L’ordi, nouveau membre de la famille ?
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Description

« L’ordi, il faut choisir : le casser ou divorcer... », « Comment résister à l’envahisseur ? », « Facebook a explosé mon couple ! » : de nombreuses personnes se plaignent de la place prise par l’ordinateur dans la famille.

Qu’il n’y en ait qu’un à se partager ou que chacun possède le sien, l’ordinateur est entré dans le quotidien de la famille. Pour un travail scolaire, une recette culinaire ou toute autre question qui surgit dans la conversation, le premier réflexe est de chercher la réponse sur internet. Pour le payement des factures, les réservations de voyages, l’album photos des vacances, la déclaration de contributions, un travail professionnel à terminer, c’est devant l’écran que cela se passe. Sans compter qu’avec les mails, les chats, les blogs et maintenant les réseaux sociaux comme Facebook, un grand nombre de relations se créent ou s’entretiennent par ce biais...

Mais qu’en est-il de l’ambiance familiale ? Est-elle nourrie ou perturbée par ces nouveaux comportements ? À côté des bénéfices et des gains de temps, le manque de sommeil, les repas expédiés, les plantages de la machine assortis d’énervement, les tensions entre partenaires ou entre parents et enfants sont fréquents. L’ordinateur n’est pas un objet innocent comme le lave-linge, c’est une véritable présence dans la maison qui modifie les relations entre les personnes.

Ce dossier fait état des joies et des difficultés rencontrées par les couples et les familles. En confrontant les expériences quotidiennes et l’analyse des spécialistes, il essaie de promouvoir des comportements qui favorisent des relations harmonieuses entre les personnes.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782931191002
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0011€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’ordi, nouveau membre de la famille ?
Dossier n° 89
Sommaire Introduction Le paysage aujourd’hui Accélération de l’Histoire Déjà vieilles les N tics ? Sévigné aujourd’hui Les relations de couple Quand l’ordi est l’affaire d’un seul L’ordinateur dans le couple, une sorte de triolisme moderne ? Amours virtuelles. E-affectivité et/ou E-marivaudage L’ordinateur, elle et lui Facebook éclate mon couple L’ordinateur dans la famille Comment faire face aux nouveaux envahisseurs ? Notre fils nous a éjectés de sa liste d’amis L’ordinateur au sein de la famille : un véritable observatoire Votre enfant et internet En société À l’école primaire Écran, mon bel écran, dis-moi qui je fréquent e Quand le web devient lieu de partage et de communication Personnalités multiples pour un d-rôle de jeu Bye bye Facebook Conclusion Boîte à outils
Introduction
L’ordi, nouveau membre de la famille ?
Il y a 25 ans, l’ordinateur était encore une machine une peu mystérieuse, aux capacités que l’on disait fabuleuses, réservée aux grosses entreprises. Puis il s’est généralisé dans le milieu professionnel, jusque dans les petites entités de travail. Par la suite, l’ordinateur est apparu peu à peu dans l’univers familial, d’abord chez les pionniers et les mieux nantis, pour se répandre ensuite dans de larges couches de la société, un peu comme la télévision le fit jadis. Et si l’on en croit le sondage que nous avons réalisé dans quelques écoles, de très nombreuses familles possèdent aujourd’hui plusieurs ordinateurs.

L’ordinateur d’il y a 25 ans n’a plus grand-chose à voir avec ceux que l’on connaît actuellement : moins encombrant, moins cher, plus facile d’utilisation, aux possibilités beaucoup plus étendues. L’internet ne s’est répandu que fin des années 90, avec toutes les applications qu’il a rendues possibles : courriers électroniques, sites de rencontres, accès à des contenus multimédia, sites d’achat en ligne et plus récemment réseaux sociaux.

Dans les familles, les utilisations de l’ordinateur sont désormais multiples et fréquentes. Les enfants l’utilisent de manière ludique avant même de savoir lire, les ados y passent de longues heures à jouer ou à se mettre en contact avec leurs pairs, les adultes l’utilisent aussi bien pour la gestion de la vie familiale quotidienne que pour leurs loisirs. Même ceux qui sont parvenus jusqu’ici à résister, parce que leur emploi professionnel ne les y oblige pas, sont bien forcés de constater les merveilles que l’ordinateur rend possibles et demandent l’aide d’un proche pour les opérations de plus en plus nombreuses qui deviennent difficiles sans lui.

À côté de tous les possibles qui se sont ouverts grâce à l’ordinateur, tant au niveau technique, de l’accès aux connaissances que des liens entre les personnes, il faut bien constater que des grincements de dents se font entendre. Comme pour la télévision, les parents sont confrontés à la difficulté d’encadrer l’utilisation de l’ordinateur par leurs enfants : le temps qu’ils y passent, l’emploi qu’ils en font et les effets néfastes que certains contenus pourraient avoir. Ils craignent aussi, surtout pour les ados, qu’ils s’enferment dans un univers virtuel et se coupent des relations sociales réelles. Dans les couples, l’ordinateur signifie souvent l’envahissement de l’espace privé par la sphère professionnelle, tant il est facile de terminer à la maison un travail en cours. Mais il provoque aussi de nombreuses tensions : parce que l’un des deux semble se couper de la relation et se réfugier devant son écran, parce que la consultation de certains sites ou les relations virtuelles entretenues avec des personnes bien réelles apparaît à l’autre comme une infidélité, etc. Tant et si bien que l’ordinateur apparaît parfois comme un rival ou un envahisseur auquel il faut résister… Pourtant, chacun le sait : l’ordinateur et ses applications ne feront que se répandre et se multiplier. Pas la peine de vouloir le contrer !

Dans le cadre de ce dossier, nous avons réuni des couples, des parents, des professionnels des médias. Comme les évolutions sont très rapides, nous avons voulu prendre le temps d’échanger et de réfléchir aux effets de ces nouvelles technologies sur la vie relationnelle et familiale. En écoutant et en confrontant les expériences et les points de vue, nous avons tenté de porter un regard critique sur la réalité d’aujourd’hui, dans le but de tracer des pistes pour une utilisation la plus humanisante possible des nouveaux outils. Nous espérons que ces pages permettront à chacun de s’interroger sur ses propres pratiques, afin que l’ordinateur devienne un facteur d’enrichissement des relations plutôt qu’une occasion de discorde.

José Gérard,
Couples et Familles
Éditions Feuilles Familiales
Le paysage aujourd’hui

Accélération de l’Histoire
L’ordinateur n’est pas seulement un outil qui a modifié les façons de travailler, il a changé profondément notre manière d’être en relation avec les autres et avec le monde environnan t [ 1 ↓ ] .

Le Moyen-Âge et ma Grand-mère

Que le temps passe sans que nous ne nous en rendions compte, ou en tout cas plus vite que nous le vivons, tout le monde l’éprouve. C’est que le temps de l’enfance et des impatiences de l’adolescence peut parfois s’étirer plus qu’il ne faudrait, alors qu’il prend de la vitesse au fur et à mesure de la croissance en âge.

Il doit en avoir été de même de tout temps, mais quelque chose de totalement neuf s’est déclenché il y a quelque 150 ans, avec la naissance de l’électricité sans doute. Si elle a commencé par nous éclairer autrement, elle a simultanément ouvert des chemins tout à fait imprévus ou qui ne relevaient jusqu’alors que de l’imaginaire. Tout en fut accéléré alors que, depuis des siècles, rien jamais ne s’était précipité vraiment.

Les populations du cœur du Moyen-âge vivaient-elles très différemment en effet, en termes de contexte matériel et de confort, que celles des débuts de l’ère industrielle ? Une de mes grands-mères était née peu avant 1880 dans une petite ferme de nos régions. Le sol y était de terre battue, on s’y éclairait à la chandelle, et on y passait sans autre séparation qu’une simple porte, de l’habitation à l’étable et à l’écurie.

Elle vécut jusque 93 ans. Elle n’avait pas seulement connu deux guerres — ce n’était pas cela qui était nouveau —, mais alors qu’elle ne savait que peu lire et moins encore écrire — à 11 ans, elle avait été mise au travail comme servante —, sans avoir pourtant fait fortune, elle passa du Moyen-Âge à l’ère de l’explosion des technologies : éclairage dans tous les recoins de sa maison, éclairage des rues et scintillement des néons multicolores, téléphone, appareils ménagers, radio puis télévision. Elle s’envola même dans ces drôles de machines qui, dans sa jeunesse, n’avaient pu voler que quelques mètres, et presque au ras des pâquerettes. Elles l’emmenèrent découvrir des lieux qu’elle ne soupçonnait même pas.

Le Moyen-Âge des télécommunications

Quand cette grand-mère est morte, je travaillais depuis quelques mois à peine dans l’administration d’une grosse entreprise publique du pays. Il y était question d’informatisation. Plutôt que d’effectuer le travail de façon traditionnelle, nous devions marquer des cartes de sorte à les magnétiser en fonction de données à encoder. Elles partaient ensuite dans une unité de traitement qui déversait des tonnes de listings dont il aurait fallu des jours et des jours de travail manuel pour atteindre les résultats qu’ils nous fournissaient.

Pour nous intéresser sans doute au travail nouveau auquel nous étions ainsi astreints, on nous conduisit un jour dans les lieux saints de cette unité de traitement. C’était de grandes salles, desservies par des hommes en blanc, comme dans les hôpitaux. Elles étaient tout entourées d’armoires vitrées dans lesquelles trônaient de grands disques. Ils tournaient tantôt dans le sens des aiguilles d’une montre, tantôt ils s’arrêtaient, tantôt ils repartaient vers l’arrière. Cela nous parut à la fois grandiose et aseptisé. Il n’y a pas 50 ans de cela.

L’ordinateur portable sur lequel je rédige ces lignes est bien moins grand que les machines à écrire que nous faisions crépiter à l’époque, et qui n’étaient même pas électriques encore. Sa capacité d’enregistrement et de traitement de données est pourtant bien plus grande que toutes les salles visitées ce jour-là et, chose inconcevable alors, si je le lui demande, il me met en contact direct avec le monde entier. Or il est là, chez moi, comme dans presque toutes les maisons, comme dans presque toutes les pièces des maisons même dans certains milieux.

Je ne sais si ma grand-mère a eu vraiment conscience de ce qu’elle passait du Moyen-Âge à l’ère moderne, même si elle s’est émerveillée de son voyage par-dessus les mers et les montagnes. Je ne suis pas certain d’être pleinement conscient de l’évolution que j’ai moi-même connue. Que nous connaissons tous d’ailleurs, car même les jeunes adultes qui se servent aujourd’hui de leur téléphone portable sans discontinuer, sont nés alors que personne ne s’en servait encore.

L’ordi dans ma vie : attention danger !

L’ordinateur est donc entré dans ma vie et y a pris place quotidiennement, alors que je n’aurais pas osé rêver du quart de la moitié de tout ce qu’il m’apporte.

Il est de bon ton de mettre en exergue tous les risques qu’il comporte, de l’assuétude à toutes sortes d’images, d’informations et de jeux, aux dérives les plus perverses. Ce n’est évidemment pas faux. Il importe donc de n’en pas devenir dépendant, de se prémunir des ravages qu’il peut effectivement causer, pour soi-même et plus encore pour les enfants. Une éducation à l’outil informatique est nécessaire comme est nécessaire l’éducation à tout moyen mis à notre disposition. Un couteau peut servir à tuer. Il est surtout utile pour couper le pain et la viande.

L’ordinateur peut servir à tuer aussi, autrement, mais efficacement, ou encore peut-il creuser plus encore la fracture sociale. Il est donc nécessaire et urgent d’en combattre les usages qui salissent l’humain et de tout mettre en œuvre par ailleurs pour que personne ne soit privé d’y recourir. Car c’est d’abord une ouverture grandiose sur le monde, sur la vie en société, sur les relations. Il ouvre à mille et un usages extraordinaires, de l’écriture au monde de l’art, de l’apprentissage aux perfectionnements les plus affinés, du rapprochement entre les plus lointains à des partages nouveaux entre ceux-là même qui sont proches. C’est au moins autant de cela qu’il faut témoigner.

L’ordi dans ma vie : ouverture infinie

Personnellement, et sans que j’en aie pour autant perdu le goût et l’usage de la calligraphie et du papier — mais n’est-ce pas un plaisir né de l’avoir pratiqué, mais pas plus utile aujourd’hui que le goût des madeleines de Marcel Proust n’était nécessaire pour nourrir son héros ? —, mon goût de l’écriture s’est surmultiplié. Goût de la poésie. Goût de la correspondance. Goût de la précision du langage et de la richesse des nuances. Goût aussi du recoupement de ce que je tente d’exprimer en le confrontant à la richesse d’une bibliothèque infinie qu’il m’est possible de consulter presque instantanément, là où, par le passé, il me fallait compulser, souvent sans le résultat recherché, les rayonnages par comparaison infime de ma bibliothèque.

Ma relation aux autres en a été insensiblement mais profondément modifiée. Les courriels se croisent et se répondent, là où trop souvent le temps laissait se tarir des échanges qui ne demandaient pourtant qu’à s’approfondir. Des informations se partagent qui tombaient parfois dans des non-dits bien involontaires, susceptibles de générer des malentendus et des conflits. Ainsi de ces « Petits Potins » que je rédige à l’adresse de mes enfants et petits-enfants : ce que j’ai dit aux uns, je l’ai dit aux autres dans la simultanéité. Par ailleurs, se constitue pas à pas, à travers eux, la mémoire de notre famille. Le but n’était pas là, le résultat n’en est pas moins né.

Renvoyé dans mon Moyen-Âge

Relation à moi-même aussi. Ma vie intérieure s’est enrichie de ce que je glane jour après jour dans ma réflexion. Là où je ne trouvais pas nécessairement le courage de retourner auprès d’un auteur, d’une citation qui m’avait marquée, de passages des Écritures qui m’avaient interpellé, un rien de savoir-faire sur la toile et me voilà alimenté de ce que ces échos avaient laissé vaguement en moi, mais que je retrouve aujourd’hui, sur le champ ou presque.

« Chers amis, nous disait un de nos professeurs dans les “humanités” d’hier, n’oubliez jamais que la mémoire est la seule de nos facultés qui oublie ». Ma mémoire défaille comme celle de chacune et de chacun de nous, et peut-être le fera-t-elle plus encore au fil des ans. Celle de mon ordinateur, prolongement extraordinaire de la mienne bien que dépendant d’elle, me permet de retrouver dans l’instant ou presque ce que m’a écrit telle amie il y a bien longtemps déjà, ce que m’a confié tel proche et qu’il m’importe de retrouver de manière précise, ce que je me suis promis à moi-même dans l’écriture, et dont je ne suis plus certain des bonnes raisons qui m’y avaient conduit.

L’ordinateur est entré un jour chez moi, et il a changé ma vie probablement bien plus que j’en ai conscience. Je n’ai en rien besoin de lui pour être heureux, mais si demain j’en étais privé, ce sont des pans entiers de mon mode actuel d’être au monde et en relation avec lui, mais aussi avec mes proches, famille et amis, et jusqu’avec moi-même, qui s’écrouleraient et que, sans lui, il ne me serait pas possible de reconstruire.

D’un instant à l’autre, je serais renvoyé… dans mon propre « Moyen Âge ».

____________________
1 ↑  Texte rédigé par Jean Hinnekens.
Déjà vieilles, les « N’tics »
Les technologies évoluant, les usages que nous faisons de ces outils de communication modifient nos rapports interpersonnels. On a pu craindre un moment que plus de virtualité allait tuer les contacts humains. Il semble qu’il n’en soit rien, à l’image de la télévision qui n’a pas tué la vie de famille. Du moins, là où l’on a appris à s’en servir et où l’on a exploité intelligemment son apport ludique et cognitif [ 1 ...

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