Sénégal, Cuba
62 pages
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Description

Que se passe-t-il lorsque les toubabs rencontrent les Sénégalais pendant leurs vacances ? Et de même à Cuba ? Un certain choc des cultures amadoué par une curiosité réciproque parfois piqué de respect, plus souvent balayé par un certain mépris. L’auteur dépeint par petites touches et une verve parfois cynique un Sénégal et un Cuba inconnus et les facettes singulières des anciens colonisateurs qui malgré tout s’attachent à une terre pauvre en y retournant. Ces carnets de voyage rythmés à l’instar des tam-tams, aux phrases endiablées invitent aux découvertes. Dépaysement garanti !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 mai 2012
Nombre de lectures 2
EAN13 9782748373769
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0056€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Sénégal, Cuba
Jean Poirier
Société des écrivains

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.


Société des écrivains
14, rue des Volontaires
75015 PARIS – France
Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55
Sénégal, Cuba
 
 
 
 
Vacances au Sénégal
 
 
 
Je suis venu passer l’hiver au Sénégal. Il fait beau et chaud à Saly, la plage est agréable. Très peu de distractions et pas d’animations culturelles ! J’ai tout le loisir d’observer les Sénégalais, les Sénégalaises et les Toubabs.
 
Au bar de l’hôtel, un vieux couple attablé consomme sans parler, la vieille femme fume et avale goulûment la fumée. Entre deux bouffées, elle tient sa cigarette entre l’index et le médius et avec le pouce de la même main, elle nettoie consciencieusement ses gencives. Bravo l’artiste. Installé à une table voisine, je contemple le spectacle en dégustant un cocktail bien frais. De temps en temps, un petit oiseau vient picorer une cacahuète dans ma soucoupe.
 
On fait de drôles de rencontres sur la plage. Ce matin j’ai rencontré Maurice Paul, le maire de ma commune. Le baudet ahanait en tirant une charrette pleine de poissons.
 
Le Sénégal, ancienne colonie française, est un pays pauvre… très pauvre. Beaucoup de problèmes de santé publique et d’éducation ; il manque des écoles publiques ou de l’argent pour envoyer les enfants dans les écoles privées. L’espérance de vie est estimée à cinquante ans ! Le taux d’analphabétisme s’élève à 65 %. Quelques routes sont goudronnées et souvent en mauvais état. Pratiquement pas de trottoirs. On marche ou on roule partout dans le sable.
En 2010, le Sénégal ressemblait à peu près à Cuba, avant la révolution de Fidel Castro.
J’ai encore rencontré monsieur Paul de bon matin sur la plage. Aujourd’hui, il était attelé à une carriole qui transportait des déchets : le bourricot semblait à l’aise.
 
Sur la plage, on rencontre aussi beaucoup de personnes âgées avachies, qui exposent leurs vieux membres et leurs poitrines décaties au soleil. Quelques mamies ventrues marchent sur la plage, exhibant ainsi leurs gorges flétries : joli spectacle.
 
Heureusement, en dehors de la plage, on rencontre aussi quelques belles et sympathiques femmes noires.
 
Hier, j’ai visité une école en brousse. J’ai photographié toutes les classes et j’ai déjeuné avec des instituteurs charmants.
 
À l’école, les gamines saluent les instituteurs en leur tendant la main et en faisant une légère génuflexion, en accord avec l’éducation dictée par le Coran. Les femmes saluent également les hommes d’un certain rang de la même façon. C’est un signe de respect !
 
Dans la rue, on rencontre souvent des groupes de gamins munis de petits seaux ou de boîtes en plastique. Ils sont chargés par le marabout de mendier de l’argent, de la nourriture, des objets, etc. Si la récolte est bonne, il leur accorde un petit pourcentage.
 
 
Lorsqu’un jeune homme veut épouser une fille, il doit fournir une dot. Des bijoux pour la fiancée ainsi qu’une montre, une radio, etc. Il faut aussi acheter un mouton pour la famille. Selon le Coran, les filles n’ont pas de relations sexuelles avant le mariage, mais elles sont pourtant nombreuses à se prostituer.
 
C’est sans doute différent et c’est peut-être par nécessité, mais les hommes ont souvent deux ou trois femmes. Une jeune Sénégalaise m’a dit que son père avait trois épouses et qu’elle-même avait vingt-cinq frères et sœurs. !
 
À Saly, la route goudronnée s’arrête à l’entrée du village des autochtones, de même que l’allée privée qui longe la plage, devant les hôtels et les résidences privées. Après, c’est le sable.
 
Normalement les musulmans ne consomment pas d’alcool. Cependant, quelques-uns boivent du vin et d’autres boissons alcoolisées : ils sont surnommés les musulmans de gauche !
 
Aujourd’hui, gros arrivage de « visages pâles ». Il y a des masses de corps blancs sur la plage, c’est très beau. Chaque semaine, il y a des arrivages et je vois ainsi défiler la France. C’est très intéressant.
 
Les touristes sont sans cesse sollicités par les Sénégalaises et Sénégalais qui sont très baratineurs et parfois même un peu menteurs et voleurs. Ils demeurent cependant très sympathiques, aiment converser et rire. Le problème c’est le paradoxe de leur « culture » française et de leur éducation délivrée par les marabouts et les curés. Mais ce sont des marioles et beaucoup de touristes se font arnaquer par ces filles ou ces garçons.
 
En dehors de la zone touristique ? Le Sénégal est un pays très sale. Beaucoup de baraques et de masures sont insalubres, ordures et déchets traînent un peu partout. La banlieue sud de Dakar est un immense bidonville. J’ai visité le marché de M’Bour, la ville voisine, qui compte plus de cent mille habitants. Toutes les rues, où sont exposés souvent à même le sol, les fruits, les légumes et autres marchandises, grouillent de monde. Des quartiers de viande, des jambons, etc. sont exposés en plein soleil (35 °C). Cela fait le bonheur des mouches qui tourbillonnent par centaines au-dessus des étals et des clients ; mieux vaut ne pas faire ses achats le soir car la viande est grillée et surtout avariée.
 
Les touristes français sont appelés « Toubabs », les résidents sont des « Sénégaulois ».
 
Visite du port, pas équipé de quai, où des dizaines de grandes pirogues équipées de moteurs, sont hissées sur le sable au retour de la pêche au large.
 
Les pêcheurs rapportent des monceaux de poissons et de coquillages, qui sont exposés sur place ou dans la halle aux poissons. J’ai vu une énorme daurade rouge et beaucoup de très gros poissons vendus sur place et faisant l’objet de longs palabres.
 
Les poissons non vendus sont conservés dans la glace, dans de grands bacs en plastique. Il y en a souvent des tonnes. Les coquillages sont vidés sur place par différentes équipes et leurs coquilles sont par la suite utilisées pour faire des dallages. Les autres moyens de conserver le poisson sont : le sel pour les gros poissons et le fumage pour les espèces de plus petite taille.
 
Le matin, je fais mes mots croisés sur ma terrasse, face à la mer, en compagnie des oiseaux qui picorent à mes pieds les miettes de pain.
 
Je suis retourné à M’Bourg et j’ai parcouru le centre et quelques quartiers. C’est affreux, abominable, c’est inhumain, c’est dégueulasse. C’est une honte qu’en 2010, des êtres humains puissent vivre, voire croupir, dans de telles conditions.
 
Selon la presse locale, il y a pourtant au pays une vingtaine de milliardaires et beaucoup de commerçants très riches.
 
Petit déjeuner sur la terrasse de l’hôtel. Un grand monsieur âgé, sec, rigide. Face à lui, sa moitié handicapée installée dans un fauteuil roulant ultramoderne. Subitement, la vieille décide d’aller voir ailleurs. Elle appuie sur le mauvais bouton et fout tout en l’air. Le vieux hurle et insulte sa femme qui s’esclaffe.
 
Ce matin, sur la plage un couple de Sénégalais enseigne, à l’aide d’un tam-tam, le rythme africain à un groupe de touristes français plus très jeunes.
 
Réveillon du nouvel an. En plus du portable et des cigarettes, tout le monde a son appareil photo. Ça mitraille tous azimuts, les tables, les desserts, les visages. Une grand-mère vient de cadrer son mari qui a pris la pose. Il regarde sur l’écran du numérique et s’écrie : « Mais tu ne m’as pas mis dedans » et elle de répondre « tu as bougé ». Et on recommence. Le repas est excellent, mais plutôt chiant. Heureusement l’orchestre joue du jazz. Et comme pour le réveillon de Noël, le directeur et son épouse m’invitent à leur table et m’offrent le champagne.
 
La femme sénégalaise porte son enfant dans le dos et ses marchandises sur la tête, parfois les deux ensemble.
 
Si tu rencontres dans la rue une femme qui semble parler seule, il ne faut pas croire qu’elle est fada ; elle discute avec son gamin qu’elle porte dans le dos !
 
Une vieille, mince et coquette, a invité un jeune rasta sénégalais à dîner.

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