Evolution et perspectives du management
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Description

Cet ouvrage apporte un regard nouveau sur l'histoire des sciences du management en s'affranchissant du dogme qui voudrait que cette discipline soit une création américaine du XXe siècle. Certains principes fondamentaux du management remontent à 4500 ans. L'apport d'Aristote, longtemps minimisé, est revu avec un autre regard, les apports manageriaux asiatiques permettent de comprendre que management et gouvernance ont été asiatiques avant d'être européens ou américains.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2012
Nombre de lectures 69
EAN13 9782296484597
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Évolution et perspective s du management
De l’Antiquité à la Renaissance : à la recherche des leçons perdues
Michèle CASANOVA
Georges NURDIN
Henri DANG
Françoise KLELTZ-DRAPEAU
Xiuli BORIUS YU
Xiuxian QIU
Georges COUVOIS
Évolution et perspectives du management
De l’Antiquité à la Renaissance : à la recherche des leçons perdues
© L’HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-96594-2
EAN : 9782296965942
Avant-propos
Georges Nurdin
Ce deuxième opus de la collection « un autre regard » veut porter sur une vision panoramique des sciences du management à travers les époques et les cultures.
Ceci pour deux raisons essentielles :
• Le management n’est pas une « invention » du 19ème siècle, ni du 20ème siècle, mais date d’au moins 5500 ans, dans le sens non pas antique du terme mais au contraire dans son expression la plus moderne : le Management ABC / ABM, la gouvernance, le contrôle de gestion, etc..
• Le mangement n’est pas une science universelle, au sens ou peuvent l’être les mathématiques ou la physique, mais au contraire une science (a sens latin du terme: savoir) culturellement localisée.
Ces deux vérités fondamentales tendent à être occultées dans l’enseignement des sciences de gestion aujourd’hui.
C’est pourquoi les auteurs, pour la plupart Professeurs de Management en Université ou dans des Business Schools, ou praticiens de longue date, ont choisi de vous faire partager leur point de vue, parfois différent du « prêt à penser » de la littérature managériale d’aéroport, à travers la mise en lumière de thèmes particulièrement propices.
M. Casanova et G. Nurdin font remonter le Contrôle de Gestion tel que pratiqué aujourd’hui à 5500 ans puisant aux sources de Suse, dans l’actuel Iran.
F. Kletz-Drapeau, nous rappelle l’actualité de la pensée économique et manageriale d’Aristote.
X. Xiu et Borius –Yu nous font pénétrer les arcanes de l’Art de la Guerre du maître chinois Sun Tzu, et son application actuelle dans les stratégies complexes.
G. Couvois nous rappelle la richesse apport de la période s’étendant de l’Islam à la Renaissance, que l’on considère à tort comme un âge sombre.
Bonne lecture !
Georges Nurdin
L’évolution de la pensée managériale à travers les âges et les cultures. Les paradigmes managériaux préexistants dans l’Antiquité
Michèle CASANOVA Georges NURDIN

Michèle CASANOVA
Michèle Casanova, est diplômée de l’Université de Paris I-Panthéon Sorbonne où elle a suivi un double cursus en histoire et en archéologie et où elle a obtenu son doctorat et son Habilitation à Diriger des Recherches en archéologie. Elle est maître de conférences en histoire de l’art et archéologie antique, spécialiste du Proche-Orient ancien, à l’Université de Rennes 2. Elle est chercheuse dans l’équipe Du Village à l’Etat au Proche et Moyen-Orient de l’UMR 7041, ARSCAN, Archéologies et Sciences de l’Antiquité, CNRS, Nanterre. Depuis 2008, elle est membre de la section 31 (Hommes et Milieux) du Comité National du CNRS, membre du Comité de l’Archéologie du CNRS. Elle a donné de nombreuses conférences en France et à l’étranger. Elle a publié un livre sur la vaisselle d’albâtre (1991), des articles et des chapitres de livres et des notices de catalogues d’exposition sur les objets de prestige, l’émergence du marché, les origines de la parfumerie et des cosmétiques au Proche-Orient ancien.
Georges NURDIN
Georges Nurdin, ESCP-Europe, programme GE–MIT, Docteur (Ph.D) ès sciences économiques, Fellow of the Institute of Directors, membre du conseil d’Administration de l’ADAE, a exercé le Management pendant une trentaine d’années en tant que Directeur Financier, Directeur Général et Président au sein de grandes Multinationales Américaines et Européennes, sur 5 continents. Après un passage en tant qu’expert auprès des Nations Unies il a rejoint le monde de l’enseignement du Management en tant que Directeur de Paris School of Business, et est aussi chargé d’enseignement à HEC Executive Education et à ESCP Europe. Georges Nurdin est Directeur de la collection « un autre regard » chez l’Harmattan et a publié de nombreux ouvrages et articles, notamment « international Corporate control, reporting and Governance » chez Elsevier Oxford, qui reste un ouvrage de référence dans la littérature anglo-saxonne dans le domaine.
Il est de coutume de dire qu’Henri Fayol, et plus particulièrement son ouvrage : Administration Générale et Industrielle paru en 1916, symbolise l’émergence d’une forme organisée de la pensée managériale.
Véritable œuvre de maturité - il a alors 75 ans et compte à son actif plus de 50 années d’expérience de Direction Générale à la tête d’une société minière internationale – le travail de cet ingénieur des Mines énonce et prescrit les fondements du management autour de deux domaines clefs : la division de l’entreprise en 6 fonctions majeures (ou processus) et la Gouvernance (par opposition à l’exécution opérationnelle) c’est-à-dire dans la relation des organes de Direction aux « parties prenantes de l’Entreprise ».
Concomitamment, de l’autre côté de l’Atlantique, Frederic Taylor initie une révolution qui va durablement impacter/influencer non seulement les modes opératoires industriels, mais également notre mode de vie ainsi qu’une large partie de la « civilisation industrielle ».
Si l’on devait comparer les deux hommes, nous pourrions sans nul doute dire que Frederic Taylor est l’exact opposé d’Henri Fayol.
Il entre dans la vie active en démarrant en tant qu’ouvrier et gravit tous les échelons à la « force du poignet », tout en passant sa qualification d’ingénieur grâce à des cours du soir. Son expertise du terrain lui forge une forte conviction : il faut diviser les tâches en éléments – les gestes techniques-les plus simples et les plus efficaces possibles. Cette approche est d’ailleurs parfaitement illustrée par le film de Charles Chaplin de 1936 « les temps modernes ».
Bien qu’ils se soient tous deux penchés sur la même question de gestion des processus, ils envisagent deux approches bien différentes : Taylor examine les choses « par le petit bout de sa lorgnette », dans une approche qu’on pourrait qualifier aujourd’hui de « bottom-up ». Fayol quant à lui s’est plutôt intéressé à l’organisation des processus depuis le haut de la pyramide, à partir des fonctions et du rôle de la direction et de la gouvernance (l’équivalent de notre appellation moderne « top-down »).
Le Fordisme, sera la version la plus prégnante du Taylorisme, et la fameuse « Red River Plant » où les chaînes de production de la Ford T s’étalaient sur 41 km, sa meilleure illustration. Taylor / Ford se fondaient sur un paradigme simple mais puissant : un modèle unique (on dirait aujourd’hui standardisé), robuste et durable, produit au moindre coût et vendu à un prix abordable.
Le grand rival de la marque, General Motors, a failli disparaître sous ce coup de bélier. Pour échapper à son triste destin, General Motors ne pouvait contre-attaquer frontalement et répondre coup pour coup, ou plutôt coût pour coût, au plan des économies ; son concurrent ayant dans ce domaine une avance irrattrapable. Le phénomène initié par Ford, dut attendre 1960 pour être correctement interprété et théorisé par le Cabinet de Conseil BCG, sous le nom de « courbe d’expérience », selon laquelle les coûts diminuent de manière logarithmique, en suivant une pente constante à chaque doublement de volume cumulé.
Son Président-Directeur de l’époque, Alfred P. Sloan répliqua de manière latérale et subtile. Il savait que la confrontation sur le terrain par la force brutale, engagerait une guerre des prix et ne ferait que précipiter la fin de General Motors.
Il développa donc une stratégie basée sur 2 concepts totalement inédits pour son temps :
– « L’obsolescence programmée » : pour être tout à fait exact, cette idée avait été inaugurée par le cartel occulte des fabricants d’ampoules électriques « Cartel de Poebus », et consistait à limiter arbitrairement la durée de celles-ci à 1000 heures. A l’inverse de Ford avec le modèle T, il s’agissait donc de ne pas produire une voiture robuste et durable, mais plutôt une voiture à durée de vie limitée, qui forçait le consommateur à en changer régulièrement et donc General Motors à en commercialiser toujours plus.
– « La divisionnalisation » : Sloan eut l’intuition, encore une fois contrairement à Ford, que le consommateur avait besoin de changement et de variété. Il a donc décidé de créer des marques différentes au sein de General Motors, allant du bas de gamme (Chevrolet) au plus haut de gamme (Cadillac), tout en passant par des sensibilités sportives (Pontiac), ou modernes (Buick, Oldsmobile) ou encore plus utilitaires (GMC), partageant toutes la même infrastructure technique derrière la carrosserie et la moleskine. Ceci avait le double avantage de proposer une très grande palette de diversité et surtout, les divisions n’étant pas concurrentes de par leur positionnement spécifique, de garder un client General Motors captif à l’intérieur du groupe General Motors pendant 50 ans (de 20 ans à 70 ans et plus) : typiquement en commençant par la classique Chevy, en passant par Buick ou Oldsmobile et, pour les plus fortunés en terminant par la superbe Cadillac en fin de carrière.
La « divisionnalisation » eut son pendant sur le plan managérial, en ce que chaque division avait un management totalement autonome à tous les plans. L’on vit ainsi l’entreprise opter pour un mode organisationnel proche de celui que les militaires connaissent bien, c’est-à-dire, la structuration par divisions, puis subdivisions, services, centres de coûts et de profits etc.
Dans le même laps de temps la fonction Audit et Contrôle de Gestion s’impose comme un acteur incontournable du monde de la Gestion et du Management. Elle ne va cesser depuis de drainer l’élite des Grandes Ecoles de Gestion et d’Ingénieurs.
La profession d’Auditeur, née avec la création par le Cabinet Price à Londres en 1849 et Coppers en 1854, est par la suite institutionnalisée en 1939 aux Etats-Unis, à la suite de la création en 1933 de la SEC (Securities Exchange Commission), et ce afin de protéger le public et les investisseurs contre une réplique de la crise de 1929.
C’est Taylor qui passera à la postérité notamment par l’adoption de sa méthode « l’OST » (Organisation Scientifique du Travail) par Henry Ford. Cette vision mécanique et mécaniste de l’Entreprise née au début du 20 e siècle, connut son apogée avec le « Re-engineering », théorie développée et diffusée par Hammer et Champy en 1993, dont le sous-titre : « Un manifeste pour une Révolution du Business » est à lui seul l’affirmation d’une idéologie qui déferla sur le monde industriel et managérial et fit le tour de la planète en un temps record : l’entreprise, l’organisation n’est pas une unité sociale, et donc sort du champ des sciences sociales ; elle n’est plus qu’un assemblage de processus fonctionnels qui interagissent entre eux de manière purement mécanique. Le Monde managérial passait brutalement dans la sphère de l’ingénieur. L’entreprise n’était que la combinaison de trois processus « input – process – output ».
Sloan aussi passa à la postérité. Non seulement il sauva General Motors de la faillite, mais il en fit aussi le premier producteur de véhicules au Monde (jusqu’à l’avènement de Toyota puis de la crise de Gouvernance de 2008, avec la mise sous chapitre 11 et la prise de contrôle de l’Etat Fédéral).
La divisionalisation marquera à jamais les pratiques managériales et s’ancrera dans les Business Schools comme le modèle standard de Management, à tel point que la Business School du fameux MIT a été baptisée la « Sloan School of Management ».
Quant à l’obsolescence programmée, elle est devenue la colonne vertébrale des « civilisations » industrielles, puisque 70 % du PIB sont constitués par la dépense consommateur. Cette idéologie s’est bâtie sur l’obsolescence programmée au niveau microéconomique et sur son corollaire : la croissance infinie du PNB, au niveau macroéconomique, trouve sa place aujourd’hui dans les constitutions des démocraties les plus avancées, puisque le traité fondateur de l’Euro ne comporte rien d’autre, en essence, que des clauses fondamentales basées sur un « pacte » de croissance et de stabilité. Comme si les cycles économiques n’existaient plus. La croissance, rien que la croissance. Oubliés, exit les cycles de Kondratieff et autres cycles de Juglar ; oubliées les leçons de Schumpeter -qui d’ailleurs, tout comme Karl Marx, « prédisait » la fin de l’histoire du capitalisme, par effondrement sur lui-même.
Arthur Andersen, cabinet d’Audit américain fondé à Chicago en 1913, passera également à la postérité, à la fois comme ayant été l’élite de l’élite intellectuelle en termes de Gestion, mais aussi comme étant le cabinet qui a couvert les activités délictueuses d’Enron, en précipitant ainsi la chute et la fermeture. Malgré tout, le mythe de l’Auditeur – Elite des gestionnaires (avec son corollaire le Conseil en Management, tel Mc Kinsey, Boston Consulting Group et autres) était né, indissociable de la « bonne Gestion ».
Fayol plus conceptuel, prônant d’emblée l’Ethique, et français de surcroît, restera ignoré du grand public pendant près d’un siècle, cantonné à un cercle plus restreint de « connaisseurs » et ne fera son retour en cour que très récemment par l’irruption du focus sur la Gouvernance, qui fut initié par les scandales concernant Arthur Andersen et Enron dans les années 2000, donnant lieu à la naissance de la loi Sarbannes Oxley aux Etats-Unis, et du « Global Compact » des Nations unies. Ce focus sur la gouvernance sera encore renforcé par la crise financière et économique de 2008, la plus sévère depuis 1929, donnant encore plus d’impact à la « RSE » (Responsabilité Sociétale de l’Entreprise) matérialisée par la norme Internationale ISO 26 000 de Janvier 2011.
Ainsi donc, la tradition veut que le « big bang » de la pensée managériale, ou des sciences de gestion remonte au début du 20 e siècle, il y a donc un peu moins de cent ans, et que, finalement, entre Fayol, Taylor, Sloan, et Arthur Andersen, tout ait déjà été dit. Les théories qui s’ensuivirent n’étant que subsidiaires ou corollaires.
Les canons de la pensée managériale étant donc :
• Gestion par la maîtrise des Processus (Taylor, Ford)
• Gouvernance (Fayol)
• Divisionnalisation (Sloan)
• Obsolescence programmée et pilotage du marché – marketing pull – (Sloan)
• Contrôle de gestion et Audit (Arthur Andersen, Price, Coopers) Est-ce à dire qu’avant les « Pères Fondateurs », il n’y eut pas de pensée managériale, et que celle-ci ne remonte qu’à un siècle tout au plus ? Ou encore qu’elle prend naissance, majoritairement dans l’aire culturelle anglo-saxonne ?
La réponse est clairement non.
Et il ne faut certainement pas confondre « big bang » (ou « temps zéro ») avec « perception du big bang ».
La pensée des sciences de gestion remonte beaucoup, beaucoup plus loin. Elle est en fait contemporaine de l’apparition des premières villes au Proche-Orient ancien et elle est attestée par les recherches archéologiques de ces dernières années.
Nous devons faire un retour dans le temps et nous arrêter en Mésopotamie et à Suse, en Iran, il y a de cela 4500 ans. Des découvertes archéologiques récentes, ont permis de poser un regard nouveau sur l’origine, mais surtout sur la portée et l’ampleur de la pensée managériale.
Jusqu’alors, on savait que les premières écritures humaines, des tablettes d’argile et de pierre, découvertes en Mésopotamie, datant de 3500 ans av. J.-C., concernaient, non pas, comme on pourrait le croire, des textes religieux ou littéraires, non pas des « chants » épiques ou des poèmes, mais bien des documents comptables. Plus précisément, il s’agissait de listes d’inventaires concernant notamment des têtes de bétail, des denrées agricoles ou encore des listes de salariés.
– Plus de quatre mille tablettes inscrites ont été découvertes à Uruk (Irak). Leur étude a permis d’établir qu’en un laps de temps assez court, les Sumériens se sont mis à utiliser des signes et des combinaisons de signes pour les denrées de base qui étaient indispensables à l’administration de l’économie et aux opérations comptables conventionnelles -qui avaient alors fait leur apparition en Mésopotamie en même temps que les premières cités. Les premiers textes déchiffrés (fin du 4 e millénaire av. J.-C.), comme la tablette en calcaire du Louvre (AO 19936), seraient des listes de noms propres, probablement des documents comptables, c’est-à-dire la liste des salariés d’un propriétaire, lequel serait désigné par le symbole de la main (au sens de « mainmise »).
– On a retrouvé à Uruk environ trois mille tablettes datées de l’époque de Jemdet-Nasr (3100-2900 av. J.-C.). Ce sont là encore des documents de comptabilité : les chiffres sont indiqués par des encoches, des dessins ou pictogrammes représentant les marchandises. Il s’agirait de listes de rations, de comptes de bétail, de listes d’animaux destinés aux dieux ou aux temples lors des fêtes religieuses, de listes de professions, de listes d’animaux et de listes de lieux et de fonctions servant à former les scribes.
Sur le plan technique, il s’agissait de partir d’une position initiale (le stock de début) et d’y ajouter les achats ou naissances dont on retranchait les ventes ou la consommation afin d’indiquer la position théorique du stock. Cette technique est connue des comptables et gestionnaires sous le nom d’inventaire permanent (« perpetual inventory »). Elle est censée avoir été élaborée pendant la période industrielle, notamment dans l’élaboration de la comptabilité analytique, au cours du siècle dernier, afin de valoriser les stocks et donc définir le bénéfice ou la perte d’exploitation. Le fait d’établir un inventaire permanent procède d’un haut niveau conceptuel d’abstraction d’une part, et d’une grande finesse théorique d’autre part. En effet, le simple fait de comprendre que le bétail (« live stock ») est un stock, un élément d’inventaire, est en soi un pas important qui présuppose un corpus théorique structuré sous-jacent, comparable à celui d’aujourd’hui. Car comprendre qu’une tête de bétail est un élément d’actif au bilan (stock) et non pas de dépense ou de recette (flux) est une abstraction très élaborée. Ensuite l’intérêt de l’inventaire permanent est qu’il permet de définir des écarts entre situation théorique et position réelle, après comptage physique. Il s’agit d’une technique très élaborée d’Audit, couramment employée de nos jours, ainsi qu’une technique de comptabilité analytique permettant de recadrer les consommations standard.
Mais, les découvertes, suite aux fouilles archéologiques faites à Suse, nous amènent beaucoup plus loin sur l’évolution de la pensée managériale et sur l’élaboration très antérieure d’un corpus des sciences de gestion.
De quoi s’agit-il ?
A Suse, il y a 5500 ans, bien que l’écriture soit déjà connue en Mésopotamie, elle ne semble pas s’être répandue à Suse mais cette période est cependant marquée par le développement d’instruments de gestion et de comptabilité (bulles-enveloppes contenant des calculi, tablettes à indication numérique, jetons sur lesquels un système de numération apparaît). Les archéologues ont découvert sur l’Acropole de Suse des bulles d’argile scellées sur lesquelles sont dessinées des séquences d’activités économiques.
Lorsqu’on brise ces bulles, hermétiquement closes, on y trouve à l’intérieur, un ensemble de petits jetons appelés aussi « calculi », du latin « calculus » qui veut dire étymologiquement « caillou » et par extension de l’usage fait de ces cailloux : le calcul. Sur les jetons de comptabilité, les encoches ou les points indiquaient des quantités, tandis que la forme des jetons faisait référence à des biens de consommation. Les systèmes numériques employés reposaient sur des bases 5 et 6.
Ces calculi expriment la valeur économique de la séquence opératoire décrite picturalement sur la surface extérieure de la bulle en question. Des bulles semblables ont été mises au jour lors des fouilles à Habuba Kabira (Syrie).
Ces bulles à calculi et les tablettes numérales portent sur leur surface des empreintes de cachets ou de sceaux-cylindres qui étaient les marques identifiant chaque membre de l’élite (roi, grand prêtre, grand propriétaire, grand marchand). Certaines scènes imprimées sur les scellements sont mythologiques (animaux fantastiques) ou guerrières (le roi-prêtre terrasse les ennemis devant un édifice orné de cornes). Mais l’imagerie des scellements représente souvent pour la première fois la vie quotidienne : il s’agit donc de scènes de fabrication dans des ateliers, de stockage ou de transport de denrées. Les scènes de tissage, de fabrication de poteries, d’engrangement des récoltes dans des greniers à coupole, d’élevage, de sarclage de la terre sont fréquentes vers 3300-3100 av. J.-C.
Vers 3000 av. J.-C., Suse s’est détachée de la sphère culturelle mésopotamienne, cette autonomie s’exprime dans une écriture appelée proto-élamite dont plus de 1400 tablettes furent trouvées. Cette écriture est indéchiffrée, faute de textes bilingues, bien que des progrès aient été accomplis dans la compréhension de l’organisation des tablettes. Il est évident que cette écriture servait pour enregistrer une comptabilité. Le système numéral est le même qu’en Mésopotamie. Les inscriptions débutent par des signes désignant probablement le type de document et son auteur. Après cette formule, il y a la liste soit de la distribution, soit de la réception des produits ou des tâches à exécuter. Les empreintes de sceaux montrent souvent des scènes de domination des animaux sauvages. Des tablettes protoélamites ont été trouvées sur plusieurs sites iraniens notamment à Shahr-i Sokhta situé près la frontière afghane. Cette écriture disparaît vers 2700 ans av. J.-C.
Et il y a 2500 ans av. J.-C., les scènes gravées sur le « sceau de la laiterie » (un sceau-cylindre en coquille découvert à Suse dans le « Vase à la cachette »), présentent les différentes phases de l’exploitation d’une laiterie depuis la traite des chèvres dans les stalles d’une étable, jusqu’à la dégustation du lait dans une coupe par un grand personnage assis.
Cette méthode consistant à analyser par flux et tâches une activité économique complexe, ainsi qu’à y associer une valeur économique, puis à la comptabiliser, est connue aujourd’hui sous le nom de méthode ABC et ABM. Sauf qu’elle est supposée avoir été découverte par mon ancien collègue, Anders Bröms, fondateur du cabinet SAM consulting à Stockholm, à partir d’un travail de conseil et recherche fait pour l’un de ses clients, l’aciérie Kanthal dans les années 1980. Ensuite, Anders Bröms s’est rapproché de Kaplan, et de Johnson, avec lesquels il a partagé ses recherches. Par la suite, Kaplan, a popularisé cette méthode, tout d’abord en faisant, à partir du cas Kanthal, et avec l’accord de Bröms, un cas pour la Harvard où il était professeur, et baptisant cette approche conceptuelle, de l’acronyme très mnémotechnique ABC pour Actvity Based Costing. Cet acronyme passera à la postérité par la diffusion du fameux ouvrage « Relevance lost » en 1987, coauteurs : Jonshon et Kaplan. C’est un euphémisme de dire que ce livre eut l’effet d’une révolution dans le monde de la gestion des entreprises et, depuis lors tout le monde s’est converti à la Méthode ABC. Kaplan s’associant à Norton, puis faisant cause commune avec le cabinet KPMG pour déployer commercialement cette méthode qu’il fit évoluer ensuite vers la Balanced Score Card.
Pour être tout à fait complet, avec notre collègue Anders Bröms, et Thomas Johnson – l’autre co-auteur de « Relevance lost », nous avons approfondi la méthode au sein du cabinet SAM Consulting, notamment par le fruit de notre travail de recherches et de consultation, et avons produit un livre « Profit Beyond Measure », qui reçut la plus haute distinction en management industriel : le Shingo Prize en 2001, aux USA, et fut traduit en japonais et en français sous « la méthode MBM » -pour Management By Means. Nous mettions l’accent sur la gestion par les processus, par opposition aux « Management par les Résultats » (MBR)
C’est donc en parfaite connaissance du sujet, qu’on peut identifier que la méthode ABC et MBM, summum des outils de management et de gestion actuels, que l’on pensait avoir été « inventée » à la fin du 20 e siècle, voire début du 21 e siècle, était en fait connue et pratiquée dans l’Antiquité, en Mésopotamie et à Suse il y a plus 4500 ans !
Mais, tout aussi intéressant est le fait que ces calculi soient conservés dans des bulles hermétiquement closes ; et qu’il faille briser irrémédiablement ces bulles pour avoir accès à la comptabilité de gestion.
Là encore, il s’agit d’une pratique courante aujourd’hui dans le domaine du controlling, de la gestion et de l’audit. Autant de principes que l’on pensait avoir inventés au début du 20 e siècle, au mieux à la fin du 19 e siècle. Il s’agit de la notion de « coût historique » et d’indépendance des exercices : le fameux « cut-off ».
Ces 2 notions sont l’alpha et l’oméga des principes comptables, universellement reconnus aujourd’hui. Ils supposent à la fois un haut niveau d’abstraction et de raffinement. Parallèlement, le fait même de leur existence indique le niveau de sophistication des outils et méthodes de management
Le principe de coût historique, indique que les coûts (les calculi) sont conservés à leur valeurs initiales et ne fluctuent plus ensuite …A Suse, il y plus de 4500 ans ils étaient même scellés physiquement !!
Le principe d’indépendance des exercices, est un principe comptable et de gestion très puissant et très sophistiqué : c’est en vertu de l’application de ce principe que l’on impute à un exercice fiscal les produits et les charges, ou la portion de produits et charges qui lui sont attribuables et, qu’en conséquence, on attribue aux autres années les charges et produits y afférant. Ceci est fondamental pour évaluer la performance économique d’un exercice indépendamment de l’autre. (Ce qui est aussi important du point de vue fiscal que du point de vue des « actionnaires » que de celui des « stakeholders »).
Ici s’agissant d’opérations à caractère industriel, qui plus est dans une industrie de « process », la laiterie, implique nécessairement la maitrise du « cut –off » à tout niveau et en particulier au niveau des opérations d’inventaire.
Là encore, et bien qu’on n’en ait pas la preuve directe, il y a un faisceau d’indices très fort qui convergent vers le fait que la notion de comptabilité d’engagement (par opposition à la comptabilité en recettes / dépenses) ait aussi existé (car c’est à la fois un précurseur et une condition sine qua non du « cut –off »). Autrement dit, la capacité d’abstraction couplée à la méthodologie comptable qui permet de constituer des provisions et des réserves ainsi que des charges constatées d’avance (les fameux accruals et deferrals de la comptabilité anglo-saxonne) est prégnante.
Plus troublant est que l’on trouve un autre principe comptable en vigueur aujourd’hui : le principe d’irréversibilité des écritures. Or, à Suse, elles étaient physiquement irréversibles, car gravées sur la surface des bulles et leurs valeurs numériques hermétiquement scellées à l’intérieur.
Enfin, on peut se poser la question ultime : à destination de qui et pour quel usage ? En effet à qui pouvait servir ces informations à la fois très sophistiquées sur le plan conceptuel (niveau comparable à celui de ce début de 21 e siècle, dans les meilleures entreprises) et répondant aux critères les plus stricts sur le plan de l’intégrité des données (de nouveau : niveau conceptuel comparable à aujourd’hui, sauf que la technologie est différente, bien entendu) ?
La réponse est limpide : cette information est à destination de ce que nous appelons aujourd’hui les « stakeholders », les « parties prenantes »…une notion qui vient d’être normalisée par la norme ISO 26000 en Janvier 2011, et qui d’un certain côté fait écho à Montesquieu qui déjà dans « L’Esprit des Lois », jetait les bases de l’équilibre des pouvoirs et notamment de l’équilibre du pouvoir Exécutif (le Chief Executive Officer dans l’Entreprise) par le Législatif (équivalent dans le cadre de la Gouvernance d’Entreprise au Conseil d’Administration tirant sa légitimité de son élection par le « peuple » des actionnaires). Mais qui pouvaient être ces parties prenantes à Suse, il y 4500 ans ? Tout d’abord les actionnaires – les propriétaires-dont on comprend immédiatement ici qu’ils sont séparés du Management (autrement pourquoi sceller les comptes, si ce n’est dans l’optique d’une reddition des comptes en bonne et due forme du Management aux propriétaires, et le fait que les bulles soient scellées implique la notion de contrôle et révision a posteriori, ce que nous nommons aujourd’hui d’un nom latin : l’audit), mais encore, par le calcul de l’impôt sur le résultat ainsi déterminé, la communauté au sens large (Etat ou proto Etat). D’où l’importance de la notion d’irréversibilité des écritures et d’utilisation de coût historique et « cut off » afin d’éviter toute fraude.
L’exposé qui précède peut paraître un peu technique, voire aride, mais il était nécessaire afin d’établir 4 faits importants. A Suse, dès l’Antiquité : Le contrôle de Gestion était pratiqué, sous sa forme la plus avancée : la méthode ABC et MBM, La notion d’audit et de reddition des comptes avec « cut off » et provisions était pratiquée, exactement comme aujourd’hui La notion de gouvernance et de comptes à rendre à des parties prenantes, notamment par la distinction entre Management et Gouvernance summum de la bonne gouvernance d’aujourd’hui établi par la mondiale ISO 26000 de 2011, était selon toute vraisemblance, le paradigme dominant La notion d’assiette d’impôt et d’impôt est prégnante à travers cette présentation des comptes, ce qui, là aussi, atteste d’un niveau de sophistication intéressant
Mais, puisque nous avons abordé plus haut la notion de sophistication de la comptabilité de gestion, via la préexistence de la méthode ABC et MBM, qu’en est t-il de la comptabilité générale, comptabilité en partie double?
Qualifiée comme l’un des six piliers du capitalisme par le célèbre philosophe et économiste Max Weber, dans son œuvre majeure « le protestantisme et l’esprit du capitalisme », l’existence de comptabilité en partie double se définit par le fait que chaque transaction est enregistrée 2 fois : une fois au crédit d’un compte et simultanément au débit d’un autre compte, la somme des comptes ainsi formant le grand livre (« General ledger »), la balance générale (« Trial balance »), qui permettent de déterminer le profit ou la perte comptable. Ce processus s’effectue en toute sécurité, c’est-à-dire sans risque d’erreur ou de fraude, puisqu’il doit toujours y avoir équilibre entre débit et crédit ; sécurité d’autant plus qu’il est possible de faire renseigner ces entrées créditrices ou débitrices par des personnes indépendantes, afin de prévenir toute fraude.
De manière générale, on fait remonter l’émergence de concept extrêmement sophistiqué à Luca Pacioli, un moine et mathématicien franciscain de Toscane, lié à Leonardo da Vinci, puisqu’il traite du sujet de manière claire et explicite dans son ouvrage datant de 1494 Summa de Arithmetica, Geometria, Proportioni et Proportionalita . Les 36 chapitres de la Summa , intitulés : de Computis et Scripturis (de l’enregistrement des écritures) décrivent un système comptable en partie double, tel que nous le pratiquons, à quelques évolutions près aujourd’hui.
Certains font remonter le concept de partie double, un peu plus loin, à Amatino Manucci, un banquier florentin de la fin du 13 e siècle, qui l’aurait brièvement décrit en quelques lignes.
Mais, plus étonnant encore, les fondements conceptuels et les applications pratiques du système de comptabilité en partie double seraient décrits en Egypte ancienne, dans le papyrus Boulaq XVIII , datant de la XIII e dynastie (1802-1640 av. J.-C.), ce qui nous confirmerait que la comptabilité avec méthode "Pertes & Profits" et "Débit & Crédit", a véritablement fait sa première apparition en Egypte au Moyen Empire, il y a 3700 ans.
Ainsi, les égyptiens anciens, de la XIII e dynastie, maîtrisaient parfaitement la comptabilité en partie double avec "Recettes & Dépenses", sans oublier la "Gestion des stocks".
Sont mentionnés, les "Reports à nouveau" de la période précédente, le revenu total par type de produit, les divers postes de recettes et dépenses sans oublier l’équilibre budgétaire permettant d’établir les soldes.
Grâce à ce tour d’horizon, l’on voit que les méthodes et concepts de management que l’on pense être nés au 20 e siècle, ou au 19 e , voire à la Renaissance pour la comptabilité en partie double, existaient déjà dès l’Antiquité au Proche et Moyen-Orient, quasiment tels qu’ils sont pratiqués aujourd’hui (à la technologie près).
En d’autres termes : « Nihil novi sub sole » -Rien de neuf sous le soleil.
La relecture de l’origine à la lumière des faits, nous montre que la mémoire des sciences du management s’est effacée et que l’imagerie populaire qui est généralement colportée fait tout démarrer aux Etats-Unis il y a tout au plus un siècle.
Cette amnésie provient essentiellement de trois causes :
La première en revient à ce que l’histoire des sciences du management n’est que très peu explorée voire assumée par les porteurs de cette science. Ceci est contingent à la genèse même de la discipline des « sciences de gestion » et à son enseignement « académique ». En effet, historiquement, à l’Université étaient enseignés les Humanités, la Médecine, et le Droit, et ce pendant près de huit cents ans. Ce n’est que très récemment que « la Science économique » s’est affirmée comme science en tant que telle, et s’est détachée de la faculté de droit, pour prendre son autonomie et s’assumer pleinement, disons après l’époque d’Adam Smith vers 1850. Mais ce n’est vraiment qu’avec Schumpeter et sa magistrale « Histoire de l’analyse économique », lui-même Docteur en Droit et non en Economie, que l’on peut parler véritablement de science ; nous sommes alors en… 1954.
Les sciences de Gestion sont le dernier-né de cette série évolutionniste. Elles ne se sont progressivement détachées des facultés d’économie qu’après la seconde guerre mondiale aux Etats-Unis. C’est ensuite vers la fin des années 1960 que la science de gestion s’établit comme science à part entière en Europe et France, et quand elle prend son indépendance de la faculté des sciences économiques, c’est cependant pour faire allégeance, la plupart du temps, aux modèles Nord-Américains.
De ce fait, les sciences de gestion, derniers rameaux d’une longue arborescence venant du droit, sont encore dans leur enfance, et n’ont pas encore, ou très peu, acquis la maturité nécessaire à une distanciation épistémologique et historique objective quant à leur véritable origine.
La deuxième raison est le tropisme Américain. Même si la plus ancienne Ecole de Gestion au Monde est l’ESCP Europe, fondée en 1819 à Paris, autour du célèbre économiste français Jean-Baptiste Say, (Wharton n’ayant été fondée qu’un siècle après), 90 % du corpus des sciences de gestion telles qu’elles sont enseignées actuellement prend sa source aux Etats-Unis aussi bien au plan académique (Harvard, MIT, Wharton, Standford), qu’au plan des prestigieux cabinets de consulting : Mc Kinsey, BCG, Baine, Arthur D Little, AT Kearney.
En raison de cette emprise culturelle de fait sur les sciences de gestion, tout ce qui n’est pas américain, n’existe pas, ou peu. Bien que dommage, il s’agit là malheureusement du paradigme actuel. Et comme l’histoire des Etats-Unis est elle-même très récente, ceci oblitère toute perspective historique.
La troisième raison est peut-être la plus pernicieuse. Il existe dans la jeune science de gestion un courant ultra-majoritaire vers la quantification à outrance, au point d’en oublier (ou de vouloir supprimer) le fait que la science administrative et de gestion est une science qui est par essence sociale. Ce tropisme, qui consiste à vouloir faire des sciences de gestion une sous-discipline des sciences de l’ingénieur, donne comme exemple le plus caricatural les classes préparatoires à l’enseignement commercial en France, où le poids des mathématiques et la sélection par les mathématiques sont équivalents à celle exigée pour entrer dans les plus prestigieuses Ecoles d’ingénieurs ou à l’Ecole Normale Supérieure …
L’autre exemple caricatural de dérive, qui prend sa source aux Etats-Unis, est la mathématisation des thématiques de gestion, notamment par la prééminence de la Finance, et particulièrement de l’ingénierie des produits dits synthétiques. Entendez par là de synthèse, un euphémisme pour dire qu’il s’agit de construire des instruments spéculatifs à partir d’objets mathématiques, sans relation aucune avec la réalité. Ainsi, sur les 2 millions de milliards de dollars qui changent de main chaque jour dans le monde, seul 1 % de ces sommes ont un rapport avec une transaction commerciale réelle, le reste n’est que spéculation sur objets mathématiques complexes sans autre « existence concrète » qu’un enregistrement digital sur un ordinateur, quelque part sur un serveur dans le monde éthéré. A tel point que les comptables (US GAAPS et IFRS / IAS) produisent de la doctrine sur « Comment comptabiliser l’abstraction : « mark to market » ou « mark to model » ? », ce qui revient à nous demander de reconnaître comme supérieure la virtualité d’un modèle mathématique probabiliste à la réalité d’un marché pourtant réel… Cela laisserait rêveur, si ce n’était les conséquences catastrophiques que connaît le Monde, et dont les secousses, révélées avec la crise de 2008, vont, non pas s’amenuiser, mais s’amplifier dans les temps à venir du fait des montagnes de dettes publiques et privées accumulées, qui continuent encore et toujours de s’amonceler.
En conclusion, la plupart des méthodes et des modes de gestion que nous utilisons aujourd’hui, à l’exception notable de la virtualité financière, datent de l’Antiquité, et il est non seulement légitime de le reconnaître, au plan scientifique et épistémologique, mais surtout sain au plan des enseignements de la bonne gestion et de la gouvernance.
Ce qui milite pour augmenter significativement au sein des Grandes Ecoles de Commerce et des Facultés de gestion la part consacrée à la Recherche et à l’Enseignement de l’Histoire en général et de l’Histoire de la pensée managériale et des sciences de gestion en particulier.
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