L Autre président d Afrique
122 pages
Français

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L'Autre président d'Afrique , livre ebook

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Description

Un président légitimement élu décide de marcher sur les pas de Lumumba, de Sankara, de Nelson Mandela... Ni femme, ni mère, ni religieux, ni amis, ni argent, ni menaces ne parviendront à le dévier de son objectif : celui de bâtir un pays démocrate, avec des institutions fortes, débarrassé de la corruption, du clientélisme politique, mais surtout du désespoir.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2011
Nombre de lectures 67
EAN13 9782296473119
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0070€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’autre Président d’Afrique
Théâtre des 5 Continents
Collection dirigée par Kazem Shahryari
et Robert Poudérou


Dernières parutions

260 – Laetitia AJANOHUN, La Noyée , 2011.
259 – Richard LECLERC, Œdipe ou la Permission d’exister, 2011.
258 – Dominique ZINS, Les Fils de l’absent, 2011.
257 – Mahougnon KAKPO, Dieu, cet apprenti-sorcier suivi de Destin d’un Dieu, 2011.
256 – Philippe CHIGNIER, Down Town, 2011.
255 – WILLERVAL, Naturellement, 2011.
254 – Philippe BIGET, Envol pour l’Éden. Déploration profane en trois actes, 2011.
253 – Fabienne WEILL, On ne badine pas avec la mort, 2011.
252 – Yacoub ABDELLATIF, C’est pour mieux placer mes rides, fiston, 2011.
251 – Antoine WELLENS, L’Antegone d ’ ou Que dit le cochon quand le fermier l’égorge ?, 2011.
250 – Michèle BEAUMONT, Moi je veux du rêve !, 2011.
249 – Alain HADJADJ, Fait comme un rat, 2011.
248 – Thiane KHAMVONGSA, Au revoir Pays, 2011.
247 – Jean-Loup PHILIPPE, De l’autre côté, 2011.
246-José Jorge Letria, Croquemitaine et le rêve, 2010.
245 – Laura FORTI, Thérapie anti-douleur , 2010.
244 – Gabriel ENTCHA EBIA, Djiha , 2010.
243 – Brigitte REMER, Bouvard et Pécuchet. Le livre de l’inquiétude , 2010.
242 – Landry-Pascal GOMA, Au coeur du vent, 2010.
241 – Jimmy LOVE, Le dictateur, la princesse et l’opposant, 2010.
240 – Jacques MONDOLONI, Palestine Check Point suivi de L’appel des abeilles , 2010.
239 – Yves JAVAULT, Le jeu des 7 familles du théâtre, 2010.
238 – Lulla Alain ILUNGA, Docteur Tanza, 2010.
237 – François LE BOITEUX, Condamné à vie, 2010.
237 – François LE BOITEUX, Le Contrat de Faust, 2010.
Saïd Mouhamed Ba


L’autre Président d’Afrique


L’H ARMATTAN
© L’H ARMATTAN , 2011
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56250-9
EAN : 97822965625096

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
A ma mère
A mon père
A ceux qui luttent pour l’Afrique
LES PERSONNAGES
BAYE DIOP : Président
BASSIROU : Garde du corps
MADEMBA : Le Premier ministre
GÉNÉRAL OUÉDRAGO : Le Ministre de la défense
FARA : Le représentant de l’opposition
YAYE AMY : Mère de Baye Diop
NAFI : Femme de Baye Diop
SERIGNE DAME : Marabout de Baye Diop
LAYE : Emissaire du marabout de Mademba
MARA : fétichiste
LE SOLDAT
LES MINISTRES
LES SOLDATS
ACTE I
SCÈNE 1 : BAYE DIOP, YAYE AMY
BAYE DIOP
Bonjour mère. As-tu la paix ?
YAYE AMY
Dieu merci, mon fils ! Te voilà maintenant élu l’homme le plus puissant de notre pays après deux décennies de disette dans l’opposition. Que s’évanouissent tous nos soucis ! Surtout nos soucis d’argent.
BAYE DIOP
Mère, je t’en prie, pas ça ! Ne recommence pas avec ça. L’argent n’est pas la priorité. Le souci est ailleurs.
YAYE AMY
Avec de l’argent, point de souci ! Tout ce pays et ses richesses obéissent à ton doigt. Tu rempliras et videras les bourses que tu voudras. Dieu est arrivé. C’est à notre tour de profiter de la belle vie.
BAYE DIOP
Mère, je n’ai pas brigué un mandat pour avoir une place au soleil. Mon rôle est un fardeau, un sacerdoce et non une sinécure.
YAYE AMY
Tu n’as pas besoin de faire du zèle. Cela ne sert à rien. Regarde la vie en face. Ouvre les yeux. Dieu a déjà ouvert les vannes de la chance. C’est à notre tour de danser. C’est toi le roi ! Il est l’heure de récolter ce que j’ai longtemps semé dans la souffrance. Oui, j’ai déjà joué mon rôle. J’attends maintenant mon salaire.
BAYE DIOP
Je ne suis pas un roi, je suis un président.
YAYE AMY
Quelle différence entre président et roi ? Ici, sous les tropiques, c’est la même chose. Nous ne sommes ni aux États-unis, ni en France, ni en Russie pas moins en Chine ou au Brésil ou je ne sais dans quelle autre contrée. Ici, c’est l’Afrique et c’est la tradition monarchique qui gouverne. Un président est un roi. Une république est un royaume. Les citoyens sont des sujets. C’est comme ça. C’est ce que nous avons hérité de nos ancêtres. Démocratie, nous ne connaissons pas. Et ta caisse noire ? C’est un devoir que de profiter de cette bourse que le ciel a déliée pour toi, pour la famille, pour la lignée, pour tes amis, tes voisins…
BAYE DIOP
Ce n’est pas ça, mon rôle. On ne m’a jamais investi pour encourager le règne du népotisme, du favoritisme et du détournement. Je joue la carte de la bonne gouvernance.
YAYE AMY
Parce que tu veux me faire croire que tu es ignorant au point de ne pas savoir que même dans ces pays qui font semblant d’avoir les mains propres, les gouvernants sont corrompus jusqu’à la moelle épinière et que tous obéissent aux logiques de puissants lobbys. Un président honnête n’existe pas. Tous, je te dis tous et sans exception et sur tous les sols s’enrichissent et enrichissent leur famille. Ils font des faveurs.
BAYE DIOP
Moi, je ne suis pas les autres. Avec l’argent que j’ai honnêtement gagné, je ferai ce que j’ai à faire pour toi.
YAYE AMY
S’il s’agissait seulement de moi ! Tu veux m’honorer, mais pas avec les autres. Tu feins d’oublier que nous sommes en Afrique et c’est la famille qui compte. Elle est sacrée. Cette famille a tout donné pour toi. Je veux que tu prennes bien soin de tes oncles, de tes tantes, de tes cousins, des parents de ta femme et de ses proches. C’est comme ça que le pouvoir se gère ici. Il faut redorer le blason de la famille. Ce sera pour moi une déception atroce que de voir ne serait-ce qu’un des miens qui souffre.
BAYE DIOP
Et si les nôtres ne le méritent pas ? Il faut qu’ils gagnent leur place comme tout le monde.
YAYE AMY
Ne me parle pas de mérite comme s’il y avait une relation logique entre l’effort de la personne et sa situation. Sans les tiens dans ton entourage, tu es perdu. Oui ! Tu es vulnérable. On va te trahir. Tu seras massacré. Tous ceux qui sont passés par là ont placé leurs parents sans aucun mérite. Ils n’en sont pas morts et le pays est toujours vivant.
BAYE DIOP
Et voilà la situation ! On a mis des incapables devant : des gens qui ne peuvent pas faire le travail, qui ne savent pas monter un bon spectacle, qui n’ont pas les compétences pour jouer, écrire un bon scénario, trouver les meilleurs acteurs... Au palais, il y a des médiocres qui sucent le sang du peuple ; dans les hôpitaux, il y a des infirmiers et qui ne savent pas tenir une piqûre ; dans les écoles, on y trouve des enseignants qui ne sont pas plus experts que leurs élèves ; dans les bureaux, il y a des analphabètes. Les médiocres sont devenus les modèles. Et tout cela, pourquoi ? Il fallait faire plaisir aux parents et à la clientèle politique. Et voilà que ça sent la catastrophe. Le navire ne peut pas avancer. Il prend de l’eau. Alors, il faut remplacer l’équipage, en route vers le sommet ou maintenir les médiocres pour aller au fond de l’océan.
YAYE AMY
Dans les pays qui chavirent, seuls les pauvres meurent. Nous, nous sommes en première classe. Et le rôle d’un président est de protéger les riches contre les pauvres et les forts contres les faibles. Ce navire va couler. Il ressemble à tous les navires d’Afrique. Il faut donc préparer les issues de secours. Ne fais pas le stupide !
BAYE DIOP
Jamais ! Sauver le navire ou périr.
YAYE AMY
Mourir ? Je ne compte pas me sacrifier pour ce peuple qui ne sait pas se sacrifier. Je t’ai dit ce qui me tient à cœur. Si tu peux le faire, j’en serai fort heureuse. Si cela demeure impossible, je sais à quoi m’en tenir. Pendant ce temps, continue à faire ton théâtre.
BAYE DIOP
Il faut essayer de comprendre. On nous regarde de partout. On nous attend et les critiques seront sans pitié. Ils guettent la moindre erreur, la moindre fausse note dans les répliques, dans le scénario, dans le choix des acteurs, dans la mise en scène…
YAYE AMY
Et moi, tu ne peux pas essayer de me comprendre. Oui, tu penses à ta réputation. Moi aussi, des critiques, j’en ai ! Ce sont les miens. Si tu ne veux pas prendre soin d’eux, tu peux rester loin de moi. Au moins, mes parents sauront que je n’ai pas cautionné ton ingratitude. Je dois aller prier.
SCÈNE 2 : BAYE DIOP, SERIGNE DAME
BAYE DIOP
C’est bien vous, mon cher marabout. Prenez place, je vous en prie.
SERIGNE DAME
Je n’aime pas me mettre sur ces fauteuils trop moelleux. Ils sont trop confortables pour un voyageur sans bagage. Prêtez-moi un tapis de prière. Cela suffira, incha Allah.
BAYE DIOP
Toujours égal à vous-même. Toujours démissionnaire de ce bas monde. Que votre lumière puisse nous illuminer !
(Amiin et il continue)
Excusez-moi de vous avoir fait venir. Dans les normes, c’est le disciple qui se déplace pour aller voir son marabout. Mais je ne peux plus aller où je veux, quand je veux et comme je veux. Il suffit que je vous rende visite pour que les autres marabouts exigent la même chose. Je suis tellement secoué. Et la personne qui cause mon désarroi est ma mère. Je ne veux pas la voir souffrir, mais aussi pour son bonheur, je ne peux pas rompre le serment. Je voudrais que vous lui parliez.
SERIGNE DAME
Je suis un simple marabout qui passe la nuit sur terre et jamais au ciel. Pourquoi ne me déplacerai-je pas pour aller rendre visite à mon disciple, à plus forte raison quand celui-ci est mon président et celui de tout un peuple. Je suis citoyen comme tout le monde. Quel est l’objet de votre discorde ?
BAYE DIOP
Ma mère voudrait de l’or, des châteaux et faire des largesses à tous ses parents. Or, moi, je ne suis qu’une créature à qui on a confié un pouvoir et qui rendra indubitablement des comptes.
SERIGNE DAME
Si c’est cela qui a mis ta mère hors d’elle, elle t’a maudit injustement. À sa place, j’aurais prié et pleuré. Baye, vous les politiques, vous aimez tellement le pouvoir : ce fauteuil qui vous brûle, vous déshumanise et vous abrutit. Qu’est-ce que vous êtes ignorants ! Avez-vous pesé la charge avant de la porter ? Dieu merci que tu en sois conscient ! Mais malheureusement, sous les tropiques, quand un de nos parents est élu président, ministre ou député, la famille jubile, devient euphorique et les coups de téléphone pleuvent. Chacun croit que la pauvreté va faire ses bagages et aller couler ses beaux jours ailleurs. Quel dommage ! Quelle ignorance ! Aucun bonheur dans ce rôle, excepté celui du don de soi.
BAYE DIOP
Serigne Dame, je sais que la charge est très lourde pour l’oreille qui n’est pas sourde. Mais les piliers qui devraient me servir d’appui sont en train de me fuir comme si j’étais devenu objet à vomir. Tous mes parents croient qu’ils sont désormais riches parce qu’ils voudraient que je triche. Or, tel est loin d’être le cas pour qui sait tout ce que j’ai promis pour être là.
SERIGNE DAME
Vous avez décidé d’emprunter le droit chemin. Or, celui-ci est parsemé d’embûches, de haine, de jalousie et d’inimitié. Méfie-toi de ton pouvoir, de tes passions, de l’injustice et des flatteurs. Quoi qu’il advienne, qui que tu puisses être, tu seras enterré et les anges viendront te questionner sur ce que ton âme aura pétri. Aie ce jour en vue et tu auras la justice à tes côtés. Je prierai afin que Dieu soit ta torche. Aie confiance en lui ! Seul son scénario compte. En ce qui concerne Yaye Amy, j’irai lui parler. Je lui ferai entendre raison pour qu’elle cesse de hurler. Il est temps de me retirer. L’heure de la prière est proche et j’entends la voix de ta femme qui s’approche. On dirait qu’elle vient par ici.
SCÈNE 3 : NAFI, BAYE DIOP
NAFI
Monsieur, mon mari, Président de la République, d’où te vient ce visage si triste ? Ces temps-ci, tu devrais nager dans un grand bonheur au lieu d’avoir ta mine de chien battu.
BAYE DIOP
Toujours ma mère ! Toujours la même demande ! Tous les jours l’argent au centre de nos querelles !

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