Guide pratique de l orateur. Pour s exprimer avec aisance et clarté.
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Description

Qui n’a jamais appréhendé le moment où il lui faudrait prendre la parole ? Qui n’a jamais rêvé d’être capable de communiquer à l’oral non seulement sans crainte mais aussi avec aisance, voire plaisir ? Qui n’a jamais été subjugué par la virtuosité d’un orateur ?Il est souvent d’usage de penser que l’art oratoire relève du talent inné donc d’une sorte de don. Pourtant, il n’en est rien. Car on ne naît pas orateur, on le devient. Celles et ceux qui sont les plus habiles pour communiquer à l’oral utilisent en vérité des techniques, parfois même des stratégies. Et c’est justement ce que vous propose cet ouvrage : vous révéler quelques-unes de ces techniques et stratégies. Ainsi apprendrez-vous à travers ces pages à préparer au mieux une prestation orale. Ainsi comprendrez-vous comment la mettre en œuvre efficacement. Ainsi découvrirez-vous qu’il est possible d’affirmer votre charisme et de le développer. Ainsi appréhenderez-vous les vertus de l’empathie dont vous saurez faire votre alliée.Clair, accessible, illustré de nombreux exemples et exercices, ce Petit guide pratique de l’orateur s’adresse donc à toutes les personnes qui désirent améliorer leur capacité à s’exprimer à l’oral, qu’elles soient débutantes non expérimentées ou encore professionnelles de la prise de parole. Franck Bellucci est comédien, écrivain et professeur. Il enseigne notamment la communication orale à l’école polytechnique de l’Université d’Orléans et anime des ateliers de pratique théâtrale et d’éloquence. Il a déjà publié plusieurs livres (romans, théâtre, nouvelles, essais).

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 septembre 2021
Nombre de lectures 1
EAN13 9782340059849
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0750€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

« L’éloquence, qui des plus petites choses en sait faire de grandes… »
Lettre de Vincent Voiture au Duc d’Enghien , 1646.


Introduction
Vous devez préparer une intervention orale mais l’idée même de prendre la parole devant un public plus ou moins large vous angoisse ? Vous allez animer une réunion, faire une conférence, dispenser un cours, présenter une soutenance ou un exposé, intervenir devant un jury, passer un entretien d’embauche, et vous appréhendez cette épreuve ? Vous êtes déjà un peu habitué à prendre la parole en public mais vous souhaiteriez améliorer plus encore vos performances et parfaire vos prestations ? Cet ouvrage s’adresse donc bien à vous et vous devriez y trouver quelques informations, conseils et techniques qui vous seront certainement utiles.
L’éloquence n’est pas un don
Et pour commencer cette exploration de l’art de la parole, il convient d’emblée d’infirmer une idée trop communément admise selon laquelle l’éloquence serait un don des fées que d’aucuns posséderaient alors que d’autres en seraient hélas dépourvus. Comme si, dès la naissance, on pouvait deviner au son du cri d’un bébé qu’il sera un beau parleur et aux pleurs d’un autre qu’il sera un piètre orateur ! Que nenni ! L’art de parler n’est en aucun cas un talent inné et peut tout à fait s’acquérir moyennant quelques connaissances et, surtout, beaucoup de pratique. Certes, certains individus ont plus de facilités que d’autres et révèlent très tôt des prédispositions en la matière. Il n’en demeure pas moins que n’importe qui peut progresser et devenir un orateur sinon extraordinaire, tout du moins tout à fait honorable et respectable. Du reste, j’ai souvent pour habitude de mettre en garde les personnes qui parlent avec beaucoup d’aisance. En effet, leurs prédispositions peuvent parfois les piéger et les conduire à des maladresses à bien des égards regrettables. Comme pour n’importe quelle pratique, il faut toujours se méfier de ce qui semble trop simple et de ce qu’on pense pouvoir faire facilement car c’est souvent à ce moment-là qu’on en vient à commettre de grossières erreurs. C’est pourquoi un ouvrage comme celui-ci a bel et bien une raison d’être : quiconque le lira avec attention retiendra quelques principes clés et pourra s’améliorer, acquérir des réflexes et, partant, gagner en efficacité. En bientôt 35 ans de carrière dans l’enseignement secondaire et supérieur, et notamment depuis que j’enseigne la communication orale en école d’ingénieurs, j’ai côtoyé de nombreux élèves et étudiants pour lesquels prendre la parole était une contrainte et qui, de toute évidence, rencontraient de nombreuses difficultés dès lors qu’ils devaient s’exprimer à haute voix devant un public, fût-il restreint et connu. Pourtant, beaucoup d’entre eux ayant compris qu’ils ne pouvaient que progresser s’ils s’en donnaient les moyens ont évolué de manière très favorable. Bien sûr, la métamorphose ne s’est pas produite instantanément ni facilement. Il leur a fallu travailler. Il leur a fallu assimiler certains outils, comprendre divers phénomènes et surtout pratiquer, encore et encore. Quoi qu’il en soit, à plusieurs reprises dans ma carrière, j’ai été stupéfait de constater l’évolution de certains élèves ou étudiants en matière de communication orale. Je me souviens notamment d’un étudiant, très timide, introverti, que j’avais vu faire un exposé devant ses camarades en première année postbac et qui avait alors multiplié les gaucheries. Pour être sincère, sa prestation avait été calamiteuse. En fait, il avait été le parfait contre-exemple à ne surtout pas imiter ! J’aurais presque pu dire aux étudiants du groupe de faire exactement le contraire de ce à quoi ils avaient assisté s’ils voulaient être bons à l’oral. Ce jour-là, j’avais donc eu face à moi un étudiant très fâché avec l’oral et qui, non seulement avait complètement loupé son exposé, mais aussi et surtout avait affreusement souffert en le faisant. Mais cet étudiant n’était pas du genre à se résigner et comptait bel et bien apprendre à s’exprimer en public. Aussi, pendant tout le temps que dura sa scolarité en école d’ingénieurs, motivé par mes encouragements et attentif à tous les conseils qui pouvaient lui être donnés, ce jeune homme a-t-il fourni des efforts considérables s’obligeant toujours à combler ses lacunes, s’attachant à assimiler des outils et des techniques et s’astreignant à s’exercer le plus souvent possible. De toute façon, et à juste titre, il était convaincu qu’il ne pouvait rester un mauvais orateur s’il voulait prétendre à une belle carrière. Et ce travail assidu porta ses fruits ! En effet, quatre années plus tard, alors que j’étais membre du jury d’une soutenance de fin d’études, je découvris que le candidat du jour n’était autre que l’étudiant en question. Inutile de préciser que mon inquiétude fut alors conséquente tant je conservais un mauvais souvenir de son exposé de première année et tant je redoutais une prestation fragile. D’ailleurs, lui-même parut décontenancé et très inquiet en découvrant dans son jury son professeur de communication orale ! Il dut penser qu’il n’avait vraiment pas de chance ! Et pourtant… Cette soutenance fut excellente, non seulement dans son contenu, riche, précis, intelligent, parfaitement maîtrisé, mais aussi et surtout dans sa mise en œuvre, dynamique, rythmée, convaincante. L’étudiant en question me démontra qu’il avait parcouru un chemin incroyable et qu’il était clairement devenu un très bon orateur. Ses défauts avaient presque tous disparu et fait place à d’incontestables et belles qualités. Les autres membres du jury, lesquels ne connaissaient pas le passé de l’étudiant ni son rapport jadis difficile avec l’oral, furent d’ailleurs éblouis par la qualité de son intervention et c’est donc à l’unanimité que nous décidâmes de lui mettre une excellente note et de le féliciter chaleureusement. Cet exemple, choisi parmi tant d’autres, démontre bel et bien que la maîtrise de la parole est une discipline comme les autres, qui doit être travaillée et pratiquée. On ne s’invente pas danseur, on le devient. On ne s’invente pas médecin, on le devient. On ne s’invente pas artisan, on le devient. On ne s’invente pas orateur, on le devient ! Avec un peu de volonté et beaucoup d’entraînement, tout un chacun peut par conséquent atteindre un niveau satisfaisant à l’oral, niveau qui lui permettra d’affronter les situations de prise de parole avec sérénité, efficacité et plaisir.
De la mauvaise réputation de l’orateur
Un second préjugé mérite également d’être contré dès cette introduction, celui selon lequel l’orateur ne serait qu’un manipulateur malveillant et dangereux dont il faudrait forcément se méfier. Très longtemps, en France en particulier, celui qui maîtrisait l’éloquence a en effet été considéré comme quelqu’un de dangereux, comme une personne qui inspirait le mépris et qu’il fallait même fuir. S’il est vrai que l’Histoire a souvent prouvé que l’art oratoire a été utilisé à des fins immorales, voire immondes, par certains dictateurs, s’il est encore vrai que des tyrans ont employé le pouvoir de la parole pour mettre des peuples entiers sous domination, il n’en demeure pas moins que tous les grands orateurs ne sont pas des despotes ! Loin de là ! Nombreux sont aussi les exemples de grands orateurs ayant utilisé leur art pour défendre de nobles causes et atteindre des objectifs louables. Il suffira de citer Martin Luther King, Charles de Gaulle, Simone Veil ou encore Robert Badinter pour s’en convaincre ! Le préjugé négatif et suspicieux à l’égard des orateurs n’a donc pas lieu d’être et découle d’un raccourci de pensée tout à fait abusif.
Du bon ou du mauvais usage de l’art oratoire

L’éloquence n’est ni bonne ni mauvaise en soi. Elle n’est qu’un outil au service d’un projet constructif ou destructeur, altruiste ou égoïste, moral ou immoral, humaniste ou tyrannique.
Seule la visée d’un discours permet d’en identifier la grandeur ou le danger.
Quelques exemples d’orateurs ayant, hélas, mis leur talent au service de projets ou d’idéologies contestables, autoritaires, voire despotiques :
• Adolf Hitler, dont les harangues subjuguaient des foules de partisans du III Reich.
• Benito Mussolini dont les discours défendaient l’idéologie fasciste (par exemple le discours d’Udine, du 20 septembre 1922, prononcé devant le congrès fasciste pour présenter son programme de politique économique).
• Fidel Castro qui s’est adonné à des milliers d’heures de discours devant des Cubains souvent enthousiastes et subjugués.
• Saddam Hussein, dictateur irakien, qui, en pleine guerre du Golfe, fait une déclaration radiophonique véhémente invitant son peuple à livrer une bataille sans merci contre les Occidentaux en général et les Américains en particulier (17 janvier 1991).
Quelques exemples d’orateurs ayant, au contraire, mis leur talent au service de projets nobles, altruistes et humanistes :
• Victor Hugo, orateur magistral et auteur de nombreux discours prononcés tantôt par l’Académicien, tantôt par le Sénateur, tantôt par le Pair de France, tantôt encore par l’écrivain engagé ou le citoyen indigné pour dénoncer la misère, mettre en accusation le travail des enfants, défendre l’abolition de la peine de mort ou bien envisager la création des États-Unis d’Europe.
• Mohandas Karanchand Ghandi, avocat de formation, figure majeure du combat contre les discriminations raciales dont le superbe discours de Bénarès (1916) prônant la non-violence et défendant l’indépendance de l’Inde est resté dans toutes les mémoires.
• Charle s de Gaulle dont le célèbre « Appel à la résistance » lancé le 18 juin 1940 à la BBC demeure un exemple d’allocution politique.
• Martin Luther King qui, le 28 août 1963, prononce un discours bouleversant contre la ségrégation sociale et pour l’égalité de tous les citoyens, discours dont chacun connaît la célèbre anaphore « I have a dream ».
• Robert Badinter qui, Garde des Sceaux et Ministre de la Justice dans le premier gouvernement de François Mitterrand, défend avec force conviction le projet de loi d’abolition de la peine de mort à l’Assemblée Nationale (le 17 septembre 1981).
Beaucoup d’autres noms de grands orateurs ayant œuvré pour des idéaux généreux et des combats louables pourraient encore être cités : Winston Churchill, Nelson Mandela, Simone Veil, Dominique de Villepin, Christiane Taubira, Barack Obama etc.
Une représentation de l’art oratoire en pleine évolution
En vérité, en France, le statut de l’art oratoire est à la fois contradictoire et évolutif. Très longtemps, l’art de bien parler a été l’apanage d’une élite et presque une marque de reconnaissance ou d’appartenance à un microcosme privilégié sachant manier le verbe avec dextérité. Seules les personnes très éduquées, suivant des études supérieures d’excellence, briguant de hautes responsabilités professionnelles ou encore très impliquées dans la vie publique, avaient accès à une formation rhétorique solide. D’ailleurs, il fallait fréquenter une grande école de commerce ou de la magistrature ou un institut d’études politiques pour avoir accès à un enseignement de ce type. Cet élitisme de l’art oratoire a sans conteste contribué à sensiblement en ternir l’image. Pour beaucoup, l’éloquence n’était autre qu’un outil, voire une arme, utilisée par des politiciens avides de pouvoir ou des grands patrons le plus souvent cupides. Il était du reste fréquent d’entendre dire d’une personnalité qui s’exprime bien et qui maîtrise l’art de la parole qu’elle « faisait de la com », expression plutôt méprisante qui cherchait d’emblée à mettre en garde contre ses mauvaises intentions. Ainsi le rapport à l’art oratoire a-t-il longtemps témoigné des disparités sociales et des frontières souvent étanches entre les classes. Toutefois, et fort heureusement, cette image de l’éloquence évolue de plus en plus et tend même à changer radicalement depuis quelques années. En effet, l’ensemble de la société contemporaine accorde désormais de plus en plus d’importance à l’oral dont elle a donc non seulement longtemps pensé qu’il ne servait qu’aux puissants mais qu’elle a également trop fréquemment opposé à l’écrit pensant à tort que celui-ci était sérieux, stable, fiable, alors que l’oral n’aurait été que superficiel, spontané et éphémère. Plutôt que d’opposer l’oral à l’écrit, le temps est donc enfin venu de les penser en termes de complémentarité et de faire en sorte que le système éducatif réhabilite l’oral en veillant à préparer tous les élèves qu’il forme aussi bien à la pratique de l’écrit qu’à celle de la parole. Dorénavant, chacun sait combien une connaissance rhétorique minime est nécessaire pour évoluer dans la société, pour y trouver sa place et chacun peut donc prétendre à un apprentissage des techniques oratoires. Et c’est justement parce que le jugement porté sur l’oral change qu’on assiste à un virage assez frappant avec, notamment depuis plusieurs années, la multiplication des concours d’éloquence dans les grandes écoles, dans les universités mais aussi au sein d’établissements secondaires. De même, cette mutation des mentalités et cette volonté de démocratiser l’art oratoire sont encore attestées par la dernière réforme du bac laquelle a instauré un « grand oral » que tout candidat devra passer et qui sera, semble-t-il, une épreuve clé de l’examen national. Il semblerait donc bel et bien qu’on soit en train de passer de la suspicion à la reconnaissance, voire l’admiration, à l’égard des bons orateurs et des tactiques qu’ils mettent en œuvre pour convaincre et toucher le public. On comprend enfin qu’une bonne maîtrise de la parole est un moyen de s’émanciper, d’évoluer, de réussir tant dans sa formation que dans sa vie professionnelle et personnelle. On comprend enfin que la bonne maîtrise de la parole favorise ce qu’on appelle généralement l’ascenseur social, qu’elle ouvre plus facilement les portes du monde du travail. On comprend enfin que la bonne maîtrise de la parole reste l’une des manières les plus efficaces pour lutter contre les manipulations, pour contrer les fanatismes ou les extrémismes en tous genres. On comprend enfin, et surtout, qu’une bonne maîtrise de la parole conduit à la liberté, qu’elle soit individuelle ou collective, et demeure par conséquent un support indispensable à l’indépendance de pensée et à la démocratie politique.
Ce qu’il faut retenir

• L’éloquence n’est pas un don. Elle s’acquiert et se travaille. On ne naît pas bon orateur, on le devient. La maîtrise de quelques outils et stratégies ou encore un entraînement régulier permettent à tout un chacun de devenir un orateur efficace.
• Une bonne maîtrise de la prise de parole facilite la réussite scolaire et universitaire, accélère l’entrée dans la vie professionnelle et favorise une évolution de carrière plus rapide vers des postes d’encadrement donc à responsabilités.
• Le discours et la pensée sont complémentaires et interdépendants. Une pensée riche, fine, nuancée ne peut s’exprimer que dans et par un discours précis et maîtrisé, de même qu’un langage précis et maîtrisé permet d’aiguiser la pensée, d’en restituer toute la complexité et de l’enrichir plus encore.
Parcours de lecture
Cet ouvrage doit être lu comme un guide pratique destiné à toutes celles et tous ceux qui veulent apprendre à prendre la parole et qui souhaitent non seulement être conscients de ce qui se joue pendant une prestation orale mais qui désirent aussi assimiler les outils, les tactiques et les stratégies indispensables dont la maîtrise permet de gagner et en sérénité et en efficacité.
Le premier chapitre évoquera la nécessaire préparation d’une prestation orale et expliquera comment l’orateur doit rigoureusement se préparer en amont. Le second chapitre présentera ce que j’appelle les piliers d’une prestation orale réussie, c’est-à-dire les qualités qu’un orateur doit absolument posséder s’il veut impressionner favorablement son auditoire. Le troisième chapitre s’intéressera plus spécifiquement à l’art de la parole et à ce qu’on appelle le langage verbal. Le quatrième chapitre exposera les ressorts, ô combien nombreux et essentiels, de la voix. Le cinquième chapitre analysera le langage corporel de l’orateur et cherchera à démontrer combien les signaux volontaires ou involontaires envoyés par le corps de l’orateur en action impactent son public. Le sixième chapitre interrogera le concept de charisme pour savoir s’il est inné, acquis et s’il est possible de devenir une personne charismatique. Le dernier chapitre abordera, quant à lui, la question de l’empathie qui, pour être très en vogue de nos jours, n’en est pas pour autant toujours bien comprise. Enfin, la conclusion mentionnera divers aspects dont il faut absolument être conscient en tant qu’orateur et qui concernent les incroyables pouvoirs que confère la parole. Elle questionnera aussi l’utilité de recourir à un éventuel support écrit, tel que le diaporama par exemple, et le bon usage qu’il faut en faire devant un public. Tout au long de l’ouvrage, des encadrés permettront de récapituler les points essentiels qu’il convient de retenir, de présenter quelques exemples ou anecdotes ou encore de proposer des activités utiles pour mettre en pratique certains outils ou conseils.


Chapitre 1
La nécessaire préparation de la prestation orale
Il ne viendrait pas à l’idée d’un sportif, qu’il soit professionnel ou amateur, de participer à une compétition sans s’être entraîné en amont. Il ne viendrait pas à l’idée d’un artiste de spectacle vivant, qu’il soit chanteur, comédien ou danseur, de se produire sur scène sans avoir préalablement répété le spectacle. Eh bien, il en est de même d’un orateur qui se doit de préparer minutieusement sa prestation dont la qualité sera généralement proportionnelle au temps consacré à cette préparation. Donc, si vous savez que vous allez devoir prendre la parole devant un auditoire dans les jours qui viennent et que cette prise de parole présente de surcroît un enjeu important, surtout préparez-vous, même si vous connaissez le public et même si vous avez l’habitude de vous exprimer devant lui. Les enseignants parlent devant leurs élèves et leurs étudiants chaque jour, ils sont donc coutumiers de l’exercice et pourtant ils préparent leurs cours (si ! si !) et savent pertinemment que dans les rares cas où ils n’ont pas pu ou pas voulu les préparer correctement, ils se sont sentis en fragilité et n’ont pas été des plus performants.
Toutefois, cette préparation prend du temps et c’est la raison pour laquelle il convient toujours, dans la mesure du possible bien évidemment, de fixer une prestation à une date qui permet de se préparer sans se précipiter. Je dis toujours à mes étudiants que je prépare aux entretiens d’embauche qu’ils ont tout intérêt, lorsque le recruteur propose plusieurs possibilités, de choisir une date d’entretien qui ne soit pas trop proche et qui laisse le temps de le préparer. Il est donc conseillé d’éviter, pressé par l’excitation et porté par la joie d’avoir été contacté, d’accepter une rencontre le jour même, ou le lendemain. Ce conseil vaut en vérité pour toutes les prestations orales. Sauf si les circonstances vous en empêchent, faites en sorte de bénéficier de quelques jours pour entreprendre calmement et soigneusement tout ce qu’il convient de faire pendant la phase de préparation. Vous n’en serez que plus efficient le jour J. Mais alors, quelles sont les tâches à effectuer avant la prestation et comment faut-il s’y prendre pour la préparer au mieux ?
Cernez la situation d’énonciation et posez-vous les questions fondamentales
Tout d’abord, il est indispensable de bien cerner la situation d’énonciation dans laquelle vous allez vous retrouver. Trop d’orateurs échouent parce qu’ils n’ont en vérité pas bien compris ce qu’on attendait d’eux, à qui ils s’adressaient ou encore parce qu’ils ne pensaient pas se retrouver dans un tel contexte spatial. Il faut donc toujours veiller à vous poser un certain nombre de questions ou encore à les poser à la personne qui vous passe commande de la prestation ou qui vous l’impose. Aussi quelles sont donc ces questions auxquelles vous devez trouver des réponses claires pour être certain de satisfaire les attentes du public qui sera le vôtre ?
■ Identifiez le public visé
Première question essentielle : à qui allez-vous vous adresser ? Il est indispensable de bien cerner la typologie des personnes qui composeront votre public car il faudra impérativement tenir compte de ce profil, du nombre de spectateurs et de leurs caractéristiques non seulement lorsque vous préparerez votre discours mais aussi lorsque vous l’exécuterez. Vous l’aurez compris, l’objectif est ici de faire en sorte de bien adapter son propos à sa « cible » et de tout mettre en œuvre pour qu’elle soit en mesure et de le comprendre et de l’apprécier. Il va de soi qu’on ne peut et ne doit en aucun cas s’exprimer de la même façon selon qu’on s’adresse à un vaste public de plus de 150 personnes ou à un public très restreint constitué de trois individus. De même, l’orateur que vous êtes n’utilisera pas les mêmes procédés, le même vocabulaire, la même syntaxe, les mêmes stratégies selon qu’il parle à des adolescents ou à ce qu’on appelle pudiquement des « séniors ». Il convient par conséquent d’obtenir un maximum d’informations sur l’auditoire visé pour se donner un maximum de chance de le satisfaire et de le séduire. Ne l’oubliez pas : un public frustré sera toujours sévère ! Plusieurs aspects méritent de ce fait d’être identifiés : le nombre de personnes, l’âge, le niveau de maîtrise du sujet qui sera abordé (spécialistes ou néophytes ? Experts ou simples amateurs ?), le profil socioculturel, l’éventuel profil idéologique (s’agit-il d’individus partageant les mêmes convictions politiques, sociales, religieuses ou les mêmes centres d’intérêt ?). Bien sûr, plus un public est homogène (par exemple constitué de personnes d’une même tranche d’âge qui toutes sont intéressées par l’activité dont vous allez les entretenir), plus la prestation sera facile à réussir. À l’inverse, plus un public est hétérogène, composé de personnes aux profils variées, plus il sera difficile de toutes les intéresser et de toutes les séduire. Dans ce cas plus délicat, vous devrez en permanence varier vos stratégies pour vous assurer de convaincre une majorité de spectateurs. C’est du reste parce qu’il est obligatoire qu’un orateur tienne bien compte de ses interlocuteurs, que les membres d’un jury d’examen ou de concours se présentent presque toujours au candidat avant que l’épreuve ne commence. Il ne s’agit donc pas d’une simple formalité de politesse comme le pensent beaucoup de candidats. En fait, chaque juré se présente en indiquant qui il est, quelle est sa formation, quels sont son statut et son titre et c’est clairement une manière d’inviter le candidat à tenir compte de ces informations pendant son épreuve. Lorsqu’un étudiant ingénieur découvre par exemple que son jury est composé de professeurs scientifiques, experts d’un domaine très spécifique, mais également d’un professeur de culture générale et de communication, il doit comprendre que leurs profils étant différents, leurs attentes ne seront pas les mêmes et qu’ils ne vont pas évaluer les mêmes critères. Le candidat doit alors s’efforcer de tout mettre en œuvre pour ne frustrer personne et satisfaire chacun. Il conviendra par exemple que le contenu scientifique et technique réponde aux ambitions des professeurs scientifiques mais il faudra également faire en sorte que ce contenu puisse être compris par l’enseignant de culture et communication lequel attendra surtout d’être séduit par la mise en œuvre de la prestation, sa clarté, son dynamisme et les qualités d’éloquence. On peut aussi aisément comprendre qu’un jury ou un public composé exclusivement d’experts qui s’attend à un exposé pointu s’ennuiera si la prestation est trop simple ou simpliste et, à l’inverse, on devine le malaise et l’inévitable ennui d’une assemblée qui souhaite assister à un exposé de vulgarisation, donc accessible et compréhensible, et qui se trouve contrainte d’écouter un discours d’un haut niveau d’expertise auquel elle ne peut rien saisir.
■ Identifiez l’enjeu de la prestation
Seconde question fondamentale : quel est l’objectif de cette prestation ? Autrement dit, il faut cerner les enjeux de cette prestation, ce que le public en attend, donc le but que l’orateur que vous êtes est censé atteindre. Il existe en effet plusieurs possibilités. On peut attendre de vous un exposé purement informatif dont le dessein sera d’exposer un sujet, de transmettre des connaissances et des données, de présenter avec le plus de clarté possible un dossier, un projet, une découverte. Vous aurez alors tout intérêt à révéler des compétences pédagogiques, des qualités didactiques, à expliquer avec précision et rigueur. On peut au contraire attendre de vous un exposé argumentatif qui cherchera à convaincre en défendant une opinion, qu’elle soit politique, philosophique, sociale ou de tout autre nature. Il vous sera dans ce cas nécessaire de révéler des aptitudes à raisonner, à développer des arguments divers, à les illustrer d’exemples pertinents et frappants. Votre force de persuasion sera aussi un facteur clé pour réussir à rallier le public à votre cause. Vous êtes dans cette situation lorsque vous cherchez à défendre une conviction politique ou encore à obtenir un financement pour un projet personnel ou professionnel. Mais vous êtes également dans cette situation lorsque vous passez un entretien de recrutement et que votre objectif est évidemment argumentatif puisqu’il vous faut faire adhérer votre recruteur à l’opinion selon laquelle vous êtes le candidat le plus adapté au profit du poste et que vous avez toutes les compétences attendues. Parfois, l’exposé peut être plutôt délibératif lorsqu’il s’agit par exemple d’envisager plusieurs aspects contradictoires d’une même question, d’analyser des postures différentes ou opposées pour essayer d’évoluer vers un consensus ou une position nuancée et recevable par la majorité. De votre objectif va encore dépendre la tonalité que vous allez adopter au cours de votre discours. En effet, si votre but est de récolter des dons pour une association d’aide aux enfants victimes de maltraitance, vous aurez intérêt à émouvoir votre public, à le toucher, car, une fois bouleversé, il sera plus à même d’accepter de verser de l’argent pour la cause que vous défendez. À l’inverse, si vous espérez un soutien financier pour un projet d’innovation technique ou technologique, vous recourrez plutôt à la tonalité didactique qui attestera votre rigueur, votre maîtrise du dossier et vous chercherez aussi peut-être à susciter l’admiration. C’est pourquoi il est crucial de bien cerner ce qu’on attend de vous et de bien définir la visée de votre prestation. Le but recherché déterminera votre démarche, votre stratégie oratoire et influencera de nombreux éléments de votre discours.
■ Identifiez le lieu de la prise de parole
Troisième question également très importante : où vais-je intervenir ? Il s’agit maintenant de bien connaître le cadre spatial dans lequel va se dérouler votre prestation. De l’endroit dans lequel vous allez intervenir vont aussi découler de nombreux facteurs et paramètres de votre intervention. Il est donc impératif de mener une enquête, de poser des questions à la personne qui vous passe commande de la prestation, voire, quand cela est possible – et c’est sans conteste la meilleure des solutions – d’aller repérer les lieux en amont. Vous comprendrez aisément que vous ne pourrez pas du tout vous y prendre de la même façon selon que vous interviendrez dans un grand amphithéâtre ou dans une salle exiguë, à l’intérieur ou à l’extérieur, avec sonorisation (micro) ou sans, devant un public à plat, donc au même niveau que vous, ou devant un public que vous dominerez du haut de votre scène etc. De ces facteurs spatiaux dépendent la possibilité de vous déplacer ou non pendant votre discours (une large scène rend possible des mouvements alors qu’un micro fixé à un pupitre interdit tout déplacement) mais encore la qualité de l’acoustique donc la nécessité de projeter plus ou moins la voix. Attention, l’acoustique n’est pas toujours liée à la taille de la salle. Il existe de grandes salles dont l’acoustique est excellente et dans lesquelles il n’est pas utile de pousser la voix. Certaines petites salles, dont l’acoustique est très mauvaise, imposent au contraire d’accentuer l’articulation et de bien porter la voix (voir chapitre de l’ouvrage consacré à la gestion de la voix). Je conseille toujours, quand cela est envisageable, d’aller repérer les lieux où se déroulera la prestation pour en découvrir l’espace, l’agencement et pour en tester la qualité acoustique. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si les comédiens qui découvrent la salle de spectacle dans laquelle ils vont jouer le soir même commencent toujours par en tester l’acoustique. De ce paramètre dépendra leur jeu.
■ Identifiez le temps de parole attendu
Enfin, dernière question qu’il faut toujours se poser ou poser à quiconque pourra vous répondre avec exactitude : combien de temps devrais-je parler ? Une intervention de 15 minutes ou un exposé d’une heure ne nécessiteront pas la même préparation et ne conduiront ni aux mêmes choix pour le contenu ni aux mêmes stratégies pour la mise en œuvre de discours. Si vous savez qu’il va vous falloir parler longtemps, vous vous devez de ménager des parenthèses, des pauses, des ruptures de rythme, contrainte que vous n’aurez pas si votre intervention est très limitée dans le temps (ce qui ne signifie du reste pas qu’elle sera plus facile à réussir, loin de là !). Un bon orateur respecte toujours le temps qui lui est imparti et en est bien conscient dès sa phase de préparation. Rien de plus agaçant, par exemple, qu’un intervenant qui comprend qu’il est en retard et qui, pressé par le temps, se précipite de plus en plus au risque de bâcler la fin de son intervention et de perdre les spectateurs.
Vous l’aurez donc compris : ces questions que vous vous poserez en amont ne sont pas superflues mais bien au contraire absolument nécessaires. Des réponses que vous trouverez découleront un certain nombre d’éléments et de facteurs dont vous tiendrez compte, auxquels il vous faudra vous adapter en permanence et qui influenceront directement votre prise de parole.
Les questions à toujours se poser avant une prestation orale

Avant de vous lancer dans la préparation de votre intervention orale, il vous faut absolument cerner la situation d’énonciation dans laquelle vous vous trouverez afin d’y répondre au mieux.
Il s’agit donc de mener une petite enquête préparatoire pour répondre aux questions suivantes :
• À qui vais-je m’adresser ? Nombre de personnes, profil du public (social, professionnel, culturel, idéologique…), niveau de maîtrise du sujet (débutants, amateurs, experts), âge moyen, attentes éventuelles (pourquoi ces personnes viennent-elles assister à cette prestation ?).
• Quelle est la visée de mon intervention ? Informative (je cherche à renseigner et à transmettre des connaissances), argumentative (je cherche à convaincre et à influencer l’opinion du public), délibérative (je veux inciter à débattre).
• Où vais-je intervenir ? En intérieur ou en extérieur, type et dimensions de la salle (bureau étroit, salle de réunion, grand amphithéâtre…), configuration spatiale de la salle (par rangées, avec gradins, avec ou sans estrade, configuration en U, en cercle ou en carré…), avec ou sans sonorisation, qualité acoustique de la salle, matériel à disposition (paperboard, tableau blanc, vidéoprojecteur…).
• Combien de temps dois-je parler ? Temps limité qui nécessite d’opérer des choix, de valoriser l’essentiel, de hiérarchiser les éléments du discours ou temps long et libre qui incite à ménager des parenthèses, des pauses, des ruptures de rythme.
Élaborez votre itinéraire, prévoyez votre parcours et construisez un plan pour votre prestation orale
Lorsqu’on souhaite atteindre son but sans se perdre, il est vivement recommandé de se fixer par avance un itinéraire, un parcours avec des étapes prédéterminées, donc de savoir d’où l’on part, par où l’on veut passer et, surtout, où l’on veut arriver. Cette démarche s’applique aussi à l’orateur qui, lorsqu’il arrive devant son public, doit savoir par quoi il va commencer, par quelles étapes il va passer et à quoi il veut aboutir in fine . C’est pourquoi il est plus que conseillé de déterminer son itinéraire pendant le temps consacré à la préparation et donc d’élaborer un plan méthodique qui structurera le discours. Plus la prestation sera organisée, rigoureuse, plus ses mouvements seront perceptibles, plus le public suivra avec aisance et plus il sera prompt à adhérer au propos. Cette structure peut être très globale (vous ne ménagerez dans ce cas que des grandes parties, par exemple trois grands moments dans le discours) ou au contraire très élaborée (vous pourrez alors ménager des parties, chacune comportant des sous-parties qui elles-mêmes admettront des sous sous-parties). Tout dépend des visées de l’intervention, de sa durée, du public ciblé, des attentes à satisfaire. Quoi qu’il en soit, qu’elle soit brève ou longue, qu’elle soit de vulgarisation ou spécialisée, qu’elle soit informative ou argumentative, une prise de parole doit systématiquement être construite avec logique et clarté. C’est à vous, orateur, de faire en sorte que les spectateurs sachent toujours où vous en êtes de votre développement, qu’ils puissent facilement suivre la progression de votre pensée et qu’ils saisissent sans difficulté les étapes de votre propos. Mais comment s’y prendre pour rendre audible cette organisation du discours ?
■ Utilisez des connecteurs logiques
Il est tout d’abord très utile de recourir à des connecteurs logiques, autrement dit ces petits mots de liaison généralement invariables qui servent d’articulation entre les étapes, qui soulignent les enchaînements de votre prestation et qui montrent les rapports qu’entretiennent les différentes parties qui la constituent. Je dis toujours à mes étudiants que ces petits mots sont en quelque sorte des béquilles, d’une part pour l’orateur, qui grâce à elles sait exactement où il en est de son propos et, d’autre part, pour les spectateurs, qui, en les entendant, comprennent à quel point de l’exposé ils sont rendus. Bien sûr, ces connecteurs logiques ne doivent pas être choisis au hasard mais bel et bien en fonction de leurs nuances sémantiques et du lien logique que vous souhaitez exprimer. Ainsi, je vous conseille d’élaborer une liste des connecteurs qui sont précieux et de les classer en fonction du rapport qu’ils expriment. Il vous suffira ensuite de piocher dans ladite liste en fonction de vos besoins. Il y a par exemple les connecteurs logiques que vous pouvez utiliser pour ajouter une nouvelle idée, pour passer à un autre point. Il peut s’agir de « de plus », « de même », « aussi », « par ailleurs » ou d’autres locutions encore. Il y a également les connecteurs logiques auxquels vous pouvez recourir lorsque vous voulez exprimer une opposition, une contradiction, donc par exemple lorsque vous formulez une idée qui s’oppose à celle précédemment développée : « or », « toutefois », « néanmoins », « cependant », « pourtant », « nonobstant », « en revanche ». Sont aussi souvent utiles les connecteurs qui expriment la cause et que vous utiliserez lorsque vous exposez la raison d’un fait déjà mentionné. Vous pouvez alors choisir parmi « car », « parce que », « étant donné que », « puisque », « dans la mesure où ». À l’inverse, certains mots ou certaines locutions servent à traduire la conséquence. Ils vous sont nécessaires lorsque vous cherchez à présenter ce qui découle, ce qui résulte d’une remarque déjà exprimée. S’offrent alors à vous « par conséquent », « donc », « ainsi », « partant », « de ce fait ». Parfois, un discours cherchera à formuler la concession. Vous voulez dans ce cas rejeter une idée tout en l’admettant partiellement, tout en lui reconnaissant une part recevable. La concession peut être formulée avec « bien que », « quoique », « même si », « encore que ». Il arrive encore que ce soit le but recherché que vous ayez à traduire. Vous pouvez alors employer « pour », « afin de/que », « dans le but de ». Et, si tout se déroule au mieux, arrivera le moment où il vous faudra annoncer votre conclusion, c’est-à-dire la toute dernière étape de votre discours. Les connecteurs « ainsi », « aussi », « enfin », « finalement », éventuellement « pour conclure » feront alors l’affaire. Ces petits mots que vous prononcerez aux moments opportuns seront donc des outils très précieux pour bien marquer les étapes, les enchaînements, et par conséquent pour révéler la cohérence de votre propos. Si votre parole paraît logique aux spectateurs, ceux-ci l’accepteront d’autant plus facilement. A contrario, si votre discours semble confus, décousu, dispersé, il risque très certainement de perdre l’assemblée, laquelle aura alors du mal à adhérer à une pensée désordonnée.
Liste non exhaustive de connecteurs logiques

Les connecteurs logiques, ou mots de liaison, donnent au discours sa cohérence. Ils en révèlent la rigueur en faisant apparaître les enchaînements de la pensée. Ils sont donc essentiels.
Cette liste est non exhaustive mais peut servir de base pour articuler logiquement un propos.
• Pour ajouter une idée, une remarque, un argument (connecteurs additifs) :
– De plus, de même, aussi, par ailleurs, en outre, de surcroît, d’une part… d’autre part…
• Pour expliquer, préciser, introduire un développement explicatif et informatif (connecteurs explicatifs) :
– Ainsi, aussi, en effet, de ce fait, par là même, c’est-à-dire…
• Pour exprimer la cause, la raison (connecteurs causaux) :
– Car, parce que, en effet, puisque, étant donné que, dans la mesure où, du fait que, compte tenu, comme, attendu que, vu que, d’autant plus que, en raison de, eu égard à, sous prétexte que (cause rejetée)…
• Pour exprimer la conséquence (connecteurs consécutifs) :
– Ainsi, donc, par conséquent, dès lors, c’est pourquoi, en conséquence, tant et si bien que, si bien que, de telle sorte que, partant, de ce fait…
• Pour marquer l’opposition, la restriction, la contradiction (connecteurs restrictifs) :
– Or, cependant, néanmoins, toutefois, en revanche, pourtant, nonobstant, mais…
• Pour marquer le but, la visée recherchée, la finalité (connecteurs finaux) :
– Pour que, afin que/de, de façon que, de manière à ce que, en vue de…
• Pour concéder (connecteurs concessifs) :
– Malgré (jamais « malgré que » incorrect), en dépit de, quoique, bien que, alors que, même si, certes… pourtant, bien sûr… mais…
• Pour exprimer une condition, une possibilité, une hypothèse (connecteurs hypothétiques) :
– Si, au cas où, à condition que/de, à supposer que, dans le cas où, dans l’hypothèse qui serait que, selon l’hypothèse, pour peu que, suivant que, en admettant que, quand bien même…
• Pour clore, conclure, finir (connecteurs conclusifs) :
– Enfin, ainsi, en somme, en définitive, finalement, au fond, tout compte fait…
■ Ménagez des pauses récapitulatives régulières
Pour faciliter la tâche des spectateurs, il est aussi bienvenu de ménager, tout au long du discours, le plus souvent à la fin de chaque mouvement, des phases récapitulatives dont la fonction est de résumer l’essentiel et de mettre en exergue ce qu’il convient de comprendre et de retenir. Il ne faut jamais oublier que les individus ont une étonnante capacité à oublier ce qui a été dit et que généralement ils ne retiennent que les derniers éléments qu’ils ont entendus. C’est pourquoi, récapituler au fur et à mesure les points clés est un moyen de faciliter leur mémorisation. Là encore, les enseignants ou les conférenciers connaissent bien cette technique et ils n’hésitent pas, au cours de leurs prestations, à ménager des pauses récapitulatives qui sont en quelque sorte des synthèses que tout le monde apprécie puisqu’elles servent à souligner et à condenser les éléments fondamentaux à assimiler.
Si ces phases récapitulatives sont importantes, il n’en demeure pas moins que deux moments d’un discours sont tout particulièrement essentiels dans la mesure où ils ont impact particulier sur le public : il s’agit bien sûr du début et de la fin du discours, autrement dit ce qu’on appelle traditionnellement l’introduction et la conclusion.
■ Soignez tout particulièrement l’introduction de votre discours
L’introduction a en effet un rôle primordial qui est de capter l’attention des spectateurs, de leur donner envie de suivre et d’écouter, de susciter leur curiosité et de piquer leur intérêt. C’est parce qu’elle doit satisfaire cet objectif ambitieux qu’il est habituel de dire de l’amorce d’un discours qu’elle est un moment stratégique qu’il ne faut en aucun cas rater sous peine de le payer très cher. Dès les premiers mots, l’orateur que vous êtes doit certes exposer le sujet, en montrer l’intérêt, poser les questions qu’il soulève mais doit aussi et surtout éveiller le désir des spectateurs. L’amorce joue le rôle d’accroche. Elle sert d’appât. En rhétorique, il était jadis d’usage de parler de captatio benevolentiae ce qui signifie qu’il s’agit de capter la bonne volonté et les bonnes intentions du public. Les spécialistes de la communication orale parlent, quant à eux, d’effet de primauté. Quelle que soit la terminologie empruntée, elle désigne toujours le même phénomène et évoque le même effet. Ce phénomène est du reste bien connu des artistes de spectacles vivants qui savent pertinemment que très souvent tout se joue dans les toutes premières minutes d’une représentation. Il suffit de quelques minutes à peine pour sentir si le public est attentif ou non, s’il apprécie ou non, s’il est heureux de ce qu’il regarde ou au contraire déçu, donc pour en faire un allié ou au contraire un possible adversaire. De plus, une amorce réussie aura deux vertus complémentaires puisqu’elle réussira d’une part à appâter les spectateurs mais donnera d’autre part à l’orateur une confiance qui ne pourra que lui être bénéfique pour la suite de sa prestation. Bref, il ne faut jamais oublier que le premier contact est fondamental, qu’il détermine les réactions et les prédispositions des interlocuteurs et qu’on a donc tout à gagner à d’emblée susciter l’attention et l’intérêt. N’est-ce pas d’ailleurs ce qui se produit aussi dans la vie de tous les jours où nous sommes souvent très – trop ? – sensibles à la première impression que nous fait une personne ?
■ Soignez tout particulièrement la conclusion de votre discours
Si le début d’un discours est essentiel, la fin ne l’est pas moins. Bien au contraire ! Ce qu’on appelle conclusion d’un discours sert bien évidemment à récapituler les axes qui ont été développés, à synthétiser les points essentiels mais aussi à ménager une éventuelle ouverture, mise en perspective ou à proposer une autre possibilité d’approche du sujet. En communication orale, il est d’usage de parler de l’importance de l’effet de rémanence, lequel complète l’effet de primauté propre à l’introduction. La « rémanence » est un terme scientifique qui désigne la persistance partielle d’un phénomène après la disparition de sa cause. On parle par exemple de rémanence d’une image sur la rétine pour évoquer ce phénomène que nous avons tous expérimenté et qui fait qu’une image franche reste imprimée quelques secondes sur la rétine, même une fois l’image en question disparue. Appliqué à la communication orale en général et à l’art oratoire en particulier, l’effet de rémanence renvoie au fait que le public a tendance à retenir surtout et avant tout les derniers mots qu’il a entendus et les dernières images qu’il a perçues. Aussi est-il fondamental que vous terminiez toujours votre propos en formulant les points qui sont à vos yeux les plus importants et dont vous voulez absolument que les spectateurs se souviennent.
Des qualités d’une introduction et d’une conclusion réussies

• Les enjeux fondamentaux de l’introduction :
– Elle pose le sujet du discours et en montre l’intérêt, les enjeux en le problématisant (questions bienvenues).
– Elle éveille la curiosité du public qu’elle appâte en lui donnant envie d’écouter ce qui va suivre.
– Elle rassure d’emblée les spectateurs (sur la crédibilité et la maîtrise de l’intervenant ou encore l’intérêt du sujet traité) et l’orateur (les premières minutes sont déterminantes pour impulser une énergie).
– Elle annonce le plan, les axes à venir, l’itinéraire qui sera suivi, donc les grands mouvements du discours.
L’introduction est à un discours ce que l’apéritif est à un repas
Le mot apéritif vient du latin « aperire » qui signifie « ouvrir ». Ainsi, un bon apéritif doit-il ouvrir l’appétit et donner faim, raison pour laquelle les aliments salés qui excitent les papilles, favorisent la salivation et stimulent l’estomac sont-ils souvent privilégiés. Un apéritif réussi ne doit en aucun cas couper l’appétit ni rassasier. Il en est de même d’une bonne introduction qui doit soulever des questions, intriguer, éveiller l’intérêt en posant le sujet mais surtout pas y répondre d’emblée.
• Les enjeux fondamentaux de la conclusion :
– Elle récapitule les grands axes du discours, les points clés à retenir : elle ménage une synthèse, un bilan.
– Elle ouvre vers une nouvelle perspective d’étude, vers de nouvelles pistes de réflexion.
– Elle laisse une trace de la prestation, trace dont dépend le souvenir – positif, négatif ou mitigé - qu’en garderont les spectateurs.
■ Utilisez efficacement votre prise de notes
Il va de soi que pour être sûr de bien respecter les étapes prédéfinies et de suivre le plan préétabli, une prise de notes peut s’avérer précieuse pour l’orateur. Vous pouvez tout à fait avoir sous les yeux des notes, donc votre itinéraire, votre trajet, afin d’être sûr de ne rien oublier et de bien enchaîner les mouvements dans l’ordre que vous avez choisi. Toutefois, une prise de notes doit rester une aide et ne doit en aucun cas devenir un obstacle, voire un piège. Or, trop souvent je vois des orateurs qui utilisent des notes qui les desservent plutôt qu’elles ne les aident. En fait, il y a des règles à respecter impérativement si l’on veut que la prise de notes soit un avantage et ne devienne surtout pas un inconvénient.
La première de ces règles est que ladite prise de notes ne doit jamais être entièrement rédigée. Bannissez les phrases complètes, rayez-les sans scrupule ! Combien de fois ai-je assisté à des prestations dont les intervenants lisaient leur exposé. Que les choses soient claires : c’est insupportable et très vite les spectateurs s’agacent et décrochent. De plus, la méthode paraît, à bien des égards, malhonnête puisqu’il ne s’agit alors plus d’une vraie prestation orale mais d’un écrit maladroitement déguisé en oral. Dans le cadre de mes activités d’enseignement, lorsque j’assiste à une prestation dont le candidat lit ses notes, j’ai pour habitude de me lever et de confisquer les notes en question puis de demander à l’étudiant de continuer sans elles. Et ce que je remarque la plupart du temps, c’est qu’une fois libéré de ses notes, le candidat devient bien meilleur. À condition qu’il maîtrise son sujet bien évidemment ! Ainsi, pour éviter la tentation de la lecture, il convient de n’inscrire sur sa prise de notes que les mots-clés que vous voulez vraiment prononcer, les connecteurs logiques que vous souhaitez utiliser pour marquer la logique de vos enchaînements, les éventuelles citations ou données chiffrées (dates, pourcentages…) que vous envisagez de formuler. Il vous suffira alors de jeter un petit coup d’œil à vos notes pour vous assurer que vous n’oubliez rien d’important, pour retrouver l’information dont vous avez besoin au moment où vous en avez besoin. Il est par conséquent indispensable de ne pas oublier que l’essentiel de votre discours sera improvisé, spontané, pour ce qui est de la formulation bien sûr, pas du contenu que vous aurez préalablement travaillé. Après tout, dans la vie courante, vous n’écrivez par tout ce que vous allez dire et le plus souvent vous vous exprimez très correctement et sans difficultés particulières ! C’est cette spontanéité du discours qu’il faut conserver et retrouver, même si elle est quelque peu factice, la prestation ayant été généralement longuement préparée.
La seconde règle est qu’il ne faut jamais garder sa prise de notes à la main. Donc, pas de fiche ni de feuille à la main ! Si prise de notes il y a, ce qui n’est en rien une obligation, il faudra avoir un pupitre ou un bureau sur lequel la poser. Il est en effet indispensable que l’orateur ait les mains inoccupées pour pouvoir faire des gestes, pour rythmer son discours, pour être libre de ses mouvements. Lorsqu’un intervenant garde sa prise de notes à la main, de deux choses l’une : soit il ne peut plus faire de gestes et reste par conséquent figé, comme paralysé, soit il fait quand même des gestes et la prise de notes virevoltante trouble alors fâcheusement l’image que perçoivent les spectateurs.
Enfin, il est de plus en plus fréquent que cette prise de notes soit remplacée par le support visuel, type diaporama ou animation, utilisé par l’orateur pendant son intervention. C’est une possibilité mais dans ce cas, le public voit aussi ce que voit l’intervenant. C’est alors une prise de notes commune, partagée et il n’est plus possible d’y inscrire des annotations que nul autre que l’orateur ne devrait voir. Pour ce qui est de la bonne utilisation d’un support visuel projeté et des maladresses à éviter absolument et pourtant trop souvent observées, je vous renvoie à la conclusion de l’ouvrage.
Parfois, certains orateurs soucieux de bien faire et courageux, apprennent par cœur leur discours. Est-ce une bonne technique ? Certes, l’effort est louable mais la démarche me semble, à bien des égards, dangereuse. Si vous mémorisez mot à mot votre propos, vous risquez de le réciter et là encore de perdre en spontanéité. Le public devinera très vite que vous récitez et, paradoxalement, en dépit de l’effort que vous avez effectué, vous en tiendra rigueur. Je déconseille donc cette méthode qui est, en outre, chronophage et qu’il n’est pas toujours possible de mettre en œuvre dans un temps de préparation restreint. Imaginez un seul instant nos politiques contraints d’apprendre par cœur chacun de leurs discours ! En fait, seuls les excellents comédiens réussissent à réciter leur texte sans que cela ne se perçoive. Seuls les acteurs talentueux et expérimentés parviennent à faire croire qu’ils improvisent, que leur propos est spontané, alors qu’en vérité tout a été préalablement appris et prévu. Mais c’est un métier qui exige un peu de talent et beaucoup d’années d’apprentissage et d’expérience. Ainsi, avant de vous lancer dans la mémorisation de votre discours, surtout posez-vous les deux questions suivantes : ai-je le temps de bien l’apprendre pour le maîtriser pleinement et être capable de le dire avec fluidité, aisance et sans aucune hésitation ? Et suis-je assez bon comédien pour donner l’illusion d’improviser mon discours alors que je serai en vérité en train de la réciter ?
Pour qu’une prise de notes soit utile et profitable à votre prestation

• Elle n’est jamais rédigée et ne comprend aucune phrase complète. Elle comporte les mots clés, données chiffrées, citations, connecteurs logiques.
• Elle est une aide, un support et ne doit pas devenir un frein ou un handicap. C’est un support rassurant pour l’orateur qui se contente d’y jeter un œil pour s’assurer de ne rien avoir oublié.
• Elle ne doit pas empêcher la spontanéité du propos.
• Elle n’est jamais prise en main. Elle est posée sur un pupitre ou bureau. Elle ne gêne pas la gestuelle.
• Elle peut être avantageusement remplacée par un support visuel (diaporama, animation).
Gérez votre stress pour en faire un allié et non un ennemi
Prendre la parole devant une assemblée génère forcément une certaine appréhension plus ou moins marquée selon les individus et qui, chez certains, peut devenir un véritable obstacle, parfois même un handicap. Une chose est néanmoins certaine : nous avons tous vécu un jour ou l’autre une situation dans laquelle nous avons éprouvé certaines manifestations de ce qu’on appelle le stress dans le monde de l’entreprise ou le trac dans la sphère artistique. Car il faut bien admettre que ces deux termes désignent en vérité un même phénomène qui se traduit par les mêmes symptômes lesquels peuvent souvent être atténués et canalisés grâce aux mêmes techniques et exercices. Les réunions, les soutenances, les conférences, les oraux d’examen ou de concours, les entretiens professionnels de recrutement ou d’évaluation, les représentations artistiques devant un public sont autant de moments qui favorisent l’apparition du stress (ou du trac) et ce parfois bien avant le jour de la prestation en question. Alors, comment faire en sorte de « gérer ce stress » au mieux, d’en limiter les symptômes et, surtout, comment s’y prendre pour que ce stress devienne un moteur profitable à la prestation et non un frein préjudiciable ?
■ Ne culpabilisez pas de stresser, au contraire
Il est tout d’abord indispensable de comprendre et d’admettre que le stress est un phénomène tout à fait naturel qui prouve que le corps et le cerveau sont en train de s’adapter à une situation particulière dont les suites seront importantes. Le stress est donc un processus d’accommodation normal, physiologique et non pathologique. Il ne faut par conséquent surtout pas s’en vouloir de stresser. Je dis souvent à mes étudiants ou stagiaires qu’il est absurde de s’en vouloir de stresser et qu’il ne faut pas « stresser de stresser » dès lors qu’on va être confronté à un événement qui explique et justifie pleinement ce stress. A contrario, un individu qui ne stresse absolument pas alors qu’il se trouve dans une situation dont les enjeux sont sérieux est en droit de s’inquiéter. Pour ma part, lorsqu’il m’arrive de repérer un candidat à un examen oral ou une soutenance qui ne stresse vraiment pas – à ne pas confondre avec celui qui parvient à masquer habilement les symptômes de son stress – je suis quelque peu inquiet car très souvent cette absence de stress démontre que ledit candidat n’a nullement mesuré l’importance de l’épreuve et, partant, ne l’a pas correctement préparée. Tout comme le corps transpire lorsqu’il fait chaud pour réguler sa température interne, tout comme il frissonne quand il fait froid pour conserver une température minimum vitale, il stresse lorsqu’il est confronté à un événement dont l’impact risque d’être non négligeable. Vous ne devez par conséquent en aucun cas vous inquiéter de stresser lorsqu’il y a lieu de stresser mais au contraire vous féliciter de ce que votre cerveau fonctionne comme il se doit.
■ Cernez les facteurs qui déclenchent le stress
En fait, trois facteurs favorisent l’apparition du stress. Le premier facteur est l’importance de l’enjeu. En effet, plus une situation comporte un enjeu élevé, donc plus elle risque de générer des conséquences non négligeables, plus le stress risque de se manifester. Il est de ce fait logique de stresser lorsque vous passez une soutenance dont le résultat induira votre diplomation ou votre ajournement. Il est logique de stresser lorsque vous passez un entretien de recrutement dont la suite pourrait être l’embauche tant attendue et espérée. Il est logique de stresser lorsque vous devez animer une réunion dont vous savez qu’elle aura un impact essentiel sur la vie de l’entreprise ou l’organisation de votre service. Il est logique de stresser lorsque vous prenez la parole devant un jury qui va décider de valider ou non un projet qui vous est cher. En vérité, l’intensité des symptômes du stress et l’importance de l’enjeu sont généralement proportionnelles. À enjeu très élevé, stress très marqué ; à enjeu moindre, stress limité. On n’imaginerait pas, à moins qu’il y ait un vrai problème psychologique majeur, un individu en train de stresser parce qu’il se rend chez son boulanger pour acheter des viennoiseries et qu’il ne sait pas s’il restera suffisamment de croissants. Ici, l’enjeu est moindre et il n’y a donc aucune raison de stresser. Au pire, le gourmand se contentera de pains au chocolat (ou de chocolatines, inutile de soulever ici un débat national délicat qui risquerait de nous mener trop loin) !
Le second facteur qui favorise l’apparition du stress est le caractère inhabituel d’un événement. Ce paramètre est donc variable d’un individu à l’autre. Ce qui est normal et habituel pour moi ne l’est peut-être pas pour vous et inversement. Ainsi, dès qu’une personne est confrontée à une situation à laquelle elle n’est pas accoutumée, le stress risque de se manifester. Si vous n’avez pas l’habitude de prendre la parole devant un public, le jour où il vous faudra le faire, vous avez de fortes probabilités d’éprouver des manifestations de stress. En revanche, en tant qu’enseignant habitué à faire cours au quotidien, je ne stresse pas chaque fois que je dois entrer dans une salle de classe et dieu merci sinon mon quotidien serait infernal ! De même, le chauffeur de taxi parisien ne stresse pas de devoir circuler dans les rues embouteillées de la capitale et en présence d’autres conducteurs souvent survoltés et peu aimables tandis que le conducteur provincial que je suis appréhenderait fortement d’avoir à le faire, faute d’habitude.
Enfin, le troisième et dernier facteur qui provoque le stress concerne les éléments inconnus propres à la situation. Plus il y a d’inconnues, de paramètres indéterminés, plus le stress va augmenter. Si vous ne savez pas combien de temps va durer un entretien, vous allez stresser. Si vous ne savez pas exactement ce qu’on attend de vous pendant un oral, vous allez encore stresser. Si vous ne connaissez pas la composition du jury qui aura pour mission de vous juger et de vous noter, vous allez aussi stresser. Si vous ne savez pas où se passera votre épreuve, selon quelles modalités exactes elle va se dérouler, ni même quel matériel il vous faudra utiliser, vous allez toujours stresser. Aussi, lorsqu’il est possible de le faire, il est vivement conseillé de mener son enquête en amont pour lever un maximum d’inconnues et cerner au mieux la situation à laquelle vous serez confronté. Vous êtes convoqué à un entretien de recrutement parce que votre CV intéresse l’entreprise ? N’hésitez pas à demander quels interlocuteurs vous allez rencontrer, quelles sont leurs fonctions exactes et leurs attributions dans la société, quelle sera la durée de l’entretien que vous passerez mais aussi quelle sera sa nature (avec ou sans tests ? Individuel ou collectif ?). Imaginez le stress qui sera le vôtre si vous découvrez le jour de votre entretien que vous n’êtes pas seul mais avec d’autres candidats, qu’il vous faut commencer par passer 2 heures de tests de personnalité que vous n’aviez aucunement prévus et que vous serez amené à rencontrer plusieurs interlocuteurs dont vous ignorez et qui ils sont et ce qu’ils font au sein de l’entreprise ! Vous allez passer une soutenance ou un grand oral essentiel pour vos études ? N’hésitez pas à aller repérer la salle dans laquelle vous interviendrez, à essayer le vidéoprojecteur que vous utiliserez, à tester l’acoustique, à chercher sur Internet des photographies des personnes dont vous savez qu’elles siégeront dans votre jury. Ainsi, si l’un des membres du jury est vraiment très laid, disons d’une laideur extrême, ou vraiment très beau, disons d’une beauté absolue, vous ne serez ni décontenancé ni troublé le jour de votre prestation car vous vous serez préparé à cette confrontation… Plus vous saurez à quoi vous attendre, plus vous serez à même de vous préparer et moins vous serez victime d’un stress excessif. L’aventure et le mystère peuvent certes présenter des avantages et procurer du plaisir, mais il convient sans aucun doute de les éviter lorsqu’il s’agit d’être efficace et de s’assurer un résultat satisfaisant.
Bien sûr, lorsque ces trois facteurs sont réunis, à savoir le caractère inhabituel de la situation, l’enjeu important et plusieurs inconnues, le niveau de stress sera d’autant plus fort.

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