Histoire des Comtes de Poitou (Tome 4 : 1189-1204)
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Description

L’Histoire des Comtes de Poitou d’Alfred Richard – ancien archiviste du département de la Vienne –, éditée pour la première fois en 1903, est fondamentale pour la connaissance de l’histoire du Poitou et de l’Aquitaine des Xe, XIe, et XIIe siècles. Et pour mieux comprendre l’épopée de ces comtes qui devinrent les plus puissants seigneurs du royaume des Francs – ducs d’Aquitaine, ducs de Gascogne, et même, comtes de Toulouse – avant d’être sacrés, au XIIe siècle, reines et rois d’Angleterre. Cent ans après cette première et aujourd’hui – introuvable – édition, voici une troisième édition en quatre tomes de ce grand œuvre de l’Histoire « régionale » qui réjouira tous les amateurs et tous les chercheurs.


De la mort d’Henri II (1189) à celle d’Aliénor (1204), c’est à l’apogée — avec Richard et Othon —, puis, à la mort de Richard (1199), à la chute brutale de l’empire Plantagenêt que nous assistons. Un livre vraiment essentiel pour cette période cruciale de l’histoire de l’ancienne Aquitaine : Aquitaine, Poitou-Charentes et Vendée, Limousin, Midi-Pyrénées et Auvergne.

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EAN13 9782824051031
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Tous droits de traduction de reproduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.
Conception, mise en page et maquette : © Eric Chaplain
Pour la présente édition : © edr/ EDITION S des régionalismes ™ — 2005/2012/2016/2020
Editions des Régionalismes : 48B, rue de Gâte-Grenier — 17160 cressé
ISBN 978.2.8240.0353.5 (papier)
ISBN 978.2.8240.5500.8 (numérique : pdf/epub)
Malgré le soin apporté à la correction de nos ouvrages, il peut arriver que nous laissions passer coquilles ou fautes — l’informatique, outil merveilleux, a parfois des ruses diaboliques... N’hésitez pas à nous en faire part : cela nous permettra d’améliorer les textes publiés lors de prochaines rééditions.


AUTEUR

ALFRED RICHARD




TITRE

HISTOIRE DES COMTES DE POITOU tome I V ( n. s. ) (1189-1204)





g. — Richard et Aliénor (1189-1196)
L e soir même des funérailles de son père, Richard s’était retiré à Saumur, mais avant de quitter Fontevrault il avait réglé la situation des serviteurs d’Henri, de ceux qui l’avaient accompagné jusqu’au moment où la terre recouvrit les restes de leur maître. Plusieurs d’entre eux, qui avaient donné au roi défunt de nombreuses preuves de leur fidélité et qui, par suite, s’étaient trouvés devenir les adversaires directs du nouveau roi, n’étaient rien moins que rassurés. Mais Richard, qui était au fond un habile politique, jugea qu’il serait bon de reconnaître le mérite de cet attachement à la personne d’un prince, alors que ceux qui donnaient cet exemple n’avaient plus rien à attendre de lui, et sans tarder, aussitôt son arrivée à Fontevrault, il manda auprès de lui Maurice de Craon et Guillaume Le Maréchal, qui avaient pris la direction de la maison royale, immédiatement après la mort d’Henri.
Il se montra à leur égard d’une bienveillance extrême, particulièrement pour Guillaume Le Maréchal, qui avait failli le tuer dans l’affaire du Mans. Il le renvoya en Angleterre en le chargeant de plusieurs missions et, en même temps, il confirma le don que le précédent roi lui avait récemment fait d’une des plus riches héritières du royaume, la fille du comte de Striguil et de Pembroke (1) .
Mais en même temps qu’il agissait avec cette générosité, qui a été grandement mise en évidence par ses contemporains, Richard se comportait tout autrement avec un des familiers de son père, le sénéchal d’Anjou, Étienne de Tours ou de Marçai. Il le fit arrêter et jeter en prison, les fers aux mains et aux pieds, et prit possession des châteaux dont il avait la garde. Il aurait aussi voulu mettre la main sur le trésor royal qu’il conservait dans le château de Chinon, mais Étienne venait, dans une circonstance toute récente, de déclarer que ce trésor était à sec. Le lendemain de la mort du roi, quand la nouvelle s’en fut répandue dans les campagnes, de pauvres gens vinrent en grand nombre se poster à l’extrémité du pont sur la Vienne, par où devait passer le cortège pour se rendre à Fontevrault. Ils s’attendaient à de larges aumônes, comme il a été d’usage de tout temps, et même encore aujourd’hui, après le décès de personnes fortunées, mais le sénéchal, pour n’en rien faire, prétendit qu’il ne possédait pas un denier appartenant au roi. Richard dut se contenter de cette réponse pour le moment, mais le traitement qui fut infligé à Étienne de Tours fit réfléchir celui-ci ; il trouva le moyen de se tirer d’affaire, car il était personnellement fort riche, et il se racheta en versant entre les mains du prince le denier quart des revenus royaux qu’il avait dû percevoir (2) .
Cependant Richard ne s’était pas contenté de frapper le sénéchal dans sa fortune, il l’avait aussi touché, dans sa personne. Son fils avait épousé, sans doute grâce à la faveur d’Henri, une jeune fille de condition noble ; le prince fit rompre le mariage et déclara qu’il agirait de même sorte toutes les fois que des filles ou des femmes de la noblesse auraient épousé des particuliers d’un rang inférieur au leur. Ces façons d’agir ne pouvaient qu’être agréables aux barons que le nouveau roi cherchait en ce moment à rattacher à lui, et il allait en ce faisant diamétralement en sens contraire de son père, dont le principe était d’abaisser les grands et d’élever les petits, et qui, comme le fit plus tard Louis XI, choisissait parmi ces derniers ceux dont il voulait faire les exécuteurs sans pitié de ses décisions (3) .
Par contre, il chassa de sa cour les clercs et les laïques qui, s’étant attachés à sa fortune, l’avaient soutenu dans sa rébellion, et même on le vit maintenir à l’égard de trois des plus marquants, Guy de Laval le jeune, Raoul de Fougères, et Juhel de Mayenne, les confiscations que Henri II avait prononcées contre eux ; il conserva en outre les domaines que celui-ci avait fait saisir et qui auraient dû leur être restitués en vertu d’une des clauses du traité de Colombrion (4) . On pourrait appeler cette façon d’agir une politique de bascule et elle tend à justifier le surnom que donna à Richard quelqu’un qui devait bien le connaître, Bertrand de Born, qui, dans ses sirventes, l’appelle fréquemment oc-e-no , oui-et-non (5) .
Après avoir passé trois semaines à régler les affaires de l’Aquitaine, de l’Anjou, de la Touraine et du Maine, le roi se rendit en Normandie. A Séez, il rencontra les archevêques de Cantorbéry et de Rouen qui lui donnèrent l’absolution pour avoir, étant croisé, porté les armes contre son père. Puis il s’en fut à Rouen, où le 20 juillet il prit possession du glaive du duché, cérémonie symbolique du même caractère que celles qui avaient eu lieu jadis en Aquitaine, à Poitiers et à Limoges. Il avait avec lui son frère Jean, qui, selon l’aveu de beaucoup, avait été cause de la mort de leur père pour l’avoir abandonné après Le Mans, et qui, quand il fut assuré que son frère le recevrait bien, s’était empressé de venir le trouver. Il fut l’un des premiers à profiter des bonnes dispositions de Richard.
Celui-ci, le dimanche 22 juillet, jour de la Madeleine, avait eu une entrevue avec le roi de France. Philippe-Auguste ne se contenta pas d’adresser au prince ses compliments de bienvenue, il parla affaires et lui réclama Gisors, mais Richard, qui, tant qu’il était en hostilité avec son père, admettait parfaitement les revendications de son allié, se montra quelque peu récalcitrant quand il lui fallut prendre lui-même une détermination ; il assura Philippe qu’il épouserait Aélis et le roi de France eut l’air de croire à cette parole qui fut appuyée par le versement d’une somme de 4.000 marcs, à valoir sur celle de 20.000 marcs qu’Henri avait promise lorsqu’il fut réduit aux abois au moment de sa mort, et, temporairement du moins, Richard garda Gisors (6) .
A cette entrevue, qui eut lieu à Gisors même, le prince fut sur le point d’être victime d’un grave accident ; comme il sortait de la ville, un pont en bois se rompit sous le cheval qui le portait ; l’un et l’autre furent précipités dans le fossé d’où Richard fut tiré sain et sauf (7) .
Avant de quitter la Normandie, il tint à régler certaines affaires dont la solution rentrait dans la ligne de conduite qu’il s’était tracée ; il reconnut à son frère Jean la propriété du comté de Mortain et de nombreux domaines situés en Angleterre, dont leur père l’avait précédemment gratifié et, de plus, il lui donna pour femme la fille du comte de Glocester ; il maria sa nièce Mathilde, fille du duc de Saxe, avec le comte du Perche, donna toute publicité au don qu’il avait fait à Guillaume Le Maréchal de la fille du comte de Pembroke, et enfin il pourvut de l’archevêché d’York, alors vacant, son frère naturel, Geoffroy, l’ancien évêque de Lincoln (8) .
Ses largesses ne se bornèrent pas à ces quelques actes ; il les prodigua, et c’est avec le renom d’un prince généreux qu’il passa en Angleterre ; le dimanche 20 août il fut s’embarquer à Barfleur (9) .
Le royaume était tranquille. Les gardiens d’Aliénor n’avaient pas attendu les ordres précis du nouveau roi pour ouvrir les portes de sa prison ; aussitôt elle reprit son rang de reine d’Angleterre et agit en cette qualité. Lorsque Le Maréchal arriva auprès d’elle, il la trouva en liberté et occupant une situation telle qu’elle n’en avait jamais eu auparavant. Puis quand furent publiés les mandements de Richard, portant que les honneurs royaux devaient être rendus à sa mère et que ses sujets devaient lui obéir en toutes choses, Aliénor se rendit de cité en cité, de château en château, et tint sa cour là où il lui convenait, faisant prêter à tous les hommes, de quelque condition qu’ils fussent, le serment de la fidélité la plus étroite tant à son fils qu’à elle-même. Elle fit ouvrir les prisons et relâcher les nombreux captifs qu’elles contenaient, et surtout ceux que des questions d’argent y avaient fait enfermer. Pour s’attirer les sympathies du clergé elle retira des abbayes les chevaux que le roi Henri y avait envoyés pour être nourris aux dépens des religieux, et, en même temps, elle punit sévèrement les vicomtes et les forestiers pour les rapacités de toutes natures et sur toutes personnes dont ils s’étaient rendus coupables (10) .
Tous ces actes témoignent d’une grande habileté, et l’on peut dire que, si Aliénor était entrée en prison sous des apparences un peu frivoles, elle en sortit avec le caractère d’une vraie femme politique. Du reste, la transformation, qui en un instant s’était produite dans son existence, avait sûrement frappé les esprits, alors si portés au merveilleux, et on lui appliqua sans tarder des prophéties de Merlin qui semblaient avoir été écrites à son propos. Près de vingt ans auparavant, Richard le Poitevin avait reconnu en elle l’« Aquila rupti fœderis » du vaticinateur ; dans une de ses sentences, celui-ci avait dit : L’aigle dont le lien a été rompu sera glorifiée par sa troisième couvée, « Aquila rupti fœderis tertia nidificatione gaudebit » ; or, « Aquila » c’était l’aigle dont les ailes s’étaient étendues sur les deux royaumes de France et d’Angleterre, « fœdus ruptum », c’était son double lien qui avait été brisé, celui de France par son divorce, celui d’Angleterre par son emprisonnement, et dans la « tertia nidificatio », il fallait voir le produit de sa troisième couvée, Richard, son troisième fils, qui venait exalter sa mère et la mettre au premier rang (11) .
Cette prédiction, ainsi interprétée et sans doute habilement répandue, ne fut pas étrangère à la situation prépondérante et si brillante dont la reine allait jouir en Angleterre. Une fois lancé dans cette voie, on ne s’arrêta pas, et des gens s’évertuèrent à chercher dans son nom un présage de sa destinée. On voulut même y retrouver l’aigle, le roi des oiseaux, et l’or, le premier des métaux (12) .
Les barons anglais s’étaient si bien rendu compte que Richard allait abandonner le souverain pouvoir à sa mère, qu’ils invitèrent eux-mêmes la reine à prendre le premier rang, avant tous, comtes, barons ou vicomtes, dans les cérémonies du couronnement du roi qui se fit à Westminster le 3 septembre (13) .
Des incidents pénibles signalèrent cette fête. Les juifs, avec qui Richard avait toujours vécu en bons termes, crurent pouvoir paraître en grand apparat à la réception du roi qui précéda la cérémonie et présenter eux-mêmes les cadeaux qu’ils lui faisaient en cette occasion, mais l’archevêque de Cantorbéry, qui devait consacrer le roi, le dissuada de les recevoir, la source impure de leurs richesses ne pouvant, selon lui, que vicier l’acte religieux qui allait s’accomplir ; ils furent donc mis à l’écart. Aussitôt le bruit se répandit dans toute l’Angleterre que, par ordre du roi, les biens des juifs étaient confisqués ; à Londres, à York, et dans beaucoup d’autres villes, le jour du couronnement, des juifs furent massacrés et . leurs biens dilapidés. En apprenant ces faits, qui allaient à l’encontre de ses sentiments, Richard fut vivement irrité, mais, en présence d’un mouvement populaire et général, il se trouva dans l’impossibilité de sévir ; toutefois, redoutant qu’il ne se généralisât dans ses possessions continentales, il envoya en hâte des messagers en Normandie et en Poitou, afin d’empêcher tout attentat contre ces malheureux (14) .
Du jour où par l’effet de son sacre il fut légalement reconnu roi d’Angleterre, Richard cessa de porter le titre de comte de Poitou auquel il avait donné tant de relief, et, se conformant au protocole adopté par son père, il prit en tête de ses actes les qualifications suivantes : Richard, par la grâce de Dieu, roi des Anglais, duc des Normands et des Aquitains, comte des Angevins (15) .
Dès son arrivée en Angleterre il avait fait dresser un état du trésor amassé par Henri, lequel se trouva monter à 100.000 marcs, ce qui lui permit de subvenir aux dépenses de toutes sortes qui lui incombaient en ce moment ; puis le 29 août, suivant ses ordres, on procéda au mariage de son frère Jean avec la fille du comte de Glocester, malgré l’opposition que tenta d’y apporter l’archevêque de Cantorbéry, par ce motif bien plausible que les conjoints étaient parents au troisième degré. Il fit aussi célébrer solennellement à Salisbury, en présence d’Aliénor et de nombreux évêques et barons, par l’évêque de Rochester, le mariage de son fidèle André de Chauvigny avec la fille de Raoul de Déols, alors veuve de Baudoin de Revers, seigneur de l’île de Wigth ; grâce à cette union, André devint le premier baron du Berry (16) .
L’influence d’Aliénor ne fut peut-être pas étrangère à ce dernier mariage, car elle reconnaissait André de Chauvigny pour son parent (17) . Toutefois, il est certain que les riches alliances que Richard faisait contracter à ses fidèles ne pouvaient que stimuler leur zèle et lui assurer pour l’avenir des dévouements dont il sentait vivement le prix. Dès ce moment, il poursuivait un but unique, celui d’acquitter le vœu qu’il avait prononcé en 1187 « et de partir pour la Terre-Sainte ; seulement, comme son bisaïeul, Guillaume le Jeune, il ne voulait pas s’y rendre en simple pèlerin, mais bien en roi, avec tout le luxe et l’apparat que ce titre comportait.
Pour cela il lui fallait beaucoup d’argent, aussi s’attaqua-t-il aux particuliers qui en étaient plus particulièrement détenteurs, les vicomtes et les baillis anglais ; il leur imposa, sous menace d’être emprisonnés, le paiement de grosses sommes dont ils devaient s’acquitter dans le délai de quatre mois ; par ce moyen, il accrut considérablement et en peu de temps le trésor que lui avait laissé son père. Du reste, on remarqua que, plus ces agents avaient été dans les bonnes grâces du roi défunt, plus il se montra exigeant à leur égard (18) .
Témoin ou inspiratrice des générosités de son fils, Aliénor n’avait pu faire autrement que de songer à ses intérêts privés. Elle ne s’était pas oubliée ; non seulement elle était reine d’Angleterre, mais elle allait encore devenir la régente du royaume par suite du départ du roi ; aussi, afin de subvenir à toutes les charges qui lui incomberaient, et en particulier pour tenir sa cour, elle se fit donner les douaires que les rois Henri I er et Étienne avaient attribués à leurs femmes ; Richard remit en outre à sa mère l’apanage que son père lui avait jadis constitué, c’est-à-dire l’Aquitaine. Même avant le départ de son fils, elle avait pris le gouvernement en main ; c’est ainsi qu’au mois de novembre, le cardinal Jean, évêque d’Anagni, ayant débarqué en Angleterre pour mettre fin aux dissensions qui régnaient dans le clergé, elle lui fit signifier la défense, dès le lendemain de sa descente à terre, de s’occuper de quoi que ce fût avant d’y être autorisé par le roi (19) .
Il y a même lieu de se demander, en voyant le rôle prépondérant d’Aliénor, si certaines mesures, dont on a fait grand honneur à Richard, sont bien dues à son initiative et ne lui ont point été inspirées par sa mère, qui avait dû beaucoup méditer dans sa prison de Salisbury ; il fut, par exemple, ordonné que, dans toute l’Angleterre, il n’y aurait désormais qu’une seule mesure de capacité pour les grains et les liquides, une seule mesure de longueur, une seule monnaie. C’était la continuation de cette tendance à l’unité qu’Henri avait déjà poursuivie, et qui allait faire la force de l’Angleterre. Enfin, le roi enjoignit à ses justiciers de remplir exactement leurs devoirs et de se montrer équitables à l’égard de tous ses sujets, quel que fût leur rang (20) .
Durant les trois mois qu’il passa en Angleterre, Richard avait eu soin de s’entourer d’une cour à la fois brillante et nombreuse ; il y avait appelé tous les comtes et les évêques du royaume, qui avaient dû venir résider auprès de lui, et qui, par ce moyen, n’avaient pu fomenter quelque rébellion contre son autorité. Au moment de partir, il rendit à chacun sa liberté d’action, particulièrement à son frère Jean et à Guillaume, le roi d’Écosse, aussi s’éleva-t-il de toutes parts un concert de louanges et de remerciements ; enfin, pour ôter à Jean tout désir d’améliorer sa position et par suite toute velléité de révolte, il lui fit don de quatre comtés (21) .
Ceci fait, le 11 décembre, il se rendit à Douvres, où s’était rassemblée une flotte considérable ; il passa le détroit et aborda à Calais. Richard quittait l’Angleterre après un séjour de trois mois et demi et ne devait plus y retourner qu’une seule fois pendant le cours de son règne. Il n’aimait pas ce pays, dont il se refusa toujours à apprendre la langue, et sur ce point il partageait l’opinion de Guillaume de Tancarville, chambellan de Normandie, qui trouvait que la terre d’Angleterre n’était bonne que pour les vavasseurs, qui employaient leur temps à cultiver leurs domaines, et nullement pour les gens de plaisir, aimant à suivre les tournois et courir les aventures (22) .
Richard gagna aussitôt la Normandie et célébra la Noël à Buron, puis, le 30 décembre, il se rendit au gué de Saint-Remy où il devait rencontrer Philippe-Auguste. Les deux rois convinrent de changer en paix définitive la trêve qui avait jadis été convenue entre Henri II et le roi de France. L’acte fut signé le 13 janvier 1190 ; les princes échangèrent leur foi et convinrent de se croiser ensemble. Ils se donnèrent rendez-vous pour la Saint-Jean, à Vézelay, où l’on fixerait le moment du départ pour les lieux saints ; les comtes et les barons qui composaient leur suite déclarèrent en même temps qu’ils resteraient en paix pendant la durée du pèlerinage des deux rois, et en firent le serment devant eux (23) .
Ceci arrêté, Richard voulut achever le règlement des dispositions qu’il avait prises pour le gouvernement de l’Angleterre. Dans ce but, il manda à sa famille de venir le trouver en Normandie pour la fête de la Purification (2 février) ; s’y trouvèrent, sa mère Aliénor, sa future Aélis, qui attendait l’exécution des promesses faites à son frère le roi de France, ses deux frères, Geoffroy, archevêque élu d’York, et Jean, comte de Mortain, ainsi que les principaux prélats anglais. N’ayant qu’une confiance modérée en ses deux frères, il leur fit déclarer par serment qu’ils ne retourneraient pas en Angleterre sans sa permission avant trois années révolues ; toutefois, cédant aux représentations d’Aliénor, il releva Jean de son serment, et l’autorisa à passer la mer à sa convenance (24) .
Il partit ensuite pour le Midi, accompagné de son neveu Henri, fils du duc de Saxe, qui devait le suivre en Orient, dans l’intention de se ménager de nouvelles ressources en vue de la Croisade et de stimuler le zèle des barons et des nobles de l’Aquitaine. Il recevait de l’argent de toutes mains et aliénait tout ce qu’il pouvait ; en quittant l’Angleterre, il avait dit qu’il aurait vendu Londres s’il avait trouvé un acheteur. On ne connaît pas ses agissements à l’encontre des particuliers, et même on ne peut que soupçonner sa conduite à l’égard des établissements religieux.
Le 3 février 1190 il était à la Réole, où il confirma les droits de justice accordés par ses prédécesseurs à l’abbaye de la Sauve et défendit aux bourgeois du lieu et autres sujets du monastère de se dérober à ses droits de justice et d’aller porter leurs affaires litigieuses devant la cour municipale de Bordeaux. L’archevêque d’Auch, trois évêques, cinq abbés et de hauts barons, tels que le comte d’Armagnac et le vicomte de Castillon, flanqués de nombreux seigneurs de la région du Midi, vinrent assister aux cours de justice tenues parle roi. Le lendemain, étant encore au même lieu, il administra des représentations au sénéchal de Gascogne et de Périgord, Hélie de la Celle, pour la tiédeur qu’il avait montrée à défendre les droits de l’abbaye de la Sauve et lui ordonna de se conduire à l’avenir en gardien zélé du monastère (25) .
Il songea aussi à la sécurité du Poitou et mit à sa tête un guerrier éprouvé, dont la fidélité lui était absolument assurée. C’était Pierre Bertin, un vieux sergent d’armes, homme, par suite, de petite noblesse, mais qui, tant sous les ordres d’Henri que sous les siens, avait commandé les sergents d’armes dans leurs campagnes contre le roi de France, et avait pendant plusieurs années occupé la charge de prévôt de Benon.
Pour se l’attacher plus étroitement, avant de lui conférer cette haute dignité, Richard lui donna le bourg d’Andilly-les-Marais, sis en Aunis, avec son seigneurial domaine dans lequel était situé le domaine du Breuil qui, du nom d’un Bertin, son possesseur, était appelé le Breuil-Bertin. Cette concession était absolue, la terre devant être désormais exempte de toute charge envers le comte de Poitou, excepté de celle du service militaire, alors que Pierre Bertin ou ses héritiers en seraient requis. L’acte fut passé à Londigny, le 21 février, et fut contresigné par Jean d’Alençon, archidiacre de Lisieux, que Richard avait emmené avec lui en qualité de vice-chancelier (26) .
Le seul fait militaire qui ait signalé cette campagne fut le siège du château de Chisi, dont le seigneur, Guillaume de Chisi, suivant une coutume chère aux nobles de Gascogne, détroussait les pèlerins de Saint-Jacques ou autres voyageurs qui traversaient ses domaines ; après la prise de son château, Richard le fit pendre (27) .
Quand il fut rentré à Chinon, il écrivit, le 17 avril, de cette résidence, au sénéchal Hélie de la Celle, pour le féliciter d’avoir exactement rempli ses instructions au sujet de l’abbaye de la Sauve, et lui rappeler que, ce monastère étant sous sa sauvegarde royale, il y avait lieu de veiller avec soin qu’il ne lui fût jamais occasionné aucun dommage (28) .
C’est encore à Chinon que Richard désigna les chefs de sa flotte, qui furent au nombre de cinq : deux prélats, l’archevêque d’Auch et l’évêque de Bayonne, et trois laïques ; l’un de ces derniers était Guillaume de Fors, un marin éprouvé, originaire de l’île d’Oléron, et dont les attributions ne devaient ressembler en rien à celles de Robert de Sablé et de Richard de Canville, barons du Maine et de Normandie, qui partageaient avec lui le commandement. C’est aussi dans cette résidence que le prince rédigea le sévère règlement qui devait être appliqué à bord de ses navires, durant le voyage (29) .
Mais, avant de faire une si longue absence, Richard ne pouvait manquer d’aller visiter son séjour favori, le pays de Talmond ; là, soit qu’il ait trouvé que le service, religieux n’était pas assez assuré par les abbayes de Talmond et d’Orbestier, soit plutôt qu’il eût voulu laisser un témoignage palpable des sentiments pieux qui l’animaient en ce moment, il fonda en l’honneur « de Notre Seigneur et de la glorieuse Vierge Marie, sa mère », sur les bords de la mer, dans le bois de la Roche et non loin du port de Jard, un monastère de l’ordre de Saint-Augustin, auquel il donna le nom de Lieu-Dieu, « Locus-Dei » (30) .
C’est à Luçon, où il s’arrêta le 5 mai, qu’il fit rédiger la charte qui monumentait sa création. Il donnait au nouveau monastère, en pure et franche aumône, sans aucune réserve, le territoire appelé la Terre de la Comtesse, avec toutes ses dépendances, lequel comprenait tout ce que sa mère aussi bien que lui pouvaient posséder en ce lieu. C’était un morceau de ce domaine de Talmond, qui depuis Agnès n’avait cessé de faire partie du douaire des comtesses de Poitou, d’où son nom ; il y ajouta une portion de la forêt de la Roche, dont lui-même devait poser les bornes, et, dans la partie dont il se réservait la propriété, il accordait aux chanoines l’usage du bois qui pouvait leur être nécessaire pour la construction de leur demeure, leur chauffage et même tous autres usages, et enfin le pâcage des animaux qui leur appartiendraient personnellement ; il leur donnait encore les redevances en vin qu’il touchait à la Roche et celles en blé qui lui étaient versées au lieu de Peiré, ainsi que certaines terres dont une avait été échangée par lui, en vue de cette fondation, avec les moines de Moutiers ; il exemptait de toutes charges les domaines composant la dotation de l’abbaye, ainsi que ceux que les religieux pourraient acquérir à l’avenir, et déclarait que tous leurs hommes, habitant sur leurs terres, seraient affranchis des services d’ost et de chevauchée et de toutes autres mauvaises coutumes. En dehors de Pierre Bertin, dès lors sénéchal de Poitou, et d’Etienne de Marçai, l’ancien sénéchal d’Anjou, déjà rentré en grâce auprès de lui, Richard n’était accompagné que de ses chapelains, Raoul et Séguin, de frère Milon, son aumônier, de Raoul, fils de Geoffroy, son chambrier, et de Jean d’Alençon, son vice-chancelier, qui apposa au bas de l’acte le sceau du roi sur cire verte, appliqué sur des lacs de soie. La présence de Milon, qui était un chanoine. de Saint-Augustin, et devait peu de temps après être pourvu de l’abbaye du Pin, maison du même ordre, indique pertinemment à quelle influence le roi obéissait dans la circonstance (31) .
Le lendemain, 6 mai, Richard était à Fontenay ; là encore, il fonda un petit établissement religieux, Gourfaille, sous l’invocation de saint André, et le dota de tout ce qui était nécessaire pour la subsistance de ses hôtes : des bois, des prés, des vignes, un moulin, des pêcheries, le droit d’usage dans un bois, des exemptions de charges en faveur des habitants du monastère et de leurs hommes. Comme lors de la fondation de Lieu-Dieu, frère Milon fut témoin de l’acte, ainsi que les principaux personnages ecclésiastiques du pays et deux chevaliers, Geoffroy de Fontaine et Thibaut, qui en furent sans doute les instigateurs (32) .
Le 7 mai on trouve le roi à Saint-Jean d’Angély. Cette fois, en présence du sénéchal Pierre Berlin, de Guy de Thouars, de Pierre de Veluire, de Roger et de Pierre de Préaux, de Raoul fils de Geoffroy, il confirma les privilèges qui avaient été accordés à l’abbaye de la Grâce-Dieu par son aïeul Guillaume VIII, par le roi de France Louis le Jeune, par son père Henri II et par sa mère Aliénor ; il reconnut en particulier aux religieux le droit de prendre le bois nécessaire à la construction ou à la réparation de leurs habitations, aussi bien que pour tous autres usages, dans la forêt d’Argenson, même dans la partie réservée, c’est-à-dire dans les défens connus sous le nom de l’Espaut, ainsi que la faculté de faire pacager dans cette forêt leurs juments, bœufs et moutons, et d’envoyer leurs porcs au pânage ; il les maintint dans la possession des domaines qui leur avaient été délivrés à Sérigny par Robert de Montmirail, alors son sénéchal, et par Pierre Bertin, le prévôt de Benon, ou qui leur avaient été donnés par Guy de Thouars ; il leur reconnut d’avance la propriété de toutes les acquisitions qu’ils pourraient faire en quelque lieu et de quelque façon que ce fut, et, au sujet des droits de franchise et des libertés qu’il accordait à leurs domaines, il leur appliqua l’usance des anciennes coutumes de Benon et de La Rochelle, à savoir ; de tenir librement et en toute quiétude, à jamais, ce dont ils auraient pu jouir, sans réclamation, pendant l’an et jour, dans le lieu de leur demeure, et pendant sept ans et jour dans les paroisses où ils ne résidaient pas ; il leur confirma en outre la propriété absolue de toutes les donations qui avaient pu leur être faites, libéra leurs possessions de toutes charges et coutumes touchant à la personne, et enfin il leur octroya cette grande faveur qu’en cas de procès leurs causes seraient toujours portées devant la justice souveraine (33) .
Le 8, Richard était à Cognac, accompagné des mêmes personnages, auxquelles s’étaient joints Guillaume de Fors et Geoffroy de Pons. Ceux-ci, voyant le prince en si grande veine de générosités, lui demandèrent de confirmer un établissement que l’abbaye de la Grâce-Dieu venait de fonder au milieu des marais de l’embouchure de la Sèvre, dans l’île de « La Gullona » et dans le lieu de la Palle, à la sollicitation de seigneurs du pays, à savoir de Guy de Thouars, à qui le roi avait précédemment donné le domaine de Benon, de Pierre Bertin que Guy, en récompense de ses services, avait gratifié de la baillie d’Andilly, de Guillaume de la Roche et de quelques autres. Tous, désireux de voir prospérer la maison établie sur le territoire dont ils avaient fait don à l’abbaye de la Grâce-Dieu, sollicitaient Richard de la favoriser spécialement et celui-ci ne crut pouvoir mieux faire que de renouveler en sa faveur toutes les concessions et tous les privilèges dont il venait de doter la maison-mère. Ce fut encore le vice-chancelier, Geoffroy d’Alençon, qui délivra cet acte aux parties, comme il l’avait fait du reste pour toutes les chartes précédentes (34) .
Le roi rentra ensuite à Chinon, où tout avait été préparé pour le voyage d’Outre-Mer. Le 20 juin il se trouvait encore dans ce château (35) , et il en partit peu après pour se rendre à Vézelay, où, selon qu’il était convenu, il devait trouver le roi de France. Mais, ainsi qu’il était arrivé à son bisaïeul en pareille circonstance, il fut assailli au dernier moment par des quémandeurs, qui venaient solliciter des secours ou des faveurs que, vu les circonstances, il était assez difficile de leur refuser.
Le 25 juin il s’arrêta à Tours (36) . Dans cette ville, il fut sollicité par les moines de Montierneuf qui lui demandèrent de prendre leur monastère sous sa sauvegarde spéciale de la même façon que l’avaient fait auparavant les comtes de Poitou, ses ancêtres, ce qu’il leur accorda volontiers par une charte datée du 27 du même mois (37) . Le même jour, il voulut récompenser les services spéciaux de son cuisinier Guillaume, qui ne devait pas l’accompagner ; il lui fit d’abord cadeau de tout le domaine que les comtes de Poitou possédaient dans la prairie de Niort, au-dessous de la Salle, mais cet acte ne comblait pas les vœux de Guillaume le Queu qui, à l’imitation de son prédécesseur, Alain, voulait s’élever au-dessus de sa condition. Il demanda et obtint une concession plus importante : le roi créa un fief spécial comprenant les fours que les comtes possédaient à Niort et le vieux marché de Beauchamp et en pourvut le demandeur ; dans l’acte il lui reconnut la qualité de sergent, et de ce chef Guillaume le Queu entrait dans les rangs de la noblesse (38) .
Le vice-chancelier, Jean d’Alençon, et le chambrier, Raoul fils de Geoffroy, étaient toujours de la suite de Richard, auprès de qui se trouvaient encore, en fait de personnes notables, le connétable Guillaume du Hommet, le sénéchal de Normandie, Guillaume fils de Raoul, Robert d’Harcourt, Geoffroy de la Celle, Philippe de Colombiers et Guillaume Le Maréchal, qui, toutefois, ne partit pas pour la croisade, car, pour se conformer à l’engagement qu’il avait pris envers Henri le Jeune à son lit de mort, il s’était rendu dans la Terre-Sainte en 1185 et y avait séjourné deux ans (39) .
Huit jours après la Saint-Jean, le 1 er juillet 1190, les deux rois se rencontrèrent à Vézelay et y séjournèrent pendant deux jours. L’un et l’autre avaient déjà reçu la besace et le bâton, attributs symboliques du pèlerin, Philippe à Saint-Denis, et Richard à Tours : c’est l’archevêque de cette ville qui les remit lui-même au roi anglais, et l’on fit la remarque que, lorsque celui-ci s’appuya sur le bâton, il le brisa (40) . De Vézelay, les escortes royales se dirigèrent sur Lyon. Richard, qui fit sans doute quelque séjour dans cette ville, y fut rejoint par des chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem en résidence à La Rochelle, qui avaient obtenu d’Aliénor la concession du lieu nommé le Perrot, sis entre la mer et le bourg de La Rochelle et touchant au vieux port, pour y construire une maison de leur ordre, et avoir, comme les Templiers, leurs émules, un lieu d’attache sur les bords de la mer, qui desservirait leurs hôpitaux du Poitou. lis présentèrent cet acte à Richard, qui confirma sans difficulté la donation faite par sa mère, en présence de Gautier de Ferrières, de Jean de Préaux, de Guillaume de Tilières, d’André de Chauvigny, ainsi que de plusieurs prélats, et leur en fit délivrer l’acte par son vice-chancelier (41) .
Aliénor n’avait pas accompagné son fils à Vézelay. Elle, était restée en Poitou, peut-être même à Chinon, qu’elle n’avait pas revu depuis dix-huit ans et qui devait lui rappeler de cruels souvenirs. Richard n’était certainement pas bien éloigné quand les Hospitaliers, qui avaient peut-être plus que les Templiers des facilités d’accès auprès de la reine, obtinrent d’elle cette grande faveur ; pareillement, les religieuses de Fontevrault s’adressèrent à elle pour faire reconnaître leurs droits sur la vente du blé apporté sur la place de la Bilange à Saumur. Aliénor se rendit sur les lieux et fit comparaître devant elle le sénéchal d’Anjou, Payen de Rochefort, l’abbesse de Fontevrault et le prévôt de Saumur. Les droits de l’abbaye furent reconnus par le jugement de l’assemblée qu’elle présida et où se trouvèrent Guillaume Tempier, évêque de Poitiers, Aimery, vicomte de Thouars, Étienne Amenon, sénéchal de Mirebeau, Geoffroy Imbert, sénéchal de Moncontour, Thomas de Saint-Cassien, prévôt de Chinon, et autres (42) .
A Lyon, les rois se séparèrent. Philippe prit la route de Gènes, où il devait s’embarquer, et Richard descendit jusqu’à Marseille ; ils devaient se rejoindre à Messine. Le roi anglais, par orgueil, n’avait pas voulu se servir pour aller en Orient des navires marchands de Gênes, de Marseille ou d’autres ports qui transportaient ordinairement les pèlerins. Il voulait arriver en Terre-Sainte avec plus d’apparat et il avait dans ce but donné l’ordre à sa flotte de venir le rejoindre à Marseille. Des vents contraires, particulièrement à l’entrée de la Méditerranée, arrêtèrent longtemps les vaisseaux. Richard ne les attendit pas et partit pour la Sicile, en visitant pour son plaisir les côtes de l’Italie et particulièrement Naples et Salerne. Pendant ce temps sa flotte, arrivée enfin à Marseille, embarqua son armée, et le 16 septembre jeta l’ancre à Messine ; Philippe-Auguste aborda dans cette ville le 17, et Richard seulement le 23. Au lieu de partir immédiatement pour la Palestine, les deux princes séjournèrent à Messine, que le roi Tancrède avait mis à leur disposition, Richard dans un but intéressé, Philippe pour ne pas mécontenter son allié, les sentiments de l’un et l’autre étant dissimulés sous le prétexte spécieux qu’il fallait attendre la fin de la mauvaise saison.
Tancrède avait usurpé le trône de Sicile après...

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