J aide mon ado à grandir
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Description


J’AIDE MON ADOLESCENT À GRANDIR


 


Qu’est-ce que l’adolescence ? Que se passe-t-il dans la tête d’un adolescent ? Comment lui parler ? Complet, ce guide de référence accompagne les parents au quotidien en répondant à toutes leurs questions. Ainsi, vous saurez parler de sexualité, de drogue, de médias... Mais vous saurez aussi gérer chagrins d’amour, troubles alimentaires, sorties, etc. Chaque question fait l’objet d’un décryptage et suggère des solutions. Vous trouverez également, en fi n d’ouvrage, des adresses utiles pour prolonger votre lecture et, au besoin, engager des démarches.


Introduction


 


Partie 1 Qu’est-ce que l’adolescence ?


Chapitre 1 L’adolescence au fil du temps


Les origines du mot… et de l’idée


Les grands mythes associés à l’adolescence


 


Chapitre 2 Adolescence, famille, puberté


L’adolescence : définition


Qu’est-ce que la famille ?


Qu’est-ce que la puberté ?


 


Chapitre 3 Communiquer avec un adolescent


Qu’est-ce que la culture adolescente ?


Qu’est-ce que la socialisation de l’adolescence ?


Les besoins capitaux de l’adolescent


Qu’est-ce qu’éduquer ?


 


Partie 2 L’adolescent, dans son corps et dans sa tête


Chapitre 4 Dans la tête de l’adolescent


L’adolescent est une personne comme les autres


Les sentiments positifs


Valeurs et ambitions


 


Chapitre 5 Corps et sexualité


Découvrir son corps et l’habiller à sa manière


Découvrir sa sexualité


 


Chapitre 6 Santé


Les substances et pratiques dangereuses


L’alimentation


Problèmes de santé divers


 


Partie 3 L’adolescent et le monde


Chapitre 7 L’adolescent au quotidien


Les écrans


La culture adolescente


Les loisirs


 


Chapitre 8 L’adolescent en famille


L’adolescent et sa famille


L’adolescent à la maison


Et les parents ?


 


Chapitre 9 L’adolescent en société


L’adolescent à la recherche de lui-même


Au collège


L’adolescent et la cité


 


Adresses utiles


Les organismes et les institutions


 


Bibliographie


Du même auteur (bibliographie sélective)


Autres sources bibliographiques


 


Index

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 17 janvier 2019
Nombre de lectures 1
EAN13 9782212720198
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0424€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Qu’est-ce que l’adolescence ? Que se passe-t-il dans la tête d’un adolescent ? Comment lui parler ? Complet, ce guide de référence accompagne les parents au quotidien en répondant à toutes leurs questions. Ainsi, vous saurez parler de sexualité, de drogue, de médias... Mais vous saurez aussi gérer chagrins d’amour, troubles alimentaires, sorties, etc. Chaque question fait l’objet d’un décryptage et suggère des solutions. Vous trouverez également, en fin d’ouvrage, des adresses utiles pour prolonger votre lecture et, au besoin, engager des démarches.
Un auteur expert Un guide complet Des pistes concrètes


MICHEL FIZE est sociologue, retraité du CNRS, coach parental et écrivain. Il est spécialiste des questions d’adolescence, de jeunesse et de famille. Il est déjà l’auteur d’une trentaine d’ouvrages sur ces sujets.
Michel Fize
J'AIDE MON ADOLESCENT À GRANDIR
Éditions Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05
www.editions-eyrolles.com
Mise en pages : Istria
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Éditions Eyrolles, 2019 ISBN : 978-2-212-57107-3
Ce livre s’adresse aux milliers de parents et d’adolescents qui sont heureux en famille… Ou ne demandent qu’à l’être.
« En ce qui concerne l’observation qui m’a été faite que mon “Livre pour les parents” n’était pas nécessaire, elle n’est pas tout à fait justifiée. Bien que les parents soient des grandes personnes, ils ne savent pas toujours comment s’y prendre avec leurs enfants. C’est une erreur de croire qu’un adulte n’a plus rien à apprendre. »
A. MAKARENKO
SOMMAIRE

Introduction

Partie 1 Qu’est-ce que l’adolescence ?
Chapitre 1 L’adolescence au fil du temps
Les origines du mot… et de l’idée
Les grands mythes associés à l’adolescence
La « crise d’adolescence »
La « dangerosité » de l’adolescent
La violence de l’adolescent
Chapitre 2 Adolescence, famille, puberté
L’adolescence : définition
L’adolescence est-elle un synonyme de « puberté » ?
Une construction sociale favorisée par l’école
Quelles tranches d’âge recouvre l’adolescence ?
Combien y a-t-il d'adolescents ?
Qu’est-ce que la famille ?
La famille avant les années 1950
La famille aujourd’hui
Les dysfonctionnements de la vie familiale « individualisée »
L’avenir de la famille
Que signifie être parent d’adolescent ?
Qu’est-ce que la puberté ?
La puberté est-elle une violence faite à l’individu ?
Y a-t-il des cas où le phénomène est une cause de mal-être ?
Chapitre 3 Communiquer avec un adolescent
Qu’est-ce que la culture adolescente ?
La culture adolescente d’hier
Un mode de vie
Un langage, une mise en scène de soi, des distractions distinctives
Qu’est-ce que la socialisation de l’adolescence ?
La construction de l’identité : des influences multiples
La crise de la transmission
Les conséquences de cette crise
Les besoins capitaux de l’adolescent
Premier besoin : la confiance
Deuxième besoin : le dialogue et la communication
Troisième besoin : la sécurité
Quatrième besoin : l’autonomie
Cinquième besoin : les responsabilités
Sixième besoin : l’affection
Dernier besoin, capital : l’espoir
Qu’est-ce qu’éduquer ?
Avoir une philosophie de bienveillance
Montrer l’exemple
Conseils concrets pour communiquer avec votre adolescent

Partie 2 L’adolescent, dans son corps et dans sa tête
Chapitre 4 Dans la tête de l’adolescent
L’adolescent est une personne comme les autres
L’ennui
L’échec amoureux, l’échec scolaire
L’isolement
Les sentiments positifs
Le bonheur
L’amitié
L’amour
Valeurs et ambitions
Les adolescents ont-ils des valeurs ?
La générosité
Le respect
Des rêves réalistes et ambitieux
Chapitre 5 Corps et sexualité
Découvrir son corps et l’habiller à sa manière
Le corps
La mode, les vêtements
L’hyper-sexualisation
Découvrir sa sexualité
La sexualité de l’adolescent
Homosexualité : comment réagir ?
La pornographie : inévitable
Adolescente enceinte : avorter ou garder le bébé ?
Chapitre 6 Santé
Les substances et pratiques dangereuses
L’alcool
Le tabac
La drogue
Les jeux dangereux
L’alimentation et l’entretien de soi
L’alimentation
L’obésité
Sport et exercices physiques
Problèmes de santé divers
Le handicap
Les pathologies diverses : fatigue, stress, anorexie…
Le suicide

Partie 3 L’adolescent et le monde
Chapitre 7 L’adolescent au quotidien
Les écrans
Internet
Les jeux vidéo
Le portable
La culture adolescente
Le langage adolescent
La lecture
La musique
Les loisirs
Les conduites d’excès
Fêtes et soirées
Les sorties
Les sorties en bande
Vacances et loisirs
Chapitre 8 L’adolescent en famille
L’adolescent et sa famille
Quand l’adolescent a été adopté
Les frères et sœurs
Le deuil
L’adolescent à la maison
L’argent de poche
La chambre
Quand l’adolescent fugue
Et les parents ?
Les adultes
Être mère d’adolescent
Être père d’adolescent
Le mariage forcé
La sanction
La crise parentale
Chapitre 9 L’adolescent en société
L’adolescent à la recherche de lui-même
En quête d’affirmation
La « maturité »
Expérimenter
Les droits
Délinquance et prison
À l’école
Le bien-être à l’école
Au collège
« Populaire »
Les professeurs
Violences scolaires et autres
« Intelligence » ne rime pas forcément avec « bonnes notes »
L’adolescent et la cité
Les conseils d’enfants et de jeunes
Le service civique
Les manifestations publiques
La politique
Adresses utiles
Les organismes et les institutions
Famille
Information jeunesse/droits des jeunes
Jeux dangereux
Maisons des adolescents
Parents d’élèves
Réseaux sociaux
Soins/Santé
Suicide
Bibliographie
Du même auteur (bibliographie sélective)
Autres sources bibliographiques
Index
INTRODUCTION
Si l’adolescent est pour beaucoup d’entre nous l’être le plus familier, il est aussi, paradoxalement, celui que nous connaissons le moins bien. Certes, nous disposons de multiples études sur les « adolescents en difficulté », que ces difficultés soient de nature psychologique ou sociale, mais nous en avons fort peu en revanche sur les « adolescents ordinaires », qui sont pourtant les plus nombreux, ces adolescents « normaux » qui ne fréquentent ni les cabinets médicaux ni les consultations psy.
Par « adolescents », nous entendons, dans cet ouvrage, une tranche assez large, allant de 8 à 18 ans, et non 14 ou 15 ans, comme nous l’indiquons dans nos autres livres (estimant, études à l’appui, que la fin du collège marque aussi la fin de l’adolescence). L’extension à 18 ans tient essentiellement au fait qu’à cet âge les enfants vivent encore chez leurs parents. Les difficultés relationnelles concernant les moins de 15 ans concernent donc aussi les 15-18 ans, c’est-à-dire les lycéens qui relèvent, cependant, non de l’adolescence, mais de la « première jeunesse ». À partir du lycée, en effet, les adolescents n’en veulent plus, de leur adolescence : ils trouvent désormais trop lourds à porter les clichés, la négativité, les vilaines rumeurs de violence ou d’immaturité, qui sont encore souvent associés à cet âge. Après le très fort désir d’adolescence à 8-9 ans, vient donc le temps du déni tout aussi virulent ! Le temps de la jeunesse, autrefois ou encore nommé « post-adolescence » (pour souligner la continuité des âges), est venu ; un temps qui, plus que jamais, avec la prolongation des études et la massification du chômage juvénile, devient interminable.
Trois sous-groupes seront ici définis : les 8-12 ans, que nous nommons « petits adolescents » ou « jeunes adolescents » ; les 13-14 ans, qui sont les « moyens et grands adolescents », et les 15-18 ans, jeunes gens et jeunes filles, comme il vient d’être dit, nommés encore « post-adolescents ».
Chaque fois que cela sera possible et/ou nécessaire, cette distinction des trois âges sera faite dans l’ouvrage.
PARTIE 1
QU’EST-CE QUE L’ADOLESCENCE ?
Nous le verrons, les adolescents sont de plus en plus jeunes. Ce rajeunissement est attribué à la précocité pubertaire. Il est vrai que, dans les pays occidentaux, la puberté survient de plus en plus tôt. Aujourd’hui, l’on estime qu’une puberté « normale » commence à 13 ans chez le garçon, à 11 ans chez la fille, et dure, en moyenne, de deux à trois ans. Ce phénomène de précocité pubertaire, signalé au début des années 1960, faisait alors dire à un observateur : « Si cela continue, dans quelques années, ces filles seront pubères à l’âge des poupées et les garçons à l’âge des billes » (Pierre Gascar, Vertiges du présent, 1962). La réalité est que, probablement, nous avons gagné de deux à trois ans sur le démarrage du mécanisme physiologique, ce qui paraît être dû à la fois à une meilleure alimentation et à de meilleures conditions de vie générales. Une chose est sûre, déjà signalée par Buffon au XVIII e siècle, l’entrée en puberté des filles reste plus rapide que celle des garçons.
Qu’à cela ne tienne, le fait essentiel est, de toute façon, ailleurs. L’adolescence actuelle débute avant l’apparition des caractères sexuels secondaires. Ce n’est pas en effet la puberté qui déclenche le processus d’adolescence, mais l’identification culturelle, qui se réalise par projection et immersion dans l’univers des « grands pairs ». Un univers valorisé par le système médiatico-commercial qui pousse les enfants aux consommations précoces.
D’où, chez les enfants, très vite, cette revendication d’adolescence, qui les fait vouloir s’échapper rapidement du monde étroit et jugé peu glorieux de l’enfance. De plus en plus tôt, par conséquent, l’enfant ne veut plus l’être. Il veut être adolescent. Conséquence : celui ou celle que l’on s’entête encore à qualifier de « gamin » ou de « fillette », à 8 ou 9 ans, ne l’est plus tout à fait.
Nouveau langage, nouveaux codes vestimentaires, nouveaux goûts (sportifs, musicaux, alimentaires…) forment l’armature de ces « petits » ou « jeunes » adolescents (débarrassons-nous au passage du terme « préadolescent » qui n’a aucun sens d’un point de vue scientifique).
Cette idée de rajeunissement de l’adolescence est certes une « pilule » dure à avaler pour les parents. Fini, désormais, le petit chéri obéissant ! Le 8-9 ans veut du respect, qu’on ne le traite plus comme un « bébé ». Il se méfie désormais de ces manifestations trop démonstratives d’affection. Lui, si désireux de sortir de sa « condition d’enfant », trouve à présent ces gestes d’amour terriblement humiliants, « déplacés » même.
Pourquoi cette difficulté, surtout des parents, à admettre ce changement d’âge et à appeler « ado » un sujet de 10 ou 11 ans ?
Dans la représentation commune (qui est aussi celle des « psys »), l’enfant reste défini par sa taille (qui est petite), tandis que l’adolescent, lui, l’est avant tout par son esprit , qui est mauvais, dit-on, à tout le moins imparfait. C’est pourquoi, par réflexe et par habitude, les parents, et les adultes en général, refusent à celui qui est petit par la taille le nom, pour lui prestigieux, d’adolescent. Ce qui est tout à fait curieux comme raisonnement. Il faudrait donc une certaine taille, peut-être 1,50 mètre (ou plus), pour ne plus être un enfant. Chacun voit l’absurdité de cette définition. Tout juste consent-on à qualifier cet « enfant » de « préadolescent » (terme, répétons-le, impropre). Les parents ne sont pas dupes, en effet, ils sentent bien qu’un changement est à l’œuvre chez leur enfant, mais se refusent à aller plus loin dans les appellations d’âge.
La vérité dans cette histoire, répétons-le, est que l’enfant, de plus en plus tôt, n’a qu’un souci : s’évader de son enfance. Il en a assez d’être commandé, surveillé, contraint à dire ou à faire ce qu’il ne veut pas dire ou faire. Il veut maintenant une autonomie conséquente : voir ses amis, les recevoir... Il est prêt pour l’opération de transformation. Le temps est venu pour lui de changer son « look », d’adopter de nouvelles façons de faire et d’être. La transformation pubertaire viendra plus tard.
Ainsi, à la manière du jeune animal qui s’imprègne de sa mère et finit par lui ressembler, le 8-9 ans, que l’on peut appeler au choix « petit adolescent » ou « jeune adolescent », s’imbibe des manières de ses aînés, qui ont 13, 14 ans (voire un peu plus). Il reproduit tout ce qu’il peut de leurs façons de parler : vive le verlan, les « meufs », les « teufs » ; de leurs façons de se vêtir : vive les luxueux vêtements de marque, les Nike, Adidas ; de leurs façons de s’amuser : vive le sport en liberté, les sorties avec les copines ! Alors, évidemment, à force de ressembler à plus grand que lui, le 8-9 ans devient cet autre qu’il envie tant.
Et puis, il grandit ; cet enfant qui, au cours primaire, rêvait d’adolescence, à son entrée au lycée, de cet âge il ne veut plus. Après le désir , le déni . Les « années-collège » referment la parenthèse de l’adolescence. Ayant gagné en maturation, en capacité de résistance, à l’ordre parental et au conformisme générationnel, le lycéen éprouve désormais un nouveau sentiment, le « sentiment de jeunesse ». Il entre dans la « première jeunesse » qui, comme l’adolescence, mais pour d’autres raisons, a mauvaise réputation.
CHAPITRE 1
L’ADOLESCENCE AU FIL DU TEMPS
On dit bien des choses sur l’adolescence, parfois vraies, souvent erronées, à cause des nombreux préjugés qui circulent sur cet âge mal connu. Alors qu’en est-il vraiment ? « Adolescence » : depuis quand ce mot existe-t-il ? Comment cet âge de la vie a-t-il été considéré au fil des siècles ? Quels sont les mythes associés à l’adolescence ?
Les origines du mot… et de l’idée
Le mot « adolescent » est ancien. Il vient du latin adulescens, qui, dans la Rome antique, désigne « celui qui est en train de grandir ». Cicéron, auteur bien connu, évoque (quoique rapidement), dans son De Senectute, le temps de son « adolescence ». Il existe par conséquent des adolescents au pays de César, mais en petit nombre, et principalement des garçons appartenant aux riches familles patriciennes. Ces jeunes gens suivent un enseignement que l’on nommerait aujourd’hui « secondaire ». La plèbe (le peuple), pour sa part, qui n’a pas les moyens d’instruire ses enfants, n’a pas d’adolescents.
Avec la disparition de l’Empire romain, le mot « adolescent » tombe en désuétude. L’Ancien Régime français l’ignore totalement ou presque. La Révolution ne le connaît pas davantage. Jusque dans les années 1850, l’on ne parle ni d’« adolescence » ni d’« adolescents ». On préfère utiliser les termes d’« enfants », de « jeunesse », de « jouvenceau », de « jeunes gens ».
L’adolescence étant, comme à Rome, un privilège scolaire, l’on comprend l’inexistence des adolescents dans les sociétés d’Ancien Régime où le système scolaire est peu développé. En ce temps-là, il faut travailler très vite pour subvenir aux besoins de la famille. Les enfants des milieux populaires partent donc, les uns dans les champs, les autres dans les usines que l’on appelle manufactures ou dans les boutiques de commerce. Il suffit de relire Zola et Germinal pour se rendre compte de la vie des enfants de l’époque. À 7-8 ans, on retrouve donc les « gamins » avec leurs parents dans les fosses à charbon ou à garder les bêtes, dans les pâturages près de la maison.
C’est bien l’institution du collège qui, par les classements d’âges qu’elle opère, crée ce nouvel âge. À chaque niveau scolaire va correspondre désormais un âge défini. Bien sûr, derrière ces classements qui permettent d’assurer la progression des apprentissages, il y a aussi, ne l’oublions pas, un autre et important projet de société : contrôler ces garçons en âge de puberté, c’est-à-dire mieux en contenir toutes les menaces potentielles ou présumées pour l’ordre public.
L’adolescence n’est donc pas un « passage », une transition entre l’enfance et l’âge adulte, mais un « état » social à part entière.
Les grands mythes associés à l’adolescence
Le mythe, faut-il le rappeler, est une histoire que l’on raconte, que l’on croit vraie et que l’on se transmet de génération en génération. Ainsi le mythe définit-il une conduite, qui peut être, dans le domaine de l’adolescence, celle du fatalisme (« Y a rien à faire », « Faut attendre que l’orage passe »), ou de la rigueur (« Ils sont tous violents, faut les mater ! »).
La « crise d’adolescence »
« L’adolescence n’est pas une crise, une révolution dans l’organisme physique et psychique, elle ne transforme pas l’individu. »
Pr Georges Heuyer, Introduction à la psychiatrie infantile
Parmi les mythes les plus puissants liés à l’adolescence, il y a celui de la « crise ». Mythe tenace : il est en effet toujours universellement admis, dans la plupart des disciplines non scientifiques (psychologie clinique, psychanalyse…), que toute adolescence, fût-elle normale, s’accompagne d’une « crise », de plus ou moins grande intensité, crise variable selon les sujets, et donc que tout adolescent n’a d’autre choix, au moment de la puberté, que de « s’opposer » (pour « se poser », dit-on) à son entourage, parents en tête.
Force est de reconnaître que les familles, dans leur majorité, adhèrent à ce point de vue, même celles (ce qui est un étonnant paradoxe), pourtant très nombreuses, au sein desquelles les relations avec « les » enfants adolescents sont paisibles et non conflictuelles. Harmonie (autre paradoxe) qui ne manque pas d’inquiéter les parents de ces adolescents, à qui les disciplines non scientifiques ont encore enseigné qu’une adolescence tranquille est une adolescence en danger, donc dangereuse.
L’on attribue couramment la responsabilité de la prétendue « crise d’adolescence » à la puberté, à ces hormones malveillantes qui, tel un tsunami, viendraient détraquer le cerveau des infortunés adolescents. En réalité, les conflits, quand ils surgissent (ce qui est d’ailleurs beaucoup moins fréquent qu’on ne l’imagine), ne font que traduire un « vice de fonctionnement » de la relation parents-adolescents. C’est comme un moteur qui, soudain, se gripperait. C’est la relation qui est malade, c’est elle qu’il faut traiter, pas les individus : adolescents ou parents. Admettons cependant que ce sont souvent les parents qui, à leur insu parfois, créent la mauvaise relation avec les adolescents. Le philosophe Emmanuel Mounier, dans son Traité du caractère, parlait de « la présence généralement provocante de l’adulte à l’adolescence, à laquelle l’adolescent réagit par une phase d’autisme et d’hostilité ».
L’origine de l’expression
« Crise d’adolescence » : d’où vient cette fable ? Paradoxalement de Jean-Jacques Rousseau qui, en 1762, dans Émile ou de l’éducation, l’expose rapidement – principalement en deux pages du Livre IV où il est question d’« orageuse révolution », de « moment de crise », puis ensuite, à quelques reprises, mais par quelques mots seulement… pour, soit dit en passant, la nier aussitôt dans les 998 pages restantes d’un volumineux ouvrage (en collection de poche).
Le Livre II s’ouvre en effet par cette réflexion : « Le plus dangereux intervalle de la vie humaine est celui de la naissance à l’âge de douze ans. » Ce n’est donc pas l’adolescence qui est visée. L’exemple d’Émile est significatif de cet état de non-crise. Le jeune homme qui, enfant, sous la conduite d’un précepteur, a reçu une éducation « libre », « au grand air » selon les lois de la nature, en explorant les choses, en s’amusant (ce que Rousseau nomme l’éducation « négative »), accède aux environs de sa quinzième année au raisonnement. Il est dès lors, contrairement aux autres adolescents, précisément parce qu’il n’a pas reçu une éducation contraignante et ennuyeuse, un être sérieux et raisonnable.
Mais il ne suffit pas, pour un adolescent, d’avoir bénéficié d’une telle éducation pour être préservé de la « crise d’adolescence », il faut encore que l’éducateur sache, le moment venu, changer de relation avec lui. « Quittez pour jamais votre ancien ton, conseille-t-il à l’éducateur. C’est votre disciple encore, mais ce n’est plus votre élève. C’est votre ami, c’est un homme, traitez-le désormais comme tel » (Livre IV). Rousseau adresse le même conseil à la famille de Sophie : « Sophie, à quinze ans, ne sera point traitée en enfant par ses parents » (Livre V).
L’entérinement de l’expression
Un second texte est important pour l’affirmation de l’état de « crise » à l’adolescence : ce sont les fameuses Souffrances du jeune Werther de Goethe, roman publié quelques années seulement après le livre de Rousseau, en 1774. Werther, on s’en souvient, est un jeune homme sombre, en proie à des tourments intérieurs formidables, éperdument amoureux d’une femme « impossible », qui finira par se suicider, signant ainsi tragiquement son échec et condamnant aussi le monde factice qui l’a conduit à ce geste de désespoir.
La littérature ancienne sur l’adolescence n’est à cet égard pas en reste. Dans la tradition du Werther de Goethe évoqué plus haut, c’est en effet une « littérature de la crise ». L’adolescent littéraire vit, comme le « vrai » adolescent, un formidable moment critique. Les romans d’adolescence sont bien, la plupart du temps, des romans de l’échec.
Un mythe sans fondement
Sans entrer dans le détail, nous rappellerons que cette « crise » que l’on nous présente comme « normale » en raison des importants bouleversements physiques et psychiques qui, nous dit-on, seraient liés à l’afflux soudain d’hormones (censées réveiller instincts agressifs et pulsions sexuelles), et plus encore, comme « nécessaire », ne repose sur aucune donnée sérieuse. Les travaux scientifiques d’Alfred Adler ou de Margaret Mead par exemple décrivent des adolescents globalement « bien portants ». Des adolescents heureux et fiers de grandir, à l’image finalement de l’Émile cher à Rousseau. Pourtant – comment le nier ? –, il y a parfois de l’agitation en famille, du tangage. Comment donc expliquer les tensions avec les proches ?
L’hypothèse est la suivante. Si de telles tensions existent, surtout avec les parents, il faut y voir, non pas l’effet d’un quelconque « déterminisme biologique », mais le résultat d’une situation peu favorable à l’expression et à la responsabilité adolescentes, l’effet d’une distorsion entre les facultés nouvelles des adolescents (ils pensent plus, ils pensent mieux – ils ont en quelque sorte un horizon social plus large ; ils sont aussi sexuellement plus matures qu’auparavant), une distorsion donc entre ces facultés et la possibilité de les mettre en œuvre.
La « dangerosité » de l’adolescent
Au XVIII e et surtout au XIX e siècle, l’attention des médecins se focalise sur le phénomène physiologique de la puberté. Cet événement inquiète. Le pubère, être pleinement sexualisé, apparaît comme un danger. Et d’abord pour lui-même. Médecins, mais aussi pédagogues, mènent de concert le combat qui vise, notamment, à l’élimination des « pratiques solitaires » (la masturbation) – pratiques censées « détraquer » l’équilibre physique et mental des enfants.
Les médecins surtout mettent en garde les familles ainsi que les professeurs des écoles contre ce danger permanent.
Le pubère est aussi un danger pour la société, à cause de ce trop-plein d’énergie qu’il a en lui et qu’il lui faut absolument libérer (la « surcharge énergétique » dont parle Freud). La réputation d’agitateurs, de rebelles, de « bâtisseurs de barricades » colle dès cet instant à la peau des adolescents.
Plus de deux siècles ont passé : les choses ont-elles vraiment changé ? Derrière l’idée d’une période jugée « sensible », « délicate », instable, n’y a-t-il pas, encore et toujours, la peur du sexe ?
La violence de l’adolescent
Tout serait violence chez l’adolescent. D’abord à cause de l’événement pubertaire qu’au fil du temps l’on put qualifier d’« orage », de « tempête » ou de… « violence » tout simplement. Cet événement marquerait l’éveil de pulsions intenses, agressives, donc dangereuses.
D’un point de vue social, dans ses pratiques multiples, il y aurait toujours, de sa part, la recherche de l’extrême, du défi violent, de la prise de risque permanente. Cette vision est à nouveau redevable du XIX e siècle quand médecins et magistrats évoquaient la criminalité effrayante des adolescents. On stigmatisera par exemple ces nouvelles « bandes de jeunes » que l’on nomme les « Apaches », qui font l’objet de chroniques régulières dans la presse. À cette violence de la jeunesse, le pouvoir répond par une non moins grande violence.
Comment expliquer cette violence ? Outre la raison pubertaire évoquée plus haut, outre les difficultés sociales, il y aurait, selon le psychologue américain Stanley Hall, l’idée d’un atavisme primitif, résurgence des sociétés humaines non civilisées. Idée courte, nous en reparlerons.
CHAPITRE 2
ADOLESCENCE, FAMILLE, PUBERTÉ
L’adolescence est un âge de la vie en somme assez mal connu. Nous tenterons donc, dans un premier temps, d’en donner une définition. Nous verrons également que l’adolescent évolue dans une famille bien différente de celle qui existait, par exemple, au XIX e siècle. Nous verrons pour finir comment les adolescents vivent la puberté.
L’adolescence : définition
L’adolescence est-elle un synonyme de « puberté » ?
L’adolescence est encore très fréquemment confondue avec la puberté. Pour le médecin et le psychologue, l’adolescent est ce sujet, cet individu, qui a une certaine constitution physique, un corps possédant des caractéristiques particulières quant à la longueur des membres, aux systèmes musculaire, respiratoire, etc. Ce point de vue, qui met l’accent sur le seul phénomène pubertaire, fait ainsi de l’adolescence un phénomène de toujours. C’est une erreur.
L’adolescence, qui ne se résume pas et ne se réduit surtout pas à la puberté (elle s’en passe même aujourd’hui dans ses commencements), n’a pas toujours existé : ce n’est pas une réalité intemporelle. C’est un « âge nouveau » dans la vie des hommes, le privilège des nations occidentales. Pour dire les choses autrement, l’adolescence n’est pas un état naturel de l’existence, c’est une construction sociale . Point d’adolescents dans l’ancienne France. L’adolescence est bel et bien le produit de conditions et de circonstances sociales déterminées. Précisons le propos.
Une construction sociale favorisée par l’école
C’est de l’extrême fin du XIX e siècle, avec le développement de l’enseignement secondaire, que date la naissance de ce « nouvel âge de la vie ». En « enfermant » ses fils au collège pour à la fois mieux les contrôler et les tenir à distance des responsabilités politiques et économiques, la bourgeoisie invente du même coup l’adolescence. Désormais réunis par âge, par uniforme, ces garçons (qui ne seront rejoints par les filles que beaucoup plus tard) se créent aussitôt des solidarités, se forgent une première « conscience de classe (d’âge) ». Ce qui ne manque pas d’inquiéter cette même bourgeoisie, laquelle s’empresse de confier à la psychologie le soin d’organiser la pédagogie et aux mouvements de jeunesse d’encadrer ces adolescents jugés « turbulents » et « naturellement » tentés par une vie désordonnée ou aventureuse.
C’est dans les années 1960 et 1970, avec la massification scolaire et la généralisation de la mixité, que cette adolescence qui n’était réservée qu’à quelques-uns (les jeunes mâles bourgeois) devient une « adolescence pour tous » : ouvriers et bourgeois, paysans, garçons et filles. L’émergence, à la même époque, puis la propagation d’une culture spécifique à cet âge (d’inspiration américaine) conforte le sentiment d’appartenance à cette « nouvelle classe d’âge ». Le rock and roll, le cinéma américain, celui de James Dean et de Marlon Brando, les yé-yé et les « blousons noirs » en France commencent à rythmer ce nouveau monde.
Résumons ce point. L’adolescence doit son existence au collège, qui institue de rigoureux classements d’âge, correspondant aux niveaux d’étude scolaire. Sans collégiens, pas d’adolescents ! L’adolescence est un privilège , celui des sociétés riches qui peuvent se permettre de donner une instruction prolongée à leurs enfants. Dans certaines parties actuelles du monde, les plus déshéritées, qui sont aussi les plus nombreuses (Afrique subsaharienne, Asie, Amérique latine…), elle n’existe toujours pas.
Le constat est terrible : aujourd’hui, près de la moitié des jeunes de la planète qui ont l’âge de fréquenter le collège n’y vont pas, en raison soit du coût élevé des études, soit de l’éloignement des écoles, soit des corvées ménagères imposées aux filles, soit du fait des grossesses ou des mariages précoces.

Haïti

Dans ce pays, 80 % des garçons et filles âgés de 10 à 19 ans ne fréquentent pas un établissement d’enseignement secondaire. Ils sont dans la vie adulte, travaillent, ont charge de famille. À 18 ans, un tiers des filles sont déjà mariées et, à 20 ans, près de la moitié (48 %). Par ailleurs, 30 % ont leur premier enfant à 20 ans.
Quelles tranches d’âge recouvre l’adolescence ?
Les réponses sont variables. Pour les Américains qui ont forgé le concept de teenagers, l’on est adolescent de 13 à 19 ans. En France, selon les cliniciens, les tranches varient fortement : 10-25 ans (Alain Braconnier, psychiatre), 12-30 ans (Tony Anatrella, psychologue). Selon les définitions de l’ONU, l’on est adolescent de 10 à 19 ans. Pour les institutions européennes, à 15 ans, l’on n’appartient plus à cet âge : on est « jeune », jeune homme ou jeune fille, et on le reste désormais jusqu’à 25 ans au moins.
Nous considérons, quant à nous, que l’on entre aujourd’hui en adolescence beaucoup plus tôt, très tôt : vers 8-9 ans, et que l’on en sort également plus vite : vers 14-15 ans. La période qui suit, de 15 à 18 ans, forme la première partie de la jeunesse. C’est seulement par commodité de langage que nous désignerons, dans cet ouvrage, l’adolescence comme étant la tranche des 8-18 ans.
Combien y a-t-il d'adolescents ?
Le nombre d’adolescents (et/ou de jeunes) varie selon la tranche d’âge retenue. Si l’on adopte la définition de l’ONU, la planète compterait actuellement (en 2009) 1,5 milliard d’individus de 10-19 ans, ce qui représente 18 % de la population mondiale (soit un doublement par rapport à 1950), mais constitue seulement 12 % de la population des pays industrialisés.
Dans leur grande majorité (88 %), les 10-19 ans vivent dans des pays en développement (la moitié en Asie du Sud et de l’Est et dans le Pacifique).
Il y a plus de garçons que de filles dans quasiment tous les pays. Et les 10-19 ans se répartissent pour moitié en ville, pour une autre moitié à la campagne (mais l’on estime qu’en 2050, 70 % d’entre eux vivront en zone urbaine).
La France, selon les données de l’Insee (2006), compte, quant à elle, un peu plus de 11 millions de 0-14 ans et 4 millions de 14-19 ans. À la rentrée de 2006 (derniers chiffres disponibles), environ 5,5 millions étaient scolarisés : 3,2 millions l’étaient dans les collèges et 2,3 millions dans les lycées publics et privés dépendant de l’Éducation nationale.
Qu’est-ce que la famille ?
Les adolescents vivent en famille. Mais de quelle famille parlons-nous ? Peut-on encore parler en 2019 d’« institution familiale » ? Ne faut-il pas plutôt parler aujourd’hui de « système relationnel » ? Ou de réseau ?
Paraphrasant ce que saint Augustin dit à propos du temps dans Les Confessions , il est clair que « quand personne ne me le demande je le sais, mais dès qu’il s’agit de l’expliquer, je ne le sais plus ».
La famille avant les années 1950
Jusqu’à une période récente (approximativement les années 1950), la famille était une institution strictement définie par la loi, très rarement mise en cause par ses membres. Ainsi l’autorité qu’exerçaient le mari sur la femme ou les parents sur les enfants n’était-elle pas réellement contestée (au moins dans sa légitimité).
Aussi longtemps que l’activité rurale a été prédominante, la famille française est restée stable.

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