Le couple, l’intimité et la sexualité
147 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Le couple, l’intimité et la sexualité , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
147 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Carlotta Munier poursuit l’exploration de tout ce qui a trait à la relation, à l’intimité et à la sexualité. Dans notre sexualité, il y a toute notre histoire : notre histoire avec nous-même et notre histoire avec les autres. Ainsi notre sexualité parle de notre éducation, des modèles reçus, des relations parentales, de notre vie, de notre manière d’être au monde et des expériences vécues en contact avec les autres, de nos blessures, nos ressources, nos découvertes, nos regrets, notre spontanéité, nos peurs, nos joies, nos désirs. Qu’en est-il de la rencontre réelle avec l’autre ? Qu’est-qui se passe dans notre lit conjugal ? Qu’est-ce que nous rejouons de notre histoire avec l’autre et pour quelles raisons ? Carlotta Munier nous amène à l’essentiel.Pour que le couple s’inscrive dans la durée, la croissance, l’harmonie et évite la routine, il convient de faire ce travail sur la relation.L’amour à deux et la relation sont explorés en profondeur pour déceler ce qui nous empêche de vivre ce que nous voulons vivre avec l’autre, mettre à jour nos représentations et nos enjeux pour s’en affranchir et laisser à chacun sa liberté d’être lui-même, dans une intimité qui se tisse progressivement, afin que la relation devienne un espace de croissance et d’épanouissement.Parce qu’en matière de sexualité, il s’agit de rencontre entre des êtres, il appartient à chacun et chacune de faire de cette rencontre un moment, un chemin, un partage intime, gratifiant et joyeux dans la plus grande des libertés.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 16 février 2021
Nombre de lectures 12
EAN13 9782840587064
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
Titre



Carlotta Munier
Le couple, l’intimité et la sexualité
Un chemin vers un couple vivant et lumineux

Le Souffle d’Or
5, allée du Torrent – 05000 Gap (France)







www.souffledor.fr
Des femmes et des hommes
Dédicace


À tous les hommes que j’ai aimés et qui m’ont aimé e . Merci à chacun de m’avoir permis de devenir la femme que je suis aujourd’hui.
Exergue


« Le véritable amour, et le plus grand qu’on puisse imaginer, se réalise quand deux personnes, sur le chemin de la recherche de leur être, deviennent compagnons de route l’un pour l’autre, et quand chacun entend, dans le cœur de l’autre, résonner l’accord de son propre être… Nulle part ailleurs, on ne trouve un tel tressaillement que dans cette ­commu nio n d’être à être. »
Karlfried Graf Dürckheim (1896-1988)
Introduction
Il m’aura fallu l’occasion du confinement de ce printemps 2020 et de tomber un jour – par hasard ? – sur cette citation pour qu’à nouveau ne me reprenne l’envie de la plume. Ce n’est pas que j’en avais perdu le désir, mais j’étais comme un peu endormie ou alors en attente d’une nouvelle stimulation. Un peu comme dans un couple dans lequel quelque chose s’est ensommeillé et rêve ou flotte dans l’expectative d’un coup de baguette magique peut-être, d’un vent frais ou d’un coup de cloche pour s’ébrouer, s’étirer et commencer à promener un regard en lui et autour de lui. Cette citation m’aura touchée dans un espace, un terreau fertile qui était prêt à la recevoir comme une nouvelle semence fécondatrice et pleine de promesse. C’est ainsi que je reviens vous retrouver dans un nouvel espace, c elui de la rencontre. Car si nous avons déjà cheminé ensemble au pays des femmes et dans celui des hommes et que nous en avons déjà visité, évoqué, exploré bien des dimensions, nous n’avons pas encore pénétré dans l’alcôve, le saint des saint s , l’entre-deux unique et singulier, qu’est celui de la rencontre particulière qui se vit à l’occasion du couple.
La matière était là, riche, mais éparse, désorganisée, et il fallait lui donner une forme pour vous la proposer, vous la communiquer, vous la transmettre.
J’ai moi-même mûri, changé depuis notre dernière rencontre. Ma posture change, évolue, s’affine. Mes représentations s’estompent pour laisser davantage la place à la singularité, l’unicité de chaque individu, chaque couple que j’accompagne et qui m’émeut, m’enrichit, me nourrit, me remplit de gratitude. La vie m’a appris de nouveaux enseignements, m’a proposé de nouvelles ouvertures, de nouvelles relations, de nouvelles réflexions, de nouveaux partages, de nouveaux horizons et de nouvelles rencontres avec moi, avec l’autre. Oui, le terreau était prêt à accueillir cette graine, cette citation qui a ouvert la porte à tout ce que je vais maintenant vous partager au fil de ces pages.
Et pour celles et ceux qui ne me connaissent pas encore, quelques mots. Je suis g estalt-thérapeute, sexothérapeute et thérapeute de couple. Je suis également formée à d’autres approches telles la Sexual Grounding Therapy , la systémie, l’analyse transactionnelle, la PNL, la mémoire cellulaire et d’autres approches transgénérationnelles et transpersonnelles… Autant de regards et de moyens pour accompagner les individus et les couples dans toutes les dimensions qui les constituent. D’autres casquettes enrichissent ma posture : animatrice de groupes de thérapie, de groupes de supervision, de groupes de femmes, de stages de développement personnel et de Tantra, d’ateliers d’écriture érotique ; formatrice en sexothérapie, superviseur, etc . ; autant de voies qui me permettent de transmettre et d’accompagner de différentes façons différentes personnes.
La sexualité est un thème qui m’est cher et qui répond à une quête passionnante que j’ai de ce mystère insondable et insoluble de ce qui se passe entre deux êtres dans cette intimité la plus absolue et souvent la plus redoutée que celle de l’union des corps – et aimerais-je à croire – celle des cœurs, celle des esprits et pourquoi pas au-delà. Un espace qui pourrait être magique et qui en fait est souvent altéré, abîmé, meurtri… J’en ai fait mon métier car je suis touchée, sensible et sensibilisée autant par la souffrance de mes pairs que par leurs efforts de rechercher un mieux-être sexuel et relationnel. Et je suis mobilisée par une forte envie de réconciliation entre les hommes et les femmes par-delà leurs différences, dans le contexte très instable que nous vivons depuis quelques décennies et dans cette situation inédite que nous traversons d’un changement de civilisation. J’ai longuement évoqué la crise relationnelle actuelle dans mes précédents ouvrages et je vous invite à vous y reporter.
Il était temps , donc, de poursuivre mon chemin de transmission et de questionnement , ca r je n’apporte pas tant des réponses que des invitations à vous questionner, vous stimuler , voire vous secouer pour que vous puissiez vraiment, si vous êtes en couple, co-construire la relation qui vous permet d’être vivant et joyeux ; ou, si vous êtes célibataire, d’envisager la relation à la lumière de ce que je vous propose.
Quoi de mieux que de reprendre des modèles qui, pour moi, ont fait leur preuve ? C’est ainsi que vous retrouverez un nouveau pentagramme qui nous servira de guide et de trame dans l’exploration de la complexité de la relation.
Je rends grâce chaque jour d’être témoin, à la fois artisane et spectatrice, du cheminement des êtres que j’accompagne. Je suis touchée tant par leur détresse, leur désarroi, leurs conflits, leur honte, leurs tensions, leur rage, leur impuissance, leurs larmes, que par leur amour, leur tendresse, leur pugnacité, leur ténacité, leur humilité, leurs hésitations, leurs sourires, leurs regards, leurs frôlements, leurs hésitations, leur désarmement, leur franchise, leur audace, leurs actes de foi.
Que ce soit lors de mes consultations ou des stages que j’anime, je suis toujours bouleversée par la profonde humanité que je rencontre, par le vivant qui peut se déployer à nouveau après avoir fait le tri d’anciennes histoires, de vieilles croyances et autres traumatismes, après avoir mis à jour les jeux et autres stratégies qui empêchaient les cœurs de fondre, de s’ouvrir et les regards de s’embuer.
Je prétends que l’on rejoue systématiquement, dans la relation de couple, nos vieux schémas relationnels pour pouvoir en trouver une issue, une sortie, une résolution qui permette de vivre de manière plus autonome, plus libre et donc plus heureux.
C’est ce que permettent, entre autres, la thérapie, le développement personnel, le Tantra qui, comme autant de possibles explorations, sont des chemins de conscience et de connaissance de soi par l’expérience, l’expérience de la relation à soi et à l’autre. L’autre, qui offre d’abord cette occasion – à chaque fois et dans l’instant présent – de se rencontrer soi-même, d’être rencontré dans son altérité et ainsi de co-créer des ajustements. Car nous verrons , au fur et à mesure, que c’est dans cette flexibilité, dans cette souplesse que se créent la possibilité et l’envie de co-construire la relation, que se tisse la trame d’une incarnation dans la vie et – éventuellement la durée – d’un couple fluide, dynamique, éveillé, sans cesse en cheminement. Pour le plus grand bien de ses protagonistes et de son environnement.
Le couple est comme l’océan, soumis à des marées que sont les alternances de fusion intellectuelle, affective et sexuelle suivies de défusion et d’individualisation à travers les activités et relations externes à la frontière du couple. Comme l’océan, il subit tempêtes, orages, brises légères et calmes plats.
Le couple est ainsi un lieu privilégié de répétition d’expériences relationnelles précédentes, de projections, d’attentes de satisfaction mais aussi un endroit d’expression personnelle et de développement de soi. Il devient un levier de connaissance de soi et de transformation personnelle. Le couple est alors l’espace où s’exercent à la fois l’opportunité et la difficulté de rester soi-même dans le lien à l’autre. L’enjeu étant le plus souvent l’intimité, grande victime de notre histoire, et la sexualité par ricochet.
En effet, lorsque je reçois les couples en difficulté, bien souvent, la demande vient d’une problématique sexuelle. Du moins, c’est le symptôme visible. Or, dans la grande majorité des cas, ce symptôme , c’est le révélateur d’une problématique relative à l’intimité. C’est l’arbre qui cache la forêt. Sauf que si l’intimité est altérée, perturbée, évitée, le problème est encore ailleurs. La difficulté qui a amené ces deux êtres à s’éloigner l’un de l’autre ou à générer un symptôme est comme la partie visible d’un iceberg. Et nous verrons peu à pe u ce que l’on peut trouver sous la surface des flots.
Je ne saurais dire pourquoi je suis tant mobilisée à accompagner les couples qui tentent de se retrouver, de poursuivre un chemin ensemble après une épreuve, ou de pouvoir se séparer sans se déchirer.
Mais à chaque fois, c’est dans mon cœur que naît le mouvement d’accompagner ce qui est là, comme une main tendue, un soutien, un appui, une épaule, une permission, un levier, une béquille, un coup de pouce ; comme un éclaireur qui observe, cherche à comprendre et restitue ce qu’il constate ; comme un regard bienveillant et sans jugement ; comme un sentiment de tendresse, d’amour. Oui, c’est cela, j’aime les personnes, les couples qui osent venir se confronter à qui ils sont, à ce qu’ils font et à comment ils le font pour avancer dans leur vie, en acceptant cette aide que je propose. Car soyons honnête, il n’est pas confortable de venir dans un espace thérapeutique déposer son intimité sous le regard et aux oreilles d’une personne inconnue à qui l’on va révéler des situations, des difficultés, des secrets. La gêne, l’émotion, la honte peuvent survenir car l’on s’adresse autant à moi qu’à l’autre, la personne avec qui l’on partage sa vie… J’ai donc une infinie tendresse pour les personnes que j’accompagne autant que j’ai de la gratitude d’être à la place que j’occupe. Et c’est de cette place, comme de ma place de femme que je vais vous emmener dans ce nouveau voyage.
Écrire un ouvrage sur le couple, n’est-ce pas trop ambitieux ? Tant de grilles de lecture, de théories, de modèles, de regards… Ce sujet est si complexe que je pourrais craindre d’oublier quelque chose d’important. Je pourrais aussi ne pas être toujours objective car j’ai ma propre expérience de couple qui, forcément, a fait que je suis celle que je suis aujourd’hui. En même temps, thérapeute de couple et g estalt -­t hérapeute, je suis toujours le fil conducteur qu’est la relation soi-autre-environnement et c’est ce fil qui va me permettre de ne pas me perdre en chemin.
Un couple, c’est quoi ?
C’est une excellente question. En fait, il y a autant de couples que d’individus car chacun voit et vit son couple à son bout… Par conséquent, chacun aura sa propre définition, sa propre anthropologie du couple, d’où parfois des surprises lorsque l’on prend conscience que l’autre a une vision parfois radicalement différente de la nôtre…
Les termes « couple » et « copuler » ont la même origine : du latin copula « lien, chaîne, groupe de deux personnes liées par l’amitié, l’amour » et au figuré « union » (entre mâle et femelle) . Copula est issu du latin cum (avec) et apere (attacher) ; et copulare : attacher, joindre, lier ensemble. Le cadre est posé, l’on parlera bien de la relation – de ce qui relie deux êtres dans les deux acceptions du terme – et de sexualité. Pour autant que l’on ait choisi de la vivre et de la partager car il existe des couples qui ont fait un choix différent. On les appelle des personnes asexuelles (qui vivent sans sexualité active) et/ou aromantiques (qui vivent sans relation amoureuse ou sentimentale). Cela ne signifie pas pour autant qu’elles ne peuvent pas vivre de relation de couple. Ici , nous ne parlerons pas de ces couples trop spécifiques.
Le couple névrotique
Voilà un titre à la fois provocateur et à la fois lucide. Car si l’on considère la névrose comme une souffrance psychique, la dimension névrotique est celle relative à la souffrance que les individus n’ont de cesse de chercher à apaiser, à soigner, à guérir car ils ont tous des blessures, des meurtrissures, des failles issues de leur propre histoire.
Et le couple est l’espace idéal où cette souffrance, intrinsèque à la nature humaine, s’exerce dans l’espoir d’être résolue. Chacun est dans l’attente que l’autre nous comble au niveau de nos besoins, de nos désirs non satisfaits, non résolus issus de la prime enfance et de la relation que nous avons tissée avec notre entourage à l’époque.
Ces impasses relationnelles, ces manques d’affection, d’amour, d’attention, de regards, d’écoute, de soutien, de toucher, d’espace, d’intimité, d’encouragement, de limites, de liberté, nous les portons en nous plus ou moins consciemment et, à l’occasion de stress, de difficultés, de craintes, de fragilité, elles surgissent, elles sont réactivées et cherchent apaisement ou résolution.
Or, ce n’est pas à notre partenaire de prendre tout cela en charge.
Si la relation à deux implique un certain nombre de besoins relationnels à nourrir – sinon quel est le sens d’être dans une relation privilégiée – , elle n’a pas à prendre en charge tout ce qui a manqué dans la construction des individus qui la composent.
Sortir de ces fonctionnements névrotiques demande un réel travail sur soi, de connaissance de soi, de ses difficultés, de ses souffrances, de ses manques, de ses craintes, etc . , afin d’en prendre soin par soi-même. C’est une véritable démarche d’estime de soi que d’apprendre à s’accepter et à s’aimer avec ses blessures, plaies et cicatrices, sans pour autant avoir tout résolu. Nous en avons longuement parlé dans les deux premiers opus.
La relation est la tentative de ne pas faire porter tout ce paquet à l’autre, celui ou celle avec qui l’on a choisi de vivre. C’est chercher et trouver autant que possible dans chaque situation la justesse, la juste distance, le juste partage, la juste expression, et l’écoute de nos besoins et de nos ressentis ainsi que ceux de l’autre. C’est ce que l’on nomme l’intimité. Pour cela, il s’agit de (re )t rouver le chemin de nous-même et de devenir souverain de notre propre royaume. La souveraineté, c’est s’être affranchi de l’histoire (que l’on se raconte) sur l’histoire, c’est sortir de la mendicité de l’amour pour enfin laisser apparaître l’être que nous sommes, au-delà des facettes de notre personnalité – les costumes de notre névrose –, et ainsi entrer dans une relation vraie.
Le couple vivant
Le couple vivant a un prix. Celui de l’intimité qui résulte de cette capacité à être intime avec soi, dans la fluidité relationnelle et départie d’enjeux relatifs à notre histoire ­individuelle.
Ce couple s’inscrit également dans une envie mutuelle de cheminer dans la danse du donner et du recevoir, dans la conscience que tout ce que nous faisons, tout ce que nous disons a un impact sur l’autre et génère la possibilité que cela ouvre des blessures (charge à l’autre de regarder ce dont il s’agit et d’en prendre soin) et l’inverse est tout autant vrai, sans intention de nuire.
Un couple vivant est un couple qui sait laisser à chacun la liberté d’être soi-même et soi-même dans la relation, dans un cadre co-construit, un engagement pris ensemble et régulièrement interrogé.
Un couple vivant est un couple qui sait susciter la joie, la légèreté, le jeu, l’érotisme, la vitalité, comme il sait faire face aux difficultés, aux épreuves, aux deuils dans le soutien mutuel.
Un couple vivant est un couple qui sait nourrir et cultiver les deux polarités qui se rejoignent dans l’entre-deux de la relation, la connexion des cœurs et la connexion des sexes.
Un couple vivant est enfin un couple qui entre dans une dimension sacrée de la relation intégrant une sexualité qui a été rendue sacrée par la qualité de conscience, de présence et d’ouverture de cœur qu’elle demande.
Et l’amour là-dedans ?
Ah l’amour… Il y a autant de définition s qu’il n’y a de poètes, d’écrivains, de philosophes, d’époques, de cultures, de religions, d’anthropologues, de psys, de gourous, de maîtres spirituels, d’individus, d’hommes, de femmes, d’enfants. Que l’on soit amoureux ou non, que l’on soit en couple ou non, que l’on soit heureux ou déçu. Bref, l’amour est sans doute l’un des sujets qui a fait le plus couler d’encre dans le monde depuis des siècles.
Si l’amour préexiste bien souvent à l’établissement d’un couple et à son inscription dans la durée et l’engagement, s’il est un excellent préalable à la construction de la relation et à la traversée des épreuves, il ne règle pas tout. Il ne suffit pas pour que les choses aillent bien ou mieux.
Entre amour et attachement, il y a à regarder où l’on se situe car ce sont deux dimensions de la relation très ­différentes.
Entre amour et désir , il y a aussi à comprendre que ce sont deux dynamiques différentes car j’entends bien souvent cet amalgame : « J e n’ai plus de désir, est-ce que je l’aime encore ? ».
L’amour n’est pas qu’un sentiment, c’est une force, qui ouvre les cœurs et permet d’accéder à la joie, à quelque chose de plus grand que nous, qui nous fait déplacer des montagnes. C’est aussi une force d’attraction qui nous met au travail, c’est une décision que nous prenons de cheminer en donnant le meilleur de nous-même, sans fard, sans dissimulation, en s’ouvrant à la magie et aussi en prenant un risque, celui de l’authenticité et de l’intimité.
L’attachemen t est le produit de notre histoire, de nos blessures, de notre façon d’être en relation qui résulte de nos attachements précoces. Cela n’a rien à voir avec l’amour et est souvent confondu avec.
Le dési r est ce qui nous pousse vers l’autre, cet élan d’aller rencontrer l’autre dans la dimension charnelle, érotique, sensuelle, sexuelle pour vivre un instant, un moment, un voyage à deux.
Quant à la passion, c’ est encore une autre force. Une intensité, une explosion et une surexposition de couleurs, de saveurs, de plaisir, de regards, de sensations, etc. Cela ne dure qu’un temps et si elle n’est pas traduite dans un amour plus profond et réellement choisi, la flamme s’éteint.
Je n’ai pas choisi la simplicité en écrivant un livre sur le couple, l’intimité et la sexualité, vous voyez déjà les bases de notre exploration et déjà peut-être , êtes-vous confronté à vous-même, à vos représentations, à votre réalité, à vos choix. Je le suis aussi.
Cette complexité, c’est ce qui me meut, me mobilise, me permet de faire mon métier avec intérêt, curiosité, passion, car il s’agit à chaque fois de personnes qui se débrouillent du mieux qu’elles peuvent pour se débrouiller avec elles-mêmes et dans leurs relations. C’est ce qui me touche, m’anime, me convoque dans mon travail. Et c’est ce qui me touche, m’anime, me convoque au cœur de mes propres relations.
Alors, avant même d’aborder la complexité de la sexualité dans la relation de couple, nous verrons d’abord ce qu’est un couple, ce qui le constitue, ce qu’il peut vivre et traverser. Car si chaque couple est unique, c’est une donnée universelle – certes ­culturelle et ­sociétale – que de former des couples sur cette planète. Ne serait-ce que pour assurer la ­pérennité de l’espèce humaine. ­D’ailleurs, puisque nous évoquons l’humain, il est à noter ­qu’étrangement, les hommes et les femmes semblent ne pas appartenir à la même espèce. Pour preuve, hommes et femmes ont moins de chromosomes en commun que les hommes avec les chimpanzés et les femmes avec les guenons… Comme je l’ai exprimé dans mon précédent ouvrage 1 , les hommes et les femmes ne viennent pas de la même planète !
Un couple est le fruit d’une rencontre de deux personnes, produits et dépositaires de leur propre histoire. Soit une infinité d’éléments qui peuvent rapprocher ou au contraire séparer, éloigner. Nous verrons que dans un lit, on n’est pas seul. S’y invitent ascendants, descendants, collatéraux, figures d’attachements et d’autorité (du passé comme du présent), partenaires passé(e )s – et projections sur la/le partenaire actue l( le) –, voisin(e )s , collègues, professeur(e )s , la liste peut être longue avec autant d’interactions et d’interrelations vécues, imaginaires ou imaginées qui vont interférer dans la façon d’être en relation ici et maintenant. Enfin, le couple s’inscrit, en O ccident, dans une lignée de tradition culturelle et religieuse que l’on appelle « patriarcat » qui conditionne encore, malgré les différentes révolutions au cours des siècles, la façon dont se comportent les hommes et les femmes au lit et ailleurs.
C’est d’ailleurs par cette porte d’entrée, le patriarcat, que nous allons démarrer notre voyage. Quelques éléments et clés de lecture (car ce n’est point notre sujet) qui vont nous permettre de dresser un état des lieux (non exhaustif) de la situation actuelle et ce dont nous, hommes et femmes, sommes porteurs en termes de conditionnement social, culturel et relationnel, en termes d’inconscient collectif et en termes de genre et d’identité.
Puisque l’on évoque le genre, le raccourci vers l’orientation est facile. Je précise donc qu’à l’instar des deux premiers ouvrages, je m’exprime dans un cadre de référence hétérosexuel ou « hétéronormé ». Il va sans dire que c’est un parti pris didactique, non exclusif des autres orientations sexuelles et , par conséquent , en aucun cas une référence à une forme de normalité. Cependant, nous verrons que la polarisation, dans la sexualité, est à prendre en compte, et n’est pas forcément relative qu’à la seule biologie.
Nous ne sommes ni défini par notre orientation, ni par notre genre. Notre sexualité et nos relations relèvent de nos propres choix et personne ne peut nous révoquer notre libre arbitre. Les histoires d’amour n’ont pas de genre et nous rencontrons à chaque fois des personnes qui portent le visage d’un reflet de qui nous sommes à ce moment. Si pour certain(e)s l’orientation est claire, pour d’autres , elle sera un espace de questionnement sur ce qui nous fonde, nous meut, nous émeut, sur notre façon d’être au monde et en relation. Ce qui fait que l’orientation sexuelle peut être considérée comme un continuum de la stricte hétérosexualité à la stricte homosexualité, avec toutes les variations et déclinaisons possibles, que chacun explorera au gré de ses mouvements intérieurs, des rencontres qu’il fait et des couples qu’il forme.
Vous l’aurez compris, je n’envisage pas, dans le présent ouvrage, la sexualité en dehors de la relation (je n’ai pas écrit « en dehors de la relation conjugale »), et c’est dans le cadre de la relation et de l’intimit é qu’elle peut trouver un espace d’épanouissement pour le tandem que forme nt ces deux individus et pour chacun d’eux.
La sexualité bouge, varie et s’apprend tout au long de la vie. Par la découverte de soi qu’elle suppose, la sexualité se découvre, s’apprend au fil du temps, des expériences et de la relation à l’autre, dans l’intimité qui se tisse au fil des instants, favorisant ou non son déploiement.
L’épanouissement sexuel va de pair avec l’épanouissement personnel. Il faut du temps pour l’apprivoiser et cela nécessite des étapes, c’est une démarche de connaissance de soi, un chemin de vie. Vous l’avez déjà arpenté au cours des deux précédents ouvrages, il est temp s maintenant de plonger.


1 . M UNIER C., La sexualité masculine : puissance et vulnérabilité , Le Souffle d’Or, 2018 , p. 91 .
Partie I Du couple névrotique
Si nous, femmes et hommes , avons tous un corps, un cœur, une tête et un sexe, il est clairement établi que nous ne fonctionnons pas de la même façon. Mais alors , comment nous rencontrer ? Comment faire couple et comment vivre une sexualité vivante et épanouissante alors qu’il y a encore tant d’incompréhensions, d’interrogations, de croyances au sujet de la relation, de la sexualité, sur soi, sur l’autre si différent qui pourtant nous attire ? Comment cultiver notre singularité qui fait de nous un être désirable et sans pareil ? Comment se rejoindre sans se perdre dans l’autre ? Comment cesser de toujours tomber dans les mêmes pièges ?
Qu’en est-il de la relation à soi et à deux aujourd’hui, dans un monde envahi par la pornographie et la vulgarité, soumis au terrorisme de la consommation et de l’individualisme, et victime du culte de la performance et de l’orgasme à tout prix ?
Qu’en est-il du cœur, de l’affectif, de la communication vraie et sincère ? Quelle est la place de l’intime par rapport au génital ? Quel est l’espace de se dire, de se dévoiler à l’autre dans sa vulnérabilité, de s’ouvrir sincèrement dans ses peurs, ses désirs, ses envies ? J’ai déjà évoqué ces questions précédemment dans mes autres ouvrages. Et pourtant, il y a encore tant à faire.
La confiance, la relation, le désir, l’intimité se tissent et se conjuguent sans cesse par des ajustements et des remises en question. Encore faut-il être curieux et avoir quelques clés. Cela suppose d’accepter de s’occuper de soi en premier lieu en retournant dans son histoire pour débusquer ses manques, ses besoins, ses attentes, ses désirs non exprimés et ses craintes. En prendre soin et ainsi cesser de les faire porter à l’autre. Car cet autre, différent de nous, n’a pas à prendre en charge nos blessures, nos carences, nos pénuries. Il n’a pas à réparer ce que nos parents n’ont pu nous donner de la façon dont nous l’aurions voulu. Cet autre, lui-même porteur de ses propres plaies, cicatrices, ne peut être cet idéal qui va venir combler nos béances. Et nous ne pouvons le faire pour lui non plus.
C’est là la racine de nos difficultés de couple car nos premiers couples, constitués sans la conscience de qui nous sommes en réalité, sont des couples névrotiques que l’on crée pour tenter de réparer ce qui est blessé, abîmé, altéré, carencé ou spolié chez nous.
Nous, en tant qu’individu, sommes des êtres dont les ailes ont été coupées, les élans freinés, les mouvements stoppés, les cœurs brisés. Nous sommes des êtres pétris de représentations forgées d’introjects, de blâmes, de réprimandes, de jugements, d’interdits, d’anathèmes. Et nous n’aurons de cesse que de chercher et de trouver cet autre dont nous attendons qu’il nous soigne, nous panse, nous répar e et, bien sûr, nous aime pour qui nous sommes. Sauf que nous ne sommes pas nous-même ! Nous ne sommes que des ersatz des magnifiques personnes que nous sommes réellement , et ce, jusqu’à ce que nous nous soyons davantage rencontré. C’est-à-dire que nous aurons entamé le chemin de nous connaître, de nous révéler à nous-même et de nous accepter. « Un enfant blessé dans son intégrité ne cesse pas d’aimer ses parents, il cesse de s’aimer lui-même » , Jesper Juul.
La relation, c’est donc d’abord un chemin intérieur vers soi.
En attendant, dans la relation névrotique, nous sommes des mendiants de l’amour… Or, nous ne pouvons pas être défini et réduit par les sentiments amoureux que l’autre nous porte, ou pas !
Le contexte patriarcal
La différence fait peur. La différence vient de l’ignorance et elle est combattue. Et cette guerre dure depuis plus de trois mille ans !
Si vous souhaitez vraiment comprendre ce qui s’est passé et comment nous en sommes arrivés là aujourd’hui, je vous invite vivement à lire ce magnifique ouvrage d’Olivia Gazalé : Le Mythe de la Virilité 2 . Particulièrement bien documenté, ce livre nous explique avec simplicité comment les rôles et places des hommes et des femmes, dans le monde d’aujourd’hui, sont issus de siècles de domination des hommes sur les hommes et des hommes sur les femmes. Héritage lourd et complexe qui transpire encore dans les comportements et attitudes des individus à l’insu de ces derniers, notamment en situation d’intimité.
Le pouvoir qu’ont les femmes de transmettre la vie fait peur aux hommes. Le potentiel orgasmique des femmes déborde les hommes. La sexualité et l’énergie sexuelle dérangent et effra i ent. N’ayant pu être accueillies et régulées, elles ont été réprimées.
La sexualité féminine est légère, joyeuse, sensuelle, ludique, folle, sauvage, créative, douce, lente, profonde, subtile, relationnelle, amoureuse, extatique, multi-­orgasmique, secrète, discrète, mystérieuse, inattendue, imprévisible, puissante, émouvante…
Que peut faire un homme avec ça ? Il n’a pas les clés. Ça le dépasse, ça lui fait peur. Et comme lui-même n’a (avait) pas encore trouvé le chemin de sa propre sexualité en dehors de la soumission à ses pulsions et à son désir (l’homme fait rarement la distinction entre les deux), comme il n’a pu accéder à la magie de son côté à lui, il se trouve impuissant et démuni face à cette Femme sexuelle et vivante. Alors , il a cherché à l’enfermer, à la condamner, à la détruire.
Cela fait quelques siècles que cela dure et nous, femmes, avons souscrit et perpétué ce modèle au travers de l’éducation, de notre silence, de notre propre soumission, de la perte de repères et de la perte du sens qui nous faisait aller à l’intérieur de nous-même s .
La sexualité masculine pulsionnelle – rappelons que l’homme sécrète bien plus de testostérone que la femme et que cette hormone pousse à la conquête, à l’agressivité et soutient le désir sexuel (dans le sens pulsion) – a m û l’homme pendant longtemps, faisant de son sexe en érection son étendard, son glaive, son sceptre et , par là même , lui a permis de déployer sa suprématie sur toutes les créatures, dont les femmes. L’homme, soumis et gardien du Phallus sociétal, devait tenir cette supériorité. Il le doit encore, coûte que coûte, même au prix de son identité, de sa virilité, de son âme et de sa planète.
Qui est capable, aujourd’hui , de lui (re )c onférer sa noblesse et sa puissance ? Seules certaines anciennes ­traditions peuvent nous aider à réhabiliter progressivement ce qui a été dévoyé.
Depuis plus de trois mille ans donc, le patriarcat est le contexte violent et guerrier qui a institué la sexualité comme un espace de pouvoir, de contrôle, de répression, de viol, d’abus, de droit de cuissage. Une sexualité de reproduction également. Pas de ­relation. Pas de sentiment. Pas de place pour l’altérité. À l’image de la pornographie de nos jours. Sauf que ce n’est pas du cinéma. Cette sexualité dissymétrique est encore bien réelle.
La répression des femmes se niche partout. On peut encore s’en trouver consterné de savoir que le clitoris n’existe pas dans les manuels d’éducation, du moins il réapparaît depuis tout juste quelques années. Et il nous a fallu pas moins d’une révolution pour avoir le droit de disposer librement de son corps quand on est une femme.
Et celle sur les hommes est également réelle ou l’a longtemps été. Ne serait-ce par la condamnation de la ­masturbation, réhabilitée depuis peu, et surtout par l’obligation de performance, par l’injonction de prouver sans cesse sa virilité. Mais je l’ai longuement évoqué dans mon précédent livre 3 .
En Mai 1968, la révolution sexuelle mène, a-t-on voulu le croire, à une libération sexuelle. Certes , la femme semble davantage libre dans son corps, dans son désir et son plaisir. Or, je constate encore bien souvent, avec tristesse, dans les confidences qui se déposent dans mon cabinet, que l’on en est encore loin de cette liberté d’être, de se dire et de dire oui ou non, quand on est une femme. Au xxi e siècle, je trouve cela inacceptable, mais c’est la réalité.
Cette révolution a été salutaire et a permis une énorme avancée, mais elle a généré de nouveaux maux, de nouveaux troubles car avant, personne ne se questionnait vraiment sur le désir au féminin, l’éjaculation précoce, la multi-orgasmie… La performance n’avait pas encore touché le continent de la sexualité féminine. Or aujourd’hui, les femmes sont aussi soumises à cette tyrannie.
Que s’est-il passé ? Les femmes ont commencé à exister et à revendiquer des droits ! La sexualité a commencé à devenir individuelle, personnelle, non plus seulement une pulsion à assouvir, mais un espace où l’on peut être soi-même, un espace de partage, d’intimité où vivre le désir et le plaisir devient possible.
Et par là même, la sexualité devient un espace de rencontre.
Pour qu’il y ait rencontre, il faut deux individus, donc deux personnes individuées, un toi et un moi. Cela crée une relation : toi et moi , ça fait nous . En théorie.
En réalité, on ne nous apprend pas à être en relation et à prendre soin de cette dernière (le nous ) et encore moins à avoir une sexualité épanouie qui dépend de la qualité d’intimité relationnelle que nous pouvons co-créer ensemble.
L’humanité est blessée et couchée sur le flanc. Les femmes sont blessées d’avoir été blessées et les hommes blessés d’avoir blessé (et inversement). Je rencontre beaucoup d’hommes qui ne supportent pas cet héritage de violence faite aux femmes, aux enfants, à la planète. Ils se décrètent « féministes » et refusent de souscrire aux discours sexistes, machistes, à la non - parité, à l’objectisation, etc.
Comment allons-nous nous relever ? Faut-il un, des virus et autres confinements pour pouvoir descendre en soi et se questionner ? Que faisons-nous ? Qu’en est-il aujourd’hui de la relation à Soi, à l’Autre ?
Oser se questionner, c’est oser aller regarder nos peurs les plus profondes. Les peurs narcissiques et les peurs de et dans la relation : l’intimité.
La femme a peur d’elle-même, de sa puissance, de ses désirs, de son plaisir, de son anatomie, de ne pas plaire, d’être rejetée, de l’autre, de se perdre, d’être soumise, d’être enfermée, d’être violée ou tuée, d’être sous emprise ou au contraire d’être autonome, puissante, voire toute-puissante et même castratrice.
L’homme a peur de la femme (et de la toute-puissance maternelle), de sa propre violence, de perdre sa liberté, d’être rejeté.
Et tous ont peur de ne pas être aimés.
Le chemin, c’est de s’accueillir sans condition, de se connaître soi-même, de prendre soin de ses besoins et de s’ouvrir à l’autre et à ce qui est là, ici et maintenant.
L’on comprendra alors comme il peut être difficile d’être, de rester en couple. Un vrai challenge, un engagement, pour soi et envers l’autre. Et pour quelles raisons ? Il existe une littérature abondante sur le thème du couple, c’est sans doute un reflet de la complexité et de la singularité de chaque ­relation.


2 . G AZALÉ O., Le Mythe de la Virilité , Éditions Robert Laffont, 2017 .

3 . M UNIER C., La sexualité masculine : puissance et vulnérabilité , Le Souffle d’Or, 2018.
Qui est l’autre pour moi ?
Tout est en place pour vivre des couples névrotiques. Un héritage patriarcal où finalement , personne ne s’aime ni n’existe pour qui il est vraiment et où l’on cherche sans cesse et désespérément une confirmation de notre existence dans le regard de l’autre. Un regard qui accueillerait de manière inconditionnell e cet enfant intérieur apeuré, triste ou maltraité en nous qui, dans cette attente crispée et cristallisée, ne cesse de prendre le pouvoir pour quémander, obtenir, récupérer, arracher, quel qu’en soit le prix, ce qui lui a été volé, spolié, interdit, soustrait, pillé : sa vitalité et son droit d’exister.
Qui est l’autre pour moi lorsque cette partie-là, celle de l’enfant blessé, s’active et prend le contrôle ? Et quand elle réagit et jaillit à chaque situation de doute, de stress, de peur ?
Qui suis-je moi-même ? Et qu’est-ce que j’attends de cet autre ?
C’est ainsi que tant que je n’ai pas clarifié ce qui se passe en moi et que je n’ai pas commencé à m’aimer moi-même, je rejoue en permanence mes sc e narii, mes rackets, mes mendicités, mes soumissions, mes séductions, mes rébellions, mes silences, mes manipulations ou mes attaques, dans l’espoir irréaliste d’obtenir de toi ce que mes parents et figures ­d’attachement n’ont pu me donner. Alors , le couple devient un formidable terrain de jeu de reproduction et de (tentative de) réparation de tout ce qui est mal construit ou fracassé en moi.
Pourtant, cet autre, c’est la personne avec qui l’on a choisi de vivre ! Et alors que l’on voudrait vivre un idéal de relation, on projette sans s’en rendre compte et sans cesse une partie de soi sur l’autre qui fait miroir. On projette ses blessures, ses comptes non soldés, ses défauts, ses désaveux, sa part d’ombre.
Concrètement, on tombe dans deux pièges classiques. L’être humain est doté d’un cerveau qui tourne en boucle tant qu’il n’a pas compris ce qui se passe, tant qu’il n’a pas saisi de sens. Et comme il tente par-dessus tout de garder le contrôle dans la situation, il fait avec ce qu’il conna î t le mieux : lui-même, ses représentations, ses connaissances, ses valeurs, sa vision du monde – majoritairement issues des introjections parentales – complètement imaginaire donc car rien de cela n’est réel dans le présent. Il reste en autoréflexion sans en faire part, sans se confronter à l’autre dans la réalité, car c’est – selon une croyance inconsciente issue de vieilles histoires – trop dangereux.
1. La lecture de pensée : l’on fait les questions et les réponses dans sa tête. Plutôt que d’oser s’adresser à l’autre, l’on va, à partir de sa propre histoire et du passif dans la relation, imaginer des dialogues intérieurs qui sont toujours les mêmes. « Si je dis ça, il/elle va forcément répondre cela, et du coup, il va se passer cela… ». Nous sommes seul dans notre tête et nous entretenons régulièrement ces conversations imaginaires qui nous empêchent de vérifier dans le présent la réalité de ce que vit l’autre à l’occasion de la ­situation ou de nous-même.
2. L’interprétation : « Ç a veut dire que ». C’est le même fonctionnement. L’on va extrapoler à partir de notre propre expérience (parfois désastreuse), d’informations filtrées ou erronées ou de nos systèmes de référence. Et l’on va tirer des conclusions sur ce qui se passe. Conclusions qui viendront confirmer ce que, bien évidemment, l’on avait supposé… On reste donc dans notre imaginaire, sans se confronter à l’autre et à sa propre réalité, sans se donner la possibilité de saisir l’occasion de la rencontre, du partage, de la surprise, de la nouveauté.
Nommer à l’autre ce qui se passe, notre ressenti, notre émotion, notre cheminement, c’est prendre le risque d’avoir un impact sur l’autre. É couter l’autre dans sa différence, dans l’expression de ce qu’il ressent (qui peut différer du nôtre), ses émotions, ses réflexions, c’est prendre le risque d’être impacté, touché, affecté par l’autre.
Or, nous sommes en permanence en train d’impacter et d’être impacté ! La relation est faite de cela. D’impacts, autrement nommés : de contacts. De cycles de contacts successifs qui se déroulent de manière plus ou moins fluide. Nous y reviendrons plus tard.
Alors, on rejoue nos histoires car c’est ce que l’on a appris depuis l’enfance, c’est la façon dont on s’est attaché à l’autre : nos névroses.
Et l’on refait ce que l’on a appris d’une part parce que c’est connu, rassurant et plus ou moins confortable , et d’autre part pour tenter de régler, de réparer ce qui a été souffrant, douloureux : les impasses, les drames… Cela signifie souvent de trouver (prendre ?) chez l’autre ce qui nous a manqué : ne pas avoir (ou trop) été regardé, entendu, touché, pris en considération, aimé. Quitte à le manipuler , voire le lui extorquer. Et s’il ne répond pas présent, si l’on n’obtient pas de lui qu’il nourrisse nos besoins – dont parfois l’on n’a même pas conscience pour certains d’entre eux –, on va lui faire chèrement payer.
C’est connu, c’est là d’où l’on vient. C’est rassurant d’une certaine manière parce que c’est ce qui nous a permis de survivre. C’est confortable : on est devenu expert dans les codes et les manières de faire et l’on y est habitué. Et ­inconfortable car à la longue, cela a un coût, celui de la vitalité, celui de la liberté d’être soi-même et de partager avec un autre cette joie et cet enthousiasme de pouvoir se déployer à son occasion.
Dans cette reproduction, l’on choisit inconsciemment un autre qui a des traits communs (même si cela peut être anxiogène) avec nos figures d’attachement. Ainsi , l’autre et la relation sont générateurs d’anxiété et les éléments du scénario sont en place pour la répétition.
Il y a un autre piège dans la pseudo-relation. « Pseudo » car tant que l’on traite avec notre imaginaire – avec notre passé donc – l’on n’est pas avec l’autre, par conséquent , pas réellement dans la relation.
C’est le piège de l’idéalisation. L’on va idéaliser l’autre, le mettre sur un piédestal, conformément à un modèle interne d’un autre qui serait parfait et qui répondrai t en tout point à nos besoins et à nos attentes. Ainsi , l’on va effacer chez lui tout ce qui pourrait être en discordance avec cet imaginaire pour qu’il réponde à notre tableau et un jour, forcément, on va lui reprocher de ne pas être conforme à cet idéal.
Bref, dans tous les cas, on ne rencontre pas l’autre tel qu’il est. On fait toujours la même chose. Choisir une personne à l’opposé de nos figures parentales, en réaction à ces dernières, c’est encore le même processus, cette fois dans une contr e-­d épendance à une forme ancienne et familière. Pas de liberté, pas de nouveauté, pas d’autonomie, pas de différenciation, pas d’individuation. L’on reste coincé dans notre passé, dans ce que l’on appelle des ajustements conservateurs. « Ajustements », parce qu’enfant, c’est ce qui, en adaptant nos comportements, nos attitudes, nos expression s à ce qui était attendu par notre environnement, nous a permis de traverser et grandir du mieux possible dans la situation. Ajustements « conservateurs », en effet, puisqu’ils semblent avoir plus ou moins bien fonctionné à l’époque ; dans la répétition , ils se sont chronicisés et sont devenus des schémas répétitifs, des rigidités.
Or , c’est la nouveauté qui fera bouger les choses, les relations, notre rapport à l’autre. Mais on ne le fait pas, on ne le sait pas, on ne l’a pas appris.
En fait, dans le couple névrotique, toutes nos pensées, nos décisions, nos actions, nos interactions résultent de notre imaginaire. Lui seul préexiste à chacun de nos mouvements, lui seul en garde les clés et le contrôle. Et comme ce n’est pas réel, que l’on reste dans notre tête à y faire les questions et les réponses, on ne rencontre pas vraiment l’autre, il n’y a pas d’altérité, donc pas d’ajustement créateur, pas de ­co-­création, pas de coresponsabilité, pas de nous, pas de croissance, pas d’intimité.
Entre l’autre et soi, il y a toujours quelque chose : des représentations, des idéaux, des croyances, des valeurs, des jugements, des illusions, des utopies, des attentes, des images, des critiques, des censures, qui vont présider à chacune de nos tentatives pour être en contact et en relation et qui vont nous empêcher d’être vraiment chez nous, dans nos « pompes », pour le rencontrer réellement.
Quand il y a un problème, on ne prend pas le temps de regarder de quoi l’on s’est saisi (de ce que l’autre a dit, n’a pas dit, a fait, n’a pas fait) pour se faire mal, pour activer une vieille histoire, gratter une ancienne plaie. On projette, on interprète, on procède à nos petits arrangements névrotiques pour apaiser un mental anxieux et confirmer encore nos hypothèses et déductions.
En fait, après la période souvent bénie de la rencontre où l’on se donne à voir sous notre meilleur jour, où l’on fait attention à soi, à l’autre, à notre désirabilité, au bout d’un moment, les masques tombent. Ou au contraire sont repris pour que l’on y cache notre ombre, notre laideur, nos infamies, notre indignité, notre infirmité, nos peurs, les monstres et les squelettes dans nos placards.
La relation est alors devenue une transaction non consciente et sans contrat ni contractant. C’est-à-dire que l’autre ne sait rien de ce qui se trame dans le fond alors qu’implicitement , il y a de forts enjeux de survie. Cela prend la forme de « u n prêté pour un rendu », « j e te donne ceci à condition que tu me donnes cela ». « Si tu me fais ceci, je te fais cela », comme une litanie sous-marine, ad nause a m …
En fait, la transaction se situe sur un plan bien plus caché. À savoir non pas avec le/la partenaire dans la réalité d’ici et de maintenant, mais avec un parent, dans le passé. Sommes-nous libres de nos actes et de nos mouvements dans la relation ? Non, nous sommes conditionnés par toutes les relations qui ont précédé et notamment celles avec nos parents et nos figures d’autorité. Bien souvent, on ne peut voir que l’on est activé en fonction d’attitudes et de discours intériorisés pour tenter de se faire bien voir, se faire valider et reconnaître par l’autre, spectre du passé.
À ce stade de conscience, il est difficile de prendre le recul nécessaire pour s’interroger et se demander : « Si je fais ça, c’est pour faire plaisir – ou pas ? – et à qui ? à moi ? à l’autre ? à p apa, à m aman ? Pour garder une bonne image de moi, p our être quelqu’un de bien ? Quelqu’un d’aimable ? Pour répondre à des injonctions ? Parce que c’est ça qu’il faut faire (et c’est écrit où ?) ? ».
Suis-je vraiment libre de mon intention, de mon geste ? Et le fais-je par amour de moi, de l’autre ? Pas sûr… c ar nombre de nos besoins sont « fabriqués » par nos croyances, notre histoire, nos manques.
Personne n’est vraiment libre tant qu’il n’a pas effectué un réel travail de connaissance de soi. Et il est difficile de tisser une relation durable et dans la confiance réciproque dans ce pattern humain, universel et récurrent qu’est la répétition de la même chanson.
Et c’est avec cela que l’on construit notre quotidien et que nous risquons d’aller dans le mur. Et la crise survient.
La crise est là comme un puissant stop pour révéler un profond dysfonctionnement. Du latin médiéval crisis « ­manifestation grave d’une maladie », issu du grec krisis « jugement, décision ». Et en chinois, l’idéogramme représentant le terme crise est construit avec les deux idéogrammes signifiant « danger » et « opportunité ».
En tout état de cause, la crise permet de s’arrêter car un paroxysme issu d’une tension énorme est atteint. Nous y reviendrons plus tard.
La fragilité du lien
Lorsque nous créons un couple, dans la majorité des cas, nous cherchons à nouer un lien privilégié avec une personne. Nous imaginons que ce lien spécial va nous nourrir sur différents plans, là où nous ne l’avons pas été dans le passé. Alors , nous allons nous mettre en quête d’un (e) p artenaire. En fait , le terme « partenaire » est fort à propos car nous cherchons quelqu’un avec qui « jouer », jouer au lien, à la relation. Alors que sans le savoir, dans le couple névrotique, on n’est juste pas capable d’être en relation, par ce que nous ne sommes pas suffisamment individué, adulte, même si on « joue » à l’être. J’ai longuement évoqué dans les précédents ouvrages la nécessité d’être a minima individué, autonome, responsable et honnête vis-à-vis de soi, à savoir être un JE, pour pouvoir co-créer une relation avec un TU. Et ainsi faire exister un NOUS. Sinon, comme je l’ai dit, nous restons des mendiants de l’amour.
Alors que nous cherchons la/le partenaire idéal(e), nous sommes bien souvent menés à notre insu par nos besoins et nos blessures, par nos manques et nos craintes. En conséquence, les liens qui se créent sur ces bases erronées sont plus qu’incertains et fragiles, l’autre n’étant qu’un alter e go mû par les mêmes mécanismes.
Rappelons qu’un lien qui se fonde sur une base d’injonctions parentales, religieuses, culturelles ou sociétales, ne peut qu’être sans cesse testé, remis en question, voire attaqué lorsque l’on s’est construit sur un système d’attachement insécure.
En fait, ce qui se passe dans les interactions de couple qui font qu’à un moment on ne s’entend plus, c’est que l’on se rend compte sans vouloir le voir vraiment, que l’autre n’est pas celui que l’on a imaginé. Du coup , le lien qui s’est élaboré dans cette illusion devient fragile, incertain, instable, voire insécure ou pire menaçant.
Dans le déni de cette insécurité croissante, le stress augmentant, l’on va vouloir continuer à maintenir ce lien altéré quoi qu’il en coûte, en insistant pour que l’autre devienne celui que l’on veut qu’il soit, en fonction de nos besoins, de nos scénarios, de nos injonctions « mais s’il/elle m’aime vraiment, il/elle doit… ». Parce nous croyons que la qualité du lien dépend de tous ces éléments qui nous sont propres, que l’autre ne comprend probablement pas ou , peut-être , n’en a rien à faire.
Quand l’autre ne répond pas ou plus à nos besoins ou lorsque son comportement ne correspond pas à ce que nous avons souhaité, demandé, répété, nous stressons. Nos mécanismes de défense s’activent , et avec ceux-ci, toutes nos vieilles histoires associées aux réactions intériorisées de ces dernières.
Le diable se niche dans les détails
Avec le stress, l’insécurité et la peur de perdre, d’être abandonné, de ne plus être aimé se réveillent (ne se sont-elles d’ailleurs jamais endormies ?). Dans cet état émotionnel crispé, inquiet et en tension croissante, l’organisme entre en mode de défense, se sature d’adrénaline, de cortisol et le moindre petit détail peut mettre le feu aux poudres.
La spirale infernale commence. On va s’acharner à exiger, à extorquer, à donner des leçons, à manipuler, à se plaindre, à « chialer », à attaquer, à frapper ou , au contraire , se taire (­devenir mutique), se retirer, se défiler, se dérober, s’enfermer, ­s’échapper, se barrer… A minima , on ne s’entend plus, le dialogue – pour autant qu’il ait pu exister – est rompu, le contact coupé. A maxima , la violence éclate. Le cerveau archaïque reptilien réagit comme s’il était en situation de danger, à savoir comme dans un danger réel. Il ne sait pas faire la différence et met alors en branle les parades instinctuelles : attaque, fuite, immobilité (de la soumission à la sidération). Et ce, d’autant plus facilement et rapidement , si l’on a vécu des traumatismes dans notre vie.
Bien évidemment, dans ce mécanisme bien rodé, dans ce cercle vicieux, aucun ne peut prendre la responsabilité de ce qu’il vit et met en œuvre. Il reste campé sur son quant-à-soi.
Lorsqu e dans la thérapie de couple, nous avons l’occasion de revenir sur l’un de ces détails qui appara î t anodin à tout un chacun, voire gênant tellement cela peut sembler banal, nous voyons qu’à cette occasion, toute la dynamique ­névrotique du couple, et donc des individus qui le forment, s’est complètement (re)jouée. En un instant ! Et si le couple, ou au moins l’un des deux, n’a pas la capacité à prendre le recul nécessaire pour regarder ce qui est en train de se passer – le processus relationnel destructeur à l’œuvre – il ne peut pas désamorcer l’escalade.
Cette capacité à prendre du recul, à sentir ce qui se passe et comment la situation est en train de glisser ou déraper dépend de la conscience que chacun a de ses propres ressentis corporels et émotionnels, de la montée en pression interne, d’une part. Et d’autre part , de la connaissance qu’il a de ses « boutons » déclencheurs de ses propres avalanches ou cataclysmes dans son histoire. Enfin, de la capacité à réguler ce qui se passe en lui par la respiration, le retrait, l’activité physique ou tout autre moyen pour diminuer ou décharger la tension et revenir dans la relation – suffisamment apaisé – pour résoudre l’incident.
En évitant des moyens extrêmes tels que l’alcool, la drogue, les conduites à risques, la violence contre soi, autrui ou l’environnement. Cela s’apprend.
Le mariage
Il nous faudrait plusieurs tomes pour écrire sur le mariage et ce n’est pas l’objectif ici. Juste à savoir qu’à l’origine, le mariage a été un artifice, un subterfuge pour l’homme afin de s’approprier la femme et garantir sa descendance, la transmission de son patrimoine génétique, économique et matériel. « Les tensions conjugales humaines procèdent de la reconnaissance de la paternité : l’homme voulant empêcher la femme de rencontrer d’autres mâles et être certain de sa paternité, il va imposer à la femme un mariage ­coercitif contraignant la sexualité féminine à être sous domination masculine » 4 . C’était également une façon de protéger les femmes des autres hommes et lui conserver une place dans la société. Mais cette protection était fortement conditionnée, notamment à la procréation (dans le cadre des religions monothéistes misogynes) – la femme ainsi embarrassée de grossesses et d’enfants à s’occuper ne peut se tourner vers un autre homme – et à la soumission à l’autorité masculine et à des rôles clairement définis (sans consultation des ­concernées).
Le mariage a donc été institué non pas pour permettre au lien entre deux personnes de se construire et de s’épanouir dans un cadre privilégié – même si l’on évoque « les liens du mariage » – mais pour assujettir, pour asseoir le pouvoir d’une catégorie d’individus sur une autre, cet autre étant maintenu dans une dépendance absolue. L’Église s’en est emparé e pour renforcer son propre pouvoir sur ses fidèles et détruire tout ce qui n’était pas conforme à ses dogmes et cr e d o . Soyons clairs, nous gardons des traces et des empreintes de ces périodes. Le sexisme , voire l’intégrisme , est toujours actif dans certaines catégories de la population masculine qui ne supporte pas que la femme ait pu se « libérer » et devenir autonome et égale, la liberté d’être au féminin étant une menace constante pour un pouvoir phallocrate qui s’effrite.
À noter que jusque dans les années 70, en Europe, les choix familiaux primaient sur les souhaits des futurs époux et l’emportent toujours, dans certaines familles et cultures. Il existe encore dans une grande partie du monde, des mariages arrangés où les femmes sont livrées pour telle alliance ou tel contrat entre deux familles. Ces situations complexes culturelles et religieuses n’entrent pas dans le cadre de notre propos.
Le mariage aujourd’hui a une couleur bien plus romantique puisqu’il permet à deux êtres qui s’aiment de s’unir devant la loi, et devant Dieu dans le cadre du mariage religieux. C’est don c un engagement, un contrat que l’on passe avec l’autre. Or, ce contrat, s’il a été accepté par les deux parties, est rarement explicite. On n’est souvent pas très au clair sur qui nous sommes et sur qui nous épousons, la personne avec laquelle nous prenons un engagement pourtant sincère. Scène ayant pour décor une toile faite ­d’injonctions sociétales et culturelles fortes.
Peu nombreux sont les jeunes couples qui ont pu prendre le temps d’être accompagnés avec clarté dans leur réflexion sur ce à quoi les engageait réellement leur union. Les fiancés, tout à leur amour, à leur joie, à leur idéalisation, n’ont pas la conscience de ce qui se joue dans l’ombre de leur psyché ni que les instances internes qui les composent se frottent les mains de ce terrain de jeu « idéal » pour se confronter. Heureusement, l’Église aujourd’hui a mis en place des temps de préparation au mariage avec des paroissiens autres que les seuls prêtres qui, étant soumis au vœu de chasteté, n’en connaissant pas long sur le sujet en termes d’expérience et donc , n’ont que peu de crédibilité sur la question de la relation à l’autre (et de la sexualité).
Quant à ceux qui ne se marient pas dans le cadre d’une institution religieuse, comment peuvent-ils se préparer, prendre le recul nécessaire pour appréhender ce à quoi ils s’engagent réellement ? Chacun étant issu d’une famille qui est souvent très différente de celle de l’autre, il s’aventure avec ses modèles, ses croyances, ses idéaux. A-t-il la possibilité de les confronter a priori ? Non. C’est ainsi que les couples névrotiques se forment pour le meilleur et pour le pire , oui le pire.
Aujourd’hui, on dénombre 130 000 divorces en France 5 et près de 45 % des mariages finissent en divorce. C’est dire que l’on a bien souvent choisi, en toute innocence et avec son cœur, une personne avec qui on a vraiment cru que l’on ferait sa vie. Mais que cette vie, finalement , n’a pas conduit à réaliser ce rêve.
La bonne nouvelle dans ces statistiques, c’est que plus de la moitié divorcent par consentement mutuel. Moins de guerre, moins de violence, davantage de conciliation, de conscience, de prise de responsabilité et d’attention aux enfants.
Il est à relever que ce sont plus souvent les femmes qui sont à l’origine du divorce. Pourquoi ?
Si les êtres peuvent se marier par idéal amoureux et familial, cet engagement est souvent sous-tendu par des injonctions fortes.
La femme se marie par injonction de service et de sauvetage où elle se plie encore à être en charge de nombreuses tâches et où elle finit par s’oublier. Alors, dans un sursaut de vitalité, elle réagit et met le holà.
Mon hypothèse est que le mouvement de vie est bien plus conscient et perçu chez la femme, qui le ressent chaque mois, dans son corps et dans son être. Ce mouvement la pousse à avancer, à évoluer, à croître, à grandir, à mettre au monde, à accompagner, à nourrir. Bref , à entretenir, à soutenir la vie, le vivant et le changement.
Si le couple entre dans une routine d’activités qui ne permet pas ou plus le partage réel et intime (je ne parle pas de sexualité) avec l’autre et si ses propres tâches (qu’elle a choisi es ) ne lui permettent pas l’espace d’être elle-même et de cultiver son féminin, son cerveau – qui appréhende le monde de manière multidimensionnelle – et son cœur lui montrent que la vie à laquelle elle a cr u n’est peut-être pas celle qu’elle vit ou celle qu’elle désire pour elle. Elle va chercher à quitter ce qui la fait mourir à petit feu en dedans.
L’homme, en dehors de l’idéal amoureux et familial, peut se marier par injonction patriarcale de pourvoir et de protéger. Il s’inscrit dans une sorte d’acquis car pour cet homme qui apporte le fruit de son travail sous la forme de revenus, le mariage apporte cadre et sécurité. Point. Il ne voit pas ­forcément que cet espace, cette relation doivent être ­nourris, en permanence. Il « fait son job » en contribuant financièrement, matériellement , cette mission cruciale le portant à travailler à l’extérieur. Et si cela est tout à son honneur, la femme, qui ne voit rien d’autre que l’absence : « tu n’es jamais là, je dois m’occuper de tout », peut se lasser.
Chacun étant occupé, préoccupé par ses propres tâches et dans l’attente d’un mouvement de l’autre pour nourrir le lien, ledit lien se distend, se relâche, s’étiole jusqu’à s’éteindre.
Pour peu que ce couple ait des enfants et y consacre le seul temps qui lui reste. Plus rien dans la relation ne les rapproche ni les unit. La vitalité fuit ce couple statique et la mortalité à venir qui se dessine devient insupportable, surtout pour les femmes qui semblent y être plus sensibles.
Le mariage n’est donc en aucun cas un gage d’une relation saine qui s’épanou it , ni une garantie d’un engagement corps et âme jusqu’à la fin des temps (sauf à se conformer à des idéaux ou des injonctions). La fidélité qui en est souvent le corollaire est rarement respectée et nous en verrons plus loin quelques causes et plus précisément l’étiologie qui peut conduire à envisager ou avoir une relation en dehors du couple.
Car finalement, se marie-t-on, en toute lucidité ? Pour les bonnes raisons ? Non, nous l’avons démontré et j’ajouterai que la vie se charge de faire vivre des épreuves et des difficultés auxquelles d’aucuns ne sont pas forcément préparés. Ils y réagiront d’une manière qui leur est propre, absolument insoupçonnable à l’avance.
Et savons-nous, apprenons-nous à cultiver une relation saine, vivante, riche, durable, légère, savoureuse, épanouissante, surprenante, tout en relevant les défis que la vie impose ? Tous ces éléments qui font que nous avons vraiment envie de nous appliquer à la nourrir, à la faire croître et à la vivre avec cette personne-là ? Quel contrat passons-nous pour permettre cela ? Quel cadre nous donnons-nous ?


4 . BRENOT P., Pourquoi c’est si compliqué l’amour , Les Arènes, 2019 .

5 . https://www.jurifiable.com/conseil-juridique/droit-de-la-famille/divorce- france-statistiques
La parentalité
C’est une dimension importante à explorer. L’enfant arrivant dans un couple va causer un séisme qui va ébranler l’édifice jusque dans ses moindres fondations. Si ces dernières ne sont pas solides, le couple risque de se trouver en réelle difficulté.
Lorsq u’o n devient parent, on devient père et mère, papa et maman. Le statut change, les rôles également. De profondes ­mutations s’opèrent sur plusieurs plans, plusieurs dimensions simultanément et nombre de couple s n’en ont absolument pas conscience a priori.
Indépendamment du soin porté à l’enfant et à l’effet que ce maternage génère entre cette femme tournée quasi exclusivement vers son petit et cet homme qui ne sait pas comment trouver sa place dans cette dyade, ce sont de profonds repères qui sont ­chamboulés pour les deux.
La grossesse et le couple
Avant même l’arrivée du fruit de l’union de ces être s , la grossesse est déjà une étape de bouleversement. Ce couple va se ­projeter dans ce nouvel être à venir et déjà fantasmes et névroses sont activés. La femme étant plus impactée dans son corps et dans ses humeurs du fait des variations hormonales et des sensations qu’elle perçoit au tréfonds d’elle-même, le futur père ne sait pas toujours comment trouver sa place auprès d’elle. Tantôt totalement étranger, tantôt très proche, c’est une danse inconnue que ce couple va apprendre au gré des mois et de l’évolution de la grossesse. L’homme est souvent démuni dans cette période car il ne sent pas ce qui se passe et doit se caler au rythme de sa compagne. Il peut se sentir seul et dépourvu. Il peut se replier ou entrer dans une intense préparation à l’arrivée du bébé.
Quant à la sexualité, elle pourra soit être reléguée aux oubliettes pendant un temps indéfini , soit être très investie, avec toutes les fluctuations et oscillations possibles instant après instant. Aucune règle, aucune loi. La femme est invitée à être pleinement à l’écoute d’elle-même et à ce qui se passe dans son corps pour sentir la couleur et la forme de son désir et l’exprimer. Quoi qu’il se passe, la communication est alors essentielle. L’intimité qu’aura pu construire le coupl e sera un socle soutenant (ou pas) pendant cette étape essentielle.
Une nouvelle responsabilité
Cet être qui arrive vient secouer ses parents dans la pression existentielle de la responsabilité. « J’ai permis à cet enfant d’arriver, j’en suis responsable. Et ce, pendant un certain nombre d’années. »
Le couple qui devient couple parental n’a pas une image juste de ce que représente cette responsabilité que ­d’accompagner un enfant dans son éveil, sa croissance, son éducation, son étayage. Il n’a aucune idée du temps qu’il va devoir y consacrer et comment ces heures vont prendre sur des plages dont il disposait pour lui ou pour les individus qui le constituent.
Chacun va être confronté à ce que ses modèles parentaux lui ont inculqué. Ce sera l’objet de discussions, de conflits, de heurts, ou non, mais les échanges seront nécessaires.
Cette responsabilité nouvelle qui advient va interroger chacun sur la liberté qu’il s’accordait avant cela. Un enfant demande amour, contact, attention, soin, jeu. Cela prend du temps et les parents n’ont plus la possibilité ni la capacité de faire comme avant. Du moins ceux qui ont pris la responsabilité de sa venue ou de l’accueillir lorsqu’il n’a pas été pleinement désiré.
Un enfant qui arrive dans un couple va stimuler et confronter les imaginaires et les idéaux de famille de chacun. Idéaux bien souvent faisant fonction de réparation des histoires personnelles. Ces parents sauront-ils mettre leurs visions et illusions à l’épreuve de la réalité ? Et pourront-ils prendre la responsabilité d’accompagner cet être pour qui il est et non pour ce qu’il représente ? Un défi, une gageure ? Pour le moins une énorme remise en question.
Un nouveau statut
L’enfant qui arrive nous confère cette parentalité et nous offre une nouvelle place dans la lignée, celle de nos propres parents qui, eux, prennent une autre place, celle de grands-parents. Le regard que portent l’environnement et la société sur ce couple évolue. Avec des bénéfices et des ­inconvénients différents selon que l’on est homme ou femme, selon nos métiers, notre milieu social, notre culture, notre religion.
A contrario, quel regard porte la société sur ce couple qui n’a pas d’enfant ? Lorsque c’est son choix ? Et lorsque cela ne l’est pas ?
Ce statut sera vécu à travers le filtre de sa cartographie intérieure issue de sa propre enfance et de l’observance et de l’expérience de son propre couple parental.
Le regard sur l’autre et le regard de l’autre
Le regard que nous portons sur l’autre qui devient parent se modifie. Ce n’est plus seulement notre compagnon/compagne, notre partenaire. Il ou elle change de statut à nos yeux, réellement et psychiquement. Voir sa compagne devenir mère peut impacter un homme jusque dans sa libido. Surtout s’il a assisté à la mise au monde (et de quel côté du lit). Qu’en sera-t-il de son désir pour cette femme ? Va-t-il projeter sa propre mère dessus (c’est malheureusement fort fréquent) ? Va-t-il l’idéaliser ? Va-t-il être en mesure de patienter quelques mois pour retrouver une vie sexuelle ? Arrivera-t-il à pénétrer et honorer le sexe par lequel son enfant est arrivé au monde ?
Cette femme devenue mère, comment va-t-elle appréhender son compagnon devenu père ? Va-t-elle projeter son propre père ? Oui.
Va-t-elle le charger d’une mission d’être un bon père ? Mission inatteignable tant elle est idéaliste et irréaliste ? Certainement. D’ailleurs, elle-même, comment va-t-elle dealer avec son propre impératif de devoir être une bonne mère ? Quel regard incisif et sans pitié risque-t-elle de porter sur chacune de ses pensées, chacun de s es actes ? Oubliant par l à m ême d’être juste une femme et un être humain qui apprend dans une situation nouvelle et inédite. Comment va-t-elle pouvoir redevenir femme et accueillir le sexe de son homme dans celui par lequel est passé le fruit de leur union ?
Quel regard portera l’environnement proche (grands-­parents) qui teintera celui que l’on porte sur l’autre ? Ce couple aura beaucoup à faire pour trier les fils et défaire les nœuds des projections et identifications. Et pris par la réalité d’un bébé qui pleure et ne fait pas ses nuits ou , pire, qui a des problèmes de santé, il n’en aur a p robablement ni l’occasion, ni le temps. Mais les impacts des attitudes et comportements de l’un, de l’autre lors de cette période seront réels et pourront imprimer durablement des blessures au couple.
Le réveil de notre propre enfance
J’ai longuement évoqué dans les précédents ouvrages le rapport de l’homme, de la femme avec ses propres parents comme chantier indispensable à mener pour vivre des relations plus libres et plus épanouies en se libérant du carcan « fils de », « fille de », de toutes les obligations et de tous les devoirs affiliés, pour devenir vraiment homme et femme ­individu é(e) .
Or, ce qui est méconnu comme effet, c’est que la parentalité vient réveiller l’enfant que l’on a été avec son cortège de blessures, de manques, de carences, de besoins non satisfaits, de chagrins non consolés, de bobos non (ou mal) soignés, de larmes non séchées, de câlins non (ou trop) vécus, de regards non partagés, d’encouragement non prodigué, d’amour non reçu… Et l’on risque de projeter notre propre enfant intérieur souffrant dans ce petit être, pour venir réclamer notre « dû » à cet autre, devenu parent. C’est ainsi que l’on entend parfois des femmes dire qu’elles ont non pas N, mais N + 1 enfants à la maison, le conjoint se comportant comme tel – sachant que l’attitude maternante de la femme exacerbée par sa maternité peut s’étendre au conjoint.
Dans le même ordre d’idée

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents