Prospective et science-fiction
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Description

La science-fiction est souvent utilisée pour décrire le futur. Elle participe à la création de la prospective depuis de nombreuses années, principalement dans les pays de l'Empire nucléaire, qui développent un imaginaire planificateur assurant le déploiement de projets technologiques très ambitieux diffusés par la suite sur toute la planète. La science-fiction devient de plus en plus importante dans la réflexion stratégique et mobilise de plus en plus d'acteurs chargés de l'intégrer correctement dans le discours des entreprises.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2011
Nombre de lectures 73
EAN13 9782296710139
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Prospective et science-fiction
© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-13182-8
EAN : 9782296131828
Thomas Michaud
Prospective et science-fiction
L’Harmattan
Logiques Sociales
Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l’action sociale.
En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d’un terrain, d’une enquête ou d’une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.
Dernières parutions
André PETITAT (dir.), La pluralité interprétative. Aspects théoriques et empiriques , 2010.
Claude GIRAUD, De la trahison, Contribution à un e sociologie de l’engagement , 2010. Sabrina WEYMIENS, Les militants UMP du 16 e arrondissement de Paris , 2010.
Damien LAGAUZERE, Le masochisme, Du sadomasochism e au sacré , 2010.
Eric DACHEUX (dir.), Vivre ensemble aujourd’hui : Le lie n social dans les démocraties pluriculturelles , 2010.
Martine ABROUS, Se réaliser. Les intermittents du R.M.I , entre activités, emplois, chômage et assistance , 2010.
Roland GUILLON, Harmonie, rythme et sociétés. Genèse de l’Art contemporain , 2010.
Angela XAVIER DE BRITO, L’influence française dans la socialisation des élites féminines brésiliennes , 2010.
Barbara LUCAS et Thanh-Huyen BALLMER-CAO (sous la direction de), Les Nouvelles Frontières du genre. La division public-privé en question , 2010.
Chrystelle GRENIER-TORRES (dir.), L’identité genrée au cœur des transformations , 2010.
Xavier DUNEZAT, Jacqueline HEINEN, Helena HIRATA, Roland PFEFFERKORN (coord.), Travail et rapports
Introduction
L’ordre global est la conséquence du postmodernisme. Il est alimenté en nouvelles idéologies et en imaginaires techniques par la science-fiction, qui participe énormément à la création et au bon fonctionnement du libéralisme économique en assurant la promotion de valeurs définies depuis plus de deux siècles en Occident. Si de nombreux auteurs sont subversifs, voire anarchistes, ce qui crée un sentiment de rejet du genre de la part de nombreux membres du système, leurs œuvres sont souvent utilisées par le système, qui les transforme et les assimile selon des modalités souvent très complexes, pour les normaliser et les associer aux approches conventionnelles du système libéral. Ce phénomène est lié au fonctionnement normal des démocraties, qui acceptent la création de multiples discours souvent contestables en raison de leur hétérodoxie par rapport au sens commun, mais qui participent ultérieurement à la création de nouvelles valeurs et de nouvelles perspectives pour le système. La science-fiction est devenue une culture dominante avec l’avènement des TIC et du turbocapitalisme, décrit par Luttwak dans son ambivalence comme un système créant des biens extrêmement destructeurs pour la symbolique identitaire de la plus grande partie des sociétés de la planète. Si le capitalisme de la fin du vingtième siècle a atteint un très haut niveau de complexité et de sophistication, avec une ère technophile incarnée par les articles de la revue Wired , cela est principalement la conséquence du postmodernisme, qui avait pendant environ vingt ans élevé l’esprit occidental à un très haut niveau de spéculation et d’abstraction, générant des innovations souvent en décalage total avec les préoccupations des sociétés traditionnelles. Si certaines élites pensaient vivre dans un monde de la science-fiction réalisée, d’autres craignaient dans les gadgets la manifestation de Satan. La création de la société en réseaux est très liée à l’imaginaire postmoderne, et principalement à la science-fiction, comme l’explique Agnès Sander dans son article « Les réseaux dans la science-fiction », publié dans la revue Flux de janvier 2003 (n°51). Elle cite de nombreux romans et nouvelles qui décrivent des réseaux techniques, comme le métro, les autoroutes, puis les systèmes informationnels apparus avec le web pour montrer que ces systèmes sont très présents dans l’imaginaire technique de la science-fiction. Ce genre est très lié aux problématiques du marketing car il témoigne des évolutions du capitalisme, des biens mis en ventes et des comportements des consommateurs. Les films et romans définissent des déconstructions et un imaginaire du capitalisme qui contribue aussi à innover. Ces problématiques sont développées dans le livre Science fiction and market realities (1996), édité par George Edgar Slusser, Gary Westfahl et Eric S. Rakin, qui regroupe les contributions de plusieurs auteurs de science-fiction conscients de la révélation de la réalité du capitalisme par son imaginaire technique. L’imaginaire participe beaucoup au capitalisme, essentiellement positivement, car il génère des spéculations positives, dont la répression doit être canalisée et optimisée pour qu’elle n’entrave pas le bon fonctionnement des processus d’innovation. La réalité virtuelle, la trois dimension, la conquête de l’espace, la dépollution de la planète, les voitures volantes et bien d’autres utopies technologiques apparaissent depuis longtemps dans la science-fiction qui fait office de genre prospectif. Le débat sur la fonction prospective de la science-fiction fait l’objet de ce livre, dont l’argumentation repose sur des articles déjà publiés dans des revues à comité de lecture, intégrés dans le texte. Ce livre s’inscrit dans le prolongement d’ouvrages précédents sur l’influence de la science-fiction sur le réel, et en particulier à l’intérieur de la technostructure libérale. Le libéralisme a produit de nombreux récits imaginaires durant sa période postmoderne, ces derniers provenant principalement des Etats-Unis, où les modèles économiques furent inventés et diffusés sur toute la planète. La science-fiction constitue une idéologie, ou seulement un imaginaire, pour les plus réticents, très influents dans les puissances nucléaires ou nucléarisées. Les pays qui possèdent le pouvoir militaire et la domination sur la planète inventent des récits toujours plus spéculatifs qui contribuent à challenger les innovateurs et à orienter le capitalisme vers de nouvelles perspectives à atteindre ou vers de nouvelles innovations à implanter dans la société. Si les enthousiastes estiment que la science-fiction peut constituer une idéologie politique dirigeant la technostructure, les plus critiques estiment qu’il ne s’agit que d’un imaginaire qu’il faut contrôler, voire détruire du système, car il nuit aux perspectives étatiques ou organisationnelles édictées par des classes dirigeantes qui ne s’intéressent, idéalement, pas à l’imaginaire mais seulement aux intérêts. Leur approche est aussi intéressante si elle est comprise dans le cadre de la philosophie d’Hirschman dans Les passions et les intérêts : Justifications politiques du capitalisme avant son apogée . La destruction de l’imaginaire libéral par le matérialisme n’apparaît pas comme souhaitable dans des sociétés issues des révolutions bourgeoises et donc libérales comme la France. Par ailleurs, la Russie a produit de très bons textes de science-fiction pendant l’ère communiste. La science-fiction permet d’unifier le système nucléaire. Il s’agit d’une spéculation qui se trouve souvent à l’avant-garde car elle appartient à l’idéologie libérale qui domine la planète Terre en fixant les objectifs d’aménagement du territoire et de construction du système à ses employés. La question de la dimension prophétique de la science-fiction passe par la lecture de théologiens comme Saint Thomas d’Aquin, qui ont réfléchi depuis le Moyen Age au fonctionnement de la prophétie et sur sa fonction de révélatrice du message de Dieu aux hommes. Si les marxistes et les matérialistes essaient toujours de dénoncer la dimension aliénante de l’imaginaire et contestent la science-fiction en raison de sa dimension libérale et libidinale, notre approche sera très différente, puisqu’elle cherche à comprendre ces récits d’un point de vue spiritualiste, ce qui nous mènera aussi à poser la question de la positivité ou de la négativité de ces prophéties, de leur démonisme ou de leur angélisme. La question des valeurs morales à attribuer aux films ne nous intéresse cependant que très peu dans la mesure où il s’agit d’une question réservée aux institutions religieuses comme le Vatican, qui ne condamne que très rarement les films, souvent appréciés comme des chefs d’œuvre, comme l’explique une partie consacrée à ce sujet. Ce livre s’intéresse cependant à l’utilisation de la science-fiction comme une idéologie performative dans le système capitaliste. C’est pourquoi l’approche thomiste sera utilisée, dans la mesure où elle est la plus complète et la plus intéressante pour comprendre le fonctionnement d’une prophétie dans un système. Nous essaierons de ne pas trop dénaturer le point de vue de ce grand philosophe catholique, mais nous avons du nous résoudre à l’intégrer dans cette argumentation, tant son approche semblait limpide et parfaitement adaptée pour résoudre une question philosophique que bon nombre de nos collaborateurs estimaient insoluble avec des concepts purement scientifiques. Saint Thomas d’Aquin permettra ici de trancher la question de l’influence de la science-fiction sur la science d’un point de vue théologique, afin de ne pas laisser les nombreux ingénieurs rencontrés sur leur faim, la plupart d’entre eux s’opposant sur le sens à donner à la science-fiction, celle-ci étant en général considérée soit comme une prophétie, soit comme une métaphore.
Après avoir rappelé l’orientation du libéralisme vers un ordre global pacifique et technophile, par l’évocation de différents projets imposés au monde par les puissances nucléaires, ce livre évoquera plusieurs œuvres de science-fiction, principalement du courant cyberpunk, dans le but d’approfondir la cartographie de cet imaginaire, qui n’est pas qu’une idéologie, mais aussi une mythologie des pays industrialisés, qu’il est intéressant d’étudier d’un point de vue Lévi-straussien. Cette approche permettra de relier les thèmes abordés par la science-fiction à une légitimation quasiment systématique des politiques d’innovation des entreprises libérales. Suite à cela, la question purement théorique sera abordée, avec de nouvelles références et contributions au débat, provenant d’horizons divers. L’historique du débat sur le rôle de la science-fiction dans le processus d’innovation sera aussi rappelé puisqu’elle remonte aux années 1950 et à quelques articles fondateurs d’auteurs de Saint-Germain-des-Prés comme Boris Vian.
La gouvernance globale et l’Empire nucléaire
Le globalisme
Le globalisme est une idéologie qui est parfois présentée comme l’avènement de la société souhaitée par les droits de l’homme, le libéralisme et le marxisme. Il est opposé au nationalisme et au régionalisme. Noam Chomsky évoquait cependant en 1998 un néolibéralisme ou un «ordre global », ce qui signifiait une adaptation du capitalisme à un discours communiste qui le challengeait, notamment dans les pays du tiers-monde. L’ordre global est un super-état mondial qui vise à assurer la survivance de tous les êtres humains de la planète. John Ralston Saul évoquait la fin de cet ordre dans un livre intitulé The collapse of globalism and the reinvention of the world . Les attentats du 11 septembre 2001 et les revendications nucléaires de nombreux pays développés par l’ordre global pourraient mettre à mal cet équilibre géostratégique et réactiver les nationalismes et les régionalismes si les identités respectives des acteurs dominants n’étaient plus respectées sur la planète. Le globalisme, ou néolibéralisme, est l’idéologie anglosaxonne pour dominer la planète Terre. Elle s’insère aussi dans une idéologie de l’empire nucléaire, qui doit concevoir les problèmes mondialement, afin de conserver suffisamment de légitimité pour être respectée par les plus pauvres, qui manifestent parfois leur désaccord par le terrorisme face à l’arrogance, à l’insignifiance ou au relativisme moral des leaders de la planète. L’idéologie de l’empire nucléaire peut-elle encore être globale après les attentats du 11 septembre, alors que les pays du tiers-monde ne veulent plus être seulement les fournisseurs zélés de la planète, et tentent d’affirmer des identités politiques et économiques ? Michel Barnier pose le problème de la faim dans le monde avec une approche globale dans son ouvrage Qui va nourrir le monde ?: Pour une nouvelle révolution agricole . Les politiques doivent être mondiales ou globales. L’enjeu des politiques est d’effectuer un équipement du territoire global, car la paix semble assurée, comme l’a mentionné Fukuyama dans La fin de l’histoire . Toutes les parties de la planète ont compris leur intérêt à coopérer pour assurer la pérennité du système économique mondial, à l’exception de quelques excités fondamentalistes religieux qui ne supportent pas le consumérisme. Le globalisme est en quelque sorte la réalisation de l’utopie des droits de l’homme, qui cherche à assurer la paix dans le monde, pour mieux diffuser le libéralisme. De même, l’Etat global, dont l’idéologie est organisée par l’ONU ou les grandes institutions comme l’OMC ou le FMI, s’est développé en même temps que le réseau Internet, qui a permis l’avènement d’une société d’artistes, grâce aux réseaux sociaux, aux blogs, et aux sites web, qui permettent à tous les citoyens du monde de montrer leur identité. Cependant, le globalisme est parfois accusé d’avoir tué l’Occident, qui n’a pas su préserver ses avantages compétitifs en développant les pays pauvres au point qu’ils cherchent à s’émanciper de leurs anciens maîtres. Pourtant, l’Empire nucléaire pourrait reprendre le contrôle de la situation afin de mieux expliquer au monde qui sont les chefs dans la communauté mondiale, afin d’assurer la pérennité d’une organisation globale parfaitement rodée et qui faisait office d’idéologie pacifiste raillée par les islamistes qui la jugèrent insatisfaisante par rapport à leur virilité légendaire. L’empire nucléaire est composé des pays possédant l’arme nucléaire. Ils sont sensés être les gendarmes de la planète et être respectés, car les attaquer pourrait provoquer l’annihilation de zones géographiques jugées réfractaires à l’autorité de ces puissances dominantes, qui ont intérêt à être respectées si elles veulent restées dominantes. Elles sont en effet les leaders de la planète car elles assurent une forme d’harmonie et de paix, ainsi que la survivance des populations les plus pauvres. Peut-être que les tiers-mondistes en ont assez de l’assistance de l’Occident et de l’organisation sans faille de ce système planétaire qui permet à tout le monde d’être correctement nourri et que leurs révoltes témoignent de leur refus des droits de l’homme et de leur souhait de conserver les structures organisationnelles primitives, reposant notamment sur les sacrifices humains et l’état de guerre perpétuel. L’empire nucléaire devra peut-être se résoudre un jour à ce que la paix sur Terre soit assurée si une bombe nucléaire est lancée parfois sur les ennemis de la paix dans le monde.
La science-fiction constitue une culture commune à la plupart des pays de l’empire nucléaire, qui dirige le monde militairement et philosophiquement, principalement avec le christianisme, à l’exception de la Chine. Elle dépasse les clivages religieux et permet à cet empire de fonctionner démocratiquement, en baignant ses membres dans une douce illusion technophile, prônant l’avènement de sociétés utopiques reposant sur l’innovation et la technologie. La cyberculture constitue une culture de la domination planétaire qui irrigue les cerveaux des stratèges de la planète. Il s’agit d’une culture stratégique, dont les schèmes sont élaborés par des artistes d’avant-garde, évoquant souvent le futur et contribuant à la prospective dans de nombreux secteurs de la société. Cyberculture veut dire, étymologiquement, culture du gouvernement. Ceci se confirme par l’utilisation que le capitalisme global fait de cette culture alternative, qui s’institue peu à peu comme la culture des grands dirigeants et des stratèges des entreprises technologiques. La stratégie du capitalisme est orientée par les problématiques et les schèmes imaginaires de la science-fiction et de la cyberculture, qui sont souvent financées par les grandes entreprises. La plupart des multinationales possèdent une structure qui assure le mécénat pour des artistes qui peuvent contribuer à promouvoir le business de l’entreprise. Le mécénat existait déjà dans l’antiquité et visait à créer des œuvres d’art en l’honneur de personnalités ou de divinités. A l’époque contemporaine, le mécénat finance des œuvres d’art souvent très couteuses qui doivent alimenter l’imagerie et l’imaginaire des consommateurs et des stratèges, qui ont ainsi conscience d’évoluer dans un monde régi par les lois de la technologie et de la science. La cyberculture gouverne le capitalisme global en proposant des repères imaginaires et artistiques aux stratèges de l’industrie. L’empire nucléaire a créé de nombreuses utopies technologiques depuis le dix-neuvième siècle. Il est devenu un empire nucléaire global vers la fin des années 1960, quand la France a fini par obtenir la bombe atomique et que le Vatican a décidé qu’il fallait convertir les colonies en territoires à développer, c’est-à-dire, en langage capitaliste, à les intégrer d’une manière optimale dans un système ricardien, ou réseau global de production. Pour mieux connaitre les utopies technologiques du dix-neuvième siècle, il est intéressant de se reporter au livre d’Howard Segal Technological Utopianism in American culture , puis aux écrits de Jeremy Rifkin, qui a présenté la plupart des utopies technologiques terrestres depuis les années 1990. Jeremy Rifkin a expliqué dans La fin du travail que les humains mettaient en place une infrastructure technologique qui devrait leur permettre de ne plus réaliser de tâches fatigantes physiquement. La limite de cette utopie réside dans la surveillance et la réparation de cette infrastructure, et sur le postulat d’une fin de l’histoire relative à la satisfaction des hommes devant cette installation. Dans Le Siècle Biotech , il explique comment la révolution des biotechnologies révolutionnera l’humain, s’inscrivant dans la lignée de nombreux autres utopistes comme Lucien Sfez dans La Santé Parfaite . Les utopies technologiques contribuent à stimuler les stratèges et les travailleurs, et s’inscrivent dans l’idéologie de la science-fiction, qui est elle aussi inscrite dans la religion de la technologie propre à la technocratie globale. La technocratie est la conséquence de deux siècles de révolution antireligieuse en Occident. Elle visait à équiper le territoire en systèmes techniques très performants et la République a réussi, comme pendant l’Empire romain, à modifier considérablement les structures organisationnelles, au prix cependant des valeurs morales traditionnelles et de la soumission des peuples au monothéisme. Si les utopies technologiques alimentent le système productif en perspectives futuristes, le système de l’Empire Républicain Occidental repose aussi sur un système répressif très organisé, comme pendant l’empire romain, capable d’annihiler les résistants et les opposants grâce à la délation et la surveillance de chacun, tout individu étant susceptible d’être accusé de psychopathologie s’il ne corrobore pas de manière optimale les perspectives de la technostructure, ou s’il tente de les modifier. Dans Nous deviendrons immortels , Pierre-José Billotte explique que la science-fiction constitue la réalité des Etats-Unis, qui a mis en place depuis les années 1930, marquées par une très grave crise économique, un vaste projet devant mener à l’immortalité. Après les super-héros créés dans les années 1930, le scientologue apparut dans les années 1950, puis les transhumanistes dans les années 1990. La science-fiction américaine a la spécificité d’être très spiritualiste, très spéculative, et tend à devenir une religion. Lafayette Ron Hubbard, créateur de la scientologie en 1963, fut soutenu par de grands auteurs de science-fiction, comme l’éditeur Campbell ou Van Vogt, qui fit parti des cadres de la scientologie à ses débuts. Billotte estime que la science-fiction, et en particulier les histoires de super-héros, tirent leur origine des anciens mondes nordiques et dans la mythologie germanique. Il estime que si le capitalisme tire, selon Max Weber, son origine dans les sectes protestantes, la science-fiction, dont l’origine est germanique ou nordique a contribué à alimenter l’imaginaire du capitalisme après la première guerre mondiale aux Etats-Unis. Les scientologues, puis les juifs, furent tentés de récupérer l’esprit de la science-fiction pour créer une forme de religion susceptible d’attirer de nombreux fidèles, notamment chez les païens ou les athées à la recherche d’une spiritualité. L’auteur s’inscrit dans le courant spiritualiste des études en science-fiction, qui considèrent que la science-fiction a contribué à l’innovation, et est un spécialiste des télécommunications, plusieurs années membre du comité consultatif de l’Autorité de Régulation des Télécommunications. Les Etats-Unis sont les leaders de cette mentalité et imposent une nouvelle religion sur toute la planète, le protestantisme étant souvent relayé par des discours païens. La religion de la technologie est aussi très fréquemment développée et appréciée dans les territoires de l’empire nucléaire, ayant émergé après la révolution. A ce titre, la saga Star Wars , qui constitue un mythe très important en Occident, rappelle la prise du pouvoir et l’organisation de l’Empire nucléaire. Dans cette saga, Dark Vador est le chef et l’Empire dirige un système galactique. Les héros tentent de détruire l’étoile noire, siège d’un régime inhumain. Ce mythe est probablement davantage un mythe des origines de l’Empire nucléaire qu’une anticipation. Cette analyse est d’ailleurs confortée par la phrase du début : « Il y a longtemps, bien longtemps… ». Les Etats-Unis constituent un pays neuf, hors de l’histoire, qui cherche à créer une posthumanité, voire une posthistoire dans des délires idéologiques souvent proches du faustisme ou de l’antéchristisme technologique. La prise du pouvoir par les protestants s’explique par la nécessité de construire un pays neuf, suite à la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Les protestants furent davantage attirés par l’Amérique que les autres car ils étaient souvent persécutés en Europe, et ils trouvèrent outre-atlantique la possibilité d’assumer leur religion. Mais ce continent fut découvert par les catholiques, et les protestants apparurent partiellement pour peupler ces terres lointaines, au nom de l’Europe, et pour encadrer des esclaves noirs chargés d’effectuer la plupart des tâches pénibles. Suite à cela, les protestants affirmèrent leur pouvoir et colonisèrent le monde grâce à leur domination technique et leur apologie du capitalisme, dont Max Weber a expliqué les relations idéologiques avec les sectes protestantes dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme . L’Empire nucléaire diffuse l’idéologie de la science-fiction et contrôle les populations par la psychiatrie. La saga Star Wars explique le point faible de ce système : la technocratie, qui mène la civilisation vers l’inhumanité, ce qui est critiqué par les peuples soumis et condamnés à être les esclaves de cet empire. Le djihad islamique peut être interprété comme une lutte des peuples du désert contre la technocratie impériale, en raison du manque de respect de l’Empire envers leurs modes de vie traditionnels. Cette saga est intéressante, mais pourrait bien aussi être prospective, en plus d’être un mythe des origines, dans la mesure où ce système devient insupportable et provoque la révolte des héros qui le détruisent lorsque Dark Vador, un noir, prend le pouvoir. Il s’agit peut être du mode d’emploi de l’Empire nucléaire, qui est un régime qui fonctionne très bien, mais qui ne doit pas devenir une dictature. La saga Star Wars explique peut-être comment et pourquoi il faut lutter contre l’Empire nucléaire si celui-ci est dominé par un noir, ce qui constitue effectivement la dimension raciste de ce mythe. Ce racisme est cependant intéressant dans la mesure où les noirs ont toujours été les esclaves en Amérique. Il était important de présenter un mythe expliquant comment lutter contre l’Empire en cas de prise de pouvoir par un dictateur ou un être des forces obscures pour éviter que le monde soit dominé par un empire totalitaire. Ainsi, si l’aristocratie nucléaire est majoritairement blanche, comme « Anakin », elle pourrait présenter son visage masqué de noir avec un président de cette couleur, après avoir été défigurée par les attentats du 11 septembre 2001. C’est alors que l’Empire nucléaire pourrait devenir dangereux en raison de sa domination excessive sur des êtres faibles, ce qui pourrait mener à la fin de ce régime durant le vingt-et-unième siècle.
L’empire nucléaire
L’Empire nucléaire est constitué des pays qui possèdent l’arme nucléaire. Ils sont les maitres de la planète en raison de leur capacité de destruction et sont chargés d’organiser et de gérer la planète Terre, afin d’assurer la prospérité du plus grand nombre et la paix. Les autres pays doivent obéir à cet empire, institué après la seconde guerre mondiale. Ils sont principalement des membres d’un système international ricadien, dont la fonction est de produire un socle de produits pour alimenter les autres. Il est important que tous les pays produisent pour assurer à l’Occident, en très fort déficit budgétaire, son train de vie et son autorité dans le monde. Comme dans tout système seigneurial, l’Occident doit en retour d’un travail de qualité des pays les plus pauvres assurer la protection et la paix dans le monde. Dans ces conditions, l’émergence de pays terroristes pose un problème dans la mesure où le système ricadien et la contribution à un système pur et parfait ne seraient plus assumable, ce qui pourrait causer des crises économiques ou des démotivations sur certaines parties du globe. De même, il s’agit d’affronts à l’autorité de l’Empire, qui doit rigidifier sa politique répressive et mettre en péril certains avantages démocratiques obtenus pendant les années 1980 et 1990. Il n’en reste pas moins que la décolonisation n’a pas entamé la contribution des pays du tiers-monde au système ricardien, dans la mesure où les maitres occidentaux étaient détenteurs de l’arme nucléaire et où leurs leaders, comme le pape Paul VI édictaient régulièrement à partir des années 1960 la nécessité de développer le tiers-monde. L’Empire nucléaire contribue au développement des pays du tiers-monde en évitant des guerres en raison des alliances stratégiques avec les pays fournisseurs. Il existe ainsi de meilleures alliances militaires et des avantages matériels pour les pays dont les citoyens produisent le plus et le mieux, ce qui normal car il s’agit d’un encouragement à leur productivité et à leur abnégation au travail. Un peuple travailleur et intelligent est ainsi plus capable d’utiliser les objets complexes utilisés en Occident qu’un peuple fainéant et méchant, qui n’aura qu’un faible niveau de développement. L’Empire nucléaire est chargé du bon fonctionnement et de la bonne obéissance de la plupart des parties de la planète. La France et la Grande Bretagne s’occupent de l’Afrique et de l’Europe principalement. La Chine s’occupe de l’Asie, les Etats-Unis de l’Amérique, et la Russie de l’Asie centrale et du Moyen Orient, bien que cette partie du monde pose problème car ses habitants souhaitent s’affranchir et devenir aussi des maitres en détenant aussi l’arme nucléaire. L’Empire nucléaire ne peut pas accepter un membre qui pourrait contrecarrer ses plans d’hégémonie planétaire dans la mesure où l’objectif est d’assurer la paix et la prospérité dans le monde. Il n’est pas à exclure de devoir mater par la violence militaire des révoltes d’esclaves si elles ne sont pas compatibles avec les aspirations philosophiques et gestionnaires de l’Empire nucléaire.
L’Empire nucléaire possède un projet très important qu’il devrait édicter plus clairement pour permettre aux peuples dominés d’adhérer et de travailler correctement sans envisager de rébellions du type du djihad islamique. Les peuples du tiers-monde doivent comprendre qu’ils ne travaillent pas seulement pour nourrir les maîtres de l’Empire nucléaire et qu’ils pourraient eux aussi devenir les maîtres s’ils parvenaient à obtenir la bombe nucléaire. Ils doivent comprendre qu’ils participent eux aussi à un projet collectif, au niveau de l’espèce humaine, de conquête du système solaire et de l’univers. Dans ce schéma stratégique pour la planète, les plus pauvres doivent produire des biens manufacturés permettant aux occidentaux de travailler pour le progrès technologique. L’Empire nucléaire dispose effectivement d’une avance technologique qui lui permet de fournir après quelques années de retard un niveau de développement important au tiers- monde. Par exemple, les voitures, les télévisions et Internet ont été fournis au tiers-monde après avoir été développés en Occident. Pour la bombe nucléaire, le problème est un peu différent, car il existe des traités de non prolifération synonymes d’exigence d’une soumission des peuples prolétariens à l’autorité de l’empire nucléaire. Cette clause est la limite à l’autodétermination et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il est en effet indispensable que la planète Terre soit bien organisée et que les peuples du tiers-monde obéissent afin de prolonger le développement humain dans la perspective d’organiser par la suite l’envoi de missions habitées vers d’autres astres. Il est effectivement impensable de concevoir une colonisation intelligente du système solaire si les peuples du tiers-monde n’ont pas atteint un niveau d’instruction et de motivation suffisant. Il n’en reste pas moins que l’Empire nucléaire a peut-être fait preuve de laxisme en ne souhaitant pas insister davantage dans la course à l’espace. Stratégiquement, il est probablement important d’expliquer aux peuples les moins développés qu’il est important de participer activement à la création de navettes spatiales et à l’instauration de villes sur d’autres astres afin de développer la civilisation humaine dans l’espace dans les prochaines décennies. Ce projet permet de dépasser le racisme et devrait permettre de rallier une très grande partie des révoltés du tiers-monde au projet technoscientifique de l’Occident.
La dépollution des océans
La dépollution des océans est un enjeu global. Après plus de deux siècles de révolution industrielle pendant lesquels les européens, puis les occidentaux ont développé le monde d’une manière prodigieuse, la planète, et en particulier les océans, sont un peu sales. Si Al Gore a déjà exprimé son souhait de lutter contre les émissions à effet de serre, nous pensons qu’il serait aussi souhaitable de dépolluer des océans, avec la mise en place d’un programme mondial, pendant les prochaines décennies, dont le point d’orgue serait la création d’une algue dépolluante grâce aux progrès des biotechnologies. La pollution des océans est un grave problème car de nombreuses espèces animales pourraient disparaitre dans les prochaines années si rien n’est fait. L’Humanité a beaucoup pollué le monde durant la révolution industrielle et un nouveau business apparait : la dépollution. Depuis le cri d’alarme d’Al Gore sur le réchauffement climatique, de plus en plus d’experts et de commissions scientifiques s’interrogent sur la possibilité de dépolluer la planète. Il s’agit d’une ambition très importante, et accessible en raison du niveau déjà très élevé d’automation dans le système industriel, qui laisse aux humains beaucoup de temps libre. Si Jeremy Rifkin affirmait dans les années 1990 que la fin du travail par la mécanisation était une perspective utopique pour les sociétés postindustrielles, ce type de société semble déjà être une réalité, ou le sera probablement dans les prochaines années. Dès lors, les humains devront s’occuper, s’ils n’ont plus besoin d’œuvrer pour des tâches productives. La dépollution pourrait bien être un enjeu très important, permettant de clore la révolution industrielle par la mise en place d’une nouvelle forme d’économie permettant de sauver la planète de la pollution. Le terme révolution désigne un processus permettant de revenir à un état initial après avoir effectué un tour complet, dans le vocabulaire astronomique. Or, la révolution industrielle est probablement un processus historique qui doit s’achever par un retour à un état initial, c’est-à-dire religieux, de respect de l’autre et de l’environnement, ce qui n’est pas le cas pendant les révolutions, qu’elles soient techniques, politiques, ou autres, pendant lesquelles les humains s’affairent à réaliser de grandes choses, se moquant de la tradition en raison de leur obsession à mener à terme des projets permettant de transformer le monde. Il n’empêche qu’à l’issue d’une révolution, le monde doit ressembler à celui qu’il était avant qu’elle commence, par respect pour l’ordre structural des sociétés humaines. L’ère de la dépollution viendra donc clore la révolution industrielle. La dépollution des océans est un enjeu très important pour notre civilisation, et pour le monde. Il s’agit d’un projet d’aménagement du territoire qui nécessitera de nombreuses innovations technologiques. La création d’algues de dépollution est un enjeu accessible pour les chercheurs en biotechnologies. S’ils parviennent à mettre en place de tels protocoles, il suffira d’introduire des algues dans les océans, et d’attendre qu’elles dissolvent les déchets. Les océans seront alors propres et les animaux pourront se développer dans un environnement équivalent à celui de l’avant-révolution industrielle. De nombreuses entreprises citoyennes sont déjà mobilisées depuis plusieurs années dans la lutte contre la pollution, qui pose des problèmes, notamment après les marées noires. Par exemple, la Surfrider Foundation Europe a décerné des Pavillons Noirs pour signaler les sites nautiques pollués. Il existe aussi quelques entreprises spécialisées dans la dépollution des nappes phréatiques, après des catastrophes. En général, c’est l’armée qui intervient en cas de graves pollutions pour éviter que des citoyens soient contaminés. Pour lutter contre la pollution des océans, plusieurs institutions reliées à l’ONU ont été créées. L’Organisation Maritime Internationale (OMI) fut fondée en 1948 sous le nom d’Organisation Maritime Consultative Intergouvenementale (OMCI). Elle a pour fonction d’assurer la prévention de la pollution marine par les navires et par les hydrocarbures. Selon le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement), à l’initiative d’un programme d’action global, 80% des pollutions du milieu marin proviennent des activités humaines menées à terre. Le Sénat, en France, a aussi lancé des investigations pour mener des politiques publiques efficaces pour lutter contre la pollution de l’air et des océans, dans la mesure où cette activité devrait s’imposer comme un enjeu global dans les prochaines décennies. Si la lutte contre la pollution peut s’effectuer en amont, grâce à la rigueur du contrôle par les services publics, il est aussi important de préparer le secteur privé à alimenter un marché de la dépollution par le financement d’une R&D efficace permettant de déposer de nombreux brevets. L’incitation à la recherche dans les sciences de l’environnement et dans les biotechnologies est très importante dans la perspective de disposer de suffisamment de capital intellectuel pour pouvoir être compétitif au niveau mondial et diriger la dépollution des fonds marins. La création de startups innovantes dans ce domaine est envisageable, et passe par un financement accru de la recherche et des universités. Par la suite, les entreprises les plus prometteuses devront être aidées pour qu’elles ne fassent pas faillite jusqu’à ce qu’elles trouvent des clients, principalement gouvernementaux, ou internationaux. Il faudra probablement mobiliser l’ONU pour employer, voire pour financer les entreprises responsables de la dépollution des océans, dans la mesure où les eaux internationales n’appartiennent à personne et où personne ne paiera spontanément pour leur dépollution. Il s’agit d’un enjeu très difficile à résoudre, dans la mesure où il exige la conjonction des institutions internationales, seules capables de financer cette entreprise gigantesque, et des citoyens et des entrepreneurs, qui doivent d’ores et déjà anticiper une attribution probable de budgets conséquents aux entreprises capables de réaliser de telles tâches, lorsque la course à la dépollution sera lancée, dans la continuité de la lutte contre le réchauffement climatique. La protection de l’environnement est une priorité de l’ordre global pour les prochaines décennies, et il est important que les entreprises françaises y participent. La création d’une algue dépolluante est une ambition qui semble accessible et qui pourrait dissoudre les matières plastiques, ou métalliques. Lors de la conférence mondiale sur les océans qui eut lieu en mai 2009 à Manado (Indonésie), seul le président indonésien était présent. Il s’agissait pourtant de prendre conscience de la nécessité d’agir pour la protection des fonds marins, victimes de la surexploitation, de la pollution et du réchauffement climatique. Pour Susilo Bambang Yudhoyono, « Porter secours aux océans est une question de vie ou de mort pour la communauté des nations ». L’enjeu ne suscite pas encore beaucoup d’engouement en raison de la course effrénée à la productivité, car la révolution industrielle n’est pas encore terminée. Cependant, cette situation pourrait changer suite à la prise de conscience des nations les plus développées que les révolutions industrielles, conçues dans leur temps long, conçoivent une révolution unique dont l’aboutissement est le nettoyage d’un monde objet d’un aménagement territorial durant plus de deux siècles et donc forcément un peu sale. Suite à cela, les humains devraient profiter d’un monde nouveau, global, les endroits les plus reculés ayant été aménagés dans la perspective d’une accessibilité optimale à tous les lieux du globe. La révolution politique qui a accompagné la révolution industrielle trouvera alors peut-être une fin, avec la fin du positivisme et le retour de la religion dans les débats entre les humains. La dépollution du monde est un minimum provenant de l’Occident car la révolution industrielle a été imposée de force à des millions d’humains sur la planète Terre, dont la plupart vivaient dans des conditions primitives et qui ont été acculturés, principalement dans le tiers-monde, en raison de l’ambition d’aménager la Terre avec les technologies découvertes en Europe et aux Etats-Unis. Il est normal d’envisager un grand nettoyage de la planète afin de ne pas laisser le monde sujet à la folie industrielle, qui commence à révolter de plus en plus de peuples parmi les moins développés. Il est très important que les hommes puissent communiquer entre eux en dehors de la folie industrielle et plus proche de valeurs spirituelles communes. La révolution industrielle pourrait encore durer très longtemps, car les hommes ne cessent d’inventer de nouvelles technologies utopiques et de breveter de nouveaux procédés. Ils demeurent cependant conscients de la nécessité de ne pas abuser des technosciences, qui pourraient abimer le monde si elles étaient utilisées d’une manière abusive. La dépollution serait la preuve d’une forme de sagesse de la part du capitalisme postindustriel, et permettrait d’entamer une période complémentaire à la révolution industrielle, celle de la révolution écologique, permettant une purification de l’environnement. Jacques Chirac plaidait déjà en 2003 pour une révolution écologique humaniste, dans laquelle s’inscrirait le projet de dépollution des océans. Ce projet fut aussi développé dans une nouvelle de science-fiction de Jean-Claude Dunyach, un des auteurs français les plus connus, dans l’anthologie Moissons Futures , dans lequel il envisage la possibilité de dépolluer la planète grâce à une algue :
« Ce sont les caulerpa qui font le travail. Cette variété se nourrit de toutes les substances que nous considérons comme des polluants. Elle prolifère dans les sites les plus atteints et restaure la pureté de l’eau en quelques mois. Nous avons fait des essais en vraie grandeur autour de l’île, le résultat est spectaculaire.
– La trace de pétrole que j’avais aperçue en arrivant, murmura Cayre.
– Une heure plus tard, vous auriez été incapable de la repérer » 1 .
A titre d’exemple, le chinois Ye Yao a développé un robot nettoyeur capable de traiter l’eau de mer. Ce type d’appareil est très intéressant car il permettrait d’épurer l’eau de mer à un haut niveau dans les prochaines décennies, alors que l’eau pourrait manquer en raison de la surpopulation, notamment dans les pays du tiers-monde. Les technosciences écologiques n’en sont encore qu’à leurs débuts mais pourraient devenir un marché très important dans les prochaines années si les autorités politiques de la planète décident que la dépollution constitue un dessein suffisamment mobilisateur pour un grand nombre d’écocitoyens, déjà habitués à réaliser des gestes quotidiens comme le tri des déchets ou l’utilisation de voitures électriques. La difficulté de cette ambition réside dans le risque de limiter le nombre des échanges commerciaux utilisant les océans ou les mers, et contribuant à leur pollution. Il n’est que très difficilement concevable que les humains limitent le commerce pour ne pas polluer, mais il est cependant important, voire indispensable, de consacrer une part plus importante de la main d’œuvre mondiale à la sauvegarde des équilibres écologiques, en particulier dans les milieux marins. Le capitalisme global doit reposer sur un pacte au niveau mondial pour assurer la coopération de toutes les entreprises et de tous les états à un développement collectif harmonieux et solidaire. C’est pourquoi l’ONU doit prendre en charge la création de règles et de chartes auxquelles doivent adhérer. Le Pacte Mondial invite les entreprises à adopter, soutenir et appliquer dans leur sphère d’influence un ensemble de valeurs fondamentales, dans les domaines des droits de l’homme, des normes de travail et de l’environnement, et de lutte contre la corruption.
L’empire du virtuel
Suite à la fusion entre Alcatel et Lucent, la France a acquis un des centres de R&D les plus connus et les plus réputés du monde, les Bell Labs, qui ont produit de nombreux prix Nobel. Par ailleurs, la France dispose d’un autre centre de R&D très important dans le domaine des télécommunications : les Orange Labs, dont le rebranding de 2006 est venu modifier le nom originel : France Télécom R&D. La France dispose de très bons centres de recherche et développement dans le domaine des télécommunications, avec celui de Thomson, et celui de Vivendi, ce qui pourrait mener à une évolution très intéressante dans le domaine du virtuel, en raison, et surtout à la condition de synergies et de collaborations entre les centres de recherche, qui pourraient bien prendre de l’avance sur les anglo-saxons dans la réalisation des prophéties science-fictionnelles sur la réalité virtuelle. Il est normal que les français s’emparent de ces centres et mettent en place d’ambitieuses politiques d’innovation dans le domaine de la réalité virtuelle dans la mesure où ce pays a déjà inventé la télématique à la fin des années 1970 et en a fait un succès populaire, avant l’arrivée d’Internet. Il est donc probable que les achats importants de la France dans le domaine des télécommunications soient la conséquence d’ambitions technologiques, voire territoriales. L’industrie de l’informatique est en revanche en retard, voire inexistante en France, en raison de l’abandon quasi-total de ce secteur par les français et l’échec de Bull, même si cette entreprise pourrait redevenir un acteur majeur de l’informatique dans les années 2010 en raison de sa maitrise de la technologie des superordinateurs. Les technologies de l’image intéressent cependant beaucoup ce peuple, qui a notamment créé le Futuroscope, qui montre les technologies de l’image les plus futuristes. Avec les Bell Labs et les Orange Labs, la France est équipée de centres de R&D d’un niveau quasiment inégalable qui pourront mettre en place des réseaux de plus en plus puissants, à condition que les ordinateurs soient de plus en plus puissants. Il n’est pas à exclure que ce pays doive aussi investir dans des centres de R&D en informatique très importants pour développer des gigaordinateurs adaptés aux giga-débits des câbles en fibre optique des Bell Labs, qui seraient déjà capables, théoriquement, de développer et d’apporter chez les citoyens des mondes virtuels immersifs, si la capacité des ordinateurs était suffisante. Si la vision de William Gibson du cyberespace décrivait un réseau informatique immersif très sophistiqué, d’autres auteurs de science-fiction ont présenté des technologies utopiques d’immersion virtuelle encore plus intéressantes, comme Neal Stephenson et son métavers. Cette technologie constitue une perspective très stimulante pour les ingénieurs et les stratèges des laboratoires déjà cités, et la création de conglomérats de laboratoires innovants constitue une perspective très intéressante pour réaliser ce type de représentations utopiques au niveau technologique, voire commercial. Videndi est un acteur très important de la création de contenus pour le cyberespace (avec Vivendi Games). Orange est un leader mondial incontesté de création du réseau de fibre optiques et un fournisseur d’accès très compétitif. Thomson assure la création de logiciels et de solutions pour la création de films, les technologies de l’image ou le cinéma du futur. Alcatel Lucent propose des solutions pour la création des fibres optiques pour les opérateurs. Cette alliance d’entreprises très performantes en R&D qui déposent des milliers de brevets chaque année pourrait permettre la création d’un réseau digne du cyberespace ou du métavers plus rapidement que prévu en France, et peut-être même avant que les américains y parviennent. La France constitue, dans la lignée du Futuroscope, un laboratoire expérimental en avance sur le reste du monde dans le domaine de la réalité virtuelle immersive.
Les citoyens des sociétés postindustrielles passent de plus en plus de temps connectés à leurs systèmes informatiques à développer des programmes ou à évoluer dans des réseaux sociaux. Ils conçoivent des identités virtuelles qui posent des questions psychologiques relatives à la mutation des paradigmes identitaires sous l’influence des TIC. L’identité psychanalytique qui dominait la société des années 1980 est challengée drastiquement par les identités virtuelles, issues du courant schizoanalytique longtemps dénoncé comme déviant, voire inassumable, en raison notamment de la contribution des philosophes Deleuze et Guattari à leur conceptualisation. Suite à l’arrivée d’Internet, et du web2.0, les individus développèrent leurs identités dans le cyberespace, et de moins en moins en face d’un psychothérapeute, même si cette pratique demeure fréquente dans les années 2000 en raison du succès important de la psychiatrie dans les sociétés occidentales, dans la mesure où ce système de régulation sociale fut un élément fondamental de l’organisation sociétale de la génération des hippies et des soixante-huitards. La génération ultérieure développe des identités schizoïdes, liées à l’expression narcissique du soi dans des blogs ou des sites internet qui visent à mettre en valeur un discours individuel, comme le faisait le psychanalyste qui avait pour fonction d’écouter les patients pour les parents des enfants du virtuel. Une différence sociétale importante est donc flagrante entre les deux générations. Si les parents ont développé leur discours et leur identité chez le psychanalyste, et ont très peu exprimé leur identité personnelle dans la sphère publique d’une manière originale, leurs enfants peuvent exprimer leur originalité ou leur folie dans les réseaux virtuels, où ils peuvent même se travestir sous la forme d’avatars. L’impact de cette mutation dans les méthodes de construction identitaire en Occident est difficile à évaluer, surtout par anticipation, même s’il est possible d’édicter quelques hypothèses suite à des recherches établies pendant plusieurs années pour établir les conditions d’interaction entre les fictions et la praxéologie. Il a été établi que la science-fiction, par exemple, avait contribué à structurer les stratégies des grandes entreprises technologiques. Il est aussi avéré que les grands auteurs de la littérature bourgeoise comme Alexandre Dumas ou Emile Zola ont participé à la construction d’un socle fictionnel structurant la régulation de l’ordre social dans la République française, principalement en suscitant des pathologies, ou plus précisément des biais cognitifs assimilés collectivement. Les mythes littéraires et les récits des grandes religions, et en particulier de la Bible , dont ces derniers ne sont que des réactualisations, constituent les structures cognitives des individus des sociétés occidentales, ce qui explique la répétition et la normalité des situations, et donc la stabilité des sociétés. Avec l’apparition d’Internet, les identités virtuelles sont immergées dans des fictions de plus en plus éclatées, ce qui participe à une société schizophrénique instituée et normalisée. Il serait hasardeux de définir ces identités comme pathologiques sous prétexte qu’elles sont schizophréniques alors qu’elles reposent effectivement sur une structure technologique schizophrénique, la réalité virtuelle étant considérée par la plupart des experts comme une technologie schizoïde 2 . Les mondes virtuels reposent sur une forme de storytelling qui immerge les individus dans des micro-fictions, des micro-délires collectifs qui permettent l’éclatement des sociétés et le ralliement final des individus aux grandes religions, après qu’ils aient contesté les idéologies qui leur faisaient de la concurrence pour promouvoir l’expression de leurs identités virtuelles. La doctrine psychomarxiste qui fut diffusée en Occident suite au génocide des juifs mena à une contestation virulente des individus qui détruisirent les grandes idéologies pour promouvoir l’expression individuelle dans le cyberespace. L’ère du storytelling, ou des micro-fictions individuelles ne peut cependant pas s’effectuer en dehors d’un cadre totalisant reposant sur la validation des grandes religions comme les structures ultimes de l’esprit humain, dont la contestation pourrait mener au satanisme, et à la décadence, voire même à l’échec de la structure virtuelle qui pourrait, si elle n’était pas appréciée par les institutions religieuses, être détruite comme dans le récit de la tour de Babel. L’évolution d’Internet a poussé certains détracteurs à affirmer que cette technologie incarnait le règne de Satan sur la planète Terre. D’autres ont estimé qu’il s’agissait d’un nouveau cadeau de Dieu aux humains, un journaliste américain ayant même un jour estimé que Google était un peu comme Dieu. Suite au constat de la perte d’influence des récits de la littérature bourgeoise en France et en Europe sous l’influence de la science-fiction, l’ère postmoderne fut considérée comme une période très stimulante et très créative par la plupart des citoyens occidentaux, à l’exception des enfants d’immigrés qui ne souhaitèrent pas s’identifier à la technocratie en effectuant une révolte satanique. L’ère de la science-fiction a permis la mise en place d’Internet, et le passage vers une nouvelle structure fictionnelle de la réalité postmoderne, ou hyperréalité. Les individus évoluent selon les schémas cognitifs du storytelling, sauf ceux qui se sont révoltés contre l’évolution jugée satanique de la société vers une forme de « néo-post-modernisme » dans lequel les fictions des mondes virtuels structurent les identités individuelles et collectives, dans la mesure où les internautes soumis à ces influences sont en général des leaders d’opinion qui seront suivis dans les prochaines années et les prochaines décennies par les parties les moins éduquées de la population, qui finiront par acquérir progressivement les qualités intellectuelles et cognitives nécessaires pour comprendre l’évolution du monde technocratique à mesure que la technostructure estimera qu’il est intéressant pour sa pérennité de les formater et de les structurer identitairement et cognitivement pour correspondre aux exigences de la structure virtualiste de la civilisation. Les mondes virtuels constitueront de plus en plus des laboratoires d’expérimentations identitaires pour les citoyens, qui y apprendront les fictions dominantes, même s’ils devront aussi se purger de leurs mauvais comportements par la catharsis et la mimesis, qui sont complémentaires à l’assimilation des schémas collectifs dominants de la société, les grands mythes ou des récits dominants étant régulièrement répétés, ou plutôt, spontanément intégrés dans les processus réflexifs. La théorie d’Aristote explique que ces récits ne constituent pas des schémas directeurs, mais contribuent aux processus réflexifs, dans la mesure où il ne s’agit pas de reproduire les comportements, mais de s’en purger, tout en intégrant un message philosophique ou des règles sociétales présentes dans ces grands mythes théâtraux ou de fictions télévisuels. Dans le cadre de la réalité virtuelle, l’acteur interagit avec la fiction, ou le storytelling, et structure son identité. Des soldats peuvent se former à la guerre en évoluant dans des simulations, avant d’aller sur le terrain. La référence aux grandes religions, et notamment au christianisme est très importante dans l’évolution du réseau Internet, dans la perspective d’assurer l’évolution de cette technologie d’un point de vue aristotélicien, même si l’informatique est une technologie aristotélicienne, dans la mesure où elle repose sur un code binaire, comme la logique aristotélicienne qui repose sur le tout vrai ou le tout faux. Le virtuel n’est donc pas seulement une technologie schizoïde. Il s’agit aussi et surtout du vecteur de fiction identitaire du nouveau millénaire, permettant la mimesis et la catharsis des individus connectés et recevant les messages du système divin. Dans Le migrant Online, Nouveaux modèles migratoires à l’ère du numérique , Mihaela Nedelcu explique que les TIC contribuent aux nouveaux modèles migratoires dans un monde cosmopolitique. Grâce aux TIC, les migrants peuvent plus facilement structurer leur identité et accéder à des référents communs à tous les lieux de la planète. Ce type de personne s’intègre normalement dans un monde devenu réflexif, comme l’explique Beck dans un article intitulé « The theory of reflexive Modernisation. Problematic, Hypotheses and Research Programme » 3 et « liquide », selon la métaphore de Bauman dans La vie Liquide . Le migrant online, dans la continuité des bobos, s’inscrit dans une dialectique cosmopolite dans laquelle les frontières et les valeurs locales, voire grégaires, ne constituent plus des contraintes très importantes. Mihaela Nedelcu estime aussi qu’Internet encourage le développement d’un « networked individualism », selon la définition de Wellman et Hogan 4 . Cet ouvrage de sociologie des migrations est original dans le mesure où il repose aussi sur une sociologie des pratiques virtuelles, aussi nommée netographie, ou sociologie « électronique », dont les fondements théoriques et épistémologiques furent définis par Arturo Escobar dans un article de juin 1994 de la revue Current Anthropology intitulé « Welcome to Cyberia, Notes on the Anthropology of Cyberculture » dans lequel il expliquait la nécessité de développer des « études cyberculturelles » dont la perspective est de comprendre comment la construction de la réalité est modifiée par l’incursion des TIC dans les environnements sociaux. Les espaces virtuels comme les chats ou les réseaux sociaux comme Myspace ou Facebook contribuent à la création d’identités transnationales assurant le développement d’une société cosmopolite très puissante et consciente de trajectoires globales au niveau d’une classe sociale composée de personnes provenant de tous les pays de la planète et rêvant souvent de créer une démocratie planétaire dans laquelle le virtuel assurerait la pacification des communications. Si Escobar définit le concept de cyberculture en 1994 dans la perspective d’établir son anthropologie, David Hakken prolonge cette ambition dans un ouvrage intitulé Cyborgs@Cyberspace (1999). Puis, les sociologues Daniel Miller et Don Slater prolongèrent cette approche à travers une ethnographie holistique d’Internet intitulée The Internet : an Ethnographic Approach .
Heim développe dans son ouvrage The metaphysics of virtual reality une rétrospective des différents mouvements ayant contribué à élaborer une métaphysique de la réalité virtuelle. La science-fiction a joué un rôle important dans la définition des critères de la virtualité, et a permis la diffusion de concepts centraux dans la mise en place de tels systèmes. La réalité virtuelle fonctionne autour de concepts autant techniques que philosophiques, et on peut la considérer comme la matérialisation d’une pensée métaphysique sous-jacente. Heim développe une définition de la réalité virtuelle autour de six concepts fondamentaux dans un chapitre intitulé « The essence of virtual reality » 5 : la simulation, l’interaction, l’immersion, la téléprésence, les réseaux de communication et la réalité augmentée.
a. La simulation repose selon l’auteur sur la capacité à générer des systèmes de son tridimensionnel. La simulation est aussi iconique puisque l’individu doit percevoir au minimum la facticité de son environnement. Il est plongé dans un lieu technologique à l’apparence naturelle, technonaturel. Car la simulation assure l’hybridation du naturel et du technologique en un système qui implique une adaptation des sens à un univers de simulation synthétique. Réalité synthétique et réalité virtuelle permettent la sensation de simulation, au service de l’illusion.
b. L’interaction virtuelle est celle permise par les nouvelles technologies de télécommmunication, depuis le téléphone jusqu’aux réseaux de systèmes de réalité virtuelle. Les lieux de sociabilité virtuelle sont constitués par les universités virtuelles, les salles de classe virtuelle par exemple. Les réseaux d’ordinateurs permettent la sensation de sociabilité virtuelle, mais ne permettent pas l’interaction technonaturelle. L’interaction est toujours factice, médiée par une infrastructure technique érigée en rempart à l’interaction naturelle. Dans les installations de Myron Krueger, dans les années 1960, les caméras suivent le corps de l’utilisateur et les ordinateurs synthétisent ses mouvements avec l’environnement artificiel.
c. L’immersion permet la sensation par la réalité virtuelle que tout est artificiel. Pourtant, l’artificialité de l’environnement doit sembler naturelle. On trouve ce type de sensation dans les programmes de simulation et d’immersion pour les pilotes et les astronautes, qui doivent avoir la sensation d’être immergés dans un système réel pour mener à bien leur expérience.
d. La téléprésence apporte une autre dimension à la réalité virtuelle en assurant le partage d’un lieu virtuel ponctuel. Elle permet, notamment grâce aux robots de réalité virtuelle, d’avoir la sensation d’être présent en un lieu tout en étant physiquement présent en un autre.
e. Les réseaux de communication : Heim estime que l’essence de la réalité virtuelle puise ses racines dans deux œuvres de science-fiction, chez Gibson et dans Star Trek . Il pose cette question : « What is the essence of virtual reality, its inner spirit, the cultural motor that propels the technology ? ». Il faut se plonger dans la science-fiction pour trouver une réponse à cette question. Le courant ne décrit que partiellement l’infrastructure technologique qui sous-tend l’avènement d’une telle technique, en l’occurrence des réseaux de télécommunication. En revanche, il décrit les terminaux futuristes et les systèmes de réalité virtuelle rendus possible par des politiques d’innovation d’un passé non évoqué. L’innovation technologique de la science-fiction semble être naturelle. Elle est issue d’un univers qui l’a assimilée et qui ne considère pas comme extraordinaire. La technonaturalité de l’innovation science-fictionnelle lui confère une dimension réaliste qui incite les ingénieurs à mettre en place des projets de recherche visant à la réaliser.
f. La réalité augmentée : elle est conçue comme un système qui rend possible de superposer l’image d’un modèle 3D des objets virtuels et une image de la réalité en temps réel. Elle permet de générer un type de réalité alternatif calqué sur la réalité première. Elle assure la création d’un cyberespace visible qui génère des flux d’informations palpables dans la réalité. Le cyberespace produit par la réalité augmentée permet d’immerger l’individu dans une virtualité tout en restant en contact avec la réalité.
Ainsi, la métaphysique de la réalité virtuelle fait appel à des concepts développés par la science-fiction, qui a contribué à engendrer un rêve technologique et des politiques d’innovation. Jean Brun propose d’intégrer le développement de la réalité virtuelle dans un processus permettant d’accéder à une forme de surréalité pensée par des poètes :
« Saint Pol-Roux songe à un appareil qu’il baptise « idéoréalisateur » qui serait capable de créer des êtres images et de les projeter ensuite dans l’espace et dans le temps. Par conséquent, le cinéma actuel n’est que le « Cro-Magnon du cinéma futur », celui-ci devra permettre à l’homme d’entrer dans la « posthistoire » car « le destin va se cristalliser, va se corporiser. Le cinéma sera organique » 6 . (…) Le cinéma sortira alors de l’écran et deviendra vivant : “on surcréera les autres, on se surcréera soi-même” ». (…)
Toutes les spéculations de Saint-Pol-Roux sur des télétransporteurs et des synthétiseurs de présence, ainsi que sont évocation d’une surcréation, s’inscrivent dans des perspectives voisines de celles des surréalistes désireux d’accéder à une surréalité où le rêve et la vie cesseraient d’être perçus comme contradictoires ». Le thème de la réalité virtuelle est présent dans l’art, la poésie et la science-fiction depuis les années 1970. Elle est conçue comme le développement d’un cinéma futuriste grâce auquel il sera possible d’interagir avec un environnement factice mais en de nombreux points similaire avec la réalité « traditionnelle ». La réalité artificielle devrait constituer un complément à la réalité naturelle, reposant sur la simulation d’une surréalité. La réalité virtuelle constitue un rêve mobilisateur et Brun estime que « c’est ainsi que, dans un siècle qui prétend ne travailler que sur du concret au lieu de poursuivre des chimères, a pu surgir une drogue nouvelle : celle de la réalité virtuelle » 7 . De même, il affirme que « l’idée onirique d’apollinaire et de Saint-Pol-Roux se trouve donc aujourd’hui au principe de recherches dans les laboratoires » 8 . La recherche en réalité virtuelle a suscité la production de nombreux discours contribuant à structurer le rêve d’une nouvelle forme de média, immersif et générateur d’une nouvelle forme de réalité virtuelle. Depuis le roman de Simak (1961), les systèmes de réalité virtuelle se sont succédés dans la science-fiction et les rêves de réalités artificielles ont incité les poètes à rédiger des textes d’inspiration Baudelairienne qui ont eux-mêmes inspiré les ingénieurs et chercheurs en réalité virtuelle. Les récits de science-fiction présentent une forme d’ambivalence par rapport à une technologie émergente. John Markoff explique dans son livre What the Dormouse said, How the 60’s Counterculture Shaped the Personal Computer Industry l’influence de la contreculture dans la création de l’industrie informatique dans les années 1950-60, et notamment du mouvement hippie. Il explique que de nombreux concepts, comme le Standford Research Institute (SRI) et le Palo Alto Research Center (PARC) de Xerox furent imaginés autour de Kepler Bookstore dans les années 1960. Le web
2.0 a généré de nombreuses expressions provenant de théoriciens variés expliquant la dimension sociologique de la révolution du virtuel. La bloggeuse Kathy Sierre, proche de Tim O’Reilly, a évoqué la « bêtise des foules », et Jaron Lanier a estimé qu’il fallait se méfier du « maoïsme digital », qui mènerait à une forme de collectivisme virtuel. Nicholas Carr a par ailleurs estimé qu’il fallait relativiser les conceptions des fondateurs du web, trop inspirés par des approches métaphysiques ou spirituelles. Il dénonce les pulsions « quasi religieuses » et la « métaphysique du web » élaborées par des êtres proches des mouvements hippies dans un essai intitulé L’amoralité du web2.0. Andrew Keen s’est aussi intéressé à l’immoralité du web 2.0 en raison de la trop grande liberté d’expression laissée aux amateurs dans cette nouvelle évolution d’Internet. Son ouvrage s’intitule The Cult of the amateur, How Today’s Internet is Killing our Culture . La tendance à la critique du web2.0 s’explique par la résistance d’une mentalité d’experts et d’informaticiens qui voient progressivement le web qu’ils avaient créé dans un esprit scientifique et utopiste se développer avec l’adhésion des masses qui les avaient longtemps conçus comme des psychopathes ou des êtres très étranges voire dangereux pour la mentalité collective, comme c’est souvent le cas chez les innovateurs qui sont marginalisés jusqu’à ce que leur découverte soit assimilée progressivement par les marchés qui les utilisent pour optimiser leur confort. La démocratisation du web à travers le web2.0 s’accompagne d’une évolution de la mentalité primordiale liée à l’invention et à l’innovation. Il s’agit de la phase de canalisation de la technologie, c’est-à-dire de la castration du délire originel pour sa banalisation, pour reprendre la typologie établie précédemment pour expliquer les différentes étapes de la normalisation idéologique de la technique. Le web 2.0 constitue une étape importante avant la création du réseau de systèmes de réalité virtuelle assurant la démocratisation des identités virtuelles qui sont au fondement d’une société nouvelle reposant sur le développement de foules intelligentes et d’une intelligence collective, les amateurs développant leurs propres identités sur le web imitant bien souvent les experts les artistes et plus généralement les membres des professions intellectuelles supérieures qui utilisent le plus le web pour développer la société de la connaissance. Après la focalisation des objectifs dans des ouvrages de science-fiction et dans des textes utopiques lors de l’époque des contrecultures pendant lesquelles les ingénieurs expérimentaient aussi bien de nouvelles technologies que des drogues hallucinatoires comme le LSD, la canalisation du délire de ces précurseurs passe par un usage démocratique du web et par la création d’un nombre considérables d’identités virtuelles, le concept étant au centre de la nouvelle société du virtuel en émergence. La phase de la neutralisation passera par l’émergence d’autres enjeux, et par la prise de conscience que le web est une technologie quasiment finie, dont les évolutions seront modestes dans le futur, comme ce fut le cas pour la télévision dans les années 2000. La phase du web 2.0 se caractérise par le développement exponentiel des identités virtuelles, et est comparables à la phase de la téléréalité des années 1990, pendant lesquelles les individus se ruèrent en masse sur les plateaux télévisés, jusqu’à provoquer le rejet partiel de ce média en raison de la présence trop importante de personnes vulgaires ou anonymes, alors que les téléspectateurs étaient habitués à regarder des programmes avec de nombreuses stars. La convergence entre la télévision et le web provoquera probablement l’émergence d’une technologie suffisamment intelligente pour assurer un contrôle social optimal et l’harmonisation des consciences au niveau planétaire.
Le turbo-capitalisme séquentiel
Pendant toute l’année 2008, quelque chose semblait mal fonctionner dans le système économique mondial, ou ne plus être adapté au système. Le capitalisme évolue, et les formules mathématiques semblaient inadaptées à l’Occident, qui plongeait dans une des plus graves crises financières de son histoire. La question du chainon mathématique erroné apparut rapidement comme la solution la plus probable à la question des causes de la crise. Et si les ordinateurs, et les équations mathématiques qui organisent le système international avaient buggé ? Et si le grand bug de l’an 2000 était lié à une erreur mathématique infime qui empêchait l’informatique planétaire d’organiser l’économie d’une manière optimale ? La réponse mit du temps à apparaître au grand jour. La faute est, selon la revue

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