Comment l Afrique en est arrivée là
427 pages
Français

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Comment l'Afrique en est arrivée là , livre ebook

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Description

Axel Kabou, auteur de l'ouvrage Et si l'Afrique refusait le développement interroge l'histoire de la marginalisation de l'Afrique. Quels rapports l'Afrique subsaharienne entretient-elle avec elle-même, avec la Méditerranée, le Moyen-Orient et l'Europe ? Peut-elle aller au-delà de sa stratégie actuelle de diversification des partenaires extérieurs, passer du statut de "continent convoité" à celui de continent conquérant ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2011
Nombre de lectures 968
EAN13 9782296445277
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,1500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Comment l’Afrique en est arrivée là
Axelle Kabou
C omment l’ A friqueen est arrivée là
L’Harmattan
© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http ://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanado.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-10468-6
EAN : 9782296104686
À Robert Arnaut, mon père À Caroline Clerc, ma mère À Pierre Constant
À Moussou et Babacar Kanté
avec toute ma tendresse. À Bicô, mon autre À mes filles, Sonin’ka, Tchaz et Santiane qui, je l’espère, traversent leur siècle les yeux ouverts. À tous ceux qui, de près ou de loin, m’ont encouragée à écrire ce livre. Aux victimes des traites négrières transsahariennes, indianocéaniques et transatlantiques. Aux victimes des crimes coloniaux. Aux victimes des crimes de l’Afrique post-indépendante. À la jeunesse africaine d’aujourd’hui
et de demain.
« Parce que le passé pèse encore sur notre présent, nous ne sommes réellement contemporains de notre temps que si nous savons reconnaître dans les événements d’aujourd’hui les effets à long terme d’une histoire souvent très ancienne 1 ».
René Rémond

« Le temps est venu de comprendre, de réfléchir à la place que les problèmes contemporains occupent dans la longue histoire du continent 2 ».
John Iliffe

« Le temps d’aujourd’hui date à la fois d’hier, d’avant-hier, de jadis 3 ».
Fernand Braudel

« … les problèmes africains sont parfois traités comme si leurs racines n’étaient vieilles que de quelques années, et non de décennies ou de siècles 4 ».
Stephen Ellis
1 René Rémond, Histoire de l’Europe , « Préface », J. Carpentier et F. Lebrun (dir.)
2 John Iliffe, Les Africains, Histoire d’un continent , Flammarion, Paris, 1997.
3 Les écrits de Fernand Braudel , Les ambitions de l’histoire , Éditions de Fallois, 1997.
4 S. Ellis (dir.) L’Afrique maintenant , Karthala, Paris, 2003.
AVANT-PROPOS
Contrairement à ce qu’on raconte, l’histoire de la marginalisation de l’Afrique subsaharienne et celle de l’irruption de ce thème dans les débats internationaux ne sont pas identiques. C’est précisément ce que des décennies d’empoignades sur les conséquences de la-traite-la-colonisationles-indépendances, auxquelles on attribue cette marginalisation, n’ont pas réussi à faire comprendre et qu’il importe d’expliquer, avant le prochain effondrement des cours des matières premières 5 .
En effet, la première histoire se met en place dès la fin de la préhistoire : elle se signale, dès le départ, par des différences importantes entre un Sahara « néolithique » à l’économie plutôt liquide, et un Croissant fertile, sec, vif, résolument passé à l’intensif qui, de l’Iran à la Mésopotamie en passant par l’Égypte et les hauts plateaux sahariens, donnera au monde ses premières civilisations productrices de nourriture 6 . Et ses premières civilisations, tout court.
Cette histoire se traduit de nos jours, en Afrique subsaharienne, par une crise d’habitabilité 7 persistante ; des bases économiques exiguës ; une dépendance insigne des dominants à l’égard de l’extérieur ; des relations « gouvernants » / « gouvernés » marquées par un cynisme époustouflant, une figure d’historicité qui refuse obstinément de changer 8 .
Bardée de statistiques régressives et de recommandations alarmées, censées expliquer “la place de l’Afrique subsaharienne dans le monde”, la seconde histoire est un bréviaire fabriqué et diffusé, à partir de la fin des années 1970, par des institutions internationales universelles ou africaines, avec l’appui des milieux académiques et des médias. C’est dire !
La marginalisation des économies subsahariennes ou, au contraire, leurs perspectives d’insertion réussie, ne sont pas réductibles aux deux ou trois tendances hérissées de pourcentages auxquelles la littérature internationale officielle tend à les confiner.
Sans doute, est-il temps, à cet égard, de revenir au cœur du problème en convenant que les capacités concurrentielles d’une région donnée relèvent, avant tout, de la production de soi et du changement social 9 , compris comme des processus historiques et non comme le résultat de tripatouillages, de conjectures écrites à l’encre rose. Le premier de ces processus commence par un drame fondateur universel ayant pour enjeu la capacité des sociétés de produire et maîtriser leur histoire. Le second, qui a trait à l’obligation d’emprunter et de se mélanger, concerne l’aptitude des sociétés à respirer plus amplement au sortir d’étreintes et de rixes avec autrui. Tels sont les thèmes de ce livre.
La nécessité de s’inventer, de se réinventer s’ouvre, sous toutes les latitudes, par des questions identiques, d’ampleur variable, qui sont autant de défis : qu’est-ce qu’on mange ? Vaut-il mieux produire que cueillir ? Où est-ce qu’on habite ? Qu’est-ce qu’on habite ? Qu’est-ce qu’on porte ? Comment se multiplie-t-on ? Comment reste-t-on en vie ? Comment gère-ton l’incertitude ? Qu’est-ce que le réel ? Qui doit gouverner qui, sur quel mode ? Comment se distingue-t-on des autres ? Qu’est-ce qu’on leur emprunte ? Comment fait-on face à l’étranger, à l’adversité ? Sur quoi se fonde le savoir ? Que fait-on des connaissances acquises ? Comment les diffuse-t-on ? Comment les renouvelle-t-on ? Comment produit-on et accumule-t-on des richesses ? Qu’est-ce que la richesse ? etc.
Ces questions, résolues avec plus ou moins de bonheur, d’un lieu à l’autre, constituent autant d’ expériences 10 , de figures d’historicité. En Afrique, comme dans bien d’autres régions du globe 11 , cette expérience reste fortement marquée par des difficultés à faire trois choses d’une importance capitale : premièrement, changer significativement de manière de produire et accumuler la richesse ; en deuxième lieu, générer et utiliser les connaissances ; et enfin, donner un nouveau sens à ces activités afin d’affermir le plancher de la vie chez soi et soutenir la concurrence au plan intercontinental. Cette infirmité historique est au cœur de cet essai.
Il est urgent, en effet, de : mettre à distance cette représentation dominante de l’évolution de l’Afrique subsaharienne, dans les échanges mondiaux, qui se repaît de tendances éphémères et écrit l’avenir en fonction de l’air du temps ; expliquer le rapport entre le passé et le présent ; raccorder ce dernier à la très vieille et singulière histoire de l’insertion de cette région dans des réseaux d’échanges intercontinentaux car la ’compétitivité’ n’émerge pas du vide.
Ce livre s’y emploie en proposant des réponses à quelques questions cardinales : que dit cette représentation ? Dans quel contexte a-t-elle été élaborée ? Par qui ? Avec quelles lacunes et quelles conséquences ? L’Afrique est-elle plus marginalisée qu’insérée dans les échanges internationaux ? Si oui, depuis quand et par quels processus ? Que recouvre exactement la notion de marginalisation ? Peut-on, comme le veut une pratique désormais consacrée, augurer des futurs des économies subsahariennes, en faisant fi de leur histoire ? Dans la négative, jusqu’où faudrait-il remonter ? Quel passé convient-il de convoquer ? Plus spécifiquement, quel traitement réserver à ’la traite et la colonisation’, aux indépendances ?
Pour répondre à ces questions, pas de table rase : il y a, fort heureusement, longtemps que l’historicité des sociétés africaines est, pour les spécialistes, une « banalité scientifique » 12 et, le thème de la place de l’Afrique dans le monde, « un sujet éculé » 13 . Le terrain ayant été largement déblayé, cet essai peut, tout au plus, tenter de contribuer à la diffusion et la vulgarisation d’informations existantes : il s’emploie donc à traquer des enchaînements de circonstances, des faisceaux de contraintes, des choix, des stratégies récurrentes : des schémas, qui ont retenu l’attention d’historiens, notamment, sans prétendre, pour autant, à l’exhaustivité et, encore moins, à l’érudition.
Bien que centré sur des questions de figure d’histor

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