Le livre Uber
82 pages
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Le livre Uber , livre ebook

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Description

Tout le monde sait ce que c’est que de prendre un Uber. Mais bien peu de gens savent ce que l’expérience représente de l’autre côté de la transaction. Pendant plus d’un an, Brigitte Pellerin a été conductrice pour Uber. Ce qu’elle y a appris en dit long sur notre société.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 avril 2021
Nombre de lectures 0
EAN13 9782896997312
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0550€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le livre Uber

De la même auteure
Chez d’autres éditeurs Ride-hailing is a four-letter word : a year in the life of an Uber driver , récit, Ottawa, Bodkin Books, 2020, 123 p. Not just for kicks : Dublin, 2016 , essai en collaboration avec Catherine ROBSON, Ottawa, Bodkin Books, 2017, 172 p. Down the road never travelled , récit, Toronto, Dundurn Press, 2003, 138 p. Le national-syndicalisme , essai en collaboration avec Réjean BRETON, Montréal, Éditions Varia, 2001, 134 p. Coll. Essais et polémiques. Épître aux tartempions : petit pied de nez aux révolutionnaires de salon , essai, Montréal, Éditions Varia, 1999, 143 p. Coll. Essais et polémiques.

Brigitte Pellerin
Le livre Uber
Récit
2021
Collection Vertiges
L’Interligne
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
Titre: Le livre Uber : récit / Brigitte Pellerin.
Noms: Pellerin, Brigitte, 1970- auteur.
Collections: Collection Vertiges.
Description: Mention de collection: Collection Vertiges
Identifiants: Canadiana (livre imprimé) 20210118822 | Canadiana (livre numérique) 20210119594 | ISBN 9782896997299 (couverture souple) | ISBN 9782896997305 (PDF) | ISBN 9782896997312 (EPUB)
Vedettes-matière: RVM: Pellerin, Brigitte, 1970- | RVM: Uber (Firme) | RVM: Covoiturage.
Classification: LCC HE5620.R53 P45 2021 | CDD 388.4/1321—dc23
L’Interligne
435, rue Donald, bureau 337
Ottawa (Ontario) K1K 4X5
613 748-0850
communication@interligne.ca
interligne.ca
Distribution : Diffusion Prologue inc.
ISBN 978-2-89699-731-2
© Brigitte Pellerin 2021
© Les Éditions L’Interligne 2021 pour la publication
Dépôt légal : 2 e trimestre de 2021
Bibliothèque et Archives Canada
Tous droits réservés pour tous pays

Uber par défaut
C’est l’an de grâce 2018 et je me retrouve à véhiculer du monde dans mon auto pour de l’argent. Tournure inattendue dans ma vie, mais c’en est une bonne.
Il n’y a rien de gênant là-dedans, après tout nous sommes des milliers à gagner notre croûte en conduisant pour Uber et pour Lyft. Sauf que rien dans ma vie récente n’annonçait ma plongée dans cette situation.
Depuis 2004, je gérais une boîte de communication avec le père de mes trois enfants. L’agence existe toujours. Lui aussi, d’ailleurs. C’est son affaire, maintenant. On s’est séparés en juillet 2018, après plusieurs années de difficultés conjugales. Le couple est mort, ensuite le mariage. Comme ça arrive souvent, d’ailleurs : je ne vous apprendrai rien à ce sujet.
C’est sans doute ma faute, surtout si vous lui demandez son avis. Mais comme la plupart des gens séparés ou divorcés le savent très bien, lorsque les couples se plantent, c’est généralement la faute d’un peu tout le monde. M’enfin, si ça peut le rendre plus heureux, je veux bien admettre que c’était surtout ma faute. Peu importe.
Méchante Brigitte.
Bon, d’accord. Nous n’avons pas encore réglé nos affaires. On se bat pour à peu près tout : l’argent, la garde des enfants, les propriétés. Pour ne pas nous empêtrer dans des détails déplaisants, disons que je n’ai à présent pas grand-chose. Une voiture et un peu d’argent, c’est à peu près tout.
Moi, l’argent, j’ai toujours détesté ça. Comme tout le monde j’en ai besoin, mais une fois qu’on en a assez pour se payer le minimum et qu’il en reste un peu pour voyager, il me semble que ça suffit. La richesse, c’est ailleurs qu’elle se trouve. Comme dans la liberté de dire et faire ce que je pense. Dans la joie d’avoir mis fin à une relation qui me rendait stressée à outrance et rageuse comme j’avais pourtant juré de ne jamais l’être.
La séparation et le divorce, c’est dur pour le portefeuille, tout le monde le sait. Mais c’est un prix que je n’hésite pas à payer pour avoir une vie remplie de soleil, d’amour et de joie. Je suis à nouveau heureuse, avec le meilleur ami que je puisse demander à la vie, un homme qui me fait sourire et qui m’encourage à être la meilleure version possible de moi-même. En plus, il ne rit pas de moi quand je joue au golf comme un pied.
Mais le plus beau de tout, c’est que je ne suis plus jamais fâchée et je ne crie plus après mes filles. Notre relation s’est tellement améliorée depuis que j’ai quitté leur père, et elles semblent en être reconnaissantes. Elles ne pourront jamais l’être autant que moi.
Mais les factures, ça ne se paie pas avec des rayons de soleil.
J’ai entrepris de reprendre le travail d’écrivaine et de journaliste, domaines que j’ai quittés il y a une douzaine d’années pour me consacrer à faire l’école à la maison pour mes filles.
Savez-vous ce qui arrive quand on tente de revenir après une douzaine d’années ? Les gens ne se souviennent plus tellement de nous.
C’est normal, sans doute. J’imagine que je ferais pareil, à la place des anciens lecteurs. Alors c’est slow , mon affaire. Mais écrire est ce que je veux faire, alors il faudra trouver de l’argent ailleurs en attendant le gros lot.
La pige est une avenue, oui. Mais c’est limité comme option. Une job dans les communications ? Ça, il y en a. Mais le problème, quand on travaille pour un autre, c’est qu’en général il faut se fermer la trappe en public. Vous êtes embauchée pour vous exprimer au nom d’une entreprise particulière, pas pour afficher vos opinions sur le jardinage biologique ou les dégâts à répétition de Donald Trump. Je ne suis pas prête à faire ce sacrifice.
Les jobs à temps partiel, comme chez Starbucks ? Oui, elles abondent. Sauf que les horaires ne sont pas toujours très souples, et je voulais me garder beaucoup de flexibilité pour voir mes enfants souvent, prendre une demi-journée de congé quand le soleil brille et voyager un peu aussi, des fois. C’est emmerdant de toujours demander des vacances et de réarranger l’horaire de tout le monde parce que ma fille veut maintenant faire de la gymnastique le mardi au lieu du ballon-balai le jeudi.
Alors voilà, comme je ne sais pas faire grand-chose d’autre qui soit utile, il me restait Uber.
J’en apprends des vertes et des pas mûres, mais aussi j’entends de bien belles histoires parfois. Ce récit est inspiré de faits vécus par de vraies personnes, mais je les ai mélangés en plus d’ajouter des petits bouts inventés de toutes pièces, afin de préserver l’anonymat et la vie privée des gens. Tous les noms sont fictifs. Les adresses privées sont camouflées. Mais les histoires sont vraies. Du moins, à ce que je sache.
Z’êtes prêt ? Montez à bord et vrombissons en chœur.

Le monsieur du Colorado
—  Je m’excuse de vous avoir fait attendre , l’appli m’a envoyée au mauvais endroit.
Je suis tellement nerveuse. J’entame à peine ma nouvelle carrière et je viens de foirer complètement. Tu parles d’une initiation. Quand la demande est venue, je venais d’activer l’appli et je me promenais un peu au hasard dans le coin d’Albion Sud et de Lester, une habitude que je ne garderais pas longtemps, de rouler sans but précis en attendant les requêtes. C’est tellement plus simple et économique d’attendre à l’arrêt – et sans doute meilleur pour l’environnement.
Mais bon. En ce beau dimanche d’été plein de soleil, l’environnement n’est pas ma priorité, je l’avoue bien franchement. Je veux apprendre à maîtriser l’abc de mon nouvel emploi sans trop de bêtises. Cependant mes affaires ne commencent pas aussi bien que je l’aurais espéré.
J’ignorais quoi faire en attendant les appels. Où aller ? Serais-je occupée ? Aucune idée.
Quand cette requête inaugurale est arrivée et que je l’ai acceptée en tapant au bon endroit sur mon téléphone, deux choses se sont produites : mes mains ont commencé à trembler et le GPS m’a donné une adresse ainsi qu’une route à suivre pour rejoindre mon premier client.
Ça marche ! Uber, je veux dire. Ça marche pour vrai.
J’avais utilisé le service comme passagère à quelques reprises, je savais bien que ça devait fonctionner. Mais entre la théorie et la pratique, des fois, il y a de l’espace dans lequel mes doutes se réfugient.
Je suis à l’aube d’une nouvelle carrière. Et même si c’est loin d’être ma carrière rêvée, elle me permettra, si je fais bien mon boulot et que les gens ne me cassent pas trop les pieds, d’avoir la liberté d’écrire ce que je veux, quand je le veux.
Je suis un peu nerveuse, mais surtout fébrile. Mes mains tremblent, et j’ai la respiration entrechoquée par de petits sursauts. Le stress, sans doute. Comme chaque fois que je suis dans le ring avant d’entreprendre une compétition de karaté. L’anxiété de vouloir exceller, telle la petite tannante avec ses tresses bien peignées assise à l’avant de la classe qui rêve d’être le chouchou du prof. C’e

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