Amitié, Politique et Confettis - Une campagne électorale municipale
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Description

Histoire, menée tambour battant, de la campagne électorale municipale d'une liste « indépen­dante » des partis politiques. Peinture des caractères, des attitudes et des réactions des protagonistes. Chacun sait que « Un train peut en cacher un autre », mais que dire d'un candidat? D'un groupe de candidats? Vous le saurez bientôt... La véritable aventure de l'engagement de Bérénice vous fera tantôt vibrer avec elle, tantôt frémir. Vous serez touché(e) par les situations rencontrées, parfois même ému(e). Et vous aurez aussi l'oc­casion de rire de certains comportements. Comme l'écrit Roselyne Bachelot dans sa préface: « Vous aurez envie de jouer, de comparer avec des situations connues de votre vraie vie, du milieu dans lequel vous évoluez. Vous verrez, c'est jubilatoire! » Un livre à recommander (et à offrir!) aux candidats des prochaines élections municipales de 2014.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 novembre 2013
Nombre de lectures 1
EAN13 9782312063492
Langue Français

Exrait

Amitié, Politique et Confettis
Anna Guériteau
Amitié, Politique et Confettis
Une campagne électorale municipale
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
Ce livre est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et évènements sont le fruit de l’imagination de l’auteur ou utilisés fictivement. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou mortes, des évènements ou des lieux serait pure coïncidence.


© Les Éditions du Net, 2013
ISBN : 978-2-312-06349-2
Préface
En politique, le meilleur côtoie le pire et la réalité peut largement dépasser la fiction.
Normal, c’est le creuset d’une curieuse (furieuse ?) alchimie, creuset dans lequel se fondent le désir de servir et la volonté de pouvoir, la recherche du bien commun et l’ambition de réussir, l’action pour ses idées et la nécessité de dépasser les oppositions.
Alors, point d’angélisme ; pas de cynisme non plus. Anna Guériteau a choisi de nous livrer des scènes de vie fraîches et réalistes, au cours d’une campagne politique municipale « de base » dans laquelle Bérénice compose avec ses colistiers, les tire, les pousse, prend des coups, s’effondre, repart,… bref offre à notre gourmandise les multiples facettes de la nature humaine.
Je me suis vraiment reconnue dans Bérénice puisque j’ai mené en 1995 une campagne municipale à Angers ; et amusée souvent à retrouver dans les personnages d’Anna tel ou tel collègue ou partenaire rencontré lors de cette aventure.
En fait, c’est comme la télé-réalité : on aime parce qu’on se reconnaît (peut-être)… et qu’on reconnaît ses voisins et collègues (ça, c’est sûr !).
Mais attention, une lecture peut en cacher une autre : vous lirez d’abord un scénario qui se veut factuel, détaché, même si vous pousserez par ci par là des : « ah non, là, elle exagère, … quoique… » ou des « mais ils se voient eux-mêmes, les gens ? ». Et puis progressivement, vous aurez envie de jouer, de comparer avec des situations connues de votre vraie vie, du milieu dans lequel vous évoluez. Vous verrez, c’est jubilatoire !
J’ai aimé ce premier travail d’Anna Guériteau. Il tombe à pic avant de prochaines échéances électorales locales. J’aime aussi ses personnages, les mauvais comme les bons, puisque tous ils sont un peu de nous-mêmes.
Pourvu qu’il y ait encore beaucoup de Bérénice dans nos 36 000 communes !


Roselyne Bachelot
Vardelles
Le théâtre des évènements qui vont se dérouler est Vardelles, une petite commune de la banlieue ouest de Plamis, une très grande ville. Vardelles est une commune favorisée, ses habitants le sont aussi. Ils bénéficient d’un environnement très agréable et de très nombreuses « commodités ». La vie est donc globalement facile, même s’il y a aussi de grandes disparités de situation, comme partout.
L’impression générale ressentie en parcourant la ville est un habitat bourgeois, avec de nombreuses maisons. Les habitants profitent des forêts qui la bordent : on y rencontre promeneurs et sportifs. Et parfois même des promeneurs sportifs : vous savez le jogger et son chien qui « courent ensemble », l’un traînant l’autre – qui est l’un, qui est l’autre ?
Cela faisait des dizaines d’années que le même Maire était réélu. Les rouages étaient bien huilés, si bien même qu’on avait l’impression parfois que tout était décidé d’avance. Que rien ne pouvait changer.
On pourrait résumer la situation que certains ressentaient par un : « dormez braves gens, je m’occupe de tout ». Et certains Vardellois s’y laissaient prendre. Beaucoup d’inertie et de lourdeurs. Par exemple, il était très fréquent qu’un projet mette plus de dix ans pour aboutir, alors que la commune en était seule maîtresse.
À cela s’ajoutait également un mélange des genres qui ne paraissait pas très sain : des responsabilités dans des sphères d’influence différentes étaient exercées par des personnes très proches.
S’il y avait bien un pouvoir local à Vardelles, il n’y avait pas vraiment de contre-pouvoir et l’information disponible était souvent partiale, tronquée ou parfois même fausse. .
Gilbert
Gilbert est un homme très affable. Il aime parler avec les gens. Comme sa carrière professionnelle est terminée, il a du temps disponible. Appréciant le contact et aimant à se rendre utile, Gilbert s’est engagé bénévolement dans différentes associations ou structures.
Ses principes moraux lui ont fait refuser des situations qu’il considérait comme inacceptables.
Ses comportements parfois un peu désuets font aussi partie de son charme !
Il est marié à Juliette.
Bérénice
Pour Bérénice, le bon fonctionnement est un véritable objectif, en toutes circonstances, en toutes occasions. C’est un trait de caractère chez elle : elle a toujours trouvé regrettable de ne pas atteindre le meilleur lorsque c’est possible. Que ce soit un objet, un système, ou quoi que ce soit d’autre, il lui paraît important d’avoir au complet le service auquel on peut prétendre. Et elle s’y emploie : la porte qui ferme mal, elle s’en occupe. L’organisation déficiente d’un service, elle le signale. Mais aussi, la grande capacité d’un employé, elle le souligne vigoureusement par un courrier flatteur. Cela lui vaudra de vivre une scène qu’elle n’oubliera pas !
L’employé de la compagnie des eaux avait été envoyé pour modifier l’arrivée d’eau et l’emplacement du compteur. Les services administratifs avaient omis de préciser qu’un percement était nécessaire dans un mur de meulière de 40 cm d’épaisseur. Il n’avait pas de matériel adapté à cette épreuve. Et c’est à la main, au burin que le travail avait été fait. Bérénice avait été assez écœurée du manque d’organisation et du manque de considération des administratifs pour les hommes de terrain ; mais aussi admirative de l’engagement de l’employé qu’elle avait vu à l’œuvre. Elle avait donc écrit un courrier en ce sens, ajoutant même que s’il y avait des promotions à distribuer, cet employé là en méritait une.
La lettre était partie et elle n’avait eu aucun retour. Mais quelques mois plus tard, alors qu’elle circulait en voiture, un homme lui avait fait signe de s’arrêter. Il désirait la remercier. C’était l’employé qui avait si courageusement exécuté le travail et qui avait eu connaissance de son courrier. Il était très fier d’avoir été appelé par son supérieur qui lui avait fait part des chaleureuses félicitations d’une cliente.
Donc, en règle générale, à chaque fois que Bérénice pense pouvoir apporter un plus, elle le fait. Elle ne le fait pas pour elle-même, elle le fait pour l’amélioration éventuelle qui peut en découler.
Bérénice a toujours participé bénévolement à toutes sortes d’associations, ainsi qu’à toutes sortes de structures ou actions : conseil syndical, représentants de collègues, délégués de parents d’élèves. Elle a toujours été une aide et un soutien actif pour ses proches. L’injustice la révolte.
Passionnée, elle va au bout de ce qu’elle entreprend.
Bérénice est mariée à Valentin .
Les origines
Ils avaient reçu un tract dans la boîte aux lettres et en étaient ravis. Cela leur faisait vraiment plaisir car ils se demandaient bien pour quelle liste ils voteraient lors des élections municipales qui se tiendraient dans 3 mois !
Il faut dire qu’à Vardelles, il n’y a le choix qu’entre la droite (toutes les droites réunies, y compris l’extrême droite) et la gauche. La droite est au pouvoir depuis 30 ans. Tout est verrouillé, infiltré, noyauté, les choses sont écrites d’avance et on a parfois du mal à respirer. La ville est comme anesthésiée, peu dynamique, assez repliée sur son bien-être.
La gauche, elle, ne croit pas qu’elle peut prendre les rênes en main et n’essaye même pas. Elle est présente pour avoir des bulletins de vote à son nom. Et cela semble lui suffire même si certains se lancent dans de grandes envolées oratoires politiciennes et semblent confondre la gestion locale et la gestion nationale.

La bonne nouvelle, c’est qu’il semblerait qu’une autre liste va se constituer, indépendante des partis politiques.
Ils en sont tellement satisfaits que Bérénice prend le téléphone et appelle l’un des signataires du tract et candidat de la future liste indépendante pour le féliciter et lui dire leur soutien.

Plus tard dans l’après-midi :
« Tu penses seulement voter pour eux (comme moi) ou faire plus et participer à cette liste ? demande Valentin.
– Oh non ! Je me souviens bien du temps de « Vardelles futur » et je t’assure que je n’ai aucune envie de m’impliquer de nouveau dans cette aventure. Mais je souhaite les soutenir. Ce serait bien de faire évoluer la gestion de Vardelles vers plus de transparence. »
Il faut dire que quelques années auparavant, Bérénice avait, un peu par hasard, participé à une équipée similaire. Ce qu’elle en avait retenu c’est que la communication est essentielle aussi bien pendant la campagne que par la suite. Et que cela demande beaucoup de travail, beaucoup d’engagement. Une liste hors parti politique se retrouve en dehors des circuits bien huilés des pouvoirs et est souvent perçue comme gênante. Pour avoir des informations, il faut les trouver par soi-même et cela demande beaucoup de temps et d’investissement. C’est une évidence, mais c’est encore plus clair lorsqu’on l’a déjà vécu.
Et donc les voilà tranquilles sur l’avenir de l’exercice de leur droit de vote.
Sauf que quelques semaines plus tard, Bérénice reçoit un appel téléphonique de Miranda qui est chargée de finaliser cette liste :
« Tu sais, avec la parité, il nous faut autant d’hommes que de femmes. Il nous manque une femme. Acceptes-tu de compléter la liste ?
– Mais je ne voulais pas repartir cette fois-ci et ça m’embête un peu. Tu as bien encore quelqu’un d’autre en vue ? »
Et de fil en aiguille, elle se retrouve sur cette nouvelle liste, après s’être promis de ne pas s’y engager.
Les sept premières années
Le résultat des élections fut tout à fait convenable, compte tenu des différentes composantes et de la situation locale. Trois élus, pour une campagne un peu impromptue, ce n’était pas si mal !
Pour le lecteur, quelques précisions schématiques :
Lors de cette élection, la répartition des sièges au Conseil municipal obéissait à la règle. La liste qui avait remporté le scrutin se voyait attribuer la première moitié des sièges. Puis, l’autre moitié était répartie entre toutes listes, au prorata des voix obtenues. C’était donc un peu de proportionnelle, tout en conservant une très large majorité à la liste gagnante.
Et ce fut une véritable aventure. Exaltante et parfois amusante. Révélatrice de la nature humaine, aussi.
Être élue au Conseil municipal se révéla très intéressant, et être élue minoritaire fut passionnant.
Il fallut tout d’abord construire l’association. « Tout Pour Vardelles »
Nouvelle précision pour le lecteur :
Créer une « association loi 1901 » est très simple. Il suffit de déposer en préfecture, au service en charge de ce sujet, les « statuts » et la composition du « bureau ».
L’ensemble des « statuts » est une sorte de règlement intérieur qui fixe les objectifs poursuivis et le mode de fonctionnement de l’association. De nombreux modèles sont disponibles sur la toile, et toute association doit le communiquer à ses adhérents s’ils en font la demande. De plus, une fois les statuts déposés, ils seront publiés au Journal Officiel.
Le bureau se compose au minimum de 2 personnes car les charges de Président et de Trésorier doivent être tenues par des personnes différentes. Mais il peut également être plus fourni avec, par exemple, les fonctions de « Secrétaire », « Vice-Président », « Trésorier adjoint ».
Les statuts furent rédigés et déposés en préfecture sans difficulté. Le groupe se structura, des responsabilités furent attribuées. Très naturellement Gilbert fut le Président. Bérénice était Vice-Présidente. Il fallait être utile au groupe et le groupe voulait être utile aux habitants de la commune. Car ce qui les fédérait c’était un très fort désir de transparence dans la gestion locale.
Il y avait un vrai plaisir à construire une action au service des autres, d’une idée, d’un idéal. De leur idéal commun. Il était très agréable et stimulant de travailler tous dans le même sens, chacun avec ses capacités. Il est vrai que tous ne disposaient pas de la même quantité de temps disponible, naturellement disponible, ou rendu disponible. La motivation des plus enthousiastes leur permettait de montrer leur détermination. Certains, par leur profession ou par leurs relations, en savaient plus long sur la manière de trouver les bons renseignements. D ’ autres savaient parler avec tout un chacun, s’intéressaient à autrui, réellement, et recueillaient ainsi certaines informations.
De toutes ces différences, de toutes ces capacités, il ressortait un élan, une efficacité et un sens du service aux autres qui avaient rapidement été perçus par les habitants de la commune.
Gilbert et Bérénice formaient un tandem efficace.
Ils se sont découverts mutuellement lors de ces quelques années de travail. Au départ, et comme d’habitude, Bérénice est restée en retrait dans l’expression de ses opinions, de ses ressentis. Exprimant peu, elle n’en pense pas moins, mais évite de se livrer. Elle ne fait pas facilement confiance, et c’est un euphémisme que de le dire ainsi !
Petit à petit, et au fur et à mesure des circonstances, une confiance mutuelle s’est installée. Gilbert a pu constater que Bérénice a des idées et qu’elle est tenace.
Gilbert, lui aussi, a des idées et de l’énergie au service du groupe. Il a une grande capacité à aller vers les autres, à s’intéresser à eux. Il aime le contact. Grâce à lui, Bérénice apprendra beaucoup sur les relations humaines. Ils vont constater avec satisfaction qu’ils forment une bonne équipe. Leurs goûts et leurs capacités se complètent parfaitement.
Bien sûr, des désaccords surviendront. Ils seront toujours sur des sujets mineurs, et les échanges qu’ils occasionneront seront bénéfiques. C’est ce que pense Bérénice : les arguments que l’on échange, que l’on doit formuler, permettent de peaufiner, de clarifier une position, obligent à aller au bout du raisonnement.
Et cela aussi est important : l’échange et la confrontation.
Gilbert a confiance en Bérénice et c’est réciproque.
Il y a bien parfois de petites remarques agaçantes de la part de Gilbert sur des femmes politiques. Bérénice trouve déplacé d’exiger encore plus parce que c’est une femme. Pourquoi vouloir une perfection que l’on ne trouve vraiment pas chez les hommes politiques ? Comme si les femmes se devaient d’être des surhommes ! Bérénice chasse de son esprit ces remarques, élude ce qu’elles pourraient bien signifier.
Elle se donne à fond pour le groupe, cherchant le meilleur de chacun de ses membres, pour que la machine avance, pour que tout progresse.
Une vraie complicité lie le tandem Gilbert/Bérénice et ils travaillent ensemble avec plaisir et surtout, avec efficacité.
À eux deux ils ont pu explorer les méandres du pouvoir local. Les différentes administrations auxquelles ils se sont adressés les ont toujours bien reçus, et c’est petit à petit qu’ils ont pu analyser, comprendre, découvrir les champs d’action, les limites de pouvoir des uns ou des autres ou certains abus.
Ils ont également découvert leurs capacités à fédérer un groupe, à le rendre dynamique, à le faire rayonner dans la ville. C’est ainsi que l’association s’est développée, non seulement en nombre d’adhérents, mais aussi, et c’est là un point capital, en terme de rayonnement. On sait que l’on peut compter sur cette association, on sait que Gilbert et Bérénice sont fiables, efficaces et s’impliquent au service des autres.
Il avait aussi fallu mettre en place la communication. Il était aussitôt apparu qu’elle était largement subordonnée aux moyens financiers.
Les ressources dont le groupe disposait se composaient bien sûr des cotisations des membres de l’association. Mais c’était insuffisant. Une idée s’était imposée : vendre. Vendre des vêtements dans des braderies, vendre des objets dans des vide-greniers, vendre sur Internet. Les adhérents ne manquaient pas de matière première pour cet objectif. Les dons étaient conséquents, il fallait les trier et les stocker. C’était chez Valentin et Bérénice que se concentrait tout cela. Et l’organisation du stand lors des vide-greniers était naturellement dévolue à Bérénice ! Ceux qui ont déjà participé à ce genre de manifestation savent qu’il est très important d’avoir une organisation rigoureuse et sans faille. Lors de l’installation du stand et du déballage de la marchandise, il faut être très vigilant : il y a de nombreux acheteurs potentiels, de nombreux professionnels à l’affût de la bonne affaire. Il fallait établir les prix, étiqueter les objets un à un. La veille au soir, quatre ou cinq voitures étaient chargées au maximum et, dès 6 h 30, on se retrouvait à une bonne douzaine autour des véhicules. Il fallait vendre, vendre. L’ambiance était sympathique, la journée était longue et fatigante, mais le groupe travaillait ensemble. Certains avaient de réelles capacités de commerçants. Gilbert, lui, avait tendance à tout donner, à faire cadeau.
On comptait bien sur une organisation efficace : roulement par équipe de 3 ou 4 personnes pour tenir le stand, tout au long de la journée. Approvisionnement sur place pour boire et manger : certains offraient des croissants vers 10 h le matin. À cette heure-là, la moitié du chiffre d’affaire était déjà atteinte. Il fallait avoir de la monnaie en quantité convenable, il fallait vider la caisse régulièrement pour mettre en sécurité son contenu. Et le soir, de nouveau, il fallait être nombreux pour remballer le reste d’objets, les parasols et présentoirs. Le travail intense de la journée fédérait aussi le groupe. On se parlait, on se découvrait mutuellement.
Pour vendre les vêtements, il fallait les collecter bien sûr, mais aussi les trier. Vérifier leur état, recoudre un bouton par exemple ou relaver. Et, bien sûr, tout repasser ! Il fallait se rendre ensuite dans les différents lieux de ces braderies, à plusieurs pour augmenter le nombre d’articles proposés à la vente, attendre son tour, passer avec succès le contrôle de bon état, et espérer qu’un acquéreur trouverait le vêtement à son goût. Bérénice était, là encore, le pilier de ces ventes.
Elle avait aussi utilisé la vente sur internet, avec un prix de départ à 1€ quel que soit l’objet. Un peu de stress et un certain suspens assuré !
Mais tous ces efforts, tout ce temps passé, portaient leurs fruits. Il y avait de l’argent dans les caisses et il était possible de faire des publications.
Le groupe « T OUT P OUR V ARDELLES » avait une notoriété certaine, on connaissait bien son existence. Les informations qui étaient données, publiées par le groupe, étaient solides. On savait qu’elles avaient été rigoureusement vérifiées. On pouvait les considérer comme fiables. Elles étaient attendues, on les trouvait tous les six mois, dans toutes les boîtes aux lettres de la ville. Et c’étaient de vraies informations locales qui intéressaient véritablement la population, pas seulement des idées générales qui peuvent être développées dans n’importe quelle commune. Leur « L ETTRE », petit livret de format A5, imprimé en bleu, comportait de 12 à 16 pages. Il était facile et agréable à lire. Il intéressait beaucoup par le nouvel éclairage qu’il apportait à la vie locale, par la qualité d’une information très fouillée ainsi que par son humour. L’organisation de la distribution de cette « L ETTRE » avait été mise sur pied par la dynamique Gervaise. Très astucieusement, elle s’était inspirée des tournées des facteurs de la commune. Elle avait également développé une excellente stratégie pour parvenir à toutes les boîtes aux lettres des immeubles, même ceux avec code d’accès !
Au début il y avait un responsable qui centralisait les écrits et les mettait en forme. Petit à petit il s’était donné un droit de regard personnel sur les contenus et c’est avec de plus en plus de difficulté qu’il se pliait à l’opinion majoritaire. Jusqu’au jour, où il refusa tout net de continuer à assumer cette responsabilité.
Ce fut Bérénice qui se proposa pour prendre la suite. Elle apprit donc à se servir un peu mieux de son ordinateur, elle rechercha des conseils et des aides. Petit à petit, elle sut intégrer des schémas, dessins ou photos aux textes. Elle devint aussi compétente en contraction de texte, avec l’aide de Colin. Il leur fallait souvent faire tenir en peu de place beaucoup d’articles. Elle se découvrit des capacités de rédaction, un vrai plaisir à rédiger. Choisir le bon mot, utiliser une formulation adaptée, elle trouvait cela vraiment intéressant et productif. Elle apprenait avec plaisir.
Il fut aussi décidé, puisqu’on en avait les moyens financiers, de créer un site. Et c’est alors Colin qui mit ses compétences au service du groupe. Mais il avait bien précisé dès le départ qu’un site doit être vivant. Rien de pire qu’un site sur lequel il ne se passe pas grand-chose. Il était convenu qu’il faudrait mettre des articles de façon rapprochée, tous les 15 jours au minimum. C’était un peu impressionnant, vu de loin, mais dans la réalité cela se fit sans difficulté. Ce fut surtout Bérénice qui s’en occupa, car Colin n’avait pas trop de temps à y consacrer, Gilbert ne se sentait pas de taille à apprendre comment faire et c’était assez pratique pour tout le monde de laisser le soin à Bérénice de terminer le travail collectif en effectuant la mise en ligne.
Petit à petit, le groupe avait gagné en consistance, en organisation, en notoriété. Les informations arrivaient facilement. Parfois les situations découvertes étaient bien surprenantes ! Plus le groupe travaillait, plus il s’intéressait à son action et l’impression générale était d’utilité pour la collectivité.
Le dynamisme de « T OUT P OUR V ARDELLES », l’entente et les compétences de ses membres étaient évidents. Certains vardellois avaient vraiment envie de les voir diriger la commune, avaient envie de voter pour eux. Dès à présent les informations, les conseils et les services du groupe étaient utilisés.
En quelques années, le groupe « T OUT P OUR V ARDELLES » était ainsi monté en puissance. L’équipe avait acquis une véritable existence dans la vie locale. Au fur et à mesure des mois qui passaient, il semblait qu’il leur était possible de prendre la mairie lors des prochaines échéances électorales. De réelles chances de succès, à condition de s’organiser en conséquence.
Il leur fallait déterminer :
Quelle tête de liste ?
Quels colistiers ? Quelles capacités ?
Grâce aux multiples relations qui avaient été nouées, ce fut sans difficulté qu’une liste de candidats fut montée.
La tête de liste était plus délicate à choisir car c’est cette personne qui serait la « vitrine » de toute la liste.
Gilbert ne voulait pas assumer cette tâche, car il se trouvait trop âgé pour cela.
Bérénice non plus. Elle n’avait pas détaillé ses raisons, on ne les lui avait pas demandées non plus. En réalité, elle n’était pas sûre d’avoir les capacités nécessaires, bien que Valentin l’ait assurée du contraire. C’était assez diffus dans son esprit. Elle n’était peut-être pas très sûre d’être à sa place dans ce rôle, dans cette équipe…
Quelques douze mois avant l’échéance, Gilbert avait pensé à Maurice, dont on lui avait parlé. Il était convaincu que c’était un bon choix de tête de liste car Maurice avait déjà été élu conseiller municipal plus de dix ans auparavant. Bérénice le connaissait de longue date, bien qu’ils se soient perdus de vue. Elle avait donc été mandatée en quelque sorte pour renouer le contact avec lui, l’intégrer à l’équipe, puis le convaincre. Maurice était un retraité de fraîche date, il avait du temps et, parfois, il paraissait se morfondre. Ce qu’on lui proposait semblait arriver à point nommé.
Il avait côtoyé les membres de l’équipe, puis, après s’être fait un peu prié, il avait accepté d’être tête de liste.
Et la liste était fin prête ! C’était, cette fois ci une aventure bien plus intimidante, car il était possible de gagner, de remporter la mairie. C’était aussi exaltant. Une grande effervescence habitait toute l’équipe dont l’entrain ne se démentait pas.
Et Valentin avait proposé ses services pour être mandataire financier et représentant de la liste pour toutes les opérations administratives. Son offre avait été acceptée avec reconnaissance car, avec lui, on était sûr d’un travail bien fait.

Décembre de l’an 7
Gilbert et Bérénice ont étudié méthodiquement et avec soin chaque candidat : ses capacités, sa disponibilité, ses points forts, ses points faibles.
Il faut concevoir l’équipe de tête car ce sont les premiers de la liste qui assumeront l’essentiel de la gestion communale. C’est à eux que seront attribués les rôles d’adjoints au Maire et/ou des responsabilités importantes. Les derniers arrivés dans le groupe de « T OUT P OUR V ARDELLES » semblent les plus désireux de compter parmi ceux-là.
Les ultimes ajustements sont réalisés en concertation et la liste semble prête.
Et donc le début de la liste se compose de :
Maurice, Bérénice, Gilbert, Félicie, Pablo, Morgane, Paul, Mylène, Johnny, Aurélia, Marc, Charlotte…
Maurice, qui a eu une carrière professionnelle de très haut niveau, saura diriger une équipe. Il sera capable d’avoir une vision globale de la commune et aura également à cœur d’être à l’écoute, au service des habitants.
Bérénice, dont l’engagement est bien perçu des habitants, connaît la commune depuis des dizaines d’années. Elle sera la première adjointe. Elle a demandé à être responsable des travaux et de l’urbanisme.
Gilbert a la même réputation que Bérénice auprès de la population. Il figure dans la tête de liste afin de bien marquer la continuité avec les élus de « T OUT P OUR V ARDELLES » de la mandature précédente.
Félicie est une habitante de Vardelles de fraîche date. Elle a une fibre écologique forte et met ses convictions en pratique : elle se déplace à pied ou en transports en commun. Elle a étudié ce qui se fait ailleurs et bouillonne d’idées pour la commune.
Pablo est lui aussi récemment arrivé à Vardelles, pour des motifs de facilités de transports publics. Il est très engagé dans le développement durable. De plus, il présente très bien, ce qui est toujours un plus lorsqu’on est en contact avec le public.
Morgane est toujours charmante. Ses fonctions ne sont pas encore très bien définies, mais on compte sur elle.
Paul sera en charge du sport car il y exerce des responsabilités depuis des années. Il y a des compétences certaines.
Mylène sera chargée des questions scolaires et est un peu impressionnée par l’engagement qu’elle vient de prendre. Mais elle a toutes les qualités pour cela.
Johnny est un commerçant qui a brillamment réussi. Il sait parler de façon convaincante. Il a des idées afin de dynamiser le commerce de proximité qui semble maltraité depuis des années par les responsables locaux. Il est très sûr de lui et semble vraiment compétent en ce domaine.
Aurélia, que Gilbert a convaincue de rejoindre la liste, sera responsable de la petite enfance et du social. Elle est très engagée, à la fois compétente et modeste. Très chaleureuse dans ses contacts, elle rayonne d’enthousiasme et de charme ! Sa sincérité est évidente, c’est vraiment une recrue de choix.
Marc a son franc parler et beaucoup d’humour. Il est très peu disponible pour les réunions elles-mêmes, mais communique beaucoup, donne des idées. Il sera moins chargé professionnellement dans quelques mois.
Charlotte a des engagements forts dans une très importante association humanitaire nationale. Elle y œuvre de façon discrète mais très soutenue.
Il faut maintenant monter la campagne électorale.
Bien sûr, il n’est pas utile de réunir tout le monde, tout le temps. Il faut être efficace. C’est l’équipe de tête qui tire le groupe, qui doit impulser le mouvement, donner la dynamique.
La première réunion se fait chez Valentin et Bérénice. En s’asseyant un peu lourdement Gilbert fait craquer une chaise dont le dossier se brise. C’est une petite chaise de style art déco trouvée sur le trottoir et retapée par Bérénice. Elle y tient et si elle avait été superstitieuse, elle aurait trouvé de mauvais présage que sa chaise soit hors d’usage au premier contact avec la liste ! Mais ce n’est pas le cas, heureusement, et cette réunion est abordée avec entrain et dynamisme.
Chacun se présente aux autres car si les liens sont très forts et anciens entre certains, ce n’est pas le cas des nouveaux arrivants.
Il apparaît de façon évidente qu’il y a des egos « forts », sur-dimensionnés, et des complexés : mais il faut de tout pour faire un monde. Certains sont un peu effacés, ou prudents.
Au cours des échanges, il se révèle aussi que chacun est un peu en observation des autres.
Gilbert et Bérénice mènent la réunion.
Il apparaît immédiatement que :
– Maurice est assez inerte. C’est curieux, mais peut-être faut-il lui laisser le temps de voir, de se faire au groupe. Il ne se comporte pas du tout comme un leader, comme une tête de liste. Ce pourrait être bien ennuyeux si cela devait durer.
– Félicie se montre très sûre de ses capacités, qu’elle estime très au-dessus de celles des autres. Il faudra voir si cela correspond à la réalité. Il semblerait tout de même un peu que Félicie est puérilement installée dans la frime, jusqu’au cou !
– Morgane est très souriante et semble d’accord, oui !!!, elle est d’accord !!! Oui !!! Elle suivra…
– Johnny parle beaucoup, beaucoup.
– Pablo semble très réservé, presque sur la défensive.
Édouard prend des notes pour le compte rendu qu’il fera.
Bérénice et Valentin proposent verres et bouteilles de jus de fruits.
Après le départ des colistiers, les deux compères, Gilbert et Bérénice se retrouvent pour parler.
– Je suis un peu déçu de l’attitude de Maurice, dit Gilbert. Il n’a pas dit grand-chose ; il faudrait qu’il se réveille et qu’il mène la liste, tout de même !
– Je suis d’accord, mais peut-être a-t-il besoin de mieux nous connaître les uns et les autres ? Il faut lui laisser le temps, un petit peu seulement. Tu sais, il est quand même un peu parachuté !
– Mais il a déjà été conseiller municipal, il sait de quoi il retourne !
– Écoute, on va voir à la prochaine réunion.
Bérénice espère bien que Maurice va s’y montrer plus entreprenant. Il a forcément des capacités !
La deuxième réunion voit les participants arriver de façon plus naturelle. Félicie est encore une fois en retard, et pas gênée de l’être. Elle commence à se révéler.
Cette fois-ci Maurice va parler ! Il expose de façon un peu solennelle les « titres » qu’il a prévus pour les différents adjoints au Maire. C’est une habitude, chaque Maire a sa logique pour regrouper les différents pôles de responsabilités et aussi ses propres termes pour les exprimer. C’est aussi une façon de marquer son empreinte, de se démarquer de son prédécesseur.
Bérénice qui est très attachée au sens des propos bien plus qu’à la forme, n’est pas du tout impressionnée par ce qu’elle considère comme de l’habillage. Il y a plus important à faire, plus consistant. L’habillage, pour elle, ce sera pour après, une fois que le cœur de l’action sera bien construit.
Maurice a également fait des schémas à l’ordinateur.
Gilbert qui ne sait pas en faire autant en est émerveillé, le terme n’est pas trop fort.
C’est ridicule, pense Bérénice, les petits schémas, ce n’est pas le plus important !
Il faudrait que le groupe en soit un, et surtout qu’il AVANCE.
Pour le moment, il ne se passe pas grand-chose, rien ne se construit, il n’y a pas d’action.
Il serait aussi normal que la tête de liste, Maurice donc, assume le rôle de directeur de campagne. C’est un gros travail mais il faut bien que quelqu’un le fasse. Il n’en souffle mot.
Bérénice, qui espérait tant voir Maurice sous un meilleur jour, est vraiment déçue. Elle se pose la question : et si Maurice était un paresseux, un type qui se croit très supérieur, le genre qui considère qu’ON doit le servir ?
Et de réunion en réunion, il ressort que l’attelage est un peu curieux. Pourtant il faut continuer et surtout avancer.
Gilbert commence à dire que Maurice est une erreur, qu’il n’est pas du tout l’homme de la situation. Bérénice lui répond qu’elle est plutôt d’accord mais que ce n’est absolument plus le moment de tenir de tels propos. Le scrutin est dans deux mois et demi. Maurice est tête de liste parce que Gilbert et Bérénice sont allés le chercher et que les autres n’ont pas trouvé mieux. Il faut faire avec, on ne peut plus en changer, il va falloir pallier à tous ses manques. Et les manques de Maurice sont si nombreux qu’en établir la liste serait interminable !
Un mail du 31 décembre de Maurice contient même cet « objectif » pour le groupe :
« TPV=d2 ou TPV=V3 ou TPV=d2+16kV3 »
Comprenne qui pourra !
À force de passer presque tout son temps assis devant son ordinateur et à naviguer sur internet, Maurice est un peu déconnecté de la réalité, de la vraie vie.
On a bien remarqué sa difficulté à aller vers les autres, à se mettre à la place des autres, à communiquer.
Janvier de l’an 8
Un point très important et très déroutant est que Bérénice se retrouve à devoir assumer le rôle de directeur de campagne. Sans l’avoir vraiment voulu et surtout, sans avoir été mandatée pour cela par le groupe. Rien n’a été dit sur ce sujet pourtant si capital. Elle est très active, elle ne rechigne pas à la tâche ; elle le fait pour que les choses se construisent, comme toujours. Les anciens du groupe en ont l’habitude, ils ne l’ont jamais vue revendiquer quoi que ce soit ; on a régulièrement pu compter sur elle pour travailler dans l’ombre.
Elle a bien conscience de l’ambiguïté de la situation : si les évènements se déroulent à la satisfaction de tous, ce succès sera l’œuvre du groupe. Dans le cas contraire, et c’est le plus probable, elle sera assaillie de reproches. Elle sait qu’elle est en première ligne pour recevoir des coups, mais elle n’a pas le choix : personne d’autre ne se propose pour pallier à l’incroyable inertie de Maurice.
Le plus exaspérant est qu’il prend de haut tous ceux qui l’entourent et qui, eux, travaillent pour le groupe.
Un jour, il lui dira « tu sais, je ne suis pas un « finisseur » ». Et Bérénice pensera en elle-même, « mais pas non plus un « commenceur »
Il y a quelques tensions. Mi-janvier, Bérénice, excédée par son inertie et sa morgue, a une courte mais violente altercation avec Maurice, à propos de son manque d’implication dans le travail qui doit être effectué. Il faut toujours demander à Maurice car il ne fait rien spontanément. Et encore, lorsqu’on ose le solliciter pour une tâche il faut tout lui détailler. C’est exaspérant, cela prend du temps et de l’énergie. De plus il a toujours l’air de regarder les autres du haut de son piédestal, il semble se considérer comme un être tellement supérieur. Bérénice pense avec compassion aux secrétaires, aux « petits » collaborateurs qu’il a sans aucun doute côtoyés pendant sa vie professionnelle. Que de dégâts a-t-il dû faire !
Inquiète pour le groupe, pour la liste, Bérénice téléphone à Sylvain qui connaît Maurice. Ils ont été les deux élus de la liste « V ARDELLES FUTUR » qui avait été montée il y a quelques années. Sylvain a déménagé depuis et c’est pourquoi, de façon assez naturelle, ce n’est pas son nom, mais celui de Maurice qui avait été évoqué puis retenu comme tête de liste pour « T OUT P OUR V ARDELLES ». Cela avait fait très plaisir à Sylvain de voir qu’un prolongement au travail effectué à l’époque, à son propre engagement, serait mené par son ancien colistier.
Sylvain écoute le bref résumé de la situation que lui fait Bérénice et lui exprime sa consternation. Son conseil est de continuer car il est maintenant impossible de changer de tête de liste. Il est peu probable que la liste passe majoritaire à l’élection municipale. Mais il y aura probablement au moins trois élus. Trois conseillers municipaux, dont Maurice. Mais, ajoute-t-il, il faut que Maurice parte aussi tôt que possible, il ne doit pas rester plus de quelques mois, un an au grand maximum.
Bérénice n’est pas très sûre de sa capacité à tenir encore tout ce temps car être aux côtés de Maurice est exténuant ! Et tellement dévalorisant que c’en est déprimant, voire même parfois dégradant.
Sylvain lui dit alors qu’il n’a toujours pas compris comment Maurice a pu perdre le poste de très grosses responsabilités professionnelles qu’il avait : « Je suppose qu’il a eu un grand coup de mou », ajoute-t-il.
Bérénice est atterrée de la situation et de l’évolution des choses ! Elle se demande s’il est vraiment souhaitable de gagner cette élection, ce qui est le comble, après tout le mal qu’ils se sont donné !
Comment faire avec Maurice ? C’est LA vraie question ! Quel épineux problème !
Il lui est impossible de se sortir seule de cette situation bien sûr. Il lui faudra toute l’aide et tout le soutien du groupe. Il est évident que la solidarité devra s’exprimer car tous ceux qui veulent agir sont concernés au premier chef. Et il semblerait bien que dans le groupe certains tiennent beaucoup à se donner pour leur commune. Il faut aussi que l’association vive, évolue, toujours dynamique.
Bon, ce ne sera pas simple, pense-t-elle, mais nous sommes assez nombreux, assez soudés. Avec un peu de détermination, nous y arriverons, mais ce ne sera qu’après les élections.
Gilbert est un ami, un vrai ami, solide. Ils sont sur la même longueur d’onde sur le sujet. C’est déjà un point très important.
Maurice a finalement accepté d’être tête de liste en leur imposant une condition, une énorme condition. Il leur a signifié : oui, il accepte d’être tête de liste, mais uniquement pour être Maire. Il refuse d’être élu minoritaire, simple conseiller municipal dans l’opposition.
Donc, en bonne logique, si ses actes sont en cohérence avec ses exigences, il devra démissionner rapidement et c’est le suivant de liste qui « montera » et deviendra ainsi conseiller municipal.
Ce gros problème est donc remisé au second plan car, dans l’immédiat, il faut faire face à toutes les tâches qui sont nécessaires. Il faut respecter les délais imposés. Il faut vraiment que les préparatifs de la campagne battent son plein.
Bérénice soupire.
Elle en parlera avec Gilbert qui a vraiment beaucoup de difficultés à supporter ce « grand méchant mou » qui est à la tête de leur liste !
Il faut dire que Maurice est tellement sûr de lui, tellement arrogant, qu’il va se permettre des comportements graves, totalement inacceptables.
La poupée Barbie
Pour les tracts qui seront réalisés et distribués, il a été décidé de faire les photos individuelles et de groupe dans les jardins de la mairie. Ils se retrouvent donc, tous, par un dimanche matin glacial. Des photographes amateurs se sont révélés parmi l’entourage proche des candidats, certains ont emprunté du matériel. Chacun arrive dans son style. La majorité des candidats s’est efforcée de se présenter sous son meilleur jour.
– C’est qui cette poupée Barbie ? demande Maurice à Bérénice.
– ???
Bérénice manque de s’étouffer, elle reste pétrifiée. Vite, vite, un sourire, une réponse anodine, il ne faut pas que les autres qui sont si proches se doutent de quelque chose.
Maurice n’a pas perçu le malaise qui s’est em paré d’elle car, quel ques instants plus tard, il va récidiver. Il s’adresse de nouveau à elle, en fustigeant l’apparence de deux autres personnes. Cette fois-ci, elles ne sont pas assez minces, leur look ne lui convient pas. Elle esquive de nouveau mais elle est très choquée d’une telle attitude.

Apparemment, personne n’a rien entendu, heureusement !
Il est évident que si Gilbert avait connaissance des propos tenus par la tête de liste, cela ferait du grabuge. Il serait lui aussi scandalisé, elle n’en doute pas. Les valeurs que l’association défend sont aux antipodes d’un tel comportement.

Et, bien évidemment, les victimes des propos méprisants de Maurice à leur encontre seraient blessées si elles savaient les termes employés. Peut-être même choisiraient-elles de quitter l’équipe ?
Il est donc inutile de révéler ce qui vient de se passer. Bérénice va se contraindre à dissimuler ce comportement aux autres. Alors que jusqu’à présent la transparence a prévalu dans les rapports entre Gilbert et Bérénice.
Cette dissimulation lui est désagréable, vraiment pesante. Elle en est même un peu honteuse.
Mais a-t-elle le choix ?
Édouard
Dans ce qu’il est obligatoire de faire pour l’équipe, il y a aussi la préparation du scrutin proprement dit. Il faut trouver 48 personnes qui auront à participer comme assesseurs à la tenue des 12 bureaux de vote. Dans chacun d’eux, par équipe de deux, elles devront assurer une présence pendant toute la journée, l’une le matin, l’autre l’après-midi. Toutes les listes en présence ont la possibilité de nommer des assesseurs, et c’est même leur intérêt. C’est par une tenue contradictoire des urnes que la régularité du scrutin peut être atteinte.
Établir une telle liste est un très gros travail.
Bérénice a fait part au groupe de la nécessité de cette tâche et a demandé à en être déchargée.
Édouard se propose.
Elle est contente de pouvoir se reposer sur lui. Le délai est largement suffisant pour établir ce « tour de garde des urnes ».
Comme Édouard s’est proposé spontanément, il aura à cœur de mener à bien cette tâche, songe Bérénice, rassurée.
Édouard a montré de graves lacunes quant à ses capacités de rédaction, il en est tout à fait conscient, mais pour l’objectif qu’il a décidé d’atteindre, cela ne sera pas un handicap.
Présentation privée
Il faut également présenter la liste et son programme en public. Pour faire une sorte de répétition grandeur nature, il est décidé que les adhérents de l’association « T OUT P OUR V ARDELLES » auront la primeur de cette présentation.
Lors du déroulement de celle-ci beaucoup de choses se révèlent : la spontanéité des uns, le véritable engagement d’autres, la modestie de certains, la frime des autres, … etc.
Un fait marquant est la réaction des adhérents. À peine le pot de l’amitié annoncé, beaucoup d’entre eux fondent sur Gilbert et lui demandent quel est cet olibrius qui est tête de liste : il n’a aucun charisme, ne semble pas vraiment engagé.

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