Socio-anthropologie des joueurs d échecs
280 pages
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Socio-anthropologie des joueurs d'échecs , livre ebook

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Description

La place du jeu d'échecs dans la vie sociale et les conséquences de sa pratique sur le processus de sociabilisation des joueurs constituent les thèmes centraux de cet ouvrage. L'étude porte sur différents aspects: les joueurs amateurs, les clubs d'échecs, les relations sociales qui se nouent lors des compétitionss et, plus spécifiquement, les joueurs d'échecs professionnels dont le métier, la vie privée, les comportements de loisir témoignent de ce que la pratique du jeu rejaillit sur toutes les facettes de leur existence.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2005
Nombre de lectures 238
EAN13 9782336270135
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Socio-anthropologie
Collection dirigée par Pierre BOUVIER
Pierre Noël DENIEUIL, Femmes et entreprises en Tunisie : essai sur les cultures du travail féminin, 2005.
Léa SALMON-MARCHAT, Les enfants de la rue à Abidjan, 2004.
Socio-anthropologie des joueurs d'échecs

Jacques Bernard
© L’Harmattan, 2005
9782747584623
EAN : 9782747584623
Sommaire
Socio-anthropologie Page de titre Page de Copyright INTRODUCTION PREMIERE PARTIE - CARACTERISTIQUES DU JEU D’ÉCHECS
Chapitre 1 - LA NAISSANCE ET L’EVOLUTION HISTORIQUE DU JEU D’ECHECS Chapitre 2 - DE LA NATURE DU JEU D’ECHECS Chapitre 3 - LES ECHECS COMME EXPERIENCE INTERIEURE
DEUXIEME PARTIE - ETUDE SOCIO-ANTHROPOLOGIOUE DU MILIEU DES ECHECS FRANCAIS
Chapitre 4 - PRESENTATION DU MILIEU DES ECHECS EN FRANCE Chapitre 5 - LES JOUEURS AMATEURS Chapitre 6 - LES JOUEURS PROFESSIONNELS Chapitre 7 - LES CLUBS D’ECHECS
TROISIEME PARTIE - LES ECHECS DANS LA SOCIETE, QUELLE PLACE POUR LE JEU, QUEL RÔLE POUR LES JOUEURS ?
Chapitre 8 - LA PLACE DU JEU ET DE L’ELEMENT LUDIQUE DANS LA VIE SOCIALE Chapitre 9 - LA PLACE DES ECHECS DANS L’IMAGINAIRE COLLECTIF Chapitre 10 - LE JOUEUR D’ECHECS ET LA NORME : ANTHROPOLOGIE D’UNE FORME LUDIQUE DE DEVIANCE
CONCLUSION BIBLIOGRAPHIE
INTRODUCTION
« Je hais le jeu d’échecs et le fuis, de ce qu’il n’est pas assez jeu et qu’il nous ébat trop sérieusement » 1 regrettait Montaigne, en 1580. Cette critique semble paradoxale : le grand humaniste du XVI ème siècle déplorait que le défaut majeur d’un jeu soit son manque de caractère ludique ; il ne satisfait pas à son objectif, il ne divertit pas. Comment un jeu pourrait-il faire l’objet d’un semblable grief?
La spécificité du jeu d’échecs, au sein de la mosaïque si disparate des différents jeux inventés par l’homme, semble portant corroborer la vision de Montaigne : le jeu d’échecs nous ébat sérieusement. Bien jouer aux échecs, au-delà de la simple connaissance des règles du jeu, exige une somme d’efforts, un patient travail, une laborieuse activité qui apparaissent fort éloignés du divertissement ludique tel qu’il est habituellement conçu. La particularité du jeu d’échecs rend sa pratique singulière et le joueur d’échecs unique, par comparaison avec les différentes catégories de joueurs qui ont fait l’objet de recherches détaillées, dans différents champs des sciences sociales. Cette activité influence le joueur, sans doute bien au-delà de la simple réalité technique du jeu, et dépasse la temporalité ludique pour déborder sur différents aspects de la vie courante ; savoir lesquels constituera tout l’objet de cette étude, dont le sens pourrait être défini comme suit : dans quelle mesure la pratique sinon professionnelle, du moins assidue, du jeu d’échecs, modifie-t-elle le processus de socialisation du joueur ?
Cette question, qui semble assez vaste, est en réalité très circonscrite, car elle ne s’applique qu’à un nombre limité d’individus, ceux qui pratiquent « assidûment » le jeu d’échecs. Une telle restriction est destinée à éviter deux écueils courants dans l’étude des phénomènes ludiques et qui tiennent à la définition de l’ensemble étudié : d’une part, la généralisation outrancière si l’on prend en compte l’ensemble de la population concernée, même indirectement, par le phénomène, et d’autre part la biographie naïve, lorsque seules les spécificités personnelles des champions reconnus de la discipline sont analysées.
Les échecs sont un jeu millénaire et l’étude des phénomènes ludiques avait déjà été abordée par Platon 2 ; néanmoins, très rares sont les travaux de nature sociologique ou anthropologique qui aient été spécifiquement consacrés aux joueurs d’échecs. Certes, Jacques Dextreit et Norbert Engel ont écrit un ouvrage riche, complet et documenté 3 , mais à la portée très générale, sans aborder spécifiquement le domaine central retenu ici : les particularités sociologiques des joueurs de compétition. Plus proche de ce champ d’étude est le travail de Thierry Wendling, Ethnologie des joueurs d’échecs qui, dans une approche originale, mélange de Huizinga et de Malinowski, a décrit avec une justesse sans doute inégalée les joueurs d’échecs amateurs, passionnés par le jeu mais pour qui les échecs demeurent une activité de loisir, au sens de Thorstein Veblen. Wendling a délibérément occulté dans son étude le cas des joueurs professionnels et précisait, en introduction de son travail, qu’il lui « fallait rompre avec ces innombrables Histoires des échecs qui, collectionnant les coups d’éclat et les anecdotes, fabriquant une hagiographie échiquéenne où la nature extraorrlinaire du champion est sans cesse réaffirmée » 4 .
Mais il existe toute une frange de la population des joueurs d’échecs, se situant entre les simples amateurs et les grands champions reconnus, et qui demeure en dehors de son étude ethnographique : c’est justement dans cet interstice que j’ai décidé de m’immiscer, pour m’intéresser tout particulièrement au cas des amateurs éclairés et des professionnels qui, sans faire partie des meilleurs joueurs du monde, n’exercent aucune autre activité que la pratique du jeu d’échecs. Cette population mérite en effet l’attention, notamment parce que le jeu d’échecs est l’une des très rares formes ludiques qui ait donné naissance à de telles vocations 5 . Le petit nombre, voire l’absence d’études antérieures portant sur ce sujet rend sans doute plus malaisée, mais aussi plus novatrice, une telle approche. Il faudra défricher un terrain encore vierge.
Si les recherches en sciences sociales portant sur le jeu d’échecs ne sont pas nombreuses, en revanche, peu de jeux sont aussi présents dans les représentations collectives, dans l’imaginaire métaphorique des individus. Il existe, pour les néophytes, une forte identification entre la maîtrise des échecs et l’intelligence, les capacités d’analyse et de mémoire prêtées aux joueurs. Cette confusion n’a souvent pas lieu d’être, comme l’ont d’ailleurs spontanément avoué les joueurs interrogés à ce propos, mais elle semble si profondément ancrée dans les consciences qu’elle se retrouve dans nombre de domaines fort éloignés du champ ludique. Les comparaisons entre les échecs et les théories militaires, les stratégies politiques sont innombrables, comme le sont les utilisations publicitaires du jeu, suggérant la distinction, la rigueur ou encore la supériorité intellectuelle. Pourquoi l’image du jeu d’échecs possède-t-elle cette singulière force d’évocation, alors même que la connaissance réelle du jeu n’est partagée que par un tout petit nombre d’individus ?
Il faut en effet préciser que si beaucoup de personnes prétendent connaître le jeu d‘échecs 6 , seule une infime partie de cette population possède les rudiments stratégiques les plus élémentaires. A titre d’exemple, tous les joueurs cités dans ce présent ouvrage, même les moins expérimentés, gagneraient très certainement n’importe quelle partie contre un néophyte qui ne connaîtrait des échecs que les règles de base et le maniement des pièces. La probabilité que ceux-ci l’emportent sur ceux-là est sans doute aussi réduite que celle de voir un obscur joueur de club battre le champion du monde.
Et c’est sans doute parce qu’il est difficile de dissocier l’étude du jeu de celle des joueurs, les spécificités de l’une ayant des conséquences sur les particularités de l’autre, qu’il apparaît nécessaire d’avoir recours aux instruments de la socio-anthropologie. Se borner à une étude sociologique du milieu des échecs pourrait ne fournir qu’une image figée, imprécise, de ses composantes alors qu’une approche uniment anthropologique, faisant une large part à la monographie, laisserait dans l’ombre bien des spécificités du jeu d’échecs, pour ne retenir que l’expérience personnelle des joueurs. Ces deux aspects ne sauraient être dissociés, tant leur imbrication est à la base même de la problématique de ce présent travail.
Pierre Bouvier, analysant les mutations actuelles des sociétés contemporaines, justifiait ainsi son recours aux vertus d’une méthode d’analyse transdisciplinaire

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