Toi, l Enfant Invisible - Lettre à mon fils
89 pages
Français

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Description

Mon fils, je rêve du jour où tu pourras lire ces lignes, et les comprendre. Ce livre retrace ta vie, la mienne, celle de ton père, de tes sœurs, depuis tes 1ers mois de vie in utero, ta naissance, tes différences, tes joies, tes peines, tes difficultés, tes peurs, tes instants de bonheur, tes victoires sur toi-même. Pour que jamais tu n’oublies qui tu es : un petit garçon plein de courage, de force, de rage parfois, un petit garçon qui se bat contre lui-même sans s’en apercevoir, mais qui, j’en suis persuadée, deviendra un grand homme à qui la vie paraîtra bien plus douce qu’elle ne peut paraître aujourd’hui.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 23 mai 2013
Nombre de lectures 6
EAN13 9782312010540
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Toi, l’Enfant Invisible

Laurie Couvrat
Toi, L’Enfant Invisible
Lettre à mon fils







LES ÉDITIONS DU NET 22, rue Édouard Nieuport 92150 Suresnes
© Les Éditions du Net, 2013 ISBN : 978-2-312-01054-0
Prologue
Invisible : adjectif, du latin invisibilis. Qui n’est pas perceptible par la vue. Qui agit dans l’ombre. Qu’on ne peut pas voir, rencontrer. Larousse, 2012.

Chaque jour, je me demande si l’être humain n’est génétiquement programmé que pour voir ce que l’œil est capable de percevoir. Le cerveau humain n’est-il pas capable de plus ? Une chose qui ne se voit pas est-elle forcément inexistante ?

Sans vouloir faire de généralités, je pense, peut-être à tort, que l’Humain est à la base un monstre d’égoïsme. Moi, la première. Je ne me permettrai pas de dire, ni même penser, que je fais exception. Je passerai le couplet qui dit qu’on ne fait que ce qui va dans notre propre intérêt. De toute façon, la quête du bonheur ne commence-t-elle pas par soi-même ? J’irai plus loin : lorsqu’on est triste, que l’on souffre, on pleure, ça soulage. Mais en y réfléchissant bien, que pleure-t-on d’autre que sa propre souffrance ? Lorsqu’on pleure une personne qui nous a quittée, que pleure-t-on d’autre que son propre chagrin face à la disparition d’un être cher ?
Si seulement l’égoïsme de l’être humain s’arrêtait à ses quelques questions philosophiques….. Cet égoïsme qui nous rend aveugle, tellement aveugle que nous en devenons incapables de voir ce qui n’est pas forcément perceptible à l’œil nu. Alors qu’il ne s’agirait que de compréhension, et de compassion en étant juste un peu moins nombriliste….

Mathys, je rêve du jour où tu pourras lire ces lignes, et les comprendre.

Ce livre retrace ta vie, la mienne, celle de ton père, de tes sœurs, depuis tes 1ers mois de vie in utero, ta naissance, tes différences, tes joies, tes peines, tes difficultés, tes peurs, tes instants de bonheur, tes victoires sur toi-même. Pour que jamais tu n’oublies qui tu es : un petit garçon plein de courage, de force, de rage parfois, un petit garçon qui se bat contre lui-même sans s’en apercevoir, mais qui, j’en suis persuadée, deviendra un grand homme à qui la vie paraîtra bien plus douce qu’elle ne peut paraître aujourd’hui.
Vie in utero - Naissance

Février 2003

Déjà maman d’une petite Lola, bientôt 3 ans, j’apprends que j’attends mon 2ème enfant, prévu pour le 28 Octobre précisément.


Début Avril 2003

Echographie des 12 semaines : tu es en parfaite santé, clarté nucale impeccable, et on m’annonce que tu es très probablement un petit garçon, à confirmer lors de la prochaine échographie.


Fin Avril 2003

En ce début de printemps, un appel téléphonique. C’est la secrétaire de l’obstétricien qui suit ma grossesse. Elle me dit un peu hésitante qu’il faudrait que je passe au cabinet pour récupérer une ordonnance. Une ordonnance ? Mais quelle ordonnance ? Une ordonnance pour quoi ? Je ne suis pas malade !
Là, un éclair de lucidité dans mon esprit : quelques jours auparavant, j’avais eu droit au fameux triple test, celui qui permet d’évaluer chez un fœtus les risques de trisomie, spina bifida, ou autre anomalie, en faisant un savant calcul entre le taux d’alpha-foetoprotéine sanguine, d’hormones de grossesse, et d’estriol libre que les médecins combinent aussi avec l’âge de la mère et le stade de la grossesse.
« C’est en rapport avec mon triple test, c’est ça ? »

La secrétaire ne veut pas me répondre et me répète que je dois passer au cabinet. J’insiste :
« Il faut que je subisse une amniocentèse ? »

Résignée devant mon insistance et voyant bien que je ne suis pas dupe, elle me répond qu’effectivement, il serait judicieux d’approfondir les examens.

En quelques secondes, j’ai l’impression que tout s’écroule autour de moi. J’ai peur. Dois-je envisager le pire ? Je téléphone en larmes à ton père. Il ne comprend pas ce que je lui dis. Je pleure tellement que les mots sont étouffés par mes sanglots. Il comprend juste qu’il y a un problème et que ça te concerne. Il raccroche après m’avoir dit : « J’arrive ! ».
Je fais les cents pas dans l’appartement en l’attendant. A son retour, je lui explique plus calmement ce qu’il se passe. On prépare mes affaires, puis on part voir l’obstétricien qui nous attend.

Il nous reçoit dans un petit bureau à part. Il a l’air serein et confiant. Il m’explique que le taux de probabilité que tu aies une anomalie chromosomique est de 1/150, donc au-delà du seuil de 1/250. Que le seul moyen de savoir s’il y a un réel souci, ou si tout va bien, c’est de pratiquer une amniocentèse, c’est-à-dire de prélever un peu de liquide amniotique pour l’analyser, en sachant qu’il y a toujours un risque de fausse couche dans les jours qui suivent le prélèvement. Le risque d’anomalie chromosomique chez toi est faible (moins de 2%) mais il n’est pas nul. Cette analyse n’est pas obligatoire, elle est seulement proposée, et c’est à nous parents de prendre la décision. Ton père et moi choisissons de demander l’amniocentèse.

A partir de là, tout s’enchaîne. On commence par un rendez-vous avec un généticien qui dresse un arbre généalogique de nos familles respectives, en cherchant à savoir s’il y a déjà eu des anomalies chromosomiques dans le cercle familial. Non, aucune à notre connaissance, en tout cas pas dans les dernières générations.

Il regarde les résultats de mon triple test. Il est très confiant et se veut rassurant. L’alpha-foetoprotéine et l’estriol libre, qui sont les deux marqueurs sériques les plus susceptibles de révéler une éventuelle anomalie, sont normaux chez moi. Le seul souci, c’est que mon taux d’hormones de grossesse est 5 fois supérieur à la normale, comme si mon placenta travaillait comme un fou. Mais même si ce marqueur est le moins révélateur des 3, il n’en reste pas moins qu’il peut lui aussi indiquer une anomalie chromosomique. Le généticien nous refait son laïus sur les risques de l’amniocentèse, mais notre décision est prise. Le rendez-vous est pris avec l’obstétricien qui pratiquera le prélèvement. Il faut attendre encore 8 jours.

Huit jours pendant lesquels la question à se poser était de savoir si, en cas d’anomalie chromosomique (type Trisomie 21), on faisait le choix de te garder, ou si on demandait à avoir recours à une IMG (Interruption Médicale de Grossesse). Pour ton père, le choix était fait, il ne se sentait absolument pas le courage, ni la force d’élever un enfant lourdement handicapé. De mon côté, le handicap ne me faisait pas peur du tout… tant que tu ne souffres pas, c’était pour moi le plus important.

Puis je me suis mise à penser à l’avenir. Si tu étais atteint de Trisomie, je saurais gérer sans problème, mais après ? Une fois que ton père et moi ne serions plus là, qui allait s’occuper de toi ? Pour moi, il était tout aussi inconcevable que ta sœur te prenne en charge à ce moment-là. Elle n’aura rien demandé à personne, elle t’aimera j’en suis sûre, mais dans ces nombreuses années, elle aura très probablement une vie de famille, une vie professionnelle, une vie bien établie. Et se retrouver avec son frère handicapé à charge risquerait de faire voler toute cette vie en éclat. Est-ce que j’avais le droit de lui imposer ça ? Bien-sûr que non !

Et si personne ne pouvait te prendre en charge, il m’était insupportable de penser que tu puisses finir dans un institut. Il fallait donc se résoudre à l’idée de faire pratiquer une IMG si l’amniocentèse révélait une anomalie chromosomique.

Occulter ma grossesse, ne plus penser à toi, ne plus m’attacher à toi, voilà ce que je m’efforçais de faire, à partir de cet instant là. Pourquoi ? Tout simplement parce que je t’aimais déjà tellement que la seule idée de te perdre, prendre la décision de faire arrêter ton petit cœur pour ensuite t’arracher à moi, m’était insupportable.

Je ne supportais plus la vue de femmes enceintes, et comme un fait exprès, j’en voyais partout. Je ne supportais plus qu’on me parle de cette grossesse, qu’on me demande de tes nouvelles. Je voulais juste oublier que j’étais enceinte, faire comme si mon ventre était vide, c’était plutôt facile puisque je ne te sentais pas encore bouger… c’était ma façon de me préparer au cas où le pire devait arriver. Mais rassure-toi, cela n’a jamais gommé tout l’amour que je te portais déjà.
Il a fallu attendre encore une dizaine de jours pour que l’amniocentèse soit pratiquée. L’attente semble interminable dans ces cas-là. Et alors que je m’efforçais à ne pas penser à toi et ce qu’il pouvait t’arriver, tu t’es manifesté la veille du prélèvement. C’était tout simplement irréel. Tu as choisi ce jour-là pour que tes mouvements soient suffisamment forts : c’est la toute première fois que je t’ai senti bouger !

J’étais partagée entre la joie et le désespoir : la joie de te sentir vivre en moi, le désespoir que ces instants magiques soient arrêtés brutalement. Je ne savais plus si je devais rire ou pleurer. Je t’en ai presque voulu de m’imposer ça maintenant. Ce n’était pas le moment. J’avais espéré ne pas te sentir bouger jusqu’aux résultats de l’examen. Et toi, tu étais en train de me dire :
« Je suis là, maman ; je vis ! »

Le jour du prélèvement a été un jour sans surprise. Assez impressionnant, je dois dire… surtout avec tout ce qu’on peut en entendre ou lire. L’aiguille qui semble immensément grande, le prélèvement qui se fait sous contrôle échographique, la sage-femme qui me tient les mains au dessus de la tête car il ne faut surtout pas faire bouger le médecin, mais qui me parle doucement et calmement pour détourner mon attention, puis le médecin qui dit la phrase fatidique :
« Je vais piquer, c’est désagréable mais pas douloureux ; dans tous les cas, à partir de maintenant, ne bougez plus d’un millimètre ».
Il s’est même plaint parce que je m’efforçais de respirer profondément pour ne pas céder à l’angoisse, et que les mouvements de mon abdomen à chaque respiration faisaient bouger le placenta. C’était presque surréaliste.

Au final, le médecin avait dit vrai. Pas de quoi en faire toute une histoire. C’était bien désagréable mais pas plus douloureux qu’une simple prise de sang.

Une fois le prélèvement terminé, je suis retournée en chambre, et l’équipe soignante m’a gardé quelques heures, le temps que le liquide amniotique puisse se régénérer. Puis j’ai pu rentrer à la maison, avec pour consigne de rester allongée le plus possible dans les 3 jours à venir, pour minimiser les risques de fausses couches. Et surtout, retourner rapidement à la maternité en cas d’apparition de contractions ou de saignements. Résultats de l’amniocentèse………… dans 15 jours environ !

Les jours suivants se sont déroulés à merveille. Aucun saignement, aucune contraction. Je te sentais bouger de mieux en mieux, mais je n’arrivais toujours pas à m’en réjouir. Pas question ! Pas tant que je ne savais pas ce qu’il allait advenir de toi.

Un Jeudi soir, en rentrant du travail, je vois un message sur mon répondeur. J’ai le cœur prêt à exploser. J’écoute ? Je n’écoute pas ? Et puis, ce n’est peut-être pas l’hôpital qui a appelé. Je me décide enfin à appuyer sur « lecture ». Le son est mauvais, seuls quelques mots sont audibles :
« Bonjour, c’est le secrétariat du Dr X., je vous appelle à propos des résultats de votre amniocentèse. Merci de nous rappeler au …………… »

Je décroche aussitôt le téléphone, compose le numéro et tombe sur leur messagerie : il est 18h, leurs bureaux sont fermés. Demain, c’est férié ! Puis, c’est le week-end. On est Jeudi, et je réalise que je dois attendre le Lundi pour savoir ce qu’il en est, alors que les résultats sont écrits noir sur blanc quelque part dans un bureau. Cela me paraît juste inhumain de faire attendre les parents comme ça, alors qu’ils sont rongés par l’angoisse et la peur depuis des jours et des jours.

Tant pis, quitte à passer pour l’emmerdeuse de service, je décide d’aller directement à l’hôpital. Si les secrétariats sont fermés, il y a toujours des médecins sur place qui pourront peut-être, avec un peu de chance, avoir accès à mon dossier.

La salle d’attente est bondée de femmes enceintes : normal dans une maternité, me diras-tu ! Sauf que pour ces femmes, tout va bien, elles sont radieuses. Moi, j’attends de savoir si tu vivras ou non !

Je vois le médecin qui a pratiqué mon prélèvement sortir d’une consultation. Je l’intercepte dans le couloir. Je lui explique la situation. Je devais vraiment avoir l’air désespéré parce que cet homme qui a la réputation d’être un excellent obstétricien, mais dont la froideur est à la hauteur des compétences, et que je n’ai effectivement jamais vu sourire une seule fois, ni vu le moindre signe de compassion dans ses yeux, pose tout à coup un regard bienveillant sur moi durant quelques secondes interminables, puis finit par me dire : « Suivez-moi ! »

Il m’emmène à travers des couloirs qui m’ont l’air de ne plus en finir, me fait prendre un ascenseur, me refait traverser un couloir, puis s’arrête tout à coup devant une porte, sort des clés de sa poche et les fait tourner dans la serrure. Tout ça, sans un mot, rien. La porte s’ouvre enfin…

Des dossiers empilés partout. Mais comment fait-il pour s’y retrouver là-dedans ?
« Vous m’avez dit quel nom ? »

Il cherche... pourvu que mon dossier soit là… il trie, vérifie les noms, un par un… puis sort UN dossier du lot, MON dossier, TON dossier. A l’intérieur se trouve ce qui décidera de ton avenir.

Il l’ouvre, lit, fronce les sourcils, puis commence à le lire à voix haute : du jargon purement médical mais qui se termine par un : « 23 paires de chromosomes, 46 au total…. Et bien, il est parfait votre bébé ! »

En un éclair, je passe d’un ciel sombre et obscur à un ciel bleu et ensoleillé… et pourquoi pas avec quelques oiseaux qui chantent aussi… n’importe quoi, pourvu que ça puisse témoigner du soulagement immense et du bonheur incommensurable que j’ai pu ressentir à travers ces quelques mots.

Ma réaction ? Et bien, mon fils, elle va te faire rire : je me suis jetée au cou du médecin, en l’embrassant sur la joue, et en lui répétant un : « merci, merci, merci…. ». Et crois-moi si tu veux mais pour la première fois, je l’ai vu sourire. Il avait l’air heureux d’apporter une bonne nouvelle.

Puis vient la question :
« Vous voulez savoir si c’est un garçon ou une fille ?
- Vous savez, tant que ce bébé est en bonne santé… mais, euh, oui ! »

Il reprend sa lecture et termine par :
« 44XY, vous attendez un petit garçon en parfaite santé, Madame ».
Ce soir là commençait réellement notre vie à deux, en symbiose totale ! Ma grossesse s’est poursuivie de façon sereine. Je pouvais enfin m’autoriser à être heureuse de te sentir, heureuse de t’attendre tout simplement.


***

21 – 22 Octobre 2003

Le 21 Octobre 2003, à une semaine pile du terme, j’ai le ventre au bord de l’explosion. J’ai l’impression de ressembler d’avantage à une baleine échouée qu’à un être humain. Je n’ai plus qu’une envie : que tu sortes enfin. Mais tu n’as pas l’air franchement décidé…

Je vais faire les courses, et au retour, je suis tellement fatiguée, j’ai tellement mal partout, souffle coupé au moindre effort, que je me dis qu’il faut vraiment que je tente quelque chose pour que tu sortes. Et si je portais du lourd ? Oui, je sais, c’est stupide, mais dans ces moments-là, on est vraiment prête à tout et n’importe quoi. Et au pire, il ne se passera rien !

Me voilà donc en train de monter 4 étages……….. avec un pack de 6 bouteilles d’eau dans une main, et un bidon de 5 litres de Javel dans l’autre.

1er étage : rien.
2ème étage : ça commence un peu à tirer.
3ème étage : ça tire franchement.
4ème étage : une belle contraction ! Youpiiii… enfin, ma joie est de courte durée, puisque après ça, plus rien. Et puis de toute façon, ça fait des semaines que j’ai des contractions, des contractions de grossesse banales, sans aucune efficacité.

Une heure plus tard, il est 17h, les contractions reprennent, un peu plus douloureuses, environ toutes les 15mns. Mais je n’y crois toujours pas. Il s’agit sans doute d’un faux travail. Je m’occupe de ta sœur qui vient de rentrer du Jardin d’Enfants.

Vers 18h, ton père rentre du travail. Les contractions sont toujours là. Puis arrive LA contraction bien douloureuse, celle qui me cloue sur place. Ton père me regarde :
« ça va ? Tu veux qu’on aille à la maternité ?»

Je respire, la contraction passe :
« Non, ça va. C’est passé ! »

Je vaque à mes occupations, et 15 minutes plus tard, une nouvelle contraction douloureuse… puis on passe à toutes les 10mns, mais je refuse d’aller à la maternité pour l’instant.

Puis, vers 20h, encore terrassée par une violente contraction, je continue de dire à ton père :
« Non, ça va passer, tout va bien, je gère ! ».

Cette fois, il me répond :
« Tu attends quoi là ? D’accoucher à la maison ? ça fait 2 heures que ça dure. Je t’emmène à la maternité, que tu le veuilles ou non. »

Bon, dis comme ça….. Et puis, j’ai tellement mal que je n’ai pas la force de m’opposer à quoi que ce soit.

On dépose Lola chez les voisins, le temps que mamie vienne la chercher, et nous voilà partis pour la maternité. La moindre secousse de la voiture déclenche une contraction, c’est infernal. Ton père roule doucement pour justement éviter les secousses, et moi je n’ai qu’une envie : qu’il accélère, et qu’il se dépêche d’arriver à la maternité qui se trouve à 30mns de la maison. Résultat des courses : on a passé une bonne partie du trajet à se disputer. Il faut dire qu’à la base, j’ai un caractère assez impulsif, alors avec la douleur par-dessus, j’étais pire qu’un volcan en éruption.

Vers 21h, ça y est, on est sur le parking de l’hôpital. J’arpente les couloirs en me tenant le ventre, et en m’arrêtant à chaque contraction. De toute façon, je n’ai pas le choix : la douleur me scie les jambes à chaque fois, impossible d’avancer. Le chemin jusqu’au service maternité me semble durer une éternité.

Une sage-femme m’aperçoit au bout du couloir. Elle accourt avec un fauteuil roulant, m’assoit dedans pour me conduire en salle d’examen, afin d’évaluer l’avancée du travail, si tant est qu’il s’agisse d’un vrai travail. Au vu de l’intensité de la douleur, je me dis que mon col doit être ouvert à 4, au moins.

La sage-femme m’examine, et me dit :
« Vous êtes à …… 2 ! »

Quoi ? Mais ce n’est pas possible, je suis sure que c’est un vrai travail. Ce n’est pas mon 1er bébé, je reconnais les contractions, ce sont les vraies, j’en suis certaine.

« On va vous mettre en chambre, vous placer une perfusion, et injecter un produit pour stopper les contractions. Si c’est un vrai travail, ce sera inefficace. »

Tout se déroule comme elle me l’avait dit. Elle m’aide à gérer la douleur par la respiration. C’est vrai que ses conseils m’aident beaucoup : ça devient plus gérable. Je me souviens aussi qu’elle m’avait dit :
« Fermez les yeux, pensez à quelque chose d’agréable pour accompagner votre respiration, et focalisez-vous sur cette image, pas sur la douleur. »

Ce que j’ai imaginé ? Comme on était en automne, je m’imaginais dans un parc jonché de feuilles mortes, en train de jouer avec ta sœur Lola, alors âgée de 3 ans ½ : on s’amusait à souffler sur les feuilles qui n’avaient pas encore touché le sol, le but étant qu’elles restent en l’air le plus longtemps possible. J’associais cette image à ma respiration et ça marchait plutôt bien, je gérais bien la douleur. Je crois même que je me suis endormie, car la sage-femme est revenue me voir vers minuit alors que j’avais l’impression qu’une heure à peine s’était écoulée.

Elle m’examine à nouveau, et me dit :
« Et bien, ça avance on dirait, vous êtes à 4 doigts… votre bébé devrait arriver dans la matinée. On vous transfert en salle d’accouchement. Vous pourrez bénéficier de la péridurale, si vous le souhaitez ! »

Et comment, je le souhaite… J’admire les femmes qui accouchent sans péridurale parce que, franchement, il faut vraiment être résistante à la douleur.

Ton père discute avec la sage-femme. Il lui rappelle quand-même que l’obstétricien de ville qui m’a suivie les 7 premiers mois de la grossesse, et le cardiologue, préconisaient une césarienne.

Ah oui, il faut que je t’explique pourquoi : Lola est née par césarienne, pratiquée d’urgence, pour arrêt de la dilatation à 3cm après plus de 36h de contractions. Dix-huit mois plus tard, j’ai eu un problème cardiaque, potentiellement grave… on appelle ça de la fibrillation auriculaire, et c’est très rare chez un sujet jeune. Dans mon cas, cela s’est stabilisé tout seul, mais le risque majeur dans ces cas-là est l’embolie pulmonaire ou l’embolie cérébrale, entraînant la mort dans 50% des cas, et laissant des séquelles dans les 50% restant. Dans le doute que cela puisse se reproduire un jour, les cardiologues m’ont mise sous traitement…. à vie ! A ce jour, je n’ai plus jamais eu d’épisodes de fibrillation.

Donc, pour ta naissance, le cardiologue craignait qu’à l’effort de l’expulsion, mon cœur passe à nouveau en fibrillation, ce qui aurait pu être catastrophique pour moi, comme pour toi. On rajoute à ça le fait que j’avais déjà un utérus cicatriciel du fait de la 1ère césarienne. Trop de risques pour ces médecins : une césarienne programmée pour toi leur semblait plus raisonnable.

Mon obstétricien habituel ne pouvait pas pratiquer l’accouchement pour la simple raison qu’il ne dépendait pas d’une maternité de niveau 3. Il n’y avait ni service d’urgences cardiaques pour moi, au cas où, ni de service de néonatalogie pour toi, sachant que le traitement que je prenais passait la barrière placentaire, et qu’il y avait de fortes chances que tu naisses bradycharde (rythme cardiaque trop lent) avec des épisodes d’hypoglycémie. Rien d’ingérable mais qui nécessitait que tu sois gardé en observation pendant 48h, le temps que ton corps évacue la molécule de mon traitement. Pour toutes ces raisons, mon obstétricien m’a dirigé vers un centre hospitalier qui disposait d’une maternité de niveau 3 et d’urgences cardiaques.

Voilà donc pourquoi cardiologue et obstétricien préféraient de loin qu’une césarienne soit pratiquée.

Malheureusement, c’était sans compter le refus catégorique de l’obstétricienne en charge de mon dossier, qui estimait qu’une césarienne n’était pas un acte anodin, et que mon état de santé n’en nécessitait pas une, d’autant plus que, je cite :
« Votre bassin est limite, mais pas trop petit, et votre bébé n’est pas très gros. »

Revenons-en au jour de ta naissance. Ton père discutait donc de cette fameuse césarienne avec la sage-femme qui, bien-sûr, n’avait pas d’autre choix que de se conformer à ce qui était écrit dans mon dossier : « Voie Basse ».

Nous voici donc installés en salle de travail. Assez rapidement, l’anesthésiste arrive pour poser la péridurale. Et là : ouf, la délivrance, j’aurai pu l’embrasser de me soulager ainsi. Plus de douleur, rien ! C’était magique.

Le travail avançait tout doucement. Environ 1h30 plus tard, je sens à nouveau les contractions. Elles sont douloureuses, mais gérables. Je ne reverrai plus l’anesthésiste. Il faudra faire sans.

Petite phrase assassine de ton père (même si on en rit maintenant), à 3h du matin, en soupirant, les yeux rivés sur sa montre : « pfffff, c’est looonnnngggg !!! ». Je crois que si j’avais eu un fusil à la place des yeux à ce moment-là, il serait mort sur place.

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