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La PME algérienne et le défi de l'internationalisation

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Description

Les quelques 300 000 PME que compte l'Algérie sont les plus fragiles de l'espace méditerranéen. En conséquence, un programme national a été mis sur pied afin d'aider ces PME à trouver leur place sur un marché de plus en plus mondialisé et donc fortement concurrentiel. L'Algérie se trouve aux prises avec une culture peu favorable à l'initiative et au développement des affaires. En se préoccupant de l'internationalisation des PME, les pouvoirs publics se trouvent confrontés à de multiples questions.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2010
Nombre de lectures 180
EAN13 9782296248274
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La PME algérienne
et le défi de l’internationalisation
Sous la direction de

André Joyal, Mohamed Sadeg
et Olivier Torrès


La PME algérienne
et le défi de l’internationalisation

Expériences étrangères
© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-11122-6
EAN : 9782296111226

Fabrication numérique : Socprest, 2012
REMERCIEMENTS
Nous devons exprimer notre reconnaissance envers l’institut de recherche sur les PME (INRPME) de l’Université du Québec à Trois-Rivières et l’Association internationale de recherche en entrepreneuriat et PME (AIREPME) pour leur soutien et leur encouragement. Notre collègue Josée St-Pierre a assuré la coordination de l’ouvrage tout en veillant au respect des normes éditoriales et des délais de production.

Enfin, nous avons une dette envers madame Suzanne Mailly de l’INRPME pour son dévouement à la correction et à la présentation du manuscrit.
LES AUTEURS
G EORGES A BDUL- N OUR est professeur titulaire au Département de génie industriel de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il a complété son Ph. D. dans le même domaine à l’Université de Texas Tech à Lubbock, Texas. Il est auteur ou coauteur de quatre livres et de plus de 100 publications, communications et rapports techniques. Il est actuellement directeur de l’École d’ingénierie de l’UQTR et codirecteur de l’institut de recherche sur les PME. Le professeur Abdul-Nour est membre du comité de rédaction de l’ International Journal of Production Research.

A HCÈNE A MAROUCHE est maître de conférences à l’École nationale supérieure de statistique et d’économie appliquée (INPS Alger) où il est actuellement chargé du cours d’économie du travail et de l’emploi. Il a mené plusieurs études d’évaluation des politiques sectorielles pour le compte d’organismes publics et participé au diagnostic stratégique de nombreuses PME dans le cadre du programme de mise à niveau. Il est l’auteur de recherches sur des questions de théorie économique et d’articles de presse sur des sujets d’actualité.

L OUISE C ADIEUX est professeure de management à l’Université du Québec à Trois-Rivières et membre de l’institut de recherche sur les PME. Lauréate de deux prix remis par l’Association canadienne des sciences de l’administration (ASAC) pour l’excellence de l’ensemble de ses travaux sur les PME familiales et sur la transmission, elle a publié des articles dans des revues scientifiques de renommée internationale. En 2009, elle a également publié un ouvrage intitulé La transmission des PME : perspectives et enjeux.

S ULTANA D AOUD a commencé sa carrière dans le secteur industriel et le secteur bancaire. Elle est titulaire d’un doctorat en sciences économiques de l’Université Sorbonne Nouvelle Paris III. Elle est maître de conférences à l’Université des Sciences et de la Technologie d’Oran où elle est présidente de la cellule de valorisation des résultats de la recherche. Elle est membre du laboratoire Réformes économiques et Intégration régionale et internationale de l’Université d’Oran Es-Seinia. Elle est l’auteure de plusieurs articles sur la PME en Algérie et au Maghreb publiés dans des ouvrages et présentés dans des congrès internationaux.

L ÉO D AYAN, de l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, est directeur scientifique de l’APREIS, laboratoire mondial de recherches scientifiques pour le développement durable. Expert reconnu dans le domaine de l’économie de la durabilité, notamment pour ses travaux sur l’économie des écoliaisons, les politiques fiscales de la durabilité et les stratégies du tourisme compétitif durable, il a été invité à donner des conférences ou des cours dans de nombreux pays (Algérie, Belgique, Brésil, Cameroun, Maroc, Niger, Pologne, Singapour, Tunisie).

A NDRÉ J OYAL est professeur-chercheur à l’Université du Québec à Trois-Rivières et membre de l’institut de recherche sur les PME et du Centre de recherche en développement territorial. Ses travaux sur la PME innovante et sur le développement local le conduisent régulièrement en France, au Brésil et en Algérie. Il a à son actif plusieurs ouvrages et publie dans les périodiques tels que la Revue canadienne des sciences régionales , la Revue d’économie régionale et urbaine, Géographie économie et société et Territoires du futur.

S ERGE L AMBERT est professeur associé au Département de génie industriel de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il est auteur ou coauteur de plusieurs articles publiés dans des revues et présentés dans des congrès internationaux ainsi que de plusieurs rapports techniques. Depuis 2005, il participe activement au projet de cartographie de la chaîne de valeur dans les PME québécoises en collaboration avec le professeur Georges Abdul-Nour.

A BDELHAK L AMIRI est professeur titulaire à l’École supérieure de commerce d’Alger et membre du Laboratoire d’études pratiques en sciences commerciales et sciences de gestion de cette même école. Il est aussi président-directeur général de l’institut international de Management (INSIM) et professeur au programme MBA pour cadres UQAM/INSIM. Il est souvent consulté par les autorités politiques algériennes en raison de ses connaissances sur l’économie du pays.

H ACHEMI L ARABI est un ancien président de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI).

N ADINE L EVRATTO est chargée de recherche au CNRS et affectée au laboratoire EconomiX de l’Université de Paris Ouest Nanterre La Défense. Elle est également chargée d’enseignement dans cette même université et professeure affiliée à Euromed Management. Ses recherches portent sur l’économie des PME et les faillites qu’elle aborde sous l’angle économique tout en empruntant au droit et à l’histoire. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages sur le financement des PME et les économies insulaires, de nombreux articles publiés dans des revues savantes et de communications à des colloques.

M ARIE- F RANCE L ORTIE est membre de l’Ordre des ingénieurs du Québec et professionnelle de recherche à l’institut de recherche sur les PME de l’Université du Québec à Trois-Rivières et auteure ou coauteure de plusieurs articles présentés dans des congrès internationaux ainsi que de plusieurs rapports techniques. Elle collabore activement aux activités scientifiques de la Chaire de recherche Bombardier aéronautique et à la rédaction de rapports de recherche commandités par le CNRC-PARI en collaboration avec le professeur Georges Abdul-Nour.

B ERNARD P ARANQUE a rejoint Euromed Management en 2004 comme professeur de finance. Il est titulaire de la Chaire AG2R/Prémalliance « Finance autrement : investissement, solidarités, responsabilité ». Il est doyen associé à la recherche et à la faculté. Il a codirigé la publication de l’ouvrage L’Euro-Méditerrannée : de l’espace géographique aux modes de coordination socio-économiques avec Nadine Levratto et Corinne Grenier publié chez L’Harmattan en 2007. Il a publié en 2008 Construire l’Euro-Méditerranée chez L’Harmattan.

J EAN- L OUIS P ERRAULT est maître de conférences à l’Université de Rennes I, chercheur à l’ISMÉA et spécialiste de relations internationales et d’économie politique. Il est codirecteur du master « Économie internationale et PME » à la Faculté des sciences économiques de Rennes, et du master « Ingénierie des services urbains en réseau dans les pays en développement », à l’institut d’études politiques de Rennes. Sa dernière contribution est le chapitre « Négociation internationale et pratique des affaires en Chine », publié dans P. Béraud, G.O. Faure et J.-L. Perreault (dir.), Économies en développement , Paris, Maisonneuve et Larose, 2007.

M AAROUF R AMADAN détient un doctorat en sciences économiques et de gestion au laboratoire Institutions et dynamiques historiques de l’économie (IDHE, UMR 8533 CNRS) de l’École normale supérieure de Cachan. Ses recherches portent sur l’internationalisation des petites et moyennes entreprises (PME) appliquée à l’espace euroméditerranéen et, plus particulièrement, au cas des pays du Moyen-Orient. Il est l’auteur de plusieurs articles publiés dans des revues scientifiques et de communications à des colloques en collaboration avec Nadine Levratto.

M OHAMED S ADEG est professeur titulaire à l’École supérieure de commerce d’Alger. Il est président du conseil scientifique de l’École supérieure de commerce d’Alger et directeur du Laboratoire d’études pratiques en sciences commerciales et sciences de gestion. Il coordonne le programme MBA pour cadres, un programme offert par l’Université du Québec à Montréal en Algérie en partenariat avec l’institut international de Management (INSIM). Il est l’auteur de plusieurs articles publiés dans la Revue académique des sciences commerciales et de gestion de l’ESC d’Alger. Son dernier ouvrage, publié en 2009 et coécrit avec N. Krim (sous la direction de T. Hafsi), s’intitule La stratégie nationale de l’Algérie de 1830 à 2007.

J OSÉE S T- P IERRE est professeure titulaire à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Elle a fondé le Laboratoire de recherche sur la performance des entreprises et ses travaux de recherche visent à mieux comprendre la performance des PME, les facteurs inducteurs et inhibiteurs de celles-ci, tout en prenant en considération les différentes stratégies d’innovation et d’internationalisation de leurs activités. Outre la production de trois ouvrages, ses travaux ont été publiés notamment dans Technovation, Journal of Small Business and Entrepreneurship, Journal of Small Business and Enterprise Development, Journal of Corporate Finance. Elle est cofondatrice de l’institut de recherche sur les PME et actuellement présidente de l’Association internationale de recherche en entrepreneuriat et PME (AIREPME).

O LIVIER T ORRÈS est directeur fondateur du master « Management international des PME et des territoires » à l’Université de Montpellier Sud de France et chercheur associé à l’EM Lyon. Spécialiste d’entrepreneuriat et de management des PME, il a publié plusieurs ouvrages et articles dans le domaine. Il exerce également les fonctions de vice-président de l’AIREPME et de l’European Council for Small Business (ECSB).

C LAIRE V. DE LA D URANTAYE est économiste. Après une carrière dans la gestion universitaire où elle a agi à titre de doyenne des études de premier cycle, de vice-rectrice à l’enseignement et à la recherche, de rectrice de l’Université du Québec à Trois-Rivières puis de directrice de l’institut de recherche sur les PME de l’UQTR, elle est maintenant professeure d’économie de gestion au Département des sciences de la gestion. Madame de la Durantaye fut également très impliquée dans différents organismes régionaux et nationaux. Ses champs de recherche sont la gestion des organismes publics et le développement régional dans un contexte de mondialisation.

Y AHIA H . Z OUBIR est professeur en relations internationales et en management international et directeur de recherche en géopolitique à Euromed Management, Marseille École de management. Avant de rejoindre Euromed, le professeur Zoubir a enseigné aux États-Unis dans plusieurs universités. Il a publié divers ouvrages dont le dernier, codirigé, s’intitule North Africa : Politics, Region, and the Limits of Transformation , New York et Londres, Routledge, 2008. Ses articles ont paru dans International Affairs, Middle East Policy, Mediterranean Politics, Journal of North African Studies, Annales d’histoire canadiennes, Démocratisation, l’ Année du Maghreb, Maghreb-Machrek. Il prépare actuellement un ouvrage intitulé Global Security Watch : The Maghreb.
PRÉSENTATION

Dans la première partie, C LAIRE V . DE LA D URANTAYE montre comment les politiques d’aide aux PME se sont généralisées ces dernières décennies. Cependant, l’auteure soutient qu’elles n’arrivent pas à atteindre pleinement leurs objectifs. En s’interrogeant sur l’efficience de l’intervention de l’État, l’hypothèse ici avancée est que l’aide publique aux PME gagnerait à s’inspirer des plus récentes recherches en entrepreneuriat afin de mieux relever le défi de l’internationalisation. Vient ensuite un texte de J EAN- L OUIS P ERRAULT et J OSÉE S T- P IERRE qui relèvent les particularités des PME eu égard au mouvement de mondialisation. En se situant au carrefour des sciences économiques et des sciences de la gestion, les auteurs offrent une présentation inusitée de l’internationalisation en tant que processus à être mis au service de la PME. Enfin, L OUISE C ADIEUX signale que, malgré l’existence d’une forte proportion de dirigeants de PME évoluant dans un contexte économique en perpétuel changement, on observe, face à la croissance, peu d’ouverture envers le recours à des stratégies d’internationalisation. Par cette contribution, l’auteure montre comment certains facteurs liés aux valeurs, aux traits, aux habiletés, à l’expérience et aux motivations des dirigeants de PME peuvent avoir un impact sur les stratégies de croissance par le biais de l’internationalisation.

Dans la deuxième partie, A BDELHAK L AMIRI n’hésite pas à reconnaître que les PME algériennes ont beaucoup de retard à rattraper. Elles n’ont donc pas d’autre choix que de tout faire pour s’élever au niveau de leurs concurrents étrangers. Trois écueils à éviter sont mis en évidence en sachant, comme le signale avec pertinence l’auteur, que la situation est rattrapable. Pour sa part, M OHAMED L ARABI ne craint pas d’utiliser le slogan Enrichissez-vous ! mis de l’avant ces dernières années en Chine dont l’essor, comme on le sait, est en grande partie dû aux PME. Il y parvient à la suite d’une éloquente rétrospective de l’évolution qu’a connue le pays depuis son indépendance. Vient ensuite une contribution d’A HCÈNE A MAROUCHE qui souhaite montrer dans quelle mesure les PME peuvent jouer un rôle structurant dans l’économie du pays. Pour ce faire, l’auteur centre la réflexion, à l’instar de la majorité des contributeurs à cet ouvrage, sur la PME manufacturière. Après un survol de l’état de la situation des PME à l’échelle planétaire, l’auteur s’attarde à situer leur place dans l’économie algérienne en décrivant les obstacles institutionnels qu’elles doivent affronter. Utilisant une approche similaire, S ULTANA D AOUD situe l’Algérie dans son contexte historique en distinguant deux périodes : celle de la planification centrale et celle de la libéralisation des marchés. L’auteure s’interroge sur les facteurs internes et externes susceptibles d’avoir influencé les nouvelles stratégies d’intervention de l’État eu égard aux PME et analyse le poids des mesures incitatives et leurs limites dans le choix stratégique de leur promotion comme une option de rupture par rapport à la dépendance envers les hydrocarbures. Enfin, L ÉO D AYAN offre une contribution se situant un peu en retrait par rapport aux autres auteurs. À partir de ses propres observations de terrain et de ses travaux conceptuels sur le développement durable, il montre, par le biais révélateur du tourisme, secteur par excellence de l’interculturel, de l’intersectoriel et de l’entrepreunariat local, pourquoi les TPE et PME ne peuvent pas facilement se créer en Algérie et comment elles pourraient, dans ce secteur, se développer.

La troisième et dernière partie débute avec une contribution d ’A NDRÉ J OYAL, essentiellement axée sur une dimension non négligeable de l’internationalisation : l’exportation. Sur la base des expériences canadienne, québécoise et brésilienne qui lui sont particulièrement familières, l’auteur montre comment les exportations des PME ont été appelées à croître très rapidement au cours des dernières années. Il complète le tableau en évoquant la menace que font peser les importations chinoises sur les PME québécoises qui doivent réagir en conséquence ou disparaître. Vient ensuite un texte de J OSÉE S T- P IERRE et de J EAN- L OUIS P ERRAULT qui, en s’appuyant sur une recherche effectuée au Canada, au Maroc, au Liban et en France, affirment que les différentes dimensions de l’internationalisation se doivent d’être prises en compte simultanément pour stimuler les PME à développer leur plein potentiel et ainsi fournir leur contribution à la croissance nationale. De leur côté, N ADINE L EVRATTO et M AAROUF R AMADAN observent que la recherche sur l’internationalisation des PME des pays du Sud se trouve encore à un stade embryonnaire. En conséquence, après avoir passé en revue les travaux théoriques et empiriques réalisés sur le sujet, les auteurs proposent un système de production méditerranéen fondé sur la littérature existante et sur leurs propres recherches, ce qui les conduit à présenter une typologie et les résultats des entreprises étudiées. Par le chapitre d ’O LIVIER T ORRÈS, c’est dans les grandes capitales européennes que le lecteur se voit transporté afin de voir comment se positionnent les uns et les autres en relation avec un classement basé sur l’appréciation des appuis reçus (ou non) qu’en font les nouveaux entrepreneurs de chacun d’entre elles. L’auteur ne manque pas de signaler qu’un tel questionnement pourrait s’avérer utile en ce qui regarde les principales villes de l’Algérie. La grande question étant celle-ci : quelles sont les attentes des entrepreneurs en matière d’aide à la création ? Suit une contribution de B ERNARD P ARANQUE et de Y AHIA H . Z OUBIR qui, entre autres choses, touchent un point sensible en Algérie : les flux migratoires clandestins du sud vers le nord. Ils signalent que le développement socioéconomique demeure la seule voie pour remédier à ce problème. À leurs yeux, il importe pour l’Algérie de faire l’histoire des communautés de producteurs afin d’établir leur potentiel d’évolution et d’innovation. Cela vaut autant pour l’entreprise formelle que pour l’informelle, cette dernière étant de nature à passer à une logique plus institutionnelle. Enfin, à partir d’une recherche effectuée au Québec, G EORGES A BDUL- N OUR, S ERGE L AMBERT et M ARIE- F RANCE L ORTIE proposent une approche cartographique dont l’Algérie pourrait s’inspirer. Elle aide à mesurer l’efficacité d’une entreprise en se basant sur trois paramètres : le taux de disponibilité, le taux d’efficacité et le taux de la qualité. La cartographie de la chaîne de valeur, comme le relèvent les auteurs, permet de connaître les forces et les faiblesses d’une entreprise ainsi que son potentiel d’amélioration.

Cet ouvrage s’adresse donc à tout décideur socio-économico-politique, en Algérie comme dans tous pays du Sud, là où la PME, dans un monde de plus en plus internationalisé, doit trouver sa place au soleil.
I NTRODUCTION La PME algérienne : état de la situation
André Joyal, Ph.D.
INRPME, Université du Québec à Trois-Rivières
andre.joyal@uqtr.ca


I NTRODUCTION

L’Algérie se tourne depuis quelques années vers l’économie de marché, ce qui explique l’attention que suscite depuis lors la PME. Étant donné la place occupée par l’entreprise publique jusqu’au début des années 1980, la PME algérienne comptait pour quantité négligeable et offrait l’image que l’on trouve dans des pays beaucoup plus pauvres. En fait, il faudra attendre encore une décennie pour que se développe en Algérie un véritable intérêt pour les PME. Selon Madoui et Boukrif (2009a), les raisons de cet intérêt se rattachent à leur poids dans l’économie des services et à la reconfiguration du système productif à la suite des crises successives des grandes organisations propres au modèle algérien et à la montée en flèche du chômage, en particulier chez les jeunes, de plus en plus attirés par l’aventure à l’étranger {1} . Alors, comme l’écrit Abdelhadi (2009), il ne faut pas se surprendre que du côté du ministère de l’industrie comme de celui de la PME, on s’affaire à multiplier les rencontres avec les chefs d’entreprises, les représentants des organisations patronales, les chambres de commerce et d’industrie et tous les autres acteurs des PME/PMI pour tenter de trouver, de concert, la stratégie à adopter pour rendre au plus vite les entreprises algériennes plus compétitives, compte tenu de la concurrence mondiale qui leur est imposée, cette dernière provenant de traités de libre-échange et de la future adhésion à l’Organisation mondiale du commerce. Or, lors d’une réunion du conseil national consultatif pour la promotion des petites et moyennes entreprises (CNC-PME) tenu au début de 2009, il a été reconnu unanimement que les PME algériennes sont les moins préparées à faire face au défi de la mondialisation.

Selon le CNC-PME, les quelque 300 000 PME que compte l’Algérie sont les plus fragiles de l’espace méditerranéen. C’est pourquoi un programme national a été mis sur pied afin d’aider ces PME à trouver leur place sur un marché de plus en plus mondialisé et, donc, fortement concurrentiel. Les contraintes auxquelles font face ces PME sont bien connues : les lourdeurs bureaucratiques, la présence d’un important secteur informel et de nombreux produits contrefaits, les réticences des banques à consentir des prêts, la difficulté de recruter une main-d’œuvre bien formée, les insuffisances en matière d’innovation. Ce ne sont là que les plus évidentes comme le signale Ouali (2008). Ce dernier rapporte en outre que ces PME se trouvent menacées par l’accord de libre-échange avec l’Union européenne. C’est ce qu’ont fait remarquer les chefs d’entreprise lors d’un forum tenu à Alger en janvier 2008 qui a donné lieu à une réflexion sur l’adhésion de l’Algérie à l’OMC. D’ailleurs, les incidences de l’ouverture des barrières commerciales avec l’Union européenne se feraient déjà sentir en Algérie dont les pertes annuelles sont évaluées à 600 millions de dollars, selon le président de l’Association nationale des exportateurs algériens. Toujours selon celui-ci, la suppression complète des tarifs douaniers à l’occasion de la mise en place d’une zone de libre-échange en 2017 pourrait coûter à l’Algérie pas moins de trois milliards de dollars. On comprend alors Abdelhadi (2009) de faire allusion au désarroi de l’entreprise algérienne qui doit continuellement supporter des frais supplémentaires engendrés par l’ouverture de l’économie. Une situation qui oblige les PME algériennes à envisager la formation d’alliances stratégiques avec des partenaires étrangers.

Mais, il y a loin de la coupe aux lèvres car, comme le soulignent Madoui et Boukrif (2009b), les entrepreneurs interrogés à Alger et à Bejaia, dans le cadre de leur enquête, estiment que le désengagement de l’État n’a pas fait disparaître les lourdeurs bureaucratiques, les pratiques clientélistes des pouvoirs publics et autres lenteurs administratives qui constituent autant d’entraves à la bonne marche de leur entreprise. La complexité de l’arsenal législatif et réglementaire, l’absence d’accompagnement et de fourniture d’information, la pression fiscale et les difficultés inhérentes à l’octroi de financement bancaire conduiraient un grand nombre de petits entrepreneurs à favoriser leur engagement dans le secteur informel. Des conditions qui obligent à d’importants réajustements de la part des autorités économiques du pays. En fait, comme le fait remarquer Grim (cité par Kerzabi et Lachachi, 2009), l’Algérie souffre d’un dysfonctionnement hérité du système socialiste et accentué par une pléthore de textes aussi complexes que contradictoires.


U NE ÉMERGENCE RÉCENTE

Melbouci (2006) précise que depuis 1990, la PME algérienne ne cesse de prendre son essor. Dix ans plus tard, 60 % des PME en existence avaient été créées après 1994, soit après l’adoption, en 1993, d’un nouveau code des investissements et après l’entrée en vigueur l’année suivante du programme d’ajustements structurels. Selon Kerzabi et Lachachi (2009), 75 % des PME recensées en 2005 ont été créées à la suite de l’adoption de ce nouveau code, alors que 35 % l’ont été durant l’intervalle 2000-2005. Également, la mise en place de l’Agence pour la promotion et le soutien à l’investissement, qui sera remplacée en 2001 par l’Agence nationale pour le développement de l’investissement (ANDI), figure parmi les facteurs ayant favorisé la création de milliers de petites entreprises. Cette dernière a pour mission principale {2} le développement et le suivi des investissements en facilitant l’accomplissement des formalités administratives grâce à la mise en place, comme cela s’observe ailleurs, d’un guichet unique. Son dispositif d’incitations aux investisseurs repose sur les éléments suivants :

– une réorganisation décentralisée du dispositif d’aide à l’investissement ;
– un fonds d’appui aux investissements ;
– un encadrement personnalisé pour des projets créateurs d’emplois s’inscrivant dans une politique de développement durable, porteurs de nouvelles technologies et innovateurs sur le plan de la conservation de l’énergie.

Pour ce qui est de l’aide à l’exportation, la Compagnie algérienne d’assurance et de garantie des exportations (CAGEX) couvre les risques commerciaux et politiques de non-transfert de catastrophes naturelles pour son propre compte et le contrôle de l’État. Sa mission comprend, entre autres :

– l’assurance crédit export, soit la couverture des risques reliés à l’exportation ;
– l’assurance crédit domestique (interentreprises et le crédit à la consommation) ;
– l’assurance reliée à la participation à des foires commerciales ;
– le recouvrement de créances.

En dehors du secteur des hydrocarbures, pour les PME/PMI, les compétences dans le domaine de l’investissement se trouvent réparties entre divers départements ministériels, à savoir les finances, le commerce et leurs administrations dont ANDI, la direction de l’investissement et les chambres de commerce. À ces derniers organismes s’ajoute le ministère de l’intérieur, auquel sont dévolues, depuis le début de cette année 2007, des attributions sur les zones industrielles. Selon Abdi (2007), le Conseil national de l’investissement, bien que présidé par le chef du gouvernement, manque à son niveau d’une réelle cellule unique de facilitation et d’assistance aux investisseurs potentiels étrangers. Sans parler de la dispersion que crée l’existence, d’un côté, de guichets dits uniques relevant de l’ANDI et, de l’autre, de zones industrielles sans lien étroit avec cette institution et relevant, elles, d’un organisme central distinct. On observe des tentatives d’amélioration du foncier industriel à travers celle de la gestion de ces zones industrielles permettant une valorisation des zones existantes et le développement de nouvelles. Cependant, cette réorganisation à la fois des guichets de l’ANDI et des zones industrielles ne serait pas destinée à les regrouper au sein d’une seule et unique structure. Il n’en résultera que l’établissement d’une certaine coordination et non une fusion entre les administrations concernées. La centralisation des compétences dans un seul ministère et dans une seule administration qui en relèverait ne paraît pas être à l’ordre du jour, mis à part la création d’un guichet unique réservé aux investisseurs étrangers. On ne peut alors que constater le maintien des principaux obstacles continuellement évoqués concernant le difficile accès aux banques, même locales, le manque de sécurité, les tracasseries douanières, les relations peu favorables avec les autorités et tout ce qui touche la question du foncier.

C’est en septembre 1999 que fut signée une convention en vue d’adopter un programme d’appui au développement des PME/PMI. Mais ce n’est qu’en 2002 que le ministère de la PME et de l’Artisanat, de concert avec la délégation de la Commission européenne à Alger, a décidé de prendre en main le projet afin qu’un avenant soit signé l’année suivante avec un objectif quinquennal de créer pas moins de 150 000 nouvelles PME. Un objectif révisé à la hausse par le président Bouteflika qui, lors de sa campagne électorale, a évoqué le chiffre de 200 000, toujours pour un horizon de cinq ans. Pour sa part, l’ANDPME avance pour la décennie 1999-2009 un chiffre plus modeste de 146 000 PME. Ainsi, on en arriverait à un total de 320 000 PME sur l’ensemble du territoire alors qu’il en faudrait, selon les observateurs, un minimum d’un million et demi. L’heure de se croiser les bras de satisfaction n’a pas encore sonné. Néanmoins, les PME industrielles en 2007 étaient au nombre de 38 800, soit 24,3 % du total, et employaient 221 975 travailleurs, soit 35 % du total, ce qui indique, selon Djeflat (2007), que leur capacité à générer l’emploi est supérieure aux autres types d’entreprises. Toujours en 2007, les PME comptant plus de 10 employés ont vu leur nombre s’accroître à 10 782, ce qui représente 7 % du total. Elles se concentraient dans cinq secteurs d’activité : construction et travaux publics (26,7 %), commerce (16,34 %), transport et communications (8,7 %), services aux ménages (8,6 %) et agroalimentaire (7,3 %).

Pour sa part, Melbouci (2004) signale que les secteurs dominés par les PME sont le bâtiment et les travaux publics et les services, à savoir commerce et distribution et transport et télécommunications. Selon le ministère de la PME et de l’Artisanat, le secteur de l’artisanat et des métiers couvre plus de 200 activités à l’intérieur de plus de 70 000 petites entreprises donnant du travail à plus de 210 000 personnes en 2004, réparties en trois filières :

– l’artisanat traditionnel et d’art, avec 11 466 artisans ;
– l’artisanat de production, avec 30 140 travailleurs ;
– l’artisanat de production de services, avec 45 126 personnes.

La poterie constitue la principale activité à l’intérieur de l’artisanat traditionnel et d’art {3} . Dans la wilaya de Tizi-Ouzou, selon Melbouci (2006), les entrepreneurs artisans en poterie auraient laissé tomber leur comportement individualiste pour travailler en réseaux, se faisant ainsi solidaires des milieux entrepreneuriaux de la région. Certains sont même parvenus à exporter en Europe à la suite de leur participation à des foires commerciales.

Le tableau 1, tiré d’une recherche de Tahari (2009), fournit une vue d’ensemble du tissu des PME pour les années 2005 et 2006. Voici ce que l’auteur observe.

T ABLEAU 1

État du tissu des PME



Source : Immatriculations CNASAT (Tahari, 2009).

Le parc des PME privées, toutes tailles confondues, était composé de 259 282 entreprises en 2006. La majorité d’entre elles sont en fait des TPE où le nombre de salariés varie de 1 à 9.

Si, comme le font remarquer Kerzabi et Lachachi (2009), certains secteurs tirent leur épingle du jeu – matériaux de construction, bâtiment, hydraulique, agroalimentaire –, d’autres ont, par ailleurs, du plomb dans l’aile comme le textile, la chaussure, les cosmétiques et les plastiques. On comprendra la nécessité de fournir aux PME les plus menacées par la concurrence, toujours plus âpre, différentes formes d’appui afin de faciliter l’acquisition des conditions conduisant à un meilleur positionnement. C’est ce que vise le programme de mise à niveau des PME.


L E PROGRAMME DE MISE À NIVEAU DES ENTREPRISES (PAMN)

À la fin des années 1980, alors que le Portugal frappait à la porte de la Communauté européenne, un programme stratégique de dynamisation et de modernisation de l’économie portugaise a été institué. Ce fut l’occasion pour d’autres pays méditerranéens d’imiter cette initiative en adoptant des mesures susceptibles de redynamiser leur système productif. L’Algérie s’est jointe à ce mouvement vers la fin des années 1990. La mise à niveau se définit comme « L’action d’amélioration des performances de l’entreprise et de sa compétitivité pour lui permettre de se battre efficacement dans son nouveau champ concurrentiel, de s’y maintenir et d’y croître » (Hamdane, 2001). Visant à accroître la compétitivité, le programme touche à la fois les niveaux microéconomique (entreprise), mésoéconomique (environnement de l’entreprise) et macroéconomique. Les entreprises adhèrent à ce programme sur une base volontaire. C’est ainsi que fut adopté en 1999, pour une période de cinq ans, le programme Euro Développement PME (ED-PME) avec la participation du ministère de la PME et de l’Artisanat. La Commission européenne s’est alors engagée à fournir 57 millions d’euros et le gouvernement algérien, 3,4 millions d’euros alors que 2,5 millions d’euros devaient venir des entreprises impliquées dans le programme. Ainsi, 2 147 PME sur un total de 246 716 furent identifiées comme cibles (Madoui et Boukrif, 2009a).

L’objectif assigné vise l’amélioration de la compétitivité de la PME algérienne, le maintien de sa part du marché interne et la conquête éventuelle du marché extérieur. Les résultats escomptés de ce programme concernent la viabilité, la compétitivité des PME et la création d’emploi.

Le plan de mise à niveau élaboré à la suite d’un diagnostic stratégique global devra faire clairement ressortir les besoins en

– investissements matériels liés notamment à la modernisation d’équipements et à l’acquisition de nouvelles technologies ;
– investissements immatériels visant principalement le développement des ressources humaines et la formation, l’amélioration de la gestion administrative, le marketing et le développement des exportations, l’introduction de nouveaux concepts de gestion, l’établissement d’un système d’assurance qualité, la recherche de partenariats techniques, commerciaux et financiers et la protection de l’environnement (Madoui et Boukrif, 2009a).

F IGURE 1

Schéma récapitulatif des différents objectifs du programme de mise à niveau algérien



Source : La direction générale de la Restructuration industrielle, cité dans Madoui et Boukrif (2009b, p. 7).

De même, le PAMN vise à inscrire dans un « espace international » les PME déjà engagées dans un processus raisonné d’élargissement de leurs prestations et de leurs marchés. Il comprend des mesures pour les aider à développer leur compétitivité (qualification des personnels, exigence de qualité, renforcement de la capacité managériale des dirigeants) en leur inculquant la fameuse notion de « culture d’entreprise » ou de « culture entrepreneuriale » ou encore en favorisant les partenariats et l’aide à l’exportation. En matière de technologies de l’information, on prévoit la modernisation des équipements, l’implantation d’un système de management de la qualité et des méthodes d’évaluation, le développement du marketing avec des outils de promotion et de publicité en ligne ou encore divers partenariats possibles. Cela se matérialiserait, entre autres, par des études de marché par branche d’activité, des structures d’appui et de proximité spécialisées dans les PME (centres techniques) par filière technologique, Consulting et expertise (Agence nationale de développement de la PME). On envisagerait également de développer un réseau d’information et de statistiques et de soutenir l’usage des technologies de l’information dans le cadre de la gestion courante ainsi que leur intégration dans les réseaux d’échanges commerciaux nationaux et étrangers avec la constitution d’annuaires électroniques et de canaux de communication entre les entreprises algériennes et étrangères eu égard à des opportunités d’affaires électroniques.

Pour contourner les coûts prohibitifs d’accès à des banques de données scientifiques et techniques pour l’innovation, on songe à des solutions alternatives comme les banques de données gratuites pour la plupart. On parle ici de surveillance électronique pouvant s’effectuer au sein de regroupements de PME seuls capables de recourir à du personnel spécialisé connaissant à fond à la fois les sources d’information et leur jargon ainsi que les activités de leurs membres. Par ailleurs, le programme Alphabétisation numérique [EUMEDIS], à destination des pays euroméditerranéens, annonce la nécessité de développer des compétences pour tirer le meilleur parti possible d’Internet {4} .

Tout cela paraît alléchant, mais, selon Madoui et Boukif (2009a, p. 8), les résultats enregistrés sont loin de répondre aux attentes. Dans ce contexte, les avis s’opposent. En effet, au sein du ministère chargé du dossier, selon Abdelhadi (2009), on avance que beaucoup de propriétaires d’entreprises ne montrent guère d’enthousiasme ou que peu d’intérêt pour la mise à niveau de leur entreprise. S’agit-il d’un jugement erroné ?

En fait, à la fin de 2006, sur les quelque 2 100 entreprises ciblées, moins de 670 ont été jointes et seulement 405 se sont engagées dans le processus de mise à niveau. Depuis le début du programme, 17 entreprises seulement ont complété leur plan de mise à niveau alors que, dans les pays voisins, le programme a connu beaucoup de succès. En Algérie, le poids de l’informel, la suspicion des institutions et la volonté de rester petit constitueraient autant d’entraves à l’adhésion au PAMN. À cela, selon l’enquête conduite par Madoui et Boukif (2009), s’ajoute le poids de l’environnement socioéconomique de l’entreprise.

Or, Olivier de Velp, directeur général de Euro Développement PME, prévoyait qu’à la fin du programme de mise à niveau, prévue le 31 décembre 2007, pas moins de 500 PME en auraient bénéficié. Les prévisions de l’EDPME annonçaient la probable adhésion durant l’année prochaine d’au moins une centaine de nouvelles PME au programme de mise à niveau. Le même responsable a rappelé que 405 PME avaient déjà adhéré au PMAN, ce qui représente 60 % du nombre total des PME identifiées comme devant en être les bénéficiaires, dont 80 avaient été choisies à titre d’entreprises pilotes. En somme, selon les chiffres avancés par le chef de cabinet du ministère de la PME et de l’Artisanat, M. Brahiti, plus de 75 % de ces PME avaient bénéficié d’actions de mise à niveau et environ 25 % avaient carrément abandonné après avoir bénéficié d’actions de prédiagnostic ou de diagnostic.

En plus des actions liées à l’environnement immédiat des PME, le ministère de tutelle envisage certaines actions dont la réalisation des études de branches d’activité, la réalisation d’études générales par wilaya, visant à situer le potentiel des PME locales, à repérer les activités à forte capacité de développement local, le développement et l’organisation de l’expertise et du consulting au profit des PME et, surtout, la création d’une banque de données et de veille sur la mise à niveau des PME {5} . Alors que le programme visait l’amélioration de l’environnement à la fois macro-et mésoéconomique de la PME, de toute évidence les objectifs visés n’ont pas été atteints. L’administration dans son ensemble et le secteur bancaire demeurent tributaires de l’influence de l’époque où le dirigisme dominait. Conséquemment, on se trouve toujours aux prises avec une culture non favorable à l’initiative et au développement des affaires. Les collectivités locales ne fournissent pas l’encadrement dont auraient besoin les dirigeants d’entreprises, comme cela se fait ailleurs dans les pays industrialisés ou en émergence. C’est pourquoi Madoui et Boukif (2009a) recommandent la mise à niveau réelle de l’ensemble des institutions et organismes qui composent l’environnement macroéconomique des PME, ce qui suppose l’éradication de la culture héritée des années du centralisme économique.


C ONCLUSION

Comme on verra plus loin quelques données sur les PME brésiliennes {6} , il convient de prendre ici en considération la méthode nucleus GTZ qui s’implante graduellement en Algérie après avoir fait ses preuves dans les années 1990 au Brésil. En fait, pendant de nombreuses années, avant la réunification des deux Allemagnes, la RFA a donné son appui à des projets de développement en vue de réduire les inégalités sociales et de favoriser un plus grand respect de l’environnement et une meilleure mise en valeur des ressources naturelles. Implantée dans la capitale, Brasilia, GTZ soumet au gouvernement brésilien, par l’intermédiaire de l’Agence brésilienne de coopération, ses propositions de projets de coopération. GTZ intervient également auprès d’autres organismes publics et privés à travers sa division International Services.

Au début de 2009 s’est déroulée une rencontre en vue de faire comprendre les avantages de la méthode nucleus . Le représentant de GTZ chargé de mettre en application la méthode en Algérie a vu les avantages pour les petits entrepreneurs et artisans de rompre leur isolement et ainsi d’accéder plus facilement aux marchés publics et au financement. Cette méthode permettrait également de faciliter les relations entre ces acteurs locaux et l’administration tout en consolidant les chambres d’artisanat et de métiers dont l’autofinancement pourrait être assuré grâce aux revenus engendrés par le conseil et l’assistance qu’elles dispensent au profit des différents nucleus {7} .


R ÉFÉRENCES

A BDELHADI, Z. (2009), Les PME algériennes face à la mondialisation : s’adapter ou disparaître, La Tribune d’Algérie , Algérie, 2 mars.
A BDI, N. (2007), « Investissement direct étranger et appropriation des TIC par les PME en Algérie », Colloque « Les impacts de la fracture Nord-Sud sur la gestion des PME/PMI », Biskra, 27 et 28 avril.
D JEFLAT, A. (2007), « Les nouvelles exigences dans une économie fondée sur la connaissance : cas des entreprises maghrébines », Tic et développement , 21 août.
H AMDANE, S. (2001), « Formulation du plan de mise à niveau », dossier documentaire, INPED, 22-25 avril, Alger.
K ERZABI, A. et W. L ACHACHI (2009), « L’entreprise familiale en Algérie : de l’indépendance au conservatisme », XI es Journées scientifiques du Réseau Entrepreneuriat, INRPME, AUF, AIREPME, Trois-Rivières, du 27 au 29 mai.
M ADOUI, M. et M. B OUKRIF (2009a), De l’économie administrée à l’économie de marché : les PME à l’épreuve de la mise à niveau des entreprises en Algérie , texte non publié, Université de Béjaia.
M ADOUI, M. et M. B OUKRIF (2009b), « De l’économie administrée de TPE et des PME dans un environnement mondialisé », XI es Journées scientifiques du Réseau entrepreneuriat, INRPME, AUF, AIREPME, Trois-Rivières, du 27 au 29 mai.
M ELBOUCI, L. (2006), « De l’économie administrée à l’économie de marché : quelles stratégies pour l’entrepreneur algérien face à la concurrence mondiale ? », Actes du VIII e Congrès international francophone sur l’entrepreneuriat et les PME , Fribourg.
O UALI, M. (2008), Les PME algériennes sont les plus fragiles du bassin méditerranéen , Maghrebia, 23 janvier.
T AHARI, K. (2009), « Essai d’analyse des stratégies des PME face à la globalisation : une approche néo-institutionnelle », XI es Journées scientifiques du Réseau Entrepreneuriat, Trois-Rivières, mai.
1 re partie De nouveaux enjeux internationaux pour les PME : une mise à jour des grilles de lecture
C HAPITRE 1 Le défi des aides publiques aux PME dans un environnement mondialisé
Claire V. de la Durantaye, doct. 3 e cycle
Université du Québec à Trois-Rivières
claire.v.de.la.durantaye@uqtr.ca


I NTRODUCTION

La préoccupation des gouvernements pour le soutien aux PME a connu ses premières manifestations au début des années 1960. D’abord marginale, cette préoccupation s’est étendue à l’ensemble des gouvernements occidentaux dans les années 1980 (Stevenson et Lundström, 2001) pour ensuite se généraliser à l’ensemble des pays (OCDE, 2004). À un point tel que, désormais, toute stratégie économique d’un pays, peu importe l’état d’avancement de celui-ci, comporte des mesures de soutien aux PME. Cette prise en compte par les gouvernements de l’importance des PME s’inscrit donc comme l’un des changements majeurs en matière de politique industrielle des 20 dernières années.

Cette montée en importance des PME auprès des gouvernements tient à trois caractéristiques de celles-ci : tout d’abord, elles constituent la très forte majorité des entreprises d’un pays ; ensuite, elles fournissent la majorité des nouveaux emplois de ce même pays ; enfin, de leur dynamisme et de leurs capacités d’innovation dépend le dynamisme même de l’économie de ce pays (Audretsch, 2004 ; Julien, 2005). Or, ces faits ne se sont imposés aux gouvernements qu’après les profondes transformations des marchés survenues au tournant des années 1980 (Carlsson, 1994 ; Marchesnay, 2005). En effet, cette époque fut marquée par le démantèlement progressif de la grande entreprise, mieux adaptée aux marchés dits de « masse », qui permettaient les économies d’échelle. Désormais, les classes moyennes, préférant des achats plus personnalisés, favorisaient le développement de marchés dits de « créneau » ou « distinctifs » plus accessibles pour les PME.

« L’intérêt contemporain dans les petites entreprises comme un objet distinct – comme catégorie en soi – date de la période qui peut être qualifiée, avec peu d’exagération, de période de crise des grandes institutions de la fin du XX e siècle » (Sabel, 2009, p. 116, traduction libre).

Ce bouleversement des marchés s’accompagna d’une grave crise des finances publiques. Car, si les gouvernements étaient intervenus jusque-là de manière directe, selon un modèle hérité du keynésianisme d’après-guerre, alors que les coûts de l’énergie explosaient et que les grandes entreprises licenciaient, ceux-ci n’étaient plus en mesure de soutenir un tel type d’intervention. Aussi adoptèrent-ils un nouveau paradigme d’action, à savoir que la richesse d’un pays ne peut être générée que par les activités d’un secteur privé dynamique, stimulé par une saine concurrence. La conjoncture économique mondiale amenait donc les gouvernements à se préoccuper désormais d’accompagner les entreprises plutôt qu’à entreprendre eux-mêmes. Il s’ensuivit une déréglementation et le développement de nombreuses mesures d’accompagnement des entreprises, particulièrement des PME, afin de permettre à celles-ci de donner leur pleine mesure en termes de création de richesse. Près de 20 ans de croissance soutenue ont suivi ce changement de paradigme à l’action gouvernementale tendant ainsi à confirmer la validité de cette nouvelle approche, davantage microéconomique.

« La concurrence est un facteur important. Elle injecte du dynamisme dans l’économie et se traduit par de bons emplois pour les Canadiens. C’est plus qu’un simple concept économique. Le fait d’embrasser la concurrence sert les intérêts nationaux du Canada. Il s’agit là du principe qui constitue l’assise de notre rapport, qui sous-tend nos recommandations au gouvernement » (Groupe d’étude sur les politiques en matière de concurrence, 2008, p. vi).

Depuis, les économies ont vu s’accélérer les transformations : disparition des barrières tarifaires, accélération des progrès technologiques, réduction de la durée de vie des produits, arrivée des pays émergents, etc. Dorénavant, les PME font face à une concurrence mondialisée dans leur propre pays, sur leurs propres marchés locaux. Des écarts de productivité considérables sont apparus qui ont fait éclater la chaîne de valeur des produits, transformant la production de ceux-ci en un processus « mondialisé ». La crise de l’automne 2008, si elle a montré aux gouvernants les dangers d’une telle mondialisation, n’en aura pas pour autant ralenti la progression. Les entreprises se situent désormais sur des marchés mondiaux et, pour survivre, elles doivent utiliser toutes les ressources mises à leur disposition. Or, qu’en est-il de ces aides que les gouvernements offrent aux PME dans un tel contexte ? Ces aides font-elles vraiment une différence ? Compte tenu des sommes d’argent investies par les gouvernements dans ces aides, les résultats correspondent-ils aux attentes ? Ou n’y a-t-il pas lieu pour ceux-ci d’envisager des modifications à ces aides de manière à mieux soutenir les PME face aux défis qui les confrontent ? Le présent chapitre tentera d’apporter un éclairage sur cette question.

L’étude des politiques d’aide aux PME constitue un vaste sujet où l’analyse doit porter tant sur les objectifs que se fixent les gouvernements en matière de développement économique que sur les outils ou mesures qu’ils emploient pour atteindre ces mêmes ojectifs. De plus, plusieurs difficultés inhérentes à l’action gouvernementale elle-même doivent être surmontées avant de pouvoir avancer quelque généralisation que ce soit, condition nécessaire à l’établissement de politiques plus efficaces. Relevons-en quelques-unes ici afin d’illustrer notre propos : les modifications fréquentes apportées aux politiques gouvernementales, réduisant les possibilités d’études longitudinales ; les nombreux programmes aux descriptions souvent trop générales ou se superposant, rendant difficile leur évaluation exhaustive (par exemple, les aides aux PME souvent incluses dans les aides aux entreprises) ; enfin, la difficulté à tracer un portrait d’ensemble des aides d’un gouvernement compte tenu des nombreux intervenants ministériels et des multiples agences gouvernementales impliquées.

Aussi, en raison de l’ampleur du sujet et du peu d’études s’y rapportant, ce chapitre procède d’une méthodologie expérimentale, c’est-à-dire qu’il tente de faire la synthèse d’un certain nombre d’écrits sur le sujet et d’en tirer des pistes exploratoires de recherche. Dans un premier temps, nous allons tracer un portrait d’ensemble des mesures gouvernementales existantes en tentant de répondre à la question suivante : « Où en sont les aides publiques aux PME aujourd’hui ? » Nos exemples de situations et de mesures seront principalement tirés du Québec et du Canada. D’une part, ces aides aux PME ont donné lieu à un certain nombre de perceptions que nous avons pu recueillir auprès de chefs d’entreprise et d’intervenants chargés d’appliquer ces politiques. D’autre part, à la suite d’enquêtes et d’analyses, des études scientifiques ont fait un certain nombre de constats. Ainsi, dans un deuxième temps, après avoir regroupé ces constats et perceptions, nous dégagerons quelques conclusions quant à l’efficacité de ces mesures telle qu’elle est perçue par les différents intervenants. En bref, il s’agira de répondre à la question suivante : « Que disent les praticiens et les chercheurs de ces interventions ? » En troisième et dernier lieu, nous présenterons des théories récentes en entrepreneuriat et dans le domaine de la croissance économique, des champs scientifiques qui, pour la première fois, se rejoignent et confirment l’importance de l’entrepreneuriat (microéconomie) dans le dynamisme des économies (macroéconomie). Ces avancées théoriques révèlent l’importance de centrer le soutien des gouvernements sur l’entrepreneur lui-même par le rehaussement de la qualité de son environnement et par la réduction de l’incertitude qui s’y trouve (Lundström, 2009 ; Audretsch, 2004). Nous conclurons sur cette nouvelle perspective de l’intervention de l’État où celui-ci s’appliquerait à mieux comprendre les PME et à inscrire ses interventions d’abord et avant tout dans l’environnement de celles-ci, jouant un rôle de facilitateur.


I. O Ù EN SONT LES AIDES PUBLIQUES AUX PME ?

Les interventions les plus importantes des gouvernements dans l’économie résident sans contredit dans le poids qu’ils représentent dans le produit intérieur brut de celle-ci. Les dépenses courantes des gouvernements en biens et services ainsi que leurs transferts aux particuliers et aux entreprises constituent, en effet, la part la plus significative du soutien qu’ils apportent à l’économie en général. C’est également l’impact le plus structurant puisque ces dépenses et ces transferts visent des catégories particulières de biens et de services, au détriment d’autres et qu’ils apportent leur soutien à des catégories d’agents socio-économiques, par exemple en santé et en éducation, plutôt qu’à d’autres, par exemple la culture et la justice. Au Canada, les trois paliers de gouvernement (fédéral, provincial et municipal) ont vu leur part du PIB passer de 38 % en 1981 à 47,6 % en 1991 puis à 38 % en 2001 et, enfin, à 35 % en 2008. Au Québec, la part des gouvernements dans le produit intérieur brut de la province passera de 48,6 % en 1981, à 52,9 % en 1991, puis à 45,1 % en 2001, pour atteindre 45,5 % en 2007, dernière année pour laquelle les données sont disponibles (Statistique Canada, 2009). D’une part, ces données confirment le plafonnement des dépenses publiques observé au cours des années 1980 et, comme nous l’avons déjà souligné, le désengagement important des gouvernements dans plusieurs domaines. D’autre part, ces parts du produit intérieur brut accaparées par les gouvernements demeurent importantes et elles confirment le rôle primordial de ceux-ci dans l’économie. Ce qui amènera plusieurs gouvernements à mettre sur pied des mesures visant à rendre plus accessibles aux PME leurs marchés publics afin de leur permettre de profiter de ces importants marchés. Problème non encore résolu d’ailleurs !

L’« aide aux entreprises » prend essentiellement la forme de crédits d’impôts ou d’aides directes (subventions). Cette aide a connu, au cours des 25 dernières années, une nette décroissance. Le tableau qui suit indique ces tendances pour le Canada et pour le Québec. On constate, d’une part, une diminution importante de l’aide aux entreprises à l’échelle canadienne, ce qui s’explique par un désengagement du palier gouvernemental fédéral. D’autre part, pour le Québec, cette aide a d’abord fortement décrue entre 1980 et 1990 pour remonter à nouveau sans toutefois atteindre les niveaux antérieurs.

T ABLEAU 1

Transferts aux entreprises par les trois paliers de gouvernement en pourcentage des dépenses publiques totales



* Année 2007 car 2008 non disponible.
Source : Statistique Canada, 2009.

Il convient de préciser que cette « aide aux entreprises » sous forme de crédits d’impôts et de subventions n’est pas réservée exclusivement aux PME mais qu’elle est accessible à toutes les entreprises et qu’elle est généralement plus utilisée par les moyennes et les grandes entreprises. En effet, sur les 3 272 millions de dollars déclarés en aide au « développement économique » par le gouvernement du Québec en 2008 (Bellemare, 2009 ; Ministère des Finances du Québec, 2009), près de 70 % de ce montant a été versé sous forme de crédits d’impôts. Or, le tiers des crédits d’impôts octroyés aux entreprises, selon le ministère des Finances du Québec, l’a été au chapitre des crédits d’impôts à la recherche et au développement, programme dont peu de PME se sont prévalues jusqu’à maintenant. En ce qui concerne les PME, on ne peut relever plus de 14 % de ces crédits d’impôt qui leur auraient été destinés, soit le programme du taux réduit pour petites entreprises et celui des régions-ressources. Quant au 30 % restant, soit près d’un milliard de dollars, rien n’indique qu’il soit consacré aux PME, 19 % de cette somme étant constituée d’« aides budgétaires directes » et 12 %, de financement provenant de sociétés d’État qui n’ont pas pour seule mission de soutenir la PME.

Par ailleurs, si nous considérons la mission « économie et environnement » du gouvernement du Québec, mission qui regroupe l’ensemble des dépenses des portefeuilles ministériels et des programmes touchant l’économie et l’environnement, celle-ci se situe à plus ou moins 12 % de l’ensemble des dépenses gouvernementales depuis 2000-2001 (Minsitère des Finances du Québec, 2009), soit 2,4 fois l’effort gouvernemental consenti en aide aux entreprises. L’équivalent au plan canadien, soit la mission « conservation des ressources et développement de l’industrie », représente environ 4 % des dépenses gouvernementales totales (Statistique Canada, 2008), soit un montant légèrement supérieur aux dépenses allouées à l’aide aux entreprises. Encore une fois, ces missions englobent une grande variété de programmes qui ne sont pas à usage exclusif des PME.

À partir de telles données, quelques constats s’imposent. D’une part, il apparaît que l’aide publique aux entreprises au Québec, malgré d’importantes fluctuations, se situerait à 5 % des dépenses gouvernementales totales. À l’échelle nationale, cette aide se situerait à 3 %. Il apparaît également que ces parts relatives ont eu tendance à plafonner au cours des dernières années. Ces parts des dépenses gouvernementales en aide aux entreprises nous permettent donc de situer la priorité accordée par les gouvernements au soutien aux entreprises par rapport à l’ensemble de leurs responsabilités et, plus particulièrement, par rapport à leur mission économique. En effet, il semble que les efforts récents des gouvernements aient moins porté sur l’accroissement de leurs aides financières aux entreprises que sur l’ajustement de leurs politiques et de leurs programmes dans un contexte économique changeant. Ainsi, le gouvernement du Québec, à lui seul, a procédé à l’énoncé de plus de sept stratégies différentes de développement économique au cours des huit dernières années, ce qui illustre toute la difficulté, pour ces mêmes gouvernements, de définir de bonnes orientations stratégiques et de bonnes mesures d’aide avant de poser la question de leur financement. Car dans ce domaine, on ne peut affirmer qu’il existe un seuil quantitatif qui serait minimal à l’efficacité de l’action des gouvernements en matière d’aide aux entreprises ; il s’agit plutôt d’établir de bonnes cibles et d’employer des outils adaptés pour les atteindre.

L’aide aux PME, au-delà des énoncés de politiques, apparaît donc comme marginale et diffuse, c’est-à-dire répartie entre de nombreux intervenants, organismes et paliers de gouvernement rendant celle-ci difficile à cerner et à évaluer quant à sa portée réelle. Voici, très schématiquement représenté, à quoi ressemble l’enchevêtrement des paliers et organismes gouvernementaux chargés, au Québec, de soutenir les entreprises et, par conséquent, les PME.

F IGURE 1

Les structures gouvernementales de soutien aux entreprises, pour chacune des régions du Québec

(Québec, 2008)



Légende : Structures fédérales : BDC : Banque de développement du Canada ; EDC : Exportation Développement Canada ; RHDC : Ministère des Ressources humaines et du Développement des Compétences, Ministère du Travail ; DEC : Développement économique Canada ; SADC : Sociétés d’aide au développement des collectivités, CAE : Centres d’aide à l’emploi.
Structures provinciales québécoises : SGF : Société générale de financement ; IQ : Investissement Québec ; CDPQ : Caisse de dépôts et de placements du Québec ; MDEIE : Ministère du Développement économique, de l’innovation et de l’Exportation ; MAMR : Ministère des Affaires municipales et des Régions ; MESS : Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale ; CRÉ : Conférences régionales des élus ; CLD : Centres locaux de développement ; MRC : Municipalités régionales de comté ; CLE : Centres locaux d’emploi ; SDÉ : Sociétés de développement économique.
Structures régionales ou municipales : CDÉC : Corporation de développement communautaire.

Source : C.V. de la Durantaye, 2009, p. 12.

Une difficulté se pose donc pour les gouvernements : ne pas pouvoir prendre la mesure exacte de l’efficacité de leurs stratégies et de leurs mesures d’aide aux PME. Leurs interventions nombreuses, portant sur des ensembles dont les PME ne sont, en général, qu’une des composantes visées, leurs nombreuses politiques, changeantes, ainsi que les nombreux intervenants chargés de les appliquer ont transformé ce champ d’intervention en un véritable parcours du combattant pour les gouvernements et les PME. « Les PME sont écrasées par une lourdeur administrative , dépassées par des délais considérables et assourdies par un son cacophonique les détournant de l’aide qu’elles pourraient obtenir et de la richesse qu’elles pourraient créer » (Vigneault, 2009, p. 15).

Mais que pensent les chefs d’entreprise, les intervenants et les chercheurs d’une telle situation ?


II. Q UE DISENT LES CHEFS D’ENTREPRISE, LES INTERVENANTS ET LES CHERCHEURS DE CES AIDES AUX PME ?

La revue de la littérature permet de relever un certain nombre de difficultés auxquelles se heurtent les gouvernements dans l’atteinte d’une plus grande efficacité de leurs mesures d’aide aux PME (Audet et St-Jean, 2007). La première de ces difficultés est la méconnaissance de ces mesures par les PME elles-mêmes, et ce, de manière généralisée. Ainsi, tant en Europe qu’en Amérique, les aides mises à la disposition des PME par les gouvernements ne sont pas connues, c’est du moins ce que démontre une enquête de l’Observatoire européen des PME (2000, p. 23) en établissant à plus de 70 % les entreprises qui ne connaissent pas les aides publiques aux entreprises. Cette méconnaissance tendra à diminuer avec la taille de celles-ci cependant. Estimé, Drilhon et Julien (1993) évaluent à près de 50 %, au Canada, les entreprises qui ne connaissent pas les programmes mis à leur disposition par les gouvernements et à moins de 5 % celles qui s’en prévalent, ce dernier chiffre étant également valable pour la France. St-Pierre et Mathieu (2006), grâce à une enquête réalisée auprès de 1 191 dirigeants d’entreprises manufacturières et de services, ont trouvé que 30 % des dirigeants d’entreprises manufacturières de leur échantillon et 24 % de ceux d’entreprises de services avaient consulté l’agence gouvernementale partenaire au cours de leur existence, la proportion des dirigeants ayant demandé une aide financière à ce même organisme étant encore plus faible. Or, dans la même enquête, les programmes gouvernementaux sont mentionnés comme des solutions attendues par ces mêmes dirigeants. Plus de 50 % d’entre eux, en effet, évoquent le programme gouvernemental comme solution à leur problème, particulièrement au regard du financement ! L’absence de connaissance de l’existence d’un programme gouvernemental s’expliquerait donc, du moins en partie, par la difficulté des gouvernements et de leurs organismes à rejoindre les entrepreneurs. Par ailleurs, une étude de l’ISQ (2008) auprès des entreprises du secteur de la fabrication au Québec établit que 55 % de celles-ci ont eu recours, entre 2002 et 2004, aux programmes gouvernementaux de crédits d’impôts pour la R-D. Cependant, seulement 25 % d’entre elles, pour la même période, ont utilisé les programmes de soutien à la formation, 12,6 % celui de la subvention à la R-D et 8,2 % celui des services de soutien et d’assistance technologique.

Ces éléments illustrent bien la difficulté des gouvernements à rejoindre leur clientèle. Les entreprises ciblées par les programmes gouvernementaux ne parviennent pas à « détecter » ces programmes dans leur environnement, dans leurs réseaux ou au sein de leurs relations, indiquant un problème de « proximité » de ces aides gouvernementales aux entreprises. Comme le soulignent Estimé, Drilhon et Julien (1993), les PME sont fortement personnalisées du fait de la prépondérance du rôle du dirigeant et elles exigent des relations de confiance, de proximité. « L’information […] doit donc atteindre le propriétaire/dirigeant et s’adapter jusqu’à un certain point à ses besoins, ses possibilités et même son langage et ce, de façon relativement informelle » (Estimé, Drilhon et Julien, 1993, p. 82).

La deuxième difficulté d’application des aides publiques aux PME concerne les difficultés que disent éprouver les dirigeants d’entreprises avec les différents gouvernements eux-mêmes ! En effet, au fil des ans, de nombreuses enquêtes ont fait état des obstacles administratifs à la création des entreprises ou des réglementations gouvernementales trop lourdes entravant la bonne marche des entreprises. Selon l’OCDE (2001), ces deux difficultés sont considérées comme les plus importantes par les entreprises dans l’ensemble des pays membres. Au Canada, en 1997, Statistique Canada estimait à 22,2% la proportion des entreprises ayant fait faillite qui relevaient la lourdeur de la réglementation comme cause « très importante » à leur échec (Statistique Canada, 1997, p. 23). St-Pierre et Mathieu (2006) révèlent que 43 % des entreprises manufacturières de leur enquête ont estimé comme important ou très important l’obstacle de la complexité du système de taxation dans leur environnement externe ; 37 % d’entre elles ont également noté la portée et la complexité de la réglementation comme obstacle important ou très important de leur environnement externe. Signalons ici que le respect de l’ensemble des réglementations canadiennes a coûté aux entreprises manufacturières, en 2003,7, 3 milliards de dollars et qu’au Québec, pour la même période, on comptait 473 lois et 2 345 règlements susceptibles d’avoir un impact sur l’entreprise (Institut économique de Montréal, 2005, p. 2). Or, les efforts des gouvernements pour s’attaquer à ces lourdeurs administratives apparaissent lents et difficiles. Les questions environnementales, l’occupation des territoires, les questions énergétiques, la sécurité et la traçabilité des aliments, la sécurité des marchés financiers, etc., ne sont que quelques exemples des exigences de nos sociétés actuelles. La pression est forte afin que les gouvernements interviennent et le fassent de plus en plus. Aussi, bien que des comités aient été mis sur pied, tant au gouvernement fédéral qu’au gouvernement québécois, afin de revoir ces réglementations qui affectent les entreprises, les résultats tardent à se faire sentir chez les principaux intéressés. « Au lieu de restreindre les entreprises, le gouvernement devrait réduire ses réglementations pour favoriser l’innovation, la productivité et, ultimement, la prospérité » ( Canadian Business , Toronto, 21 mai 2007, traduction libre).

Force est donc de constater que les efforts des gouvernements dans le soutien à l’économie a davantage porté, au fil des ans, à « remplacer » les entreprises et les marchés (État entrepreneur), à tenter d’en « corriger » les faiblesses et à soutenir les entreprises sur les marchés (État suppléant), qu’à simplifier leurs propres processus vis-à-vis de ces mêmes entreprises.

F IGURE 2

Évolution des paradigmes d’intervention publique selon les époques



En résumé, il existerait des obstacles gouvernementaux à la bonne marche des entreprises, obstacles que les gouvernements parviendraient difficilement à réduire. Ensuite, ces difficultés toucheraient le fonctionnement même des gouvernements : leur tendance à légiférer pour résoudre un problème et leur fonctionnement administratif trop lourd et trop lent déploré à plusieurs occasions. Enfin, les mesures mises de l’avant par les gouvernements pour aider les entreprises tenteraient d’apporter des solutions à des problèmes sectoriels ou dits de « marché », problèmes de productivité, d’innovation ou d’exportation, pour ne mentionner que ceux-ci. Mais que peuvent-elles pour alléger les contraintes bureaucratiques dans l’environnement de l’entreprise elle-même ? Ainsi, nous parlerons d’un écart entre les attentes des entreprises et les réponses gouvernementales, les unes ne semblant pas répondre aux autres. Un environnement réglementaire moins lourd et une taxation plus légère auraient-ils pour effet d’accroître la performance des entreprises et, par conséquent, l’efficacité des mesures d’aide gouvernementales (OCDE, 2004) ? Les gouvernements actuels ne seraient-ils pas partagés entre leur rôle « de régulateur » et celui de « suppléance » au marché ?

La troisième et dernière difficulté concerne la performance médiocre des mesures gouvernementales analysées pour leur contribution à la création des entreprises. En effet, de l’avis des experts, les études sur les facteurs favorisant la création d’entreprises, ou leur croissance, considèrent comme « neutres » ou, au mieux, « à effet positif mais lorsque celles-ci se trouvent combinées à d’autres facteurs », les diverses mesures gouvernementales.

« Le taux de chômage ou sa variation, de même que la présence d’un gouvernement interventionniste dans la région sont soit neutres, soit positifs selon la méthode utilisée. […] De même, de fortes dépenses du gouvernement local entraînant pourtant souvent des taxes plus élevées seraient neutres ou fortement négatives » (Julien et Cadieux, 2009, p. 37-38).

Ces facteurs favorisant la création des entreprises sont, entre autres, la croissance de la population, la part des petites entreprises dans le tissu régional, la croissance des revenus par habitant, l’importance de l’inégalité de ces derniers, la diversité de la structure industrielle, la profitabilité et le support à la création de nouvelles entreprises, etc. (Audretsch, 2004 ; Julien et Cadieux, 2009). Plus précisément, la santé d’une économie, qu’elle soit régionale ou nationale, passera par un tissu économique riche (Julien, 2005), dynamique, offrant aux entreprises les ressources et les connaissances propices à leur stimulation et à leur émulation. Le rôle des gouvernements sera de contribuer comme « accompagnateurs » et « facilitateurs » à la dynamisation de ce tissu, de cet environnement. Et, globalement, les mesures gouvernementales devront être évaluées selon leur apport au renforcement de ce dynamisme. Dans un tel contexte, pour définir son action de manière plus efficace, le gouvernement sera amené à changer d’approche, délaissant progressivement les interventions directes ou sectorielles dans les entreprises ou sur les marchés, l’approche microéconomique classique, pour se positionner dans l’environnement des PME, comme facilitateur de leurs prises de décisions (Edwards et al., 2002). Le rôle des gouvernements en est un de réduction du risque dans l’environnement des entreprises, entre autres par de l’information stratégique accrue. Ce qui aura pour effet de faciliter l’action des entrepreneurs. « La "nouvelle" microéconomie de la concurrence porte sur les cadres mêmes qui structurent la complexité de cette concurrence et qui renseignent les dirigeants des choix qu’ils doivent faire » (Porter, 1998, p. 7, traduction libre).

Le problème de l’efficacité réelle des aides publiques se pose donc. Le plan du BAEQ (ARDA) au début des années 1960 n’a en rien aidé le développement de la Gaspésie malgré les sommes importantes qui y ont été consacrées par les gouvernements. Les mesures de soutien à la création d’emplois à travers la création d’entreprises, telles qu’elles ont été appliquées dans les années 1970-1980 (MERR), ont en fait multiplié la concurrence au plan local et, dans beaucoup de cas, n’ont su créer que des effets de courte durée. Or, de manière générale, les politiques d’aide aux PME ont été établies afin de compenser les défaillances des PME face au marché et de renforcer la performance et la compétitivité de celles-ci (Stevenson et Lundström, 2001). C’est un constat qui peut être exprimé ainsi : quel type de politiques d’aide aux entreprises rejoindrait davantage celles-ci ? Quel type de politiques d’aide assurerait une plus grande efficacité d’intervention de la part des gouvernements ? Bref, comment soutenir les PME dont dépendent la croissance et l’emploi, en ayant un plus haut niveau d’efficacité et en rejoignant un plus grand nombre de celles-ci sans interférer dans la dynamique de marché ? Les gouvernements interviennent au plan microéconomique, c’est-à-dire au niveau de l’efficacité des entreprises et de leurs marchés sans réellement s’être approchés de celles-ci. Les récentes théories en entrepreneuriat ainsi que les plus récents modèles portant sur la croissance économique apportent, croyons-nous, une nouvelle approche à ces interventions des gouvernements.

« Mais, pour concevoir des programmes ainsi que les politiques qui les supportent, qui soient efficaces […], les gouvernements ont besoin d’une bonne compréhension empirique des liens existants entre, entre autres, les facteurs sociaux et environnementaux favorisant l’entrepreneuriat, l’activité entrepreneuriale elle-même et la contribution de l’entrepreneuriat aux résultats économiques. Actuellement, plusieurs zones d’ombre subsistent dans cette connaissance empirique et le besoin existe de renforcer cette base factuelle et analytique des connaissances afin de mieux appuyer le travail de ceux chargés d’élaborer ces politiques […] » (OCDE, 2004, p. 18, traduction libre).


III. V ERS UN RAPPROCHEMENT DES THEORIES DE L’ENTREPRENEURIAT ET DES THÉORIES ÉCONOMIQUES DE LA CROISSANCE ?

Pour la science économique dont les enseignements remontent à plus de 300 ans maintenant, la croissance économique n’a pas fini de livrer ses secrets. On comprend très bien ses manifestations, à savoir l’augmentation de la production, de la consommation et l’enrichissement des individus qui y participent, etc. Mais jusqu’à aujourd’hui, on s’expliquait mal quels étaient les facteurs déclencheurs de cette croissance. Et l’on aime rappeler à ce moment-ci les différentes thèses de Malthus ou de Ricardo sur la population, ou encore celle plus récente de Solow sur les progrès technologiques. En fait, les modèles de croissance économique développés jusqu’à tout récemment ont toujours attribué à un facteur exogène au système économique le déclenchement du processus de croissance. Et cette imputation à un facteur exogène de la croissance économique, c’est-à-dire à un facteur dont on ne peut expliquer l’élément déclencheur, revient à en ignorer la maîtrise, c’est-à-dire la dynamique endogène. Autrement dit, jusqu’à tout récemment, les économistes pouvaient estimer l’apport de tel ou tel facteur à la croissance économique, par exemple, le niveau de la main-d’œuvre ou celui des progrès technologiques, sans pouvoir expliquer ce qui, dans l’économie même, provoquait ou favorisait l’apparition de ce ou ces facteurs favorables.

Or, avec le modèle de croissance développé par Romer (1990) dans les années 1990, on relie pour la première fois celle-ci à des phénomènes endogènes au système économique. Et ces facteurs endogènes sont : la volonté d’entreprendre et le progrès technologique ou encore, le développement des connaissances. La notion d’entrepreneuriat fait donc son entrée dans les théories économiques, dans les fondements mêmes de la dynamique de l’économie rejoignant ainsi les théories de l’entrepreneuriat développées par les sciences de la gestion. Pour Romer, c’est le désir d’améliorer son sort qui pousse l’individu à agir, à entreprendre, pour accroître sa richesse. Ce sont ces actions créatrices des individus qui provoquent les innovations et favorisent la création d’entreprises. Ces nouvelles entreprises et la croissance qu’elles engendrent sont basées sur le savoir accumulé, sur les progrès technologiques qui seuls peuvent apporter de la valeur ajoutée à des ressources déjà connues et limitées. La connaissance accumulée n’est pas soumise à la loi des rendements décroissants dans un tel modèle et c’est sur elle que repose la productivité croissante des différents facteurs.

Ainsi, le modèle de Romer base la croissance, phénomène macroéconomique par excellence, sur la dynamique endogène de l’entrepreneuriat et de l’innovation, phénomènes essentiellement microéconomiques. Le modèle de Romer explique la macroéconomie, celle des grands agrégats, par les motivations et les décisions d’individus situés au plan microéconomique. Cette thèse, d’une part, nous permet d’expliquer le virage microéconomique des gouvernements au cours des années 1980 où la création de la richesse collective a semblé déterminée par l’activité des entreprises et des individus. D’autre part, elle favorise un rapprochement avec les thèses développées eu égard à l’entrepreneuriat. Il apparaît donc que les interventions gouvernementales pour créer de la richesse, ou à tout le moins la favoriser, se soient déplacées d’un plan macroéconomique à un plan microéconomique et qu’elles soient aujourd’hui fortement associées à la vitalité de l’entrepreneuriat, un niveau « micro-microéconomique ».

F IGURE 3

Modèle de Romer sur la croissance économique



Il convient, par conséquent, de chercher à mieux comprendre le phénomène de l’entrepreneuriat afin d’être en mesure de mieux soutenir la croissance. Or, les recherches en entrepreneuriat tentent justement de préciser cette dynamique entrepreneuriale et les facteurs qui la favorisent. En effet, il existe des modèles sur l’entrepreneuriat qui permettent de combler ce manque de connaissance de la science économique, à savoir ce qui, dans nos économies, renforce ou, au contraire, affaiblit les volontés d’entreprendre. Aussi allons-nous tracer de manière très schématique, en ne rendant certes pas justice à tous les travaux effectués par les chercheurs à ce jour, les grands éléments susceptibles de nous aider dans notre recherche du « chaînon manquant » entre la macroéconomie, la microéconomie et la dynamique de l’entrepreneur, puisque c’est ce lien que nous cherchons à saisir.

« Il y existe un large consensus quant à l’importance de l’entrepreneuriat dans le développement économique. Les entrepreneurs sont responsables de l’innovation, ils accélèrent les changements structurels de l’économie et ils forcent les entreprises déjà installées à se redéfinir, apportant ainsi une contribution indirecte à la productivité » (GEM, 2009, p. 7, traduction libre).

Les recherches en entrepreneuriat établissent trois grandes composantes de la problématique entrepreneuriale : les caractéristiques de l’environnement (les cadres réglementaires, la culture, l’accès au financement, etc.), les caractéristiques entrepreneuriales, c’est-à-dire de l’entrepreneur lui-même (âge, motivations, formation, expérience, etc.) et les caractéristiques de l’organisation, de l’entreprise, dans laquelle œuvre l’entrepreneur (vision stratégique, mode d’organisation, information, etc.). Ces recherches visent à mieux comprendre les interrelations entre chacune de ces composantes et leurs caractéristiques, interrelations qui actionneraient et favoriseraient la dynamique entrepreneuriale et en maximiseraient les effets sur l’environnement. Leur but est de soutenir le développement de l’entrepreneuriat, la clé de la création d’entreprises et du dynamisme de l’économie.

« Pour eux, [Carree et Thurik, 2005] l’activité entrepreneuriale démarre au niveau individuel mais prend forme au niveau organisationnel, aidé par un environnement favorable. C’est-à-dire que l’entrepreneur a besoin d’un environnement de travail stimulant (en tant que véhicule) pour lui permettre de transformer ses qualités personnelles et ses ambitions en actions […] » (Julien et Cadieux, 2009, p. 28).

Dans son livre sur l’entrepreneuriat régional et l’économie de la connaissance, Julien (2005) présente cette même trilogie, soit l’entrepreneur, son organisation (l’entreprise) et son environnement (milieu et territoire), comme les trois composantes d’un système de croissance local ou régional. Sa thèse sur le développement endogène fait reposer celui-ci non pas sur l’une de ces composantes, mais bien sur la dynamique de l’interrelation des trois composantes : la dynamique entre l’entrepreneur, son entreprise et l’environnement, dont le milieu est l’une des composantes de proximité. Selon Julien, une composante de ce système, seule, ne peut réussir à engendrer la croissance d’une région. La croissance provient en effet d’une combinaison des caractéristiques de chacune des parties. Lorsque l’une d’entre elles éprouve des difficultés, elle diminue la capacité dynamique globale de croissance du système. Cette dynamique est illustrée à la figure 4. Il y est représenté l’environnement, milieu et territoire, l’entreprise avec ses capacités d’apprentissage et d’innovation et l’entrepreneur avec son expérience et ses réseaux. Le milieu, dans une telle dynamique, est l’environnement de proximité de l’entrepreneur et de son organisation. La richesse de ce milieu (le capital social) alimentera l’entrepreneur et son entreprise en leur transmettant de l’information stratégique qui se convertira en capital social dans l’entreprise, en connaissances formelles et informelles chez les travailleurs. Ce savoir augmentera les capacités innovatrices et la croissance de l’entreprise qui, à son tour, retournera de la connaissance accrue dans son milieu et son environnement de manière à le dynamiser.

F IGURE 4

Le modèle entrepreneurial de Julien (2005)



Source : Julien et Cadieux, 2009, p. 31.

L’entrepreneur, acteur dans ce système de la croissance, est vu comme un créateur, un visionnaire, un rassembleur et une personne expérimentée. L’entreprise, son organisation, Julien la qualifiera « d’apprenante », car elle est mue par la vision stratégique de l’entrepreneur et par une dynamique collaborative, riche au regard des informations qu’elle véhicule, de l’utilisation stratégique de celles-ci et d’une capacité à communiquer avec l’extérieur, dont le marché. La force de l’organisation dépendra de sa capacité à capter l’information de son environnement, à traiter cette information de manière stratégique en fonction de ses besoins et à produire elle-même de l’information stratégique et à la diffuser au sein de son organisation. Pour ce faire, l’entrepreneur et son organisation devront pouvoir utiliser les réseaux et les contacts accessibles dans leur milieu et leur environnement. L’environnement est constitué d’institutions, de règles et de normes, de relations et d’informations. C’est l’environnement managérial, rempli d’incertitudes et de risques (et aujourd’hui, cet environnement est mondialisé). Le capital social est présent dans le milieu mais intègre l’entreprise par le réseautage et l’apprentissage. Chacun de ces éléments influe sur les autres tout en maintenant la dynamique fondamentale des liens entre le milieu et ses composantes.

Dans ce tissu de relations et d’interrelations qui unit l’entrepreneuriat, l’entreprise qui l’exprime et l’environnement qui l’entoure et qui doit en bénéficier, l’élément stratégique devient la qualité du lien informationnel entre les différentes composantes. L’élément liant le tout est la circulation du savoir et de l’information. L’information est la clé de la réussite de l’entrepreneur et de son entreprise : davantage d’informations stratégiques sur ses concurrents et sur ses marchés diminueront le risque de l’entrepreneur de même qu’un capital social plus riche dans son environnement. La vision stratégique de l’entrepreneur sera d’autant plus exacte qu’il saura utiliser les connaissances de ses réseaux et de son environnement. En outre, si nous représentons l’entrepreneur par sa vision stratégique, son entreprise par un système de relations et d’informations ouverts sur le milieu, le milieu de l’entrepreneur par son système de réseaux et l’environnement par des degrés d’incertitude et de risque selon l’information qu’il contient, nous constatons que les éléments les plus stratégiques pour le dynamisme de ce système est la qualité et la disponibilité de l’information et la capacité de ce système même à traiter cette information, à la traduire dans ses décisions stratégiques.

F IGURE 5

L’approche entrepreneuriale à l’action gouvernementale



Environnement mondialisé

Ainsi, un gouvernement qui souhaiterait stimuler l’entrepreneuriat afin de stimuler la croissance d’une région, d’un territoire ou d’un pays serait bien avisé de rendre accessible une information de qualité hautement stratégique pour les entrepreneurs. Plus précisément, il aurait tout à gagner à rendre cette information accessible dans l’environnement immédiat de l’entreprise, c’est-à-dire à travailler à enrichir l’environnement de l’entrepreneur d’informations stratégiques en regard des décisions que celui-ci aura à prendre. Par exemple, en multipliant les veilles technologiques ou stratégiques ou encore en créant des comités stratégiques nationaux de gouvernance (gouvernements, entreprises), afin de partager les informations et les décisions sur les grandes orientations des secteurs économiques, comme le pratiquent d’ailleurs depuis quelques années certains pays nordiques. Cependant, il devra s’assurer que cette information rejoint réellement l’entrepreneur. Pour ce faire, il devra se situer dans la proximité de celui-ci, c’est-à-dire être considéré comme un partenaire stratégique important pour l’entrepreneur afin de mieux aider celui-ci dans ses prises de décisions. Il n’est pas évident que la multiplication des organismes et des intervenants gouvernementaux dans les villes et les régions, comme nous le connaissons au Canada, procure cette « proximité » pourtant indispensable à l’efficacité des interventions publiques. Il y aurait lieu de mieux cerner cette notion de proximité pour l’entrepreneur qui, à chaque jour, doit prendre des décisions stratégiques. Situé et perçu comme partie prenante du réseau de l’entrepreneur, le gouvernement pourra ainsi procurer à ce dernier les informations nécessaires et utiles, mais aussi s’assurer que ce dernier bénéficie du capital social requis, d’une main-d’œuvre bien formée ainsi que de services de R-D connus et facilement accessibles. Il devra également alléger sa réglementation et s’assurer, par des consultations, que celle-ci joue bien le rôle pour laquelle elle a été élaborée.

Les gouvernements doivent encourager un développement endogène des entreprises en appuyant les efforts de celles-ci dans leur développement, c’est-à-dire en appuyant le développement de caractéristiques qui renforcent celles-ci, les caractéristiques « gagnantes » telles les politiques qui soutiennent le développement du capital humain comme l’éducation, la formation et la recherche, les politiques d’appui à l’entrepreneuriat et la mise en place d’un environnement favorable à l’innovation, à la création et au financement d’entreprises et à la commercialisation de la recherche (Lapointe, 2003). Ils devront éviter les politiques dites « exogènes » où le gouvernement cherche à se substituer aux décisions des entrepreneurs, à savoir toutes les mesures « traditionnelles », qu’elles prennent la forme d’avantages fiscaux, de subventions ou de programmes d’infrastructures.


C ONCLUSION

Les gouvernements soutiennent leurs économies depuis toujours. Ils ont, au cours des dernières années, redirigé leurs efforts vers l’aide aux entreprises et, particulièrement, vers l’aide aux PME, en partant des constats que, d’une part, leur capacité à payer avait des limites et que, d’autre part, raison plus importante, la véritable richesse provenait d’un tissu d’entreprises dynamiques, ouvertes sur le monde, capables de déceler les éléments d’opportunité de leur environnement, quelle que soit l’étendue de celui-ci, les modèles économiques de la croissance ayant pu faire ce lien entre le dynamisme entrepreneurial et la croissance.

Un tissu économique, nous l’avons vu, signifie une information riche, de proximité, susceptible d’être récupérée par l’entrepreneur dans son entreprise que Julien (2005) décrit comme un système ouvert de relations et d’informations travaillant à l’atteinte des objectifs stratégiques de son dirigeant. Cet environnement dynamique doit donc véhiculer rapidement et dans des formats facilement repérables par les stratégies d’entreprises les informations susceptibles de réduire l’incertitude et de faciliter ainsi les prises de décisions. La mondialisation a fait éclater cet environnement de l’entreprise, pour le pousser désormais à l’échelle planétaire. Cette nouvelle donne rend encore plus périlleux, pour les PME, l’établissement d’une stratégie d’affaires et la prise de décisions éclairées. Aussi devient-il urgent pour les gouvernements de procéder à l’ajustement de leurs politiques d’aide aux entreprises en fonction de ces nouveaux paradigmes de l’entrepreneuriat et du développement endogène. Ce que doit faire l’État, en somme, c’est de se rapprocher de l’entreprise et lui fournir les informations les plus stratégiques possibles sur l’évolution des marchés, les éléments risqués de l’environnement et développer, pour lui-même, des politiques gouvernementales qui tiennent compte des capacités de ces entreprises. Une intervention donc de proximité ou de « micromicroéconomie » !


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C HAPITRE 2 Éléments de réflexion pour une mesure intégrée de la stratégie d’internationalisation des PME
Jean-Louis Perrault {8}
Université de Rennes 1
Jean-Louis.Perrault@univ-rennes1.fr

Josée St-Pierre
Université du Québec à Trois-Rivières
Josee.St-Pierre@uqtr.ca


I NTRODUCTION

L’activité économique s’organise dans des conditions de plus en plus complexes, qui ont amené dans différents pays les pouvoirs publics à rechercher de nouveaux points d’appui permettant de garantir la croissance et son corollaire, l’emploi. L’intervention publique de l’après-guerre trouvait son principe de cohérence dans la recherche de la croissance régulière, cadrée par une planification indicative et fondée sur la modernisation, impulsée au moyen des groupes industriels. Hormis quelques exceptions, la politique industrielle se présentait comme une coordination entre les objectifs des « champions nationaux » et la définition de l’intérêt économique de la nation.

Toutefois, et cela constitue une contradiction fondamentale, l’ensemble des dispositifs institutionnels depuis 1945 a eu pour objectif, d’une part, l’extension des conditions du libre-échange des marchandises, particulièrement depuis le Kennedy Round (1964-1967), puis des services depuis l’Uruguay Round (1986-1994) et, d’autre part, la généralisation de la libre circulation des capitaux, notamment à long terme. En d’autres termes et au-delà des mouvements massifs de capitaux à court terme, depuis la fin du système de Bretton-Woods, en 1973, les accords de Marrakech, signés en avril 1994, ont permis, entre autres choses, de définir les conditions garantissant une circulation sécurisée des investissements directs étrangers. C’est, par exemple, le rôle de l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA), du groupe Banque mondiale, de fournir des garanties, notamment des assurances contre les risques politiques, aux compagnies désireuses de déployer des capitaux dans des pays en développement. Enfin, les mouvements de capitaux à long terme ont été présentés comme un mode de financement souhaitable, en remplacement des financements multilatéraux ou aux financements bancaires, dans les pays du Sud.

Ce contexte institutionnel a modifié les formes et l’intensité de la mondialisation dans la mesure où les entreprises se sont engagées dans un processus d’internationalisation par la mobilité du capital, que seules les compagnies des États-Unis avaient engagé sur cette échelle auparavant. De telle sorte que, depuis le début des années 1980, le montant des ventes réalisées par les filiales d’entreprises internationales (El) l’emporte, de façon croissante, sur la valeur des exportations mondiales. Ainsi, en 1982, les exportations mondiales de biens et services représentaient 87 % des ventes des filiales d’EI ; elles ne représentent plus que 55 % en 2007. Simultanément, les seules exportations de ces filiales passent de 28,7 % à 33,3 % des exportations mondiales, pendant la même période ; mais elles diminuent en proportion de leurs ventes de 25,1 %, en 1982 à 18,3 %, en 2007 (CNUCED, 2008). Enfin, parallèlement, les opérations transfrontalières de fusions-acquisitions ne cessent de se développer (CNUCED, 2000).

L’une des conséquences d’un phénomène de cette ampleur est la perte du contrôle des gouvernements sur la définition de certains objectifs des grands groupes. Cette perte de latitude, accompagnée par l’essoufflement des théories macroéconomiques de la politique économique, a laissé les gouvernements impuissants devant les cycles conjoncturels et la recherche des grands équilibres macroéconomiques. Avec la croissance et l’emploi, qui constituaient les objectifs traditionnels de la politique économique, c’est aussi l’équilibrage de la balance commerciale pour lequel, avec l’abandon de politiques de change, notamment les dévaluations compétitives, les interventions gouvernementales ont été partiellement neutralisées. En d’autres termes, les conditions d’organisation des processus productifs sont profondément modifiées par ce nouveau contexte institutionnel où les entreprises multinationales et les États sont d’abord considérés comme les seuls acteurs significatifs d’un dialogue des monopoles et des nations (Perroux, 1982). Et, devant l’ hollowing out des grandes compagnies dans les pays du Nord, les pouvoirs publics ne peuvent que constater l’étroitesse de la base de performance de leur économie (Betbèze et Saint-Étienne, 2006), voire craindre la définition d’une économie de bazar , caractérisée par une spécialisation dans les activités de fin de filière - assemblage, packaging , commercialisation –, signe d’une économie dans laquelle l’investissement à l’étranger l’emporte sur l’investissement domestique (Sinn, 2006).

À l’inverse, enchâssées dans des réseaux politiques et sociaux territorialisés, les PME ont commencé à apparaître comme un instrument susceptible de garantir l’obtention de résultats économiques propres à satisfaire les gouvernements et à maintenir un socle industriel et productif domestique. De telle sorte que les gouvernements n’ont eu de cesse, depuis les années 1990, de promouvoir et favoriser l’augmentation de la taille des PME et leur « internationalisation », c’est-à-dire ici l’augmentation de leur intensité d’exportation. Sous-jacents réapparaissent deux objectifs de politique économique : la croissance – l’accroissement de la taille des PME passerait par la multiplication des gazelles (Betbèze et Saint-Étienne, 2006) – et l’équilibre commercial – la contribution des PME au commerce international serait insuffisante (Roubaud, 2007).

Ces approches renvoient à des systèmes d’interprétations superficielles et erronées, qui ne prennent en compte ni l’hétérogénéité de la catégorie PME, ni le contenu de la notion d’internationalisation, dans le cadre de laquelle les PME se présentent comme des organisations apprenantes (Julien, 1996).


I. L A MONDIALISATION EST-ELLE L’EXPORTATION ?

En se préoccupant de l’internationalisation des PME, les pouvoirs publics se trouvent confrontés à plusieurs objets « flous », c’est-à-dire dont la définition demeure a priori délicate. En effet, la définition des PME constitue une difficulté constante. Le critère de la taille demeurant insuffisant, les spécialistes du champ ont essayé d’établir des critères multidimensionnels (Julien, 1990 ; Torrès, 1997), que nous ne développerons pas ici. En outre, l’internationalisation constitue un processus lui aussi multidimensionnel, qui emprunte de nombreux canaux et qui renvoie à de multiples modalités stratégiques.

Or, les rapports officiels sont fondés sur des analyses bridées à la fois par la définition « statistique » des PME (elles sont définies dans le cas européen par un effectif compris entre 20 et 249 salariés) et par le contenu de l’internationalisation, généralement limité à l’exportation. En pratique, les chercheurs sont le plus souvent confrontés à l’absence de données appropriées ; c’est une des raisons pour lesquelles un grand nombre d’études sont fondées sur une mesure unidimensionnelle de l’internationalisation : la part des ventes à l’étranger sur le chiffre d’affaires total.

Naturellement, plusieurs rapports s’efforcent d’apporter des nuances à ces deux définitions très limitées. Pour autant, les conclusions et préconisations de ces rapports peuvent s’avérer confuses, voire contradictoires (1.1) alors que le débat sur l’impact de la taille n’est pas absolument tranché (1.2) et en dépit d’améliorations récentes des approches analytiques (1.3).

1.1 Les PME au prisme du commerce international

Comme nous l’avons déjà relevé, la catégorie « PME » pose de nombreux problèmes de définition. Pourtant, l’exploitation des données officielles renvoie, par exemple, aux trois critères de taille de la Commission européenne : 20 à 249 salariés, un chiffre d’affaires inférieur à 50 millions d’euros et un total de bilan inférieur à 43 millions d’euros. Enfin, la Commission européenne ne prend en compte, dans cette catégorie, que les PME indépendantes. La taille et l’indépendance constituent donc les deux principaux éléments distinctifs des PME/PMI, analysés dans ces rapports.

Si l’on observe le cas français, 10 % des exportateurs réalisent 95 % des exportations et près de 70 % des entreprises de plus de 250 salariés sont exportatrices (96 % dans un secteur industriel), contre 22 % des PME (20 à 249 salariés) et 2 % des micrœntreprises (Ceci et Valersteinas, 2006). En revanche, les PME indépendantes constituent le principal contingent d’exportateurs ; mais elles sont passées de 81 % du nombre des entreprises exportatrices, en 2000, à 67 % en 2006, pour seulement 15 % de la valeur des exportations totales. Elles exportent en moyenne vers quatre pays et la moitié d’entre elles, vers un seul pays. À l’opposé, les entreprises des « groupes » français exportent vers 13 pays.

Par ailleurs, il existe un important taux de rotation des firmes exportatrices et chaque année, parmi les PME indépendantes, 32 % des exportateurs de l’année précédente ne le sont plus (Ceci et Valersteinas, 2006). Ou encore, sur les 20 000 entreprises qui exportent pour la première fois, chaque année en France, seuls 36 % de ces primo-exportateurs survivent au-delà d’un an (Fontagné et Gaulier, 2009). Cet état de fait a deux conséquences pour l’analyse : les formes d’exportation par les PME indépendantes sont nécessairement très diverses, depuis les opérations ponctuelles, en passant par l’accompagnement de grands comptes, jusqu’aux courants d’échanges réguliers ; et un bon nombre d’entreprises ont une expérience à l’exportation , en dépit du fait que plusieurs en ont abandonné la pratique.

En revanche, la plupart des rapports officiels français atteste d’une carence d’entreprises moyennes (Betbèze et Saint-Étienne, 2006 ; Madariaga, 2007 ; Roubaud, 2007). Le diagnostic de cet état de fait n’a pas été achevé. Parallèlement, lorsqu’on se penche sur la place relative des seules PMI dans l’industrie manufacturière française, on observe, dans un premier temps, la part croissante qu’elles y ont prise ; puis, dans un second temps, à compter de 2001, un très net recul de leur présence (tableau 1).

T ABLEAU 1

Part des PMI indépendantes (20 à 249 salariés) dans l’industrie manufacturière en France (%)



Source : D’après les données du SESSI, ministère de l’industrie.

Parmi les facteurs explicatifs, on doit noter que la part des PMI indépendantes est passée de 68 %, en 1997, à 33 % en 2007. Cette concentration du capital est d’abord le fait de petits groupes (moins de cinq filiales de moins de 500 salariés), qui détiennent, en 2007,49 % des PMI, contre 26 %, en 1997. Parallèlement, les PMI appartenant à des grands groupes sont passées de 7 % à 18 % sur la même période (Observatoire des entreprises, 2008). Ces événements ont donc fait « disparaître » 35 % des effectifs de la catégorie PMI indépendantes en 10 ans, toutes choses égales d’ailleurs. La concentration du capital pourrait affaiblir la vitalité du tissu industriel en le rendant moins mobile et en rendant aussi cette mobilité moins prévisible. En revanche, dans la mesure où une part importante des exportations mondiales est attribuable à des filiales, on pourrait peut-être assister à une hausse significative du rôle de ces petites entreprises. L’un des freins à l’exportation des PMI est leur accès au financement. Or, celui-ci peut être plus facilement assuré lorsque l’entreprise fait partie d’un grand groupe qui agit dès lors comme substitut au marché financier. Autrement dit, si les PMI de filiales se substituent aux PMI indépendantes, on pourrait assurer la vitalité du tissu industriel et même plus encore, si la maison mère peut suppléer au dysfonctionnement des marchés financiers qui ne comblent pas les besoins monétaires des PMI internationalisées ou qui souhaitent le devenir.

1.2. Le débat récurrent sur le rôle de la taille

Lorsque les pouvoirs publics décident de s’appuyer sur les PME pour améliorer les « performances françaises à l’exportation », la position des analystes à l’égard de la taille des firmes est sans ambiguïté : le taux d’exportation est une fonction croissante de la taille de l’entreprise (Lambert, 1997). En fait, plusieurs rapports continuent d’affirmer que plus les firmes sont de taille importante, plus la probabilité qu’elles développent une activité de vente à l’international est grande (DG Entreprises, 2004 ; Ceci et Valersteinas, 2006 ; Roubaud, 2007).

Or, les analyses systématiques sont moins catégoriques. Il est vrai que plusieurs études trouvent une relation positive entre la taille de la firme et l’intensité de son exportation (Cavusgil, 1984), ou bien révèlent que la taille constitue une condition nécessaire et suffisante pour réussir à l’exportation (Mittelstaedt, Harben et Ward, 2003). Cependant, d’autres approches estiment que la taille d’une firme n’apparaît pas comme une limite à l’engagement dans une activité internationale et qu’une petite entreprise pourrait même avoir des avantages dans la conclusion de transactions internationales (Liesch et Knight, 1999). Toutefois, un résultat reste validé : les grandes firmes ont une probabilité plus élevée de s’engager dans l’exportation que les petites (St-Pierre, 2004 ; Ceci et Valersteinas, 2006 ; Crozet, Méjean et Zignago, 2009) ne serait-ce que parce que leur marché national ne peut absorber totalement l’offre de leurs produits. On peut en déduire que si la capacité à exporter est associée à la taille, la petite taille n’est pas en soi une barrière à l’exportation, bien qu’elle puisse limiter le nombre des marchés d’exportation (Calof, 1993). Ainsi, en France, en 2000, les firmes de moins de 10 salariés représentent 53 % des firmes exportatrices, pour 13 % des exportations totales. Les PME de 10 à 249 salariés représentent 36 % des firmes pour 26 % des exportations. Au Canada, les compagnies de moins de 50 salariés assurent plus de 25 % des exportations. L’actualisation de ces données pourrait cependant montrer un profil différencié dans la mesure où de plus en plus de dirigeants d’entreprise s’ouvrent à l’international dès la création de leur firme. En outre, l’accroissement des missions commerciales à l’étranger pour faciliter l’apprentissage des dirigeants de PME et l’ouverture des frontières ainsi que les accords de libre-échange dans un nombre de plus en plus important de régions du monde {9} pourraient être considérés comme des contextes facilitant la prise de décision des dirigeants d’internationaliser leurs activités.

L’ambiguïté de plusieurs de ces résultats amène d’autres recherches à considérer que la relation entre la taille et la propension à exporter des firmes n’est pas linéaire mais que l’on doit pouvoir déterminer des seuils, en deçà desquels il est moins probable de trouver des « exportateurs organisés », c’est-à-dire des entreprises ayant des activités internationales suffisamment régulières et raisonnablement structurées (Julien, 2000 ; St-Pierre, 2003). Dans le cas français, une taille critique en termes d’effectifs a été déterminée : au-delà de 20 salariés, une PME exporte plus systématiquement vers des pays développés lointains et, au-delà de 100 salariés, une PME exporte davantage vers les pays en développement lointains (Ceci et Valersteinas, 2006).

Bien qu’il soit vrai que la probabilité d’exporter s’accroît statistiquement avec la taille de l’entreprise, il est nécessaire de voir la taille comme une variable latente qui cache plutôt la capacité du dirigeant de s’absenter de son entreprise pour développer des activités internationales. Cette capacité est fonction du secteur d’activité, du type de produits ainsi que de l’autonomie du personnel de l’entreprise qui peut opérer en l’absence de son dirigeant principal pendant plusieurs jours (St-Pierre et Perrault, 2009).

1.3. Un calcul exhaustif de la « prime à l’exportation »

La connaissance de l’impact de la taille ou de l’ancienneté d’une entreprise exportatrice sur les flux d’exportation reste, somme toute, lacunaire (Fontagné et Gaulier, 2009). Un rapport du Conseil d’analyse économique (Fontagné et Gaulier, 2009) s’appuie sur de nouvelles avancées de l’analyse du commerce international pour essayer de cerner ces aspects et pour évaluer si les exportateurs sont différents des autres firmes.

En effet, les modèles de commerce international s’efforcent d’abandonner l’hypothèse de firme représentative, ou, plus simplement, d’homogénéité des firmes. Avec l’introduction de l’hypothèse d ’hétérogénéité des firmes (Bernard et Jensen, 1999), ces modèles révèlent que la présence d’un coût fixe associé à l’exportation exige des gains de productivité a priori , qui permettent de les compenser (Mélitz, 2003). Cela revient à dire que la capacité à exporter est déterminée par un avantage de productivité ou encore qu’il existe un mécanisme d’autosélection, face à l’exportation. C’est une hypothèse très théorique mais qui nous rapproche des caractéristiques des firmes, en général, et des PME, en particulier, par essence profondément hétérogènes (Torrès, 1999 ; Betbèze et Saint-Étienne, 2006).

L’échantillon étudié porte sur 86 500 compagnies françaises du secteur industriel, y compris les microfirmes. La proportion d’exportateurs parmi les entreprises de plus de 20 salariés atteint plus de 66 %, alors que, dans l’ensemble de l’échantillon, elle ne dépasse pas 21,3 %. Cependant, 41,5 % des exportateurs ont moins de 20 salariés (Crozet, Méjean et Zignago, 2009). Afin de décomposer la dynamique des échanges, les auteurs reprennent la distinction entre marge intensive , entendue comme la valeur des flux d’échanges existants, et marge extensive , qui évalue le nombre de flux et/ou d’exportateurs et/ou de destinations (Mélitz, 2003 ; Hummels et Klenow, 2005). Avec ce genre d’approche, les coûts d’accès diffèrent d’un marché à l’autre et, par conséquent, le nombre de firmes exportant vers chaque marché diffère, pour un pays exportateur donné. En d’autres termes, compte tenu d’un coût fixe à l’exportation, seules les firmes bénéficiant d’un avantage de productivité peuvent exporter. Cette autosélection est renforcée par le nombre de marchés servis et leurs difficultés d’accès, évaluées par la proximité géographique ou culturelle.

Crozet, Méjean et Zignago (2009) évaluent la « prime à l’exportation » selon quatre critères : les gains de productivité, l’effectif moyen, le salaire moyen versé et la rentabilité. Selon les quatre critères, les firmes exportatrices de l’échantillon disposent d’un sensible avantage, relativement aux firmes à débouchés domestiques. En matière de productivité, par exemple, l’exportateur moyen est 11 % plus productif que la firme servant le marché domestique. Et, comme le précisent les auteurs, c’est toute la distribution des productivités individuelles qui est décalée ; en d’autres termes, quelle que soit la taille de l’entreprise exportatrice, elle dispose d’un avantage de productivité sur les firmes à dominante domestique (tableau 2,1 re colonne) (Crozet, Méjean et Zignago, 2009).

T ABLEAU 2

Les « primes » à l’exportateur dans le cas des firmes françaises



* La productivité est évaluée au moyen d’une équation (assez discutable) de Solow, dont le « résidu » constitue la composante de croissance de la productivité : y ft s = a s k ft s + (1 – a s )l ft s + u ft s ,avec t l’indice de l’année, f celui de la firme et s son secteur d’appartenance, y est le logarithme de la valeur ajoutée, k est le logarithme du capital, l le logarithme de l’effectif employé et u , le résidu de Solow.

Source : D’après les données de (Crozet, Méjean et Zignago, 2009).

L’argument est vrai, également, pour l’effectif moyen : les entreprises exportatrices ont un effectif moyen de 25 salariés, contre 7 pour les autres sociétés. Elles sont susceptibles de distribuer un salaire en moyenne 16 % plus élevé, synonyme d’une meilleure productivité et d’une volonté de fidéliser les compétences. Enfin, leur rentabilité, mesurée comme le rapport de l’EBE à la valeur ajoutée, est en moyenne 16 % plus élevée.

La marge extensive amplifie ce phénomène et l’écart de productivité entre producteurs domestiques et exportateurs, ne servant que les pays de l’Union européenne, est de 6 %, contre 13 % pour les entreprises qui atteignent des marchés en dehors de l’Union. En d’autres termes, la « prime » à l’exportateur est également très marquée entre les firmes à destination d’exportation unique et les firmes exportant vers plus de 10 pays (tableau 2,2 e colonne). Enfin, sur le même registre, la « prime à l’export » croît avec l’intensité à l’export. Une firme qui exporte moins de 10 % de son chiffre d’affaires est en moyenne 9 % plus productive qu’une firme à débouché domestique ; cette proportion atteint 15 % lorsqu’une compagnie exporte plus de 50 % de son chiffre d’affaires.

En d’autres termes, l’existence d’un coût fixe à l’exportation implique un phénomène de sélection des firmes les plus productives. Mais le sens de la causalité entre exportation et performance n’est pas identifié : l’exportation est-elle la récompense des plus efficaces, ou bien s’agit-il d’un processus d’apprentissage qui améliore la productivité des firmes, avec des boucles de rétroaction ?

L’une des conclusions du rapport est que, avant d’entrer sur les marchés d’exportation, les firmes sont très dynamiques en matière d’investissements, d’embauches et de gains de productivité. Fontagné et Gaulier concluent qu’une « interprétation est que l’exportation est l’étape couronnant une stratégie de développement cohérente » (Fontagné et Gaulier, 2009, p. 77). C’est l’identification de cette « stratégie de développement cohérente » qui constitue, en l’état actuel des choses, la « boîte noire » à explorer.

Par ailleurs, ces rapports statistiques sur des entreprises présentant d’importantes dissemblances rendent rarement compte de la complexité de la réalité. Dans le cas des PME, on notera que l’exportation ou l’internationalisation ne peut se manifester sans l’accord de son propriétaire-dirigeant qui est le principal acteur à subir les risques de ces décisions. La réunion de tous les facteurs clés permettant d’assurer une internationalisation réussie n’est pas une condition suffisante si le concours du propriétaire-dirigeant n’est pas assuré (voir Cadieux, 2009 ; St-Pierre et Perrault, 2009).


II. P OUR UNE APPROCHE SYSTEMIQUE DES PME DANS LA MONDIALISATION

L’analyse des flux d’importations et d’exportations est rapidement présentée comme insuffisante pour discuter de tous les comportements des PME à l’égard de la mondialisation (Julien et Morin, 1995). En effet, ramener le degré d’internationalisation à l’exportation, sans réflexion sur le caractère approprié de cette mesure et le biais qu’elle inflige aux résultats des études, reste problématique (Glaum et Œsterle, 2007). Les auteurs qui ont voulu s’affranchir de ce type de représentation « en termes de balance commerciale » des opérations internationales des PME ont cherché à saisir les articulations complexes mises en œuvre ou subies par ces firmes dans les nouveaux cadres de la mondialisation.

Parmi ces approches, nous retiendrons, sensiblement à la même époque, une représentation systémique de la dynamique de l’industrie mondiale (2.1) et la construction d’une schématisation de l’internationalisation des PME (2.2). Ces approches éclairent la nécessité de se représenter différemment la notion d’internationalisation.

2.1. Une grille de lecture de la dynamique de l’industrie mondiale : la notion de Système industriel mondial (SIM)

Si l’on reconnaît l’existence de formes nouvelles de relations internationales, que recouvre le néologisme « mondialisation », on admet aussi qu’il doit y avoir des formes d’approches différentes de l’économie internationale traditionnelle. Or, la notion de mondialisation a été explorée de nombreuses fois, mais nous continuons d’avoir des difficultés à saisir les processus dynamiques et multidimensionnels recouverts par cette intégration économique et sociale (OCDE, 2005).

Sous certains aspects, on peut dire que l’emploi du terme « mondialisation » démontre notre incapacité théorique à expliquer les phénomènes observés (Humbert, 1993). Toutefois, les événements nous signalent que les ressources domestiques, ou plus simplement les facteurs de production, deviennent de plus en plus « mobiles », tandis que les économies nationales atteignent un haut degré d’interdépendance. Appréhender ce mouvement, déjà ancien, suppose un bouleversement de nos représentations et un autre point de vue sur les relations internationales. En l’occurrence, les analyses qui ramènent « l’internationalisation » à l’exportation, qu’il s’agisse d’une firme ou d’un État-nation, se placent d’emblée dans l’ancien paradigme de l’économie internationale : il s’agit de comprendre les déterminants de la spécialisation et de l’exportation, au niveau de la firme ou au niveau de l’État. On s’efforcera, par exemple, d’expliquer la compétitivité-prix, donc les déterminants du prix d’exportation. Ce genre d’analyses se focalise sur les structures de prix relatifs et reste par ailleurs fondé sur une hypothèse de relative immobilité des facteurs de production.

Le passage du cadre théorique de l’économie internationale à celui de l’économie mondiale exige d’admettre la diffusion internationale des conditions générales de production (technologies, compétences, évolution technique, goûts), qui dépasse largement le seul cadre de l’échange de marchandises. L’une des dimensions de la mondialisation est l’élargissement du domaine des relations entre agents de différentes nations. Cela exige de prendre en compte l’étude des agents qui organisent, à l’échelle mondiale, un ensemble d’activités (Humbert, 1980). Ces agents ne se restreignent pas à importer ou exporter des marchandises depuis leur État d’origine ; ils contribuent à la mondialisation des processus de production et de son corollaire, l’innovation.

Pour se représenter cette dynamique, il faut concevoir le système productif mondial avec sa propre logique économique. Par rapport à cela, les États-nations n’ont pas beaucoup de moyens pour maintenir une cohérence du système productif localement : la cohérence du système productif suit une tendance lourde de normalisation mondiale à l’intérieur des différents secteurs d’activité (Humbert, 1981). Aucun appareil industriel ne boucle plus sur un territoire national. Aucun appareil industriel national ne dispose de l’ensemble des moyens de son fonctionnement et de son évolution : il n’y a pas d’appareil industriel complet. Sur chaque territoire national, on ne trouve qu’un segment local de différentes activités mondiales : il y a segmentation territoriale du système industriel mondial ou SIM (Humbert, 1986). Ces segments locaux forment un appareil industriel national, mais ce n’est pas un système autoorganisateur ou autoreproducteur. Bien entendu, les unités de production sont localisées sur un territoire, où coexistent des firmes monoterritoriales, des entreprises internationales domestiques et des entreprises internationales étrangères, qui constituent l’ appareil de production territorial.

Une analyse de ce type exige une définition différente du protocole d’action des pouvoirs publics. En effet, tout appareil de production territorial peut subir une double fragmentation :

1. se retrouver isolé de la dynamique du SIM et donc ne plus assumer le rythme du progrès et les gains d’efficacité que son fonctionnement exige ;
2. se retrouver isolé du système socioéconomique national, c’est-à-dire ne pas être en mesure de contribuer au développement économique.

Si l’on accepte, en dépit de son abstraction, une telle représentation, on doit admettre que l’industrialisation ne peut provenir seulement de l’implantation d’unités productives sur le territoire. C’est un processus qui suppose une transformation plus profonde du système socioéconomique national et qui menace sans cesse la cohésion sociale. Pays émergents ou firmes émergentes (PME) nous renvoient à la même difficulté : une participation active des acteurs nationaux au système industriel mondial. Or, dans chaque domaine, le modèle de référence mondial est perpétuellement renouvelé ; l’innovation et la rivalité en sont les principaux moteurs.

Se maintenir en phase avec le SIM exige de prendre la cadence de ces différentes évolutions. Pour une PME, comme pour toute compagnie, c’est un processus de maintien à niveau ou de rattrapage permanent. C’est ce processus qui doit demeurer la priorité des volontés publiques de gestion collective (Humbert, 1988). Pour certaines PME, cela peut constituer un effort de rattrapage vain si elles n’obtiennent pas des formes d’appui des pouvoirs publics, ou en l’absence d’un réseau ad hoc.

2.2. Une typologie des PME face à la « mondialisation »

Dans de nombreux rapports ou articles scientifiques, une causalité un peu hâtive est souvent posée entre exportation et performance : la performance en matière d’exportation. Par exemple, une étude canadienne s’efforce de relever les « capacités comme facteurs déterminants de la performance et du comportement en matière d’exportation » (Lefebvre et Lefebvre, 2000, p. 4).

Cette logique de l’exportation comme révélateur de la performance constitue une approche très répandue, dont l’un des objets est de répondre, soit à des impatiences gouvernementales en matière d’équilibre commercial, soit à la recherche de débouchés extérieurs quand la macroconjoncture domestique est défavorable. Ce genre d’approche a le défaut de nous détourner de l’analyse des PME elles-mêmes, pour ne les voir qu’à travers le prisme de l’intensité de leurs exportations et selon une échelle d’intensité d’exportation (figure 1), qui hiérarchise et qui qualifie les PME à partir de ce critère unique.

Or, un travail effectué à partir d’un fichier contenant des données microéconomiques sur des PME manufacturières (LaRePE {10} ) a révélé que l’exportation ne constituait pas une dimension suffisamment discriminante parmi les PME de l’échantillon pour créer des sous-groupes homogènes qui puissent permettre d’expliquer différents types de performance (Perrault et St-Pierre, 2008).

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