Immigration/Intégration
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Description

Les coûts économiques et financiers de l'immigration et de l'intégration, qui prennent un singulier relief à la lumière des récentes émeutes urbaines, représentent un des problèmes socio-économiques les plus opaques, les mieux gardés et les plus controversés de notre temps. Il est grand temps de mettre un terme aux dissimulations bien pensantes et aux demi-vérités. Car, sans aucun doute, les français devront se serrer la ceinture. C'est le prix à payer pour bien réussir une indispensable intégration trop longtemps négligée.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2006
Nombre de lectures 223
EAN13 9782336256610
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

© L’HARMATTAN, 2005
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
L’HARMATTAN, ITALIA s.r.l. Via Degli Artisti 15; 10124 Torino L’HARMATTAN HONGRIE Kdnyvesbolt ; Kossuth L. u. 14-16 ; 1053 Budapest L’HARMATTAN BURKINA FASO 1200 logements villa 96 ; 12B2260 ; Ouagadougou 12 ESPACE L’HARMATTAN KINSHASA Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Administratives BP243, KIN XI ; Université de Kinshasa - RDC
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296004603
EAN : 9782296004603
Sommaire
Page de Copyright Page de titre Questions Contemporaines Dernières parutions INSTITUT DE GÉOPOLITIQUE DES POPULATIONS Liste des auteurs Claude Goasguen - Ouverture Yves-Marie Laulan - Introduction Jacques Bichot - L’immigration : coûts directs et indirects Effets économiques Gérard Lafay - L’intégration : coûts directs et indirects Effets économiques immédiats et différés Discussion Jacques Myard - Duverture de la séance de l’après-midi Pierre-Patrick Kaltenbach - Intégration : où en est-on ? Discussion Yves-Marie Laulan - L’effort national à consentir Discussion Roland Hureaux - Maîtriser les flux migratoires : vraies et fausses pistes Discussion Jacques Dupâquier - Devenir français : comment le mériter ? Discussion Jacques Myard - Remarques finales Yves-Marie Laulan - Conclusions
Immigration/Intégration
Un essai d'évaluation des coûts économiques et financiers

Jacques Dupaquier
Yves-Marie Laulan
Questions Contemporaines
Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.
Dernières parutions
Olivier ESTEVES, Une histoire populaire du boycott, tome 1 1880-1960 L’armée du nombre, 2006.
Olivier ESTEVES, Une histoire populaire du boycott, tome 2 1989-2005 La mondialisation malheureuse, 2006.
Cyril LE TALLEC, Les sectes politiques. 1965-1995, 2006 .
Allaoui ASKANDARI, L’évolution du marché foncier à Mayotte, 2006.
Samuel PELRAS, La démocratie libérale en procès, 2006. Gérard KEBADJIAN, Europe et globalisation, 2006.
Alice LANDAU, La globalisation et les pays en développement : marginalisation et espoir, 2006.
Vincenzo SUSCA, A l’ombre de Berlusconi. Les médias, l’imaginaire et les catastrophes de la modernité, 2006.
Francis PAVÉ (sous la direction de), La modernisation silencieuse des services publics, 2006.
C. COQUIO et C. GUILLAUME (Textes réunis par), L’intégration républicaine des crimes contre l’humanité, 2006.
M.A. ORAIZI, La culpabilité américaine: assaut contre l’Empire du droit international public, 2005.
Maïko-David PORTES, Les enjeux éthiques de la prostitution, éléments critiques des institutions sociales et ecclésiales, 2005.
Florence HODAN, Enfants dans le commerce du sexe. Etat des lieux, état d’urgence, 2005.
V. TONEV STRATULA, La liberté de circulation des travailleurs en question, 2005.
Henri SOLANS (sous la direction de), Faire société sans faire souffrir ?, 2005.
Fondation Singer-Polignac présidée par Édouard Bonnefous Chancelier honoraire de l’Institut de France Ancien ministre d’État
Actes du colloque Immigration / Intégration Un essai d’évaluation des coûts économiques et financiers
sous la direction de Yves-Marie Laulan Président de l’Institut de Géopolitique des Populations
Paris, le 17 novembre 2005
Institut de Géopolitique des Populations
INSTITUT DE GÉOPOLITIQUE DES POPULATIONS
L’Institut de Géopolitique des Populations a été créé le 7 février 2000 à l’initiative d’Yves-Marie Laulan, économiste, et de Jacques Dupâquier, membre de l’Institut de France.
Plusieurs colloques ou diners-débats ont été organisés par cette institution sur différents thèmes dont les actes ont été publiés sous la direction d’Yves-Marie Laulan dans la revue, à savoir : La population européenne et ses problèmes, 10 décembre 1999, n°1. L’entreprise française devant les problèmes démographiques. 19 mai 2000, n°2. Introduction à une géopolitique des populations, numéro spécial 3-4. Troisième âge et renouveau sociétal, 19 mai 2001, n°5. Où va l’Afrique noire ?, 13 décembre 2001, n°6. Réussir l’intégration des immigrés de la deuxième génération, 16 mars 2002, n°7. La France en 2002 : un bulletin de santé démographique, 18 juin 2002, n°8. Palestiniens et Israéliens : le facteur démographique, 12 décembre 2002, n°9. Ces migrants qui changent la face de l’Europe, 10 et 11 octobre 2003, n°double 10 et 11. Europe et Amérique victimes de leur démographie  ?, 14 octobre 2004, n°12. L’avenir démographique des grandes religions du monde, 25 octobre 2004, n°13.
Liste des auteurs
Jacques Bichot, professeur à l’Université de Lyon III
Jacques Dupâquier, démographe, membre de l’Institut de France
Claude Goasguen, ancien ministre, député de Paris
Roland Hureaux, haut fonctionnaire et élu local
Pierre-Patrick Kaltenbach, ancien président du Fonds d’action sociale pour les travailleurs immigrés et leurs familles
Gérard Lafay, professeur à l’Université Panthéon-Assas (Paris II)
Yves-Marie Laulan, économiste, président de l’Institut de Géopolitique des Populations
Jacques Myard, député-maire de Maisons-Laffitte
Claude Goasguen
Ouverture
Nous ouvrons, dans ces locaux somptueux, ce colloque consacré au thème de l’immigration et de l’intégration. Je voudrais d’abord en remercier les organisateurs dont je sais, pour travailler avec eux depuis longtemps, à quel point leur travail est sérieux. Dans ce domaine, ce n’est pas chose coutumière. Je voudrais vous dire à quel point nous avons besoin de réunions de ce type. L’immigration et l’intégration ont été, en France, des sujets de passion, d’invectives, de jusqu’au-boutisme, de théologie. Tous les défauts de l’intelligence française se sont manifestés sur ces sujets. Au lieu de prendre le sujet d’une manière posée et calme — c’est un grand sujet, pour les politiques, que celui de l’immigration pour leur pays —, au lieu de le prendre sur ses aspects nobles et indispensables, la France, depuis 1970, s’est livrée à un de ses jeux dont elle a quelquefois le secret. Il ya les invectives d’un côté pour le tout-immigration : la France est le réceptacle de la misère du monde. De l’autre côté, il y a la théologie de l’anti-immigration.
Ce débat a été pollué par la passion. Il l’est moins. J’ai vécu à l’Assemblée nationale les moments les plus difficiles de ce débat. Il était alors impossible d’avoir des positions sur l’immigration sans se faire accuser immédiatement d’être un suppôt du diable. Cela avait lieu il y a dix ans encore. Je m’aperçois que, lentement — trop lentement —, on peut aborder les questions de maîtrise des flux migratoires d’une manière un peu plus posée. Il est vrai que l’opinion publique, elle, a évolué plus vite que la logomachie des politiques et la pensée unique. Ce qui s’est passé il y a quelques jours en est évidemment l’illustration absolue. Cela couvait depuis une trentaine d’année. À force de ne pas vouloir parler d’un sujet, à force de le taire, à force de vouloir expliquer aux Français que ce sujet est secondaire, alors que tous les sondages montrent qu’il est essentiel, la chose a explosé. Et elle n’est pas prête de se calmer. Nous sommes entrés dans une phase sans doute nécessaire, que l’on aurait pu anticiper et que l’on n’a pas anticipé pour les raisons que j’ai évoquées, de paralysie interne du système. Aujourd’hui, des solutions s’imposent à nous.
C’est là que ce colloque tombe à point. En effet, comme toujours, quand on aborde trop tard un problème qu’on a voulu éviter, on le fait dans la précipitation. Après avoir commis la première erreur qui consiste à ne pas anticiper, on se précipite sur des solutions qui ne sont pas forcément les bonnes. Depuis quelques jours, les thèmes qui apparaissent méritent beaucoup de réflexion. Leurs conséquences risquent d’être d’ailleurs tout aussi redoutables que ce qui s’est passé il y a quelques jours.
Le président de la République en a parlé. On ne peut pas dire que, sur ce sujet, il ait fait preuve d’une clairvoyance extrême. Je le dis d’autant mieux que je fais partie du parti d’origine du président de la République. Depuis que le président de la République a parlé, il est de bon ton d’évoquer la mixité sociale. On parle ainsi beaucoup de mixité sociale dans le logement, comme ce matin encore dans la bouche de l’ex-ministre de l’Intérieur, le sinistre Vaillant, dont la réputation en matière de sécurité n’est plus à faire, puisqu’il a été le ministre de l’insécurité. On en est donc arrivé au lieu commun classique lorsqu’on ne connaît pas bien un problème : « On va mettre du HLM à côté de la Fondation Singer-Polignac, le bourgeois ressemblera à l’immigré et l’immigré au bourgeois. C’est facile. Il suffit d’habiter les uns à côté des autres pour qu’on soit tous pareils. » On devrait assister à une cascade d’imbécillités exceptionnelles. Après nous avoir dit pendant trente ans que l’immigration n’était pas un problème parce que cela touchait au racisme — - alors que cela n’a rien à voir —, on va nous dire aujourd’hui que les solutions de l’immigration sont simples : il suffit de mettre les uns à côté des autres des gens qui ont une culture différente et, par l’opération du Saint-Esprit, ces deux cultures vont fusionner parce qu’ils vont se parler. Il suffit de se parler... À la radio et à la télévision, on ne cesse de dire : « Parlez-vous, parlez-vous », comme si on allait arranger les affaires uniquement en se parlant.
Il faut aborder ce sujet complexe avec tout le sérieux nécessaire, ce qui n’a pas été le cas dans la période précédente. En particulier, j’apprécie beaucoup dans vos travaux l’évaluation quantitative et qualitative. On ne fait pas de bonne politique si on n’a pas des instruments solides d’évaluation. Or, en matière d’immigration, c’est ce qui existe le moins et c’est ce qui est le plus difficile à trouver. Depuis trente ans, nous tournons autour de ces questions : combien y a-t-il d’immigrés en France ? Qui est véritablement « immigré » ?
Un écran de fumée se renouvelle en permanence et empêche, en réalité, d’aborder sereinement et politiquement ces questions comme on devrait le faire. Votre thème sur le coût et les effets économiques — je sais que vous aviez prévu cela avant — est en plein dans l’actualité. La question qui se pose aujourd’hui est bien celle de la facture — pas seulement celle des incidents qui se sont déjà produits. Ce n’est pas la première fois que des incidents de ce type ont lieu. En 1981-1982, il y avait eu des incidents un peu moins graves.
Je note que le nombre d’incendies de voitures a augmenté. Mais le préfet de police m’a rappelé hier que, en temps normal, la moyenne des voitures brûlées dans la région Île-de-France est de quarante par nuit et soixante le week-end. Par conséquent, le nombre de cent dix ou cent trente voitures brûlées est un peu au-dessus de la moyenne... C’est satisfaisant d’entendre de la part des autorités publiques que l’on consomme de la voiture en permanence de cette manière ! Et les statistiques de la préfecture de police sont une mine de supercheries administratives. Une voiture qui flambe sous l’effet d’un mauvais contact est considérée comme un incendie de voitures et rentre donc dans cette catégorie parce qu’on a besoin de crédits sur tel service et pas sur tel autre. On connaît les mécanismes administratifs. Tout cela n’est pas sérieux.
Maintenant, il faut évaluer la facture. Pour cela, il faut d’abord savoir qui a besoin d’aide. Ma thèse est simpliste. Il y a d’abord la question de l’immigration et des flux migratoires. Les flux migratoires ne sont pas maîtrisés.
La polémique sur la polygamie depuis quarante-huit heures me paraît un peu dérisoire. Je sais à quel point la pratique polygame est autorisée par des textes laxistes. Je ne me fais aucune illusion sur cette question. Mais la polygamie n’est quand même pas la cause unique des troubles qui se produisent en banlieue. À dire des choses aussi simplistes, on risque de caricaturer un débat qui n’est sûrement pas simple.
Il faut savoir d’abord maîtriser les flux migratoires. Cela veut dire qu’il faut les contrôler. C’est simple. Or nous votons des lois qui ne sont jamais appliquées. Je vous en donne quelques exemples. J’ai participé à tous les débats sur l’immigration depuis dix ans, aussi bien la loi Pasqua que la loi Chevènement, de jour et de nuit car, en général, ce sont de longs débats techniques. Je me souviens du débat sur la loi Chevènement qui était revenue sur la décision du regroupement familial. Le regroupement est issu de conventions internationales. La seule nuance que l’on oublie d’apporter est que cette convention internationale, qui établit un principe, nous laisse libres de l’ampleur d’adaptation que la loi ou la réglementation françaises peuvent apporter. Lorsque Charles Pasqua avait fait sa loi, il avait établi une règle qui était bonne : tout individu qui a les moyens de faire venir en France sa famille et qui peut la nourrir, c’est-à-dire un salarié qui gagnait au moins le SMIC, pouvait faire venir sa famille dans des limites mesurées. Et, avant le regroupement familial, il était obligatoire d’avoir un logement effectif. On était presque dans la norme internationale logique. Le seul problème est que l’administration n’a pas voulu contrôler. Elle ne se sentait pas en mesure de contrôler les capacités de ressources et les associations qui, de temps en temps, trichaient sur la nature des revenus.
Au moment de la loi Chevènement, pendant une nuit de discussion, on en est arrivé à ce qui constitue un tournant dans le regroupement familial : on est passé du SMIC au RMI, Quelqu’un qui n’avait plus d’emploi, qui n’avait plus de revenus, qui vivait déjà aux frais de la solidarité nationale, pouvait, par la loi Chevènement, faire venir une famille dont, par ailleurs, on ne contrôlait pas l’étendue. De plus, comme il n’y avait pas beaucoup de logements, on nous a expliqué qu’il suffisait d’avoir demandé un logement. Je fais à peu près quarante demandes de logement par jour tellement il y a peu de logements. Maintenant, je fais plus attention. Le résultat est que les préfectures n’ont plus rien à contrôler.
Quand la loi est venue en délibération avec la loi Sarkozy et que nous avons reposé ce problème, nous avons gagné devant l’Assemblée nationale. Mais les pressions administratives ont été telles que nous sommes revenus au statu quo de la loi Chevènement parce que, en réalité, nous n’étions pas en mesure de contrôler le regroupement familial.
La loi est bonne ou mauvaise, cela n’a pas d’importance. Le vrai problème de la France est qu’elle fait des lois sans se doter des moyens de les exécuter. Tout le problème de l’immigration réside dans cet exemple. Au nom de grands principes, on ouvre les frontières et on essaie l’intégration, mais, derrière, il n’y a rien.
Un très bon rapport de la Cour des comptes décrit cela — je le dis d’autant mieux que je ne suis pas vraiment un ami de Philippe Séguin ! Ce rapport, techniquement très bon, apporte une base de réflexion, sinon des solutions. Il décrit comment on a parlé d’intégration sans la faire. Tout le débat est là. C’est le travail qui commence aujourd’hui.
Il faut déjà commencer par une évaluation précise. Cela coûtera très cher. Cela coûtera tellement cher que je ne vois pas un gouvernement de droite ou de gauche prendre le risque de présenter la facture aux Français. Par conséquent, il faudra probablement imaginer une procédure un peu différente — vous aurez peut-être la possibilité de le faire dans la journée.
Il y a des moments où une nation a besoin d’un tel effort. Il faut un « plan Marshall » décidé par le peuple. Seul le peuple est capable de donner le feu vert à une opération de ce genre. Si on laisse un gouvernement de droite prendre tous les risques sur ce problème à deux ans des élections, la gauche votera contre, la droite n’osera rien faire. Et il ne se passera rien, comme toujours. Si on laisse la gauche le faire, elle n’osera pas non plus et la droite ne pourra pas plus le faire. Nous resterons dans ce statu quo meurtrier.
Par conséquent, bien que la facture soit lourde, la seule solution est d’établir une procédure de réflexion, de discussion, de débat, qui associe les Français à un effort national sur l’intégration, après avoir réglé les préalables de l’entrée et des flux migratoires.
Voici quelques idées. Je suis inépuisable sur l’immigration. J’ai une bibliothèque entière qui y est consacrée. J’ai fait ma thèse en grande partie sur le droit de la nationalité, à une autre période. Cela me passionne. Je serai très intéressé de lire toutes les contributions que vous apporterez — je le fais toujours. Je suis coincé aujourd’hui à l’Assemblée nationale car nous sommes en plein débat parlementaire et nous votons, à répétition et rapidement — ce qui est en général calamiteux. Je vais laisser la présidence, sachant que mon ami Jacques Myard, avec qui j’ai les meilleures relations, sera le représentant de l’Assemblée nationale cet après-midi.
Je voulais vous dire à quel point ce que vous faites aujourd’hui est fondamental. Cela tombe au moment idoine. Il faut le faire sérieusement, en se dégageant des complexes dont on a essayé de nous pénétrer depuis trente ans en refusant de poser le débat. Merci de vos travaux.
Yves-Marie Laulan
Introduction
Nous abordons ici aujourd’hui avec ce colloque, qui prend un singulier relief à la lumière des récentes émeutes urbaines, un des problèmes socio-économiques les plus opaques, les mieux gardés et les plus controversés de notre temps : les coûts économiques et financiers de l’immigration et de l’intégration des communautés issues de l’immigration. Je reprends la formule du rapport Séguin. Ce qui nous amènera à nous demander au passage si la France a fait assez, ou pas assez, et si elle l’a fait à bon escient, en faveur des populations issues de l’immigration. Il est vrai que cette question semble contenir sa propre réponse, si l’on en juge par ce qui vient de se passer un peu partout sur notre territoire. Mais tout d’abord, il faut s’interroger sur le fait de savoir si le couple immigration/intégration se traduit par un bénéfice économique, ou un avantage, pour le pays d’accueil, le nôtre en l’occurrence, comme on l’a longtemps soutenu de façon péremptoire. L’on songerait ici à tel ancien ministre, qui a fait son chemin depuis, lequel intitulait lyriquement son livre L ’ immigration , une chance pour la France ou tel autre qui assimilait poétiquement les travailleurs immigrés aux bâtisseurs de ces cathédrales modernes que sont nos HLM. À l’opposé, nombreux sont ceux qui ont soutenu exactement le contraire : l’immigration coûte plus, voire bien plus qu’elle ne rapporte, en termes économiques et financiers s’entend.
Car il n’est évidemment pas question ici de s’attarder sur des considérations touchant à l’identité nationale ni aux difficultés sociales bien connues associées à l’intégration de communautés issues d’un environnement religieux, linguistique, culturel très différent du nôtre, difficultés dont les dernières semaines ont donné la mesure, pour ceux, car il y en a, qui en doutaient encore.
Mais posons-nous au préalable la simple question de savoir si, sur le plan de l’économie nationale, l’arrivée d’étrangers, le plus souvent peu ou pas qualifiés, dans une société à haut niveau de protection sociale et disposant de bénéfices sociaux généreux — en termes d’emploi, de chômage, de santé, de retraite, de logement, d’éducation, etc. — dans une économie qui se veut moderne, qui fait de plus en plus appel à la haute technicité, qui exige des connaissances technologiques avancées,
cette arrivée donc, ces flux migratoires se traduisent, pour la première génération et celles qui suivent, par un bilan positif pour la société d’accueil et pour l’économie d’accueil.
Évidemment la question ne se pose même pas pour des immigrés qui viennent en France au nom du droit au regroupement familial ou du droit d’asile — plus de 100000 par an, soit sur 30 ans, 2,5 millions de personnes à 3 millions — dont une bonne partie est constituée de femmes et d’enfants et qui émargent dans l’instant aux compte sociaux.
Mais pour revenir à la question posée plus haut, nous sommes en présence d’un problème de cost/benefit comme le diraient nos amis anglo-saxons — que mon ami Toubon veuille bien me pardonner cet horrible anglicisme — ; ou, si vous préférez, la « balance des paiements », si je puis m’exprimer ainsi, des communautés d’origine immigrée, est-elle positive ou négative ? Vaste question, d’une grande complexité comme nous allons le voir qui suppose, en premier lieu, un inventaire et une estimation des coûts et des dépenses de la puissance publique, l’État et les collectivités locales, à des titres très divers.

3. Sur ce chemin « montant, sablonneux, malaisé », comme aurait dit le bon La Fontaine, nous ne sommes néanmoins pas totalement dépourvus de repères sous la forme de quelques travaux. Voici quelques années, un rapport, qui a eu son heure de célébrité, a été publié sur ce sujet par un expert d’un parti politique qui avait fait son cheval de bataille de la lutte contre l’immigration. Mais, comme l’a dit toujours la Fontaine, « un auteur gâte tout quand il veut trop bien faire ». Et il est permis de penser que les estimations dudit du rapport étaient quelque peu surestimées, peut-être d’ailleurs en partie, faute de données fiables disponibles. En second lieu, un précédent colloque intitulé Ces migrants qui changent la face de l’Europe que nous avions organisé dans cette même enceinte, avait permis d’avancer — avec toute la prudence et les précautions nécessaires — que les communautés immigrées en France n’étaient en mesure de couvrir qu’environ les deux tiers de leurs coûts en matière de chômage. Voilà qui avait, en principe, le mérite d’être à peu près clair. Là dessus, voici que, de l’autre coté du Rhin, en Allemagne, une étude, totalement indépendante, du professeur Birg, économiste et démographe, de l’université de Biéfelen, fort honorablement connu, a été récemment publiée. Que nous dit cette étude ? Le professeur Birg a ainsi calculé que les recettes versées par la communauté turque résidant en Allemagne, sous forme d’impôts et de cotisations sociales, ne compensaient qu’à hauteur des deux tiers, les prestations perçues au titre de la santé et du chômage. Voilà donc deux études totalement indépendantes, réalisées dans deux pays différents, qui semblent parvenir aux mêmes conclusions. Ce qui n’est pas inintéressant. Puis voici le rapport Séguin, du nom de l’actuel président de la Cour des Comptes dont on cannaît la rigueur intellectuelle. Armé de l’appareil statistique de l’État, ce dernier s’est attaqué avec courage et obstination — car il en fallait — à un premier inventaire des coûts directs pour la puissance publique résultant de l’immigration. Il en ressort deux constatations simples : — Tout d’abord ces coûts sont considérables, on s’en doutait. — Ensuite, ces coûts sont largement sous-estimés et cela pour au moins deux raisons, comme nous le dit expressément le rapport :
En premier lieu, les administrations concernées ne disposent pas des données requises, loin de là. Au surplus, elles ne manifestent aucun enthousiasme à les fournir.
En second lieu, ces dépenses sont souvent impossibles à identifier, en raison des multiples lois, conventions et règlements visant, en principe, à protéger les libertés publiques et privées, la CNIL, la Convention des Droits de l’Homme et que sais-je encore, qui résultent dans ce travers bien français que le grand démographe Alfred Sauvy appelait déjà « le refus de savoir ».
Autrement dit — et pardonnez-moi d’être aussi explicite —, il n’y a pas grand-chose à tirer de ce rapport, si ce n’est un inventaire méticuleux des lacunes de nos connaissances et de la méthodologie requise pour les combler. Ce qui est évidemment déjà beaucoup.
On pourrait ajouter, pour compléter ce tableau, que, quels que soient ses mérites, le rapport Séguin n’éclaire, et encore d’une bien pâle lueur, que l’un des deux versants de la montagne : les coûts de l’immigration. Il laisse, par contre, totalement dans la pénombre l’autre face, les coûts de l’intégration, sur lesquels nous allons précisément tenter, vaille que vaille, de jeter quelque lumière. Or ces coûts, directs ou indirects, immédiats ou différés, qui se traduisent par autant de dépenses pour la puissance publique, et pour ses démembrements, les entreprises publiques, SNCF, RATP, mais aussi les compagnies d’assurances, s’accumulent en autant de strates enchevêtrées qui en rendent l’inventaire bien ardu.
En effet, comme le fait le rapport Séguin, additionner le coût des nuits d’hôtels pour le logement des clandestins ou des demandeurs de droits d’asile en instance de décision administrative est relativement simple. Calculer le coût pour le budget de la construction de logements sociaux subventionnés par l’État pour loger des immigrés légalement installés sur le territoire est une toute autre affaire. Idem pour le surcoût résultant d’une éducation spécialisée en faveur d’enfants défavorisés issus de familles peu familières avec l’usage de la langue française ; même chose pour le surcoût lié à la délinquance ou au maintien de l’ordre, sans parler des fraudes dans le métro, la SNCF, les problèmes des hôpitaux débordés dont le fonctionnement est gravement perturbé. Faut-il y inclure le coût de tout ou partie des 300000 emplois « jeunes », j’ai envie de dire « faux emplois », créés à la hâte pour « éponger » la masse des jeunes au chômage faute de qualification ?
La liste de ces surcoûts est infinie. Elle concerne en réalité pratiquement toutes les facettes de la société française, dans une France qui a voulu, un moment, se poser en société d’accueil à vocation universelle contrainte aujourd’hui, bon gré mal gré, d’accueillir, comme le disait Michel Rocard, une partie de la « misère du monde ». Qu’il s’agisse du droit d’asile, du regroupement familial ou d’autres droits encore, la France s’est voulue et se veut encore généreuse. Mais voilà. La générosité a un coût.

4. Or le malheur veut que les ressources de la nation, les ressources de l’État ne sont pas indéfiniment extensibles. Elles le sont d’autant moins que, depuis quelques années, la croissance s’est ralentie à des taux compris entre 1,5 % et 2 % l’an contre 3 % et 3,5 % autrefois ; que le taux de chômage, devenu structurel depuis une trentaine d’années, reste obstinément fixé autour de 10 % de la population active ; que le déficit budgétaire tourne autour de 3,6 % année après année ; si bien que l’endettement public dépasse 66 % du PIB, contre 30 % voici vingt ans, lourd héritage que nous allons léguer à nos enfants et petits-enfants qui vont devoir payer les notes accumulées depuis dix ans sinon plus. Et cela alors que chacun sait que le prix du pétrole, porteur d’inflation à terme, va continuer de croître ; que nous sommes à la veille d’un énorme afflux de personnes âgées, plus de 5 millions nous dit-on, porteuses de nouveaux droits à la retraite.
Pour faire face à toutes ces obligations, il faudra des ressources, beaucoup de ressources. Il s’agit donc pour nous de muscler notre productivité pour doper notre croissance, pour faire face à une mondialisation inévitable, et pour réussir l’intégration des communautés immigrées. Il faut mettre un terme aux dissimulations bien pensantes et aux demi-vérités qui ont eu cours jusqu’à maintenant. Car, sans aucun doute, les Français devront se serrer la ceinture. Autant qu’ils le sachent dès maintenant, pour mieux l’accepter. C’est le prix, sans doute très élevé, à payer pour ne pas sombrer dans le chaos.
Peut-on, dans un tel contexte, répéter ce que disait, voici quelques années, une dame ministre, que je ne citerais pas, laquelle proclamait haut et fort qu’elle ne voulait pas être « le ministre des comptes ». Car le temps est venu pour la France de faire ses comptes en matière d’immigration et d’intégration, comme dans d’autres domaines, pour mieux préparer, pour mieux réussir notre avenir commun. C’est à cet exercice que nous sommes conviés aujourd’hui.
Jacques Bichot
L’immigration : coûts directs et indirects Effets économiques
Quelques événements récents font que la présente étude s’inscrit dans un contexte émotionnel qui rend à la fois plus difficile et plus nécessaire l’objectivité scientifique : — Les incendies de squats parisiens occupés par des immigrés. — L’incendie survenu dans un centre de détention pour immigrés à Amsterdam. — Les « échelles de Melilla », symboles de la ruée vers l’Europe de foules africaines. — Le démantèlement, au Royaume-Uni, d’un réseau mafieux spécialisé dans l’acheminement et l’infiltration de clandestins. — Les émeutes dans diverses banlieues «chaudes» d’abord de l’Île-de-France puis de la France entière.
La première obligation scientifique quand on veut étudier tels ou tels effets de l’immigration est l’emploi du pluriel : il existe une multitude d’immigrations, car les contrées d’origine, les profils des immigrants, les conditions de leur entrée sur le territoire, et d’autres caractéristiques encore, sont diverses, si bien qu’il ne serait pas prudent de considérer a priori comme identiques les effets résultant de ces différentes immigrations. Il arrive en France des retraités britanniques qui y achètent une maison moins coûteuse que celle qu’ils occupaient outre-Manche, des ingénieurs allemands qui s’y établissent pour y exercer leur métier, des paysans maliens en quête de survie, des jeunes filles biélorusses attirées par la fallacieuse promesse de carrières de mannequins et qui s’y font exploiter par des souteneurs : les problèmes rencontrés et posés ne sont pas les mêmes, non plus que les effets pour le pays d’accueil et sa population. Les modèles du marché du travail construits comme si tous les travailleurs potentiels étaient interchangeables ont à juste titre fait l’objet de fortes critiques et ont désormais leur place au musée des théories économiques ; il serait maladroit de ne pas en tirer de leçon pour l’immigration.
Les effets économiques des immigrations, par définition, n’incluent pas les conséquences du départ des migrants pour leur pays d’origine. Le fait de limiter ainsi le champ des investigations ne signifie cependant pas que l’on puisse se désintéresser de la question placée hors des limites de l’épure : le brain drain peut constituer un handicap important pour certains pays, pour d’autres les envois de fonds des émigrés sont une ressource qui compte beaucoup. Les problèmes de ce type méritent de rester présents à l’esprit en arrière-plan, même s’ils ne sont pas directement traités.
Sont également renvoyés à d’autres travaux, en dépit de l’importance du sujet, les effets des immigrations sur les migrants eux-mêmes. Gagnent-ils au change, ou bien sont-ils victimes d’une illusion d’optique en pensant être plus heureux sous de nouveaux cieux ? Symétriquement, en dehors des impôts et cotisations sociales qu’elles payent en plus ou en moins du fait des immigrations, quel est l’impact de celles-ci sur les conditions de vie des populations autochtones ? Ce sont deux vraies questions, complémentaires de celle sur laquelle se concentre la présente étude, à savoir les coûts et avantages des immigrations pour les finances publiques du pays d’accueil.
Ces coûts et avantages, il aurait été concevable de les évaluer séparément, avant de faire une série d’additions et de soustractions pour déterminer le solde. Ce n’est pas la méthode qui a été employée ici. En effet, pour la plupart des postes examinés, les données disponibles conduisent plutôt à calculer une différence de coûts résultant des caractéristiques des populations immigrées ou issues de l’immigration, plus précisément de leurs différences statistiquement mesurables par rapport aux autochtones. N’ayant trouvé aucun poste pour lequel la différence aille dans le sens de coûts moindres du fait de la présence de populations immigrées et issues de l’immigration (pour faire court, nous dirons « allochtones »), nous ne pratiquerons pas la langue de bois et parlerons tout simplement de surcoûts. Chaque fois que cela a été possible, ces surcoûts ont été calculés de la manière suivante : on soustrait au coût observé le coût qui aurait prévalu si la totalité de la population avait eu les caractéristiques statistiques des autochtones. Par exemple, quel aurait été le coût du système carcéral si la sous-population allochtone avait les mêmes taux d’incarcération que la sous-population autochtone ?
Tel est pour l’essentiel le contenu et la méthode de la plus longue partie du présent travail, la seconde. Il aurait été possible d’en rester là. Cependant, pour bien marquer que les coûts et avantages qui intéressent les économistes ne sont pas seulement ceux qui se traduisent par une dépense monétaire, une première partie est consacrée à montrer la diversité des coûts et avantages sur lesquels il conviendrait de réaliser des investigations. Elle aura l’utilité d’établir clairement le caractère très partiel du travail réalisé et la nécessité de le poursuivre.

1. Les notions de coût et d’avantage, s’agissant des immigrations
Qu’est-ce qu’un coût, qu’est-ce qu’un avantage ?

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