Mémoires d un dyslexique
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Description

Récit de la vie d’un dyslexique maltraité dans son enfance par certains enseignants. Jugé inapte à poursuivre ses études et viré du lycée en cinquième technique pour sa mauvaise orthographe. Durant toute sa vie, jusqu’à 58 ans il n’écrira plus une ligne, délégant les écritures à d’autres, consommant sans modération son divorce avec l’orthographe. Par pur hasard il découvre qu’il est doué pour les récits, il devient romancier et correspondant de presse, savourant son amour pour la littérature.
Aujourd’hui. Bien souvent le parcours des dyslexiques ressemble à un parcours du combattant. Les murs dressés par l’éducation nationale qui ne sont pas franchissables par ces enfants les amènent à prendre des chemins de traverses pour les contourner. En chemin ils découvrent des choses que personne ne peut voir, certains ouvrent de nouvelles voies dans les milieux scientifiques, techniques, artistiques et dans tous les domaines qui demandent de l’imagination, Architectes, mathématiciens, ingénieurs, hommes politiques, gens d’affaires, commerciaux, informaticiens, artistes. Je ne citerai que quelques célébrités : Albert Einstein, Bill Gatte, Picasso, John Kennedy, Léonard de Vinci. Ceux-là n’ont pas cru qu’ils étaient des mauvais. Mais d’autres seront traumatisés à vie pour leur mauvaise orthographe et seront écartés sans état d’âme des études par l’éducation nationale. Un enfant sur huit naît dyslexique, 7 millions de Français le sont, 1,5 million sont à la charge de l’éducation nationale, 25 millions de Français sont concernés par le problème. Des enseignants répondent lorsqu’on leur parle du sujet : pas de temps à consacrer à ces cas particuliers, manque de moyens.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 06 juillet 2017
Nombre de lectures 5
EAN13 9782312060415
Langue Français

Exrait

Mémoires d’un dyslexique
Richard Wild
Mémoires d’un dyslexique
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
Du même auteur
Le coq
La fuite
Une rose en automne
Le square (Éditions du Net)
La femme, l'amour, la vie (Éditions du Net)
© Les Éditions du Net, 2017
ISBN : 978-2-312-06041-5
Avant propos
Dyslexique , définition selon le dictionnaire : Difficulté d’apprentissage de la lecture et de l’orthographe, en dehors de toute déficience intellectuelle et sensorielle et de tout trouble psychiatrique.
Mais qui mène tout droit à l’échec scolaire.
L’échec scolaire, le ciel nous tombe sur la tête, la honte, la déchéance, nous serons des parias, des sous-hommes de la société. Vous serez orientés vers des centres d’apprentissages. Les autres prendront les meilleures places. Ils seront heureux, vous, vous ne serez des misérables.
Des clous !
Voilà comment l’on fait percevoir à ces enfants leur avenir. Mais laissons pour le moment l’échec scolaire proprement dit. Je veux vous parler de ce dysfonctionnement du raisonnement : la Dyslexie , qui empoisonne l’existence d’un enfant sur huit.
Mot qu’il a toute la difficulté du monde à prononcer et encore plus à écrire.
Définition
Troubles spécifiques de l’apprentissage (abrégé TSA ).
Dysorthographie : L’enfant est détecté inapte à l’écriture et à la lecture il confond les N, et M. il écrit facilement anemer pour amener, le p et les b beaucoup moins souvent. Énorme difficulté pour les mots eil comme soleil, en ueil comme accueil où il ne sait jamais où se trouve le E le U ou le I, il oublie des lettres, des mots, il les inverse. Quant à la lecture, il lit ce qu’il croit voir, car il lit des mots entiers quand ce n’est pas des groupes de mots ! Et non pas ce qu’il y a écrit, ou bien il lit saccadé comme un enfant qui apprend à lire.
On va s’occuper d’un dyslexique que je connais bien, et qui s’appellera le Dylex.
La plupart des dyslexiques manifestent une dizaine de signes et de comportements listés ci-dessous. Ces caractéristiques peuvent varier d’un jour à l’autre et même d’une minute à l’autre. Selon Ronald Davis : le paradoxe des dyslexiques est la cohérence au sein de leurs incohérences. Mais prenons le temps de temps lire ce qu’en dit ce spécialiste :
Général
– Apparemment brillant, intelligence supérieure à la moyenne, s’exprimant bien à l’oral, mais incapable de lire, d’écrire ou d’orthographier au niveau de sa classe.
– Étiqueté paresseux, sot, peu soigneux, immature, « manque de travail » ou « problème de comportement ».
– N’est pas suffisamment en difficulté pour justifier d’une prise en charge.
– Bon QI mais échoue aux évaluations en classe. Réussit mieux à l’oral qu’à l’écrit.
– Se croit bête. À peu d’estime de soi. Dissimule ses faiblesses grâce à des stratégies de compensation ingénieuses. Niveau de frustration et de stress élevé face à la lecture et aux contrôles.
– Doué pour les arts, le théâtre, la musique, les sports, la mécanique, l’art du conte, le business, les affaires, le design, la construction ou les métiers d’ingénieur.
– Se disperse et rêve souvent. Se perd facilement et n’a pas la notion du temps qui passe.
– À du mal à soutenir son attention. Peut paraître hyperactif ou absent.
– Apprend plus facilement à travers la manipulation, les démonstrations, l’expérimentation, l’observation et les supports visuels.
Vision , lecture et orthographe
– Se plaint de vertige, de mal de tête ou de mal de ventre lorsqu’il lit.
– Désorienté par les lettres, les chiffres, les mots, les séquences ou les explications orales.
– Lorsqu’il lit ou écrit, fait des répétitions, des substitutions, des omissions, des additions, des transpositions et des inversions de lettres, de chiffres et/ou de mots.
– Se plaint de ressentir ou de voir des mouvements non existants lorsqu’il lit ou écrit.
– Donne l’impression d’avoir des problèmes de vision non confirmés par un bilan ophtalmologique.
– Excellente vue et très observateur ou alors manque de vision binoculaire et de vision périphérique.
– Lit et relit en ayant du mal à comprendre.
– Orthographe phonétique et incohérente.
Audition et langage
– Hypersensibilité auditive. Entend des choses qui n’ont pas été dites ou non perçues par les autres. Facilement distrait par les bruits.
– Difficulté à formuler ses pensées. S’exprime avec des phrases télescopiques. Ne termine pas ses phrases. Bégaie lorsqu’il est sous pression. À du mal à prononcer les mots complexes, mélange les phrases, les mots et les syllabes lorsqu’il parle.
Graphisme et motricité
– À du mal à écrire ou à copier. Tenue du crayon inhabituelle. Écriture irrégulière ou illisible.
– Maladroit, mal coordonné, peu habile aux jeux de ballon ou aux sports d’équipe. Difficultés dans les tâches de motricité fine ou grosse. Sujet au mal des transports.
– Peut être ambidextre et confond souvent la droite et la gauche, au dessus et au dessous.
Maths et gestion du temps
– À du mal à lire l’heure, à gérer son temps, à intégrer l’information ou les tâches séquentielles, à être à l’heure.
– Pour compter, a encore besoin de ses doigts ou d’autres « accessoires ». Connaît la réponse mais ne sait pas la présenter par écrit.
– Sait compter mais a du mal à compter les objets et à compter l’argent.
– Est bon en arithmétique mais en difficulté avec les problèmes. Bloque au niveau de l’algèbre et des niveaux mathématiques supérieurs.
Mémoire et cognition
– Excellente mémoire à long terme pour les expériences personnelles, les lieux et les visages.
– Mémoire faible pour les séquences, les faits et les informations qui n’ont pas été expérimentées personnellement.
– Pense essentiellement en images et en ressenti et non en sons et en mots (peu de dialogue interne).
Comportement , santé, développement et personnalité
– Extrêmement désordonné ou alors maniaque de l’ordre.
– Peut-être le bouffon de la classe, le fauteur de trouble ou alors trop discret.
– A été précoce ou, au contraire, en retard dans les étapes de son développement (marcher à quatre pattes, marcher, parler, faire ses lacets…).
– Sujet aux otites, aux allergies.
– Peut être un gros dormeur ou, au contraire, avoir le sommeil léger. Énurésie.
– Seuil de tolérance à la douleur particulièrement élevé ou faible.
– Un sens élevé de la justice. Très sensible. Perfectionniste.
Les erreurs et les symptômes augmentent de façon significative sous la pression de l’incertitude, du temps, du stress ou de la fatigue.
Mais tous ces symptômes, toutes ces qualités et tous ces défauts peuvent appartenir à tous les humains. Enlevez les défauts et vous donnez naissance à l’être parfait. Tous ces symptômes font-ils partie de ce dysfonctionnement du raisonnement ? Ou viennent-ils après avoir commencé l’initiation à l’orthographe et la lecture ?
Pour ma part je ne retiendrai pour cet écrit que ces symptômes : Difficulté à lire et à écrire, inversion des lettres, des mots.
Le reste on l’attrape après.
J’ai parlé de dysfonctionnement de l’esprit. Il faudrait plutôt parler d’une autre réflexion, d’une autre logique, car ils ne sont en aucun cas synonymes de déficiences mentales, bien au contraire on trouve dans la liste des dyslexiques des noms qui ont marqué l’histoire, la science, la politique et l’art. Je ne nommerai que les plus grands pour l’instant :
Jules Verne
Winston Churchill
Léonard de Vinci
Albert Einstein
Mais ce n’est pas un petit rhume, ni même une grippe, c’est une gangrène qui jour après jour grossit, année après année grandit, envahit tout l’esprit et on ne s’en débarrasse jamais. Que ce soit bien net je parle là de la dyslexie, et de ce qui en découle : les complexes, le manque de confiance en soi, le fait de se croire beaucoup plus bête qu’un autre, de ne pas réfléchir comme un autre.
Et cette maladie, qui n’en est pas une, ou qui n’est pas reconnue comme telle, va resurgir comme un monstre que l’on tue et qui ressuscite et rebondit à la moindre contrariété, conflit, souci d’argent, maladie bénigne, petit échec de la vie professionnelle et même par les petits tracas quotidiens. Elle est là, encore là, prête à bondir, prête à vous avaler. Et il faut se battre, ne pas perdre pied, ne pas perdre confiance. Oui ! ? Petit handicap ???
Assez blablaté intéressons-nous plutôt au parcours du Dylex.
Chapitre 1
Le Dylex a appris à compter avec des allumettes usagées, car l’école maternelle n’avait aucun moyen à la sortie de la guerre. Il a appris aussi l’alphabet A, B, C des carottes et des navets comme on disait et tout allait bien.
1 er octobre 1949 le Dylex a six ans. Une école, un préau, l’arrière d’une église dont la sacristie regarde la place comprise entre les deux bâtiments, quatre platanes une cour entourée d’une barrière à arceaux, goudronnée qui sert pour les récréations.
Jour J. Le Dylex va entrer en contact avec l’empoisonneuse, la dyslexie. Pour l’instant tout va bien, il tient sa mère par la main, il est fasciné par les enfants qui jouent, crient, courent en tous sens dans la cour. Il tire sa mère vers l’école, les autres enfants font la même manœuvre, mais en sens inverse, d’autres en sont déjà aux pleurs.
– Mais arrête de tirer comme ça, il n’y a que toi qui fais ce cinéma !
Le Dylex continue de plus belle, il veut voir savoir, c’est un curieux, il ne sait pas, il est innocent, il a toute la candeur que procure l’enfance. L’école ne lui est pas totalement étrangère. Il sait ce qu’il va trouver, des bancs noirs, un tableau noir, un encrier avec de l’encre violette. Il porte une blouse noire avec un petit liseré rouge au bord du col. D’ailleurs autour de lui tout est gris, tout est sombre, les façades des immeubles, les devantures de magasins n’affichent que très peu de couleurs, les robes des femmes, les costumes des hommes comme si la couleur n’existait pas ou était proscrite. La vie était comme au cinéma en noir et blanc. Les rêves devaient peut-être avoir les mêmes tristes couleurs. Mais dans les cœurs de tous les gens, brûlait un gros brasier d’espoir. La guerre était finie, les restrictions venaient tout juste de cesser, en peu de temps on avait relégué au placard toutes ces souffrances, toutes les privations, toutes ces humiliations endurées. On en parlait plus ou très peu, c’était du passé, devant s’ouvrait une route lumineuse, un espoir fou animait toute la population. On allait vers le mieux.
Au CP , tout va bien le maître d’école est un homme tout en rondeur à l’allure joviale, doux, simple, mais de temps à autre il s’emporte, s’énerve et se met crier pour ne pas dire hurler lorsqu’il n’arrive pas à se faire entendre autant pour la discipline que pour le mauvais travail rendu. Ça va, ce n’est pas un tortionnaire, il élève la voix mais n’utilise pas les punitions corporelles, ça, c’est pour plus tard, avec d’autres maîtres d’école car en ce temps-là c’était monnaie courante : tirages des oreilles, les claques sur la tête, les coups de bâtons sur les fesses, les sévisses en tous genres étaient encore admis.
Pe et A et Pe et A ça fait papa tout va bien. Ta , Ba , Lo , tout va encore bien, Ma , Ta , Sa . Ça va ! Na , no, Ni ; Tiens il y a un signe avec trois jambes et un qui n’a que deux jambes. Aie ! Mais ça va encore. A et N ça fait an, ça fait quoi ? Le Dylex qui est toujours à rêver en regardant les feuilles de platanes qui tombent. Ça fait « an » monsieur ! Oui ça fait an, mais tu vas quand même changer de place. Mets -toi là, au deuxième banc comme ça, tu ne verras plus les platanes. Ce n’est pas grave et tout va bien. Donc M. et A ça fait ma, et M. et An ça fait Man donc cela écrit maman. Les deux premiers signes ont trois jambes et le dernier deux jambes c’est très gênant ces deux signes qui se ressemblent.
– Venez au tableau ! Quand cesserez-vous de regarder par la fenêtre ! Il n’y a rien d’écrit sur le ciel.
Le Dylex se dirige lentement au tableau et déjà une peur l’envahit, la craie en main il attend.
– Écris-moi maman.
– Où ? Répond l’enfant qui ne cherche qu’à gagner du temps.
– Là sur le tableau !
– Là répond le Dylex.
– N’importe où ! Allez ! Reprends, dit le maître qui voit l’enfant qui promène la craie sur le tableau noir, de droite à gauche et de haut en bas.
La peur au ventre l’enfant réfléchit, intensément porte son regard vers le plafond.
– Non ! S’exclame le maître, ce n’est pas le tuyau du poêle qui te donnera la réponse.
L’enfant paniqué réfléchit encore le M. trois jambes A et N font an. Le Ne : deux jambes, le Me , trois jambes, il se lance écrit le mot d’une seule traite.
Le maître se lève, les joues rosies par la colère qui monte.
– Qu’as-tu écrit ? Lis, lui dit-il en haussant la voix.
– Maman, répond le Dylex innocemment.
– Non ! Dit le maître qui s’est calmé, relis bien.
– Maman ! Répète l’enfant tout émotionné.
Le maître finit par sourire, et dit :
– Me et A font ma, Me et an font, quoi, dit-il en écrivant en même temps au tableau.
Dylex se décontracte et tout de crac :
– Man ! Maman, dit-il triomphant en croyant que c’était fini.
– Et toi tu as écrit. Vas-y, lis !
– Ma, ma, manam.
– Ah ! Tu vois que tu peux quand tu veux, si tu ne passais pas autant de temps le nez en l’air à regarder le ciel tu ne te tromperais jamais. Va t’asseoir maintenant. Et tu me copieras, pour demain 20 fois maman.
Le maître n’était pas allé à ses colères habituelles il savait bien que l’enfant n’était pas plus distrait que les autres, parce que dans les autres matières, il était attentif et plus doué que les autres.
Quand au Dylex, lui, pour la première fois de sa vie, il avait frôlé cette ensorceleuse, cette mauvaise sorcière, qui allait le hanter toute sa vie. Quant au maître, sans s’en rendre compte il lui avait attaché le boulet de l’opprobre, car en ce temps-là la dyslexie n’existait pas.
Ho ! Pour l’instant il était vide, le boulet, le Dylex ne s’était pas encore aperçu de sa présence. Mais bien vite il va se remplir.
Les M. Les N, s’il n’y en avait pas trop dans le même mot, en se concentrant. Ça allait ! Mais voilà ! À peine ses efforts récompensés que surgissent d’une boîte deux pantins désarticulés, les mots qui se terminent en eil eille ueil, Le E, le I le U dansent une folle farandole, qui est le premier qui est au milieu qui est à la queue ?
Là, le maître, après plusieurs tentatives d’explications de punitions le Dylex perd pied et plus il réfléchit, plus il s’applique et plus il fait la faute et pourtant, quand il écrit soliel il lit et relit soleil et là, le maître perd patience, s’emporte, il s’empourpre, mouline l’air avec ses bras et crie à l’enfant penaud et attristé :
– Tu es têtu comme un âne, tu as assez abusé de ma patience, tu ne fais aucun effort tu es un faignant ! Au coin ! Va au coin et on va te mettre le bonnet.
Le bonnet d’âne, l’extrême humiliation, les rires, les railleries des camarades, la honte, l’injustice, l’enfant en rage, non pas des moqueries des élèves, mais bien de l’injustice. Il a fait tous les efforts, il s’est appliqué, il ne comprend pas pourquoi il se trompe aussi souvent, pourtant parfois, sans vraiment y réfléchir, il écrit le mot sans faute et il le lit comme il faut. Le maître non plus ne comprend pas pourquoi cet élève qui n’a aucune difficulté avec les chiffres et qui a une bonne mémoire se trompe aussi facilement.
Le Dylex hoquette dans son coin, il pleure, car sa sensibilité est débordante.
– Tu vas te mettre au banc du fond près du poêle et de la fenêtre, tu pourras ainsi rêver à ton aise. Allez ! File lui dit le maître au bout de dix minutes en lui enlevant son bonnet d’âne, allez file, prends tes affaires, continue-t-il avec la voix radoucie et sans colère en forçant l’enfant qui ne veut pas se retourner pour cacher ses larmes.
Le Dylex va, pas à pas lents et mesurés, rejoindre sa nouvelle place avec les bras chargés de ses cahiers et de son cartable. Il ne pleure plus le Dylex , il a essuyé ses larmes, il est assis au banc des indisciplinés, des insoumis, des rebelles, des mauvais. Et ça sera ça place pour de nombreuses années.
Après tout se dit l’enfant je suis ici, et ce sont eux, mes voisins qui dans la cour de l’école font la loi, ce sont bien eux qui portent le bonnet d’âne avec fierté et s’en font une gloire. Puis au bout de son chagrin, il trouve le un tout début de révolte, d’incompréhension et d’injustice.
Voilà ! Le Dylex avait pour la deuxième fois rencontré l’ensorceleuse, cette mauvaise sorcière, la dyslexie. Son boulet venait de se charger de honte, d’injustice et d’incompréhension, ce dont il ne se doutait pas c’est que l’un et l’autre il allait les avoir comme mauvais compagnons de route tout au long sa vie. Et puis de là il pouvait voir quelques branches de platanes, voir le pigeon se poser, le moineau s’envoler, les bourgeons éclater au printemps, les feuilles grandir. Le rêve était là, et le maître le laisserait tranquille.
Chapitre 2
Les trois années suivantes le Dylex s’était adapté, il avait appris à passer aux travers des gouttes.
Au CE1, c’est le maître qui suivit la classe, il laissa le Dylex croupir au fond de la classe et ne s’occupa plus de l’enfant particulièrement. D’ailleurs son classement ne bougeait guère. Il était catalogué comme élève plutôt intelligent, faignant, brouillon, ne participant que très peu à la classe, calme, rêveur, cahier mal tenu, se laissant entraîner facilement par les fortes têtes.
Et c’est avec ce bon curriculum qu’il passa en cours élémentaire 2 e année pour faire la connaissance de Monsieur F… un jeune instituteur qui n’était certainement pas frappé par le sacerdoce de l’éducation républicaine. Il était là pour gagner son pain quotidien et pas plus. Après s’être intéressé vaguement au problème du Dylex qu’il trouvait bizarre, il lui appliqua, comme remède, sa méthode commune à tous élèves pris en faute pour indiscipline, inattention et devoir mal fait : c’est-à-dire le tirage vers le haut des cheveux de derrière la nuque et les lignes à copier. Se rendant vite compte que son cas était désespéré, il le laissa tranquille pour le reste de l’année comme il laissa tranquille le reste de la classe. Son truc c’était de faire faire des exercices dans le bled et de laisser la classe en surveillance à un élève choisi parmi les fortes têtes et qui, bizarrement, s’avérait efficace et faisait régner l’ordre à la manière d’un dictateur. Bien évidemment la méthode employée par le maître indélicat avait certainement été testée de nombreuses fois et, il s’était aperçu que ce n’était pas les premiers de la classe qui étaient les plus compétents pour faire régner l’ordre et la discipline, mais bien les caractères rebelles. Les trois où quatre exercices nommés, le responsable en place, Monsieur F… sortait de l’école, sautait la barrière à arceau de la cour de récréation avec un beau et élégant saut en ciseaux, la main prenant appui sur l’arceau, ensuite il traversait la rue pour s’engouffrer dans le café-tabac d’en face. Il en revenait 20 minutes plus tard pour reprendre son cours de français, passant dans les allées et prenant au hasard un cahier par-ci où là et, commentant les fautes des exercices tout en tirant sur les cheveux du souffre-douleur qui avait eu la malchance d’être sur son chemin.
Chapitre 3
Le Dylex a huit ans, c’est pour lui une deuxième naissance, il a brisé sa deuxième coquille. Il a découvert la liberté, le soir après l’école et le jeudi, il traîne dans la rue avec ses copains, alors ! L’école il s’en fout. Tous ses problèmes, qui avant lui hantaient son esprit se sont réduits de moitié. Le foot sur la place qui sert de cours de récréation, les patins à roulettes, la sarbacane, les billes et tous ces jeux qu’il pratique sans restriction et sans aucune autorité d’adulte, rendent ses jeudis et ses soirées lumineux. Son boulet, il arrive à le laisser avec son cartable dès la sortie de l’école. C’est aussi à cette époque qu’il rencontre un autre personnage « le curé » qui va lui faire son éducation spirituelle. Mais bien évidemment il trouve tout cela un peu bizarre. Tout d’abord, l’église dans laquelle sa mère le mène tous les dimanches matin, il la trouve triste, sordide et froide, quant à l’homme crucifié placé au milieu de l’autel, il lui fait peur autant qu’il le fascine. La doctrine du catéchisme que l’abbé essaye de lui expliquer, il n’en comprend strictement rien. Tout simplement parce qu’il réfléchit trop avec sa logique qui n’est pas la logique des autres. Alors, pour faire plaisir, pour se fondre dans le moule il accepte. Lorsqu’on vous donne une baffe, partager son pain c’est-à-dire son maigre goûté, ou bien ses jouets, des clous ! Ce n’est pas comme ça que ça marche avec ses copains, les petits voyous qui traînent comme lui dans le quartier. D’ailleurs dans ce quartier il n’y a pas que des petits voyous qui traînent il y a aussi les grands voyous sur tous les trottoirs qui entourent l’église, l’école et la cour, lorsque le soleil commence à décliner les belles-de-nuit éclosent, autrement dit le quartier est cerné par un cordon de prostituées. C’est à ce moment aussi que les bistrots mal famés ouvrent leurs portes pour accueillir les souteneurs et toutes sortes de mauvais garçons « Et dans ce décor Banal à pleurer » nous chantait la môme Piaf. Mais point de pleurs ni de jérémiades nous sommes à Nice et la triste couleur de la misère devient lumineuse au soleil.
Point de conflit ouvert entre ces communautés. Le curé se plaint, prie pour le salut des âmes perdues et détourne la tête. Le maître républicain met cette misère sur le dos du peu d’éducation que ces enfants pauvres ont pu avoir. Pauvres nous l’étions tous à la sortie de la guerre certains habitaient dans des rues aux immeubles cossus d’autres dans des rues aux habitations ouvrières. Quant au maquereau il respecte l’un et l’autre, pas de vague, d’autant plus que leur commerce est florissant et qeu la police ferme les yeux, alors dans le quartier pas de petite délinquance. Ce sont les souteneurs qui font régner l’ordre. Chacun dans son monde et le calme règne.
Voilà le monde, le monde que ces moments de liberté lui font découvrir. Et voilà le Dylex qui, armé de son bagage c’est-à-dire de son curriculum vitae, le même qui le poursuit depuis le cours élémentaire, passe au cours moyen première année pour faire la connaissance de son nouveau tortionnaire Monsieur R……, champion toutes catégories autant en sévices corporels que moraux.
Armé d’une baguette en bambou, Monsieur R… Arpente les allées de la classe jetant un regard biaiseux sur les cahiers des élèves qui planchent sur leur devoir et rythme la ponctuation de la dictée avec sa baguette bien fine en bambou qu’il nomme Zéphyrine . Il frappe sur le côté de son large pantalon. Il s’arrête se penche sur le cahier de l’enfant, frappe deux autres coups brefs sur son pantalon, attend. C’est le premier avertissement, deuxième avertissement la baguette se lève et redescend aussitôt sur le dos du prévenu si la faute n’est pas corrigée. La terreur règne dans la salle de classe, le silence est roi, le Dylex est paniqué lorsqu’il entend les pas du despote derrière lui et les coups de baguette sur la toile du pantalon annonciateurs de la douleur aiguë qui va lui torturer le dos. Le Dylex , parfois corrige, mais parfois en rajoute et les coups tombent moins fort que le premier, juste assez fort pour maintenir la pression et jusqu’à ce que la faute soit corrigée. Mais quand le Dylex paniqué corrige des fautes inexistantes le tourmenteur juge qu’il a assez perdu son temps, il hausse les épaules, soupire et part à la recherche d’une autre victime. Pour le Dylex la méthode lui fait autant de bien que de mal. Il reste au classement mensuel des compositions en dessous de la moyenne de la classe grâce à ses bonnes notes en calcul et arithmétique. Les problèmes ! Il les résout, et bizarrement les plus compliqués et bute sur les plus simples. Bien sûr ! Il a sa tactique, il a pris conscience de son état : Il ne lit pas ce qu’il y a écrit. Alors , il relit tous les énoncés des problèmes, une fois, deux fois, trois fois et ce n’est qu’après ces nombreuses vérifications qu’il se jette dans la baignoire où se vide et se remplit l’eau ou bien il saute dans le train qui part en retard et qui arrive quand même en retard malgré l’avance qu’il a eu en mi-parcours et tout cela au gré de l’esprit tordu de l’inventeur du problème. Qu’est ce qu’il s’en fout des baignoires qui fuient, le Dylex n’en a pas chez lui, et qu’est ce que ça peut lui foutre ces trains qui arrivent à l’heure ou en retard, il ne prend jamais de train. Ou oui ! Peut -être une fois, mais il a très bien compris que pour sa tranquillité aussi bien en classe que chez lui il lui faut un semblant de bon travail.
Cette année-là est longue, car le tortionnaire n’a pas que ça comme manie, il tient une comptabilité très stricte sur les punitions à donner pour chaque manquement au travail et à la discipline. Dix coups de baguette pour les devoirs non faits, cinq coups pour les bâclés, pour avoir parlé en classe trois coups, pour bavardage récidivé cinq coups, pour indiscipline aggravée comme faire rire la classe avec des pitreries dix coups et bien évidemment le bonnet âne pour tout esprit rebelle. Mais dans sa grande mansuétude Monsieur R… demande au condamné de choisir l’arme du bourreau. Zéphyrine le Bambou fin et cinglant ou Maturin le gros bambou bien dur. Monsieur R… avait aussi sa cour de six ou sept élèves bons et moins bons qui ne manquaient pas de se moquer de leurs camarades lors des exécutions que les autres subissaient sans broncher.
Les mauvais élèves qui n’avaient pas fait leurs devoirs ou bien qui n’avaient pas appris leurs leçons prévoyaient un vieux pull qu’ils cachaient sous leur culotte pour amortir les coups, car le tortionnaire ne frappe pas sur les jambes nues, il pourrait laisser des traces visibles. Il lui est arrivé, s’étant aperçu de la supercherie de faire abaisser la culotte courte de l’enfant devant tout le monde pour lui faire retirer sa protection.
Il y avait, dans la journée, des moments où les élèves trouvaient une plage de repos lorsque Monsieur R… nous faisait la lecture, car il lisait très bien. Il lisait le plus souvent les aventures de chasse ou Tartarin de Tarascon. Et nous faisait bien comprendre que ce Tartarin de Tarascon était un menteur, un vantard et un sacré fanfaron et que lui Monsieur R… avait été un grand chasseur, il avait chassé le lion, le buffle, le rhinocéros et l’éléphant en Afrique, il ne mentait pas Monsieur R… lorsqu’il nous contait ses propres exploits ??? Nous n’avons jamais su de quel pays il s’agissait. Il disait plutôt chez les nègres qu’en Afrique. D’ailleurs nous les cancres de la classe l’on parlait et l’on écrivait petit nègre.
À la fin de l’année les quelques rares surdoués de la classe passèrent le concours d’entrée en sixième. Pour le Dylex même pas la peine d’avoir une simple pensée. Il quitta donc la classe de Monsieur R… en espérant ne jamais plus avoir à faire à ce genre de personnage, il se trompait. L’éducation nationale allait éradiquer ce genre d’éducateurs, elle se trompait aussi parce que le despote, le sadique allait muter comme un mauvais virus en faisant encore plus de dégâts que l’ancienne génération, car le nouveau allait être un assassin.
Toujours chargé de son CV qu’il traîne depuis le jour de sa rentrée à la communale. Le Dylex passe donc en cours moyen 2 e année. Les études secondaires ne sont pas pour lui, mais aucune déception, ni rancune. Il ne briguait pas les études supérieures, la famille non plus. Son chemin était tracé, le certificat d’études et, dans la foulée, l’apprentissage chez un patron. Évidemment qu’aurait-il pu espérer, à la maison on comptait le moindre sou. Un père ouvrier, une mère qui tire l’aiguille de temps en temps, une grande sœur qui est encore scolarisée dans un centre d’apprentissage, l’argent manquait pour des études au lycée. Il n’a plus que deux ans à tirer et il sera libéré de la sorcière orthographe qui lui empoisonne la vie.
Mais voilà, tout faux car le Dylex va rencontrer Monsieur L…… instituteur du cours moyen 2 e année qui prépare les enfants pour la classe terminale du certificat d’études. Monsieur Laurent aurait été un saint s’il était entré en religion. Mais voilà Monsieur Laurent et je peux bien déclarer le nom de cet homme exceptionnel. Maître d’école et communiste jusqu’au trognon avait décidé de donner toute l’éducation aux plus défavorisés de la société, c’était pour lui son acte de foi, son sacerdoce et, par les efforts qu’il faisait, on voyait bien que c’était sa raison de vivre. Il ne lui faut qu’une semaine pour repérer les deux traînards de la classe assis au fond tout à côté du poêle avec vue sur les platanes de la cour de l’école. Le Dylex et son compagnon de banc, une fois repérés, il les place au premier rang en faisant reculer toute la rangée. Tout ceci au grand étonnement des élèves et surtout des deux protagonistes qui voient là leur tranquillité menacée. Cette décision bien évidemment ne contente pas les premiers de la classe qui avaient l’habite de trôner à la place qui d’office leur était due. Le Dylex inquiet se demande à quelle sauce le nouveau maître va l’accommoder, il l’observe, scrute le moindre geste qui pourrait lui dire les sévices qu’il va employer pour se faire entendre et respecter. Rien ! Rien de rien ! Monsieur Laurent n’a pas besoin d’élever la voix, son autorité il la porte en lui et il émane de sa personnalité le respect.
Avec Monsieur Laurent on ne rigole pas, on travaille, avec Monsieur Laurent on ne rêve pas, on écoute, et s’il y a manquement deux paroles suffissent pour remettre les choses à leurs places ; S’il donne des punitions, le plus souvent des lignes à copier, où s’il réprimande un élève, la punition est juste, bien mesurée et utile. Et ce monsieur Laurent s’intéresse à leur cas et en particulier au Dylex. Il ne le lâche pas, gentiment, calmement, patiemment, de toute son autorité il le reprend, force mon attention en restant derrière lui lors des dictées, le regarde souvent lorsque

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