La ville, un défi du XXIe siècle
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Description

Défi majeur de ce siècle, la ville est-elle un moteur de développement ou en constitue-t-elle un frein ? De nombreuses questions inhérentes au développement urbain sont abordées : la démographie, l'habitat, l'économie urbaine, la décentralisation, l'environnement urbain, l'aménagement du territoire, la gouvernance urbaine...

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Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2011
Nombre de lectures 30
EAN13 9782296473188
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La ville, un défi du XXI e siècle
Études Africaines

Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Dernières parutions

Ahoué DJIE, La jeunesse ivoirienne face à la crise en Côte d’Ivoire. Le point de vue des jeunes , 2011.
Jocelyn OLOMO MANGA, Les divisions au cœur de L’UPC, 2011.
Rudy MBEMBA-DYA-BÔ-BENAZO-MBANZULU, Le MÙUNTÚ et sa philosophie sociale des nombres , 2011.
G. Bertin KADET, La politique de défense et de sécurité de la Côte d’Ivoire, 2011.
Patrick DEVLIEGER et Lambert NIEME (éd.), Handicap et société africaine. Culture et pratiques , 2011.
Rodrigue LEKOULEKISSA , L’électrification en Afrique. Le cas du Gabon (1935-1985) , 2011.
André MBATA MANGU, Abolition de la peine de mort et constitutionnalisme en Afrique , 2011.
Ahmed BELLO, Les libertés collectives des travailleurs, 2011.
Mathurin C. HOUNGNIKPO, L’Afrique au futur conditionnel , 2011.
Michel KOUAM et Christian MOFOR , Philosophies et cultures africaines à l’heure de l’interculturalité, Anthologie tome 1 et 2, 2011.
Baudouin MWAMBA MPUTU, Le Congo-Kasai (1865-1950), De l’exploration allemande à la consécration de Luluabourg , 2011.
André-Hubert ONANA-MFEGE, Cameroun, Nigeria, ONU. Entre la force de la palabre et la primauté du droit, 2011.
Moïse Tchando KEREKOU, Union africaine et processus d’intégration , 2011.
Constant SOKO, Les Entrepreneurs Informels en Côte d’Ivoire. Entre l’État, le marché et les circuits de financement , 2011.
Thierry BANGUI
La ville, un défi du XXI e siècle
Essai sur les enjeux de développement urbain en Afrique
L’Harmattan
Illustration de couverture :
la ville Durban (Afrique du Sud), photo ONU-Habitat

© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56147-2
EAN : 9782296561472
A ma fillette Priscillia , que je ne vois pas grandir.
ACRONYMES
AFD : Agence française de développement
BAD : Banque africaine de développement
BM : Banque mondiale
CNUEH : Centre des Nations-Unis pour les Etablissements Humains
EPAEM : Etablissement public d’aménagement Euroméditerranée
FENU : Fonds d’Equipement des Nations Unis
FFEM : Fonds français pour l’environnement mondial
FMI : Fonds monétaire international
GIZ : Agence de coopération internationale allemande pour le développement (en allemand : Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit)
INED: Institut national (français) d’études démographiques
NTI : Nouvelles technologies de l’information
OMS : Organisation mondiale de la santé
ONU : Organisation des nations unies
ONU-Habitat : Agence des Nations unies pour l’Habitat (ou encore CNUEH)
OPAH : Opération programmée d’amélioration de l’habitat
PDU : Plan de déplacement urbain
PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement
PPTE : Pays pauvres très endettés
PRUD : Programme de recherche urbaine pour le développement
RDC : République démocratique du Congo
THIMO : Travaux à haute intensité de main d’œuvre
TIC : Technologies de l’information et de la communication UE : Union européenne
USAID : Agence des Etats-Unis pour le Développement International (en anglais : United States Agency for International Development)
WALTPS : West Africa Long Term Perspective Study (Étude des perspectives à long terme en Afrique de l’Ouest)
ZAC : Zone d’aménagement concertée
AVANT-PROPOS
Ce livre vise la production et l’approfondissement des connaissances sur la « Ville » dans le monde en développement en général et notamment en Afrique qui connaît un déficit notoire de publications sur ce sujet d’une part et de recherche des solutions pour remédier aux problèmes engendrés par l’urbanisation galopante d’autre part.
Il est le résultat de plusieurs années de recherche associant la documentation, les observations et enquêtes de terrain, les échanges et entretiens avec divers acteurs intervenant directement ou indirectement dans la production et les politiques urbaines, notamment : des élus locaux, techniciens, universitaires, responsables d’organisations non gouvernementales et simples citoyens, à la fois en Europe (en France plus particulièrement) et en Afrique.
L’ouvrage traite de nombreuses questions touchant le développement urbain : la démographie, l’habitat, l’économie urbaine, la décentralisation, la gouvernance urbaine, l’environnement urbain, l’aménagement du territoire, etc.
Il est ainsi destiné au grand public en ce qu’il s’adresse non seulement aux pouvoirs publics, aux professionnels de la ville (architectes, urbanistes, ingénieurs, sociologues, économistes, juristes, promoteurs immobiliers…), au monde académique (enseignants, chercheurs et étudiants), aux organismes de développement mais aussi aux ONG et à tout citoyen éclairé qui désire s’instruire sur le phénomène urbain.
J’exprime ma profonde gratitude à Monseigneur François-Xavier Yombandjé pour sa relecture du manuscrit et à ma bien-aimée Marie-Blanche pour son affection. Je suis, bien entendu, seul responsable des propos et jugements émis dans les paragraphes qui suivent.

Thierry Bangui
« La ville, fait de civilisation : explorer la ville dans ses dimensions créatrices, phénoménoliques et anthropolo-giques. La ville est un lieu de mémoire, un lieu de coexistence contradictoire où existent des liens complexes entre formes urbaines et forment symboliques La ville est un paysage onirique, lieu de toutes les émotions et de toutes les contradictions… La ville est une construction fonctionnelle… imaginaire et fantastique… Monde nouveau, Ville éternelle, Cité de Dieu ou Terre promise »,
Magali Uhl, résumé de « Villes » in Revue Prétentaine n° 16/17, Hiver 2003-2004
INTRODUCTION
Le taux d'urbanisation dans le monde a franchi la barre de 50 % en 2007. La population mondiale vit désormais majoritairement en ville et l'urbanisation va continuer à croître, surtout en Afrique et en Asie.
De ce fait, le nombre de villes se multiplie : elles sont de plus en plus nombreuses et de plus en plus grandes. Aujourd’hui, c’est dans le monde en développement qu’elles se développent le plus : 17 des 20 plus grandes villes du monde y sont situées. Cet essor de l’urbanisation dans les pays du Sud est le fait à la fois d’une très forte croissance de la population depuis les années 50 et, dans une certaine mesure, de l’exode rural, très fort dans le monde en développement.
Ce dynamisme démographique – qui va, selon les démographes, se poursuivre – se répercute en ville.
Il convient de noter que le continent africain n’a pas encore connu (à quelques rares exceptions près : Le Caire, Lagos, Johannesburg) de villes-monstres comme São Paulo, Buenos Aires ou Mexico en Amérique Latine. Il n’a pas non plus encore connu, pour la plupart de ses Etats, de taux d’urbanisation supérieurs à 50 %, même si c’est un processus en cours. Mais le rythme d’accroissement de certaines grandes villes qui sont, pour la plupart, des capitales politiques et/ou économiques, est important, voire inquiétant.
Ce rapide accroissement de la population urbaine s'accompagne d'une augmentation de la taille des villes. Elles se densifient, s’étalent et occupent les espaces ruraux environnants, jusqu'à se toucher entre elles, entraînant la formation de grandes aires urbaines métropolisées (cas d’Abidjan, de Dakar, de Kinshasa, de Douala…), voire mégapolisées (cas de Logos et du Caire).
L'étalement urbain, que l'on observe sur tous les continents, n'est pas un phénomène nouveau. Avec des modalités qui varient en fonction des facteurs géographiques, sociaux et sociétaux, cette forme de la croissance des villes présente cependant quelques aspects qui semblent universels que cet ouvrage traitera.
Aborder la si vaste problématique du développement urbain revient à traiter quatre principales thématiques : le cadre physique (l’habitat, l’aménagement urbain), notamment les questions du logement, du réseau de transport, des réseaux d’adduction d’eau, de drainage et d’assainissement, de la production du foncier urbain, etc.
le cadre institutionnel urbain, avec la préoccupation de la mise en place d’une instance administrative et de développement ; la gouvernance urbaine, avec les questions de la décentralisation, des acteurs en jeu et surtout de l’expression des habitants ou de leur participation à la mise en œuvre des projets urbains ; l’économie urbaine, avec les questions de l’emploi, d’activités économiques formelles et informelles, etc.
Notons que l’urbanisation s’est réalisée au travers du processus d’industrialisation dans le monde occidental. Est-ce le cas dans les pays du Sud et notamment africains ? Quelles sont les causes et les conséquences de la croissance urbaine ?
Quelles sont ses implications ? Quel est le rôle des grandes villes dans le développement durable ?
Ce sont, entre autres, des questions auxquelles ce livre tente d’apporter des éléments de réponses. Les instruments opérationnels et de financement de politiques urbaines seront également analysés.
L’inflation urbaine galopante et irréversible n’est en effet pas sans implications sur le développement. A ce sujet, deux thèses s’opposent : l’une défend que la ville est porteuse de développement. L’autre estime qu’elle en constitue un frein par ses méfaits, non moins nombreux. Nous analyserons les deux thèses, en essayant de répondre à la question : en quoi la ville est-elle un facteur de développement ? Sur ce que pourraient être les méfaits de la croissance urbaine, nous tenterons de répondre aux trois questions suivantes : où sont les problèmes ? Pourquoi y a-t-il des problèmes ? Comment peut-on résoudre les problèmes ?
La recherche sur le phénomène urbain en Afrique étant moins abondante : « sur d’autres continents en développement tels que l’Amérique du Sud, la ville est analysée depuis vingt ans dans toutes ses dimensions et des solutions pour mieux vivre sont recherchées. Mais, ici [entendez en Afrique], la recherche reste marginale : seule l’Afrique du Sud fait exception. Le nombre de chercheurs publiant dans des revues internationales est très faible et ces chercheurs sont sans formation autochtone » 1 . Le présent essai a donc pour but de contribuer à la production de connaissances pour la compréhension du phénomène urbain dans le monde en développement en général et en Afrique en particulier. Nous nous interrogerons sur les facteurs qui ont déterminé les transformations de l’urbanisation et essaierons d’en montrer les implications.
L’ouvrage traite ainsi diverses questions liées au développement urbain, notamment : la démographie, l’urbanisation, l’habitat, l’environnement urbain, l’économie urbaine, la gouvernance urbaine, etc. et s’articule autour de trois parties.
Nous ferons dans un premier temps une lecture du fait urbain dans le monde ; nous analyserons ensuite les enjeux du développement urbain ; nous terminerons aux orientations pour un développement urbain durable en Afrique.
1 Alvergne Christel, Le défi des territoires. Comment dépasser les disparités spatiales en Afrique de l’Ouest et du Centre , éditions Karthala, 2008, p.77
1 ère partie : LECTURE DU FAIT URBAIN DANS LE MONDE
Chapitre 1 : Des villes, de plus en plus nombreuses et de plus en plus grandes
« En 1360 avant Jésus-Christ, Thèbes, en Egypte, était la seule ville de plus de 100.000 habitants ; mille ans plus tard, Rome, capitale de l’Empire, ne comptait qu’un peu plus d’un demi-million d’habitants ; en 1825, 25 villes dans le monde avaient plus de 200.000 habitants ; or, aujourd’hui, 250 agglomérations dépassent 1 million d’habitants. Selon les prévisions de l’ONU, 36 villes auront en 2015 plus de 8 millions d’habitants, Tokyo venant en tête avec 28,9 millions ».

Jérôme Monod et Philippe de Castelbajac 2

L’urbanisation dans le monde
Le monde connaît depuis le milieu du XXe siècle une très forte accélération de l’urbanisation, qui se traduit par l'accroissement de la population, de la taille et des activités des villes. Le taux d'urbanisation dans le monde a ainsi franchi la barre de 50 % en 2007. La population mondiale vit désormais majoritairement en ville et l'urbanisation va continuer à croître, surtout en Afrique et en Asie. En 2030, les villes accueilleront 6 humains sur 10, soit une population de 5 milliards de citadins (sur plus de 8 milliards), contre 3,3 aujourd'hui.
Plus d’un homme sur deux vit en ville aujourd’hui
Le tableau 1 ci-après illustre une augmentation rapide des populations urbaines ces soixante dernières années et montre que désormais, plus d’un homme sur deux vit en ville.
Tableau 1 : Taux d’urbanisation dans le monde (en %)

Le rythme de la croissance urbaine : une augmentation très rapide
Depuis un siècle, la population urbaine a augmenté dix fois plus vite que la population totale. On parle d’explosion urbaine pour désigner cette très forte croissance. Le monde compte ainsi de plus en plus de villes, par la croissance d’anciens villages ou par des créations de toutes pièces (exemples : Brasilia et Abuja, capitales respectives du Brésil et du Nigeria).
Le nombre de très grandes villes aussi se multiplie : on en comptait, en 1950, deux de plus de 10 millions d’habitants (New York et Londres), contre près d’une vingtaine 3 en 2010.
De même, le nombre de villes de plus de 5 millions d’habitants a quintuplé depuis 1950. Ce sont avant tout les très grandes villes qui attirent les hommes. Elles sont d’abord apparues dans les pays développés, en raison de l’industrialisation. Aujourd’hui, c’est dans le Tiers-Monde qu’elles se développent le plus : 17 des 20 plus grandes villes du monde y sont situées. Les mégapoles du Sud connaissent de très nombreux problèmes : approvisionnement en eau, transports insuffisants, pénurie de logements, insécurité, entassement, pauvreté, pollution.
L’essor de l’urbanisation dans les pays du Sud s’explique par une très forte croissance de la population depuis les années 50. Ce dynamisme démographique qui va, selon les démographes, se poursuivre se répercute en ville. Les villes des pays du Sud croissent donc largement de manière naturelle, c’est-à-dire par la différence entre les naissances et les décès. L’exode rural, très fort dans le monde en développement, contribue également à accélérer la croissance urbaine.
Dans les pays développés, en revanche, on assiste à un ralentissement de la croissance urbaine. Les villes n’attirent plus, mais les taux d’urbanisation sont partout élevés. Par exemple, 82 % des Français et 90 % des Britanniques vivent en ville. Les villes connaissent des évolutions particulières, qui se caractérisent par l’essor des banlieues, lié au développement de l’automobile et des transports en commun. Les habitants recherchent de l’espace et un cadre de vie agréable, quitte à s’éloigner du centre-ville. Ce phénomène, qui s’appelle la périurbanisation, est particulièrement développé aux États-Unis.
La ville selon Paul Bairoch
Dans un ouvrage de référence sur la Ville, publié au milieu des années 80, Paul Bairoch 4 , donne la définition de ce que c’est que la ville et notamment les grandes.
Peu importe le terme que l’on utilise pour décrire les très grandes villes (mégalopole, métropole, ville plurimillion-naire, conurbation, nébuleuse urbaine), écrivait-il, avec la révolution industrielle apparaît un phénomène entièrement nouveau caractérisé à la fois par une élévation considérable de la limite supérieure qu’atteignent les villes et par la forte augmentation du nombre des très grandes villes. Quand on parle de la taille d’une ville, il faut s’entendre auparavant sur la définition du périmètre d’une ville.
Pour ce géographe français, qui a déjà quitté ce monde, on distingue trois notions principales pour définir la ville : « ville proprement dite », « agglomération » et « zone métropolitaine ». Il donnait les définitions, très schématiques, de ces trois notions :
La « ville proprement dite » est en général délimitée par des critères administratifs et concerne la commune ou les communes formant un centre urbain proprement dit. C’est la notion la plus restreinte de la ville ; actuellement on pourrait la qualifier de ville sans banlieue, et historiquement parlant, on peut considérer que cette notion s’applique à pratiquement toutes les villes avant le XIXe siècle.
L’« agglomération », que l’on peut aussi définir comme la « ville et sa banlieue », comprend généralement les zones à caractère nettement urbain qui débordent la ville proprement dit tout en lui étant adjacentes. Il est évident que la banlieue résulte essentiellement de l’évolution urbaine du XIXe siècle, même si certaines villes en possédaient déjà au Moyen-Âge.
La « zone métropolitaine », notion d’abord utilisée aux Etats-Unis, ne s’applique en principe qu’à des villes d’assez forte taille. Le périmètre d’une zone métropolitaine s’étend à des régions où « il existe de toute évidence une interdépendance des fonctions locales et celles d’une ville centrale ». En termes pratiques cela signifie que la zone (ou région) métropolitaine englobe non seulement la banlieue adjacente mais également des petites agglomérations qui, en raison de leur proximité, sont devenues dépendantes de la ville.
Les mégapoles sud-américaines : atouts et difficultés
Au registre des grandes villes, de plus en plus nombreuses dans le monde, un grand nombre sont asiatiques et sud-américaines. Cela s’explique par, entre autres, les populations très importantes des pays de ces régions du globe. Ces mégapoles présentent non seulement des atouts mais aussi beaucoup de difficultés car marquées par la faiblesse des infrastructures, leur poids démographique et leur faiblesse économique.
Dans un ouvrage collectif, Alain Musset 5 décrit de manière alarmiste la capitale mexicaine : « Mexico est devenue le symbole de ces villes géantes qui, partout dans le monde, accumulent tous les problèmes d’une urbanisation incontrôlée : congestion, pollution, dégradation du milieu naturel, déficience des services urbains, accroissement des clivages sociaux et des disparités spatiales… En 1980, l’espace bâti était de 650 km 2 . En 2000, il dépasse les 1300 km 2 : il a doublé en 20 ans. Autour du noyau central (le District fédéral), s’agglutine toute une série de villes périphériques ». En 2010, on estime la population de l’Aire métropolitaine de Mexico à plus de 20 millions d’habitants, la majorité d’entre eux vivant à l’extérieur des frontières administratives du District fédéral.
L’auteur qualifie la population de « rurbains » : « Quand on se promène dans les champs de maïs (milpas) ou de nopales (figuiers de barbarie) qui couvrent la plus grande partie de la délégation, on éprouve quelques difficultés à s’imaginer que l’on est encore dans l’aire administrative de la capitale mexicaine, une des plus grandes villes du monde. La population vit toujours dans les villages mal reliés au centre de l’agglomération et la vie quotidienne reste rythmée par les contraintes du calendrier agricole. (…) La situation paradoxale de ces populations rurales égarées dans un espace urbain en continuel développement est le résultat d’une longue évolution historique, dont l’origine remonte à l’époque précolombienne, quand la capitale aztèque s’étendait sur les terres conquises aux dépens des lacs et des marais du bassin de Mexico. Elle est aussi la conséquence des mutations récentes et rapides qui, depuis quarante ans, ont affecté la structure démographique d’un pays jeune, transformé son tissu économique et social et bouleversé l’équilibre ville-campagne sur lequel se fondait traditionnellement la civilisation mexicaine ».
Cependant, il est à noter que toutes les villes ne se valent pas, certaines polarisent plus que d’autres le territoire national. C’est par exemple les cas de Johannesburg en Afrique du Sud, d’Abidjan en Côte d’Ivoire, de São Paulo au Brésil, pour ne citer que celles-là. En effet, pour prendre le cas de São Paulo, cette mégapole brésilienne, bien que se situant dans la région Sudeste (voir la carte, ci-après), sa zone d’influence englobe la plus grande partie des régions Centre-Ouest et de l’Amazonie du Brésil. Cette influence, écrit Théry Hervé 6 , est efficacement relayée par les routes qui ont été construites pour ancrer ces régions nouvelles à l’économie et au territoire national, pour le plus grand bénéfice de son centre de gravité économique.
Carte : Le Brésil et ses régions

La carte de la redistribution géographique de la population du Brésil montre un déséquilibre criant entre le littoral et l’intérieur du pays : dépeuplement de l’intérieur et des hautes terres, mouvement de concentration de la population sur la plaine littorale et son réseau de villes. C’est un phénomène qu’on observe dans presque tous les pays côtiers. Il s’explique par la présence de ports maritimes ou fluviaux (pour les villes qui en disposent) qui sont des éléments structurants, vecteur du dynamisme économique et donc du pouvoir d’attraction de population, ainsi que d’autres activités liées à l’eau : le tourisme (dont la plage est un élément d’attraction), la pêche, etc.
La concentration de population sur la côte brésilienne favorise la « mégapolisation » de São Paulo et de Rio de Janeiro, devenues des villes à deux vitesses où règnent les fractures à la fois spatiale (les favelas qui prolifèrent à côté des quartiers résidentiels et building luxueux) et sociale (les pauvres et très pauvres qui vivent aux côtés des riches voire des très riches).
L’Afrique : une urbanisation sans industrialisation et sans développement économique
« Alors que l’urbanisation s’est réalisée au travers du processus d’industrialisation dans les économies occidentales, la croissance urbaine de l’Afrique, fondée ou accompagnée de celle du commerce informel semble paradoxale. Dans ces conditions, la ville africaine est-elle porteuse de développement ? », s’interroge Christel Alvergne 7 .
L’urbanisation que l’on observe en Afrique n’est pas sans lien avec la croissance démographique exponentielle que connait le continent. Prenons l’exemple de la Côte d’Ivoire, qui n’est certainement pas très éloigné de la situation démographique d’autres pays d’Afrique Subsaharienne : il y avait seulement onze habitants par kilomètre carré en Côte d’Ivoire en 1960. Il y en a près de soixante dix en 2010, et il y en aura cent dix en 2050. Si la France avait connu la même croissance démographique que la Côte d’Ivoire entre 1960 et 2005, elle compterait aujourd’hui deux cent cinquante millions d’habitants 8 – dont soixante millions d’étrangers ! (J.-M. Sévérino et O. Ray, 2010)
Nous nous appuierons très largement sur les analyses de Paul Bairoch 9 pour expliquer, ci-après, les causes et les conséquences de l’urbanisation sur le continent noir.
Les causes de l’inflation urbaine en Afrique
Elles sont nombreuses et font l’objet d’abondante littéra-ture. Reprenons ici celles développées par Paul Bairoch :
Un écart important entre revenus urbains et revenus ruraux
De même que la forte densité des terres agricoles occupe une place privilégiée parmi les facteurs de « répulsion », de même les niveaux plus élevés des revenus urbains constituent un élément essentiel des facteurs d’« attraction ». Or, il apparaît que, contrairement à ce qui était le cas en Occident au XIXe siècle, l’écart entre les revenus urbains et les revenus ruraux est très important en Afrique, et ce, dès les années 1950-1960.
S’instruire et émigrer vers la ville
L’inadaptation, tant quantitative que qualitative, de l’enseignement aux besoins réels de l’économie est un problème quasi universel. Pour les pays africains, il présente une acuité plus grande en raison de la triple contrainte posée par le niveau élevé des techniques contemporaines, le fort niveau d’analphabétisme et l’héritage d’un système d’éducation trop fidèlement calqué sur celui des anciennes métropoles.
Le bilan naturel de la population : une des causes de l’inflation urbaine
Les villes africaines, malgré leur relative « modernisation », n’ont cependant pas échappé à cette caractéristique, très lourde de conséquences, que constitue la lenteur de certaines adaptations du comportement humain. Comme cela a été le cas dans les sociétés développées, l’adaptation de la fécondité aux conditions nouvelles de la mortalité est un processus très lent, qui implique, en effet, de profonds changements de mentalité. La différence essentielle entre l’Afrique et le monde développé étant, la rapidité de la chute de la mortalité, cela a entraîné tout « naturellement » un emballement de la croissance de la population. Les villes africaines n’ont pas échappé à ce grave déséquilibre. La modification plus précoce du comportement en milieu urbain, la « modernisation » n’a pas été suffisante pour annuler les effets de la baisse de la mortalité, de sorte que la croissance naturelle de la population a été très forte ces dernières décennies, d’autant plus forte que le flux migratoire, en rajeunissant la population, implique davantage de naissances et moins de décès.
Concentration des activités dans les grandes villes
Les priorités de développement ont été trop centralisées en faveur des métropoles et notamment des capitales politiques et/ou économiques : les entreprises et industries sont, dans leur grande majorité, implantées dans les capitales et à leurs alentours. Dans beaucoup de pays africains, pour avoir par exemple, une pièce d’identité, il faut aller à la capitale ; tout est mis en place pour que la capitale soit attirante, c’est le fameux héritage jacobin (ou jacobiniste) des pays africains sous influence française notamment. Conséquence, les jeunes ruraux abandonnent les campagnes pour s’installer dans les métropoles. Pourtant avant, c’était la campagne qui nour-rissait la ville, aujourd’hui, c’est l’inverse.
Les exemples de déséquilibres sont en effet nombreux en Afrique. Chaque pays connaît ses propres problèmes, au point que certains reprennent des slogans connus ailleurs.
« Dakar et le désert sénégalais » sonne comme une volonté de retrouver une forme d’équilibre pour combattre une capitale qui concentre, sur 0,3 % du territoire national, 24 % de la population, 75 % des salariés, 50 % des artisans, 95 % des entreprises industrielles et commerciales (Alvergne, 2008).
« Aujourd’hui, le tiers de l’Ouest du pays, en particulier l’axe Dakar-Thiès, concentre à la fois l’essentiel des biens de production et des facteurs de promotion sociale et professionnelle des populations. En 1997, cet axe accueillait 89 % du volume d’investissement et 81,4 % des emplois privés » 10 .
Les conséquences de l’inflation urbaine
Elles sont toutes aussi nombreuses. On citerait, entre autres :
- Un déficit dramatique d’emplois urbains
Si l’inversion de tendance en faveur des villes se manifeste en Europe au XIXe siècle sous la poussée des transformations de l’industrie textile, du travail du fer et de l’exploitation du charbon, ce n’est pas le cas du monde en développement et notamment de l’Afrique aujourd’hui. On assiste alors à un déficit dramatique d’emplois urbains.
- La prolifération des bidonvilles ou de l’habitat spontané
Ce qui caractérise le phénomène de l’habitat spontané dans les villes africaines, c’est son ampleur et sa généralisation. Il y a plus de deux décennies, Paul Bairoch l’avait déjà souligné : pratiquement aucune des grandes villes du continent n’échappe à cette solution lamentable qui « résout » un problème apparemment sans issue : loger très rapidement une grande masse de nouveaux venus en ville, dont les ressources économiques sont quasi inexistantes. Comme le note Dwyer 11 les bidonvilles sont une forme majeure de l’habitat.
Des villes inégalitaires
Le rapport de 2008 du Programme des Nations unies pour les établissements humains (ONU-Habitat) sur l’état des villes du monde, intitulé « Villes harmonieuses », fait le point sur l’état actuel des questions urbaines dans cinq domaines d’étude : logement, société urbaine, environnement urbain, économie urbaine et gouvernance urbaine. Il souligne que les pays en développement sont responsables de 95 % de la croissance urbaine mondiale et absorbent 5 millions de nouveaux urbains chaque mois, contre 500 000 dans les pays développés.
La population urbaine des pays en développement devrait doubler d'ici à 2050. La Terre comptera alors une population urbaine de 5,3 milliards d'habitants, dont près des deux tiers vivront en Asie et un quart en Afrique, qui connaît aujourd'hui la révolution urbaine la plus brutale. Dans les pays développés, au contraire, près de la moitié des villes restent sous les 1 % de croissance démographique et 40 % d'entre elles perdent de la population, notamment en Europe.
De nombreuses villes d'Amérique du Sud et d'Afrique subsaharienne dépassent 0,6 de coefficient Gini 12 – un seuil considéré comme « socialement explosif » – voire 0,7 : Bogota, São Paulo, Johannesburg, Le Cap. La moitié de la population urbaine d'Afrique vit sous le seuil de pauvreté, et 60 % habitent un bidonville, contre 33 % en moyenne dans les pays en développement. Les plus grandes villes des Etats-Unis ont des niveaux d'inégalité comparables à ceux d'Abidjan, de Nairobi ou de Buenos Aires et « dépassent le seuil d'alerte international de 0,4 » du coefficient Gini, note le rapport.
Le Rapport indique que les inégalités urbaines dans ces régions totalement inégales ne sont pas seulement croissantes, mais sont devenues plus enracinées, ce qui suggère que les échecs dans la distribution des richesses sont en grande partie le résultat de problèmes structurels ou systémiques.
En Asie, en revanche, les villes tendent à être plus égalitaires que dans les autres parties du monde en développement, quoique les niveaux des inégalités urbaines aient augmenté ou soient restées élevées dans certaines villes.
Les villes en Chine ont tendance à être plus égalitaires que dans d'autres pays asiatiques, avec Beijing qui est parmi les villes les plus égalitaires dans la région, bien que certaines villes chinoises comme Shenzhen, connaissent des niveaux relativement élevés d'inégalités similaires à celles de Bangkok et de Manille. Le boom économique chinois a aussi conduit à des disparités rurale-urbaine et régionales avec des populations vivant dans des villes situées dans la partie orientale du pays qui jouissent d'un revenu par habitant considérablement élevé que des celles rurales des zones éloignées des régions occidentales.
Selon l'ONU-Habitat, les niveaux des inégalités peuvent être maîtrisés ou réduits par des efforts d'allègement avec une vision à long terme de la part des gouvernements.
Le développement des villes dans le monde
Un rapport de l’ Institut Veolia environnement 13 sur le développement urbain explique que les modes d’expansion urbaine s'avèrent très divers en termes de type d'habitat, de mode de peuplement, de processus de protection du bâti, de type de construction, de catégories sociales concernées. En dépit de contextes géographiques, socioculturels et politiques très contrastés d'une métropole à l'autre, on retrouve cependant des processus d'expansion urbaine similaires.
Dans les métropoles des pays en développement :
- une urbanisation informelle des périphéries comme pratique populaire (ex : lotissements clandestins, occupations illégales de terrains),
- une périurbanisation qui peut résulter d'un développement planifié (ex : quasi-villes satellites de Delhi, de Tanger),
- un mouvement de déconcentration des classes aisées en périphérie lointaine.
Dans les grandes métropoles des pays industrialisés :
- une extension urbaine éloignée et discontinue liée à la diffusion de l'usage de l'automobile,
- un développement de l'habitat individuel.
Les raisons de l'étalement urbain sont évidemment influencées par le contexte géographique et culturel de chaque agglomération. Le rapport de l’Institut Veolia en dégage quelques aspects qui semblent communs à tous les cas étudiés, parmi lesquels :
Le rôle du transport et les facteurs sociologiques dans l'étalement urbain
Le phénomène a été permis par le développement des transports modernes, le développement de la voiture individuelle, etc. En effet, l'éloignement des centres urbains et cette forte augmentation de la motorisation révèlent des modes de vie dans lesquels il y a une dissociation entre espaces de vie, de travail, de loisir, donc une forte mobilité géographique des individus.
L'influence de l'habitat individuel
Au niveau sociologique, on peut s'intéresser aux motiva-tions des ménages qui quittent les centres-villes ou qui s'en éloignent encore un peu plus :
- la recherche toujours plus loin d'un foncier moins cher,
- la volonté forte d'accéder à la propriété,
- une offre faible de quartiers denses et d'habitat collectif,
- la représentation favorable de la maison individuelle au niveau de nos sociétés,
- exigence accrue en matière de confort.
2 Monod Jérôme et Castelbajac Philippe (de), L’aménagement du territoire , éditions PUF, QSJ, 2002, p.10.
3 Les 10 plus grandes agglomérations du monde, en 2010, sont : Tokyo (27 millions d’habitants), Mexico (plus de 20 millions), São Paulo (plus de 20 millions), New York, Bombay, Rio de Janeiro, Calcutta, Séoul, Djakarta et Shanghai.
4 Bairoch Paul, De Jéricho à Mexico. Villes et économie dans l'histoire , éditions Gallimard, 1985, 706p.
5 Musset Alain : « Entre milpas et gratte-ciel : les paysans de Mexico » in Chaléard Jean-Louis, Dubresson Alain (éds), Villes et campagnes dans les pays du Sud. Géographie des relations , éditions Karthala, 1999, pp.61-85.
6 Théry Hervé : « Villes et campagnes au Brésil » in Chaléard Jean-Louis, Dubresson Alain (éds), Villes et campagnes dans les pays du Sud. Géographie des relations , éditions Karthala, 1999, pp.169-183.
7 Alvergne Christel, Le défi des territoires. Comment dépasser les disparités spatiales en Afrique de l’Ouest et du Centre , éditions Karthala, 2008, p. 67.

8 Pour mémoire, la population française est d’environ 65 millions d’habitants en 2010.
9 Bairoch Paul, op. cit.
10 Alvergne Christel, op. cit., p. 70.

11 Dwyer D.J., People and housing in Third World cities. Perspectives on the problem of spontaneous settlements , Londres, 1975
12 Le coefficient de Gini , du nom du statisticien italien Corrado Gini, permet de mesurer le degré d'inégalité de la distribution des revenus et du niveau de vie à l'échelle d'une ville, d'un territoire ou d'un pays. Il se mesure par un nombre entre 0 et 1. 0 représente l'égalité parfaite : tout le monde bénéficie du même revenu ; 1 représente l'inégalité absolue, c’est-à-dire une personne perçoit tous les revenus et les autres ne reçoivent rien.
Les pays les plus égalitaires ont un seuil variant entre 0,2 et 0,3, les plus inégalitaires autour de 0,6. Le seuil d'alerte se situe à 0,4.
13 Institut Veolia environnement: « Développement urbain: les nouvelles contraintes » , Rapport n°1, 44p.
Chapitre 2 : L’urbanisation, un frein ou un facteur de développement ?
Deux thèses s’opposent quant à l’impact de la ville sur le développement. S’appuyant sur deux exemples historiques, de la Grèce antique d’une part et de l’Empire romain d’autre part, Paul Bairoch 14 démontre que l’urbanisation est un moteur mais peut aussi constituer un frein au développement économique.
En Grèce antique, il est certain, selon Bairoch, que le fait urbain a entraîné la civilisation et que, si l’on veut appliquer des concepts contemporains, en règle générale l’urbanisation a favorisé le développement économique. D’une certaine façon on est même en présence d’un processus d’exportation de technologies industrielles et agricoles par le fait même de la création de nouvelles villes autour du bassin méditerranéen. Il y a même une nette dissymétrie des effets : incontestablement, la ville était, dans ce cas, davantage un facteur de développement agricole que l’inverse. Et, dans l’ensemble, elle a favorisé le développement économique.
Le cas de l’empire romain est plus ambigu, affirme l’auteur, car il est possible, probable même, que la ville ait eu des effets négatifs sur l’agriculture et sur l’économie dans son ensemble. Ce qui n’exclut pas des effets évidemment positifs, pour qui il est presque certain que la pression de la demande créée par l’importance de la ville de Rome a dû constituer un stimulant puissant aux progrès techniques importants qu’a réalisés l’agriculture romaine. En fait, cette agriculture est très probablement la plus avancée du monde. Et il faudra attendre l’Europe du XVIIIe siècle (et la Chine du XIIIe siècle) pour retrouver ou dépasser de tels stades.
La ville, moteur de développement
De nombreux ouvrages 15 défendent la thèse selon laquelle la ville est un facteur de développement économique.
En effet, dans un récent ouvrage, Christel Alvergne 16 argue que l’économie nationale a besoin d’innovations, d’im-provisation afin de générer sa propre production et de pouvoir progressivement substituer aux importations des produits nationaux. La ville assume cette fonction, selon l’auteur, de plusieurs manières :
- Elle peut faciliter la substitution aux importations en apportant à la production une assise suffisamment large pour une production diversifiée. En d’autres termes, la ville apporte aux activités productives l’ensemble des marchés dont elle a besoin : consommations intermédiaires, services à la production, marché du travail, marché de débouchés si la ville accueille déjà quelques industries d’importation et si ces industries ont de forts liens entre elles. Le marché urbain offre alors aux industries de substitution des débouchés.
- La ville encourage les changements sociaux et les innovations.
- La cité permet de créer de nouvelles activités, favorise le développement, émancipe et soutient l’initiative. La ville maximise l’interaction sociale, elle joue un rôle moteur dans l’évolution politique et impose aux populations des changements de mentalités. L’apparition de nouveaux pauvres dans la ville est donc normale et perçue comme le résultat d’un processus dynamique. Le phénomène prouve que la ville joue son rôle de moteur, en permettant aux populations de migrer, de concrétiser leur projet, d’améliorer leurs conditions de vie. Christel Alvergne s’appuie, à juste titre, sur le tableau suivant pour montrer l’importance économique des villes.
Tableau 2 : L’importance économique des villes

A la lecture de ce tableau, la confirmation est donnée que des liens entre l’urbanisation et le développement économique sont évidents et étroits.
En effet, la ville favorise incontestablement à la fois l’innovation au sens large du terme et sa diffusion spatiale.
Les modalités de ce rôle innovateur de la ville sont multiples et évidentes (Bairoch, 1985). La plus forte densité de population facilite les contacts et, par là, accélère le flux d’informations. L’hétérogénéité des activités suscite tout naturellement des tentatives d’application (ou d’adoption) à un secteur (ou à un problème spécifique) de solutions adoptées dans un autre secteur. La ville concentre les activités édu-catives qui, de tout temps, ont combiné l’enseignement et sinon la recherche au sens moderne du terme, du moins la réflexion. Le milieu urbain est un refuge naturel pour des individus originaux, mal à l’aise en milieu rural où le confor-misme est en règle générale plus strict. Enfin, et ce n’est pas là le moins important, la ville est par excellence le lieu de contact avec d’autres villes par le biais du commerce et par le jeu des migrations inter-villes d’artisans, d’ouvriers et de cadres (la migration inter-régions rurales étant beaucoup plus restreinte).
« Dernier élément qui renforce encore, si besoin en était, la certitude en ce domaine : l’action positive de la taille des villes. Toutes les études empiriques aboutissent à la même conclusion, à savoir que la taille d’une ville influence favorablement à la fois l’éclosion de l’innovation et sa diffusion spatiale. Plus une ville est grande, plus important est le nombre d’innovations par habitant et plus rapide est le processus d’adoption des nouveautés. Certes, cela a été surtout vérifié dans le domaine de la technique, mais les analyses moins nombreuses relatives à d’autres innovations aboutissent à des conclusions très voisines » 17 .
Cas de l’Afrique
Plus généralement, les institutions internationales et économistes estiment que les villes fournissent aujourd’hui au moins 60 % du PIB des pays africains, quand bien même les populations rurales sont majoritaires dans la plupart des pays.
« En Afrique comme ailleurs, l’urbanisation est l’un des moteurs de la croissance économique, de la transformation sociale, de la décentralisation, de l’ouverture au monde », a souligné Jean-Marie Cour 18 .
Pour le comprendre, l’auteur explique qu’il faut se rendre à l’évidence trop souvent oubliée que, dans les pays en voie de peuplement, la demande de biens et services essentiels exprimée par les personnes qui s’installent quelque part et notamment dans le « secteur informel » est le principal moteur de l’offre de ces biens et services, tels que la nourriture, le logement, le transport.
Comme cela se passe dans tous les pays en voie de peuplement, a écrit Jean-Marie Cour 19 , l’économie urbaine de l’Afrique Subsaharienne a été, est, et restera profondément marquée par une forte dualité entre :
- une économie qualifiée de « formelle » ou « moderne », minoritaire en termes d’emploi, majoritaire en termes de valeur ajoutée, très sensible à la conjoncture internationale et largement extravertie (inputs et outputs) ;
- et un vaste « secteur » que les économistes qualifient d’« informel » parce qu’ils ne savent pas comment le faire rentrer dans le moule des comptes nationaux et des modèles macro-économiques. Cette économie populaire, numériquement majoritaire, satisfait très logiquement à l’obligation de procurer des activités, des revenus et des biens et services à un maximum de personnes et avec un minimum de capital.
Et donc, non seulement la ville génère le développement parce que la densité pousse les populations à innover, elle est aussi nécessaire en ce sens qu’elle installe une forme de rareté qui facilitera la formation des territoires (Alvergne, 2008).
Les tableaux ci-après donnent une idée des productivités relatives des trois strates primaires, « informelle » et « moderne »
Table 3 : PIB moyen par habitant et productivité primaire, informelle et moderne en Afrique Subsaharienne (en USD)


Tableau 4 : PIB primaire, informel et moderne en Afrique subsaharienne (en milliards USD)

L’interprétation qu’en fait l’auteur de cette étude est que, « malgré l’afflux continu de migrants relativement pauvres, le niveau moyen de productivité et de revenus de la population du secteur informel des villes africaines ne décroît pas. La relative stabilité des standards de vie au sein du secteur informel tient au fait que, lorsque la conjoncture se détériore, le rythme d’immigration net vers les villes se ralentit, et vice versa. La productivité moyenne du secteur urbain informel ne pourra commencer à croître notablement que lorsque le processus migratoire se ralentira à la fois du fait de la baisse du réservoir de migrants potentiels et de l’augmentation des revenus ruraux permise par la croissance du rapport urbain/rural. Mais, pour encore plusieurs décennies, les interactions entre milieu urbain et milieu rural resteront durablement marquées par de fortes disparités de productivité et de revenu entre strates et entre milieu urbain et milieu rural ».
Les activités fondamentales et non fondamentales des villes 22
Les activités économiques des villes peuvent être réparties en deux types de fonctions, à savoir les fonctions fondamentales et les fonctions non fondamentales (Bairoch, 1985).
Les foncions fondamentales (ou basic ) peuvent être définies comme étant celles qui produisent des biens ou des services destinés à être « exportés » de la ville, alors que les fonctions non fondamentales (ou non basic ) peuvent être définies comme étant celles qui produisent des biens et des services consommés à l’intérieur de la ville.
Selon Paul Bairoch, si certaines activités, et notamment la plupart des services, peuvent être considérées comme relevant exclusivement des activités non fondamentales, il est évident que le partage entre fondamental et non fondamental n’est pas seulement fonction de la nature des activités mais aussi et surtout de la destination des débouchés. Ainsi, par exemple, dans une ville où la quasi-totalité de la production industrielle se trouve cantonnée dans le textile, quelque 85 à 95 % (selon la taille de la ville et aussi en fonction d’autres paramètres) de ces activités textiles peuvent être considérées comme fondamentales ; alors que, dans une ville aux activités très diversifiées, à la limite aucune des activités textiles ne peut prétendre au caractère de fondamental, car la production est destinée entièrement à la population urbaine locale.
A ces activités, s’ajoutent des activités urbaines spécifiques qui découlent du mode de vie urbain proprement dit. Si près de 100 % des emplois dans l’administration urbaine peuvent être considérés comme des emplois urbains spécifiques, une certaine proportion – disons 25 à 30 % – des emplois dans le commerce de détail peut l’être également car, faute de pouvoir d’achat dans les campagnes, certains produits des commerces ne peuvent y être distribués. Le même raison-nement est valable pour la police où autant les problèmes de circulation que ceux de sécurité des biens et des personnes requièrent une proportion de policiers par habitant beaucoup plus forte pour les urbains que pour les ruraux (Bairoch, 1985).
Exemple de Marseille : Euroméditerranée, un projet d’aménagement et de développement économique
L’exemple que nous rapportons, ci-après, traduit le fait qu’une ville, à travers un projet de territoire ambitieux peut être un moteur de développement.
Deuxième ville de France, Marseille, compte près 850 000 habitants (mais plus de 1,6 million dans l’agglomération), sur superficie d’environ 24 000 hectares dont 13 800 urbanisés, ce qui fait d’elle l’une des communes les plus étendues de France. Elle est 2,5 fois plus étendue que la capitale Paris.
Le projet Euroméditerranée, initié par les pouvoirs publics, est une opération d’intérêt national, ayant une double mission d’aménagement et de développement économique. Il est piloté par l’établissement public du même nom (EPAEM) 23 qui a mis en place des moyens et s’est doté d’outils et d’actions pour aménager et développer un nouveau quartier de centre-ville qui doit contribuer au développement urbain, socio-économique, culturel et touristique de Marseille et de sa région.
Lors de son démarrage en 1995, Euroméditerranée portait sur un périmètre de 310 hectares 24 dont 110 sur le domaine public maritime, avec 30 000 habitants, 23 600 emplois, un taux de chômage de 22 % (le double de la ville). Les pouvoirs publics nationaux et locaux ont décidé d’inverser la tendance de la paupérisation du territoire en mettant en place ce projet.
Pour sa mise en œuvre, l’EPAEM s’est doté des outils (ou procédures) opérationnels suivants : les zones d’aménagement concertées (ZAC) 25 et l’Opération programmée d’amélioration de l’habitat (OPAH) 26 . Les ZAC de la Joliette, de Saint-Charles, de la Belle de mai et l’OPAH de la rue de la République ont ainsi été instituées et celles-ci finissent par transformer le visage de Marseille.
La ZAC de la Joliette concerne le quartier de la Joliette, situé en façade maritime, possède de nombreux atouts : un positionnement stratégique entre port et centre-ville et une accessibilité remarquable (liaisons aéroport, gare TGV, transports en commun). Sur une superficie de 22 hectares, la ZAC de la joliette s’est vue réalisée des bureaux, des logements neufs et réhabilités, des hôtels et commerces, des équipements publics (écoles, collèges,…), des équipements sportifs, des milliers de places de parking.
La ZAC Saint-Charles concerne les alentours de la gare Saint-Charles. Par sa position en centre-ville, sa gare TGV (train à grande vitesse), sa connexion directe aux grands systèmes de circulation, le quartier Saint Charles s’affirme comme le centre névralgique des transports de Marseille et de sa région. Le nouveau pôle de transport Marseille St Charles représente un investissement de plus de 150 millions d’euros.
Depuis juin 2001, il constitue la tête du réseau TGV Méditerranée et place la ville de Marseille à 3 heures de Paris et 5 heures de Bruxelles. Sur 16 hectares d’étendue, la ZAC Saint-Charles bénéficie des programmes d’hôtels, de logements, de bureaux…, qui s’organisent autour de la création d’un espace urbain repensé autour du cheminement piéton entre la gare, l’université et la Porte-d’Aix. Des nouvelles places sont créées (le parvis de la gare et la place de l’Arc de Triomphe, libérée de la circulation, grâce à la mise en service du tunnel Saint-Charles).
La ZAC de Belle de mai, à proximité immédiate de la gare Saint-Charles, la Belle de Mai se développe sur un espace de plus 120 000 m2.
Les anciennes manufactures de tabacs ont été réhabilitées pour constituer un pôle culturel regroupant trois types d’activités : (i) un pôle patrimonial regroupant les Archives municipales, les réserves des Musées de Marseille ainsi que le Centre Interrégional de Restauration des Oeuvres d’Art ; (ii) un pôle média constitué de studios audiovisuels, de locaux pour les industries techniques du multimédia et de bureaux pour les producteurs, éditeurs, diffuseurs ; (iii) un pôle de spectacle, accueillant plusieurs centaines de professionnels du spectacle et des arts, réunis dans un pôle de création contemporaine.
L’OPAH République. La rue de la République, l’un des plus vastes chantiers de rénovation urbaine en France, fait l’objet d’une Opération programmée d’amélioration de l’habitat (OPAH), qui porte sur 5200 logements dont 2500 appartiennent à des propriétaires privés, et d’un chantier de requalification de l’espace public. Plus d’une vingtaine d’immeubles ont ainsi vu leurs façades nettoyées ; une part significative des immeubles de la rue nécessitait une restructuration lourde (près de 1000 appartements vacants) et une mise en conformité avec les règlementations de confort et de sécurité modernes.
Le partenariat public-privé
Le projet, qui est porté par des pouvoirs publi

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