Vingt tranches sucrées-salées
46 pages
Français

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Vingt tranches sucrées-salées , livre ebook

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Description

Vingt tranches, vingt histoires de la vie partagée entre des patients et leur pharmacie, sucrées pour la douceur, l'affection, le partage, salées pour les moments difficiles, l'insupportable parfois. Au fil de ces tranches se dévoile un aspect que l'on connaît peu de son pharmacien: son affection sincère pour ses malades.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 04 décembre 2014
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312028927
Langue Français

Extrait

Vingt tranches sucrées-salées
Delphine Chadoutaud
Vingt tranches sucrées-salées











LES ÉDITIONS DU NET
22, rue Édouard Nieuport 92150 Suresnes
© Les Éditions du Net, 2014
ISBN : 978-2-312-02892-7
Avant-Propos
Aucun d’entre vous n’imagine qu’après votre passage « à la pharmacie », il reste un peu de votre personnalité, de votre vie, dans votre sillage.
Lorsque vous entrez dans nos maisons (car nous y vivons souvent 50 heures par semaine), vous poussez la porte sans horaires, sans rendez-vous, sans barrage de secrétaire, car vous angoissez, vous souffrez, vous hésitez, vous voulez parfois juste un peu de chaleur, et nous, nous ouvrons le sac que vous nous donnez, souvent rempli de confusions, et nous faisons le tri dans tout votre bazar. Parce que nous sommes moins impressionnants qu’un médecin, plus compétents quand même que la gardienne de l’immeuble ou le journaliste spécialiste de la santé (quoique parfois, il faut s’affirmer !), vous aimez venir nous trouver, nous tester, nous implorer, nous questionner, nous remercier, nous juger, nous engueuler mais très rarement vous nous laissez indifférents. Derrière nos blouses (quand nous en portons), sachez que Oh ! Surprise ! Il y a un être humain : vous nous faites sourire, rire, pleurer, de tristesse ou de joie, vous nous faites stresser, vous nous empêchez d e dormir, vous nous donnez tant à partager que nos vies deviennent riches des vôtres.
Ce livre souhaite être un recueil non exhaustif de ces moments terribles et sublimes de vos tranches de vies que vous nous offrez avec tant de générosité…
Sa construction, l’enchaînement de nos aventures peuvent surprendre ; pourtant, ils reflètent bien notre quotidien où nous passons du rire aux larmes.
La pipe de travers
Voici 14 ans maintenant que nous avons racheté cette pharmacie avec mon mari. J’étais très jeune alors, j’avais 27 ans, toute vierge des crashs de la vie, des tempêtes, je ne suis pas d’ailleurs au bout de mes peines, la vie peut être d’une telle cruauté… Mais Simone m’a mis une claque dans la figure ; j’étais alors dans l’idée que la sexualité, le désir, la passion se tarissaient, s’arrêtaient en vieillissant… Une belle première expérience dans la quête de l’humilité !
Simone a alors 82 ans. Je délivre ses ordonnances à l’aveugle pendant quelques mois car elle vit seule (elle est veuve et n’a pas eu d’enfants) et c’est son voisin qui, tout en prenant ses médicaments pour lui –suite d’infarctus-, prend en même temps les médicaments de sa voisine, Simone. C’est un homme charmant, 70 ans, toujours très aimable et drôle, un petit foulard dans sa chemise, le bouc parfait, bref, très élégant ; vivant avec une femme que nous ne voyons jamais non plus mais que l’on imagine ayant la même élégance.
Puis, ce voisin voyageant beaucoup avec sa femme, je me retrouve dans l’obligation de livrer ses médicaments à Simone de temps en temps. Je découvre alors une petite femme toute menue qu’un sale AVC a laissée avec une légère paralysie du visage, la forçant à parler la bouche sur le côté (d’autres ont cette manie sans avoir eu d’AVC !), une main un peu recroquevillée et le corps courbé en avant. Sa petite maison n’a rien de très jolie : une maison ni vieille ni récente, juste impersonnelle comme on savait faire dans les années 60-70, et son intérieur est sombre, triste, avec une odeur pas vraiment désagréable mais qui donne malgré tout l’envie franche d’ouvrir les fenêtres.
La vie avec Simone s’égrène donc, voisin présent ou livraisons… Quand une prescription indique pour la première fois un médicament à base d’œstrogènes destiné à améliorer la sécheresse vaginale. Je n’y prête pas attention : beaucoup de femmes âgées souffrent de sécheresse entraînant un inconfort et des démangeaisons. Pourtant, quelques jours plus tard, son médecin généraliste que j’ai au téléphone pour tout autre chose me dit « t’as vu ? J’ai dû mettre Simone sous Trophigil® ! Elle se tape son voisin ! Oh dis donc, triple ponté le mec ! Ca y va quand même ! ». Je lui réponds que Simone a dû se faire un rêve auquel elle croit : le voisin en question est bien trop élégant (et trop bien accompagné !) pour éprouver le moindre désir pour cette petite mamie toute recroquevillée ! Mon copain toubib reste alors dubitatif : lui ne connaissant pas le voisin, il ne sait plus qui croire…
Quelques jours plus tard, il revient pourtant à la charge : « mais si, je te dis ! L’infirmière les a surpris ! Elle a vu un cul nu à travers la fenêtre ! ». 
Je n ’y crois pas une seconde…
Et me revoilà partie pour livrer ses médicaments à Simone…
Je me gare, je sonne, j’attends… Je sonne à nouveau, elle a pu ne pas entendre, et puis elle n’est pas rapide pour se déplacer… j’attends… je sonne encore et vois éberluée LE voisin sortir de la maison, tout rouge et tout essoufflé, avec une protubérance dans le pantalon que je m’interdis de regarder très longtemps… Je jette le sac de médicaments par-dessus le portail ou presque en marmonnant « c’est pour Simone, au revoir ! » et je cours à ma voiture.
Le médecin avait donc raison !!! Mon mari éclate de rire quand je lui raconte en rentrant (les hommes, ça les fait toujours marrer, ces histoires !) et ma préparatrice met 2 heures à retrouver une taille normale pour ses yeux et pouvoir refermer la bouche.
Nous suivons donc de loin cette divine idylle, enfin, divine, pour Simone, car le voisin, lui, commence à trouver cette liaison très embarrassante : le médecin au courant, la pharmacienne se doutant de quelque chose… Puis Simone qui appelle matin midi soir week-end pour que son amoureux vienne la retrouver sous des prétextes divers ! C’en est trop pour lui, il lui signifie la fin de leur relation et part pour un nouveau voyage avec sa « régulière ».
Le médecin m’appelle alors : « Simone ne va pas bien du tout, tu peux pas aller passer un peu de temps avec elle et essayer de lui remonter le moral ? »
Et comment je fais, moi ? Autant Simone se confie à son médecin et lui a tout raconté, autant moi je ne suis pas supposée connaître sa passion pour son voisin !
J’y vais donc sur la pointe des pieds…
« Ça va, Simone ?
(il fait encore plus sombre que d’habitude chez elle, sa tristesse rejaillit sur les murs, on se croirait dans « L’écume des jours »)
– Bof…
– Vous n’avez pas le moral ? Le docteur m’a dit que vous étiez triste… C’est parce que vous vous sentez seule ? (je me lance) C’est parce que votre voisin est parti en voyage ?
– Oh lui, la seule chose qui l’intéresse, c’est que je le suce ! »

Petit moment de solitude. Quelle information !

– Mais euh… Comment euh… Vous êtes très amoureuse de lui ?
– Ben oui, je sais pas, oui…
– Bon…


Je me relance :
– En même temps, c’est formidable, Simone, vous vous rendez compte ? Vous avez 82 ans et vous êtes amoureuse comme une jeune fille de 20 !
– Ah vous croyez ?
– Ben oui ! C’est merveilleux ! Votre cœur bat ! Vous attendez près du téléphone en tremblant, c’est toujours mieux que de s’emmerder à longueur de journée, non ? Vous vivez !
– Oui, peut-être… »
Simone fut placée dans une maison de retraite, elle est morte il y a peu de temps… Son voisin n’a pas hérité de la maison moche, c’est toujours ça. Parce qu’au final, la seule véritable chose qui l’intéressait, c’était selon moi la maison. Et pas la pipe, aussi originale fut-elle avec une bouche de travers.

« Bonjour, je voudrais un steak à livres ! » (pour stick à lèvres !)
Romain avait raison
Pour faire face à la mort et en particulier aux morts interdites, j’entends par là les morts d’enfants, il y a plusieurs attitudes possibles. On se blinde, on construit un mur, mais cette couardise n’a que peu d’effets : on ne fait qu’entasser une douleur sourde qui viendra se réveiller à un moment ou à un autre ! Il y a l’attitude en « demi teinte », on s’investit mais pas trop, on fait un « reset » après les obsèques, ça fonctionne assez bien… c’est toujours mieux en tous cas… Et puis il y a mon attitude, qui ressemble à celle d’un kamikaze, mais je reste convaincue que c’est au final celle avec laquelle on peut vivre la mort « la plus douce » : l’investissement total, en tous cas, celui que vous permettent le malade et sa famille.
Romain est un ado sympa qui est scout et qui écoute Muse. Sa mère l’emmène voir le médecin de famille car il se plaint de douleurs abdominales. En pleine épidémie, le médecin conclut à une gastro-entérite, mais les douleurs ne cédant pas, le médecin prescrit une échographie, laquelle révèle une grosseur. Romain est dirigé vers l’IGR (Institut G

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