Histoire des Cagots
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Description

L’histoire des Cagots a depuis le XIXe siècle fait cou-ler beaucoup d’encre. Dans les siècles précédents, la lutte de ces parias de la société ancienne vers une émancipation, avait été aussi dure que celle des Juifs. Souvent soutenus par les pouvoirs royaux ou provinciaux, les Cagots se heurtèrent aux préjugés et à l’ignorance de leurs concitoyens. Essentiellement cantonnés à la Gascogne, l’Aragon et le Pays Basque, cette population de Cagots, n’a pas une origine scientifiquement connue. Aussi les plus fantaisistes hypothèses ont été avancées et ce, jusqu’à nos jours, au mépris de toute vraisemblance.


Dans son Histoire des Cagots, Osmin Ricau — lui-même qui s’est découvert descendant de Cagot — fait le point, de façon très honnête sur ce que l’on en sait, et propose une solution originale et moyenne quant à leur origine. Laquelle origine restera, de toute façon et toujours, un mystère...

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EAN13 9782824051185
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Tous droits de traduction de reproduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.
Conception, mise en page et maquette : © Eric Chaplain
Pour la présente édition : © edr/ EDITION S des régionalismes ™ — 2009/2014
Editions des Régionalismes : 48B, rue de Gâte–Grenier — 17160 cressé
ISBN 978.2.8240.0059.6 (papier)
ISBN 978.2.8240.5118.5 (numérique : pdf/epub)
Malgré le soin apporté à la correction de nos ouvrages, il peut arriver que nous laissions passer coquilles ou fautes — l’informatique, outil merveilleux, a parfois des ruses diaboliques... N’hésitez pas à nous en faire part : cela nous permettra d’améliorer les textes publiés lors de prochaines rééditions.


Osmin RICAU

HISTOIRE DES CAGOTS Race maudite de Gascogne, Béarn, Pays Basque et Navarre Franco-Espagnols, Asturies et Province de Léon




Avant-Propos
D ans la zone franco-espagnole à cheval sur les Pyrénées occidentales, les Cagots ont tenu une place importante et joué un rôle considérable depuis le haut moyen âge jusqu’au siècle dernier, en raison de leur nombre, de l’utilité des professions qu’ils étaient les seuls à pouvoir exercer, et aussi à cause des problèmes posés par leur affranchissement lent et difficile, combattu avec un fanatisme aujourd’hui incroyable.
Ce livre répond à un besoin : il révèle un aspect très important et très original du passé des provinces de Gascogne, de Béarn, des Pays Basques, des Navarres, des Asturies et de Léon, tout à fait oublié par les descendants eux-mêmes de cette race maudite.
Ce livre répond pour moi à un devoir : longtemps j’ai su seulement des Cagots ce qu’en sait Monsieur Tout-le-Monde : leur crétinisme et leur goitre hideux.
Un savant venu de Strasbourg, très sérieux de par ailleurs, Ramond de Carbonnières, à la fin du XVIII e siècle, leur consacre quelques pages dans un ouvrage très lu à son époque, après avoir consulté au passage quelques habitants du pays n’ayant contre ces pauvres gens que préjugés hostiles : «  Décrire ces malheureux, dit-il, c’est décrire des crétins  ».
Un jour tomba par hasard sous mes yeux la relation de voyage de deux étrangers au XVI e siècle. Ils décrivent les Cagots agiles, vigoureux, les premiers au danger au moment des inondations ou des incendies.
Depuis j’ai voulu connaître la Vérité.
Je sais aujourd’hui que mon grand-père paternel était Cagot . Cette découverte tardive, toute récente, n’a pas troublé la Sérénité de l’historien, ne m’a pas fait reprendre et modifier mon étude pour lui donner l’allure d’un plaidoyer. Cela n’a point non plus, diminué mon courage.
Francisque Michel, dans son Histoire des Races Maudites de France et d’Espagne parue en 1847, accumule un trésor exceptionnel de renseignements précieux. Il a fait sur place de longues, patientes et minutieuses enquêtes, recueilli des témoignages aujourd’hui impossibles, recherché et dégagé tout ce qui avait été publié avant lui sur le sujet qui nous est cher.
Le Docteur de Rochas, il y a 87 ans, dans une étude publiée dans le Bulletin de l’Académie de Pau sous le titre : «  Les Parias de France et d’Espagne  », ajoute à ce problème quelques utiles données nouvelles.
Le Docteur Fay, il y a un demi-siècle, publiant son Histoire de la Lèpre en France , nous fait connaître de nombreux documents inédits.
Je ne rendrai jamais à ces Maîtres un suffisant hommage de gratitude. Le temps est révolu des moissons abondantes. Ils ont, eux, moissonné, quand il était temps encore, lié le bon froment ; ils nous l’ont conservé dans des ouvrages aujourd’hui rarissimes.
Mais tout n’est pas dans les documents, si complets soient-ils. Il est des aspects de l’Histoire qui ont paru en leur temps tellement naturels et irrévocables que nul n’a songé à les décrire. Ces aspects singuliers n’apparaissent qu’aux yeux attentifs du voyageur circonspect comme ces signes que les bergers de la montagne ont laissé de loin en loin pour reconnaître leur chemin effacé sous la neige...
Bordeaux, 1963.



La grande lèpre, lèpre de Job ou lèpre rouge
C e fut un des plus grands fléaux que le monde ait connus. Et le plus redouté. La Bible en fait une description effrayante.
Je fais grâce au lecteur des détails affreux de visages sans joues, sans lèvres, sans nez et des yeux sans paupières, de plaies vives, de mains rongées par le mal et dégageant une odeur repoussante.
Aux premiers signes suspects, la peur de la contagion était telle que le fils dénonçait son père, la mère son enfant. Il en fut ainsi partout, en Israël notamment, et chez nous quand la lèpre apparut, apportée, croit-on, par les marchants syriens. Très aiguë d’abord, la contagion devint moins redoutable ; elle connut une nette recrudescence chaque fois que nos populations entrèrent en contact avec des hommes d’autres races aux moments des invasions germaines, arabes, normandes, puis à l’occasion des croisades.
Dès le haut moyen âge, le lépreux était brutalement exclu de la société des autres hommes. Le malade suspect était immédiatement livré aux prêtres, qui n’étaient pas spécialisés comme aujourd’hui dans le soin des âmes. Ils exerçaient encore l’art de guérir, bien différent sans doute de la médecine telle qu’on l’entend aujourd’hui. Dans nos campagnes, le rebouteux, le guérisseur s’appelle encore “ lo preguentaire ” : celui qui prie.
Leurs soins, l’administration des remèdes s’accompagnent de formules incantatoires. Le prêtre placé au-dessus des hommes entre la terre et le ciel, recevant de Dieu un pouvoir surnaturel, était tout désigné pour soulager et guérir la maladie considérée en ces temps-là comme un effet de la volonté divine, soit en punition des pêchés du méchant, soit pour prouver le juste et l’innocent.
De plus, dans la terrible anarchie qui s’installa chez nous, consécutive aux invasions et principalement après les invasions normandes, l’église seule garda quelque léger vestige d’organisation, et s’occupa du soin des malades, créant les premiers hôpitaux qui furent des léproseries.
Le sujet présentant quelque signe inquiétant était soumis à un examen dont nous ignorons les détails ; on se fiait à l’aspect de la plaie, des urines, du sang coagulé plus ou moins vite, plus ou moins beau, dissolvant plus ou moins bien une certaine quantité de sel. L’odeur fournissait un élément complémentaire du diagnostic.
Reconnu lépreux, le malade inspirait l’horreur et la terreur ; il était aussitôt et à jamais exclu de sa famille, de la société.
De vieux rituels et notamment le rituel de Sens indiquent le souci des autorités religieuses voulant marquer par un office solennel cet acte important, afin de lui donner en plus un caractère sacré et pour que nul n’en ignore.
La cérémonie était celle des enterrements. Le lépreux y assistait en personne, couché dans son cercueil (1) . Il écoutait les chants funèbres dits à son intention. Il était exclu du monde.


(1) « Stat eccles. Tulli mess ». « Officiar curator dioc. Clarom et S. Flori, édit. ann. 1490 : du Cange Glossaire, art. Léprosi ». Cité par le D r de Rochas.



Lépreux (miniature du Moyen Âge).



Lépreux tenant en main la cliquette avec laquelle il était tenu de se signaler aux autres passants.


Sa femme était veuve, ses enfants orphelins héritaient sur l’heure.
Le malheureux couvert d’un manteau rouge quittait aussitôt la ville, marchant d’un pas rapide, agitant sans arrêt une bruyante crécelle. La foule s’enfuyait à son approche. Il gagnait une cabane isolée. Sa femme seulement était autorisée à le suivre.
D ’ autres lépreux devenaient ses compagnons ; la cabane devenait léproserie. Elles ne furent jamais bien grandes : dix malades au plus et plus ou moins nombreuses : il y en eut 2.000 en France sous Saint-Louis.
Le lépreux était mort pour le monde. Il eût pu lire en entrant dans la léproserie le conseil que le Dante lut à la porte de l’enfer : «  d’abandonner toute espérance  ».
Car la lèpre était réputée incurable. Dans les Saintes Écritures, les guérisons de Job, de Naamann, de Lazare étaient miraculeuses, résultant d’une faveur personnelle de Dieu.
Sans doute les examinateurs singulièrement désarmés du point de vue scientifique, et parfois terrifiés par la pensée de la contagion, se sont trompés bien souvent ; bien souvent ils ont confondu la lèpre avec l’eczéma ou la gale (2) . Le lépreux reclus voyait-il disparaître les signes alarmants, sa peau redevenait-elle lisse et belle, il n’en restait pas moins dangereux : il avait la lèpre rentrée, la lèpre en dedans. Nous rencontrerons même plus tard appliqués aux descendants des lépreux bien portants et parce que la lèpre, selon la Bible, était héréditaire, les termes de « lèpre de l’âme » et « lèpre morale ».
Il semble bien que les victimes de ces erreurs enduraient leur sort sans révolte et même sans amertume, selon la volonté des puissances du ciel, comme nous endurons aujourd’hui tout ce qui se passe au-dessus de nos têtes : le vent, la pluie, la foudre, la grêle ou la guerre.
Il est certain aussi que les lépreux comprenaient l’urgence de leur réclusion tout autant que le peuple et ses bergers qui, au début n’agissaient point par haine aveugle, mais par une naturelle réaction de défense sociale devant un danger réel, très grave et menaçant.
Nous savons que le premier sentiment des populations envers les lépreux fut un sentiment de pitié. Ils vivaient dans les léproseries du produit des aumônes quêtées à leur intention dans les villes et les villages.
Mûs par un semblable sentiment de charité, les riches, les puissants, au moment d’envisager leur départ pour l’autre monde, et afin de s’attirer la bienveillance des douaniers postés aux frontières du paradis, faisaient figurer les lépreux sur leurs testaments : le 14 novembre 1287, Noble Dame Rose de Bourg, veuve d ’ Ayquem Wilhem, Seigneur de Lesparre, fait un legs de vingt sous (3) aux Gaffetz de Bordeaux. Pierre Amanieu, Captal de Buch leur laisse cinquante sous, le 7 mai 1300. Le 3 mai 1309, Assahilde de Bordeaux fait un legs de soixante sous aux Gaffetz de Bordeaux, et 19 ans plus tard refait son testament pour porter cette somme à 10 livres et donne 10 livres aussi aux lépreux «  des honneurs de Benauge, Castillon et Castelnau de Médoc  ».
Ce sentiment général de pitié et de charité se manifeste encore et de façon touchante par le dévouement courageux des volontaires qui se chargeaient de gérer les léproseries et de soigner les malades. L’on est assez mal renseigné sur la nature de ces soins. On est amené à penser que l’on se préoccupait seulement de soulager les souffrances sans l’ambition de guérir un mal sans remède, car ce n’était pas pour cela que l’on avait enfermé le lépreux : il s’agissait surtout de l’isoler, le loger, le garder, le nourrir.
Ces infirmiers bénévoles furent dès l’origine groupés en une sorte de confrérie religieuse placée sous le signe de Saint-Lazare guéri de la lèpre par Jésus (4) .
Les collectivités du haut moyen âge ont naturellement agi ainsi que l’individu dans les situations désespérées selon l’instinct de conservation. Ces collectivités étaient dominées par le sentiment impérieux d’un très grave danger : toutes les mesures prises envers les lépreux sont justifiées par la terreur de la contagion.
Jusqu’ici rien, donc, que de très respectable, et même sympathique.



(2) Il y avait près de Bordeaux, à Gradignan, une léproserie dite de Sarnés. Sarnés = galeux, en vieux gascon. En espagnol la gale se dit « sarna » et le galeux « sarnoso ».

(3) Le sou fut d’abord une monnaie d’or, de grande valeur en ces temps où ce métal était rare. Le cours de l’Histoire n’est qu’une dévaluation continue.

(4) Les lépreux s’appelèrent les “Lazares”, devenu “ladres” par l’usage.


La petite lèpre ou lèpre blanche ou fausse lèpre
C e serait (car l’on n’a sur cette maladie au moyen âge que des renseignements assez vagues) pour les médecins : 1° La lèpre tuberculeuse, caractérisée par les taches érythémateuses, la chute des sourcils et des poils, les lépromes, les tubercules, les nappes d’infiltration dermiques, des lésions muqueuses, la fétidité de l’haleine, et les adénopathies.
2° La lèpre anesthésique ou tropho-nerveuse... » (D r Fay).
Ce qui importe surtout ici, c’est que ces affections présentaient quelques-uns des signes de la lèpre véritable, mais elles n’en avaient point la gravité.
Confondus d’abord, en raison de la terreur qu’inspirait le fléau, avec les vrais lépreux et séquestrés comme eux dans les léproseries, l’on s’aperçut assez vite qu’ils étaient moins dangereux et ils jouirent d’une liberté surveillée (5) .
Le plus ancien document ou il soit fait mention d’un lépreux est un cartulaire de l’abbaye de Luc en Béarn daté de l’an 1000 : «  ... et unum christianum qui vocatur Auriolus Donatus  ».
Christianus , ou crestiaa en béarnais, synonyme de Léprosus , est le premier nom sous lequel on confondait les lépreux rouges ou blancs.
Il faut attendre le 3 e Concile de Latran, en 1179, établissant le statut des Lépreux, pour trouver un texte qui les différencie.
Le Concile de Morcenx, en 1326, règle aussi leur condition de vie. Les lépreux blancs furent autorisés à se marier. On les trouvera vivant en famille dans des maisons isolées en dehors des villages, ou bien dans des quartiers clos situés hors les murs des villes, ou bien encore formant à la campagne des communautés nombreuses.
Sauf quelques restrictions importantes, inspirées toutes par la peur de la lèpre, ils pouvaient vivre à leur guise, exercer certains métiers, acheter des biens, les recevoir ou les transmettre par héritage, tandis que les grands lépreux restaient sévèrement reclus et privés de toute vie civile.
Entre les Léproseries ou maladreries proprement dite et les communautés de Lépreux blancs, le D r Fay signale une catégorie intermédiaire d’établissements abritant des ménages et des familles entières, et ou la réclusion était plus douce que dans les léproseries.
Nous ne nous en occuperons pas ici, consacrant plutôt notre attention sur la condition des Lépreux blancs que nous ne nommerons plus désormais que par le nom qu’ils ont portés au moyen âge : Crestiaas, Cagots, Gaffets, Cappots, Agots (6) .


(5) Les statuts des léproseries nous sont connus. Il paraît certain que dès le XIIIe siècle elles ne recevaient que les lépreux blancs : « qui fait péchié de luxure se doit widier le maijon ung an et ung jour ; au revenir fera penanche XL jours et III jours en pain et yave en le sepmaine et tenir silence ». (À Saint-Lazare d’Amiens. Statuts des Hôtels Dieu et des Léproseries, par Léon le Grand, p. 227). Les grands lépreux restaient sévèrement reclus, sans dans des cabanes isolées.

(6) En Navarre et en Pays Basque. Au pluriel “Agotac”.



Une Léproserie (miniature du XIII e siècle).


Les villages peuplés de Cagots s’appelèrent des Cagotteries .
Il y en eut d’importants en Bigorre. Écoutons cette vieille chanson :
En Tèrranèra (7) et Malhòc (8)
que son los grans Cagòts ;
En Andurans e Caneria (9)
qu’ei la gran Cagoteria .
Les registres de baptême tenus à partir du XVI e siècle dans chaque paroisse montrent que chaque village comptait une ou plusieurs familles de Cagots .
En Béarn, Luc et Monein furent des communautés très importantes de Crestiaas . On les appelait Crestiandat (en français Chrétientés ). D’autres villages comprenaient beaucoup de Cagots :
«  A Bedós lo bon vilatge,
A Bedós Cagòts son tots ;
Lo Cagòt ei de Sarrança,
la Cagòta ei de Bedós ;
A Bedós lo bon vilatge,
A Bedós Cagòts son tots  ».
Dans le Pays Basque, il y eut d’importantes Cagotteries : la Madeleine, à Saint-Jean-le-Vieux ; Agot-Echeac, à Saint-Jean-Pied-de-Port ; Michelenia, à Saint-Etienne-de-Baïgorry ; Ciboure, près Saint-Jean-de-Luz ; Saint-Léon, près de Bayonne.
Il y en eut aussi dans l’Armagnac, le Bazadais, l’Albret, le Bordelais. La Cristianaria de Sauveterre-de-Guyenne fut brûlée par les Pastoureaux, vers 1320.
La Cagotterie de Bordeaux est celle dont on connaît le plus de renseignements : elle s’appelait l’enclos des gahets ou lo Comunal des Gaffetz . Elle existait déjà au XIII e siècle et dura jusqu’en 1830 (D r Fay). Elle avait une église : Saint-Nicolas-des-Gahetz, entourée des habitations des Gahetz qui cultivaient quelques terrains à l’entour, appartenant au chapitre de Saint-André, mais subsistaient sans doute grâce au droit de quête.
Plus tard, ils seront notés comme «  charpantiers et bons travaillant qui gagnent leur vie en cet art dans la ville et ailleurs  ».



(7) Canton d’Aucun.

(8) Saint-Savin.

(9) Argelès.


Le noyau primitif des Cagots s’est formé sur place, d’individus autochtones ; grossi au cours des âges par des apports étrangers divers et successifs
I l ressort bien clairement de ce qui précède que les Cagots étaient des gens du pays. Pourtant il est urgent de le souligner car leurs divers historiens les font descendre des Goths, des Arabes, des Albigeois, des Chrétiens-ariens, et chacun défend sa théorie comme la seule valable.
Les Goths avaient conquis l’Espagne et régné à Tolède. Au début du VII I e siècle, les Arabes conquirent l’Espagne, dépouillèrent et asservirent les Goths qui étaient chrétiens, mais disciples d’Arius. Quand Charlemagne franchit les Pyrénées pour faire le siège de Saragosse, il le fit surtout par haine de l’Infidèle, mais aussi parce qu’il avait été appelé «  par les plaintes et les prières des chrétiens (10) qui gémissaient sous le joug des Arabes, aussi bien que par les promesses que lui avaient faites l’Emir Soliman el Arabi... ». L’aide escomptée fut médiocre. Les armées musulmanes de Catalogne et de Valence accouraient au secours de Saragosse. L’Empereur leva le siège et regagna la Gaule. Après Roncevaux, Charlemagne, dans la colère et la rancune que l’on devine contre les Vascons (11) , recréa la Marche d ’ Aquitaine qu ’ il confia à son fils Louis le Débonnaire.
Il avait été suivi dans sa retraite par les Goths qui s’étaient soulevés à son approche, et un petit nombre d’Arabes pareillement compromis. Ce groupe de “collaborateurs” (12) fournit-il les cadres administratifs et militaires de la nouvelle marche ? Il est probable que des domaines confisqués aux anciens propriétaires leur furent donnés. Ce qui est certain, c’est qu’une grande hostilité se manifesta en Aquitaine contre les nouveaux venus que Charlemagne appelle : «  nos Espagnols  » dans un diplôme de l’an 812 signé à Aix-la-Chapelle, afin de faire cesser les avanies dont ils étaient l’objet. Louis le Débonnaire, trois ans après accorde à... « quelques hommes abandonnant leurs demeures et leurs patrimoines en Espagne  »... « Nous avons reçu ces hommes sous notre protection et sauvegarde  »... Louis le Débonnaire accorde un statut comportant des privilèges et des devoirs : «  qu’ils aillent à l’armée avec le Comte  »... « et qu’ils ne négligent pas de faire sur nos frontières les gardes et le guet  » (13) .


(10) Les Goths d’Espagne étaient chrétiens Ariens ; Charlemagne les combattait ailleurs. Il n’y regarda pas de si près en cette occasion pour les besoins de sa politique.

(11) Il s’agit bien des Vascons du versant français des Pyrénées, traîtres à l’Empereur et vainqueurs à Roncevaux.

(12) Même situation pour les Afrancesados ou Josefinos, partisan du roi Joseph et qui suivirent la retraite des troupes de Napoléon en 1814 ; même situation pour le Maréchal Pétain, Laval, Doriot en 1944.

(13) Il y a dans ces deux pièces des noms germaniques : Egila, Ofilo, Atila, Frédemir, Elpéric, Téodalc, Wasco, Wigise, Witéric, Ranoid, Suifred, Langobard, Odésind, Walda.



Guerrier goth.



Couronne votive des rois “ariens” wisigoths d’Espagne.


Quelques ans plus tard, les Normands ravageaient la Gaule et l’Empire de Charlemagne tombait en poussière. Ces Espagnols Goths-Arabes détestés, fugitifs et pourchassés, pour échapper à l’extermination, se réfugièrent dans les vallées des Pyrénées alors désertes, très boisées, d’accès très difficile.
Nous dirons plus loin que tous les règlements concernant les Cagots leur défendent le port de toute arme autre que la hache. La raison de cette mesure curieuse, observée pendant des siècles ne peut s’expliquer que par le souvenir de ces étrangers militaires, oppresseurs redoutables et détestés, bientôt effacé, certes, mais motivant une haine sourde et comme instinctive, demeurant dans le subconscient des hommes du pays.
Qui, d’ailleurs, n’y regardèrent pas de si près et confondirent les descendants des “collaborateurs étrangers” protégés de Charlemagne, avec les Cagots , dans une même réprobation faite de mépris, de crainte et de haine.
Car il m’a paru que, dès le XIII e siècle, l’ère de la charité fraternelle était déjà révolue. Nous voyons naître et nous verrons grandir le racisme Cagot .
Charles Martel avait arrêté les Arabes à Poitiers. Mais il ne les harcela point dans leur...

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