Cathy, mais quel jour on est donc aujourd hui ?
72 pages
Français

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Description

Dans la maison de retraite « Les tournesols », les résidents se souviennent avec nostalgie du bon vieux temps où ils étaient actifs et responsables. Ils ont tous leurs fortes personnalités, leurs rêves, leurs espoirs, leurs manies souvent surprenantes.
Ce livre est un peu de leur histoire, une suite de scènes pittoresques tantôt graves, tantôt amusantes, tantôt tristes, tantôt violentes, piochées dans leur quotidien selon un point de vue original : celui de l’aide-soignante qui témoigne de son travail au sein de l’institution. Si son objectif est de positiver, de montrer qu’il y a encore « une vie après la vie », elle ne cache pas les difficultés de son métier souvent épuisant qui demande beaucoup d’abnégation.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 novembre 2017
Nombre de lectures 5
EAN13 9782312056524
Langue Français

Extrait

Cathy , mais quel jour on est donc aujourd’hui ?
Cathy Leibundguth et Claude Schmitt
Cathy , mais quel jour on est donc aujourd’hui ?
La vie quotidienne aux « Tournesols », une maison de retraite alsacienne.
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
Seconde édition (revue et corrigée) d’un livre paru aux Éditions du Bastberg. (2009)

Des mêmes auteurs aux Éditions du Bastberg :

Cathy, mais quel temps il fait donc dehors ? (2010)
Cathy, écoute une fois ce que j’ai à te dire… (2012)
Cathy, comme tu as changé ! (2014)

© Les Éditions du Net, 2017
ISBN : 978-2-312-05652-4
À Claude , qui a su me redonner goût à la vie et sans qui ce livre n’aurait jamais vu le jour…





« Regarde les tournesols comme ils s’inclinent au soleil, mais quand tu en vois un dans un champ qui se penche un peu trop, c’est qu’il se meurt, tu peux en être sûr… »
Roberto Benigni, « La Vie est belle »
Les situations et les événements relatés dans ce livre, s’ils partent d’une réalité vécue, ne témoignent des agissements de personne de précis et ne décrivent le fonctionnement d’aucune maison de retraite en particulier. Ce sont des tranches de vie présentées de manière subjective qui respectent le secret professionnel et préservent la liberté de chacun.
Avant -propos
Conçues par des architectes mariant avec bonheur esthétisme et fonctionnalité, les maisons de retraite s’élèvent dans des endroits tranquilles, à l’écart de l’agitation du monde, comme pour signifier leur appartenance à une autre vie où tout ne serait que calme et discrétion.
Leurs pensionnaires, ou plutôt leurs résidents – la précision est importante – y goûtent, selon l’expression consacrée, à un « repos bien mérité ». Ils vivent avec leurs souvenirs, leurs belles certitudes, leurs croyances désuètes et les nouvelles qu’ils apprennent par le journal, la télé ou leurs familles. Ils vivent aussi avec leurs rêves, leurs doutes, leurs peurs, leurs sombres déprimes et la maladie, de petits soucis pour les uns, des atteintes plus sournoises et plus pénibles pour les autres.
Ils ne sont pas de tout repos et j’en sais quelque chose, moi qui œuvre à leur service comme aide-soignante depuis plusieurs années. Leurs exigences légitimes – ils payent leur séjour, et souvent très cher – peuvent virer au cauchemar et il faut constamment relativiser les choses, composer avec le meilleur comme avec le pire.
Ils s’appellent Louise, Émilie, Marie-Rose, Berthe, Joséphine, Clotilde, Émile, Rodolphe, Joseph, Georges, portent des prénoms d’un autre temps et ont les idées qui vont avec, des idées d’autrefois, ce « bon vieux temps » où tout était plus facile, où l’on consommait des produits que l’on avait cultivés soi-même, où les jeunes acceptaient volontiers les conseils des anciens et où la morale avait encore un sens.
Ce livre est un peu de leur histoire, une suite de tableaux vivants piochés dans leur quotidien, des scènes tour à tour tendres, amusantes, pathétiques, parfois tristes ou violentes, qui prouvent que, contrairement à des idées reçues, les maisons de retraite ne sont pas des antichambres de la mort.
Ce livre est aussi mon histoire, celle d’une femme qui adorait pour leur sagesse et leur gentillesse ses grands-parents aujourd’hui disparus, et qui, peu gâtée par l’existence, a choisi de se mettre au service des autres pour y trouver son bonheur, se bat chaque jour pour que les personnes âgées puissent conserver un peu de dignité et goûter aux joies de l’existence, quelles que soient leurs souffrances physiques ou morales.
Ce livre est enfin un témoignage sur le métier d’aide-soignante, un personnel souvent déconsidéré, voué à des tâches subalternes pourtant essentielles au bien-être quotidien des personnes âgées.
Il est temps à présent de pénétrer au sein d’une de ces maisons de retraite comme il en existe de nombreuses en Alsace. Appelons-là « Les Tournesols », comme une plante qui se gorge de soleil tout l’été et qui, en automne, plie sous le poids de ses graines et s’incline vers le sol, à l’image des héros de ce livre, eux aussi courbés par les ans après avoir eu longtemps la tête haute…
1. Comme un lundi…
Mon réveil me tire du lit dès 4 h 30. Je commence à travailler à six heures. La maison de retraite n’est pas loin de chez moi, à peine cinq minutes en voiture. Mais j’aime prendre mon temps, pour déjeuner tranquillement, m’occuper de moi, écouter les infos à la radio, prendre connaissance de mon horoscope et de la météo… C’est comme ça à chaque fois que je suis du matin. 1 h 30 de marge, c’est à la fois beaucoup et ça passe très vite. J’ai besoin de tout ce temps, pour goûter à ce bel instant de liberté où j’ai de comptes à ne rendre à personne, et surtout pour me préparer psychologiquement à rencontrer les résidents.
Le temps de sortir ma C1 du garage et me voilà en route. Je conduis machinalement, la tête déjà ailleurs, parmi les 45 résidents qui ne vont pas tarder à se lever, à me réclamer, à me confier leurs rêves loufoques, attendrissants, parfois déstabilisants et angoissants, 45 résidents que je vais devoir écouter patiemment, pour qui je devrai être disponible, attentionnée, à qui je vais tenter d’offrir un peu de bonheur dans leur solitude.
Soudain, au détour d’un virage, j’aperçois M.W., un de nos résidents. Il est en pyjama, avance sur le trottoir d’un pas décidé, tournant le dos à la maison de retraite.
Je freine en catastrophe, me gare sur le bas-côté, cours vers lui.
Il semble me reconnaître, s’arrête, me regarde d’un air angoissé.
Je lui prends la main pour le rassurer :
– Qu’est-ce qui se passe, M.W. ?
Sa réponse fuse, criante de vérité :
– Ils sont en train de la violer, il faut que j’y aille !
– La violer ? Qui ça ?
– Ma femme ! Ils sont quatre. Je dois y aller ! C’est urgent, Cathy, elle a besoin de moi !
Je connais bien M.W. et je sais qu’il se joue un film, que sa femme ne court pas le moindre danger. Mais il est comme ça depuis son admission, excessivement protecteur de son épouse. Il l’imagine en proie à mille dangers, une belle preuve d’amour que sa maladie – il souffre d’Alzheimer – a exacerbée.
Vu de l’extérieur, on ne paye pas de mine, lui et moi sur le trottoir. Heureusement qu’il n’y a pas grand monde dans le quartier. De toute façon, je n’ai que faire du qu’en dira-t-on. Des situations comme ça, on en vit quotidiennement dans notre métier.
C’est ma première épreuve de la journée. Il va falloir que j’assure, que je le ramène au bercail coûte que coûte. Cela passe par une négociation serrée, surtout pas une contrainte, une décision autoritaire. Cela demande beaucoup de tact et de patience. Heureusement que je suis reposée, que je peux me consacrer entièrement à lui.
Je le rassure comme je le peux, je lui dis que sa femme va bien, qu’il a fait un mauvais rêve, qu’il ne doit pas s’affoler.
Ce sont des mots bien peu originaux, qui tombent sous le sens. Il a besoin de les entendre cependant. La négociation dure, je me montre ferme, ne lâche rien, tout en lui témoignant mon affection.
Je gagne sa confiance. Il s’apaise, finit par accepter que je le raccompagne à la maison de retraite.
Branle- bas de combat ! Les veilleuses sont dans tous leurs états. Elles ont fouillé la maison de fond en comble dès qu’elles se sont rendu compte de la disparition de notre pensionnaire. Un beau remue-ménage. Et quel soulagement à notre arrivée !
M.W. est recueilli avec gentillesse. Personne ne lui en veut. Au contraire. On lui offre du café qu’il déguste d’un air absent, sans se prendre pour un héros, surtout pas. Il n’en a ni l’étoffe, ni l’envie, ni surtout la conscience. Il se sent un peu perdu. Brusquement très las, il demande qu’on le couche dans son lit.
Il dormira jusqu’à midi, ne se souviendra plus de rien à son réveil…
Entre nous, on finit par en rire, pas par méchanceté, non, surtout pas ! Par besoin de décompresser tout simplement, d’évacuer le stress généré par l’incident qui aurait pu tourner au drame…
Pas le temps de souffler cependant.
La journée ne fait que commencer…

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