Charles II roi de Navarre, comte d Evreux et la Normandie au XIVe siècle
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Charles II roi de Navarre, comte d'Evreux et la Normandie au XIVe siècle , livre ebook

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Description

Il est un auteur qui, dès le XVIIIe siècle, avait fait des recherches étendues sur la vie de Charles le Mauvais, que presque tous ces historiens ont cité complaisamment et devant les jugements duquel ils se sont inclinés comme devant un oracle : cet auteur, c’est Secousse. Or l’ouvrage que je publie aujourd’hui a pour but de démontrer que presque toutes les assertions de Secousse sont erronées. Ce que je puis affirmer, c’est qu’à l’inverse de cet écrivain, qui a reproduit les innombrables erreurs commises par Froissart et ses contemporains et qui s’est fait l’écho de toutes les calomnies déversées sur le roi de Navarre par les courtisans de Jean le Bon et de Charles le Sage, j’ai tenté d’écrire avec impartialité le récit des événements dont une partie de la France fut le théâtre pendant la deuxième moitié du quatorzième siècle.


Ce que demandait le roi de Navarre, c’était qu’on lui rendît justice, qu’on lui restituât la Champagne et la Brie qu’on lui avait prises par la fraude et par la force et qu’on retenait malgré ses justes revendications. Mais la justice n’est pas de ce monde.


Ce livre tend à la réhabilitation de Charles le Mauvais. La tâche est ardue, je le sais, car cette réhabilitation ne peut s’obtenir qu’en faisant descendre Charles V du piédestal sur lequel l’ont élevé les générations qui nous ont précédés et que certains auteurs tendraient plutôt de nos jours à rehausser. La perfidie du roi de France que les écrivains royalistes ont appelé complaisamment Charles le Sage a déjà été pleinement démontrée par Sismondi, Lavallée, etc. Je ne fais que l’accentuer. Un historien qui a scruté si profondément le XIVe siècle ne peut se méprendre à ce point sur les actes d’un prince qui valut beaucoup mieux que sa réputation et que je n’étudie que dans ses rapports avec la France, en tant que prince français, laissant à d’autres le soin d’écrire l’histoire de ses relations avec la Castille et l’Aragon, en qualité de roi de Navarre (extrait de la Préface).


Edmond Meyer (1844-1901), conducteur de travaux des Ponts-et-Chaussées, historien, est également l’auteur d’une Histoire de la ville de Vernon et de son ancienne châtellenie.

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Informations

Publié par
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EAN13 9782824055985
Langue Français
Poids de l'ouvrage 11 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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EDMOND MEYER
E D M O NDMEYERCHARLESIIRoideNavarre,E ComtedÉvreux L C Èetla I S SIÈCLE INORMANDIE V X e UauXIVsiècleA E I D N A M R O N A L T E X U E R V É D’ÉVREUX ET LA NORMANDIE AU XIV
ARR342
É D I T I O N S D E S R É G I O N A L I S M E S
Monnaie de Charles II, roi de Navarre et comte d’Évreux.
Tous droits de traduction de reproduction et dadaptation réservés pour tous les pays. Conception, mise en page et maquette : © Eric Chaplain Pour la présente édition : © EDR/EDITIONS DES RÉGIONALISMES ™ — 2015/2021 EDR sarl : 48B, rue de Gâte-Grenier — 17160 CRESSÉ
ISBN 978.2.8240.0600.0 Malgré le soin apporté à la correction de nos ouvrages, il peut arriver que nous lais-sions passer coquilles ou fautes — linformatique, outil merveilleux, a parfois des ruses diaboliques... N: cela nous permettra dhésitez pas à nous en faire part améliorer les textes publiés lors de prochaines rééditions.
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EDMOND MEYER
CHARLES II ROI DE NAVARRE,
COMTE D’ÉVREUX
ET LA NORMANDIE
e AU XIV SIÈCLE
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e Le roi Charles II de Navarre (gravure du XIX siècle).
PRÉFACE
’histoire du quatorzième siècle est encore peu connue, a dit L quelque part Siméon Luce ; et cet écrivain, pour mieux faire connaître cette époque, l’a analysée très minutieusement et l’a grandement éclairée par ses travaux sur la vie de du Guesclin, sur la Jacquerie, par la publication de quelques chroniques inédites et surtout par celle des Chroniques de Froissart qu’il a enrichies de très nombreuses et très savantes notes. Malheureusement l’esprit de parti lui a fait faire assez souvent fausse route. Perrens a retracé, dans les belles pages de la vie d’Étienne Marcel, les luttes de la bourgeoisie pour obtenir des réformes que la mort du prévôt des marchands empêcha d’aboutir. D’autres grands historiens ont étudié cette époque, non plus dans des monographies, mais dans des ouvrages plus étendus, embrassant les différentes périodes de l’histoire de France, de ses origines à nos jours, et, dans ce nombre, figurent au premier rang Sismondi, Henri Martin, Michelet et Gabourd. Il est enfin un autre auteur qui, dès le dix-huitième siècle, avait fait des recherches étendues sur la vie de Charles le Mauvais, que presque tous ces historiens ont cité complaisamment et devant les jugements duquel ils se sont inclinés comme devant un oracle : cet auteur, c’est Secousse. Or l’ouvrage que je publie aujourd’hui a pour but de démontrer que presque toutes les assertions de Secousse sont erronées. Y suis-je parvenu ? Je n’en sais rien, mais ce que je puis affirmer, c’est qu’à l’inverse de cet écrivain, qui a reproduit les innombrables erreurs commises par Froissart et ses contemporains et qui s’est fait l’écho de toutes les calomnies déversées sur le roi de Navarre par les courtisans de Jean le Bon et de Charles le Sage, j’ai tenté d’écrire avec impartialité le récit des événements dont une partie de la France fut le théâtre pendant la deuxième moitié du e XIV siècle. De Michelet je me tairai, malgré tout le mérite littéraire de son œuvre, de cette histoire de France qu’il a écrite en pages si imagées, mais, au moins pour l’époque qui m’occupe, plutôt en romancier qu’en historien. Ses exagérations sont du reste bien connues de ceux que préoccupe avant tout la vérité historique. C’est un reproche qu’on ne saurait adresser à Henri Martin, mais Henri Martin comme Michelet ont emprunté à Secousse et à Favyn toutes les accusations mensongères que j’entreprends de mettre à néant. Ils ont eu le grand tort de s’y fier. Pour Secousse, j’essayerai de
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le démontrer. Quant à Favyn, Dacier le considère avec raison « comme un écrivain fabuleux qu’il serait presque honteux de réfuter ». Michelet appelle Charles d’Évreux « e sanguînaîre roî de Navarre. Cet homme flétrî sera, dît-î, e démon de a rance. L’engouement de Parîs pour uî étaît étrange. Que demandaît ce prînce sî popuaîre? Qu’on affaîbît encore e royaume; qu’on mït en ses maîns des provînces entîères, des provînces es pus vîtaes de a monarchîe, toute a Champagne et une partîe de a Normandîe, a ractîon angaîse, e Lîmousîn, une oue de paces et orteresses. Mettre en des maîns sî suspectes nos meîeures provînces, c’eût été perdre d’un traît de pume autant qu’on avaît perdu par a bataîe de Poîtîers. Les bourgeoîs de Parîs s’îmagînaîent que sî e roî de Navarre étaît satîsaît, î aaît es déîvrer des bandes de brîgands quî affamaîent a vîe et quî se dîsaîent Navarraîs. Au ond îs n’étaîent nî au roî de Navarre nî à personne. I eût vouu rappeer tous ces pîards qu’î ne ’eût pu. Ce roî des bandîts ne pouvaît, ne vouaît sans doute es empêcher de pîer ».
Ce que demandait le roi de Navarre, c’était qu’on lui rendît justice, qu’on lui restituât la Champagne et la Brie qu’on lui avait prises par la fraude et par la force et qu’on retenait malgré ses justes revendications. Mais la justice n’est pas de ce monde. Il y eut à cette époque plusieurs princesses qui portèrent le même prénom de Jeanne : Jeanne de France, femme de Charles II, roi de Navarre ; Jeanne d’Évreux ou de Navarre, sa sœur ; Jeanne d’Évreux, veuve de Charles IV, roi de France et de Navarre, sa tante ; Jeanne de Navarre, sa mère. De là chez la plupart des historiens des erreurs sans nombre. Jeanne de Navarre, sœur de Charles d’Évreux, qui devait avoir environ vingt-quatre ans au moment de la bataille de Cocherel, fut fiancée alors à Jean de Grailly, captal de Buch.Après avoir été promise ensuite au comte d’Alençon, elle devint enfin vicomtesse de Rohan et mourut en 1403. Eh bien, Michelet, la confondant avec Jeanne de France fille de Jean le Bon, flétrit d’un mot cette dernière princesse sur laquelle aucun contemporain n’a porté la moindre accusation et qui fut toujours fidèle au roi de Navarre : « Sa femme le trompait, dit-il, pour le brave capitaine gascon des Anglais, le captal de Buch ». Siméon Luce commet une autre confusion en attribuant à la veuve de Charles IV, qu’il appelle la belle reine Jeanne d’Évreux, et qui avait dépassé cinquante ans en 1364, « un sentiment tendre pour le captal de Buch ». G. Dupont a commis une méprise encore bien plus singulière en parlant du veuvage « récent » de cette princesse, veuve depuis trente-six ans. Quicherat, de son côté, fait erreur en attribuant à la reine Jeanne de Navarre, morte en 1349, un rôle joué en 1358 par la tante de
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Charles d’Évreux, roi de Navarre : « Le soir du meurtre des maré-chaux, dit-il, Étienne Marcel alla chez la reine Jeanne, mère de Charles le Mauvais, lui dire qu’elle fit venir son fils au plus vite ». C’est ainsi que s’écrit l’histoire. Ces quelques exemples suffisent pour démontrer avec quelle légèreté certains historiens ont pu retracer les événements de cette époque. Aussi n’y a-t-il pas lieu de s’étonner de trouver sous la plume des littérateurs des phrases telles que celle-ci : « Don Pèdre avait pour voisin, en Navarre, ce Charles qui trouva moyen de se faire appeler leMauvaismaiset qui ne réussit pas à empoisonner le roi de France, qui fut plus heureux avec les deux reines de France et de Navarre. » (Vacquerie,les Miettes de l’histoire.) Vacquerie a purement et simple-ment emprunté ces fausses accusations d’empoisonnement à Secousse et les a reproduites sans se préoccuper de savoir si elles étaient ou non fondées. Et combien d’autres ont fait comme lui !
Ce livre tend à la réhabilitation de Charles le Mauvais. La tâche est ardue, je le sais, car cette réhabilitation ne peut s’obtenir qu’en faisant descendre Charles V du piédestal sur lequel l’ont élevé les générations qui nous ont précédés et que certains auteurs tendraient plutôt de nos jours à rehausser. La perfidie du roi de France que les écrivains royalistes ont appelé complaisamment Charles le Sage a déjà été pleinement démontrée par Sismondi, Lavallée, Perrens, Tessier et Lazard. Je ne fais que l’ac-centuer. Mais pour la plupart des historiens, Charles le Sage avait les plus rares qualités. Un exemple entre cent. Je le prends dans lesInvasions de l’étranger dans les quatorzième et quinzième siècles,par A. du Chatellier (1872). M. du Chatellier fait l’historique des événements qui suivirent la bataille de Poitiers.
« Un ennemî nouveau et pus ardent qu’aucun autre, e roî Chares de Navarre, quî avaît épousé une des fies du roî Jean, s’însînuaît partout où î uî étaît possîbe, pour aîre échec au jeune Chares (e dauphîn), encore à peîne saîsî des pouvoîrs quî échappaîent au roî son père... Dans des aternatîves de succès et de déaîtes, e roî de Navarre, aîé des Angaîs et de Marce, pus remuant que jamaîs, se prévaaît de sa posîtîon et des vastes domaînes qu’î occupaît, comme es comtés d’Évreux, de Brîe et de Champagne, pour s’întroduîre à Parîs. I essayaît aussî de se rendre maïtre des affaîres de rance et se trouva assez puîssant pour obîger e dauphîn à s’éoîgner de sa capîtae, quî tomba un moment à a compète dîsposîtîon des révotés ».
Si je cite cette notice, parmi tant d’autres, c’est pour montrer à quelles erreurs peut mener la persuasion que si Charles le Mauvais fut un grand criminel, Charles le Sage, par contre, eut toutes les vertus
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et fut le plus grand roi, et cela parce que Secousse l’a écrit en un gros volume in-quarto et que son opinion a force de loi. Le jeune fils de Jean le Bon, dit M. du Chatellier, « devaît pus tard s’appeer Chares V et mérîter e tître de Sage, quand sa résoutîon et son dévouement ’eurent sî justement recommandé à a reconnaîssance de ses contemporaîns... La mort surprît e roî Jean quand e dauphîn n’avaît encore que vîngt-sîx ans. L’expérîence et de dures épreuves ’avaîent cependant mûrî et es premîers actes de son gouvernement ne tardèrent pas à aîre voîr ce dont î seraît capabe ». Le roi meurt à Londres dans la nuit du 8 au 9 avril 1364. « Le 12 du même moîs, cette mort étaît connue à Parîs, soît par des sîgnaux ou au-trement et, sans perdre une mînute, e jeune roî Chares V prenaît, dans a premîère heure de son règne, une mesure qu’î croyaît de nature à préparer ’expusîon de ’étranger. » Le 12 avrî 1364, à Parîs, î donnaît ’ordre de déîvrer au maïtre du cos des gaées de Rouen cent mîîers de vîretons (boîs de flèches) pour a déense du pays. « On peut penser, dît M. du Chateîer, que cette réunîon du conseî, e 12 avrî, ne put avoîr d’autre objet que de aîre connaïtre a mort du roî Jean, de sorte que a nouvee d’un nouveau règne et a pensée d’une utte à outrance contre ’étranger urent aussî spontanées ’une que ’autre dans ’esprît du jeune prînce ». Donc, dès la première nouvelle de la mort de son père, il prend résolument des mesures pour chasser les Anglais. « Portons-nous au ort de a utte et arrîvons à ’année 1370. » Nombreuses revues d’hommes d’armes à Paris, Clermont et en Berri. Le 19 mars 1370, Regnault de Douy reçoit à Pontoise dix chevaliers et trente écuyers pourservir à la compagnie du Roy en son présent voyage deVernon.
« Ce ut e noyau prîncîpa de a garde du roî quand î se rendît, en mars 1370, de Parîs à Pontoîse et à Vernon, vouant sans doute s’assurer par uî-même de ce quî pourraît être entreprîs du côté de a Normandîe... » « ...Ce ut donc bîen, comme on ’a dît, du cabînet même du roî Chares V que partîrent, à a fin du quatorzîème sîèce, es ordres et es mesures d’organîsatîon quî rendîrent à notre pays a îbre dîsposîtîon de son terrîtoîre envahî par es Angaîs depuîs un demî-sîèce. »
Eh bien, tout cela est inexact. La Champagne et la Brie n’appartenaient pas au roi de Navarre. Charles V ne prit pas, le 12 avril 1364, le jour même où, d’après M. du Chatellier, il apprit la mort de son père, la résolution de chas-ser les Anglais. Cette mort ne fut connue à Paris que le 16 avril ; la nouvelle en fut apportée de Paris au dauphin au château du Goulet, près de Vernon, où il se trouvait alors. L’ordre en question est du 12 avril 1365 (nouveau style). M. du Chatellier a fait également erreur en parlant du voyage de Vernon en mars 1370 (vieux style). Charles V vint dans cette ville en
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mars 1371, non pour s’assurerde ce qui pourrait être entrepris du côté de la Normandie, mais pour y recevoir l’hommage du roi de Navarre. On voit par là à quelles erreurs peut conduire l’idée préconçue d’exalter ce prince et de découvrir dans ses moindres actes la preuve des plus rares qualités. Peut-être, après m’avoir lu, me reprochera-t-on d’avoir été agressif envers Siméon Luce. À cela je répondrai que je m’y suis cru autorisé par les critiques acerbes de cet écrivain à l’égard d’autres auteurs, et par ses attaques injustes et passionnées envers le roi de Navarre. Il n’était pas permis à l’historien qui a scruté si profondément le quatorzième siècle de se méprendre à ce point sur les actes d’un prince qui valut beaucoup mieux que sa réputation et que je n’étudie que dans ses rapports avec la France, en tant que prince français, laissant à d’autres le soin d’écrire l’histoire de ses relations avec la Castille et l’Aragon, en qualité de roi de Navarre.
E. M.
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Charles II, roi de Navarre.
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