Choisir l administration publique? : 30 lettres pour une jeunesse sceptique...
146 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Choisir l'administration publique? : 30 lettres pour une jeunesse sceptique...

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
146 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Pourquoi, aujourd’hui, faire carrière au service de l’État? Quels défis la jeunesse peut-elle y trouver? Pour répondre à ces questions, le présent ouvrage dresse un tableau sans complaisance de l’univers qui attend le jeune qui voudrait travailler dans l’administration publique. Tout en mettant en relief les changements survenus depuis le moment où il devenait fonctionnaire en 1973 jusqu’à son départ en 2014, l’auteur livre sa perception des défis auxquels sont désormais confrontés les employés de l’État.
Cet ouvrage expose les principales composantes de l’environnement gouvernemental, situe le rôle des acteurs politiques et administratifs et décrit les contraintes éthiques, juridiques, administratives et budgétaires qui s’imposent dans cet univers. Il met aussi en évidence l’importance et la noblesse de la tâche de serviteur de l’État, aujourd’hui différente à plusieurs égards de ce qu’elle était il y a quelques décennies.
Le cheminement à double perspective de l’auteur – celle de praticien et celle d’universitaire – offre un point de vue original sur les sujets abordés. Son expérience pédagogique et son goût de la synthèse rendent accessibles des contenus en apparence techniques et réservés aux initiés. Sous forme épistolaire, cet essai rassemble une trentaine de lettres destinées à un jeune de la relève, teintées d’humour et ponctuées d’anecdotes personnelles, ce qui donne un ton convivial à l’ouvrage, lequel s’inscrit dans une approche de type mentorat.
Choisir l’administration publique? s’adresse à quiconque cherche à comprendre les rouages de l’appareil gouvernemental et de l’administration publique ou est attentif à ce qui se joue dans la sphère étatique: fonctionnaires en poste ou en devenir, administrateurs publics, personnel politique, étudiants, journalistes, chercheurs et citoyens.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 19 septembre 2018
Nombre de lectures 2
EAN13 9782760550285
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0047€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La collection Administration publique et gouvernance des Presses de l Universit du Qu bec propose des titres qui mettent en vidence les nouvelles voies de la recherche et de la r flexion universitaires et professionnelles sur les grandes questions et les d fis de la gestion dans le secteur public. Les livres publi s portent sur tous les domaines de l administration publique, allant de son histoire ses tendances mergentes. La collection comprend des monographies, des collectifs ainsi que des uvres sur la pratique de la gestion. Elle a pour objectif de porter un regard sur tous les ordres de gouvernement, leurs agences et leurs r seaux, et sur les entreprises publiques. Elle peut aussi comporter des ouvrages traitant de l incidence qu ont le secteur priv , les organismes non gouvernementaux et le contexte international sur le secteur public. Les r sultats de travaux pr sent s dans cette collection sont en mesure de combler les besoins la fois des praticiens et des analystes th oriciens, et ils sont d int r t autant pour les gestionnaires publics que pour les chercheurs, les enseignants et les tudiants dans le domaine.
Choisir
l administration publique?
Presses de l Universit du Qu bec
Le Delta I, 2875, boulevard Laurier, bureau 450, Qu bec (Qu bec) G1V 2M2
T l phone: 418 657-4399
T l copieur: 418 657-2096
Courriel: puq@puq.ca
Internet: www.puq.ca
Diffusion/Distribution:
C ANADA
Prologue inc., 1650, boulevard Lionel-Bertrand, Boisbriand (Qu bec) J7H 1N7 T l.: 450 434-0306 / 1 800 363-2864
F RANCE ET B ELGIQUE
Sof dis, 11, rue Soufflot, 75005 Paris, France - T l.: 01 53 10 25 25 Sodis, 128, avenue du Mar chal de Lattre de Tassigny, 77403 Lagny, France - T l.: 01 60 07 82 99
S UISSE
Servidis SA, Chemin des Chalets 7, 1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse - T l.: 022 960.95.25
Diffusion/Distribution (ouvrages anglophones):

Independent Publishers Group, 814 N. Franklin Street, Chicago, IL 60610 - Tel.: (800) 888-4741

La Loi sur le droit d auteur interdit la reproduction des uvres sans autorisation des titulaires de droits. Or, la photocopie non autoris e - le "photocopillage - s est g n ralis e, provoquant une baisse des ventes de livres et compromettant la r daction et la production de nouveaux ouvrages par des professionnels. L objet du logo apparaissant ci-contre est d alerter le lecteur sur la menace que repr sente pour l avenir de l crit le d veloppement massif du "photocopillage .
Choisir
l administration publique?
30 lettres pour une jeunesse sceptique

Louis Borgeat

Pr face de six jeunes fonctionnaires
Catalogage avant publication de Biblioth que et Archives nationales du Qu bec et Biblioth que et Archives Canada
Borgeat, Louis, 1949- , auteur
Choisir l administration publique? 30 lettres pour une jeunesse sceptique / Louis Borgeat.

(Administration publique et gouvernance)
Comprend des r f rences bibliographiques.
Publi en formats imprim (s) et lectronique(s).
ISBN 978-2-7605-5026-1
ISBN 978-2-7605-5027-8 (PDF)
ISBN 978-2-7605-5028-5 (EPUB)
1. Fonction publique - Qu bec (Province). 2. Fonction publique - Emplois - Qu bec (Province). I. Titre. II. Collection: Administration publique et gouvernance.
JL252.B67 2018
352.6 309714
C2018-941780-3


C2018-941781-1

R vision Ghislaine Barrette
Correction d preuves Sandra Guimont
Conception graphique Julie Rivard
Mise en page Sophie Despins
Image de couverture iStock
D p t l gal: 3 e trimestre 2018
Biblioth que et Archives nationales du Qu bec
Biblioth que et Archives Canada
2018 - Presses de l Universit du Qu bec
Tous droits de reproduction, de traduction et d adaptation r serv s
Imprim au Canada D5026-1 [01]
Pr face

Nous sommes de jeunes membres de la fonction publique qu b coise, bien que de moins en moins jeunes. Nous provenons d horizons diff rents: le droit, l administration, les sciences sociales, l informatique. Ce que nous avons en commun, c est la chance d avoir crois , au d but de notre carri re, le chemin de Louis Borgeat. Travailler avec ce gestionnaire-leader, qui est un p dagogue aguerri ainsi qu un humoriste ses heures, a non seulement t stimulant, mais galement fort amusant. Il nous a fait confiance, a t l occasion indulgent, et nous a impliqu s dans des dossiers organisationnels importants malgr notre exp rience limit e. Il est parier que notre trajectoire professionnelle aurait t sans lui fort diff rente. Ce fut donc un honneur de l accompagner au fil de l criture de ses lettres.
Demandez un jeune enfant ce qu il veut faire dans la vie. Pas un ne vous confiera qu il aspire devenir fonctionnaire, ce mot ne faisant probablement m me pas partie de son vocabulaire. Face aux polici res, aux pilotes d avion, aux pompiers et aux conducteurs de gros camions, nous ne faisons pas le poids. Au cours de notre formation universitaire, nos professeurs nous ont pr sent plusieurs options de carri re dans lesquelles nous pourrions mettre profit les aptitudes acquises: la fonction publique en faisait rarement partie. Certains d entre nous l ont d couverte par hasard.
Plusieurs d entre nous ont des enfants ou partagent les faits saillants de notre vie professionnelle avec nos parents. Nous pouvons t moigner combien il est difficile d expliquer notre prog niture ce que maman ou papa fait dans la vie ou de faire comprendre la famille le travail que nous accomplissons au quotidien. Dans le cas des enfants, m me ces journ es sp ciales pass es au bureau avec nous n ont pas suffi pas claircir le myst re! Cela dit, cette incompr hension du travail du fonctionnaire n est pas exclusive nos proches; elle s observe chez plusieurs adultes et fr le parfois le d nigrement, voire le cynisme.
Ces jours-ci, le service public n a pas la cote qu il avait autrefois. Des scandales de corruption mis r cemment au jour par la commission Charbonneau et les articles - voire des s ries enti res - de plusieurs m dias dirigent les projecteurs sur les d penses de l tat jug es excessives et ont largement contribu cette d cote, l arbre du scandale ponctuel cachant ici la for t d un travail rigoureux et de qualit effectu jour apr s jour.
Au d part, nos motivations pour joindre la fonction publique qu b coise taient multiples. D abord, la conviction du r le crucial de l tat dans l tablissement d une soci t qui se soucie du bien commun par le truchement de l ducation, de la sant , de la culture, de la justice, de l environnement ou du d veloppement conomique, par exemple. Ensuite, les normes d fis professionnels qu offrent les dizaines d organismes ou de minist res qu b cois, des plus petits aux plus grands. Et finalement, ne l oublions pas, les conditions de travail avantageuses qui font, comme l expliquera l auteur, qu un fonctionnaire n est ni riche ni pauvre et qu il peut explorer des terrains divers, passant, par exemple, des transports la culture ou de la s curit publique l environnement. Mais, au-del des nobles motivations et de l id e que nous nous faisions du poste que nous convoitions, pas un d entre nous n aurait pu d crire pr cis ment les t ches qui sont les n tres aujourd hui, encore moins le syst me complexe dans lequel elles allaient s inscrire.
Avec la diversit des emplois offerts au sein des nombreuses instances de l administration publique vient n cessairement un certain flou quant la d finition de ce qu est concr tement un fonctionnaire. Le Petit Robert n est pas ici d une grande utilit : "personne qui remplit une fonction publique . Des dizaines de milliers de personnes dont on ne conna t pas pr cis ment le travail et qui sont r mun r es partir des imp ts et des taxes. Voil des ingr dients qui, combin s, sont peu susceptibles de redorer le blason d une carri re dans l administration publique, pourtant noble et absolument essentielle.
Nos premiers pas vers la fonction publique ont t faits un samedi, en compagnie de centaines d autres inscrits, qui avaient t comme nous convoqu s un concours visant obtenir le droit de figurer sur une liste de d claration d aptitude. C est un passage oblig . Toute personne aspirant int grer l appareil gouvernemental doit se soumettre ces fameux examens et les r ussir! La t te qui surchauffe et des dizaines de petites cases noircir au crayon de plomb, devoir choisir entre des r ponses qui parfois se ressemblent dr lement.
Honn tement, la suite tait assez difficile pr voir. Est-ce que la classe d emploi pour laquelle nous aspirions nous qualifier tait la bonne? Combien de temps s coulerait avant qu un minist re ou un organisme pige notre nom dans la liste et consid re notre candidature? Comment faire pour savoir si les postes qu on allait nous offrir r pondraient nos aspirations? Le concours r ussi allait-il nous permettre d obtenir une permanence dans cette fonction publique o plusieurs vivotent titre d "occasionnels ?
Ce que nous ignorions, c est que le nombre de questions que nous nous posions n allait non pas diminuer, mais se multiplier une fois au sein de l appareil gouvernemental. quoi sert le Conseil du tr sor? Quel est le r le du minist re du Conseil ex cutif? Quelle est la diff rence entre une loi et un r glement, et comment ces textes cheminent-ils jusqu influencer le devenir de toutes les Qu b coises et tous les Qu b cois?
M me si certains d entre nous avaient tudi l cole nationale d administration publique, ce qui pouvait nous laisser croire que nous partions avec une longueur d avance, nous avons rapidement constat qu entre la th orie et la pratique il y a loin de la coupe aux l vres La somme des informations assimiler est impressionnante. Des fa ons de faire apprendre, une culture organisationnelle comprendre, des rudiments de la hi rarchie ma triser, une longue histoire d couvrir et respecter. Il faut conna tre son minist re et son organisme, mais aussi l ensemble dans lequel il s ins re. Le tout requiert une certaine dose d humilit , d coute, de pers v rance et d adaptation. Qui plus est, une partie de ce travail est recommencer si le destin nous am ne uvrer au sein de plusieurs minist res et organismes.
C est avec toute la bonne volont du monde ainsi qu une certaine f brilit que nous arrivons au travail, le premier jour. Une fois que les coll gues du bureau nous ont t pr sent s et que la formation de base nous a t dispens e, il faut voler de nos propres ailes. Install s devant un cran dans notre modeste bureau, nous ressentons alors un l ger vertige. Il faut n anmoins sauter.
C est ce moment pr cis que ces 30 lettres pour une jeunesse sceptique se seraient r v l es fort utiles, car elles auraient pu nous montrer que le trajet venir allait tre tout sauf ennuyant et combien exigeant eu gard la diversit des r alit s appr hender: distinction entre le politique et l administratif, diversit des structures gouvernementales, primaut de la r gle de droit, omnipr sence thique, r le des processus, obsession budg taire permanente, proximit du l gislatif et de l ex cutif, tout cela dans une finalit ultime de recherche d un bien commun toujours en volution entre des courants id ologiques oppos s.
Ces lettres r unies dans un ouvrage dynamique d initiation aux fondamentaux de l tat qu b cois, outre de nous aider mieux comprendre son histoire, son volution et sa place cruciale dans la vie de nos concitoyennes et concitoyens, attestent de la sp cificit , de la complexit et de la richesse de cet tat qu b cois. L exp rience de l auteur, la fois comme professeur et administrateur d tat, nous donne sur cet environnement une vision in dite qui pourra inspirer aussi bien les fonctionnaires et les administrateurs publics que tous ceux qui s int ressent au fonctionnement de l appareil gouvernemental.

Vincent Bernier, chef du service des ressources informationnelles l Office de la protection du consommateur
Andr -Anne Joly, coordonnatrice en mati re de lutte contre la maltraitance envers les a n s au minist re de la Famille
Marie-Claude Lortie, conseill re en planification strat gique et en reddition de comptes l Office qu b cois de la langue fran aise
V ronique Morin, secr taire g n rale au minist re de la Justice
Francis R millard, directeur territorial l Office de la protection du consommateur
Rapha l Th riault, adjoint ex cutif de la pr sidente l Office de la protection du consommateur
Remerciements

Je dois remercier plusieurs personnes qui ont contribu cet ouvrage. D abord, de mani re indirecte, toutes les personnes avec qui j ai eu le plaisir de travailler au cours des 40 ann es o j ai uvr dans les services publics. Ils ont t constamment pour moi une source d inspiration, la plupart du temps pour le mieux.
De mani re beaucoup plus directe, je ressens une gratitude plus particuli re pour les nombreuses personnes qui ont relu le manuscrit pour me donner leurs commentaires au fil d une criture qui s est chelonn e sur pr s de quatre ans. Il s agit principalement de trois groupes de personnes.
Premi rement, quelques jeunes fonctionnaires de grand talent, professionnels ou gestionnaires, que j ai connus au cours de mes derni res ann es dans la fonction publique et dont le talent et la capacit d adaptation ont retenu mon attention; malgr leurs occupations professionnelles et familiales, ils ont bien voulu m accompagner tout au long de l criture en commentant chacune de mes lettres; ils ont galement accept de r diger collectivement la pr face de cet ouvrage. Ils ont aussi toute ma reconnaissance pour m avoir plusieurs fois incit continuer en d pit d in vitables h sitations r currentes.
Deuxi mement, j ai consult des ex-coll gues de l administration publique et du milieu universitaire. Ils avaient aussi la t che de lire chacune de mes lettres et d y apporter leurs suggestions. Ils ont t tr s utiles pour d terminer la pertinence et l exactitude de mes propos. Il s agit de Ren Dussault, Jacques Lagac , Daniel Maltais, ric Th roux et Fran ois Turenne. Et je remercie tout particuli rement Nelson Michaud, codirecteur de la collection Administration publique et gouvernance des Presses de l Universit du Qu bec, qui a t responsable de l valuation de mon manuscrit. Ce fut l occasion pour moi de b n ficier de toutes ses connaissances et de sa grande rigueur.
Troisi mement, il y a beaucoup de personnes aupr s de qui j ai cru utile de valider mon point de vue sur des questions pointues o mes connaissances taient insuffisantes. Elles ont v rifi le fondement d une affirmation droite et gauche, le plus souvent sur des sujets un peu trop loin de mes comp tences ou de mon exp rience personnelle. Elles sont trop nombreuses pour tre num r es ici, mais je les remercie galement.
Bien s r, les erreurs qui subsistent sont ma responsabilit . Je pr sume qu il en subsiste malgr toutes mes v rifications, mais sans un certain go t du risque, on ne fait rien, on n crit rien: on se cache et on attend. Je souligne ici que les derni res v rifications que j ai faites sur les contenus de mes lettres datent de f vrier 2018.
En terminant, je ne peux m emp cher de souligner les bienfaits que l re num rique dans laquelle nous vivons peut nous apporter. Dans mon cas, sans le r seau Internet et toutes ses ramifications dans de multiples sites gouvernementaux, je ne vois pas comment j aurais pu effectuer les nombreuses recherches qui m apparaissaient n cessaires pour appuyer mes propos, que ce soit dans des documents administratifs, des lois, des r glements ou des d cisions judiciaires. De la m me fa on, comme je n avais pas acc s, en tant que retrait , un service de secr tariat, j ai recouru un logiciel de reconnaissance vocale pour les derni res tapes de la pr paration du manuscrit. Cela m a vit les affres de la dactylographie qui auraient t pour moi un pensum quasi insurmontable. Vive les temps modernes!
Table des mati res
Pr face
Vincent Bernier, Andr -Anne Joly, Marie-Claude Lortie, V ronique Morin, Francis R millard et Rapha l Th riault
Remerciements
Introduction
Lettre 1 / 1970, un tout autre contexte
Lettre 2 / Deux univers bien distincts
Lettre 3 / Une grande institution
Lettre 4 / Une tape cruciale franchir
Lettre 5 / Ni riche ni pauvre
Lettre 6 / Un vent de souplesse venu du priv
Lettre 7 / oppos aux forces tectoniques
Lettre 8 / Un climat organisationnel temp r
Lettre 9 / Enl ve tes ill res!
Lettre 10 / Reste politiquement zen
Lettre 11 / Une constellation de minist res
Lettre 12 / avec bien des satellites
Lettre 13 / Le droit omnipr sent
Lettre 14 / mais aujourd hui mal aim
Lettre 15 / Constitution et chartes en haut de la pyramide
Lettre 16 / L thique par surcro t
Lettre 17 / Le politique au sommet
Lettre 18 / dans un monde singulier
Lettre 19 / Pas de d construction de l tat-providence
Lettre 20 / Un tat arbitre toujours n cessaire
Lettre 21 / Dette et d ficit au c ur de la vie politique
Lettre 22 / Des resserrements budg taires permanents
Lettre 23 / cr ant une lente rosion des services publics
Lettre 24 / Le "bien commun , concept relatif
Lettre 25 / L objectivit , devoir absolu
Lettre 26 / Gauche et droite face au pouvoir
Lettre 27 / Le l gislatif, lieu des grands arbitrages
Lettre 28 / Un ex cutif omnipr sent, mais sous haute supervision
Lettre 29 / en qu te permanente de coh sion
Lettre 30 / Toujours questionner, tout comprendre
Bibliographie
Introduction

Nos institutions tatiques n ont pas bonne presse. Au moment o j cris les premi res lignes de cet ouvrage, tout comme lorsque le lecteur s en saisira, une diversit d acteurs s affaire observer et critiquer l action des autorit s publiques, que ce soit les gouvernements ou les administrations publiques. La plupart le font sur une base professionnelle et en toute bonne foi, parce que c est leur r le dans une soci t libre et d mocratique de porter un jugement sur l action de l tat. Il est d ailleurs tout fait normal qu il en soit ainsi et c est une situation avec laquelle les acteurs publics apprennent composer au quotidien.
Cette m diatisation de l action publique, g n ralement plus critique que louangeuse, est susceptible d influencer le regard que nos concitoyens portent sur leurs institutions. Et elle a probablement aussi pour effet plus subtil d enlever certains le go t de s int resser la chose publique et de faire carri re dans le service public ou l ar ne politique. Ce dommage "collat ral de la dynamique critique d une soci t ouverte est probablement in vitable, mais il est galement regrettable.
J ai, pour ma part, une perspective bien diff rente de celle qui est g n ralement v hicul e sur la place publique au sujet du travail effectu par les fonctionnaires et les lus. Cet ouvrage, une bien modeste chelle, aura peut- tre pour effet, j en caresse l espoir, de faire contrepoids cette ambiance d l t re l gard de nos institutions et de ses acteurs, et d encourager quelques-uns de nos jeunes concitoyens s engager professionnellement dans l univers fascinant qu est celui de l administration publique.
J y ai fait carri re pendant plus de 40 ans, de 1973 jusqu au milieu de l ann e 2014. Au cours de ces quatre d cennies de service public, j ai connu le gouvernement du Qu bec en y uvrant pendant plus d une vingtaine d ann es. Mais j ai galement t professeur et gestionnaire l cole nationale d administration publique (ENAP) pendant un nombre d ann es peu pr s gal, au cours desquelles mon principal int r t a t l observation de l univers de la fonction publique.
Au sortir de ce parcours, en plus d tre pleinement satisfait de mon choix professionnel, j ai nettement l impression d avoir servi mes concitoyens. Aujourd hui, c est donc avec une certaine tristesse que je constate qu une telle carri re suscite peu d int r t aupr s d une jeunesse talentueuse souhait, mais souvent attir e par des champs d action mieux cot s et en apparence plus concrets.
Je dois reconna tre que le contexte des ann es 1970 qui tait le mien tait bien diff rent de celui d aujourd hui. Le choix des services publics tait naturellement et g n ralement valoris dans la collectivit . Au sortir de l poque de prosp rit qui suivit la Seconde Guerre mondiale, l tat s affairait la mise sur pied d une multitude de politiques publiques et d tablissements de services publics; on constituait alors l tat-providence qu b cois. D ficit et endettement ne constituaient pas encore une probl matique: une bonne politique trouvait toujours son financement!
Aujourd hui, l tat contemporain a franchi le cap de la modernit de ses structures et de la maturit de ses politiques publiques. En effet, celles-ci ont atteint un degr de d veloppement que plusieurs soci t s nous envient juste titre. Et la principale t che laquelle les fonctionnaires doivent se consacrer est plus orient e vers l ajustement, la modulation et le resserrement de ce qui a t difi au fil des d cennies qu la mise sur pied de nouvelles politiques structurantes.
Cette volution tout fait perceptible a pour cons quence, elle aussi, que l tat perd de son attrait comme possible lieu d une carri re stimulante; certains sont m me enclins aujourd hui voir la fonction publique davantage comme une occasion de b n ficier de conditions de travail confortables que comme une occasion de relever un d fi professionnel.
En outre, d autres milieux de travail apparaissent spontan ment beaucoup plus s duisants et proches des valeurs d aujourd hui. Le projet collectif largement partag consistant mettre en place un tat moderne a en effet laiss peu peu la place une multitude de projets individuels qui s incarnent davantage dans l entreprise priv e et dans l univers des technosciences.
Cette r alit nouvelle refl te une vision et des valeurs dites "postmodernes qui font que les grandes institutions d autorit ont perdu beaucoup de leur int r t et de leur cr dibilit aupr s des citoyens. L tat, comme lieu d autorit , n a pas chapp cette forme de d senchantement g n ralis en Occident, et les partis politiques non plus.
En d pit de cet environnement plut t hostile la reconnaissance du r le de l tat, je ne doute cependant pas que la pr sence d une autorit publique forte, organis e, efficace et au-dessus des actions individuelles, constitue un l ment fondamental d une d mocratie quilibr e. Les soci t s d pourvues d une gouvernance publique ad quate en paient largement le prix en corruption, en inertie et en inefficacit g n rale. Des gouvernants bien conseill s par des fonctionnaires comp tents seront toujours requis, du moins tant que nous serons en d mocratie, quelles que soient les modulations que celle-ci peut emprunter dans le cours de son volution.
Ce livre est crit afin de transmettre ces fonctionnaires, et futurs fonctionnaires, de l tat l essentiel des constats utiles qui r sultent de mes ann es de service; en ce sens, on peut y voir une forme de legs professionnel ou de mentorat virtuel. Je d cris ce que j ai appris et compris peu peu au fil de ces 40 ann es d activit professionnelle, et cela, au profit de ceux qui souhaitent nous suivre. notre arriv e dans l administration publique, on est bien mal outill pour saisir la complexit qui nous attend. Notre perspective est celle de notre discipline et de notre br ve exp rience personnelle. Il faut beaucoup de temps pour parvenir comprendre comment fonctionne cet ensemble tr s vaste.
On conna t peine le minist re ou l organisme o l on uvre, on ne sait pas ce que font les autres parties du tout auquel on appartient, on ne saisit pas qu on fait partie d une institution, la fonction publique, qui a pour r le d assister le gouvernement, un l ment essentiel d un tat, agissant dans une d mocratie lectorale, elle-m me de plus en plus interd pendante de la communaut internationale et des enjeux conomiques plan taires Que de chemin parcourir pour relativiser sa propre situation et en saisir en m me temps toute l importance. Avec les 30 lettres qui suivent, j esp re faciliter ce n cessaire cheminement ceux qui veulent servir l tat avec un certain bonheur.
Il ne s agit nullement d un ouvrage de type "m moires , qui m aurait oblig me raconter; je n ai pas l illusion de croire que mon histoire personnelle est, comme telle, digne d int r t pour la collectivit . En revanche, j ose croire que les observations et analyses d un t moin attentif de quatre d cennies d activit de l tat au cours d une p riode cruciale de son d veloppement peuvent tre utiles ceux qui h riteront du contexte dont j ai t un acteur, un t moin de l int rieur.
Ma perspective se veut d abord et avant tout institutionnelle: exprimer sur la base de mon exp rience comment je per ois la fonction publique, ses acteurs, son organisation, son fonctionnement. C est pour cette raison que je me suis abstenu le plus possible de citer ou d voquer des acteurs en particulier pour m en remettre davantage aux caract ristiques des situations observ es. De la m me fa on, j vite de qualifier le parti politique dont est form un gouvernement; mon avis, tous les lus se ressemblent, leur nature politique l emportant g n ralement sur les caract ristiques du parti auquel ils appartiennent.
Ce livre r sulte en fait d une pr occupation autre que celle de relater des souvenirs personnels, bien qu elle y soit occasionnellement pr sente, particuli rement dans les post-scriptum plus personnels et souvent anecdotiques qui suivent chacune des lettres. J ai toujours t contrari par le fait que la somme de nos exp riences de vie s teignait totalement au moment de notre d part de ce monde; ce sujet, les Africains auraient ce sage dicton: "Lorsqu un vieillard meurt, c est une biblioth que qui dispara t! Cela m attriste profond ment que la nature n ait pas r ussi contrecarrer le fait que tout le savoir accumul dans un cerveau des ann es durant se dissipe en m me temps que s teignent les neurones qui l h bergent - en fait, je devrais dire que ce gaspillage me scandalise, mais j h site prononcer des mots trop s v res l endroit de la Nature ou de son Cr ateur, de peur de repr sailles!
Pour r sister ma fa on cette cruelle r alit de la vie, de la mort et du caract re ph m re de la destin e humaine, j ai voulu qu une partie de l exp rience que j ai accumul e au fil des ann es puisse me survivre de mani re durable et, surtout, servir enrichir d autres parcours personnels. Ce livre est en quelque sorte le recueil d une partie de mon savoir professionnel, r dig sous une forme libre de toutes contraintes doctrinales. En cela, il est bien diff rent de ce que j ai r dig jusqu ici en droit administratif ou en administration publique avec le prisme propre ces disciplines; comme auteur, dans un m lange stimulant d appr hension et d excitation, il me permet d innover la fois sur le plan du contenu et de la forme. Un magnifique moment de libert !
J ai souhait m exprimer de mani re vulgaris e, en vitant tout jargon le plus possible. Je n ai certainement pas chapp la terminologie juridique, essentielle dans le contexte de l administration publique et, bien s r, tr s pr sente dans mon regard. C tait d autant plus important pour moi de rechercher cette simplicit de forme et de contenu que le lecteur peut tre de disciplines extr mement vari es; et, malgr cette diversit , je souhaite que chacun trouve son profit dans cet ouvrage. Cette recherche de vulgarisation et de synth se donnera certainement lieu des raccourcis, des omissions, des lacunes et m me quelques erreurs; le tout demeure ma responsabilit bien que je n aie pas n glig de consulter et de valider plusieurs passages.
Mes observations sont de diverses natures: tats de fait ou de droit, constats, commentaires, analyses, r flexions, mais aussi d fis, risques, obstacles, frustrations, etc. Je tente aussi d y mettre en vidence des liens pas toujours clairs pour donner un "pourquoi? ou un "comment? des r ponses qui ne sautent pas aux yeux, mais qui se manifestent au fil de l exp rience v cue: une vision de l int rieur de l appareil administratif de ce qui ne ressort pas n cessairement au premier regard. Bref, tout, sans trop de restriction mentale, ce que le quotidien nous apprend peu peu lorsqu on est au service de l tat.
En soi, il ne s agit ni d une critique ni d une apologie; on y trouvera exceptionnellement un peu des deux travers des l ments descriptifs beaucoup plus nombreux. J y ai galement gliss quelques l ments de prospective. Nos institutions demeurent imparfaites comme tout ce qui r sulte de la volont et de l action humaine, et elles doivent constamment voluer et s adapter aux attentes des citoyens. Mais ce n est pas mon objectif principal ici de pr senter des l ments de r forme; j y reviendrai dans un autre ouvrage, lorsque j aurai compl t mes r flexions
Et s il existe quelques biais en filigrane dans cet ouvrage, je souhaite que ce soit tout le moins celui de ma sympathie, de ma reconnaissance et de mon admiration profondes envers ceux qui consacrent leur carri re au service d une institution aussi importante; on y c toie des gens remarquables, aussi bien sur le plan politique qu administratif. Ces personnes ont pour t che de soupeser, arbitrer et trancher les d bats les plus complexes de notre poque, g n ralement ceux qui ne trouvent leur point d quilibre en aucun autre lieu. Ces lettres sont aussi pour moi une fa on personnelle de leur rendre hommage, en illustrant la complexit de ce que la collectivit leur demande jour apr s jour sans leur offrir, le plus souvent, la moindre gratitude.
Je le dis sans aucune amertume, car mon but ici n est pas de r gler quelque compte que ce soit, mais bien de livrer les fruits de mon exp rience au service de l tat. Les observations qui en r sultent n ont rien de spectaculaire; elles sont souvent la simple description de r gles, structures, processus, m canismes et politiques, autant de r alit s auxquelles j ai t confront et que j ai d apprivoiser au fil du temps.
Ce sont les observations d un praticien de l administration publique aliment es, tr s certainement, par des r flexes de professeur. En effet, sans un certain go t pour l analyse, la synth se et l criture, il m aurait t difficile, au cours des 25 derni res ann es, d observer et de chercher toujours mieux comprendre mon environnement, d accumuler m thodiquement des notes personnelles gauche et droite (la plus ancienne que j ai retrouv e datait de 1990), pour ensuite en faire la mati re du pr sent ouvrage.
Il s agit donc d un exemple de ce que peut donner la fusion de la perspective d un praticien avec celle d un universitaire. Et, sans une curiosit personnelle de tous les instants, que je n ai cess de cultiver, je n aurais pu faire l effort d oublier l arbre pour observer la for t ou de lever le regard au-dessus de la m l e qui domine notre quotidien.
Les observations qu on y retrouve ont le m rite de r sulter d une exp rience chelonn e sur de nombreuses ann es et nourrie de diff rentes perspectives, celles des diverses fonctions que j ai tour tour occup es: juriste, gestionnaire, professeur, sous-ministre et, finalement, dirigeant d organisme. En contrepartie, elles comportent la limite d offrir un point de vue tout fait personnel, forc ment limit dans le temps et l espace, et n cessairement influenc par ma personnalit , mes valeurs, ma formation juridique et mon parcours lui-m me. Donc pas de pr tention ici la v rit ; ce sont mes perceptions et elles sont toutes relatives; aussi revient-il chacun de faire la part des choses, d objectiver mes propos ou de relativiser les messages v hicul s.
Et finalement, qui est donc cet interlocuteur auquel je m adresse tout au long de ces lettres: est-ce un ventuel, un futur ou un nouveau fonctionnaire? Est-ce un fils, une fille, un parent, un proche, un mentor ? Est-il r el ou fictif? Cela est sans importance. Son existence r elle ou potentielle est le pr texte mon aventure litt raire.
Et, dans cet lan o je me sens tour tour comme un p re, un mentor et un conseiller, je n ai pas l intention de me priver du plaisir de distribuer des conseils comme bon me semble ni de la libert de d border du cadre troit de la fonction publique pour aborder l univers politique ou parler de la soci t et de la vie en g n ral! Ayant la plume en main, l occasion est trop belle pour ne pas dire ce que je pense. Le lecteur en retiendra ce qui lui convient.
LETTRE 1 /
1970, un tout autre contexte

Quelle surprise, cette nouvelle que tu as eu vent d un appel de candidatures dans la fonction publique et que tu "songes l id e d ventuellement consid rer l hypoth se de pr senter ton dossier pour te qualifier comme professionnel; on sent tout de m me dans tes propos quelques h sitations! Je ne m y attendais pas; j ai d lire et relire ton courriel pour bien comprendre qu il y avait l un d but d int r t ventuel. Tu as tant de projets personnels en t te que je n ai jamais pressenti que tu puisses avoir le go t de travailler pour une institution, semble-t-il, peu attirante pour ta g n ration.
Je n avais pas non plus observ qu il y avait actuellement de tels appels aux int ress s pour des postes pourvoir. Les minist res et organismes gouvernementaux font l objet, depuis plus de 25 ans, de restrictions et de coupes budg taires r currentes qui affectent, bien s r, le niveau d effectifs et, en cons quence, la possibilit de recrutement de nouveaux employ s. Toutes ces mesures li es la recherche constante d un quilibre budg taire ont malheureusement eu pour effet indirect d loigner les jeunes comme toi d une carri re possible dans la fonction publique.
Les processus de recrutement sont encore exceptionnels et les postes ouverts sont souvent statut pr caire, parce que les organisations sont sujettes des r ductions d effectifs. Or, lorsque celles-ci tombent, ce sont g n ralement les personnes r cemment nomm es qui copent. Autant d l ments qui ne sont pas de nature favoriser l apparition d une plus jeune g n ration de fonctionnaires.
Bref, nous sommes, en ce moment et sans doute pour un temps ind fini, dans un contexte moins favorable susciter des vocations pour la fonction publique. Mais je ne vais pas critiquer ton geste; tu connais mon pr jug minemment favorable la mission de service public et je ne peux donc que m en r jouir. Ce fut galement mon choix, tu le sais, il y a plus de 40 ans maintenant. Le contexte tait cependant fort diff rent bien des gards.
l poque, mon p re tait la t te d une petite entreprise prosp re qu il avait largement contribu d velopper avec l aide de ma m re; une histoire de famille, quoi. C tait au d part un petit laboratoire de m dicaments qu il avait acquis au d but des ann es 1950 la suite d un terrible accident d avion qui avait co t la vie son propri taire, un pharmacien de Qu bec. Apprenant la nouvelle de ce d c s tragique, mon p re s tait pr sent pour acheter le laboratoire que ce pharmacien avait cr et tenu en parall le de son activit professionnelle. C est ce commerce que mes parents ont d velopp pendant plus de 20 ans pour en faire une entreprise bien tablie qui a rapidement fait l envie de plus gros joueurs dans l industrie pharmaceutique.
Au d but des ann es 1970, mon p re tait malade depuis un certain temps d j et ses forces diminuaient constamment. Ma m re tenait le gouvernail de l entreprise du mieux qu elle pouvait, mais ne souhaitait pas assumer seule la suite des choses. Nous tions quatre fils et aucun d entre nous n avait manifest de l int r t pour prendre la rel ve de l entreprise; nous avions tous des plans de carri re orient s vers d autres horizons. Mes parents ont donc d cid de vendre leur entreprise une firme qu b coise qui s tait d j manifest e, sans doute au courant de l tat de sant pr caire de mon p re.
Je te raconte cet pisode cl de notre histoire familiale parce qu il est tr s r v lateur de l atmosph re qui r gnait l poque dans la soci t qu b coise. Les affaires et l entrepreneuriat, comme on dit aujourd hui, n avaient pas la cote dans les milieux instruits ou intellectuels. Il valait mieux faire carri re dans les professions lib rales, si on ne d cidait pas, bien s r, d embrasser la reine de toutes les vocations, le sacerdoce; oui, la pr trise aurait t le premier choix de bien des parents, dont les miens.
La formation coll giale de l poque, dans notre cas, le traditionnel cours classique charg d "humanit s , litt rature, histoire, philosophie principalement, nous orientait davantage vers l univers prestigieux des grandes professions et des sciences humaines que vers celui des affaires. D ailleurs, je ne connais pas beaucoup de mes condisciples qui ont fait le saut en affaires. C tait en effet une carri re que l on pouvait choisir sans avoir termin un cours chelonn sur huit ans. " quoi bon tudier, si c est seulement pour vendre des biens et des services de consommation?
C tait la vision qui pr valait alors. Je n tais pas diff rent de mes fr res ni de mes copains de classe. Et, m me si j tais tr s admiratif de ce que mes parents avaient construit, je ne me voyais pas la t te d une entreprise. Je finissais peine mes tudes de droit et je me voyais d j membre de la fonction publique dans le but affirm de servir la collectivit . Le dynamisme et l entrepreneuriat dont mes parents avaient fait preuve n avaient pas d teint sur leur post rit qui souhaitait se r aliser autrement qu en exploitant une entreprise.
Sur le plan social, dans ce qu il est convenu d appeler la "R volution tranquille , le Qu bec conna t alors, depuis le d but des ann es 1960, une profonde transformation politique. Tous les secteurs de l activit socio conomique sont vis s par ce chambardement. Les institutions publiques prennent une place qu elles occupent d j dans d autres tats, par exemple au f d ral et dans plusieurs autres provinces canadiennes. En l espace de quelques d cennies, le Qu bec rattrape bon nombre de soci t s qui ont construit leur tat-providence sur une p riode amorc e la fin de la crise conomique des ann es 1930 et qui s est prolong e apr s la Seconde Guerre mondiale.
Principal moteur et b n ficiaire de ce changement, l tat, plus particuli rement la fonction publique, est en pleine expansion. Il fait en quelque sorte le plein de programmes publics: ducation et sant en t te de liste, mais galement protection de la culture et de la langue, gestion du territoire, de l nergie et des ressources naturelles, etc. Parall lement, la fonction publique proprement dite se structure davantage en tant qu institution, en obtenant un statut formel et complet mieux reconnu par la loi. Viennent ensuite la syndicalisation des employ s et la n gociation des conventions collectives.
C est un v ritable chantier de soci t au c ur duquel l tat rayonne et attire. Gr ce la prosp rit prolong e de l apr s-guerre, les budgets et les effectifs sont au rendez-vous pour les nouveaux minist res et organismes. Dans un tel contexte de d veloppement conomique et d effervescence politique, les administrations publiques ont la cote et exercent un v ritable attrait, particuli rement sur la jeunesse. Je n ai pas chapp ce courant qui en a emport plus d un au d but des ann es 1970.
Vu d aujourd hui, ce n tait pas n cessairement un choix original. Le m me aujourd hui serait plus audacieux. Je ne sais pas si tu as des amis qui ont choisi le service public. J en douterais, car votre g n ration, de mon point de vue, semble surtout attir e par des projets plus personnels et susceptibles d assurer votre accomplissement et votre panouissement individuels. Ce sont l les valeurs du jour et elles sont plus ax es sur l individualisme et la souverainet de chacun.
Bravo, donc, pour ton int r t potentiel. Sache cependant que la s lection peut tre tr s serr e, m me dans un contexte d impopularit des services publics. Bien des normes l gislatives et r glementaires s appliquent la tenue de ces concours que l on dit tre "au m rite , c est- -dire bas e sur la comp tence des candidats.
Tiens-moi au courant de tes intentions et je te reparlerai avec plaisir du recrutement dans la fonction publique! En attendant, j ai bien d autres choses te dire
P.-S. mon poque, lorsque nous terminions nos tudes coll giales, il n tait pas question, comme c est le cas aujourd hui, de prendre une ann e ou un semestre "sabbatique pour se ressourcer, travailler ou voyager avant d entrer l universit ! la fin de notre cours, dans mon cas en 1968, on organisait une grande c r monie dite de "Remise des rubans au cours de laquelle nous recevions un ruban dont la couleur correspondait notre choix professionnel. Nos parents y taient convoqu s et, dans une ambiance solennelle, ils assistaient tous la proclamation de nos choix individuels de carri re.
En repensant cette c r monie, ce qui me frappe le plus pr sent, c est l absence totale cette poque de carri re reposant sur les technologies de l information. Celles-ci sont aujourd hui omnipr sentes dans les choix que toi et tes pairs posez pour leurs emplois: techniciens, analystes, programmeurs, ing nieurs ou chercheurs en informatique ou dans l une de ses branches. Une bonne partie des jeunes dipl m s du coll gial choisit cette voie qui ouvre, bien s r, de multiples horizons. Le concept n existait m me pas lorsque nous avons fait nos choix; il n y avait tout simplement pas d ordinateur, sauf peut- tre dans certains services de recherche. Cela ne fait tout de m me pas si longtemps, enfin me semble-t-il
Comme notre cours classique avait t long et exigeant, la seule perspective qui nous occupait l esprit tait d entrer rapidement l universit pour obtenir un dipl me et d nicher un emploi. Nous tions tous aux tudes temps plein et notre progression dans les programmes tait tr s rapide. Peu d entre nous d ailleurs travaillaient temps partiel pour payer leurs tudes coll giales; nous avions des emplois au cours des vacances d t et cela suffisait. C tait le sc nario traditionnel et peu d entre nous y chappaient. Ce fut celui suivi par mes trois fr res et moi.
Apr s avoir fait mon cours de droit en 1971 et avoir t re u avocat l t 1972, j ai d cid d entreprendre une ma trise en droit pour approfondir mes connaissances dans le domaine du droit administratif, celui qui s applique au gouvernement et qui m int ressait davantage. J ai termin ma scolarit au cours de l ann e qui a suivi.
Au moment o je m appr tais r diger mon m moire de ma trise, un professeur de droit administratif, Ren Dussault, qui m avait engag comme assistant de recherche, fut nomm pr sident d un organisme gouvernemental nouvellement cr , l Office des professions du Qu bec; il me demanda alors de venir travailler avec lui comme conseiller juridique. Je n allais pas rater cette occasion d occuper un emploi au gouvernement. C est ainsi que je me suis retrouv jeune fonctionnaire d s l automne 1973.
En outre, pour illustrer l effervescence qui r gnait dans les ann es 1970 autour du d veloppement de l tat et de la fonction publique, je te dirai simplement qu au moment de mon entr e en fonction l Office, j tais le premier juriste engag et qu mon d part, quatre ans plus tard, l quipe tait constitu e d une dizaine de personnes. Mon salaire de juriste tait de 10300$; lorsque j ai quitt mon emploi quatre ans plus tard, il avait plus que doubl . Comme tu vois, les ressources financi res et humaines ne manquaient pas. Cette p riode n a pas dur bien longtemps, crois-moi; je t en reparlerai dans une prochaine lettre.
LETTRE 2 /
Deux univers bien distincts

Cela dit, revenons l hypoth se d une carri re dans la fonction publique et l ventualit que tu te pr sentes une proc dure de qualification. Tu dois tre conscient qu il s agit d un univers bien particulier, passablement diff rent de ce que tu as connu jusqu ici dans tes diff rents emplois d tudiants, tes stages universitaires et, j imagine, dans ta pr paration pour tes r centes entrevues dans l entreprise priv e. L appareil gouvernemental fonctionne suivant une rationalit diff rente de celles que tu as connues, et elle peut tre tout fait d routante.
Oui, certes, la nature humaine constitue l essence m me de toute organisation; celle-ci n est pas autre chose qu un groupe de personnes qui mettent en commun leur nergie professionnelle dans un cadre partag pour r aliser la m me finalit . Partout, que ce soit dans le secteur priv ou dans le secteur public, cette pr sence humaine constitue le point commun de tous les environnements de travail o tu uvreras au cours de ta carri re. C est un d nominateur commun tr s puissant, mais il n est pas absolu.
Bien d autres l ments varient en effet d un milieu de travail un autre et en d finissent largement la culture. En ce qui a trait la culture de la fonction publique par rapport celle de l entreprise priv e, j ai, pour ma part, observ qu la base deux l ments d terminants la caract risent et la distinguent de fa on significative: la finalit et, par voie de cons quence, les valeurs.
La finalit . L entreprise priv e est orient e, tout naturellement, vers la survie et le mieux- tre de l organisation et des personnes qui l ont constitu e. Cet objectif ultime passe videmment par la r alisation de profits qui assurent le maintien et la croissance de l organisation. Ceux qui y travaillent doivent accepter cette perspective l gitime d enrichissement individuel et, donc, de recherche d un int r t essentiellement priv .
Dans le secteur public, ces questions de la p rennit et de la rentabilit ne se posent pas de la m me fa on; la plupart des organisations ne sont pas vraiment menac es dans leur existence et n ont pas g n rer de profits. S ils peuvent se d clarer sereins cet gard, les acteurs se doivent cependant d tre la recherche d une finalit qui se r v le beaucoup plus insaisissable et plus fluctuante, telle une cible mouvante, quel que soit le nom qu on lui donne: bien commun, int r t g n ral, mieux- tre de la collectivit , etc.
En effet, ces grands concepts ne sont pas univoques et leur signification est appel e varier selon les partis qui forment le gouvernement. Les orientations id ologiques affectent, bien s r, les politiques publiques labor es de m me que, dans une certaine mesure d termin e par la loi, les d cisions individuelles prises dans leur application. Tous doivent s adapter cet environnement o l appr ciation est beaucoup plus d ordre qualitatif que quantitatif.
Mais au-del des seules disparit s qui influent sur les orientations g n rales, les lus et les fonctionnaires qui contribuent celles-ci le font normalement dans une perspective tout autre que celle de la r alisation de leur int r t p cuniaire particulier. Je ne dis pas que l int r t personnel est totalement exclu des agissements et motivations de tout un chacun dans un tel univers, pas du tout. La volont d accomplissement individuel est galement pr sente dans le service public, chacun s effor ant de bien remplir le mandat qu on lui confie, de faire sa place dans l organisation et de progresser pour assurer son mieux- tre personnel. Il demeure que ces pr occupations doivent normalement c der le pas devant la r alisation d actions qui visent ultimement l int r t de la collectivit ou d une partie de celle-ci.
Mais, au travers de l volution de ces dossiers qui ne te concernent pas directement, tu trouveras certainement une satisfaction intellectuelle r fl chir des probl matiques d une grande complexit et une satisfaction morale participer la recherche d une solution qui serve le bien commun.
Les valeurs. Cette diff rence dans les finalit s exerce une influence significative sur les valeurs qui s imposent dans l un et l autre secteur. Dans le priv , on a les yeux riv s sur le tableau de bord de gestion o s inscrit en priorit le niveau d atteinte des r sultats, financiers et autres, escompt s. Dans un tel contexte, les valeurs recherch es par l organisation concernent la productivit , l efficacit , la qualit des biens et services offerts et la satisfaction de la client le. Et, au sein du personnel, on encouragera et r compensera les attitudes qui y concourent, tels le sens de l initiative, la rapidit d ex cution et la cr ativit .
Le secteur public fonctionne suivant des points de rep re qui sont diff rents et plus diffus. Dans le contexte o les dirigeants lus, travers leurs interventions politiques, cherchent incarner leurs id es dans la soci t , il va de soi que les changements qu ils souhaitent introduire dans les politiques et les services publics constituent pour eux un point de r f rence incontournable et omnipr sent. Pour y arriver, ils doivent faire preuve de diverses qualit s, par exemple de rigueur dans l analyse des propositions envisag es, de d termination dans leur processus d adoption et de souplesse dans la d finition de leur contenu.
Il s agit l du volet actif ou positif de leur action et, sur ce plan, la r ussite est relativement facile d celer tant pour eux que pour les fonctionnaires qui les conseillent et pour le public: projets de loi, projets de r glement, d cisions individuelles, discours publics, interventions m diatiques r ussies, statistiques de performance positive, etc. Voil autant de r sultats concrets et similaires ce qu on pourrait retrouver sur le tableau de bord d une entreprise priv e.
Mais comme les "bons coups de cet ordre ne peuvent se multiplier l infini, les dirigeants politiques sont tout aussi pr occup s au quotidien par les possibles manquements d ordre administratif ou op rationnel qui pourraient alt rer leur image et, en cons quence, nuire leurs chances de conserver les r nes du pouvoir. Il s agit l d un volet plus d fensif dans leurs pr occupations, lequel, il faut en tre conscient, induit au jour le jour dans la vie de l administration un fort r flexe de prudence: pri re tous de ne pas faire de vagues et d viter les crises qui pourraient compromettre l image du ministre ou du gouvernement.
Cette r alit a une influence consid rable sur la gestion, et cela, tous les niveaux. Elle am ne une culture de pr caution o le respect des r gles et processus applicables devient une priorit pour les fonctionnaires. Par exemple, pas question de gagner de l efficacit en privil giant certains b n ficiaires; il faut en effet respecter le principe d galit de tous devant les services publics qui oblige servir tous les citoyens, incluant les plus mal en point; pas question non plus de court-circuiter les proc dures pour acc l rer le traitement des dossiers qui s accumulent ind ment; il faut en tout temps agir dans la l galit et avec impartialit et quit .
Par surcro t, l imputabilit tant l interne qu l externe est devenue beaucoup plus lev e dans le contexte de transparence qui s est d velopp au cours des derni res d cennies. Ainsi, la prise de risques est susceptible de rendre les acteurs plus nerveux, car elle peut se r v ler probl matique, voire fatale pour le dirigeant politique responsable. C est dire que le droit l erreur, quelquefois magnifi par les chantres du management priv , s applique avec beaucoup de r serve dans l administration publique.
Le tout donne un contexte de gestion qui ressemble plus au travail du gardien de but qu celui du joueur offensif. Je caricature un peu, me diras-tu. L appareil gouvernemental n est certes pas un monast re, mais je tiens ce que tu saches ce qui t y attend: la diff rence d atmosph re et de culture entre les deux secteurs peut tre surprenante.
Si tu estimes que seuls l action et les r sultats importent, tu risques d y tre malheureux. Il faut accepter que la conception des politiques publiques et la prestation des services aux citoyens passent par des consid rations et des exigences peu spectaculaires, mais tout aussi recherch es, de rigueur, d objectivit et de neutralit , et que le plaisir peut venir autant des r flexions d ment compl t es et des processus laborieusement instaur s que des seuls r sultats obtenus.
En fait, si tu fais le saut au gouvernement, il faut que tu t attendes vivre un certain choc culturel. J ai souvent r fl chi aux diff rences entre ces deux univers et je sais qu on peut les analyser et les pr senter de diverses fa ons, mais les deux r alit s que j ai mises ici en vidence, finalit et valeurs sont pour moi d terminantes, car elles sont la source d autres particularit s de l univers gouvernemental.
La recherche d une finalit de bien commun par l tat, dans une soci t d mocratique, est une d marche difficile, litigieuse et essentiellement politique, d o :
la pr sence et la pr dominance d lus et d une rationalit politique dans la prise de d cision;
la complexit des enjeux qu il faut arbitrer, qui rel vent de l opportunit et qui comportent souvent des enjeux thiques;
la pr sence d opposants institutionnalis s l action gouvernementale, l opposition parlementaire et les partis politiques, ainsi que le regard souvent critique des m dias et du public;
une relative instabilit dans les interventions des gouvernements successifs.
Les valeurs qu impose cette finalit dans l action gouvernementale pour la conception des politiques et la prestation de services sont du plus haut niveau, d o :
l omnipr sence de la r gle de droit, de la d ontologie et de l thique;
la multiplication des organismes de contr le et des lieux de reddition de comptes;
une attitude g n rale de prudence et de pr caution;
la parcimonie des moyens dont les acteurs disposent;
la m diatisation constante de toutes les actions et, surtout, des manquements de l administration.
En d finitive, c est de toutes ces particularit s que j aimerais bien pouvoir te parler plus en d tail dans mes prochaines lettres, tant pour les expliquer que pour les d mystifier. Bien entendu, tout cela si tu souhaites que notre correspondance, un tantinet sens unique, se poursuive
P.-S. Lorsque je te tiens ces propos, il me revient l esprit le bref passage d un coll gue au minist re de la Justice, il y a quelques d cennies. Ce minist re l avait recrut de la pratique priv e du droit pour prendre en charge un mandat minist riel, celui de jurisconsulte, lequel tait d une grande importance pour le gouvernement. C tait un avocat r put qui avait fait ses preuves dans la pratique priv e pendant de nombreuses ann es dans un grand bureau.
Cependant, apr s moins de deux ans, irrit par les contraintes que lui imposaient tout instant dans sa gestion les r gles, les processus et les multiples niveaux d autorit , il avait pris la sage d cision, plut t que d y laisser sa sant , de retourner dans l univers qu il ma trisait le mieux, celui de son bureau d avocat. Il disait avoir l impression de tra ner des boulets chaque pied dans ses efforts pour faire avancer ses dossiers.
Il s agit videmment l d un cas extr me qu il ne faut pas g n raliser. J ai connu d autres personnes qui, apr s quelques surprises et contrari t s, ont pu finalement s int grer l administration publique, surtout en acceptant le partage de pouvoir qu on y retrouve sur le plan d cisionnel. Souplesse, capacit d coute et humilit doivent tre au rendez-vous pour assurer cette transition.
Paradoxalement, j ai pu observer que le parcours en sens contraire, soit le passage du secteur public vers le secteur priv , ne semblait pas soulever le m me genre de difficult s. Au contraire, les hauts fonctionnaires que j ai pu rencontrer parlaient d une exp rience positive et se disaient heureux dans leur nouvel environnement. Plus particuli rement, ils me disaient appr cier la complexit diff rente des enjeux, r gles, processus et niveaux d cisionnels. De plus, l absence d une pression constante en raison de l interface avec le niveau politique et ses nombreuses contraintes tait un soulagement bienvenu. Nous reviendrons plus loin sur les exigences de cette relation entre le politique et l administratif, qui s incarne principalement au niveau des hauts fonctionnaires, sous-ministres et pr sidents d organisme.
LETTRE 3 /
Une grande institution

Convictions personnelles, vocation j ai l impression que je t ai un peu effray avec mes propos. Au-del du vocabulaire peut- tre trop emphatique ou enthousiaste, ce que je veux exprimer, c est que ton choix pour la fonction publique suppose un certain engagement personnel, car les vents hostiles auxquels tu devras faire face seront constants. Il faut en cons quence tre bien outill pour y faire face et cela commence par la conscience de ce qui t attend.
La profession de fonctionnaire fait l objet de pr jug s depuis qu elle existe sous une forme ou une autre, et cela, depuis des mill naires, crois-le ou non. Les reproches qu on lui adresse sont peu pr s toujours les m mes depuis des temps imm moriaux: improductivit , inefficacit , suffisance et statut privil gi . Il y a une part de v rit et de r els travers dans ces reproches; j aurai certainement l occasion dans d autres lettres de te donner mon point de vue sur le sujet. Mais ils sont tout de m me empreints d une norme exag ration qui tient de la caricature facile et, quelquefois sans doute, d une certaine envie du statut dont nous disposons.
Il y a bien des raisons derri re les attentes tr s lev es et les critiques du public envers le gouvernement et l administration publique. D abord, nous sommes tous un peu captifs des services publics puisque les organisations qui les offrent se trouvent la plupart du temps dans une situation monopolistique. Et, travers la fiscalit , nous n avons pas le choix de contribuer r guli rement au financement de cette immense organisation; nous y sommes contraints de multiples fa ons. Nous percevant comme tant la fois clients et actionnaires de celle-ci, nous voil tout fait justifi s d tre critiques son gard.
Cela est d autant plus vrai qu aujourd hui les services publics sont partout et s tendent aux sph res d activit qui nous touchent le plus: sant , ducation, services de garde, s curit publique, protection de l environnement et du territoire, etc. Tout manquement dont nous pouvons tre t moins dans la prestation de ces services, "nos services publics , est une source imm diate de contrari t .
En outre, l administration publique est sous haute surveillance en tout temps et en tout lieu. En plus des citoyens qui re oivent les services, les observateurs attentifs et critiques de la chose publique ne manquent pas: opposition officielle l Assembl e nationale, m dias de toute nature, syndicats d employ s de l tat, groupes de pression, etc.
Tout d rapage, quelle qu en soit l importance, risque fort d tre mis en vidence et m diatis . Un sandwich avari dans une garderie, un professeur qui bouscule un l ve, un patient maltrait dans un CHSLD, voil autant de situations qui pourront tre catapult es l Assembl e nationale et sur la place publique. Les r seaux sociaux contribueront l imm diatet et l ampleur de la diffusion de ces manquements.
Ajoutons galement que certaines institutions tatiques, j y reviendrai, sont pr cis ment mandat es pour surveiller le bon fonctionnement de l administration: protecteur du citoyen, v rificateur g n ral, tribunaux administratifs et, certains gards, tribunaux judiciaires. Aucune autre organisation n est scrut e avec autant de rigueur et de minutie.
Tout cela alimente un certain scepticisme, souvent m me du cynisme, envers tout ce qui vient du gouvernement ou de ses repr sentants, lus ou fonctionnaires. N oublions jamais non plus qu au d part une large part de la population se trouve gouvern e par des lus pour lesquels elle n a pas vot : le parti politique qui remporte une lection est le seul d tenteur du pouvoir, sans pourtant avoir re u le vote unanime de la population, celle-ci tant n cessairement divis e entre les diff rents partis. Cela teinte certainement les perceptions de plusieurs lorsqu il s agit d valuer les r alisations gouvernementales, qu elles soient politiques ou administratives.
Tous ces motifs font que la profession ne doit pas s attendre beaucoup de consid ration et de gratitude de la part du public en g n ral. Non, la satisfaction au travail ne te viendra pas de l , mais plut t de ton r le lui-m me et de l influence que l organisation laquelle tu appartiendras pourra avoir sur la communaut .
Cela dit sur les perceptions s v res de nos concitoyens, revenons l essentiel: pourquoi la fonction publique est-elle d une si grande importance? mon avis, parce qu elle constitue une institution irrempla able dans une soci t moderne et d mocratique. Tu noteras que j en parle ici comme d une r alit qui transcende les individus qui la composent; mon sens, c est la meilleure fa on de rendre compte de ce qu elle incarne vraiment, un peu comme lorsqu on parle globalement et avec consid ration d autres institutions tatiques majeures comme le judiciaire, l arm e ou, m me, la police.
Mais qu est-ce qu une soci t moderne et d mocratique? Aux fins de mes propos, je dirais que c est une communaut qui a su consensuellement s organiser autour d institutions qui assurent l ordre public et la stabilit sociale, qui se pr occupent du bien- tre de tous les l ments de sa population par un juste quilibre entre des objectifs de libert , de responsabilit , d galit et de solidarit , et qui favorisent l volution de cette communaut par l avancement des connaissances et la reconnaissance de valeurs partag es. Bref, un projet permanent et inachev .
Mais attention, ces caract ristiques ne sont pas des ph nom nes de g n ration spontan e; leur tablissement et leur maintien dans une soci t se r v lent toujours fragiles et susceptibles de basculer vers le d sordre, voire la tyrannie. Les exemples de communaut s qui n ont pas su sauvegarder un point d quilibre d mocratique par des institutions solides sont malheureusement encore trop nombreux dans l histoire r cente.
Plusieurs groupes d acteurs sont appel s jouer un r le d terminant dans la qu te de cet quilibre. Le premier d entre eux se situe pr cis ment au sein des institutions qui appartiennent l tat. Outre les juges, les policiers et les militaires auxquels je faisais rapidement allusion, je pense ici d abord et avant tout aux dirigeants lus qui exercent le pouvoir au sein du gouvernement du jour.
Le r le de ces dirigeants est fondamental puisqu ils d tiennent l ensemble du pouvoir l gislatif et l essentiel du pouvoir ex cutif au sein de l appareil tatique. Leur lection permet la mise en place des valeurs dont leurs programmes politiques sont porteurs et, en ce sens, leurs projets sont repr sentatifs de ce que l on souhaite collectivement construire comme soci t . Comme ils sont les premiers d tenteurs du pouvoir politique formel, leurs choix et d cisions, quoi qu on en dise et qu on en pense, ont un effet significatif sur chacun d entre nous.
Or, les fonctionnaires ont essentiellement pour t che de les accompagner dans l ensemble de leurs interventions, autres bien s r que celles qui sont de nature purement partisane. Ils le font d abord en amont des d cisions, lorsqu ils analysent, comparent et pr cisent les volont s des lus, souvent exprim es de mani re sch matique dans les programmes de parti et les engagements lectoraux.
Mais ils le font aussi en aval de ces d cisions, dans le cadre de l application et de l valuation d une multitude de politiques publiques qui touchent tous les volets de notre vie collective et individuelle: s curit publique, ducation, sant , s curit sociale, environnement, culture et loisir, etc. En compl mentarit , dirigeants lus et fonctionnaires sont les principaux responsables des innombrables arbitrages politiques et administratifs n cessaires pour assurer l ordre public, ainsi que la coh sion et la justice sociales.
En marge de la fonction publique proprement dite, objet de mon propos, je ne voudrais surtout pas passer sous silence la multitude d organisations essentielles qui participent galement la prestation de services publics, particuli rement dans les r seaux de services la petite enfance, d ducation, d enseignement sup rieur, de sant et de services sociaux. Ils constituent l administration publique au sens le plus large du terme; environ 400 000 personnes y contribuent au jour le jour au mieux- tre de toute la communaut .
L accent que je mets ici sur les acteurs publics n enl ve rien l importance des acteurs non tatiques qui contribuent leur fa on la soci t id ale que nous recherchons. Il y a d abord ceux qui assurent la production des biens et services que nous consommons, une multitude d entreprises et d organisations de toute nature, commerciale et autre. Elles sont en bonne partie responsables de notre qualit de vie, l un des facteurs de notre stabilit sociale et de notre prosp rit .
Il faut galement tre conscient du r le essentiel de ceux qui, par leur r flexion et leur cr ation, nous permettent d avancer collectivement. D abord, les repr sentants des m dias, dont le regard critique sur nous-m mes et l il port sur l ext rieur du Qu bec nous obligent une remise en question constante, la fois de nos institutions et des actions qu elles posent.
Contribuent galement cette fonction critique les groupes de pression, les syndicats et les associations professionnelles qui, dans une perspective plus troite, soit celle de leurs int r ts imm diats ou de la cause particuli re qu ils d fendent, prennent position publiquement et nous obligent collectivement tenir des arbitrages tenant compte de l int r t de tous.
C est aussi le r le des universitaires et chercheurs charg s de faire avancer et de diffuser les connaissances dans leur secteur d activit ; ils sont d positaires d un savoir consid rable, dont ils contribuent repousser constamment les limites. Finalement, il faut reconna tre ici le r le fondamental des cr ateurs et artistes qui pressentent et annoncent les changements venir. Ils agissent souvent sur la base d une intuition qui n emprunte pas la voie de la rationalit , mais s exprime plut t dans l univers de l esth tique et de l motion, ce qui nous rejoint d autant plus. Cet univers effervescent est en large partie responsable de l volution dans une soci t toujours en recherche.
Je te mentionne bri vement ces groupes d acteurs de la soci t civile d abord parce qu en toute humilit chacun devrait demeurer conscient du r le respectif des autres institutions dans une soci t d mocratique. Celle-ci constitue une construction complexe dont chaque l ment joue un r le essentiel dans l quilibre global recherch . Il faut le reconna tre, et cela, m me lorsque leur r le est par d finition appel nous contrarier, ce qui est souvent le cas, par exemple, de la presse et des groupes de pression lorsqu on uvre dans l appareil tatique Leurs critiques sont en effet beaucoup plus fr quentes que leurs coups d encensoir!
Mais je les mentionne galement pour mettre en vidence que la plupart de ces acteurs sont tr s conscients de faire partie d un groupe important qui m rite reconnaissance dans la communaut ; il devrait selon moi en tre ainsi de cette institution qu est la fonction publique. Souvent, cependant, c est loin d tre le cas, et beaucoup d entre nous, au-del du fait qu ils jugent leur r le important au quotidien, ne sont pas vraiment conscients de leur appartenance collective une institution essentielle de l tat.
Or cette conscience est pertinente pour plusieurs raisons: pour mieux comprendre et affirmer son r le, pour mieux savoir comment l exercer, pour comprendre le fondement des protections et obligations qui sont les n tres (impartialit et neutralit ), les valeurs qu on doit soutenir dans la tourmente (comp tence, neutralit , objectivit et rigueur) et, enfin, pour susciter un l gitime sentiment d appartenance.
C est une r alit qu on a individuellement tendance perdre de vue, n tant qu un acteur dans une entit appartenant une immense organisation. Les personnes qui appartiennent d autres institutions ne se g nent habituellement pas pour souligner leur appartenance institutionnelle et en tre fi res. Par exemple, les juges, tr s pr s de nous, n ont aucun doute qu ils sont l expression d un pouvoir fondamental au sein de l tat et n h sitent pas l affirmer.
Il faut dire que la fonction publique n est pas une institution qui aime se mettre en vidence, pas plus pour ses bons coups que pour ses mauvais. Le r le d accompagnement des fonctionnaires s accommode mal d une visibilit sur la place publique. Cela r sulte du principe d anonymat qui caract rise son statut: l action gouvernementale et la d fense publique de celle-ci sont la responsabilit des ministres, repr sentants politiques du peuple et d cideurs ultimes.
Dans ce contexte, il est en quelque sorte institutionnellement contre nature de souligner le travail effectu l int rieur de l appareil, et cela, tant pour les fonctionnaires que pour leur ministre. Il ne s est donc pas d velopp de tradition de reconnaissance pour ce qu apportent les fonctionnaires l action gouvernementale.
Mais, depuis quelques ann es, sans doute l instigation de ce que fait maintenant syst matiquement l entreprise priv e, des regroupements ou associations d administrateurs publics ont d cid de prendre les choses en main ce sujet. Par exemple, l Institut d administration publique du Canada, l chelle canadienne, et l Institut d administration publique de Qu bec, l chelle qu b coise, remettent chaque ann e un certain nombre de prix d excellence et de marques de reconnaissance dans divers secteurs (fonction publique, secteur municipal, r seau de la sant et des services sociaux, r seau de l ducation, etc.).
Les organisations d sireuses de pr senter une r alisation collective ou individuelle soumettent leur candidature suivant diverses formalit s et conditions. Un comit de s lection constitu de pairs effectue les choix qui s imposent. Un v nement officiel, auquel se joignent tr s souvent des ministres, rend hommage aux finalistes et aux gagnants. Les m dias prennent le relais avec de plus en plus d int r t et informent le grand public des r alisations prim es.
Cette initiative est excellente plusieurs points de vue. Outre de reconna tre l excellence de multiples projets et de leurs quipes, elle l ve le voile sur des r alisations d exception dont d autres organisations publiques peuvent s inspirer. Cette occasion de c l bration pour l administration publique dans son ensemble permet ainsi d abattre les cloisons qui existent entre les secteurs d activit et les entit s pour d couvrir les meilleures pratiques qui y ont cours.
Suivant la m me tendance la discr tion et la r serve administrative, c est toujours un dilemme pour le gouvernement de d terminer s il faut r pondre aux commentaires publics n gatifs visant le travail des fonctionnaires; on y trouve occasionnellement des lacunes ou des erreurs et, quelquefois, une vidente mauvaise foi dans le traitement.
Au lieu de r pliquer l auteur du commentaire, on a souvent tendance plier l chine et attendre que la temp te passe. On argumente que r pondre "serait mettre de l huile sur le feu ou "appara trait comme une attitude d fensive et suspecte ou "mettrait le ministre risque . On laisse porter, esp rant que les m dias passeront autre chose, ce qui est le cas la plupart du temps.
Les fonctionnaires prouvent un sentiment d impuissance et d injustice de voir leur travail ainsi injustement malmen . Confront ces situations quelques reprises, j aurais souhait tre plus proactif, plus combatif pour r tablir les faits. Ce sont cependant les autorit s politiques qui ont le dernier mot sur les interventions possibles sur la place publique, une situation qu il faut vivre avec humilit , comme bien d autres.
Bon, je te laisse r fl chir ces cruelles consid rations sur la profession
P.-S. Pour illustrer le caract re caricatural de la vision qu on a souvent de la fonction publique, je te rapporte, de m moire, les propos d un ancien ministre, relat s par un coll gue universitaire, Jacques Bourgault, professeur associ l ENAP, dans le cadre d une recherche sur les relations entre le politique et l administratif: "De mani re g n rale, les hauts fonctionnaires ne sont pas vraiment comp tents, mais tous ceux avec qui j ai travaill l taient assur ment! (Je cite de m moire.)
Cela refl te, mon avis, l attitude g n rale du public. On observe souvent que nos concitoyens jugent s v rement l ensemble de l institution tatique, particuli rement l administration publique, lus et fonctionnaires. En revanche, lorsqu interrog s plus pr cis ment sur la qualit des services publics qu ils ont re us droite et gauche, ils se d clarent g n ralement satisfaits: c est en quelque sorte la confrontation entre le pr jug et la r alit qui s exprime ici.
Ces pr jug s envers les fonctionnaires sont profonds et tenaces. Heureusement, ou malheureusement, bien d autres groupes, avocats, comptables, policiers, etc., sont la cible de ces jugements sommaires et st r otyp s que l on partage dans nos conversations l g res et nos blagues autour d un bon verre de vin. L esprit humain a besoin de telles g n ralisations et simplifications; une appr hension r ductrice d une r alit qui est, par d finition, d une trop grande complexit . Ces raccourcis nous facilitent la vie et nous r confortent l gard de nos propres lacunes.
Au cours de mes ann es de service dans la fonction publique, je me suis toujours pr sent comme tant l emploi du "gouvernement du Qu bec , lorsqu on me questionnait sur mon emploi. Cela incitait mes interlocuteurs me demander ce que je faisais exactement dans cet univers bureaucratique et gris. Lorsque je leur donnais des explications sur mon r le, ma grande surprise, la plupart se montraient int ress s et, le plus souvent, surpris et impressionn s par ce qu on devait faire au jour le jour.
Encore ici, l ignorance est la m re de nos pr jug s et de notre intol rance envers ce qui nous chappe. Les difficult s d int gration des immigrants dans toutes les soci t s sont sans doute en bonne partie dues un ph nom ne de m me nature.
Je termine avec cette citation du philosophe grec Plutarque dans ses Avis aux hommes politiques qu un ami m envoyait r cemment et qui illustre tr s bien la profondeur historique de la s v rit dont on fait preuve l gard de nos lus: "Les moindres fautes paraissent beaucoup plus consid rables dans la vie des grands et des hommes d tat. L opinion qu on a commun ment de la grandeur et de l importance de leur dignit fait croire la multitude qu elle ne doit tre ternie par aucun vice ni par la moindre imperfection (Plutarque, 2017, p. 18-19).
LETTRE 4 /
Une tape cruciale franchir

Mais non, restons calmes, ce n est pas une montagne escalader ce processus de qualification la fonction publique! Oui, certes, il y a des r gles suivre et des tapes franchir, mais une certaine lourdeur administrative est l apanage de bien des entreprises de grande taille; on n entre pas ici dans une PME familiale.
Le formalisme du recrutement que tu redoutes existe dans une certaine mesure. Il n est cependant pas gratuit et vient du fait que, outre sa taille exceptionnelle, la fonction publique est une institution assujettie des r gles fondamentales tenant son statut et ses caract ristiques intrins ques; d ailleurs, toutes les fonctions publiques sont cet gard relativement semblables.
Par d finition, ni les r gles ni la proc dure suivre ne peuvent ici tre laiss es la discr tion de chacun des minist res et des organismes qui composent la fonction publique. N oublions pas qu un candidat recrut dans un organisme pourra poursuivre sa carri re dans d autres entit s administratives; quelques d nominateurs communs s imposent donc, notamment une r glementation appliqu e uniform ment dans l appareil administratif.
Cet encadrement se trouve dans la Loi sur la fonction publique, une loi-cadre qui d finit les principes essentiels de gestion du personnel uvrant dans les minist res et les organismes de la fonction publique; plusieurs r glements s y ajoutent. En passant, j esp re avoir plus tard l occasion d expliquer que les autres grands volets de la gestion administrative, que ce soit en mati re financi re, mat rielle, informationnelle ou contractuelle, font aussi l objet de lois-cadres qui s appliquent de la m me fa on tout l appareil gouvernemental.
Cette loi pr voit donc les r gles de base du processus de recrutement des candidats. La premi re de ces exigences touche la comp tence; il s agit du premier crit re de s lection, ce que le syst me britannique appelle le Merit System. En vertu de l article 48 de la Loi sur la fonction publique, "l valuation des candidats se fait sur la base des crit res de connaissances, d exp riences ou d aptitudes qui sont requises pour l emploi ou les emplois pourvoir . Cela suppose une v rification objective et rigoureuse, comme le souligne l article 49, qui pr voit que la proc dure d valuation "doit tre de nature permettre de constater impartialement la valeur des candidats .
Ensuite, un principe d accessibilit veut que le recrutement soit ouvert tous ceux qui souhaitent faire valoir leurs comp tences; cette " galit d acc s de tous les citoyens constitue une autre exigence de la Loi sur la fonction publique, et elle est jumel e une autre visant cette fois "la contribution optimale, au sein de la fonction publique, des diverses composantes de la soci t qu b coise (art. 3).
Conform ment ces deux principes, l article 45 exige que les appels de candidatures soient faits de fa on "fournir aux personnes susceptibles de satisfaire aux conditions d admission une occasion raisonnable de soumettre leur candidature . On se retrouve donc souvent avec de tr s nombreux dossiers; par exemple, un concours d agent de secr tariat ou de pr pos aux renseignements pourra donner lieu des centaines, voire des milliers de manifestations d int r t.
C est le pr sident du Conseil du tr sor qui a la responsabilit d administrer ces processus de recrutement, une t che qu il peut, en vertu de la loi, d l guer des sous-ministres ou dirigeants d organismes, ce qui est fait syst matiquement. Ainsi, lorsqu il s agit d appels de candidatures pour des classes d emploi touchant plusieurs minist res, c est un organisme gouvernemental, le Centre de services partag s du Qu bec (CSPQ), qui entre en action. Il s agit d une soci t d tat offrant ses services non pas la population, mais aux minist res et beaucoup d organismes administratifs.
Mais lorsqu il s agit de classes d emplois surtout minist riels, par exemple dans le domaine de la justice ou du transport pour des professionnels sp cialis s pour ce genre de mission, la d l gation est attribu e au minist re le plus directement concern . Cela donne lieu des appels de candidatures et des proc dures d valuation administr s de mani re sectorielle; les banques de candidats constitu es de cette fa on peuvent cependant tre utilis es par tous les autres minist res et organismes pour leur dotation.
Un mot sur le CSPQ, dont on entend souvent parler l int rieur de l appareil gouvernemental. Cr en 2005, il a pour mandat g n ral de syst matiser et d int grer la gestion de plusieurs types de services administratifs requis dans l appareil gouvernemental; on cherche viter que les diverses entit s multiplient des services de soutien identiques.
En regroupant et en centralisant ceux-ci, on recherche une plus grande efficacit , notamment des conomies d chelle. Son r le s tend d ailleurs bien d autres secteurs que celui du recrutement du personnel: gestion de la paye, remboursement des d pe

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents