Les 7 prisons de l etre
157 pages
Français

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Les 7 prisons de l'etre , livre ebook

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Description

La vie que nous avons subie, les choix que nous avons faits, le confinement émotionnel, le sentiment de culpabilité, l'abandon, l'insécurité ainsi que le contrôle de soi sont les sept prisons qui nous empêchent d'être réellement libres et de mener une vie d'abondance.
À travers un dialogue fascinant, les auteurs nous invitent à poser un regard différent sur nous et à nous donner le droit de vivre tels que nous sommes. Ce récit inspirant, parsemé de témoignages évocateurs, vous guidera dans vos premiers pas vers la libération de votre être. Voici donc une invitation à découvrir les clés d'une nouvelle vie remplie de légèreté.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 13 octobre 2021
Nombre de lectures 0
EAN13 9782924941652
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0650€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

info@performance-edition.com
www.performance-edition.com
Distribution pour le Canada : Prologue Inc.
Pour l Europe : DG Diffusion
Pour l Europe en ligne seulement : www.libreentreprise.com
2021 Performance dition
ISBN 978-2-924941-63-8
EPDF 978-2-924941-64-5
EPUB 978-2-924941-65-2
D p t l gal 4 eme trimestre 2021
D p t l gal Biblioth que et Archives nationales du Qu bec
D p t l gal Biblioth que nationale du Canada
Tous droits de traduction et d adaptation, en totalit ou en partie, r serv s pour tous les pays. La reproduction du tout ou d un extrait de ce document, par quelque proc d que ce soit, tant lectronique que m canique, et en particulier par photocopie ou par microfilm, est interdite sans l'autorisation crite de Performance dition.
Nous reconnaissons l aide financi re du gouvernement du Canada par l entremise du Fonds du livre du Canada pour nos activit s d dition.
Nous remercions la Soci t de d veloppement des entreprises actuelles du Qu bec pour son appui notre programme de publication.
Limite de responsabilit :
Les auteurs et l ditrice ne revendiquent ni ne garantissent l exactitude, le caract re applicable et appropri ou l exhaustivit du contenu de ce livre. Ils d clinent toute responsabilit , expresse ou implicite, quelle qu elle soit. Ils reconnaissent que le contenu de ce livre rel ve de la seule responsabilit des auteurs, tant par son contenu que son style.
Imprim au Canada
TABLE DES MATI RES

REMERCIEMENTS
PR FACE de Jean-Marie Lapointe
AVANT-PROPOS Sommes-nous condamn s souffrir?
CHAPITRE 1 Les prisons que l on se construit
T MOIGNAGES Les prisons que l on se construit
CHAPITRE 2 Prison 1 : La vie que l on a subie
T MOIGNAGES La vie que l on a subie
CHAPITRE 3 Prison 2 : Les choix que l on a faits
T MOIGNAGES Les choix que l on a faits
CHAPITRE 4 Prison 3 : Le confinement motionnel
T MOIGNAGES Le confinement motionnel
CHAPITRE 5 Prison 4 : Le sentiment de culpabilit
T MOIGNAGES Le sentiment de culpabilit
CHAPITRE 6 Prison 5 : Le sentiment d abandon
T MOIGNAGES Le sentiment d abandon
CHAPITRE 7 Prison 6 : Le sentiment d ins curit
T MOIGNAGES Le sentiment d ins curit
CHAPITRE 8 Prison 7 : Le contr le de soi
T MOIGNAGES Le contr le de soi
CHAPITRE 9 Se battre pour sa survie
T MOIGNAGES Se battre pour sa survie
CHAPITRE 10 Responsable, mais pas coupable!
T MOIGNAGES Responsable, mais pas coupable!
CHAPITRE 11 Le chemin vers l absolution
T MOIGNAGES Le chemin vers l absolution
CONCLUSION Et si l on se permettait d exister
REMERCIEMENTS

Merci ceux qui ont rendu cet ouvrage possible de pr s ou de loin.
Merci notre ditrice en or, Marie-Jos e Blanchard de Performance dition, pour sa confiance dans ce magnifique projet.
Merci Jean-Marie Lapointe de nous faire l honneur de signer la pr face de ce livre.
Merci nos 54 co-auteurs, qui vous ouvrent leur coeur et leur me travers leurs touchants t moignages.
Merci ceux qui ont crois notre route, nos preuves pass es, notre sagesse actuelle et notre qu te ultime d un monde plus l ger, qui sont pour nous de grandes sources d inspiration.
Merci nos familles, conjointes, enfants et amis pour leur soutien ind fectible.
Merci simplement la vie, qui nous offre aujourd hui ce grand privil ge d tre au rendez-vous avec vous.
PR FACE de Jean-Marie Lapointe


Lorsque je dis oui un projet, c est que je le sens profond ment dans mon coeur et que je sais que je peux y apporter ma contribution.
On a tous une histoire unique et un v cu souffrant dont nous cherchons nous lib rer. Mon intention en partageant l int rieur de ce livre est que a puisse servir et faire du bien.
Il m arrive r guli rement de donner des conf rences ou d animer des discussions dans des centres de d tention du Qu bec. J aime beaucoup les rencontres que je fais dans les prisons, o la souffrance est fleur de peau et l atmosph re lourde est couper au couteau.
Lorsque les gars viennent vers moi ou que je vais vers eux, il y a une rencontre. Ce n est pas l animateur, la vedette ou encore le gars qui va bien qui rencontre le gars qui est dans le trou. Non! C est un gars qui souffre qui rencontre un autre gars qui souffre. Et dans cette rencontre qui nous unit par la souffrance, nous sommes l , ensemble, nous regarder et nous dire : " Que pouvons-nous faire, ENSEMBLE, pour aller mieux aujourd hui? Car il est possible d aller mieux, aujourd hui, m me en prison
C est l que je vois qu il y a beaucoup plus de similitudes que de diff rences entre eux et moi. Nous avons bien s r des diff rences apparentes. Par exemple, moi j arrive l par choix, au volant de ma voiture. Je suis donc, en principe, beaucoup plus libre qu eux. Mais lorsque je passe les grandes portes du p nitencier qui se referment derri re moi, eh bien, je suis quand m me emprisonn . Mon temps d incarc ration est bien temporaire et tr s bref, mais il reste que je me retrouve emprisonn avec eux, sur leur terrain.
Lors de ces rencontres, je vois des gars que je ne verrais probablement jamais dans ma vie de tous les jours. Et pourtant, ce n est pas parce que tu es " en dedans que tu as n cessairement commis un crime pouvantable. J y rencontre autant des gens qui n ont pas pay leurs contraventions que des personnes qui ont commis des vols ou pos des gestes encore plus graves.
Dans les faits, je ne connais pas vraiment les raisons pour lesquelles ils se sont retrouv s l , et ce n est pas le but de la rencontre. Ce qui compte pour moi, c est la rencontre en soi, libre de tout jugement, afin de laisser toute la place des changes profond ment mouvants o l humain souffrant d ploie sa grandeur malgr sa condition d incarc ration.
Je pense qu il est important pour moi de rester humble dans ces moments et de me demander : " As-tu d j conduit avec les facult s affaiblies, Jean-Marie? Hum, oui. As-tu d j text pendant que tu tais au volant? Oui. As-tu fait des b tises pour lesquelles tu aurais pu te faire taper sur les doigts? C est certain. Alors, comment se fait-il que, toi, tu aies chapp leur sort?
Peut- tre est-ce une question de chance ou alors de karma. Peut- tre y a-t-il une raison pour laquelle je n ai pas tirer de le ons de ces actes f cheux ce moment de ma vie. Vous conviendrez que la ligne est tr s mince entre eux et moi. C est un peu aussi le cas des personnes en situation d itin rance, pour qui quelques mauvaises d cisions prises des moments critiques font toute la diff rence et font que tout peut basculer.
Si je n avais pas eu de filet de s curit autour de moi dans certaines p riodes sombres de ma vie, o serais-je en ce moment? Et qui suis-je alors pour penser que je suis au-dessus de tout a?
Lorsque je serai en fin de vie et que je ferai mon examen de conscience, je vais probablement me demander : Ai-je assez aim ? Me suis-je laiss aimer? Ai-je contribu la soci t ? Ai-je aid ? Ai-je nui aussi parfois? Oui, j ai parfois nui mon prochain. Mais en tout et partout, ai-je donn , aim , aid et contribu plus que je n ai d truit et fait du tort autour de moi?
L humilit est essentielle la sortie de prison. Il faut tre humble pour demander de l aide, pour demander pardon et s affranchir de son ego. Et de l humilit , j en ai vue dans toutes les sph res de la soci t , y compris chez des malades en fin de vie, dans les quartiers les moins nantis, dans la rue et en prison.
tre capable de reconna tre les victoires des autres lorsque tu es dans l adversit , a demande une grande dose d humilit . Mais ce qui me para t le plus difficile, c est de continuer attiser sa flamme alors que l on est en pleine noirceur. Car quoi s accroche-t-on alors? On s accroche l me. On s accroche l humain. On s accroche l espoir.
L une des plus grandes le ons de toute mon existence est d avoir compris que la pire de mes preuves, la pire de mes souffrances, la pire de mes p riodes de doute et de noirceur s est av r e un cadeau que j ai pu offrir et que je vais continuer d offrir ceux qui vivent o qui ont v cu ce que moi j ai v cu. Ce cadeau est pr cieux parce que c est gr ce lui que tout prend son sens.
Quel est le sens de la souffrance, si ce n est l change, la r silience et le rapport l autre, un souffrant qui rencontre un autre souffrant? Voil ce que signifie ma souffrance. C est ce qui fait qu aujourd hui, lorsque je vis une autre preuve, quelque chose de vraiment difficile, je me dis : " Tiens bon, Jean-Marie. Le moment est inconfortable, mais peut- tre qu un jour pas si lointain, tu pourras offrir les fruits de ton exp rience. Tu ne souffres pas pour rien. Et surtout, tu ne souffres pas seul. Tu te sens peut- tre seul en ce moment, mais tu ne souffres pas seul.
J esp re que ce message d espoir se fraiera un chemin jusqu toi. Rappelle-toi toujours que tu n es pas seul.
Amicalement,
Jean-Marie
AVANT-PROPOS Sommes-nous condamn s souffrir?

J avance doucement dans ce couloir de pierre. Je tourne la t te de chaque c t pour regarder les deux grands gaillards au regard peu sympathique qui m accompagnent. Je r alise que mes mains sont li es mes pieds par une grande cha ne. Mais que se passe-t-il? L un d eux ouvre l une des normes portes de bois en ch ne dor . La pi ce dans laquelle je m appr te entrer est bond e. Sans trop comprendre ce qui se passe, mon rythme cardiaque s acc l re soudainement. Je reconnais les lieux et pourtant je suis convaincu de n y avoir jamais mis les pieds.
l int rieur de la pi ce r gne une lourdeur que j arrive difficilement d crire. J ai peine et mis re ralentir la cadence. Appuy s durement contre mes paules, les deux monstres qui m accompagnent ont l air bien d cid me mener destination. Mais quelle destination? Qu est-ce que je fais ici, pour l amour? Je semble tre l objet de l attente de la centaine de personnes amass es dans la pi ce. Les murmures et les regards accusateurs rendent pleinement justice mes impressions. Avec beaucoup de retenue, je poursuis mon incursion dans cette all e qui semble se refermer de plus en plus. Soudain, mon regard s arr te sur une dame. Son regard aimant me rappelle mon enseignante du primaire qui je vouais une profonde admiration.
Plus j avance, plus je vois se dessiner devant moi les contours massifs du box des accus s. Mon corps est en profonde r action. Je plante les pieds au sol et je tente de reculer, tel un chien que l on a du mal faire entrer dans sa cage. Affol , je suis submerg par un profond sentiment d incompr hension et d injustice. " Non, mais qu est-ce qui se passe? J hallucine? Qu est-ce que j ai fait? L chez-moi. J ai l impression de r ver. Mais tout me para t tellement r el. Bien install dans cet enclos serti de dorures, j observe les grands murs de ce temple de la justice dans lequel on m a emmen injustement. Ressaisis-toi, il doit bien y avoir une explication. Et s ils avaient raison? Tu as peut- tre commis l irr parable . Pourtant, dans cette agitation mentale, rien ne me vient l esprit. Les murmures et les regards de jugement pos s sur moi s intensifient. J ai peine contenir tout ce poids qui s abat sur moi tel un doigt qui s appr te craser une fourmi.
Le bruit sourd d une lourde porte se fait entendre. S ensuit un silence funeste. Mon rythme cardiaque s emballe. Encha n dans cette bo te, je vois le film de ma vie se d rouler toute vitesse dans ma t te. Soudainement, une dame v tue d une grande robe noire entre dans l enceinte. L officier de service, d un geste de la main, ordonne aux gens de se lever. Bien que le fond demeure encore un myst re, je voyais la forme se dessiner sous mes yeux. Ces gens sont ici pour moi. Pour l avoir vu de nombreuses reprises la t l vision, ces gens sont ici pour moi. Et ils ne me laisseront pas repartir librement.
La juge prend le temps de s asseoir. Elle place soigneusement sur le coin de son bureau, l imposante fili re qui l accompagne : " Monsieur, avant que je puisse rendre mon verdict, souhaitez-vous vous adresser la cour? Je suis bouche b e, pris entre un profond sentiment de surprise et d injustice. J aimerais bien pouvoir me d fendre, mais me d fendre contre quoi? en juger par le regard accusateur que l audience pose sur moi, j ose croire que je m rite tout ce qui se d roule devant moi. Je me sens impuissant. Alors, pourquoi m ent ter vouloir m expliquer? De toute fa on, je dois assumer ce que j ai fait. Je dois assur ment tre coupable. Alors, dans ce m me lan qui m a r duit au silence durant presque la totalit de ma vie, je prononce simplement les paroles suivantes : " Non votre honneur, je n ai rien ajouter.
Avant m me que la juge ait le temps de prononcer quelque mot que ce soit en r action mon silence, je sens de lourdes cha nes s accrocher mes chevilles comme si l on venait d y ajouter un norme boulet. Je pose les yeux au sol pour m apercevoir que, bien au contraire, mes cha nes ont plut t disparu. En levant les yeux, je remarque que la pi ce est presque compl tement vide. La foule a disparu. Il ne reste que moi et la juge. C est n y rien comprendre. La juge l ve les yeux, son regard autoritaire faisant place maintenant un regard compatissant o j ai, trangement, l impression de me regarder moi-m me, droit dans les yeux. Elle reste de longues minutes me regarder profond ment dans les yeux. Curieusement, j arrive soutenir ce regard, moi qui suis normalement tr s inconfortable lorsqu une personne en autorit me regarde dans les yeux.
Elle baisse la t te, remet doucement ses lunettes. Sans m me me regarder, elle prononce son verdict : " Vous tes condamn vivre. Et d un puissant coup de marteau, elle marque la lev e de l audience. L cho du marteau r sonne de fa on incessante dans ma t te. Je me sens paralys , incapable de r agir. Je suis en sueurs et j essaie de me d prendre comme si mes pieds taient clou s au sol. J ouvre les yeux.
Allong sur mon lit, je ne comprends rien ce qui est en train de se passer. Je reprends vaguement mes esprits et je r alise que je suis bel et bien dans mon lit. Ma main peine rejoindre le r veil et je r ussis taire l alarme : Ouf, heureusement, tout a n tait qu un r ve. En m assoyant sur le bord du lit, je r alise quel point ce r ve tait d un r alisme d concertant, moi qui n ai pas l habitude de me rappeler de mes r ves. Un angoissant serrement la poitrine ram ne mon esprit cette incompr hensible sentence vivre, comme s il s agissait d une peine d emprisonnement perp tuit .
Dans la salle de bain, je prends le temps de me regarder dans la glace. J y croise le regard teint d un homme aux traits allong s par l illusion routini re de sa vie. Apr s m tre habill , j avance doucement dans le couloir de ma vaste maison o tout me semble ranger la perfection, comme si personne n y habitait, que la vie avait quitt les lieux pour faire place la raison et la docilit .
La course folle quotidienne est d j bien entam e. J arrive dans la cuisine avec une profonde impression de d barquer dans la vie de quelqu un d autre. J y trouve une famille visiblement en contr le. Tout semble aller rondement, aucun regard, aucun bonjour, bref aucun int r t mon gard. Comme si j tais un fant me. J empoigne une tasse et je me fais couler un caf . Je recrache de sit t la premi re gorg e. M me le caf s est mis de la partie pour me rendre la vie dure et me nourrir d amertume.
Accoud au comptoir, je fais d filer les nombreux messages re us sur mon appareil mobile. Cette fameuse " condamnation vivre prend toute la place dans mon esprit. Un profond combat avec cette impression qui m habite depuis tellement d ann es o force de ruminer j en suis venu croire que j tais plut t condamn souffrir, en silence, pour le reste de ma vie. L esprit pr occup , je reste de longues minutes regarder fixement par la fen tre.
Ma pens e est d vi e par une tache jaune. Ma vision se d sembrouille pour laisser appara tre une jolie fleur jaune. Je me surprends tre triste de penser que dans quelques jours cette fleur va finir par se faner et mourir. Mon esprit butine aussit t vers cette v rit universelle que j ai lue il y a quelques semaines : " On ne meurt qu une seule fois, mais on vit chaque jour
Visiblement, ces r flexions joyeusement port es mon attention par mon inconscient veillent en moi de profonds bouleversements. Tant t soulag par ce qui s apparentait un r ve, je suis maintenant confront un d sir de trouver un sens profond ce r ve, une fa on claire et pr cise d honorer cette condamnation vivre. Mais qu est-ce au juste que vivre?
****
Chacun des chapitres qui suivent s accompagne des t moignages de gens comme vous et moi qui ont accept d enrichir cet ouvrage apr s avoir assist aux ateliers-retraites Se choisir, Ph nix, Freedom et Believe que dispense Robert Savoie (voir ce propos la page " Pour joindre les auteurs , la fin de ce livre). Je vous invite les lire avec une grande ouverture d esprit et vous laisser guider sur le chemin de la v rit et de la libert .
CHAPITRE 1
Les prisons que l on se construit

Nous sommes de grands privil gi s de la vie. Mon p re a pass mon enfance me bercer au son de ces belles paroles. Bien videmment, j y ai cru, car j ai aussi r ussi perp tuer ce privil ge. Je suis n au Qu bec dans un terreau fertile o il nous est permis de croire que l on peut cultiver la richesse et le succ s. Mais au-del de cette croyance, je m rite tout ce que j ai accompli. C est normal, j ai tudi fort et j ai travaill fort, alors il est normal de b n ficier aujourd hui de ces beaux privil ges de la vie. J ai une belle et grande maison avec une piscine creus e et une vue imprenable sur la rivi re, une superbe voiture lectrique dot e des toutes derni res technologies, un emploi haut plac dans une firme de fiscalistes internationale et bien videmment une belle femme et deux beaux enfants. Que pourrais-je demander de plus?
Je dois avouer que cette vie parfaite que j ai machinalement orchestr e est loin de provoquer chez moi le sentiment de pl nitude auquel je m attendais. J ai pass les derni res semaines me tuer pour un travail qui semble plus gratifiant vu de l ext rieur. J ai mis de c t mes loisirs pour entretenir mon terrain de r ve et j ai l impression que ma famille n appr cie pas tous les efforts que je mets lui procurer une vie parfaite.
Confortablement assis au volant de ma voiture lectrique de luxe, dont l autonomie me contraint quotidiennement dans ma libert de d placements, je me surprends juger d favorablement un p re tout souriant qui semble, lui, avoir la souplesse de reconduire ses deux filles l cole. " Bon, regarde a si c est mignon! Allez, d p che-toi d aller travailler pour te payer un salaire , murmure-til, l esprit visiblement rempli de hargne. Je m arr te en chemin dans un caf o j ai l habitude d arr ter chaque matin. La queue du service au volant semble plus longue qu l habitude. Je gare ma voiture et entre dans le caf . En attendant en file, je me surprends envier le jeune barista, dans la mi-vingtaine, qui s affaire la t che avec passion, sans trop s en faire avec la vie. Mon p re m aurait trucid si j avais occup un poste de la sorte 25 ans!
Nostalgique, je me rappelle quel point je me sentais libre lorsque j tais tudiant. Faut croire que la belle vie est d j derri re moi. Rendu mon tour, je commande le m me cappuccino double de format moyen pour emporter, comme je le fais d j depuis si longtemps.
" Ce n est pas la premi re fois que l on se voit, n est-ce pas, fait le jeune barista.
- Effectivement, c est mon arr t matinal depuis de nombreuses ann es.
- Et o allez-vous chaque matin, si ce n est pas indiscret?
- Je me rends au boulot, je travaille dans une grande firme comptable.
Et avant m me de laisser au jeune homme le temps de dire quoi que ce soit, j ajoute : " D ailleurs, maintenant qu on en parle, je ne sais pas pourquoi je m y rends chaque matin. part le fait que j aie tellement d obligations, j ai perdu le sens de ce travail que j ai pourtant d sir de tout mon coeur. J ai travaill tellement fort pour me rendre o je suis aujourd hui. Je ne pourrais tellement pas quitter ces belles conditions.
- Vous y tes attach par une cha ne en or, murmure nonchalamment le jeune barista.
- Pardon, je ne vous ai pas bien compris.
- Ah! Oubliez cela, ce n est pas tr s important.
J avais tr s bien compris, mais j esp rais qu il n ait pas r ellement os me dire cela. Bien droit devant le comptoir, je sens le poids de ces cha nes dor es mes pieds. Comme dans mon r ve, c est une sensation tellement r elle que je dois baisser les yeux pour m assurer qu il n en est rien. Je m appr te repartir, caf en main, lorsque le jeune barista ajoute : " J ai vu mon p re attach cette m me cha ne dor e et mourir petit feu. Comme si on l avait pay toute sa vie pour riger, brique par brique, sa propre prison autour de lui.
Et en faisant un pas en avant, il ajoute brusquement : " Ce n est pas seulement vrai pour le travail. C est vrai dans toutes les sph res de votre vie. Je vous souhaite une excellente journ e. Je sors du caf , l air contrari . Je viens d tre d masqu par un jeune homme d peine 25 ans. Il vient litt ralement de me scier les deux jambes en saisissant dans quel drame se joue ma vie. Suis-je r ellement en train de me b tir un complexe carc ral?
Honn tement, je ne l ai pas vu venir. Pourtant, j ai eu tellement d avertissements subtils de la vie que je prenais tellement de haut. Je saute dans ma voiture; direction m tro, boulot, dodo. J teins la radio, car le bruit assourdissant de mes r flexions se m le la cacophonie des obstinations des co-animateurs que j ai l habitude d couter chaque matin. Comment ai-je pu en arriver l . Et c est quoi, ce bordel ce matin? On dirait qu ils se sont tous donn le mot pour me taper sur la t te. Le film de ma vie qui m a t pr sent alors que j tais sur le banc des accus s, me revient l esprit, mais cette fois beaucoup plus lentement.
Mes parents taient tellement fiers que je devienne l un des tudiants les plus pris s de la facult lorsque j ai obtenu mon dipl me de comptable fiscaliste. Et moi, le bouffon, qu est-ce que je ne ferais pas pour satisfaire leurs moindres d sirs. Les pauvres, s ils savaient quel point je me suis fait chier tudier. J ai tellement voulu gravir les chelons rapidement pour devenir gestionnaire afin que je n aie plus faire ces t ches qui me donnaient tellement envie de vomir. Ouais, mais si je n avais pas fait a, j aurais fait quoi? C est a l affaire. Je n en ai aucune esp ce d id e. C est path tique. Je n aurais probablement pas attir une aussi belle femme dans ma vie si j avais t commis d picerie. Combien de fois ses amies l ont encens e et jalous e. la limite, a me rend fier de jouer au coq en me pavanant dans mes beaux habits. Disons qu elle n aurait pas pu esp rer mieux comme vie. La belle maison, les belles robes, les grands restaurants. La belle vie, quoi. En fait, je ne sais m me plus si elle s y pla t justement. la limite, je pense qu elle tient tout a tellement pour acquis qu elle est devenue complaisante.
Et que dire de mes amis? J ai coup presque tous les ponts avec mes amis d enfance. Il y a quand m me des limites payer pour tout le monde. a m a fait plaisir un bout de temps, mais on finit par en avoir assez de faire profiter de soi. Mon nouveau cercle d amis m a entra n un endroit qui n est pas mieux, je dois l admettre, encha ner les soupers pour savoir qui servira le plus copieux et rester pris avec les paiements astronomiques de bagnoles luxueuses pour lesquelles on perd tout int r t apr s que tout le monde les a vues. Du gros tape- -l oeil qui ne m ne nulle part. Jusqu tout r cemment, je croyais que ce que j avais de plus pr cieux c tait ma famille. L ignorance avec laquelle ils m ont re u ce matin s intensifie depuis d j bien des mois. a me frustre tellement! Car je le sais que je m rite tout a.
Moi ce que je veux dans la vie est simple. C est d tre reconnu pour qui je suis. Je r alise que depuis un m chant bout, tout ce que l on fait, c est de me ramener constamment tout ce que je ne fais pas. Comme si rien n tait de leur faute. Justement, ma putain de vie, je l ai pass e plaire aux autres. Et si l on m avait dit que je me d m nerais toute ma vie comme a pour en arriver l , il y a bien longtemps que j aurais fait un gros doigt d honneur la vie. La r alit , c est que je suis d j mort l int rieur. Je me rends compte quel point, dans la vie, j ai t capable de tout, mais aussi capable de rien. Incapable de me faire assez confiance pour assumer mes r ves, incapable de me tenir debout face aux autres et de m affirmer, incapable d exister.
Ce qui me confronte le plus aujourd hui c est le fait de ne pas savoir exprimer comment je me sens. Ce n est pas que je n aie pas les mots. Les mots sont bien pr sents dans mon esprit, mais je suis incapable de les relier mes ressentis, comme si la liaison a t d finitivement coup e. Mais l , il faut que a cesse. Je ne me comprends pas, mais je sais que c est devenu insupportable. Comment trouver la l gitimit lorsque les regards sont tourn s vers ma petite vie parfaite?
On dirait que je n ai pas le droit de me plaindre. On dirait que je suis condamn errer dans les prisons que je me suis joyeusement construites. C est bien normal, j ai t duqu ne pas me plaindre. En fait, je n en ai jamais eu le droit. Non pas avec l id e de jouer la victime, mais parfois, l injustice am ne bien de l incoh rence. Je n ai jamais eu le droit de dire le fond de ma pens e. J ai fini par croire que mon point de vue tait sans valeur. Alors je me suis construit une vie autour de ce qui est rationnel, une vie sans clat humain. Pourtant, quelque chose de puissant et bouillant se trame l horizon, comme ces veilles m t orologiques qui animaient les printemps de mon enfance. Je prends mon t l phone et j appelle mon adjointe instinctivement sans r fl chir.
" Salut, c est moi, j ai une urgence. Je vais devoir m absenter aujourd hui J ajoute au bout de quelques secondes : Et possiblement pour les trois prochains jours.
Je raccroche. Les trois prochains jours Mais pourquoi ai-je dit a?
Sans trop comprendre ce qui vient de se passer, j emprunte la premi re avenue ma droite et je vais me garer devant l entr e d une petite picerie de quartier. J teins la voiture et, la t te contre le volant, j clate en sanglots. Je reste l pendant pr s de trente minutes sans que le va-et-vient des clients ne m affecte. Soudain, un homme v tu d un tablier vert cogne ma fen tre.
" Monsieur Excusez-moi, mais vous ne pouvez pas rester l . Je l ve les yeux et j aper ois un commis d picerie qui me regarde avec l air de se demander ce qui se passe. Je baisse ma vitre. " Est-ce que a va , me demande-t-il d un ton inquiet. Et avant m me que j aie le temps d esquisser une fausse r ponse, il ajoute d une voix calme : Bon, a va. Laissez votre voiture ici et suivez-moi.
Encore une fois, je n arrive pas comprendre ce qui se passe. Dans le r troviseur, j aper ois d abord mes yeux bouffis, puis je vois le commis qui se dirige d un pas pr cipit , sans se retourner, l arri re du magasin. Sans trop savoir pourquoi, je me d cide sortir de la voiture et le suivre. Derri re l picerie, je le vois qui tient une porte entrouverte en me faisant signe de le rejoindre. Je m approche et je lui demande : " Que se passe-t-il?
- Ce serait plut t moi de vous poser la question. En vous voyant, j ai senti que je devais m occuper de vous. Assoyez-vous ici.
Sans trop me poser de questions, je prends place, avec mes v tements griff s, sur des caisses de fruits en carton cir .
" De quoi parlez-vous? Vous occuper de moi?
- Ce regard, je l ai vu des dizaines de fois. J y suis si longtemps rest indiff rent, jusqu au jour o c est le regard de d tresse de mon fr re que je n ai pas pu percevoir.
- Et il va mieux? Votre fr re va mieux?
Un long silence vient assombrir l entrep t humide et d fra chi dans lequel je me suis aventur sans r fl chir. Je comprends par le silence du commis que son fr re n est plus de ce monde.
" Mon fr re, c tait mon idole, mon mod le, un pilier. Et pourtant, le pilier a c d sous la pression. La vie telle que les autres nous la pr sentent est rarement le reflet de ce qui se passe l int rieur de nous. Moi, avant ce drame, j tais travailleur social, un beau m tier que j exer ais depuis quinze ans. J aidais des centaines de gens et tout s est croul . J ai perdu foi en ma capacit d tre utile et d aider les autres.
- Je suis d sol d entendre cela. Je suis convaincu que vous avez fait de votre mieux. Il ne faut pas s en vouloir. Chacun vit sa vie.
- Je veux bien, mais cela m a hant tellement longtemps.
- Je vous rassure, je n ai pas d id es noires. Je vais bien. J ai juste eu un moment d garement.
Je me l ve en me disant que je n ai pas r ellement d affaires ici, qu il y a erreur sur la personne.
" Vous souhaitez partir?
- Eh bien, je ne comprends pas trop ce que je fais ici. Votre geste est noble, mais je crois que vous faites erreur. Je vais bien, je vous assure.
- Mon intuition m a bien souvent jou des tours. Cette foisci, je crois qu elle ne m a pas menti. Si vous tes ici, ce n est pas pour moi, c est pour vous. Je crois que nous avions rendez-vous.
Je n avais jamais, de toute ma vie, ressenti autant de confusion. Ma t te s emballait dans tous les sens en m me temps que je me r jouissais de tout ce qui se passait en moi, une grande dualit entre l envie de fuir et le d sir de rester.
" Moi, je sais pourquoi je vous ai invit ici, mais vous, est-ce que vous savez pourquoi vous y tes?
- Comme je vous le dis, je crois que vous vous trompez. Je ne sais pas trop ce que je fais ici.
- Alors, que faisiez-vous gar dans l entr e de l picerie? Vous ne sembliez pas y tre venu pour faire vos emplettes. Disons que dans ce quartier d favoris , vous d tonnez avec votre voiture de luxe et votre habit de haute couture.
Je regarde loin devant moi, n osant pas croiser le regard du commis. J ai le sentiment d avoir t d masqu . " C est bizarre, tout a. Je me suis rendu ici sur pilote automatique. Il se passe une tonne de choses tranges depuis ce matin. Honn tement, je n ai pas de raison particuli re d tre ici. Pas plus que je n arrive expliquer pourquoi j ai envie de rester avec un simple
- Un simple? Un simple quoi?
- C est idiot, j allais dire un simple commis d picerie. Je suis d sol , je ne voulais pas dire a. Vous m avez pourtant dit que vous tiez travailleur social.
- Oui, j ai t travailleur social. Mais je ne suis pas a, pas plus que je suis commis d picerie. Je suis qui je suis, je ne me d finis plus par mon travail.
Je me sentais tellement nul d avoir dit cela, moi qui accorde tellement d importance au m tier des gens. Je me d teste tellement lorsque je porte ce genre de jugement. C est plus fort que moi. " Pardonnez-moi, c est peut- tre moi qui ne vous ai pas cout avec suffisamment d attention. Pourquoi ne pratiquez-vous plus votre m tier aujourd hui?
- Je suis g n de vous raconter cela. Je ne suis pas fier de cette poque de ma vie et je dois vous avouer que j ai peur que vous me jugiez.
Mon ego vient d tre heurt de plein fouet. Normalement, je rugirais si l on me pr tait de telles intentions. Mais cette fois, je suis triste de constater quel point il a raison.
" Vous avez raison de penser cela de moi. J ai grandi dans un milieu o il a toujours t plus facile de rabaisser les autres que de se voir tous gaux. Aujourd hui, je me sens moche. Je n ai pas envie de vous juger. Vous avez t gentil avec moi.
- Je me sens privil gi que vous m offriez votre coute.
Je tremble int rieurement. Je n ai pas l habitude d entrer en contact avec les gens de cette fa on. Les yeux pleins d eau, je dis au commis d une voix tremblotante : " Merci vous de me faire confiance. Vous savez, je n ai pas l habitude
" J aurais aim choisir un parcours diff rent. Bien que j en sois peu fier, je me permets aujourd hui d honorer ce parcours difficile, car il me conduit la personne authentique, vuln rable et sensible que je suis. Tout a d but lorsque j ai retrouv mon fr re inerte dans son sous-sol. Je vous pargne bien des d tails, mais ce moment, j ai eu l impression que l on venait de m enlever une partie de ma vie.
" Les mois qui ont suivi ont t les plus souffrants de ma vie. J ai t plong dans une profonde d pression. Moi qui avais sauv tant de vies gr ce mon travail, je n avais pas r ussi aider mon fr re dans sa d tresse. Encore aujourd hui, personne ne sait pourquoi il a commis l irr parable. Il n a pas laiss de lettre, aucun signe, du moins rien que j aie pu d celer. J ai repass en m moire chaque instant pass ses c t s, la recherche du moindre signe. Rien, nothing, nada . Je m en suis tellement voulu, et mon entourage est venu en rajouter. Cela m a fait douter de moi au point de remettre ma d mission. Je ne pouvais plus me retrouver dans aucune situation qui risquait de compromettre la vie des gens.
- Mon Dieu, c est dramatique tout a. Vous n avez pas vous sentir coupable ce point. Ce n est pas votre faute.
- Aujourd hui je le sais, mais l poque c tait inconcevable pour moi. J ai pay cher pour cette imputabilit , cette responsabilit qui n tait pas la mienne. Je me suis mis consommer drogues et alcool pour engourdir ce mal que j avais en moi. Ma m re ne s en est jamais remise. C tait son pr f r . Moi je n tais que celui qui ne faisait jamais rien de bien. J ai tellement tout fait pour me faire aimer. Je n avais plus de valeur ses yeux. Je n avais pas pu sauver son fils, j avais perdu la l gitimit de pratiquer mon m tier, j tais maintenant un d chet, un junkie et un alcoolique.
J tais absorb par son histoire et sa souffrance faisait r sonnance avec ma souffrance enfouie. J avais peine respirer. " Votre histoire me touche.
- Vous savez, a me touche que vous soyez affect ce point. J ai honte de cette poque de ma vie. Et ce n est que le point de d part. Notre syst me tant bien fait, lorsque tu donnes ta d mission, eh bien tu n as pas droit l assurance ch mage. Lorsque tu as une maison payer, une femme qui ne te soutient pas tellement dans ta d tresse et que tu es incapable de travailler, la soci t se charge assez rapidement de te rappeler que tu n es pas trop utile. Un soir, alors que je venais de d clarer faillite, j ai voulu moi aussi quitter ce monde. Et lorsque la seule pens e qui te traverse l esprit est que a rendrait service aux gens autour de toi, alors tu r alises que ton estime personnelle n est pas son plus haut niveau. Comme un enfant en qu te d amour, j ai d cid de dispara tre pour mesurer quel point je comptais pour les gens autour de moi.
- Et puis?
- Ouf! C est la d cision la plus douloureuse que j aie prise de toute ma vie. J tais en d tresse profonde et je ne voulais pas r ellement en finir. J avais besoin qu on cesse de me malmener et que quelqu un me prenne dans ses bras. J ai pris le peu d argent qu il me restait pour m acheter un billet de bus pour Toronto. Je m tais fait une tonne de sc narios. Je m imaginais voir mon visage la t l vision, que ma famille, la police, la soci t se mettraient ma recherche.
Il se penche en avant, les mains li es entre ses genoux. Il rel ve la t te, les yeux pleins d eau et ajoute : " a ne s est pas produit. En fait, j imagine qu ils se sont inqui t s pendant quelques jours. Mais j tais tellement frustr et rempli d orgueil. J ai tourn les pieds et j ai poursuivi ma descente aux enfers. J ai pass les trois ann es suivantes dans la rue.
- C est pouvantable. Vous tes rest Toronto?
- Non, en fait je n y suis rest que quelques semaines. J ai eu envie de revenir la maison, mais j tais bien trop orgueilleux. Je me suis rejet moi-m me. Ma plus grande peur tait de tomber sur un ancien coll gue. Mon apparence a chang du tout au tout. J avais les cheveux longs, la barbe et j ai d perdre vingt kilos la premi re ann e. J tais litt ralement en mode survie. Vous n avez pas id e de la vie des gens de la rue. J en ai rencontr qui ont eu une enfance pouvantable, des gens qui ne l ont pas eu facile, des ex-d tenus qui n ont pas r ussi leur r insertion dans la soci t , des chefs d entreprises.
- Oui, mais vous, vous y tiez par choix, non?
- coutez, on ne se retrouve pas la rue par choix. Et croyez-moi, c est plus facile de se retrouver dans la rue que d en sortir. Je n ai pas choisi de vivre tout ce qui m a men l . La rue a t le choix que j ai fait pour fuir mon d sir de quitter ce monde. Pour moi, ce fut un moment de gr ce que la vie m a offert. Pour que je puisse red couvrir qui je suis lorsque je n ai plus rien.
- Mais vous ne l avez pas eu facile non plus, on s entend.
- Qui a dit que la vie tait facile? Je m en suis sorti, mais ce n est pas plus facile aujourd hui. Ma femme et mes enfants ont coup les ponts. Ils n ont jamais accept que je les abandonne.
- Ils vous ont donc abandonn leur tour.
- Je leur en ai voulu, mais tout a est derri re moi. J ai perdu ma maison, mes amis, ma famille. Mais j ai retrouv qui je suis. M me si j tais dans la rue, un certain moment, je suis pass de la survie la vie et c est l que j ai pu m en sortir. Dans la rue, j ai connu les tres les plus profonds que j aie rencontr s de ma vie. Ce sont eux qui m ont permis d en apprendre le plus sur la personne merveilleuse que je suis. Ce qui m a le plus marqu , c est quel point ces gens-l veulent vivre. Ils se battent parce que justement la vie est la seule chose qu il leur reste. J ai crois plusieurs milliers de personnes teintes, press es de n aller nulle part. Des gens souffrants, qui me lan aient une poign e de monnaie quotidiennement pour se donner bonne conscience, mais incapables de me regarder dans les yeux de peur d y voir leur propre souffrance.
- C est tellement triste ce qui vous est arriv , mais aujourd hui vous avez l air bien et vous travaillez.
Le commis se l ve lentement et entrouvre la porte. " Vous voyez ce conteneur au fond de la cour? J y ai r sid pendant un peu plus de six mois. Le propri taire ici m apportait de la nourriture. On s est li d amiti . C est lui qui m a fait r aliser quel point j avais de la valeur. Et aujourd hui, je lui en suis extr mement reconnaissant.
- Quel beau geste de sa part. Merci pour la le on, je n ai vraiment aucune raison de me plaindre de ma petite vie parfaite.
- Vous savez, les prisons sont rarement celles que l on croit et elles se construisent sournoisement autour de nous sans que nous en soyons vraiment conscients. Je vous sens prisonnier de votre petite vie parfaite, comme vous dites. Est-ce que je me trompe?
- Sinc rement, vous tes la deuxi me personne me parler de prison aujourd hui, et j ai fait un cauchemar cette nuit, o j tais un accus en attente de son verdict de culpabilit . Tout me paraissait si r el. Heureusement, je me suis enfin r veill .
- Et le verdict, c tait quoi?
- Quel verdict?
- Dans votre r ve
- Mon cauchemar, vous voulez dire. Finalement, je m en suis sorti avec une condamnation vivre.
- Wow! Une condamnation vivre. C est un joli r ve, pas un cauchemar.
- Ouais, peut- tre, mais depuis que je me suis r veill , ma vie est un encha nement de pens es qui me font r aliser quel point je ne suis pas aussi libre que je le pense.
- Vous voyez, c est ce que je veux dire lorsque je parle de prison. Car tout ce qui vous arrive, vous l avez imagin , vous en avez r v et pire encore, vous vous l tes cr .
Je regarde le commis comme s il tait en train de se foutre de moi.
" Bon, il est tard. Je dois rentrer.
- Il y a un couvre-feu, dans votre centre de d tention?
- Vous tes tr s dr le. En fait, je dois vous avouer que je n ai pas plus envie de rentrer la maison que je n avais envie d aller au boulot ce matin. J aimerais tellement me retrouver dans un endroit chaleureux, accueillant et r confortant.
- C est pourtant votre maison que vous me d crivez. Celle que vous avez construite avec les personnes que vous aimez le plus.
Je r torque sans trop r fl chir : " On voit bien que vous n y tes jamais all .
- Bien videmment, mais je pr sume que c est tout de m me votre choix de vous voir prisonnier d un espace que vous n aimez pas, avec des gens qui ne semblent pas vous reconna tre et dans un milieu qui vous para t trop bien, au point que vous avez du mal l appr cier.
Un long silence s ensuit. Puis le commis reprend : " Et tel un prisonnier, vous avez trois choix. Soit vous vous vadez, soit vous vous taisez, vous encaissez et vous purgez votre peine, soit vous acceptez votre situation et vous choisissez de vivre libre malgr celle-ci.
- Que voulez-vous dire par d cider de vivre libre? Je ne comprends pas.
Le commis se tape les deux genoux de ses mains et se l ve debout. " Vous avez raison, il se fait tard, vous devez reprendre la route.
Il marque une pause avant d ajouter : " Si vous souhaitez vraiment go ter au sentiment de libert , celui que vous poursuivez depuis si longtemps, alors revenez demain. Vous saurez bien me trouver. Je suis toujours ici.
Le commis se dirige vers la porte battant. Pour ma part, branl , je sors par la m me porte qui m a accueilli quelques heures auparavant.
ESPACE : Temps pour soi
D finition d une prison que l on se construit : espace-temps cloisonn par des balises que l on s est fix es soi-m me, par d sir, par ambition, par croyance, par ego, par projection, par peur ou encore par ins curit .
Nommez une ou plusieurs prisons que vous vous tes construites et qui vous oppriment aujourd hui. (Il est possible que certaines de ces prisons ne vous oppriment pas l heure actuelle; nous y reviendrons.)
Qu est-ce que ce constat vous fait vivre?
Face ces prisons, avez-vous tendance vouloir vous vader (fuir), vous taire et purger votre peine, ou accepter votre situation et vivre malgr elle?
T MOIGNAGES
Les prisons que l on se construit
Line Anne Labelle
Mon souhait est que ce t moignage s me une graine d espoir dans ton potager et qu il te pousse vers la libert . Mon parcours est simple, je suis une personne ordinaire. N e dans une famille de classe moyenne, j ai trois fr res plus vieux et une soeur de quatre ans plus jeune que moi. J ai grandi avec des parents commer ants. Leur travail a exig d eux une pr sence constante pour servir leur client le. Nous nous sommes promen s de la maison au commerce et du commerce la maison. Mes parents, ayant peu de temps pour nous, ont pris une aide la maison durant le jour. Ma vie semble tre heureuse et panouie quand on la regarde de l ext rieur, et je la qualifierais m me d envi e.
Je suis une enfant aim e et d sir e. Je ne manque de rien, m me que je suis tr s choy e. Une belle petite fille aux cheveux blond miel dor , aux yeux bleus pers, qui na t dans une famille de trois gar ons un peu espi gles et enjou s. Je suis la poup e des clients, des employ s, de mon entourage et de mes parents. On dit que je suis souriante et agr able. Par des photos et de petits films que j ai vus, il me semble m en souvenir, mais est-ce que je m en souviens vraiment?
Je suis timide, seule et malheureuse. Je d sire de l attention mais je refuse de me montrer le bout du nez. Je veux tre celle que l on cherche, que l on veut. Je ne me sens pas incluse. Je suis celle qui ne d range pas, qui s clipse pour qu on la cherche, la gentille, la souriante qui veut tre aim e. Les souvenirs que j ai de mon pass sont teint s de l ajout de petits mensonges mes histoires, de mani re m assurer qu on m coute, qu on me prenne en consid ration. Est-ce que je l ai vraiment v cu? Ou l ai-je invent ? Quelle partie est r elle, laquelle ai-je ajout e? Je vous avoue que la plupart de mes souvenirs sont sombres, flous ou bien dissimul s. J ai v cu dans l imaginaire et le mensonge. Je pense avoir rang certains de ces souvenirs derri re un rideau pour me prot ger.
J ai beaucoup v cu dans la peur d oser, oser appara tre, dire, demander, tre cout e, la peur du jugement, du rejet, de prendre ma place, de d ranger, de perdre ma place. l int rieur de moi a t une guerre perp tuelle. J ai v cu beaucoup d ins curit et t habit e par un sentiment int rieur de manque, de vide. Impossible d accepter mes sentiments et mes pens es, je condamne l avance ce que j prouve, pense et dis. J ai v cu de la honte. Comment aurait-il t possible que l une de mes id es ou l un de mes propos puissent tre bons ou profitables pour l autre? Aussit t qu un peu d attention m est port e, je suis sur la d fensive, je fuis, je me retire dans ma coquille. J ai t constamment dans la souffrance du manque. J ai envi les autres, jalouse, et les autres ont t mes rivaux. Tout ce que je viens d avouer demeure dans mon ADN, je ne suis pas en parfait contr le de mes d couvertes, de mes r actions, de mes actions, de mes agissements.
Je demeure imparfaite et j essaie d attraper mon geste, ma parole avant de commettre l irr parable. Je pratique ma responsabilit en prenant soin de m en occuper et en assumant que je suis humaine. Il y a un an, je n aurais pas pu mettre des mots sur ma fa on de fonctionner et en tre autant consciente qu aujourd hui. Je vous dirais que maintenant, mon regard sur ma vie n est plus le m me avec l veil de la connaissance que j acquiers chaque jour de moi. Tous ces enseignements donnent du sens aux d fis que je rel ve au quotidien.
Je sais que c est le travail de toute une vie et c est tr s bien ainsi. J ai t ma tre dans l art de faire porter l autre mon manque int rieur, de d verser sur l autre toute mon irresponsabilit , de me faire croire que c tait la faute de l autre. Il m a t facile de laisser libre cours ma petite voix int rieure et mon imagination infinie. " Tu n es rien qu une incapable, une pas bonne et tu ne vaux rien! Aucune confiance en toi. Aucun respect de toi. Tu ne t aimes pas, m me que tu te d testes. Je suis d courag e de moi. Je ne comprends pas que quelqu un puisse m aimer, s int resser moi. Comment ai-je fait pour obtenir un dipl me, un travail, la confiance de l autre, un mari merveilleux, des enfants extraordinaires, un entourage bon pour moi? Impossible, je ne suis pas la hauteur, je suis loin de mes comp tences, je n ai pas de comp tences, tu es une moins que rien. J ai pens cela pendant bien longtemps. J ai t une victime. C est de cette fa on que je me suis sentie, malheureuse, en guerre avec moi-m me. Tout a t d chir l int rieur de moi, une corch e de la vie, dans ma perception. Je ne sens pas que j ai t une bonne personne, que j ai pu avoir de la valeur.
J ai des forces que je ne peux pas renier, comme la pers v rance et l int r t pour la psychologie. Ces deux l ments m ont amen e lentement voir, comprendre et diminuer le manque, le vide et la col re int rieure. Je me suis autoris e recevoir les services d une psychologue, faire des lectures, des rencontres de groupe (soutien, le Centre d aide et de lutte contre les agressions sexuelles, etc.), m inscrire des programmes d enseignement du d veloppement personnel, d analyser l autre, de m analyser. J ai mis petites doses dans ma vie un peu d amour pour mes apprentissages. Je me suis autoris e prendre des risques, enlever mes oeill res, changer ma perception, laisser tomber mes armures et ouvrir mon esprit. Je continue ma qu te de la d couverte de qui je suis, de faire grandir l amour envers moi, de s curiser la petite fille dans ma soci t int rieure et de rendre gr ce la vie pour tout ce qu elle m apporte. En remerciant la vie qui est bonne pour moi.
Dani le Bellemare Lee
C est absurde. Je me sortais de mon confinement alors que le premier confinement frappait la plan te cause de la pand mie. Je saisissais l occasion de me transformer. Il tait temps de sortir de cette prison que j avais commenc me forger il y a quinze ans. Inconsciemment, je m tais emprisonn e pour me prot ger du regard des autres et de ce sentiment de ne pas tre la hauteur qui me paralysait. Enfant timide, victime d humiliation l cole, je me sentais rejet e et exclue. C tait le d but des faux-semblants.
Gr ce ce travail sur moi, j ai fait la connaissance du bourreau le plus redoutable de ma prison : moi-m me. Voici un fragment de mon v cu pour comprendre ce qui m a conduite cet isolement. Mes cinq premi res ann es comme conjointe d un expatri avaient t fabuleuses. J tais partie avec mon sac dos vide pour le remplir des tr sors que je rencontrerais sur mon chemin. Cette p riode en France m avait permis d exister, de me d couvrir une nouvelle passion et de nouvelles comp tences. Avec l tat d esprit que j avais, j ai savour chaque jour comme si c tait le dernier. M me si j habitais loin de ma famille, je la visitais r guli rement au Qu bec. Toute cette appropriation de la vie l tranger s est faite de fa on graduelle et dans la douceur.
Apr s cette vie de r ve, nous avons accept une mutation aux tats-Unis, mais mon coeur est rest attach Paris. Dans l avion, je tenais fermement mon sac dos, rempli de belles exp riences dont je ne voulais plus me s parer. J avais m me cueilli quelques racines fran aises que j avais eu le temps de cacher dans mon sac pour compenser mes petits bouts qu b cois qui fl trissaient d j . Au lieu de CHOISIR NOTRE VIE, nous nous laissions bercer par la vie, car nous avions peur de l inconnu et du risque. la question " Que faites-vous dans la vie? , je r pondais sarcastiquement : " J ai le droit de respirer. Aujourd hui, je sais que c tait tout, sauf anodin. partir de l , une br che s ouvrait. J tais tomb e dans le pi ge de la femme d un expatri . Je vivais dans l ombre de mon mari et devenais la femme invisible.
En 2002, nous avons d quitter les tats-Unis. Retourner au Qu bec ou d m nager en Allemagne? Je choisis de sortir compl tement hors de ma zone de confort. Une nouvelle culture et une langue inconnue m attendaient, mais rien ne pouvait m arr ter, car je voulais r cup rer mon coeur en Europe. J tais convaincue d apprendre la langue en six mois. En 2021, compl tement d racin e, mes peurs ont gonfl mon sac dos. Je ne suis plus capable d assumer d tre femme d expatri . Sans carri re, la remorque de celle de mon mari, je me retrouve sans identit .
Mon sac dos d borde et est devenu un vrai boulet. Vu de l ext rieur, j ai tout pour tre heureuse : l amour, pas besoin de travailler, et je suis toujours " en vacances puisque je suis l tranger. Malgr tout, je ressens un immense vide int rieur. Je crains que mes r ves se soient chapp s par un petit trou au fond de mon sac dos, puisque j ai fait plusieurs chutes avec ce poids insupportable. D un c t , j aimerais tre unique et d un autre, me fondre dans le moule allemand. Je me sens exclue. C est alors que j ai commenc mon cheminement. J ai vite compris qu il fallait me d sencombrer, me reconnecter, me lib rer et liminer le brouillard en moi pour retrouver ma lumi re et la clart .
Ainsi j ai compris pourquoi j ai construit cette prison psychologique. J ai bien pris le temps d ouvrir mon sac et de regarder l int rieur. J ai d couvert mes r actions d fensives : l isolement et la fuite. Mon d clencheur a t la langue allemande dans laquelle, chose impossible, je voulais m exprimer parfaitement, comme une Allemande. La peur d tre critiqu e, d tre incomprise dans les subtilit s de la langue tait devenue un pr texte qui entra nait des r percussions sur mon besoin d exister et ma r alisation professionnelle. Je m investissais dans de grandes productions artistiques dans lesquelles je plongeais corps et me en vase clos, loin de la cr ation en quipe qui m avait toujours fait vibrer. Ce brouillard m emp chait m me d appr cier mes succ s et de m ancrer dans le pr sent par peur d tre soumise un ternel recommencement.
Je souffrais du foss qui se creusait entre ma famille et moi par la distance. Je la voyais tous les deux ans, voire tous les cinq ans. Je d couvrais, tapie au fond de moi, la valeur de la famille si importante pour moi. Je fuyais des deuils non r solus, dont celui de ne pas tre m re, qui me donnait l impression de ne pas contribuer au monde de demain, une fausse perception que je m tais cr e comme croyance limitante. Je me suis responsabilis e pour mieux m accepter et savourer le moment pr sent que la vie m offre. Je r alise que mes accomplissements me valent une certaine reconnaissance professionnelle. J aimerais partager mon regard sur le monde et m manciper davantage travers mon expression artistique. J ai m me retrouv mes r ves qui taient cras s au fond de mon sac dos. Ils attendaient, pour rena tre, que je r ve plus grand.
Le 27 mai 2021, j ai c l br vingt-quatre ans de vie l tranger. Je reconnais les tr sors que j ai retrouv s dans mon sac : r ves, rencontres, d couvertes, passions. Mes rencontres constituent ma plus grande richesse. Nos routes se sont crois es dans des moments de synchronicit et cela n aurait pu se passer autrement. Je d veloppe une passion que, chez moi, je ne me serais jamais permise. J int gre les diff rentes cultures en moi pour retrouver mon propre ancrage et laisser merger mes nouvelles racines. Merci la vie!
Depuis des ann es, j ai envie de partager mon exp rience de vie en relatant les t moignages de conjoints d expatri s pour me cacher, mais maintenant, il est clair que mon prochain projet, c est mon histoire, que j crirai et publierai. Je suis responsable de prendre le chemin de la lib ration. Les autres ne refl tent que l image que nous avons de nous-m mes. Maintenant, je suis ma tresse de ma construction. Je suis un papillon qui doit d ployer ses ailes pour retrouver sa libert .
Julie Larochelle
Aujourd hui, j cris mon t moignage, ma v rit . Je me livre vous, je baisse ma garde. Si vous saviez comme la Julie d avant n aurait jamais os faire ce pas, sortir de son isolement affectif. Voil , j ai toujours su au plus profond de mon tre que j tais diff rente. Diff rente dans ma fa on d tre et de ressentir. J tais une hypersensible. Bien videmment, dans ma jeune enfance, m me par la suite, je me suis pos plusieurs questions. Pourquoi, chez moi, tout semblait prendre des proportions gigantesques? L hypersensible que j tais faisait de moi une personne pour qui tout avait une r sonance, rien ne me laissait indiff rente. J tais l intense, celle qui d rangeait de par ses r actions vives. Bref, en d autres mots on me d finissait comme celle ayant un sale caract re. Moi j aimais ou je d testais, je ne savais pas comment rejoindre cette fameuse zone grise, zone o la neutralit existait et o la paix d esprit se taillait une plus grande place, du moins c est ce que j imagine.
Parce que je n ai pas t cout e, reconnue et valoris e dans ma diff rence, cette derni re avait pour moi une connotation n gative. Je la consid rais comme un d faut. Je n en veux pas mes chers parents, qui ont fait un travail remarquable dans mon ducation, mais comment pouvaient-ils agir avec moi, ce petit tre part, une sorte de bibitte qui, dans ma t te pleine d images, ne ressemblait que tr s peu aux autres membres de sa famille proche de m me qu l ensemble des individus composant la soci t ?
Ne sachant pas comment vivre avec ce trait de caract re, plut t que de l apprivoiser, j ai essay de le faire taire, de l att nuer autant qu un jeune enfant pouvait le faire. Donc tr s jeune, bien videmment inconsciemment, j ai achet la croyance que si j agissais comme les gens en position d autorit sur moi me le dictaient, j tais aim e, reconnue, valoris e. J achetais en quelque sorte la paix. Ce syst me relationnel s est bien ancr et je l ai reproduit de la maison l cole puis plus tard au travail. Je me suis moi-m me isol e pour me prot ger de cette souffrance. Je me refermais sur moi-m me de plus en plus parce que je savais que je serais incomprise. J ai donc ouvert grandes les portes de cette prison remplie de solitude. Cet engrenage de sensations d sagr ables a fait en sorte que je me suis souvent sentie seule m me s il y avait plein de gens autour de moi. La r alit dans tout a, c est que je gardais tout en moi, me laissant la sensation am re de transporter un norme poids sur mes paules. Quelle lourdeur tra ner jour apr s jour!
La deuxi me porte de prison que j ai ouverte, c est malheureusement de taire ma v ritable personnalit afin de dissimuler ma diff rence et me fondre dans les autres. C est pourquoi, maintes reprises dans ma vie, j ai port des masques pour ne pas faire voir ma sensibilit afin de ne pas montrer ma vuln rabilit . Je voulais projeter l image d une fille forte que rien ne d range, mais en r alit je tremblais l int rieur comme une feuille qui virevolte dans le vent. Avec les ann es, je me suis construit une carapace tr s paisse pour me prot ger, oui, mais je me suis emprisonn e moi-m me. Dommage en r alit , tr s peu de gens connaissent ma v ritable personnalit , cette fille hypersensible, artiste dans l me, ouverte d esprit, empathique
Aujourd hui, je suis capable de mettre des mots sur mes maux. J ai donn tant de pouvoir aux autres, en me castrant, en voulant plaire aux autres plus qu moi-m me. J ai eu longtemps l impression de ne pas avoir ma propre individualit . J tais la fille de, la soeur de Je n existais pas en tant qu individu part enti re. J ai compris en faisant le chemin entre mon coeur et ma t te, dans cet pais brouillard, pourquoi je n aimais pas qu on me dise que je ressemblais une autre personne. C est comme si, chaque fois, on m enlevait une partie de ma personnalit avec laquelle j avais d j tant de mis re cohabiter.
Je me suis abandonn e. Pire encore, j ai inconsciemment mis de c t ce qui pouvait me diff rencier des autres, entre autre mon c t cr atif. En prenant conscience de plus en plus de la personne que je suis r ellement, que j ai si longtemps oubli e d ailleurs, j ai repris contact avec ce c t color de mon tre. Tout ce qui me permet d utiliser ma cr ativit m apporte tellement. Elle me permet de m exprimer, d tre reli e celle que je suis. En plus, j inspire de par mon art ce qui r sonne en moi puisque, si j ai bien une certitude en t te, c est que j ai ce besoin visc ral d aider l autre. Quand je cr e, je me sens vivante et en congruence avec moi-m me. Ma t te, mon coeur et mon me sont en harmonie et nourris par ce que je fais.
Je me suis pos la question : " La cr ativit te permet-elle de t approcher du bonheur? La r ponse, un grand " oui ! Maintenant il ne me reste qu plonger dans ce monde merveilleux pieds joints, o je peux faire de la place mes besoins et mes envies. les nommer et surtout les combler. M offrir la libert de vivre selon mes choix et enfin tre en paix avec celle que je suis.
J en ai fini avec les sentiments de destruction, de douleur et d crasement. Je reprends le pouvoir sur ma vie en m acceptant dans ma diff rence et mes imperfections. Je n ai jamais vraiment utilis mon plein potentiel, mais aujourd hui je me promets de mettre le projecteur sur moi pour enfin briller. Je veux me plaire. je suis ma priorit et j ai enfin le go t de jouer mon propre r le dans le jeu de la vie. Je donne mon coeur le r le de directeur artistique, mon me celui de metteur en sc ne et je laisse ma t te se reposer. Elle a t surexploit e, sans aucun doute. Dor navant, mon coeur dictera ma direction. Je me souhaite le plus beau des voyages!
Lise Lefran ois
Je suis une femme en qu te d amour depuis ma petite enfance. D s ma jeune adolescence, je sentais un grand vide en moi, j tais insatisfaite de ma vie. Je comblais ce vide par des situations ext rieures de compensation. J achetais l amour pour me faire aimer. Je portais des blessures et des perceptions qui m amenaient dans la non-importance d exister. Tout tait refoul en moi dans des tiroirs avec le sentiment de la honte qui tait habit par plusieurs peurs, entre autres la peur du rejet par la r ception de " non aux demandes que je faisais. Ces " non me remettaient en contact avec une exp rience de mon enfance, exp rience v cue avec une personne non aimable pour moi.
Un souvenir remonte en moi au moment d crire ces lignes. J avais 12 ou 13 ans. Le premier rejet que j ai v cu avec un jeune gar on. Ce rejet m amenait ressentir en moi le go t de dispara tre pour liminer cette souffrance, pour ne plus souffrir. Ces motions se sont poursuivies dans mes autres relations amoureuses. Je voulais fuir ce vide existentiel qui tait au fond de mon coeur. Il s est d velopp en moi, au cours de mon adolescence, une grande ins curit li e la qu te de me faire aimer. Plus tard, cette qu te d tre aim e que j avais men e en raison de mon histoire de vie familiale, m a conduite un immense besoin des autres et particuli rement des hommes.
Je me sentais aim e dans les yeux des hommes et non par mon regard sur moi-m me. Ce besoin d amour m a galement conduite au manque d argent en raison d une faillite personnelle. Et si je d cidais de sortir, j avais besoin de m acheter un v tement de qualit et excentrique pour tre remarqu e et me faire dire que j tais la plus belle!
Cette soif d amour et de reconnaissance m a conduite d velopper beaucoup de rivalit , de jalousie et d envie envers les autres. Elle me vient galement de mon enfance. Il m tait tr s difficile de faire des compliments. De plus, au sujet de mes v tements, lorsqu on me demandait o j avais fait cet achat, je r pondais que j avais pris le dernier morceau de cette taille vendre. Ces situations faisaient encore monter la honte en moi mon insu. Aujourd hui, je continue de m accueillir dans ce sentiment qui est en moi. Je poursuis l utilisation des outils que j ai appris conna tre. Ils sont d excellents moyens pour accompagner les sentiments qui m habitent. Graduellement, ils m aident me lib rer.
Je vivais un grand manque d amour et de confiance en moi. Mes besoins fondamentaux n taient pas combl s. Je jugeais beaucoup les autres et j avais une immense difficult dire " non aux demandes, qui me venait du d sir d viter le sentiment de rejet, de ne pas me sentir aim e ou de d cevoir et de d plaire. Depuis peu, j ai v cu une exp rience exceptionnelle qui m a aid e me r v ler moi-m me et prendre conscience de l importance de mon manque de confiance. Depuis mon enfance, j ai peur des chevaux. Je les ai toujours trouv s beaux et majestueux. Cependant, j avais peur d eux en raison de mon imaginaire. Lorsque je pensais eux, je m imaginais recevoir un coup de patte, les voir se dresser devant moi sur leurs pattes arri re, de me faire piler dessus, de recevoir un coup de t te. Bref, c tait mon imaginaire qui nourrissait ma peur. Un jour de f vrier 2021, une amie m a invit e l curie pr s de chez moi, o elle a deux chevaux en pension.
la suite de son invitation, je lui ai demand de m accompagner proximit des chevaux. videmment, je n avais aucune id e de ma r action venir. Elle m a appris comment approcher un cheval et prendre contact avec lui. Suivant ses conseils, j ai pu m approcher des deux chevaux puisque mes peurs n taient plus pr sentes. Je me suis alors laiss habiter graduellement par une confiance qui s est d velopp e depuis le d but de mon cheminement. C est maintenant une nouvelle passion. Je suis fi re du m nage int rieur que j ai fait en moi!
Avec le temps, j ai d couvert que le pardon est un outil pour moi-m me. La connaissance que j ai de moi, de mes peurs, de mes r actions d fensives, de mes motions, de mes sentiments et de mes besoins m a permis de d velopper une plus grande conscience de moi. Ce fut mes premiers pas vers le chemin d une plus grande libert . C est en choisissant de vivre des exp riences de discussion de groupe sur le pardon que je me suis permis de d velopper une conscience encore plus grande de ma sensibilit sans la voir comme un d faut. J ai compris que ma sensibilit est une force qui me permet d tre davantage moi-m me, mais en tant consciente de ce que je dois mettre en place comme moyens de protection.
Cette participation au groupe de discussion m a galement permis de d couvrir la force du pardon. Un pardon qui a une puissance de lib ration importante d abord pour moi-m me, et ce, par un regard plus approfondi sur ma vie. Aujourd hui, je me sens une meilleure personne. Je sens que je me ma trise mieux parce que j ai une plus grande conscience et une meilleure connaissance de qui je suis. Je me sens mieux install e sur ma fondation int rieure. a me permet de laisser vivre mon sentiment d ins curit et de manque d amour. Je me permets d accompagner ces sentiments en identifiant ce qu ils font na tre de peurs, de r actions d fensives, d motions, de sentiments, de besoins non combl s pour enfin prendre une d cision sur la fa on de g rer cette ins curit et me sentir plus rassur e, libre et en paix.
Je suis consciente de l impact de l ins curit en moi et j ai maintenant des outils pour me s curiser. Je me sens libre de me choisir et de m aimer dans ma diff rence.
Patrick Boisvert
Je baigne et je suis submerg d nergie. Une nergie pr sente dans les l ments, l environnement, mes pens es et mes r ves. Comment puis-je forger ma personnalit tout en me lib rant de " leurs voix ? Que ce soit de les laisser parler en mon nom, de me fier aux autres, d adopter la version des faits de l autre, m disance, conflits et d saccords, distractions et moqueries.
Dans ma famille, j ai appris cacher ma faiblesse et ma vuln rabilit devant les autres. Cette croyance m isole de l motion, enfouit mes pens es et m am ne ne pas couter ce que je vis. Derri re le bon petit gars poli, serviable et respectueux se cache un tre sensible et vuln rable qui a un grand besoin d amour et d coute. Dernier venu dans ma famille, il existe une ambiance familiale avec des r actions de d charge, d changes bourreau-victime, de sauveuses et de rivalit entre mes deux soeurs. Cette nergie me fait sentir sans importance et j ai la sensation de ne pas exister. J ai d redoubler ma premi re ann e scolaire parce que je devais rester la maison pour me soigner. J ai m me subi l ablation des amygdales.
J ai d velopp un sentiment d inf riorit face l admiration et l loge des personnes adul es ou idol tr es, et un sentiment de faiblesse (pas la hauteur, pas ma place) devant des soeurs plus g es qui prenaient toute la place. Une insatisfaction s installe en moi et me prive de ma sensualit et de ma capacit passer travers les opinions des autres. Je banalise mes motions et refoule mon besoin d tre aim et cout face cette rivalit . Je ravale mes motions et finis par me retrouver encore l h pital cause de tics nerveux. Je me souviens que nos agissements taient racont s aux r unions familiales sous forme de moqueries ou d humour (histoires d attouchements sur mon corps, de brise-fer ou de gaffeur). Je doute d tre aimable et le manque s installe avec la peur de ne pas tre correct, de ne pas bien agir, de ne pas tre compris, et la peur de l inconnu et du changement. L accumulation change ma perception et m ne l abandon et la culpabilit .
Les personnages d humiliation, de honte, de culpabilit et d abandon se nourrissent des d chirures, de l vitement des non-dits pour bien para tre, de l abandon de soi aussit t que c est lourd, du rejet et de la malhonn tet envers moi-m me. Mon trop-plein d attitudes me m ne des m canismes de d fense. Je n ose pas faire face aux personnes qui veulent avoir raison. J ai peur du jugement, des certitudes et de l crasement.
J ai appris donner avec un amour inconditionnel et mon sentiment d appartenance est tr s fort malgr la discorde. J ai appris vivre dans mon imaginaire. Je pr f re fuir les personnes qui me font peur au lieu d couter mes peurs. force de banalisation, mes souffrances m touffent le coeur. Avec une ducation menant la castration, mes souffrances deviennent mon refuge, mon identit et ainsi ma prison. Mes blessures d ins curit me coupent de mon ressenti et de mon importance pour laisser un sentiment de vide autour de moi. Ce vide finit par cr er un manque de soi et une envie tr s forte de mes d sirs. Dans mon affectivit , je place le vide et je m efface. J ai peur du manque, de m affirmer, de la critique, d tre vu et entendu.
J entends des histoires d horreur. Je d veloppe de la culpabilit face mes blessures, aux m disances et manipulations des autres. Le doute s installe en moi et la confiance dispara t. Je deviens irresponsable et j accuse l autre de l motion ou du malheur que je vis. Cela me m ne la culpabilit et la honte. Je m isole de l motion en me remettant en question. Je suis pris au pi ge. J ai une charge sur les paules. Je subis une atteinte ma libert . Je me coupe de la partie dans l erreur pour ne pas la voir. Dans mon perfectionnisme, je d veloppe une r sistance rationnelle qui me conduit l impuissance, la peur de l motion et l loignement du coeur. J ai peur du rejet, de la col re et d tre incompris.
Mon " tre est dans le faire et le sauvetage d autrui. Je vis dans la confluence et les non-dits. Je me ferme les yeux et accepte l inacceptable. Je fais don de moi et j instaure mon propre donjon. Je comble le d sir des autres. Je fais comme mes parents et j ach te la paix. Je me conforme et m crase. J prouve un sentiment de trahison et d touffement int rieur qui m ne la perte de qui je suis. Je satisfais les besoins des autres sans penser aux miens. J ai peur de perdre ma place et de faire de la peine.
Le chemin de l amour de soi ouvre le coeur et le lib re. J ai reconnu mes fausses croyances et les personnages que je me suis cr s. J applique trois cl s : tre vu et entendu dans ma voie, me permettre d exister et m imposer une d marche. Mon but est de vivre une vie de r ve et d abondance.
Je m affirme sainement en me positionnant de fa on claire et pr cise devant les autres. Je cesse de vivre dans les non-dits et deviens une autorit saine pour moi. Je veux d velopper mon plein potentiel en me faisant face moi-m me. Je me responsabilise. J accepte les cons quences de mes actes, de mes pens es limitantes et de mes r actions d fensives. Je conserve mon int grit . Je prends de la distance entre ce que je vis et je subis. Je r ponds mon besoin d appr ciation, de vuln rabilit et de sensibilit . Je lib re mes cinq sens. Je reconnais enfin les peurs qui me paralysent. Je suis authentique et en coh rence avec ce que je ressens et dis.
Je vise ma voie en m ancrant en moi-m me. Je donne la main mes peurs. Je nomme mes sentiments. Je prends le temps. Je me pose et j existe. Je veux vivre des sauts quantiques o le temps ralentit, la vue s largit, l univers donne et le cycle de confiance en soi prend place. Je deviens le parent des personnages qui m encha nent et m emprisonnent. J accepte mes choix. Je vibre et je vis dans le moment pr sent. J atteins le sommet et je me lib re.
Charlotte Bonte
Au moment o j cris ces quelques lignes, j ai 24 ans. J ai d but mon voyage vers la connaissance de mon moi int rieur en mars 2020, au moment du premier confinement. Cette phrase de Paul luard, " Il n y a pas de hasard, il n y a que des rendez-vous , a pris tout son sens depuis que j ai d but ma formation vers ma lib ration. Le grand plan de la vie avait d cid qu il tait temps que je tourne mon regard vers moi. " Ces prisons que l on se construit sont des mots qui me parlent. En effet, j ai longtemps v cu travers mes sch mas et mes fausses croyances. Je vivais beaucoup d ins curit , d anxi t et de peurs. Je vivais dans une prison imaginaire avec une illusion de la vie que je m tais cr e. Je pensais que la vie, c tait mes perceptions.
Lorsque j ai d but mon travail personnel, je ne savais pas qui j tais. Je ne me connaissais pas. Je vivais sur pilote automatique avec mes m canismes de d fense. Je vivais l ext rieur la recherche de l amour, de la paix et de la reconnaissance des autres qui manquaient l int rieur de moi. Selon mes fausses croyances, je me devais d tre la " petite fille parfaite , afin d tre aim e et reconnue pour la personne que j tais. Aujourd hui, je suis une jeune femme et j ai envie de me lib rer de mes sch mas et de mes perceptions.
Mon travail de lib ration int rieure m a permis de nombreuses prises de conscience. Il m a surtout permis d appr hender et de comprendre mon anxi t , fondatrice de ma prison imaginaire. Mon anxi t m a souvent rong e. Elle s est exprim e de diff rentes mani res depuis mon enfance : cr ation de sc narios imaginaires, mod le de la performance, contr le, ins curit . J ai toujours t tr s en col re contre mon anxi t . Selon moi, elle m emp chait de vivre heureuse. Je n arrivais ni la contr ler ni la ma triser. Elle m envahissait et je ne savais pas comment faire pour m en lib rer.
travers mon travail personnel, j ai compris que mon anxi t avait sa raison d tre. Elle tait l pour me montrer qu il y avait quelque chose qui n allait pas l int rieur de moi. Elle tait mon guide pour m indiquer qu il me manquait paix, s curit et amour. Elle tait l pour me montrer que je ne m coutais pas. Que je vivais l ext rieur et non l int rieur de moi. Pas pas, j apprends accueillir mon anxi t . Je m autorise la ressentir lorsqu elle pointe le bout de son nez. Je ne l ai plus en aversion. Mon anxi t est mon signal d alarme pour me montrer que je suis en souffrance. Et selon moi, la souffrance est essentielle, car elle me permet de me reconnecter qui je suis vraiment.
J essaie de plus en plus de percevoir mon anxi t comme mon guide de vie. En effet, elle me fait prendre conscience de mes blocages, de mes noeuds, des blessures que je porte en moi. Elle m indique que je suis en train de vivre un conflit int rieur et qu il est temps de m en occuper afin de m en lib rer. Chaque jour qui passe est une occasion de me lib rer de mes sch mas.
Ce travail d criture en est un parfait exemple. Mon besoin profond tait d y participer, mais j ai t envahie par diff rentes peurs : peur du jugement, de la critique, de ne pas tre la hauteur. J ai finalement d cid d emprunter un nouveau chemin, de sortir de mes sch mas r p titifs et de me choisir. Je me suis rendu compte que tout partait de moi. La vie n est que pure illusion de ce que nous percevons.
Petit petit, je prends conscience de mes mod les et de mes m canismes de d fense, ce qui me permet de me rapprocher de plus en plus de ma v ritable nature. J apprends couter les besoins profonds de mon me et surtout j apprends tre moi. Lorsque je m coute et que j coute mes besoins profonds, je suis envahie d un puissant sentiment lib rateur. Je vois ce sentiment que je ressens dans mes tripes. ce moment, je sais que je suis sur le bon chemin et ma prison se d construit petit petit.
Je suis persuad e que chacun d entre nous est un tre de lumi re qui ne demande qu briller pendant ce fabuleux voyage qu est la vie. Nous ne sommes pas bris s.
Un de mes objectifs est d apprendre danser davantage avec la vie. J ai envie d accueillir ce que la vie a m offrir. J ai compris que la vie est polarit s. C est le yin et le yang, le soleil et la pluie, le bonheur et la souffrance, les rires et les pleurs. La vie est , tout simplement. La route est encore longue, mais j ai de plus en plus confiance en la vie. J aspire devenir, de jour en jour, la plus belle version de moi-m me.
Merci toutes les personnes qui se sont pr sent es et qui se pr senteront sur mon chemin afin de d construire petit petit ma prison. Et merci du fond du coeur mon mentor, qui m a permis de faire ce beau voyage.
Marie-France Hamel
Enfant, je r vais de calme et de s curit . Je voulais une vie normale. Je dirais que j tais une enfant pleine de vie, de douceur et surtout d espoir. Je n avais pas de cassure ni d armure; une petite fleur comme toutes les autres, du moins jusqu 4 ans. C est dans une cave que tout a commenc . Un tre qui m tait cher a d cid de me proposer un jeu le jeu du monstre d voreur de biscuits de l mission pour enfants S same . Il a teint les lumi res et s est couch sur moi en prenant ainsi le temps de me dire de ne pas en parler. Je venais de d couvrir la prison du silence.
Ce jeu ne fut pas amusant, il m a lev le coeur, j ai d accepter ce qui tait en train de se passer. tant toute petite, je n ai pas su me d fendre, je n ai pas su crier et le repousser. J ai donc laiss le jeu se terminer de lui-m me. Je n ai pas encore de mots ce jour pour exprimer assez fort cette souffrance en moi, qui m a longtemps gard e dans la prison de la honte. Ma vie venait de changer jamais. J ai d grandir avec la peur au ventre, la honte de mon corps et surtout, la peur que quelqu un le sache. Mais qu est-ce que j avais fait? Je venais d entrer dans la prison de la culpabilit . J ai donc continu dans cette voie, la voie de la destruction, du silence et du non-respect de moi-m me. Trahison par-dessus trahison, j tais prise dans une prison chaotique o il n y avait pas de guide aimant pour me montrer le bon chemin pour en sortir.
Non, je n ai pas eu de maman s curisante, de maman aimante qui te c line et t offre plein de bisous. Au contraire, j ai d vivre sans limites, sans protection et avec la peur qu elle meure chaque jour. La prison de la peur est devenue mon refuge, un endroit o je pouvais mourir sans faire de bruit. Plus tard, c est le suicide de ma soeur et celui du p re de mon fils qui m ont tu e, morte en tant vivante. Comme je connaissais d j la prison du silence, de la honte, de la culpabilit et de la peur, j y suis rest e pendant plusieurs ann es, portant en moi toute cette lourdeur. J ai fui dans les drogues, l alcool, le travail et le d ni. Disons que je n ai pas toujours fait les bons choix.
La vie m a alors fait un cadeau. Je suis tomb e malade en 2019. C est ce moment que tout a bascul . J ai bien voulu encore faire du d ni. Cependant, une porte qui jusque-l m tait inconnue venait de s ouvrir. C est en mars 2020 que j ai d couvert un programme de croissance personnelle qui marque le d but de " ma vie . Me choisir fut difficile, car je ne comprenais pas vraiment ce que cela voulait dire et encore moins comment le faire. C est gr ce aux enseignements dispens s que j ai pu acc der moi-m me pour la premi re fois. Rien n a t facile. J ai d me prendre en charge, cesser de faire du d ni et accepter que ceci est mon histoire et que peu importe ce qui s est pass , elle restera toujours mon histoire.
Celle-ci m a permis de comprendre que je suis la seule personne responsable de moi, pour pouvoir me choisir et mettre un terme cette vie de d ni et de maltraitance que je me suis impos e. Je n en veux personne pour la vie que j ai men e. J ai port en moi suffisamment de souffrances, les miennes et celles des autres. Je sais tre en mesure aujourd hui de faire la diff rence entre " tre victime, tre coupable et tre responsable . Je parle ici de la responsabilit que j ai de m en sortir!
Cette histoire de vie est la mienne. C est avec tout ce bagage que je peux maintenant choisir de vivre ma vie 42 ans. Je suis si fi re d tre rest e celle que je suis, pleine d amour, de douceur et d authenticit . Malgr la prison du chagrin, j ai su rester forte et revenir l essentiel : moi.
Je ne suis pas bris e
Johanne Prud homme
J aimerais tout d abord me pr senter vous. Je m appelle Johanne. Je suis n e le 6-6-60, je pesais six livres la naissance et je suis la sixi me enfant de la famille. Ma m re me disait que je devais tre le diable en personne! J ai toujours trouv a dr le. Je me disais que si tous les diables taient comme moi, il n y aurait pas de guerres sur la plan te. Faut bien en rire!
Je suis mari e depuis huit ans avec un homme merveilleux. J ai un grand gar on de 36 ans, une belle-fille, un gendre et un petitfils du nom de L onard. J ai aussi la chance d avoir de tr s bonnes amies sur qui je peux compter tout moment. J ai envie de vous raconter tout le travail que j ai fait sur moi pour en arriver vous crire mon t moignage dans ce magnifique livre. Ce travail sur moi ne date pas d hier.
Des souvenirs de mon enfance me remontent en m moire. Je nous revois, les trois plus jeunes de la famille, sur la balan oire familiale rire, chanter et faire vibrer la balan oire la vitesse de nos chants. Pour moi, ces instants taient magiques.
J ai eu la chance d avoir de tr s bons parents. Toutefois, la vie sur cette terre leur a apport leur lot de blessures et d preuves surmonter. J allais, tout au cours de ma vie, en tre souvent le t moin inconscient. Mais une belle enfance en apparence ne signifie pas que tout est parfait. J en suis venue un grand questionnement : Comment en suis-je arriv e me construire tous ces m canismes de d fense pour ne pas ressentir? Car j ai une peur inconsciente de l motion et de la souffrance l int rieur de moi; je nie mes motions, je les refoule et je les juge inacceptables. Convaincue qu une partie de mon coeur tait noir, je m effor ais de le cacher afin de me s curiser lors de ces moments prouvants.
J aimais et respectais norm ment mon p re. Tout ce qu il disait devenait pour moi une v rit . Quand je l entendais nous dire que nous tions des bons rien, je le croyais. Lorsqu il alignait tous ses enfants devant lui et qu il nous sermonnait durant de longs moments et qu un d entre nous exprimait une motion, nous savions qu il y aurait une cons quence. Car aux yeux de mon p re, les d monstrations d motions taient signes de faiblesse.
Plus je me distanciais de mes motions et plus je me cr ais une fausse personnalit . De l ext rieur, je semblais enjou e, dr le, attentive, amicale et lumineuse, mais l int rieur j tais apeur e par tout ce qui, mes yeux, repr sentait l autorit . Je souhaitais vraiment faire ma place dans cette famille de huit enfants, avec une m re froide d pass e par l ampleur de la charge de travail et un p re qui travaillait sans cesse pour nous faire vivre. Mais cela n tait pas facile. Qui n a pas d j entendu la phrase mena ante : " Attends que ton p re arrive Ah! Cette fameuse phrase qui te g le l int rieur du corps et te fait appr hender l arriv e de la figure d autorit .
J avais envie d tre heureuse, d tre moi, de retrouver ma joie de vivre, mon enthousiasme et ma s r nit . Je devais d abord passer par une s rie de formations ducatives sur le d veloppement de soi, que j allais entreprendre partir de l ge 17 ans. Chacune de ces formations m a aid e me d velopper et grandir.

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