ROBERT PICHÉ aux commandes du destin
96 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

ROBERT PICHÉ aux commandes du destin

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
96 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Nouvelle édition actualisée et enrichie d’une mise à jour écrite par Robert Piché : un témoignage à lire et à relire pour qui croit que tout est terminé.
Avec une préface de Michel Côté, qui a incarné le célèbre commandant dans le long métrage Piché : entre ciel et terre.
Ce livre relate le parcours peu banal du célèbre commandant devenu héros national le 24 août 2001, jour où il a fait atterrir d’urgence aux Açores un Airbus A-330 d’Air Transat, sauvant ainsi la vie de 306 personnes. L’événement a beaucoup affecté le commandant Piché, et de vieux souvenirs, dont celui de son incarcération aux États-Unis, sont alors remontés à la surface.
Véritable succès de librairie avec près de 100 000 exemplaires vendus, cet ouvrage de Pierre Cayouette est réédité en format poche pour souligner le 15e anniversaire de l’exploit qui a tant marqué l’imaginaire des Québécois.
Une partie des profits sera versée à la Fondation Robert Piché, qui aide des organismes œuvrant auprès de personnes aux prises avec une dépendance.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 31 mars 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9782923794839
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

ROBERT P I C H
AUX COMMANDES DU DESTIN
ROBERT PICH
AUX COMMANDES DU DESTIN
PIERRE CAYOUETTE
R vision linguistique et traduction fran aise: Eve Renaud
Photo de la page couverture: Ghyslain Lavoie
Conception de la couverture: Kinos
Conception graphique et mise en page: Interscript
Impression: Marquis
Nouvelle dition en format poche
Copyright ditions Sylvain Harvey 2016
ISBN: 978-2-923794-82-2
Tous droits de traduction, de reproduction et d adaptation r serv s; toute reproduction d un extrait quelconque de ce livre par quelque moyen que ce soit est strictement interdite sans l autorisation crite de l diteur.
Publi en 2002 et en 2010 chez les ditions Libre Expression
Imprim au Canada
D p t l gal - Biblioth que et Archives nationales du Qu bec, 2016
D p t l gal - Biblioth que et Archives Canada, 2016
ditions Sylvain Harvey
T l phone: 418 692-1336 (r gion de Qu bec)
Sans frais: 1 800 476-2068 (Canada et tats-Unis)
Courriel: info@editionssylvainharvey.com
Site Web: www.editionssylvainharvey.com
Diffusion: Les Guides de voyage Ulysse
Distribution au Canada: Socadis
Les ditions Sylvain Harvey remercient la Soci t de d veloppement des entreprises culturelles du Qu bec (SODEC) pour son aide l dition et la promotion.
Gouvernement du Qu bec - Programme de cr dit d imp t pour l dition de livres - Gestion SODEC
Nous reconnaissons l aide financi re du gouvernement du Canada par l entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activit s d dition.

Ce livre est aussi offert en versions num riques:
ISBN: 978-2-923794-83-9 (e-pub)
ISBN: 978-2-923794-84-6 (pdf)
Table des mati res
Pr face de Michel C t
1. Miracle aux A ores
2. Un aventurier pr coce
3. Le grand voyage initiatique
4. Les bums de l aviation
5. La Jama que, du r ve au cauchemar
6. L art de survivre en prison
7. La libert retrouv e
8. Dans la jungle de la ville
9. En taxi Iqualuit
10. Cap sur Terceira
11. La cigarette du survivant
12. Le h ros d boulonn
13. Les plaies de l me
14. La rencontre d un singulier personnage
Robert Pich c ur ouvert
pilogue
mon Commandant
Pr face de Michel C t
Peut- tre avez-vous d j entendu parler du ph nix, cet oiseau mythologique qui renaissait de ses cendres? Toujours dans la mythologie grecque, vous vous souvenez du fils de D dale, Icare qui, voulant voler toujours plus haut s est approch trop pr s du soleil jusqu br ler ses ailes? Il est tomb de haut.
Quand je pense Robert Pich , ces deux fabuleuses l gendes me rappellent un peu son incroyable parcours.
Petit, Robert regardait d coller les avions et r vait lui aussi de voler haut, tr s haut, toujours plus haut. En soi, c est une grande qualit de vouloir se d passer. Mais c est peut- tre ce d sir d mesur de d passement qui l a amen flirter avec l illicite. Pour moi, Robert fait partie de ces gens qui ont une vie exceptionnelle. Ces gens qui aiment la vie plus que tout et qui mordent dedans pleines dents. Son go t du risque et de l aventure lui a apport des moments de grand bonheur, mais aussi de grandes d ceptions.
Ce qui m impressionne le plus dans sa vie tumultueuse, c est qu il ait r ussi retrouver son poste de commandant d un avion de ligne apr s un d sastreux passage vide, victime et en m me temps prisonnier de ses d mons.
J ai tellement d admiration pour les hommes qui, au lieu de tout abandonner, trouvent la force de se battre avec courage afin de retrouver leur fiert et le respect qu ils m ritent. Au moins deux fois dans sa vie, il a prouv tout le monde que peu importe ce qui arrive, on peut rena tre et voler encore plus haut et plus loin. Bravo Robert!
J ai eu le privil ge d incarner Robert Pich au cin ma. Ce film restera un v nement marquant de ma carri re. Pendant le tournage de certaines sc nes, j ai vraiment ressenti le trouble, le d sarroi et le stress qui devaient r gner dans le cockpit pendant les pires moments du vol TS-236. Je n oublierai jamais ce sentiment.
Robert reste un homme entier, g n reux et franc. Il ne dit pas tout ce qu il pense, mais il pense tout ce qu il dit. Si vous le rencontrez aujourd hui, vous verrez un homme calme, confiant, au sourire craquant ( a, ce sont les femmes qui le disent), une personne libre. Son pass , son pr sent et son avenir sont limpides et ne font qu un.
Il n aime pas qu on dise de lui qu il est un h ros. Peut- tre un peu malgr lui, il pr f re se d crire comme un homme qui s est donn les outils pour affronter le pire. Et a, a s appelle un grand instinct de survie. Mais entre nous, on peut bien le dire, il a fait preuve d une grande bravoure et d un sang-froid absolument remarquable. Beaucoup d autres auraient chou o lui a r ussi.
Cher Robert, continue de partager ta connaissance de la vie. La tienne t en a appris assez pour que tu puisses en faire profiter les autres.
Bons vols!
1
Miracle aux A ores
"C est s rement Robert! a ne peut tre quelqu un d autre! Plusieurs parmi les parents, amis et coll gues du pilote Robert Pich ont eu ce mot, le 24 ao t 2001, quand ils ont appris par l entremise de la radio ou de la t l qu un Airbus A-330 d Air Transat venait d atterrir en catastrophe l a roport de Laj s, sur l le de Terceira, dans l archipel des A ores, la suite d une panne de moteur. Les premi res d p ches r v laient qu il n y avait ni mort ni bless grave.
Les proches du commandant Pich ont pens lui quand ils ont entendu les reporters et les experts vanter l habilet et le sang-froid exceptionnels du pilote dans ces circonstances. Ils ont devin que c tait Robert Pich parce qu il fallait que ce soit lui, dans la mesure o sa vie est une suite d v nements peu banals et de situations p rilleuses dont il finit toujours par se sortir, contre toutes probabilit s.
Jusqu la fin de ses jours, Robert Pich gardera en m moire ce jeudi 23 ao t 2001 et la nuit qui a suivi. C tait une belle journ e de fin d t , les chaleurs caniculaires taient enfin termin es et les 23 degr s annon aient la grande rentr e d automne, malgr le soleil encore chaud qui se faufilait entre les nuages. Ce matin-l , il ne s est pas rendu comme l habitude au gymnase o il s entra ne religieusement tous les jours. Sachant qu il partait le soir m me pour l Europe, il a pr f r rester aupr s de son pouse, R gine. Dans la matin e, le couple a rendu visite des amis, dans les Laurentides. Le paysage tait splendide et, mesure qu ils roulaient vers le Nord, la for t commen ait lentement changer de couleur. Comme la plupart des gens qui ont des formations techniques ou scientifiques avanc es, Pich n est ni superstitieux ni adepte de parapsychologie ni vers dans l sot risme. Cela dit, il jure avoir eu, quelques semaines auparavant, une trange pr monition, un pressentiment confus, mais assez fort pour qu il s y ouvre. Un soir, avant de se glisser dans le lit, il avait confi R gine avoir eu "l impression que quelque chose de gros allait lui arriver sur le plan professionnel . Son pouse avait fait peu de cas de cette confidence et tous deux s taient vite endormis.
En ce d but d apr s-midi du 23 ao t, R gine d pose son mari l a roport de Mirabel. De l , le commandant Pich effectuera la derni re portion d un vol Paris-Montr al-Toronto. Les compagnies a riennes profitent souvent de ces escales pour renouveler les quipages. Au cours de cette br ve envol e vers Toronto, il bavarde avec des amis pilotes venus le saluer dans le cockpit. Il y a parmi eux un ancien coll gue de Qu becair, le commandant Jean-Marc Roy, avec qui il a ressass de beaux souvenirs de la fin des ann es 1970.
Rendu l a roport Pearson, Pich a tout son temps puisque son d part pour le Portugal n est pr vu que quatre heures plus tard. Il en profite pour se reposer, v rifier la m t o et changer ses impressions avec des navigants qui s envoleront le m me soir pour l Europe ou d autres destinations. Dans la salle des op rations, attenante la salle des quipages, on lui remet son plan de vol et les pr visions m t orologiques. Tout lui laisse croire qu il s agira d un vol de routine, car les conditions s annoncent excellentes.
Il prend place l heure pr vue dans le cockpit de l Airbus, apr s avoir fait toutes les inspections d usage. 20 heures, l appareil est repouss de la barri re. Il y avait un trafic au sol consid rable, ce soir-l , car une seule piste tait ouverte. Il est le 22 e dans la file de d collage.
Apr s quelques minutes d attente, l Airbus 330 pilot par le commandant Robert Pich d colle de l a roport Pearson, destination de Lisbonne, au Portugal. Le vol TS-236 compte son bord 291 passagers, en majorit des Portugais ou des Canadiens d origine portugaise, et 13 membres d quipage. L appareil monte 37 000 pieds d altitude et se dirige vers Halifax.
L arriv e destination est pr vue pour 3 heures (heure de Montr al). Pendant pr s de quatre heures et demie, c est un vol transatlantique sans histoire, comme il s en fait des milliers chaque ann e. Les passagers, entre deux services, ont droit au film Chocolat . Ceux que le visage de Juliette Binoche et le film de Lasse Hallstrom laissent de glace dorment paisiblement ou ont le nez plong dans quelque lecture. Comme la majorit des voyageurs modernes, ils avaient regard d un il distrait le r sum des consignes de s curit avant le d collage.
Lorsque l Airbus survole Halifax, le commandant Pich demande la permission de monter 39 000 pieds pour entreprendre sa travers e de l Atlantique. Gander, le contr leur a rien accorde l autorisation au pilote, mais lui donne une nouvelle route a rienne, 60 milles plus au sud de la route pr vue. En fonction du trafic a rien et de la m t o, il est fr quent que les pilotes voient ainsi leur plan de vol modifi . Cette fois, l quipage du vol TS-236 a t dirig vers le couloir a rien le plus au sud. Ce changement au plan de vol a une importance capitale et a directement contribu sauver plus de 300 vies. Sans cette modification son parcours, a-t-on r alis plus tard, le commandant Pich aurait t court de 15 milles pour atteindre l le de Terceira.
Vers 1 h 25, le commandant de bord et son premier officier, Dirk De Jager, constatent un s rieux probl me d alimentation en k ros ne. Apr s en avoir saisi les contr leurs a riens, Robert Pich d cide d s lors de se d router et de faire cap vers l a roport de Laj s, sur l le de Terceira, dans l archipel des A ores.
Il pr vient alors la directrice de vol, Meleni Tesic, qu il se dirige d sormais non plus vers Lisbonne, mais plut t vers l a roport de d gagement et lui demande d interrompre les services, d en informer les passagers et de les pr parer un amerrissage. Meleni Tesic et ses agents de bord donnent les consignes de s curit aux passagers qui doivent alors enfiler leurs gilets de sauvetage.
La perte de carburant semble importante, mais le commandant croit malgr tout pouvoir atteindre sa nouvelle destination sans perdre l usage de ses moteurs. Apr s 30 ans d exp rience, l ventualit d une perte de carburant majeure, la nuit, au milieu de l Atlantique, lui appara t improbable.
Au moment du d routement vers Terceira, l appareil se trouve 300 milles nautiques au nord-est de cette le qui h berge un a roport militaire portugais et am ricain, qui accueille aussi des vols commerciaux. L endroit tait d j pr vu dans les donn es de vol comme lieu d atterrissage en cas d urgence. La piste a une longueur de 3 500 m tres, une distance nettement sup rieure aux besoins de l appareil, du moins dans des conditions normales.
1 h 48, le pilote fait un appel d urgence au contr le de Santa Maria. 2 h 13, le moteur droit s teint. Quelques minutes plus tard, soit 2 h 26, le moteur gauche cesse son tour de fonctionner. L Airbus est alors 32 000 pieds (9 850 m tres) d altitude, 100 milles nautiques (environ 185 kilom tres) de l le de Terceira. Les passagers sont brutalement plong s dans l obscurit . Soudainement, les masques oxyg ne se d ploient. M me les feux de position de l appareil s teignent. Les agents de bord l vent la voix pour donner leurs consignes, car les microphones ne fonctionnent plus. Il n y a pas de panique chez les passagers. Tous ob issent aux ordres. " voir le visage du personnel et entendre la voix des agents de bord, on a r alis que quelque chose de grave se produisait, que notre vie tait en danger. Plus tard, quand j ai entendu les moteurs s arr ter, j ai pens ma fille que je laissais orpheline. Je rends gr ce au pilote pour son atterrissage , a t moign Agostinho Romeiro, 57 ans, un passager originaire de Bradford, en Ontario. Pendant quelques instants, il r gne un silence lourd dans la cabine des passagers. Plusieurs voyageurs tremblent de peur, certains pleurent. Les personnes g es prient. Connie et Luis Magalhaes, un couple de Winnipeg voyageant bord du vol TS-236, ont ainsi d crit l ambiance: "Quand les agents de bord ont d barrass tous les couverts du petit-d jeuner et sont r apparus v tus de leurs gilets de survie, certains ont commenc pleurer et crier. D autres priaient voix haute. nos c t s, une jeune m re sanglotait: Mon Dieu, sauvez-nous! J ai deux enfants Toronto qui ont besoin de moi! Les journaux du monde entier ont repris les propos du passager Daniel Rodrigues, 24 ans, apprenti pilote d h licopt re de la r gion de Toronto: "Ma femme tait hyst rique. Mon beau-p re tait blanc. Je ne sais pas comment j ai fait, mais je suis demeur calme. Je me souviens de m tre dit que je n avais pas de testament. Ou encore celui, mi-tragique, mi-ironique, d un tudiant de 18 ans, Vasco Dos Santos: "Je ne pouvais m emp cher de penser aux films de catastrophes d avion. Tout ce que je voyais, c tait Cast Away, Air Force One et Con Air . Des employ s de l a roport ont racont qu un couple de Portugais se disputait voix haute sur la piste, quelques minutes apr s l atterrissage. L homme, fervent croyant, d sireux de se faire pardonner ses p ch s avant de mourir afin d accro tre ses chances d aller au paradis, aurait avou sa femme, dans les derniers instants du vol, qu il l avait tromp e avec sa s ur
Dans le cockpit, Robert Pich ne dispose plus d sormais que de 30 de la capacit de l avion et il choisit de s accrocher cet espoir au lieu de s apitoyer sur la perte de 70 des possibilit s de l appareil. Gr ce aux batteries de l avion, il peut quand m me compter, en plus d une radio VHF, sur cinq instruments de base requis dans tous les avions pour la navigation: l altim tre, un horizon artificiel, l indicateur de vitesse, l indicateur de vitesse verticale et un ILS (appareil de navigation). Les enregistreurs de vol (les bo tes noires) ont cess de fonctionner lorsque le deuxi me moteur s est arr t . Dirk De Jager s occupe des communications avec les contr leurs. Pich avait d j fait quelques vols en compagnie de ce jeune copilote de 28 ans aux allures de golden boy et le savait comp tent. Une petite turbine situ e sous l aile s est d ploy e. Il s agit d une g n ratrice d urgence servant l alimentation minimale d accessoires hydrauliques. Le courant ainsi obtenu n est cependant pas suffisant pour actionner les volets - la partie de l aile permettant de contr ler la vitesse de l appareil ou l angle de descente - ou pour refermer les portes du train d atterrissage.
Quand le deuxi me moteur rend l me, le commandant Robert Pich se trouve 100 milles nautiques de Laj s, il demande alors la tour de contr le de faire clignoter les lumi res de la piste. D s qu il a rep r l a roport, il s accroche cette lumi re qui brille dans la nuit comme un don du ciel. Si le temps avait t maussade, comme la veille ou le lendemain, si une masse de nuages 4 000 ou 5 000 pieds lui avait masqu l horizon, il n aurait jamais pu voir cette piste, et ses chances de r ussir auraient t peu pr s nulles.
Pendant pr s de 20 minutes, l appareil pilot par Robert Pich effectue un vol plan au-dessus de l Atlantique. Rien au monde, jure-t-il, n aurait pu l emp cher d atteindre la piste, car il savait que s il devait risquer un amerrissage, l oc an, sous lui, serait leur cimeti re. Ces vagues, qui n offrent pas de relief vues du ciel, transporteraient sous peu les restes de 304 tres humains s il tentait d y poser son avion. Environ sept minutes avant la fin du vol, les voyageurs ont ordre de se mettre en position d atterrissage en catastrophe, c est- -dire la t te sur les genoux.
Puis, l improbable s est r alis . Au moment de survoler la piste, l avion tait encore 15 000 pieds d altitude et allait la vitesse approximative de 250 n uds (environ 450 km/h). Th oriquement, le pilote aurait encore pu faire planer son appareil sur une distance d environ 45 milles, pas plus, d o l importance d avoir t d port 60 milles plus au sud par les contr leurs de Gander.
Le commandant Pich a choisi de ne pas tourner en rond avant l atterrissage. Apr s avoir survol le bout de la piste angle droit, il a fait une boucle sur sa gauche, puis a r duit son altitude. L appareil s est pos au beau milieu de la piste, sous l il ahuri du personnel de secours ( Search and Rescue ) de l a roport. La surface pr vue pour l atterrissage est longue de 11 000 pieds et l Airbus a touch le sol environ 1 500 pieds du d but de la piste. Puisque l angle de descente tait prononc et que le pilote ne disposait pas des a rofreins sur les ailes, le choc a t brutal. L avion a rebondi et son nez est mont si haut que le commandant Pich a perdu la piste de vue, une situation qu il n avait jamais v cue en 30 ans de carri re. Il a cependant eu le g nie de ne pas tenter de man uvre et de laisser le nez retomber de lui-m me. Quand l avion a retouch la piste, il a frein de toutes ses forces. Si les roues de l appareil n avaient pas touch le sol en m me temps, l avion aurait pu rebondir sur un bout d aile et se fracasser en plusieurs morceaux. Les passagers auraient probablement t ject s.
Comme le syst me hydraulique ne fonctionnait qu moiti , le pilote n avait pas de contr le sur les roues avant pour la direction au sol. Les huit pneus du train principal ont clat au freinage. Un incendie a d but , mais il fut vite teint par les pompiers de faction. Les 291 passagers ont t vacu s en glissant sur les toboggans pneumatiques en moins de 90 secondes, gr ce au travail exceptionnel des agents de bord. Dans la cabine de pilotage, le commandant Robert Pich a donn un high five son copilote, Dirk De Jager, puis lui a souri: "Je t avais dit qu on r ussirait! Le pilote a t le dernier quitter l appareil, comme le pr voit la proc dure en pareille circonstance. Encore ivre d adr naline, il n avait, bien s r, pas encore conscience qu il venait d accomplir l un des plus grands exploits de l aviation commerciale moderne.
Il n y a eu que huit ou neuf bless s l gers. Deux femmes g es ont souffert de fractures et au moins cinq passagers ont t victimes de traumatismes psychologiques importants. En tout, neuf voyageurs ont d tre hospitalis s. Ensuite, des avocats ont intent un recours collectif au nom des 293 passagers. La poursuite de 70 millions tait dirig e contre Air Transat, le manufacturier Airbus et le fabricant des moteurs de l avion, Rolls-Royce. Les avocats ont all gu que les trois parties avaient fait preuve de n gligence. Ils ont r clam 30 millions pour souffrances et douleurs, 30 millions en dommages-int r ts particuliers et 10 millions en dommages-int r ts exemplaires.
Joao Fernando M. Silva, conducteur d un v hicule d urgence l a roport de Laj s, tait aux premi res loges pour assister ce singulier spectacle. Tout comme les passagers, il parle litt ralement de miracle: "Je crois que les pri res des pompiers au sol, au cours de ces minutes qui leur ont sembl une ternit , ont t exauc es. Le commandant Robert Pich a r ussi le vol de sa vie. Vous pouvez lui offrir une retraite dor e sur l le de son choix, il le m rite. Je ne suis pas le plus pieux d entre les hommes, mais j affirme sans h siter que nous avons, mes coll gues et moi, t t moins d un miracle. Le climat tait id al ce matin-l . Le jour pr c dent ou le jour suivant, le pilote et son quipage n auraient jamais pu r ussir cet exploit. Quelqu un l -haut veillait sur eux. Apr s l atterrissage, l quipage a fait un travail remarquable. Je n ai jamais vu des passagers sortir si rapidement d un avion, sans chaos ou panique. Plus tard, bien s r, j ai vu des gens pleurer et se serrer dans les bras. Mais, vous savez, ils n taient pas les premiers. Je n avais jamais vu avant ce matin-l des pompiers prier ensemble pour qu un avion r ussisse se poser au sol. Il aurait fallu que vous soyez dans l un de nos v hicules d urgence pour comprendre ce que je veux dire. Nous pensions tous, sans exception, que l avion n atterrirait jamais sur la piste. Alors, quand nous avons vu l Airbus A-330 appara tre dans le ciel, nous tions merveill s comme des enfants qui voient appara tre le p re No l. Je conduisais le premier camion qui a t envoy aupr s de l appareil. Le gros nuage noir que j ai vu alors m a fait croire que l appareil s tait bris en morceaux, mais pendant que je m approchais de ce nuage de fum e, j ai revu l avion en bout de piste, 600 m tres plus loin. Avant m me que je puisse me rendre jusqu l Airbus, la moiti des passagers taient d j vacu s. teindre le petit incendie des pneus s est fait rapidement et facilement. Quel soulagement pour les passagers et pour nous tous. [ ] Je ne sais pas comment la presse canadienne traite l affaire, mais ici, au Portugal, votre pilote est un h ros.
Quand il a r alis que les deux moteurs ne fonctionnaient plus et qu il se retrouvait seul au-dessus de l Atlantique, avec 300 autres passagers, Robert Pich se souvient d avoir eu ces paroles, venues du plus profond de son tre. "Ma tabarnac, tu crasheras pas! C est pas vrai que je vais mourir ici, ce soir, 48 ans. Je vais te montrer c est qui qui m ne ici.
Comme tous ceux qui se trouvent soudainement plong s dans une situation o la mort semble imminente, il dit avoir pens bri vement son pouse, ses enfants, sa m re et tous ceux qu il aime. Il avoue avoir aussi ressenti confus ment, sur son paule, le souffle de son p re, mort il y a plus de 20 ans. Tr s rapidement, le commandant de bord a repris le dessus sur l tre humain. Il s est oubli , entrant alors dans une sorte de bulle, dans la "zone , et atteignant un niveau de concentration qu il n avait jamais connu auparavant. "Je faisais corps avec l avion, c tait trange. J tais devenu l avion, raconte-t-il. Le temps n existait plus.
Les psychologues ayant creus la question ont tabli que, dans ces moments extr mes, le temps se comprime. Ceux qui ont, un jour, t en danger de mort savent qu en ces circonstances, le temps ralentit. "Sans cette capacit d tirer le temps, ancr e dans l esp ce humaine, l humanit n aurait probablement pas surv cu , affirme d ailleurs le psychologue am ricain Edward T. Hall. C est exactement ce qu a v cu le commandant Pich et, ce soir-l , il est entr dans une dimension qui chappe toutes les explications rationnelles. Durant ces quelques minutes de vol plan , Robert Pich est devenu en quelque sorte un"surhomme . Ses sens fonctionnaient plein, il avait un degr d veil situationnel extr mement lev et avait re u de son organisme des doses d adr naline exponentielles.
Il savait , il avait la certitude qu il r ussirait poser son appareil sur la piste de l a roport de Terceira, alors que plusieurs membres de l quipage et la plupart des passagers se pr paraient mourir. Rien au monde n aurait pu l emp cher de r ussir. "J tais conscient qu il n y avait pas de deuxi me chance. Je ne pouvais reprendre de l altitude si je ratais mon approche. Au moment d atterrir, j ai ressenti le plus grand buzz de ma vie. Je n ai jamais, jamais dout que je parviendrais poser cet appareil , se souvient-il.
Un an apr s son atterrissage miraculeux, Robert Pich commen ait peine r aliser ce qui lui tait arriv dans la nuit du 23 au 24 ao t 2001. Il a mis des mois s avouer qu il tait bel et bien un "survivant , qu il avait fr l la mort, tout comme les 293 passagers et les 12 autres membres d quipage. Pendant les premiers mois qui ont suivi, il s est acharn nier qu il prouvait un quelconque choc post-traumatique, ignorant les psychologues qui lui pr disaient des r actions s v res. C tait sa fa on lui de vivre ce choc in luctable. Il s est cru immunis contre toutes les cons quences, puis il a fini par comprendre, en repassant le film de sa vie, qu il fallait que ce soit lui qui se retrouve ce soir-l aux prises avec cette situation, que toute sa vie, en somme, l avait pr par ce moment et qu il avait d cid de survivre. Dans des situations extr mes, certains s effondrent et d autres s l vent un niveau qu ils ne soup onnaient pas. Lui, manifestement, s est lev .
La vie enti re de Robert Pich le pr parait en effet cet exploit. Son existence est une suite de "zones de turbulences dont il ressort toujours vivant et plus fort. Seul dans la crainte des montagnes, sur les pistes enneig es et glac es des a roports de la Gasp sie ou de la C te-Nord, aux prises avec les froids p trifiants de la baie James, face aux vents violents et aux temp tes de l le d Anticosti, dans le ciel orageux du Vietnam, dans une prison du sud des tats-Unis o il tait le seul Canadien parmi 800 d tenus, dans un a roport d gypte o il a fait escale avec un vieil appareil qu il devait rafistoler, dans la jungle du Montr al nocturne o il a t barman, sur les routes d Iqualuit o il a conduit un taxi, Robert Pich a maintes et maintes fois d faire preuve de sang-froid et d aplomb pour se tirer de situations d licates. Il a une tr s forte capacit de "sauter dans le vide , de franchir les murs. Cette fois, il venait de franchir le mur de la mort.
Tous ces pisodes lui ont permis, peut- tre mieux que quiconque, de faire face la situation la plus dramatique qu un commandant de bord puisse imaginer: une panne s che au-dessus de l Atlantique, la nuit. Les experts estiment sept chances sur un milliard la probabilit qu une situation du genre se produise. Et il a fallu que ce soit lui, ce soir-l . Il n y avait qu Robert Pich que pareil d fi pouvait se pr senter. Que lui aussi qui pouvait s en tirer. C est l histoire de sa vie.
2
Un aventurier pr coce
Chaque fois qu il retourne Mont-Joli, la ville de son enfance, Robert Pich a le c ur serr et des motions diverses l habitent. La nostalgie de l enfance l envahit, des souvenirs de l adolescence lui remontent en m moire, des images de son p re lui reviennent. D s Rivi re-du-Loup, mesure que le fleuve s ouvre et se d voile, la beaut du paysage ne cesse de l merveiller. Il lui arrive d ailleurs souvent, par temps clair, quand il survole sa r gion natale aux commandes de son gros-porteur, au retour d un voyage en Europe, de prendre le microphone et de mentionner aux passagers qu ils survolent Mont-Joli, le pays de son enfance.
Pendant chaque s jour dans la r gion o il a grandi, il est accueilli avec chaleur par ses amis. Leur "Bob , comme ils l appellent affectueusement, n a jamais reni ses origines et y est demeur tr s attach . Il aurait pu, surtout depuis les v nements du 24 ao t 2001, tourner le dos ses ex-concitoyens, mais il s en est au contraire rapproch .
Sa m re, Estelle Pich , a longtemps v cu Mont-Joli. Jusqu la fin de sa vie, elle a toujours gard sa vivacit d esprit et sa condition physique constituait un d fi la m decine moderne! Aimante, g n reuse, souriante, elle tait la bont incarn e, la m re que tous les hommes r vent d avoir. Son fils en tait conscient et reconnaissant. Elle lui a toujours ouvert les bras, ne l a jamais jug , surtout dans les jours sombres. "C est l amour de ma m re qui m a permis de passer au travers de mes ann es noires aux tats-Unis , confiera-t-il. Il se souvient de sa r ponse le jour o il lui avait lanc , du haut de ses dix ans et avec toute sa na vet d enfant: "M man, j veux m en aller, je veux faire le tour du monde. Tout en s effor ant de garder son s rieux, elle lui avait r pliqu : "Ouvre la porte et vas-y, mon gar on! Surpris, il tait sorti et s tait rendu dans un champ, non loin de la maison, pour n en revenir, penaud, que trois heures plus tard.
Jusqu aux derni res ann es de sa vie, M me Pich faisait 30 minutes d exercice tous les matins, tenait sa maison, cuisinait inlassablement, visitait r guli rement des malades et des personnes g es - des plus jeunes qu elle, bien s r! - et jouait au bridge avec son groupe d amies. Il s agissait de l avoir c toyer quelques heures pour mieux comprendre d o son d sormais c l bre fils tire son nergie d bordante, son charme et son optimisme in branlable. Elle a eu, elle aussi, une vie mouvement e au cours de laquelle elle a souvent d faire preuve de courage. N e Newport, en Gasp sie, elle s est exil e Montr al alors qu elle n avait que 17 ans pour y suivre un cours d infirmi re et y travailler. Quelques ann es plus tard, lors d un voyage Qu bec, elle a rencontr celui qui allait tre son mari et elle a tout laiss pour le suivre, follement amoureuse.
M me Pich a pass la plus grande partie de sa vie dans une coquette maison, quelques centaines de m tres peine de l a roport de Mont-Joli, o elle a lev ses quatre enfants, Pierre, Alain, Robert et Lucie. Son mari, Paul Pich , tait voyageur de commerce, connu et aim non seulement Mont-Joli, mais dans toute la Gasp sie. Il s absentait de la maison toutes les semaines et parcourait la p ninsule pour vendre et livrer des pi ces et accessoires d automobiles. Aujourd hui encore, Bonaventure, Carleton et dans la plupart des villes et villages o il s arr tait, on se souvient de lui avec nostalgie. Dans les h tels o il faisait escale, on recherchait sa compagnie. Respect et aim de tous, il n avait pas son pareil pour raconter des anecdotes ou donner des le ons de politique ses copains. Il n avait peur de rien et personne ne l impressionnait: ce sont des traits qu il a transmis son fils.
Robert Pich est n le 5 novembre 1952, Qu bec, dans la paroisse de Saint-Albert-le-Grand. De sa petite enfance, il garde peu de souvenirs, sauf peut- tre celui de ses voyages estivaux Newport. Avec sa cousine Diane, qui restera jusqu aujourd hui une amie pr cieuse, il passait des heures construire des ch teaux de sable au bord de la mer.
Il se souvient aussi avec nostalgie de son meilleur ami d enfance, Jacques Richard, qui allait devenir bien des ann es plus tard une grande vedette de la Ligue nationale de hockey. Robert Pich n avait pas tout fait huit ans quand son p re a d m nag la famille Mont-Joli, en 1960. Son copain Jacques Richard et ses autres camarades du temps taient pr ts le consoler, l imaginant triste de devoir quitter Qu bec et ses amis. C e t t le cas pour la plupart des enfants. Le petit Robert, lui, n prouvait aucune peine, tout au plus quelques regrets, l id e de se s parer de ses copains. Il y avait d j en lui de la graine d aventurier, explique-t-il, dans la mesure o il n avait absolument pas peur de l inconnu et tait heureux d aller vivre Mont-Joli, souriant la perspective de se faire de nouveaux amis.
Bien s r, au d but des ann es 1960, dans une petite municipalit aux limites du Bas-Saint-Laurent et de la Gasp sie, le choix des activit s tait plut t limit , ce qui n est plus le cas aujourd hui. L poque n est pas si lointaine, mais c est un peu comme si elle datait d un si cle. "Il n y avait pas de Nintendo, pas d ordinateurs, pas d Internet, pas de c blevision avec des dizaines de postes , se souvient-il. En revanche, il y avait la patinoire l hiver, la piscine et le terrain de balle l t . Il y avait aussi la t l , Paillasson, avec ses patates au chocolat, Les Cadets de la for t , et autres personnages qui ont berc l enfance des baby-boomers . Par-dessus tout, les enfants qui grandissaient dans ce coin de pays avaient un privil ge qu ils ne r aliseraient qu une fois devenus adultes: grandir au contact de la nature, quelques pas de la mer. Robert tait le troisi me gar on. Il avait l avantage et l inconv nient d avoir deux grands fr res. Il admirait sans retenue l a n , Pierre, un athl te de grand talent qui excellait au hockey. Ce que Robert a pu en passer des heures le regarder jouer sur les patinoires des environs!
Il prouvait aussi de l admiration pour Alain, qui tait l artiste, le musicien de la famille. Il l coutait jouer de la batterie dans un groupe et il tait tr s fier de lui. tre le cadet avait par contre l inconv nient de le faire toujours h riter de leurs vieilles affaires, de leurs vieux patins, de leurs vieilles bicyclettes. Robert Pich a d ailleurs d attendre d tre adulte avant de jouir de son premier v lo neuf. Son fils en a gagn un dans un tirage et le lui a donn
Quand ses deux fr res sont partis au coll ge classique de Matane, Robert s est retrouv seul avec sa jeune s ur Lucie. C tait son tour d tre l a n et il a d velopp avec elle une relation solide qui se poursuit encore aujourd hui. Elle n a jamais cess d tre sa confidente. l cole primaire Jean-L vesque, il n tait pas le premier ni le dernier, en fran ais comme en math matiques. Robert Pich n tait pas un enfant studieux et avait du mal accepter l autorit ce qui ne s est gu re arrang avec le temps! Il a d ailleurs re u de nombreux coups de r gle sur les doigts. Quand sa m re, inqui te, allait s enqu rir aupr s de la ma tresse d cole, celle-ci la rassurait, lui disait que tout allait bien, que son fils ador tait le plus beau et le plus aimable des l ves, qu il avait une m moire solide, et que lorsqu on lui soumettait un probl me, il trouvait toujours une fa on de le r soudre.
Pour Robert Pich et ses amis de Mont-Joli, Montr al tait le bout du monde. Il arrivait parfois que le p re propose ses fils de l accompagner dans la grande ville o il devait se rendre par affaires. Robert tait toujours partant, contrairement ses fr res qui n taient pas n cessairement chauds l id e de voyager.
Robert s en allait, seul avec son p re, sa m re et sa s ur, ensemble, ils remontaient la 132 jusqu Montr al. En hiver, ils bravaient les temp tes de neige et s arr taient sur les (nombreux) lieux des accidents, parfois pour aider une voiture sortir du foss o elle s tait enlis e. Paul leur r servait une chambre dans un grand h tel, g n ralement au Ch teau Champlain ou au Reine- lizabeth. Son fils s merveillait devant les vitrines illumin es de la rue Sainte-Catherine et les grands boulevards pleins d autos. "Mon plus grand plaisir, c tait de me baigner dans la piscine int rieure de l h tel , se souvient-il, attendri. Il se laissait flotter pendant de longues minutes et fixait le ciel en r vant de la "grande vie . Au retour, il prenait plaisir raconter ses p rip ties ses copains. Certains d entre eux avaient du mal croire qu on puisse se baigner en janvier dans la piscine d un h tel D autres fois, son parrain Laurent Postillon, bord du train Qu bec-Gasp , faisait clandestinement monter Robert qui en profitait pour visiter ses cousins Qu bec.
En vieillissant, Robert a r alis qu il ressemblait beaucoup son p re. Paul Pich aimait sa vie de voyageur de commerce, comme lui ch rissait son existence de pilote d avion. "Tu pars pendant une semaine et, pour cette p riode, tu n as plus de responsabilit s. Tu es seul, sans femme ni enfants. Plus de patron non plus derri re toi. Tout ce que tu as faire, c est d aller vendre tes produits ou, comme moi, de mener tes passagers bon port. Apr s, tu retrouves tes amis. C est le bonheur! dit-il.
Comme des milliers de gar ons des ann es 1960, Robert Pich est devenu enfant de ch ur vers l ge de dix ans. Il s tait engag avant tout par curiosit , pour d couvrir cet univers de l int rieur, voir les coulisses de l glise. D j , cette poque, il a perdu quelques illusions sur l institution. Il se souvient d avoir vu un pr tre boire en cachette son vin de messe Saint-Georges avant de faire la morale ses ouailles. "Je trouvais a tr s trange , raconte-t-il. Il a abandonn cette carri re apr s quelques mois, estimant qu il avait fait le tour du jardin!
Il s est ensuite inscrit chez les louveteaux, puis chez les scouts, avec l objectif de sortir un peu de Mont-Joli, ce qui fut fait lors d excursions dans les environs.
Depuis l enfance, Robert Pich se dit croyant. Il n est pas bigot, n a jamais observ la lettre l exigeant code moral catholique, mais il croit fermement en une "force sup rieure . Il lui arrive souvent, lors d escales, d assister des offices religieux c l br s dans les a roports et d inviter d autres membres d quipage l y accompagner. Cette confiance en une "force sup rieure , estime-t-il, l aide traverser les moments difficiles et le pousse s abandonner, ne pas c der la peur. Il y a d ailleurs dans son tr s haut degr de spiritualit , reconna t-il, l une des explications son attitude lors du fameux vol TS-236.
Sa foi remonte une exp rience v cue alors qu il avait neuf ans. En rentrant la maison apr s sa journ e l cole, il a surpris ses parents en pleine dispute, eux qui pourtant vivaient g n ralement dans la plus grande harmonie. La chicane tournait autour de l alcool et le ton montait. Sa m re implorait son p re, d j affaibli par des probl mes cardiaques, de cesser de boire. Au terme de la discussion, elle a quitt la maison et s est r fugi e, pour une seule nuit, chez une amie. Quand Robert et ses fr res ont rejoint leur p re, il tait seul au salon et fulminait, totalement d sempar .
"Ne vous en faites pas, votre m re va revenir. Elle est partie chez une amie , a-t-il dit ses fils pour les rassurer. Plus tard, constatant que son pouse ne rentrait pas, il devint de plus en plus inquiet et songeur.
Avant d aller en classe, le lendemain, Robert est all s agenouiller l glise et, avec toute sa candeur d enfant, il a demand au "p tit J sus que son p re cesse de boire et que la paix revienne dans la famille. Dans la m me semaine, Paul annon ait sa femme qu il entrait chez les Alcooliques anonymes.
"Dans ma petite t te d enfant, j en avais conclu que la pri re, a fonctionnait! se souvient Robert Pich .
Souvent, l adolescence, il accompagnait son p re dans sa tourn e de la Gasp sie. Il visitait les clients, mangeait au restaurant et dormait toute la semaine dans les h tels avec lui. Parfois, au retour, prenant place du c t du passager, Paul laissait son fils conduire sa grosse Chrysler, de Carleton la maison. "N aie pas peur! Donnes-y! On n est pas pour arriver Mont-Joli demain matin! qu il lui disait, avant de roupiller. Alors, Robert acc l rait et entreprenait m me de faire des d passements. Fiston tait tellement puis , rendu la maison, qu il en tait fi vreux.
Son p re aurait bien aim , vers la fin de sa vie, que Robert prenne la rel ve de l entreprise familiale, comme l ont fait avec succ s ses deux fr res a n s, Pierre et Alain. Mais le troisi me des gar ons n avait aucune attirance pour le monde des affaires. Pour lui, cela r primerait son envie d aventure et il avait la certitude qu il se serait ennuy mourir s il avait choisi les affaires et le confort mat riel. Il serait m me, de son propre aveu, "pass c t de sa vie .
Le plus marquant de ses "voyages Montr al eut lieu en 1967. Ce fut sa visite l Exposition universelle Terre des hommes. Le parcours de Robert Pich n est pas unique, c est celui d une g n ration enti re. En franchissant les les Notre-Dame et Sainte-H l ne, il d couvrait en un m me lieu des gens de tous les continents, de toutes les races, de toutes les cultures. Expo 67 lui a ouvert les yeux, lui a donn l app tit du monde, le go t de la d couverte, surtout le go t de l Asie.
sa premi re visite sur les les, il s est arr t une bonne demi-heure devant le pavillon de la Tha lande et ses pagodes dor es. Il tait merveill , incapable d en d tacher ses yeux. Il n entendait m me pas son p re qui, toutes les deux minutes, lui disait: "C est assez Robert! Tu viens? Une fois l int rieur du pavillon, il a prouv une sorte de r v lation en lisant le mot "Bangkok , comme si ce seul mot contenait tout l exotisme qu il recherchait. Fascin , il s est promis qu un jour, il irait en Tha lande. Plus tard, quand il fut pilote, son r ve s est trangement pr cis : il atterrirait un jour Bangkok, "dans un petit avion qu il piloterait, en jeans, avec les cheveux longs . C est fou quel point Expo 67 a boulevers sa vie. C est l aussi qu il a connu l un de ses premiers flirts. La Ronde, il avait d couvert le Gyrotron, une immense construction argent e. Dans l obscurit du man ge, il en profitait pour caresser et embrasser sa cousine Diane. Il pouvait ainsi faire trois ou quatre visites du Gyrotron d affil e.
La famille Pich vivait quelques pas de l a roport de Mont-Joli. Le "champ d avions , comme disaient alors certains locaux, tait tout pr s. Sa m re lui rappelle souvent qu il tait le seul, parmi ses quatre enfants, s arr ter souvent pour regarder passer les avions dans le ciel. Il se demandait na vement: "Comment font-ils pour asseoir du monde l -dedans et aller du point A au point B? Il n y a pas de route dans les airs. Comment font-ils pour s y retrouver?
Ce "miracle l intriguait. Encore aujourd hui, m me apr s 42 ans de carri re dans l aviation, il lui arrive de se rem morer ces remarques d enfant. "Je d colle de Vancouver dans les nuages et le brouillard. Quelques heures plus tard, je suis Francfort, en Allemagne! Je trouve encore a extraordinaire, magique, m me si je connais depuis longtemps les lois physiques qui permettent aux avions de voler.
Il s merveille encore de cette libert inexplicable que lui procure le fait de voler, de cet incomparable regard qu il a sur la Terre. Vus du ciel, les paysages lui coupent souvent le souffle. Il s meut comme au premier jour quand il survole de grandes capitales, la nuit, et qu il voit toutes ces lumi res scintillant comme des diamants. Il se sent privil gi d avoir cette perspective sur le monde, mais il y a plus, comme l crit si bien Antoine de Saint-Exup ry dans Terre des hommes : "[ ] Le pilote qui navigue quelque part, sur son tron on de ligne, n assiste pas un simple spectacle. Ces couleurs de la terre et du ciel, ces traces de vent sur la mer, ces nuages dor s au cr puscule, il ne les admire point, mais les m dite.
Jeune enfant, Robert Pich avait beau tre int ress par les appareils qui volaient au-dessus de la maison, il n envisageait pas pour autant de devenir pilote. Il n tait pas non plus un crack des avions comme certains de ses amis qui connaissaient sur le bout de leurs doigts tous les mod les et leurs caract ristiques. dix ou 11 ans, il r vait plut t de devenir acteur de cin ma! Il tait d ailleurs un peu "vedette , m me cet ge pr coce, conscient de l effet qu il faisait sur les autres, en particulier sur les filles. "Il tait tr s beau. Il avait quelque chose qui plaisait non seulement aux filles de son ge, mais aussi leurs m res et aux femmes plus g es , se souvient sa maman. Avant de l envoyer au lit, elle lui disait parfois: "Viens me donner un beau bec d acteur! Et il l embrassait en imitant les gestes exag r s des vedettes de cin ma. Il disait souvent, en blague, qu il tait une vedette, mais qu il ne passait pas encore la t l vision. Au mois de mars 2002, Pich a repens cette poque, en souriant, quand il est mont sur la sc ne du Monument-National, Montr al, lors du gala des M trostar, pour aller pr senter un troph e au journaliste Paul Arcand devant un million de t l spectateurs. Dans les coulisses, il se sentait quelque peu intimid aux c t s des Robert Charlebois, Pierre Bruneau, ric Lapointe et autres visages connus. En m me temps, il tait naturellement l aise dans ce monde, comme s il tait destin en faire partie un jour. Sans doute son r ve d enfant s est un peu r alis ce soir-l .
12 ans, il s est engag dans les cadets de l air. cette poque, il a commenc avoir un r ve qui l a obs d longtemps: il voulait devenir Top Gun , c est- -dire pilote d un de ces chasseurs am ricains qui atterrissent sur les porte-avions. Se joindre aux cadets tait la premi re tape franchir avant de r aliser son fantasme.
Son p re avait bien ri quand il lui avait fait part de son d sir.
- C est pas s rieux, a, mon fils. Devenir un pilote d avion dans l arm e am ricaine! Voyons donc! Tu devrais penser faire un m tier qui te donnera un peu plus de s curit .
Il ne prenait manifestement pas les ambitions de son fils au s rieux. "S il m avait encourag , j y serais peut- tre parvenu, d ailleurs. Mais je ne lui en tiens surtout pas rigueur , dit Robert Pich . cette poque, les Qu b cois avaient des horizons plus troits. Faire carri re dans l aviation, pour un petit gars de Mont-Joli, tait d j impensable, irr aliste, comme le lui rappelait son p re. Devenir pilote d lite au sein des forces am ricaines relevait carr ment du d lire. Il fallait, dans ces ann es-l , avoir des r ves plus raisonnables. Combien de jeunes ont d ravaler les leurs! On devait voir petit. Pour un Guy Lalibert , fondateur du Cirque du Soleil qui a r ussi tr s jeune s implanter aux tats-Unis et dans le reste du monde, combien d espoirs touff s, de talents d truits, d ambitions d ues? S il tait n pour voler, Robert Pich a cependant compris, quelques ann es plus tard, qu il n tait pas fait pour la carri re militaire comme tous les esprits rebelles et qu il devrait renoncer devenir pilote des forces arm es. En 1969, il s tait inscrit un cours d t , le Senior Leadership , au Coll ge militaire royal de Saint-Jean et il a constat que cet univers n tait pas pour lui. Marcher au pas sous le soleil de plomb et endurer les ordres tonitruants des sup rieurs, non merci! "Cirer tes chaussures 12 fois par jour, puis voir un gars piler dessus parce qu elles ne sont apparemment pas assez propres? C tait pas pour moi! Je d testais me faire humilier , rappelle-t-il.
Cet t -l , il a t initi certaines r alit s "canadiennes . Un soir, ils taient une dizaine de cadets dans une salle de s jour. Il n y avait que deux anglophones parmi le groupe et, pourtant, le t l viseur autour duquel ils taient rassembl s diffusait une mission en anglais. Ses condisciples taient tous trop peureux pour aller changer la station. Robert tait r volt de les voir s craser ainsi, eux qui taient pourtant majoritaires. Il n a jamais pu supporter l injustice, sous toutes ses formes. Pich s est lev pour tourner la roulette jusqu un poste de langue fran aise. Les anglophones ont protest .
- Hey, you! What are you doing?
Il s est alors rappel un conseil de son p re qu il aura en t te pour le reste de ses jours: "Il ne faut jamais se montrer craintif devant un autre homme, que ce soit un Anglais ou un Fran ais. Si tu te tiens debout, il va reculer. M. Pich voulait simplement apprendre son fils se faire respecter. C est exactement ce qui s est pass ce soir-l . "On est en majorit , ici, puis on va couter la t l en fran ais, c est tout! a dit Robert Pich aux cadets anglophones m dus s.
C tait aussi l t des premiers pas de l homme sur la Lune. Le 21 juillet 1969, quand Neil Armstrong a accompli son geste historique, suivi deux minutes plus tard par Edwin Aldrin, Pich tait riv son petit cran, comme 500 millions de t l spectateurs dans le monde. Il se passionnait pour cette mission d Apollo XI, d coupant nombre d articles de journaux et collectionnant les reportages dans Life et autres magazines. Il admirait particuli rement les astronautes parce qu ils avaient surmont habilement les difficult s techniques avant de r ussir l alunissage du module d exploration lunaire Eagle (LEM).
Apr s cinq ann es chez les cadets de l air, Pich s est rendu Bagotville pour y obtenir sa licence de pilote priv . Il n avait pas vraiment pris le temps de lire la th orie. Quand il est mont dans l appareil, un Cessna-150, l instructeur lui a demand de d marrer le moteur, lui a donn quelques indications, puis ils sont partis. Pich se surprenait lui-m me de voir quel point il apprenait vite. "Je me disais: mon Dieu, c est pas plus compliqu que a piloter un avion! se souvient-il. Il a eu le droit de faire son premier vol en solo apr s quatre heures seulement avec un instructeur, alors qu il pouvait utiliser un maximum de dix heures.
Tout au long de cette courte envol e, il a t malade comme un chien. Il vomissait sans arr t, au point de souiller les moindres recoins du cockpit et il a fallu des heures pour nettoyer l appareil. Pich n avait pas eu peur et ne souffrait pas non plus du mal de l air. Un trop-plein d motions avait d clench cette r action. Il tait tellement boulevers de "monter au ciel que son organisme en a t compl tement chamboul .
Sans tre malade, il a rev cu un peu la m me sensation quand il a suivi sa formation sur Airbus, Toulouse, en 2000. Il a assimil plusieurs notions complexes en peu de temps et a vite appr ci le plaisir de commander cet appareil l avant-garde de la technologie (l Airbus a t le premier avion commercial au monde tre quip de commandes de vol exclusivement lectriques).
Vers la fin de sa 11 e ann e scolaire, Robert a song un moment suivre la trace de ses fr res et cherch entrer au coll ge classique de Matane. Il s est ravis , car il n en avait, bien y penser, pas du tout envie. Cette ann e-l , on inaugurait la polyvalente de Mont-Joli et il y a fait sa 12 e ann e. Il ne savait pas dans quel domaine poursuivre ses tudes et sa visite chez l orienteur ne l a pas clair . Il avait toutefois entendu dire que le c gep de Chicoutimi offrait un cours de technique de pilotage en trois ans. Il y a fait une demande d admission, de m me qu au coll ge de Rimouski, en sciences humaines, dans le but de se diriger vers le droit. Il a t accept aux deux c geps. En bout de piste, c est l aviation qui a eu sa faveur.
En septembre 1970, il a quitt Mont-Joli. Sa m re n a pas oubli ce jour o elle et son mari l ont conduit Chicoutimi. Il a serr la main de son p re et a embrass sa m re avant de partir sans se retourner. Pour Estelle, la s paration tait consomm e, le cordon tait coup .
Robert Pich est entr au Centre qu b cois de formation en a ronautique (CQFA) du c gep de Chicoutimi, option multimoteurs aux instruments, pour y suivre ce cours durant trois ans. Ils taient 35 tudiants inscrits au programme. la fin de la premi re ann e, une quinzaine avait abandonn ou avait t exclue. C est dire quel point le cours tait exigeant. Il y avait des tudiants venant de tout le Qu bec, puisque le c gep de Chicoutimi tait le seul dispenser cet enseignement. Robert Pich vivait une sorte de choc culturel et cela piquait sa curiosit . Plusieurs gar ons de Montr al taient dans son groupe et avaient des habitudes qui d tonnaient. Ils fumaient des Gitanes, portaient des foulards en soie, se parfumaient au Brut de Faberg . "Wow! Si juste au Qu bec il y a autant de diff rences, qu est-ce que a doit tre dans le reste du monde! se disait-il.
Puisque Pich poss dait d j son brevet de pilote priv , il d tenait une l g re avance sur les autres l ves. Durant les premiers mois, il avait davantage la t te la f te et au sport qu aux tudes. Il tait le c g pien typique des ann es 1970. Son apprentissage de la vie se faisait davantage l ext rieur qu l int rieur des salles de classe. Il jouait au hockey, au football et au volley-ball, passait beaucoup d heures dans les brasseries o il "placotait , coutait de la musique avec les copains et draguait les filles. Les maths, le calcul diff rentiel et int gral et la physique le laissaient de glace. Sa premi re ann e, il a "coul en maths et en physique. Il a repris et r ussi ces mati res, Qu bec, l t suivant. Il excellait dans les cours pratiques, mais en arrachait quelque peu dans les cours th oriques. Il lui fallait finir la deuxi me ann e avec un bon dossier, de fa on bien passer sa licence commerciale en troisi me ann e. Il a de nouveau chou ses examens de maths et de physique en deuxi me ann e et a d faire du rattrapage Rimouski, l t suivant. Il savait qu il avait droit une deuxi me chance, mais, celle-l , il ne devait pas la rater.
Sa force se r v lait quand il prenait les commandes d un appareil. Si ses condisciples tudiaient jour et nuit, Pich r ussissait en faisant tout par instinct.
Il partageait un appartement avec son ami Harold Vaillancourt, lui aussi un s ducteur imp nitent. Tous deux passaient ensemble de longues soir es dans les brasseries et g n ralement en ressortaient chacun avec une fille sous le bras. cette poque, Pich ignorait ce que signifiait le verbe aimer et pour lui, la limite, toutes les filles taient interchangeables. Il avait oubli depuis longtemps No lla, cette fille de Sainte-Flavie, ville voisine de Mont-Joli, qui fut sa premi re flamme. Ils avaient tous deux 14 ans et le diable au corps. Leur histoire a dur trois ans. Elle a pris fin abruptement, et cette rupture explique peut- tre le tumulte de sa vie amoureuse futile. L t de ses 17 ans, revenu l improviste de Bagotville o il s journait pour la saison, il avait surpris sa copine avec un nouvel amant. Il s tait jur que la peine inflig e par cette fille ne l emp cherait pas de terminer son cours de pilotage.
Cette histoire tait bien loin, d sormais. Pour son copain Harold et lui, les femmes faisaient partie de leur vie comme une drogue. Ils multipliaient les aventures, avaient soif d absolu. Quand il tablissait une relation plus durable, il rompait aussit t que l ennui et la routine s installaient. Comme une grande partie de ceux qui avaient 20 ans dans les ann es 1970, Pich a v cu fond l poque de la lib ration sexuelle. Il tait de son temps, tout simplement.
Sa propension faire la f te en aga ait toutefois plus d un. Il lui arrivait parfois de croiser un instructeur, tard dans la nuit, la fermeture des bars: "Pich , oublie pas que t as un vol demain matin! T es bourr de talent, mais tu joues avec le feu. Le lendemain, justement, l l ve rebelle se pr sentait ses exercices et r ussissait, en r gle g n rale, mieux que la majorit de ses compagnons. Il sentait bien, malgr tout, que les autorit s du c gep, les responsables du programme de pilotage en particulier, n attendaient que l occasion pour le renvoyer du coll ge. Il leur a fourni un pr texte, bien malgr lui
Tous les samedis, les tudiants avaient le droit d emprunter un avion pour faire ce qu ils appelaient alors des "vols-voyages . On leur pr tait un appareil afin qu ils puissent accumuler des heures de vol et parfaire leur technique. Robert Pich en profitait souvent pour rendre visite ses parents Mont-Joli. Il se pr parait un itin raire: Chicoutimi-Rivi re-du-Loup-Mont-Joli ou encore Chicoutimi-Sept- les-Mont-Joli. Un bon samedi, selon son plan de vol, il lui fallait absolument revenir l a roport Saint-Honor 15 h 30, faute de quoi il s exposait des sanctions graves. Robert est rentr l a roport de Chicoutimi 17 h 15. La gaffe! Ironie du sort, l instructeur de faction ce jour-l tait un certain Robert Leblanc, le m me pilote qui, en ao t 2001, viendra chercher Robert Pich en jet priv Lisbonne pour le ramener Montr al apr s son atterrissage en catastrophe aux A ores. Il est aujourd hui pilote chez Skyservice, Dorval. L anecdote r sume elle seule le destin de Robert Pich : t t ou tard, il retrouve toujours sur son chemin des gens qu il a connus dans d autres circonstances. Bien s r, l aviation est un milieu restreint. Il reste que des dizaines de personnes se sont ainsi retrouv es myst rieusement sur sa route divers moments de sa carri re.
Il avait donc commis, ce samedi-l , une erreur grave. Il tait en retard d une heure et demie sur son plan de vol, car il avait improvis un passage au-dessus de la maison de sa copine, La Malbaie. L instructeur tait soulag de voir revenir son l ve sain et sauf, mais furieux de ce retard: "On pensait que t avais crash Encore un peu et on envoyait les chasseurs de Bagotville ta recherche.
Cons quence directe de cette incartade, l l ve turbulent a t clou au sol pendant une semaine et n a pu reprendre les commandes. Pis encore, pour "r gler son cas , la direction a d cid de cr er un comit de discipline, et Robert Pich a t , son grand malheur, le premier y compara tre. Sur les trois instructeurs qui le composaient, il y en avait deux qui le d testaient s en confesser. Repentant, il est entr quelques jours plus tard dans le bureau de l instructeur-chef, Marcel Devost, qui lui a remis une lettre de deux pages et lui a lanc , s chement:
- La premi re page, c est le rappel de ton erreur. La seconde, c est ta sanction.
Pich avait bel et bien anticip ce sc nario: le pire! Il n avait pas respect le plan de vol et, par cons quent, tait "exclu de l option pilotage 1972 du c gep de Chicoutimi . C tait comme s il avait re u un coup de massue en plein front, le premier de sa vie, mais, allait-il le constater au fil des ann es venir, pas le dernier. Il tait abattu, des id es noires l envahissaient: peut- tre ne pourrait-il jamais devenir pilote d avion.
Il se voyait condamn retourner chez ses parents et leur avouer, humili , qu il s tait fait expulser cause d une connerie. Il imaginait la peine de sa m re qui l avait toujours tant aim et appuy dans ses projets. Il imaginait le mal fait son p re qui avait fini, apr s beaucoup de r ticence, par approuver le choix de carri re de son fils. Il devinait la r action de ses fr res a n s lorsqu ils apprendraient la nouvelle, avec l air de dire: "On le savait que tu ne serais pas capable de r ussir. Ils avaient fait leur cours classique et menaient cette poque des tudes universitaires. Ils conna traient par la suite de brillantes carri res dans les affaires. Plus tard, Mont-Joli et dans les environs, ils seraient connus, admir s et engag s dans leur communaut . Robert, le plus jeune des trois fr res, tait vu comme le r veur, et sentait parfois que les deux a n s s int ressaient peu ce qu il faisait. Un pisode de cette poque o il tudiait au c gep de Chicoutimi lui revient parfois en m moire. "Mes deux fr res tudiaient l Universit Laval et poss daient une voiture. Ils m avaient donn rendez-vous Qu bec et, de l , je devais monter avec eux pour aller visiter mes parents Mont-Joli. J tais venu de Chicoutimi en auto-stop, de peine et de mis re, pour les rejoindre. Tout au long du trajet, ils ont parl ensemble, sur les banquettes avant. J tais seul derri re et chaque fois que je tentais de m immiscer et de les int resser mes affaires, ils ne se retournaient m me pas , raconte-t-il.
Il a chass ses id es sombres et s est ressaisi, d cidant de jouer le tout pour le tout, de faire le "grand jeu M. Devost. Il lui a parl pendant deux heures, lui a promis de se prendre en main, d am liorer son dossier disciplinaire et de se consacrer pleinement ses tudes. Quand il eut termin ce plaidoyer de la derni re chance, l instructeur-chef l a regard droit dans les yeux et Pich a compris d s lors qu il avait sauv sa peau ou presque.
- Je te donne une chance de passer ta licence commerciale [la premi re licence qui permet de travailler comme pilote].

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents