Graphologie et recrutement
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Description

Par l'étude d'une écriture, le graphologue entre dans le regard du scripteur qui est véritablement "le maître d'oeuvre" de sa page écrite. Il prend en compte ce qu'il contrôle à son insu et ce qu'il exprime au-delà des mots par le geste. Cet ouvrage explique comment la graphologie est insérée dans le processus de recrutement, quels sont ses repères techniques, ses apports et ses limites, ses points de jonction avec d'autres approches de la personnalité, et les problèmes-clés qui se posent au recruteur : en particulier l'intelligence, l'autorité, la communication.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2005
Nombre de lectures 132
EAN13 9782336267807
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Graphologie
Collection dirigée par Monique Genty

Les lecteurs pourront, par l’intermédiaire de différents auteurs, découvrir la graphologie et élargir ou approfondir leur connaissance de cette discipline qui permet de mieux comprendre la personnalité humaine.
Chaque ouvrage enrichit la réflexion, ouvre des perspectives et permet au travers de l’acquisition progressive d’une méthode de se familiariser avec l’écriture.
Cette collection est destinée aussi bien aux graphologues qu’à ceux qui, sensibles à une trace laissée sur le papier, cherchent à en comprendre toute la portée et la signification.
Déjà parus
M. GENTY, L’être et l’écriture dans la psychologie jungienne .
R. OLIVAUX, Pédagogie de l’écriture et graphothérapie.
F. WITKOWSKI, Psychopathologie et écriture .
Graphologie et recrutement

Marcelle Desurvire
Du même auteur dans cette collection
FEUILLETS DE GRAPHOLOGIE - 1 : Les bases jaminiennes . Le geste graphique. - 2 Les bases jaminiennes . Les genres et les espèces. - 3 : Technique de l’écriture. L’observation. - 4 : Technique de l’écriture . L’interprétation. - 5 : Etude de la personnalité. Le développement. - 6 : Etude de la personnalité. Les théories.
© Masson, 1991
© L’Harmattan, 2005
9782747583565
EAN : 9782747583565
PRÉFACE
L’utilisation accrue de la graphologie dans le processus de recrutement est souvent contestée, attaquée ou approuvée, au mieux elle suscite une interrogation sur sa validité. Les personnes concernées s’inquiètent, à juste titre, et se défendent d’être jugées sans recours par des graphologues incompétents. Il appartenait à une vraie professionnelle de clarifier le sujet.
Psychologue et graphologue « de terrain », Marcelle DESURVIRE exerce son métier depuis vingt ans, avec une clientèle diversifiée : entreprises de toutes tailles, cabinets de recrutement, sociétés de conseil, particuliers. Elle a créé une méthode d’enseignement de la graphologie par correspondance qui a également fait ses preuves.
Nous avons passé ensemble l’examen des Graphologues-Conseils de France, en 1969, et au titre d’une longue amitié, scellée par de nombreux travaux en commun, elle m’a demandé de préfacer son livre.
Dense par son contenu, cet ouvrage s’adresse à tous ceux qui se sentent concernés par les problèmes de recrutement ou de gestion de carrière. Il explique aux graphologues débutants ce qu’est un processus de recrutement, en les incitant à la prudence dans le diagnostic, à la modération dans l’expression écrite et orale, au respect des personnalités dans l’examen des candidatures.
Certains lecteurs qui s’attendent à trouver dans ce livre des « recettes miracles » seront déçus. Le but du livre n’est pas de permettre de déceler à tout coup le meilleur candidat d’une sélection mais de permettre une meilleure collaboration entre graphologue et utilisateur. Il aide aussi à comprendre cette phrase de Suzanne BRESARD : « la graphologie est une science d’observation et un art d’interprétation ».
En effet, si l’étude de l’écriture a prouvé qu’elle était révélatrice (jusqu’à un certain point) du fonctionnement de la personnalité, de son dynamisme, de ses réserves volontaires et compensatrices, dans des conditions d’environnement stables, elle ne livre jamais la clé d’un comportement dans telle circonstance ou dans tel contexte, mais seulement des probabilités.
Or, c’est ce comportement qu’il lui est demandé de prévoir pour une adéquation professionnelle, et la demande s’adresse à l’art d’interprétation du graphologue, à son expérience de visualisation de milliers d’écritures, à sa connaissance des métiers et fonctions, de leur évolution à travers des contextes économiques mouvants, et aussi de l’évolution des personnalités au long du temps consacré à la profession, du débutant à la retraite.
C’est une spécialisation, un cas particulier du travail graphologique. L’expérience est un support d’objectivité pour les jugements et les pronostics, sans mettre à l’abri d’une sur ou d’une sous-estimation des possibilités d’un(e) candidat(e) ou d’une évaluation erronée du contexte économique et humain.
Ce message de prudence ressort de l’ouvrage et je remercie Marcelle DESURVIRE de l’avoir exprimé: il est le fruit de réflexions, d’expériences et d’enseignements, que nous avons partagés, l’une comme l’autre, avec d’autres graphologues diplômées de la Société Française de Graphologie et du Groupement des Graphologues-Conseils de France.
Si la graphologie a beaucoup évolué en France durant ces vingt dernières années, elle peut encore susciter des recherches, des validations et de nouvelles découvertes pour ceux et celles qui continueront à travailler et à s’investir dans cette discipline. Souhaitons qu’ils continuent à aider les générations futures à trouver la voie de leur insertion professionnelle.
Madeleine BÉCHU
Sommaire
Graphologie Page de titre Page de Copyright PRÉFACE INTRODUCTION 1 - QUELQUES REPÈRES TECHNIQUES 2 - LA SÉLECTION PROFESSIONNELLE 3 - L’ÉTUDE GRAPHOLOGIQUE PROFESSIONNELLE 4 - LE PROCESSUS DE RECRUTEMENT 5 - QUELQUES PROBLÈMES-CLÉS CONCLUSIONS BIBLIOGRAPHE INDEX ALPHABÉTIQUE
INTRODUCTION
L’usage du mot « profession » et les correspondances que l’usage a établi de ce mot avec les mots « métier », « état », « situation », nous proposent trois notions bien distinctes, bien qu’associées dans la pratique :
une occupation déclarée,
un service que cette occupation constitue,
un état social qu’elle assure.
(d’après R. HUSSON, Les activités professionnelles et le Droit )

La graphologie s’est constituée empiriquement, au cours du siècle dernier, précédée par des interrogations de philosophes, d’écrivains, de poètes, d’enseignants, tous ceux qui se sont intéressés au graphisme comme langage et expression de la personne.
L’écriture est la peinture de la voix, disait Voltaire.
Gœthe s’exprimait ainsi : « que l’écriture ait des rapports avec le caractère et l’intelligence humaine, et qu’elle puisse donner au moins un pressentiment de la manière de sentir et d’opérer, il n’existe pas l’ombre d’un doute à ce sujet... »
Et Paul Valéry prononce les mots-clés : « quelques gouttes d’encre et une feuille de papier, matière qui permet l’addition et la coordination d’instants et d’actes... »
Encore fallait-il aller au-delà de l’intuition sensible pour élaborer une méthode et des outils de recherche, afin de constituer la graphologie en science, même si elle reste un art, pour ceux qui la pratiquent quotidiennement et savent que chaque écriture est unique dans son déchiffrement. Elle ne peut se réduire à des grilles de lecture ni s’apprendre dans les dictionnaires, c’est un langage qui a ses propres lois.
L’écriture nous parvient achevée, immobilisée sur le papier, c’est un « produit » de l’activité humaine. Il s’agit de remonter au mouvement qui l’a déterminée et pas seulement de se référer à un catalogue de signes. La lettre est écrite au long d’un temps qui se déroule sur une ou plusieurs pages (la lettre peut être écrite en plusieurs fois), cela introduit des modifications du rythme et quelquefois des formes (par exemple des formes qui se relâchent ou qui s’accélèrent en arrivant en fin de message).
Certaines lettres comportent des mots ayant un sens personnel (mots affectifs), d’autres butent sur l’orthographe, ou révisent les mots par des retouches. Tout a un sens, mais relié à l’ensemble du texte, aucun signe ne peut être isolé de son « milieu graphique ».
Ce qui donne un sens à l’écriture et qui fait l’objet de la graphologie, c’est l’étude de l’acte graphique dans son ensemble dont tous les aspects convergent vers le résultat, ce qui est écrit tel jour, à telle heure et dans telles circonstances.
L’écriture est une matière vivante et soumise aux lois du vivant, elle naît, se développe, vit et meurt, elle est affectée par l’environnement et aussi par l’état physique et psychologique du scripteur. Et pourtant chaque écriture a une structure qui la rend reconnaissable et stable dans le temps, elle a aussi des variantes à connaître, qui ne se produisent pas n’importe où dans un texte.
Différentes influences agissent sur le graphisme :

Les conditions matérielles de l’écrit
Le temps dont dispose le scripteur pour bien écrire : si ce sont des notes de cours, des cartes de vacances, des lettres officielles, le temps passé est différent et influence la qualité du résultat.
Le matériel : papier, instrument (stylo, bic, feutre, etc.), support (table), on n’écrit pas de la même manière dans des conditions habituelles et dans des conditions improvisées. Avec sa plume habituelle ou celle qui est prêtée.
La condition physique : la fatigue, le sommeil détériorent le tracé. Ainsi que l’alcool, les médicaments, les drogues de toutes sortes.
Le destinataire  : il est présent dans le texte qui s’adresse à lui et comme dans une conversation, il influence ce qui est dit, l’information ou l’affirmation.
L’intention de la lettre : tout message est une communication qui apporte un contenu : nouvelles, questions, précisions, expression de sentiments, demandes, réponses... Cela aussi agit sur le graphisme. On n’écrit pas une lettre d’amour comme une lettre administrative.
Le contexte graphique doit être connu, et lorsqu’il s’agit d’une étude approfondie, le graphologue demande plusieurs documents, écrits dans différentes conditions et à différentes personnes afin de repérer les constances et les différences dans l’écriture, en fonction de toutes ces conditions matérielles.

Les conditions culturelles
Dans notre civilisation, l’écriture est la traduction du langage oral , alliant un code grammatical et une représentation graphique des sons et des symboles, elle fixe le langage parlé en étant le garant de son caractère social au-delà des particularités vocales (accent, prononciation, intonation).
Elle aide la pensée à s’organiser en la projetant dans l’espace de la feuille, ce qui permet de revenir en arrière, d’ajuster des mots, de réfléchir sur des phrases, d’aménager par la mise en page le discours intérieur. On lui donne une forme organisée et ceci d’autant plus que l’écriture est employée fréquemment, a participé à de longues études, comme témoin de la pensée.
Elle a une signification sociale , son aisance évolue avec sa pratique fréquente, tandis qu’elle perd son efficacité si elle n’est pas utilisée souvent. Ceux qui ont arrêté leurs études de bonne heure ont arrêté aussi l’évolution de leur écriture, si bien qu’elle garde l’empreinte d’une époque de leur vie, souvent restée proche du modèle scolaire. Par la pratique, à l’inverse, elle acquiert non seulement de l’aisance mais une individualisation (développement de la personnalité au travers de motivations dominantes) ou un conformisme social (empreinte des milieux où vit le scripteur : il y a des écritures de scientifiques, des écritures d’hommes politiques, des écritures mondaines...).
Elle a une signification culturelle qui imprègne la pédagogie à travers les modèles d’écriture. Car chaque pays utilise un alphabet qui s’est individualisé dans le temps (en parlant des alphabets européens) et ces alphabets se sont modifiés, dans leur forme, comme dans leur enseignement à partir de critères culturels. En effet, chaque enfant reçoit une éducation dans sa famille, qui reflète une éducation plus globale, celle de la nation qui a des valeurs à transmettre. On reconnaît les écritures anglo-saxonnes, germaniques, hispaniques... à travers leurs alphabets et leur pédagogie.
L’ identification à un groupe social, ou à des personnes importantes dans la vie du scripteur est une autre dimension de l’écriture, ce qu’on voit chez des personnes appartenant à une même famille, comme une ressemblance discrète, mais ce n’est pas toujours le cas. Par exemple, il y a des familles à petite ou à grande écriture, des familles « raides » et des familles « souples » qui ont proposé un cadre de référence graphique et psychologique à leurs enfants.
Toutes ces variables influencent le tracé, c’est pourquoi le contexte graphique doit être connu. Penser qu’un signe de l’écriture a une valeur absolue est une absurdité, il dépend de multiples facteurs.
– Quel est l’âge du scripteur ?
– A qui écrit-il ?
– Dans quelles circonstances (santé, maladie, urgence) ?
– Quel est son niveau d’études ?
– Sa situation familiale (être célibataire ou chargé de famille influence les choix de vie).
– Son pays d’origine (s’il est étranger).
– Le but de la lettre.

Dans le cas qui nous intéresse ici, celui de la lettre de candidature, la situation est standardisée : chacun a eu le loisir de soigner son texte qui s’adresse à un employeur potentiel. Si la lettre est négligée, c’est plutôt l’effet d’une hâte ou d’un manque de soin qui relève du caractère plus que de la situation d’écrire.
En regardant l’écriture, le graphologue entre dans le regard du scripteur qui est une sorte de maître-d’œuvre, qui a une fonction de contrôle - plus ou moins conscient – de ce qui s’écrit. Il surveille ce qu’exécute la main, tout au long des lignes, avec plus ou moins d’aisance et de précision.
Il agit :
– sur l’intention de forme , la forme a un langage qui est au service de l’expression ;
– sur l’intention d’expression et de représentation dans le choix des mots justes qui les traduit ;
– sur le contrôle de l’espace : respect des codes (marges, alinéas, intervalles divers pour aérer les mots et les lignes) et organisation de cet espace de liberté, analogue à la prise de parole dans une relation ;
– sur l’ orthographe , la grammaire, la syntaxe, la ponctuation, l’accentuation, tout ce qui articule les phrases et spécifie le langage écrit ;
– sur le choix de l’instrument pour obtenir un trait net (chez ceux qui cultivent la pensée abstraite) ou un trait plus coloré (les artistes, les affectifs), plus nourri (les réalistes) et le choix de la couleur de l’encre est aussi important quand il est voulu.

Notre propos étant la graphologie à usage professionnel, dans le cas particulier du recrutement, l’écriture sera envisagée dans cette spécialité, c’est-à-dire comme un langage d’action .
Dans ce langage vont converger les motivations, les valeurs, les intentions de la personnalité dans l’optique de la vie professionnelle. Vers tel ou tel but, avec un niveau d’aspiration, de réussite ou d’ambition qui diffère suivant les personnes, et des moyens intellectuels et relationnels différents aussi, des degrés dans l’engagement vers des responsabilités.
Une étude professionnelle s’établit en fonction d’un profil de poste qui conditionne la recherche des atouts d’un candidat pour remplir une fonction. Dans certains cas, le poste étant peu défini, il s’agira d’orienter un candidat vers une fonction qui lui convient, c’est le cas des débutants.
Selon les métiers, selon les statuts et les rôles, la demande du recruteur est différente et cela appelle différents types d’analyse.
Au savoir qu’apporte un candidat, par sa formation et son expérience, s’ajoutent son savoir-faire pour le mettre en pratique et son savoir-être pour communiquer avec les autres.
L’étude du caractère permet d’apprécier un « style de conduite habituel et les réponses à des situations-clés comme l’autorité, la prise de responsabilités, la décision, ce qui est particulièrement important dans les rôles d’encadrement.

La graphologie est une science complexe quand on la prend au sérieux et comme toutes les sciences humaines, elle ne peut être exacte, elle apporte des probabilités , donne des explications relatives, et propose les conduites habituelles inscrites dans le graphisme, en laissant des incertitudes. C’est un outil de conseil et non de décision .
1
QUELQUES REPÈRES TECHNIQUES
« Du point de vue expérimental, il semble indubitable que les rapports de l’écriture avec la main — qui est sans doute notre plus vieil et reste notre plus instinctif instrument d’expression — font d’elle un enregistreur de nos dispositions intimes d’autant plus fidèle que ses notations échappent à notre contrôle. »
(Henri WALLON)

HISTORIQUE
L’écriture est une des plus anciennes méthodes d’interprétation psychologique. Dans l’Antiquité, Suétone, ami de Pline le Jeune, écrivain très éclectique puisque son œuvre touchait à l’Histoire, à la vie dans la Rome ancienne, à l’institution des magistratures, aux langues, s’était aussi intéressé aux particularités de l’écriture de l’empereur Auguste.
Sans nous attarder aux précurseurs de cette discipline qui est véritablement née à la fin du XIX e . siècle, on peut se poser la question du discrédit qui l’a longtemps mise à l’écart des techniques de connaissance de la personnalité. La maturité de la graphologie comme de la psychologie a résulté du développement des sciences humaines, inséparables du développement des sciences de la vie et des sciences sociales. Ce qui a amené des méthodes de travail plus rigoureuses dans chaque discipline, et peu à peu une ouverture des frontières des unes et des autres.
Le rôle de l’écriture dans la pédagogie et la transmission du savoir collectif s’est élargi des connaissances sur le langage, sur le geste, sur l’image, sur les activités graphiques, sur le fonctionnement mental, sur l’empreinte culturelle, sur la psychologie collective, et on passe peu à peu de la connaissance de la personnalité individuelle à travers son écriture à celle de la personnalité relationnelle.
C’est le chemin qu’a pris la graphologie dans cette deuxième partie du XX e siècle, en bénéficiant de l’évolution de la psychologie, science récente et déjà ramifiée en de nombreuses branches.

Les trois psychologies selon P. Fraisse 1
Paul Fraisse, dans un symposium récent, analyse ce qu’on entend par psychologie, ce terme « s’applique à des conditions différentes ayant une portée différente ».
Il en distingue trois, qui coexistent et sont interdépendantes, non seulement dans le langage qui les confond mais aussi dans la pratique qui les unit.

– La psychologie qu’il appelle naturelle , dans ses relations avec autrui. Cette psychologie crée des concepts pour rendre compte des conduites que l’on découvre chez les autres et qu’on s’applique à soi-même, comme la volonté, l’intelligence, l’affection, etc. Il note que la pensée réfléchie n’est pas spontanée, elle s’acquiert en retour par l’observation d’autrui, c’est la démarche qui commence chez l’enfant, même avant le langage, il sait implicitement ce qu’il peut attendre de son entourage. Cette connaissance naturelle se développe chez l’écrivain qui analyse et décrit des sentiments, des comportements, des conflits ou des attirances, met en scène des actions, crée des types, des scénarios (théâtre, cinéma) ou bien développe des théories. Et elle s’affine dans la poésie comme un jeu avec le langage.

– La psychologie philosophique est « la recherche d’un discours cohérent qui porte sur toute la réalité » (Éric Weil). Ce discours a une histoire, il se développe dans le temps car la réalité humaine est modifiée, à chaque étape, par l’acquis scientifique. Les philosophes approfondissent et systématisent les données de la connaissance naturelle, établissent des relations entre les faits et les idées, et certaines théories se périment au fur et à mesure que la science s’empare des problèmes et les démystifient (Descartes et ses esprits animaux, par exemple). L’objectif de cette psychologie est de donner un sens à nos concepts et à nos actes. Et aussi de réfléchir sur la connaissance elle-même.

– La psychologie scientifique veut établir un ensemble de lois par lesquelles des faits sont expliqués par d’autres faits : « l’union des travailleurs de la preuve » (Bachelard). C’est un travail qui part d’hypothèses explicatives et aboutit à des hypothèses vérifiées , celles-ci conduisent à des théories se justifiant par leur fécondité, qui sont abandonnées lorsque d’autres correspondent mieux à la réalité étudiée.
Ces trois psychologies sont liées, ont besoin les unes des autres.
La démarche philosophique précède la démarche scientifique qui s’empare d’un domaine pour l’explorer et trouver des explications rationnelles.
La psychologie naturelle part d’observations autant que la psychologie scientifique, mais celle-ci élabore des techniques, provoque des situations de laboratoire et utilise un langage plus élaboré qui répond à son travail (conditionnement, inhibition, codage...). L’observation est systématisée et s’accompagne de mesures . La psychologie naturelle emploie le langage courant, qui est malheureusement chargé d’ambiguïtés.
En ce qui concerne l’étude de la personnalité, la méthode des tests a montré son efficacité sur des points précis et ses limites dans l’utilisation pratique : cette efficacité sera différente de celle du clinicien qui aborde son client avec des méthodes dues en partie à sa propre personnalité, à ses réactions à autrui (même en essayant d’être aussi neutre que possible), et en partie à la manière dont il a assimilé un savoir qui tient des trois sortes de psychologies. Toutes les pratiques sont basées sur un amalgame de savoir et de savoir-faire : la personne participe à un savoir théorique général, dans sa connaissance de l’autre, mais aucun être réel ne peut se réduire à un « cas » exemplaire et aucun praticien n’a exactement la même approche en sciences humaines.
Les graphologues ont longtemps utilisé la psychologie naturelle et la psychologie philosophique, s’appuyant l’une sur l’autre, et avec des théories multiples pour justifier les interprétations. C’était la période des chercheurs empiriques.
Il revient à Hélène de Gobineau 2 , le mérite d’avoir donné à la graphologie un statut scientifique à l’aide de travaux statistiques portant essentiellement sur la génétique de l’écriture .
Hélène de Gobineau était une élève de Crépieux-Jamin et avait reçu une formation de graphologue classique, qu’elle a mise à l’épreuve de la mesure. L’ordinateur, aujourd’hui, peut apporter des confirmations des travaux des graphologues intuitifs, même si leurs théories se périment et c’est un champ de recherche fructueux et actuel, plus particulièrement en ce qui concerne l’évolution de l’écriture de l’enfant depuis le modèle scolaire jusqu’à sa personnalisation. Cette évolution se prête à des travaux statistiques sur des populations d’élèves d’âges et de niveaux différents.
La graphométrie est née des recherches d’H. de Gobineau.

Dans une perspective de recrutement, des études statistiques se font sur des populations bien ciblées, sur des thèmes précis, et en sériant certains éléments de l’écriture, celle-ci étant alors assimilée à un test, et utilisée conjointement avec d’autres tests de personnalité 3 .
Les graphologues professionnels sont de type « classique », en majorité. Car la psychologie de l’entreprise constitue un « tissu » relationnel et économique qui interfère sans cesse avec la psychologie de l’individu. On ne peut guère résoudre un cas professionnel par une addition de traits de caractères en face d’une liste de conditions de travail. La psychologie des aptitudes professionnelles laisse la place à une psychologie qui prend en compte l’homme et l’environnement.
Ce qui justifie aujourd’hui la reconnaissance de la graphologie en matière de recrutement, à condition qu’elle soit exercée par des spécialistes ayant reçu une formation sérieuse, c’est justement la diversité de ses sources, par l’assimilation des nombreux auteurs qui ont exploré l’écriture à travers le temps et à l’aide d’observations patientes et répétées, chacun apportant sa pierre à l’édifice. Il arrive que l’on ne puisse expliquer le pourquoi d’une interprétation, c’est devenu un savoir-faire qui se vérifie dans la pratique.

Les pionniers de la graphologie 4
La graphologie a véritablement commencé à intéresser les écrivains, les philosophes, et surtout les enseignants au XIX e siècle, bien qu’il y ait eu des précédents bien antérieurs.
L’abbé Michon ( 1806-1880) a posé au siècle dernier les fondements de la graphologie et lui a donné ce nom, c’était un enseignant, un esprit intuitif et d’une curiosité infatigable — l’écriture n’était qu’un des aspects de cette curiosité — son but était de créer une science destinée à « saisir le vif de l’âme », il fallait ce type de chercheur pour poser des hypothèses hardies que son successeur a reprises dans un esprit plus méthodique.
Crépieux-Jamin ( 1858-1940), à un demi-siècle de distance, a rencontré la civilisation technique – il était horloger de formation, et sa vision plus mécaniste lui a permis de construire les outils de l’observation de l’écriture, ceux-ci restant valables pour tous les graphologues. Il a été l’homme du répertoire , les genres et les espèces, et d’une méthode qui a évolué dans sa formulation, mais qui est restée dans la ligne de son fondateur. Les « principes » de Crépieux-Jamin n’ont pas vieilli. En revanche, sa philosophie s’est périmée avec l’essor des sciences humaines.
D’autres travaux se menaient en parallèle, en Europe, des chercheurs ayant d’autres références psychologiques et philosophiques qui se complètent plus qu’elles ne s’opposent. Les nombreux Congrès Internationaux de Graphologie montrent bien l’aspiration des graphologues d’aujourd’hui à trouver un langage commun, et à bénéficier des recherches des uns et des autres. L’ouverture des frontières en Europe est l’occasion de faire passer un nouveau cap à la graphologie.

LA PAGE ÉCRITE
Qu’il s’agisse de la première page d’une longue lettre ou d’une page unique, un texte rédigé obéit à des normes de mise en page .
En premier lieu est créé un cadre à l’intérieur de la page, à l’aide de quatre marges (gauche/droite, haut/bas) qui sont de taille variable. Des paragraphes avec des alinéas marquent les changements de sujet, tandis que les différents signes de ponctuation articulent les phrases et que les accents restituent les sonorités des mots.
La page est rayée par des lignes fictives (ou réelles si le papier est ligné) dont les intervalles doivent être réguliers, le premier donnant la mesure des suivants.
Les mots sont séparés par des intervalles correspondant à la largeur de la lettre m , les mots étant d’une hauteur moyenne de 3 mm dans la zone médiane (celle qui contient toutes les lettres de l’alphabet) tandis que les hampes et les jambages se développent de part et d’autre de cette zone, avec une longueur plus grande pour les lettres à boucle (1, h b, f, k, j, g, z) que pour les lettres bâtonnées (t, d, p, q).

1. — a) Homme 35 ans. Poste : responsable export . Page bien organisée, équilibrée dans la page, paragraphes mis en valeur, marge gauche rectiligne. La signature placée à droite légèrement montante et plus grande que le texte, est cachée par discrétion. Au niveau du texte, on note l’importance des blancs, qui séparent des mots très denses, aux lettres verrouillées.
Concentration d’énergie, ténacité accrocheuse, prise de distance par la réflexion, ambition réalisatrice, organisation. Le scripteur possède la maîtrise de ses compétences et il s’impose avec fermeté. Caractère en « tout ou rien », autoritaire, réaliste dans ses choix. Puissance de travail.

1. — b) L’agrandissement de l’écriture montre comment une forme générale de mise en page se retrouve dans le traitement des mots et des lettres. On retrouve l’organisation qui cadre le tracé : fermeté/souplesse de la ligne de base, sur laquelle les pleins des lettres et les courbes de liaison prennent appui, importance des blancs qui sont mis en valeur par le mouvement de guirlande , par les grands intervalles entre les mots, mais aussi par la fermeture (les lettres rondes sont closes sur elles-mêmes), le mouvement de retour en arrière (dans les lettres qui s’y prêtent a, t, q, d, n) et l’écourtement des finales des lettres (e, s). Le trait est tendu, inégal dans sa pression. L’aisance apparente résulte d’une mobilisation de la personnalité sur ses objectifs.
Tout ceci a été appris à l’école et s’est automatisé avec l’usage de l’écriture, et surtout s’est personnalisé par des variantes qui sont déjà des témoignages significatifs sur le scripteur. Un message clair dans sa mise en page, pouvant s’enregistrer rapidement et sans hésitation et être communiqué aisément, correspond à une maîtrise du caractère autant que du geste.
Quelle que soit l’aisance du tracé, une lettre écrite de manière correcte et lisiblement a toujours une valeur positive car elle marque le respect du destinataire, l’importance de la communication qui lui est faite. Le modèle scolaire est un modèle de valeurs inculquées à l’enfant autant pour utiliser correctement cet outil culturel que pour le rendre transmissible à d’autres.
Lorsqu’il s’agit d’une lettre de candidature pour une embauche, la page est datée et surtout signée , elle peut débuter par une adresse, un numéro de téléphone, des références d’annonce et cela devient un document dont l’organisation d’ensemble équivaut à une présentation de soi, face à un futur employeur et un futur poste.

2. — a) Homme 28 ans. Poste : juriste . Mise en page aérée, tracé fluide, rapide, étalé sur la ligne, aux formes arrondies, donnant un message clair. La signature est distante du texte et moins aisée dans son tracé. Les gestes verticaux y sont appuyés comme les pleins des lettres du texte (f, p, d, b, j, t).
Réflexion efficace dans le mouvement, à travers des échanges de vue et des actions rapidement menées, précision, sens de la coordination, bonnes relations avec des interlocuteurs variés. Plutôt homme d’études.

2. — b ) L’aération de l’écriture est d’un type différent de la précédente, il n’y a pas de rupture entre les mots, mais une coulée fluide du tracée, dans un mouvement rapide et arrondi où les formes de lettres sont simples et claires, sans geste inutile. Le cadre est donné par la fermeté de la ligne de base et par celle des pleins des lettres, ainsi que par la précision des points sur les i , comme un prolongement vertical. Les boucles des lettres médianes (e, a, o) sont escamotées (comme des détails du quotidien sans importance) tandis que les boucles des hampes sont marquées (comme réservoir des idées et des projets). Les intervalles entre les lettres et l’étalement du tracé majorent cet aspect d’ouverture et de disponibilité.
Il arrive que cette « mise » soit plus soignée que son contenu et que le tracé soit négligé dans ses formes secondaires tandis qu’il est globalement précis. Soin de l’ensemble et négligence des détails peuvent coexister chez beaucoup de personnes.
Les mots sur la ligne sont des unités graphiques ayant un dessin fourni par le modèle scolaire, pour chaque lettre, et se composant de groupe de lettres.
Lorsque les mots sont longs, ils comportent des coupures dont la place est très personnelle pour chaque scripteur (par syllabes, par difficulté graphique, coupures phonétiques, coupures anarchiques...).
La page est donc construite, les mots ne tombent pas au hasard sur les lignes, et l’œil suit la main qui écrit pour s’assurer de cet ordre qui reflète l’ordre de la pensée. L’espace laissé autour des mots concourt à leur lisibilité, les met en valeur autant que les soulignements ou les majuscules, quand il s’agit de mots essentiels.

3. — Femme 40 ans. Poste : directrice de collège . Graphisme simple, proche du modèle scolaire. Noter l’importance et la fermeté de la zone médiane de l’écriture, la liaison presque continue qui s’enroule dans le tracé des lettres rondes, les t doublement barrés, l’allongement de leurs hampes, les départs de lettres un peu raides. Le texte de la lettre est assez long, avec peu de marges, suivi d’une signature semblable au texte.
L’engagement dans la vie professionnelle est total, la personne s’identifie à sa fonction pédagogique, et à son autorité qui sera ferme, obstinée, résistante devant les difficultés, et ininfluençable. Elle est compétente, bienveillante, rassurante pour ceux qui dépendent d’elle, mais traditionnelle dans ses méthodes. Elle veille à tout, délègue peu.

4. — Trois écritures inclinées à droite, à comparer dans leur mouvement:
a ) Lettres grandes et étroites, coupures variables à l’intérieur des mots, espaces entre les mots inégaux. Les lettres sont prises dans ce mouvement anguleux et assez rapide, qui les plie sans tenir compte du tracé de chacune. Le geste est cassant.
b) Chaque lettre est prise dans un mouvement irrégulier, faisant varier sa hauteur et sa largeur, effectuant des coupures illogiques (le mot sentiments, dont le t et le i sont isolés) et des liaisons fines (cette attente). Le geste est fortement contrôlé avec des à-coups, des crispations.
c) La liaison est plus souple, prise dans un mouvement coulant et rapide, qui intègre les formes des lettres, les mots courts peuvent se tracer d’un trait mais les interruptions ne rompent pas le rythme des mots longs.
L’adaptation du scripteur (c) sera plus aisée que celle du (b) et plus conciliante que celle du scripteur (a) .

5. — Femme 26 ans, géologue de formation, a évolué vers l’informatique. Poste : ingénieur de projet. Autre écriture proche du modèle scolaire, d’une simplicité et d’une clarté qui exclut toute complication et tout superflu. Le dépouillement est en faveur d’un esprit rigoureux et réfléchi, peu imaginatif, s’adaptant à la vie d’équipe, sur une base éthique. La sensibilité est au niveau d’un trait vibrant. L’écriture est peu expressive, c’est un outil d’enregistrement.
Lorsque la page est signée, et sauf si la signature s’inscrit dans un casier qui lui est destiné, dans les documents administratifs, cette signature prend une place qu’on peut qualifier « d’instinctive », obéissant à un sens personnel de l’espace et à un symbolisme plus général. Geste libre, la signature a une grande importance par sa dynamique et sa forme, qui rappellent le langage des gestes prolongeant dans l’espace le tracé de la main. Le rapport au texte est un élément capital de l’interprétation (une signature peut être plus vive, plus ample, plus compliquée ou plus énigmatique, plus floue que le tracé de la lettre). On ne peut analyser valablement une écriture sans avoir la signature correspondante. Celle-ci est un sceau qui identifie l’auteur de la lettre et elle se doit d’être homogène au texte, même si elle est plus spontanée et plus largement traitée.
La page, prise globalement, est un assemblage de signes qui forment une sorte de « tissu graphique » distinct d’un scripteur à un autre. Avant d’être décomposé en ses éléments constituants, cet ensemble est saisi par le regard du graphologue dans un jeu de relations et de rapports qui vont guider l’analyse des signes et des groupes de signes et conditionner l’interprétation des uns et des autres. Il faut des années de travail pour acquérir ce « coup d’œil » et pouvoir l’interpréter. Chaque signe est relatif, et en liaison avec une totalité, des ensembles et des sous-ensembles.
La composition de la page ressemble à celle d’un tableau, elle est en partie voulue et en partie inconsciente, résultant du travail de la pensée autant que de la perception d’un espace personnel d’action et de vie. L’écriture de l’adulte se distingue de celle de l’enfant (et de celle du malade ou du vieillard) par cette capacité à structurer sa page avec aisance. Cette identité d’organisation de la page au travers de différents documents, malgré des variantes minimes, crée l’unité d’une écriture, permettant de la reconnaître entre d’autres, au même titre que les formes employées ou la pesanteur du trait.
S’il y a un conseil à donner à ceux qui veulent à tout prix modifier leur écriture pour passer l’« épreuve » de graphologie au cours d’un recrutement, c’est de soigner leur mise en page, en évitant les ratures, les taches, les mots illisibles, en vérifiant l’orthographe, et d’écrire aussi habituellement que possible afin de ne pas forcer son graphisme. Une page d’écriture clairement tracée dispose plus favorablement le destinataire, même non graphologue, qu’une lettre bâclée. Par ailleurs, le fait de tricher avec certains éléments se répercute sur l’ensemble du graphisme et peut jeter un doute sur l’authenticité du candidat.

APPRENTISSAGE DE L’ÉCRITURE
L’écriture, instrument essentiel de la culture, fait partie de la trilogie de l’école publique instituée par Jules Ferry, dans laquelle tous les petits Français doivent apprendre à lire, écrire, compter .
Inscrire des signes résulte de deux mouvements de la plume sur le papier, l’un d’inscription , qui dessine les lettres, l’autre de déplacement qui les fait se succéder sur la ligne. L’inscription freine le mouvement d’avancée et la translation gêne la précision de ce qui s’inscrit : l’enfant doit arriver à automatiser et équilibrer ces deux gestes auxquels coopèrent les doigts, les mains, le poignet, l’avant-bras et même l’épaule. Ainsi que la position correcte du tronc, la rotation du bras autour de l’épaule, celle de l’avant-bras autour du coude, celle de la main autour du poignet.
La capacité à écrire n’est pas innée, elle s’éduque à travers la motricité, la perception et l’activité symbolique, elle est liée au langage oral qu’elle traduit en signes. Le gribouillis sans signification précise du petit enfant évolue vers l’écriture à travers des formes de plus en plus élaborées, le tracé se localise dans la feuille et le contrôle du regard guide la main pour reprendre le tracé ou faire des jonctions, s’intéressant au modèle proposé (dessin ou ébauche d’écriture). Entre 3 et 5 ans, comme l’a montré Liliane Lurcat 5 , les images d’objets et le langage s’allient pour produire des signes graphiques, et l’enfant acquiert une intention de représentation .
Vers 4 ans, le dessin et l’écriture se différencient, la force qui est à l’origine du mouvement fournit l’impulsion à écrire et les formes s’inscrivent dans une liaison visuelle et auditive avec le geste. Les sons ne sont plus seulement entendus mais représentés, ce qui montre une évolution complexe vers l’abstraction. Le langage oral est dynamique et chargé d’émotions, le langage écrit devient un savoir et une technique, liés à la connaissance des mots d’une langue, de sa grammaire, de son orthographe, tout cela se réalisant dans une projection spatiale. La langue écrite n’a pas la liberté d’expression de la langue parlée, elle oblige à employer le mot juste et à l’écrire lisiblement pour qu’il soit communicable.
Si l’écriture n’était que la transcription abstraite de mots, un assemblage de signes conventionnels, elle serait identique pour tous les scripteurs. Mais le geste qui écrit est chargé de sensibilité, d’expériences perceptives, de vie intérieure, de relation à la tâche, et tout cela agit sur le résultat pour le personnaliser. La trace acquiert un style individuel et reconnaissable par tout un chacun.
L’écriture n’est pas seulement une activité abstraite, elle est aussi très concrète si on réalise à quel point elle est liée à la vie des sens : vision et audition en priorité, mais aussi toucher (contact de la main sur le papier et des doigts sur la plume), odorat (l’odeur des cahiers, de l’encre, reste dans tous les souvenirs d’enfance) et aussi goût (qui n’a pas sucé ou mordillé son crayon ?).

6 et 7. — Écritures d’enfants : Matthieu, 7 ans et Cyril, 8 ans 1/2. — La forme des lettres est assimilée mais le geste est encore maladroit, c’est le stade pré-calligraphique.
Les travaux de J. Piaget étudient la longue construction qui s’opère dans la vie intellectuelle par l’interaction de l’enfant et de son milieu de vie. Il intègre ce qui lui est extérieur (assimilation) et transforme ses propres structures en fonction des variations du milieu (accommodation) développant une adaptation mentale qui est une forme d’équilibre supérieur de l’adaptation biologique.
Les travaux des psychanalystes, à la suite de Freud, montrent aussi l’importance de la relation affective qui unit l’enfant à sa famille et qui se prolonge dans toutes les relations ultérieures et tout d’abord à l’école ; c’est dire si l’écriture, comme la lecture et le calcul, sont imprégnés d’affectivité.
L’écriture scolaire débute par un modèle, et passe par des stades de structuration, la forme est statique au départ et s’anime par l’acquisition du mouvement cursif à travers la répétition quotidienne des exercices, le développement psychomoteur de l’enfant (tonus et coordination) et le développement des activités fines des doigts (habileté manuelle). Et en s’adaptant à une situation qui comporte de nombreuses contraintes : le matériel à utiliser, la position à adopter, le système de symboles à maîtriser.
L’enfant apprend à maîtriser successivement la forme (entre 4 et 5 ans), la trajectoire (entre 5 et 6 ans) et la signification associée aux mots (entre 6 et 7 ans).
Son écriture passe par trois étapes (entre 6 et 12 ans) :
– le stade pré-calligraphique (intégration des normes),
– le stade calligraphique infantile (maîtrise de l’ensemble de l’acte graphique),
– le stade post-calligraphique (familiarisation avec la vitesse du tracé et le mouvement cursif).

8. — Aurélien 10 ans . L’ensemble graphique est maîtrisé sur une ligne bien tenue. C’est le stade calligraphique.

9. — Maud ll ans 1/2. — Bien que la petite fille soit gauchère, son écriture est aisée et rapide, déjà personnalisée dans ses formes.
L’écriture des adolescents est un autre domaine de la graphologie, correspondant à une personnalité, physiquement et intellectuellement mature, mais ayant à trouver sa place et son identité. L’écriture n’est réellement achevée que vers l’âge des choix personnels, qui marquent le passage à la vie adulte. Aujourd’hui, l’adolescence tend à s’éterniser 6 .
La graphologie classique avait rejeté l’écriture de l’enfant hors de son domaine « sous prétexte que les difficultés motrices de l’apprentissage dont elles étaient tributaires, en masquait l’expressivité. » Crépieux-Jamin a défini les écritures d’enfant comme « inorganisées » 7 . Il existe, en fait, un autre mode d’organisation qui a sa logique comme beaucoup de domaines de la psychologie de l’enfant.
Hélène de Gobineau, dont les travaux ont été repris après sa mort par le Pr Ajurriaguerra et son équipe 8 , avait observé la croissance de l’écriture et construit une échelle de certaines composantes caractérisant les difficultés de l’enfant vis-à-vis de cette tâche, et d’autres correspondant à l’aisance et l’efficacité graphique. Les premières disparaissent progressivement tandis que les autres apparaissent, si on observe l’évolution de l’écriture dans le temps, cela donne des bases d’études statistiques et comparatives.
On peut trouver dans des écritures d’adultes des composantes enfantines , même chez des adultes fortement diplômés. Cela peut provenir de difficultés scolaires, mais plus généralement de secteurs de la personnalité restés proches de l’enfance.
Entre le graphisme d’un débutant et celui d’un candidat confirmé, on trouvera des différences significatives d’une évolution de la personnalité.

10. — Homme 28 ans, formation ingénieur. Poste : recherche et développement. L’écriture a gardé un caractère enfantin par ses maladresses, ses saccades, ses divergences d’inclinaison, mais le geste est pourtant vif et précis. La page est bien construite, la signature plus grande et montante, l’ensemble traduit un esprit curieux et chercheur à la manière des enfants, sur lequel se greffent les connaissances techniques. Si les raisonnements ne sont pas rigoureux, les « trouvailles » peuvent être intéressantes.

11. — Homme 37 ans, formation économique. Poste: direction financière . Ce n’est plus la maladresse d’inscription qui est en cause, mais un ensemble de formes puériles avec un trait lourd et mou. Cela n’inspire pas confiance pour la rigueur du travail.

BASES DE LA MÉTHODE GRAPHOLOGIQUE FRANÇAISE
Sans entrer dans les détails de la méthode utilisée aujourd’hui par les graphologues français (voir la bibliographie), rappelons que Crépieux-Jamin s’est attaché à l’étude du geste en déterminant des catégories de gestes qu’il appelle les genres graphiques , au nombre de 7 : gestes qui concourent à la mise en page : l’ ordonnance, gestes d’expansion dans la feuille : la dimension, gestes d’orientation dans l’espace : la direction et son inclinaison, gestes assurant la liaison : la continuité , gestes concourant à la rapidité d’inscription : la vitesse , gestes formateurs des lettres : la forme .
Les genres se subdivisent en espèces (exemple : écriture grande, petite, étalée, étrécie, espacée, etc. dans le genre dimension). Il y a environ 120 espèces qui sont décrites avec précision et ont des significations diverses suivant leur contexte. On n’emploie pas l’une pour l’autre sans risques d’erreur.
En dehors des genres et des espèces, il existe des signes libres (comme la signature) et des petits signes, comme les accents, la ponctuation, les barres de t, les fioritures... qui prennent leur valeur également par leur contexte.
Des syndromes se forment par la réunion de signes, ou d’espèces qui cosignifient en quelque sorte, parce qu’ils résultent d’une tendance du caractère qui se réalise à travers plusieurs modes graphiques.
Par exemple, la vivacité d’un caractère peut se voir par la réunion des espèces, lancée, rapide, légère, acérée, accompagnées d’une accentuation en avant des mots, d’une signature tout aussi rapide et lancée, montante, placée à droite du texte. Cette vivacité sera le thème général autour duquel s’organise une partie de la personnalité. Il peut y avoir une tendance contraire qui s’exprime, dans la même écriture, par des coupures dans les mots, des ratures, des ralentissements brusques du tracé, qu’on peut traduire par des « freins ».

Il y a un travail d’observation méthodique, nécessaire pour établir une fiche technique , base de l’interprétation, ensuite il faut rédiger et ce n’est pas la moindre des difficultés.
Chaque geste a une vitesse propre (un plein est plus rapide qu’un délié), chaque lettre a un tracé qui permet d’accélérer ou oblige à freiner suivant des mouvements orientés vers la droite, la gauche, le haut, le bas, comportant des tracés droits ou enroulés, des coupures et des liaisons, pouvant avoir à poser des accents, tout cela dans un espace codé, et en déposant sur le papier une trace d’encre. L’écriture aura donc quatre aspects majeurs :
– l’espace , qui préexiste au tracé, c’est le blanc qui supporte l’écriture, et qui dialogue avec le noir . On peut le comparer aux intervalles de silence qui font partie du langage. Il a beaucoup de significations tant dans l’ensemble de la mise en page que dans le plus petit détail d’une lettre ;
– le mouvement , qui ne se voit pas lorsque la page est terminée, mais qui est intimement lié à la forme qu’il développe dans l’espace. C’est la gestuelle accompagnant le langage des signes. Lorsqu’une écriture s’emballe dans son mouvement, elle gêne l’inscription exacte de la forme. Inversement, un mouvement qui s’immobilise ne permet qu’une forme figée ;
– la forme , c’est ce qu’on voit en premier lieu dans l’écriture, c’est aussi l’achèvement du processus. Lorsque la forme devient aisée, c’est qu’elle a maîtrisé l’espace, le mouvement et le trait et peut prendre une valeur expressive ;
– le trait c’est la coulée d’encre qui dépend de l’instrument employé, de la pression des doigts sur la plume et de la tenue de la plume. Son appréciation est difficile et demande une longue habitude. C’est à cause de la qualité du trait que l’on a besoin d’avoir l’original de l’écriture pour réaliser une étude graphologique.
Lorsqu’on est familiarisé avec la technique de l’écriture, on peut utiliser, quand elles conviennent, des théories de la personnalité qui se concrétisent par des types psychologiques.
Étude des tempéraments, caractérologie, typologie psychanalytique, typologie Jungienne, Szondienne, planétaire, ont leurs spécialistes. Il est rare qu’une écriture puisse répondre complètement à ces critères mais cela donne une orientation générale à l’analyse. Il est essentiel de ne pas forcer l’écriture à entrer dans une catégorie pour les besoins de la typologie.
La notion de type a été largement utilisée par la psychologie allemande au début du siècle. Il s’agit de répartir des individus selon certains critères observables et vérifiables, qui se présentent simultanément. Il existe des types « empiriques » et des types « idéaux », modèles, schémas, ayant des bases rationnelles, qui servent à comprendre dans l’abstrait un individu concret.

L‘ âge et le sexe ne sont pas visibles dans l’écriture : il est vrai qu’il y a des « gens qui naissent vieux et d’autres qui meurent jeunes » comme dit un humoriste, il y a aussi des tendances féminines et masculines qui coexistent dans chaque personnalité quel que soit le sexe biologique. C’est pourquoi il faut qu’il soit précisé.
Un principe fondamental, en graphologie, est qu’aucun signe n’a de sens isolément. Chaque signe s’interprète en relation avec les autres signes et en fonction de la totalité graphique, le « milieu graphique ». Parler d’une barre de t ou d’un rond sur un i n’a pas de sens précis, l’une et l’autre font partie d’un geste qui est à décoder dont ils ne sont que des ramifications.
Dans l’écriture, il est important de retenir que : – plusieurs tendances peuvent se manifester à travers un même signe , – plusieurs signets peuvent résulter d’une même tendance .
La signature a un rôle majeur, on ne peut pas analyser une écriture sans connaître la signature, surtout en professionnel. Et celle-ci n’a pas de sens hors du texte qu’elle accompagne.
La technique ne peut pas s’acquérir en quelques pages de théorie, elle se vit à travers une expérience qui porte sur des milliers d’écriture au cours d’une carrière. Ce qui n’est pas neutre dans l’acquisition d’un « coup d’œil » qu’on attribue trop facilement à l’intuition, sinon au hasard.

12. — Signature de Léonard Bernstein (1918-1990), chef d’orchestre, directeur du Philharmonique de New York de 1958 à 1969, compositeur de nombreuses œuvres, dont la musique du film West Side Story. La signature, ici, se passe de texte.

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