Personne et Res Publica Volume I
298 pages
Français

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Description

Chacun s'accorde à reconnaître que nous devons la notion de res publica à Rome. Cela signifie-t-il qu'en dehors du cadre romain elle n'est pas pertinente ? Ce premier volume tente de répondre à la question au moyen d'un triple éclairage qui vient encadrer l'apport du droit romain : celui qui est issu des sociétés de la Haute Antiquité, celui qui provient des organisations politiques orientales postérieures au droit romain et celui qu'offre l'Europe médiévale.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2008
Nombre de lectures 54
EAN13 9782296194632
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Burt Kasparian
1
civilisations ayant précédé Rome . Rappelons, dans leurs grandes lignes,
les idées qu’on y trouve exprimées. Cicéron définit lares publicacomme
lares populi, lepopulusétant une réunion, voulue par la nature,
d’individus qui s’associentiuris consensu et utilitatis communione, en
2
vertu d’un accord sur le droit et d’une communauté d’intérêts .L’idée de
nature etde droit (quivientdu sentimentdejustice)estàla base dela
communauté humaine, de cetintérêtcommun queleshommes ontàvivre
ensemble.L’intérêtcommunàvivre ensemble,ou l’intérêtgénéral qui
dépasselesintérêts particuliers ouindividuels, a besoin,pour perdurer,
d’être défenduet protégé dans uncadre institutionnel.Ce cadre
institutionnel peut prendrela forme deplusieurs régimes:monarchique,
aristocratiqueoudémocratique.Lerégimemonarchique estenvisagé
commeun régimesi cen’estidéal, du moinsexcellent,maisdont
l’excellence estconditionnéepar lajustice et la compétence de celuiqui
alepouvoir suprême, car silemonarquemanque dejustice etde
compétence/mérite,lerégimenepeut subsisteret letermequi convient
3
pourdésignerce en quoi il s’est mué est lemot tyrannie.

Lerégime idéal,l’optimus status publicae,seraitenfait une
combinaisondes trois régimes,monarchique, aristocratique et
démocratique, associée àunéquilibre et une concorde entrelesdiverses
couches socialesdelapopulation,unéquilibre et une concordequeseule
4
lajusticepermettraitd’atteindreouderéaliser .Cicéronfait l’apologie
delajustice, en laquelle il voit«unbienbeaucoup plus précieux quetout
5
l’ordu monede » ,tce faisantil rejointPlatonetAristote,pour quila
justice doit régir l’actionducitoyenet, au-delà, celle del’État.Cette
justices’identifie aveclasagesse,vers laquellel’homme doit tendre età
laquelle ildoit obéir, carilestdans sanature d’êtrejuste, honnête, etde
sesentir solidaire desautreshommesen nerapportant pas toutàson
intérêt particulier.Leshommes quiont uneresponsabilité dans l’État,qui
sontprocuratores/rectores rei publicae, doiventfairerégner lajustice et
maintenir les traditions morales.Pourcela ilsdoiventêtre dotésde

1
E.BREGUET(trad.), Cicéron,La République(2 tomes), Coll.desUniv.de France,
1980.
2
Cicéron,La République1, XXV,39.
3
Ibid.1, XXIX,61 ; 1, XL,62.
4
Ibid2, XLII,69.
5
Ibid3, V, 8.

12

Personne etres publica: l’exemple de l’Égypte ancienne
qualités exemplaires, celles que fournit l’éducation,àsavoirdes qualités
moralesdans lesquelles lescitoyens pourront sereconnaître/ou se
retrouver, ainsique des qualitésd’éloquence et lascience dudroit, de ce
qui est justepourassurer le bonheurdu peuple et letriomphe del’intérêt
6
général .

Le fonctionnementet letriomphe delarespublicasupposent
doncle concoursde ceux qui, en suivant l’inclinationdeleur nature,se
sont misensemblepour la fairevivre, et siparmi euxilenest quiles
dominent, cette dominationdoit s’exercer,nousditCicéron, au nomdela
7
justice et pour lesalutetdans l’intérêtdufaible.Maiscen’est pasen
tant qu’hommeouindividu quelerectorqui détient lepouvoirde
défendre et protéger larespublicaagit: ilagitcommepersonne, au sens
8
grec du terme :ilestprosopônetpolitèset nonanthropos.L’individu
privés’efface, ildisparaîtderrièrelemasquequ’il porte, celui d’un
acteur public dont lerôle et la capacité à agirdans l’espace institutionnel
conçu pour l’épanouissementdelarespublicasont réglés par une
nécessitéou unimpératif :lerespectdelajustice.

Larespublica,parcequ’elle consiste àplacer
l’intérêtgénéralaudessusdesintérêts privés, a besoindes’appuyer sur lapersonne et non
sur l’individu pourassurer son triomphe.Ilexiste doncune corrélation
nécessaire entreles notionsderespublicaetdepersonne.

Mais quel rapport peut-onfaire entre cesdeux notionscombinées
etcomplémentaireset l’Égypte ancienne?Peut-on parler,pouren
reveniràlaquestionde départ, d’unerespublicapour l’Égypte
pharaonique?

Sile conceptappliqué àl’Égypte ancienne aun sens, ilconvient
del’envisagerdans uncontexte institutionnelet politiquetrès particulier,
celui d’unemonarchie dont la caractéristiquepremière estd’êtresacrée.
Laroyautépharaonique est sacrée,parcequ’elle estdivine.Leroi est le

6
Ibid5, VIII-X.
7
Ibid5, II,3 ;5, III, 4-6.
8
Surces notions, cf.S.TZITZIS,Qu’est-ceque la personne?, Armand Colin,1999,
p. 37-46.

13

Burt Kasparian
représentant des dieux sur terre, il est leur interlocuteur direct et a pour
mission de les satisfaire et de garantiràtravers l’actiondeson
gouvernement l’ordrequ’ils veulent voirétabli,ou plusexactement
perdureréternellement sur terre.Cet ordre correspond àunconcept
complexe,qui estaucœurdel’idéologiepharaonique,lamaât,qui fixele
9
cadre,l’objectif,maisaussiles limitesdu mandatconfié au pharaon .La
maâtest synonyme devérité et justice, elle assurel’équilibre du monde
organisé etcréé, elle estaussipardéfinition unélément vitalet par
làmêmeunenourriture et unesubsistancepour lesdieux.Le dieu vitdela
maât,mais leroi en vitaussi.Dans leschéma idéologique égyptien,le
dieuveutlamaâtqui estessentielle àsonexistence etàl’équilibre du
monde, et saréalisationestconfiée au roi.Lamaât nes’assimile donc
pasà cequeveut leroi.Lamaâtestl’expression de ce que veut le dieuet
leroise contented’adhérerà cettevolontéen voulant àson tourquela
maâtsoitaccomplie.Lamaât déterminedonc cequeveut leroi, il ne
peut vouloirautre chosequelamaât, etc’estencore ellequis’impose
auxhommesdans leurs rapportsentre euxafind’assurer la cohésiondu
groupequ’ilsforment.L’intérêtcommun,l’intérêtgénéral, celui des
dieux, du roi etdeshommes, confondsa cause et son objet: il s’agitdela
maât.Au service de cetidéal,lepharaon joueun rôle centralet
cristallisateur, car non seulementilest l’acteuràla fois premieret
indispensable desaréalisation,mais laloyautéquilui estdue est le
fondementet lepointd’arrivée del’actiondetousceux qui, en tant que
dépositairesdel’autorité du roi,sontappelésà concouriràlaréalisation
de cemêmeobjectif.

L’impératifqui estfixé au roi expliquela dimension
exceptionnellequerevêt la fonction pharaonique.La dignitéroyale est
divine etconfère à celuiquil’exerce des pouvoirsconsidérables.Son
titulaire estabsorbéparelle,maisdans l’espritdesinstitutions
pharaoniquesil nese confondpasavec elle :lathéorie desdeuxcorpsdu
e
roiqui est née enEuropeoccidentale àla finduXIsièclepeut
parfaitement trouveràs’appliquer pour l’Égyptepharaonique :seul le
corps mystique du pharaonest souverain,pas soncorps physique.Le

9
Surmaât,on lira avecprofitJ.ASSMANN,Maât, l’Égypte pharaonique et l’idée de
justicesociale, Paris,198vo9 ;iraussi B.MENU,Maât.L’ordre juste dumonde,
ÉditionsMichalon, Paris,2005.

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Personne etres publica: l’exemple de l’Égypte ancienne
pharaon dans sa dimension mystique est source de tout pouvoir, tous les
autres pouvoirs lui sont subordonnés et s’exercent par délégation.Mais la
royautén’est pas qu’un officeou une dignité, ellerecouvre aussiune
abstractionau service delaquellela dignitéroyale est placée.La
précisionestimportante, carelle faitdu roiunevéritable entitéjuridique.
Une entité dont les sourceshiéroglyphiques nousindiquent qu’elle est
dispensatrice de bienfaits pour l’Égypte, encesens qu’elle avocationà
procurer l’ordre,lajustice et laprospérité dont lepaysa besoin.Notre
objectifsera ici depréciser lescaractèreset lesimplicationsdela dignité
oupersonapharaonique(I).Il sera ensuite deprésenter sommairement
les modalitésdel’action publiquetellequ’elle estexercéepar les
fonctionnairesau nomdu pharaon (II).

La question de lapersonapharaonique

Lesujet peutêtre introduitde diversesfaçons,s

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