Polenta-Vodka
23 pages
Français

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Description

Polanta-Vodka, un monologue gustatif où s’associent épices, épidermes et géographie. Au gré des recettes et des rencontres, on voyage, on explore des contrées inconnues, on découvre des sensations inédites. Et on ose des mélanges audacieux…
En 2004, une première version de ce texte a fait l’objet d’un spectacle en appartement, interprété par Emmanuelle Tonnerieux.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 13
EAN13 9791022101042
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Benoît Fourchard

Polenta-Vodka

© Presses Électroniques de France, 2013
1 -

Au début, rien.
Enfin, presque rien.
Juste un émerveillement.
Des dunes et des dunes et des dunes à perte de vue.
Comme un défi.
Je marche dans le désert saharien. Depuis des jours. Goutte par goutte j'économise le contenu de ma gourde. Je l'évalue à 7 ou 8 centilitres. Pas de quoi nous faire une inondation. Tu ne tiendras pas très longtemps, me confie en ricanant le peu qu'il me reste de lucidité. Je jette mon regard le plus loin possible vers l'horizon, à la recherche d'une trace d'espoir.
Ou d'une seule bonne raison de continuer cette marche forcée.
Les dunes ondulent se dandinent et dodelinent. Leurs courbes mouvantes sont des corps dorés. Des lignes qui montent descendent montent descendent ondoient louvoient. Ondes lentes qui papillonnent au fond de mes yeux. Qui viennent vibrer jusque sous mes pieds. Mes pieds nus dans mes croquenots qui se posent péniblement l'un devant l'autre. Qui tardent rampent se traînaillent, le gauche le droit le gauche le droit, mécanique qui se grippe se rouille se raidit. Sous le sarouel mes jambes nues se tétanisent. Sous le lin de ma chemise mon ventre ruisselle. Mes seins et mon cou prolongent la ligne des dunes. Je fais corps avec le désert. La bonne affaire. L'heureuse idée que ce voyage solitaire. Mon jeune âge sans doute. Fougue et orgueil d'une sortie d'adolescence. Envie d'aventure. Rébellion. Arrogance. Pourrait-on dire simplement, si on se contente de me regarder de l'extérieur.
Un peu tout ça à la fois sûrement.
On me regarde, on me voit fière. Mais en réalité, au fond de moi, ceux qui auraient la curiosité d'explorer mes entrailles y découvriraient surtout l'envie féroce de n'être pas pareille. Refuser le rôle distribué au départ. Éviter absolument d'être dans la vie comme le commun des mortels. Ne pas prendre la place qu'on m'a d'avance attribuée. La place de la petite la dernière la fragile. La fille. Avoir le choix. Ne pas ressembler aux autres. Aux amis aux frères aux sœurs. Aux parents surtout. Enfin non, ce n'est pas exactement ça non plus. Parce qu'ils ne sont ni mieux ni pire que d'autres. Ils sont juste comme tout le monde. Et je n'ai rien de particulier à leur reprocher. Non. Je veux juste prouver que je peux. Prouver ma capacité de. Prouver que je peux marcher me débrouiller seule. Prouver que je suis ce que je suis et que je l'assume. Même si je ne sais pas encore précisément qui je suis ni qui je serai. Je sais juste ce que je ne serai pas et ce que je ne veux pas être.
Prouver que je peux traverser solo une partie du désert.
Oui je sais. C'est arrogant. Ou stupide. C'est en tout cas encore un peu flou et impalpable.
Mais pour moi c'est comme une évidence. Quelque chose d'inscrit dès le départ. Comme une nécessité qui guiderait mes pas.
En attendant je suis dans de beaux draps.
Je me demande si je ne me suis pas surestimée.
De beaux draps.
Des draps blancs et frais.
Des draps très blancs. Et très vaporeux, comme emportés par une soufflerie silencieuse.
Des draps sous lesquels ondoient les dunes, lentement, mouvements parallèles du coton et du sable, dans la chaleur dans la fraîcheur, palpitations tranquilles.
Je fouille au plus profond de mes yeux. Aperçois une silhouette. Minuscule. Une silhouette bleue.
La silhouette se rapproche tremblotante et imprécise puis plus nette, elle surfe sur les vagues de sable, mon voyage me semble soudain moins stupide, mes pas s'accélèrent mon souffle se précipite mes yeux me picotent mon corps dégouline mes jambes flageolent.
Tout devient blanc.
Je suis sûrement dans les beaux draps. Ou dans la neige. Il fait frais.
Un son aigu et lointain, un son comme une respiration. Pas désagréable.
Je reste longtemps dans tout ce blanc immobile.

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