce à renouveler le traité de « contre-assurance », ce
qui provoque le rapprochement entre l’empire autocrate et la
République française. Ainsi, en 1893, l’alliance franco-russe devient
effective. Parallèlement la France opère un rapprochement avec
l’Italie, comme en témoigne, en 1898, la signature d’un traité
commercial entre les deux pays. Serge Berstein, Pierre Milza, Histoire
du vingtième siècle, t. 1, 1900-1939, Un monde déstabilisé, Paris,
1988, p. 51, 52.
17

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