Changer le travail pour changer la vie ?
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Description

Mai 1981 : François Mitterrand demande à son ministre du travail, Jean Auroux, un rapport présentant les moyens concrets de parvenir à la "démocratie économique" qu'il a promise. Martine Aubry jette les bases de la législation nouvelle. Après 18 mois d'activité réformatrice et de débats parlementaires, un tiers du Code du Travail est modifié. Mais les projets initiaux de la gauche ont dû être modifiés, et certains abandonnés. Cet ouvrage, s'appuyant sur des archives inédites, étudie la place des acteurs politiques, syndicaux et associatifs dans l'élaboration des textes, et interroge les enjeux et la portée de ces lois Auroux.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2009
Nombre de lectures 106
EAN13 9782336276427
Langue Français
Poids de l'ouvrage 44 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Changer le travail pour changer la vie?
Matthieu Tracol
Changer le travail pour changer la vie? Genèse des lois Auroux, 1981–1982
Des poings et des roses
Dans la même collection Albert Gazier (1908-1997). Autour d’une vie de militant Bruno Demonsais, Gavroche.Un hebdomadaire culturel socialiste de la Résistance à la Guerre froide Christelle Flandre, Socialisme ou social-démocratie ?Regards croisés français allemands, 1971-1981 Robert Chapuis, Si Rocard avait suTémoignage sur la deuxième gauche Jacques Moreau, L’Espérance réformiste. Histoire des courants et des idées réformistes dans le socialisme français Emmanuel Jousse, Réviser le marxisme ?D’Édouard Bernstein à Albert Thomas, 1896-1914 Gilles Morin et Gilles Richard (dir.), Les Deux France du Front populaire.Chocs et contre-chocs Claire Marynower, Joseph Begarra.Un socialiste oranais dans la guerre d’Algérie
conception graphique|réalisationbéatriceVillemant
illustration de couverture: le ministre du Travail Jean Auroux présentant son rapport sur les droits nouveaux des travailleurs aux salariés de l’usine Prophac à Evreux, le 22 janvier 1982. PhotothèqueL’Unité– Coll. FJJ-CAS.
Merci à Annie Kuhnmunch, Archives confédérales de la CFDT, et à Aurélie Mazet, Institut d’histoire sociale-CGT.
Préface
Olivier Wieviorka Professeur des universités à l’École normale supérieure de Cachan
Malgré maintes déclarations de bonnes intentions, l’histoire dite du temps présent peine, aujourd’hui encore, à s’imposer en France et les e historiens abordant les deux dernières décennies duXXsiècle restent une espèce rare. C’est dire que la recherche menée par Matthieu Tracol – jalon d’une thèse prometteuse à venir – mérite d’être saluée. Car, non contente de porter sur les années Mitterrand, trop délaissées par le monde académique, elle envisage l’histoire du premier septennat par son cœur – le social – plutôt que de se pencher, comme tant d’autres travaux empruntant des sentiers rebattus, sur la diplomatie de François Mitterrand. La gauche, on s’en souvient, avait promis de « changer la vie », ambition qui passait par une audacieuse politique économique et de généreuses réformes sociales. Rétrospectivement, pourtant, le bilan apparaît mince. Car si l’œuvre du Front populaire suscite, aujourd’hui encore, respect et nostalgie – que l’on songe au statut dont les quarante heures ou les congés payés jouissent dans la mémoire nationale -, ni les nationalisations, ni les lois Auroux ne bénéficient de la même aura. Faut-il dès lors incriminer l’amont – la préparation des textes – ou l’aval, leur réception et leur application ? Matthieu Tracol, certes, n’aborde pas la pratique – réservant à sa thèse l’examen de cette question. Mais il offre une analyse passionnante de la genèse des lois. Il montre, notamment, que le corpus voté en 1982 avait été préparé par une série de réflexions émanant avant tout de la
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Deuxième gauche, mouvance que les noms de Jacques Delors – pour les hommes – et de la CFDT – pour les organisations – suffisent à symboliser. Ayant, avant même 1981, profondément réfléchi aux questions sociales, ce courant put offrir à un ministre novice l’outillage conceptuel nécessaire, avec d’autant plus de facilités qu’il avait peuplé de ses hommes les cabinets de Pierre Mauroy ou de Jean Auroux. D’autres apports, plus inattendus, ont également pesé. La droite techno-cratique mais modernisatrice jadis productrice des rapports Sudreau ou Boulinnapasétésansinfluencerlesdécideurscommeondti aujourd’hui – et ces inspirations se retrouvent, fût-ce à l’état de trace, dans le rapport qui devait mener au vote des textes législatifs. Il y a loin, toutefois, de la coupe aux lèvres, et les lois Auroux furent aussi le produit de compromis.Toutes les sensibilités de gauche, d’abord, ne partageaient pas l’approche tempérée et réformiste de la CFDT.Ainsi, FO se méfiait du droit d’expression des salariés qui risquait, selon la centrale d’André Bergeron, de court-circuiter les syndicats. Sans partager cette analyse, la CGT se battit pour abaisser les seuils et conserver l’esprit de certaines propositions du candidat François Mitterrand – le droit d’ar-rêter les machines en cas de danger notamment. L’opposition droitière fut, on le devine, encore plus virulente. Certes, le patronat fut somme toute moins offensif que ce que la gauche pouvait redouter. Sonné par la défaite de 1981, il peinait à recouvrer ses esprits, et la modération des lois Auroux constitua au fond une divine surprise. En revanche, la CGC tonna, le gouvernement essayant, il est vrai, de contourner le monopole de fait dont jouissait la centrale de Jean Menu sur l’encadrement. Il n’en fallait pas plus pour que ce dernier s’exprime, non sans outrances, contre le pouvoir bolchevique, au point d’exiger le départ du Premier ministre. De même, les heurts se multiplièrent à l’Assemblée où les cadets – Philippe Séguin en tête – menèrent le combat, en utilisant toute la palette des artifices qu’offrait la procédure parlementaire. On sera peut-être ici surpris de voir que le PS n’a guère été mentionné dans ces quelques lignes. De fait, et c’est l’une des révélations qu’apporte Matthieu Tracol, le Parti socialiste fut faiblement sollicité par Jean Auroux et son entourage. Du point de vue conceptuel ou programmatique, il avait bien peu à apporter, ayant tout misé sur les nationalisations qui, selon lui, règleraient par magie l’ensemble des problèmes. De même, le ministre et ses conseillers, sûrs que le groupe socialiste voterait à l’Assemblée son texte, jugèrent inutile de courtiser les parlementaires. La démonstration, exemplaire, s’appuie sur des sources abondantes que Matthieu Tracol a patiemment exploitées. Puisant largement dans le fonds déposé par Pierre Mauroy, l’historien n’a pas hésité à solliciter
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les acteurs de la période, confirmant le grand intérêt que revêt une histoire orale aujourd’hui en déshérence. Il a, de même, exploré les débats parlementaires dont on sait la richesse. Cette diversité lui permet ainsi d’explorer la variété des points de vue et des stratégies adoptées par les différents acteurs. Peut-on, dès lors, proposer une morale de l’histoire ? Trois grands enseignements semblent pouvoir être tirés de cette très solide recherche. On ne s’étonnera pas, d’une part, de constater que les lois Auroux ont été d’autant plus facilement élaborées qu’elles avaient été précédées par un intense travail de réflexion, commis par des experts, des politiques et des syndicalistes. À cette époque, le Parti socialiste entretenait avec le monde intellectuel des relations qui aujourd’hui paraissent relever de temps immémoriaux… On constatera, d’autre part, la flexibilité du clivage gauche/droite. Car si les contemporains eurent le sentiment, à bien des égards justifié, que le parti du progrès s’opposait avec vigueur au parti de l’ordre, les réalités furent, comme souvent, plus complexes. Une frange de la droite technocratique inspira en partie les réformes ; et certains hommes de droite, que le retard français en matière sociale préoccupait, se battirent mollement contre une réforme jugée sans doute modérée et peut-être nécessaire. L’ouvrage de Matthieu Tracol, enfin, décrit par le menu les méandres de la décision. Il confirme, mais ce n’est pas une surprise, qu’une décision politique, loin de découler de la simple volonté d’un homme seul, résulte toujours de compromis. Certes, on atténuera ce schéma, en rappelant que le soutien du président François Mitterrand fut parfois déterminant pour lever des obstacles ou briser des oppositions. Jean Auroux, toutefois, fut bien forcé de composer : avec les communistes qui, via la CGT et leurs ministres, disposaient de puissants moyens d’action ; avec FO, qui imposa la présence de l’un de ses membres au cabinet du Premier ministre ; avec le CNPF qui parvint à obtenir un débat au Conseil économique et social ; avec une frange du patronat, qui réussit à éviter aux PME les mesures, jugées trop lourdes, du dispositif législatif. On lira donc avec intérêt les pages que Matthieu Tracol consacre à la genèse des lois Auroux, en se réjouissant que la Fondation Jean-Jaurès ait choisi d’honorer, par un prix, ce travail scientifique de haute tenue. La recherche, il est vrai, éclaire d’un jour neuf la politique conduite par un gouvernement qui ambitionnait de mettre « du bleu au ciel ». Elle pourra également nourrir, et ce n’est pas son moindre apport, la réflexion des formations politiques en général et du Parti socialiste en particulier, puisqu’elle souligne l’importance du lien unissant responsables politiques et intellectuels – un lien aujourd’hui rompu. Elle invite également à reconsidérer les liens entre l’exécutif et le législatif,alors dédaignés
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Préface
par Jean Auroux et ses conseillers, en pointant le risque d’une conception jupitérienne du pouvoir snobant les apports stratégiques et idéologiques que les parlementaires peuvent lui offrir. À l’heure où le travail des Assemblées subit le feu de la critique, l’analyse rigoureuse de Matthieu Tracol pourra, sans doute aucun, nourrir utilement le débat.
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