Le Marais
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Description

En témoignant de plus de deux mille ans d'histoire, Le Marais, quartier central de Paris, nous invite à redécouvrir des événements qui ont contribué à l'évolution du temps : la création de l'ordre du Temple, la naissance des guerres de religion, la prise de la Bastille et bien d'autres faits tels la vie dans les salons littéraires, scientifiques. Cet ouvrage nous conduit également, après l'époque artisanale du XIXème siècle, au Marais actuel, lieu de culture et de communication.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2007
Nombre de lectures 119
EAN13 9782296170025
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Histoire de Paris
Collection dirigée par Thierry Halay
L’Histoire de Paris et de l’Ile-de-France est un vaste champ d’étude, quasiment illimité dans ses multiples aspects.
Cette collection a pour but de présenter différentes facettes de cette riche histoire, que ce soit à travers les lieux, les personnages ou les évènements qui ont marqué les siècles.
Elle s’efforcera également de montrer la vie quotidienne, les métiers et les loisirs des Parisiens et des habitants de la région à des époques variées, qu’il s’agisse d’individus célèbres ou inconnus, de classes sociales privilégiées ou défavorisées.
Les études publiées dans le cadre de cette collection, tout en étant sélectionnées sur la base de leur sérieux et d’un travail de fond, s’adressent à un large public, qui y trouvera un ensemble documentaire passionnant et de qualité.
A côté de l’intérêt intellectuel qu’elle présente, l’histoire locale est fondamentalement utile car elle nous aide, à travers les gens, les évènements et le patrimoine de différentes périodes, à mieux comprendre Paris et l’Ile-de-France.
Déjà parus
Bernard VESPIERRE, Guide du Paris médiéval , 2006.
Jacques MARVILLET, Vingt ans d’urbanisme amoureux à Paris, 2005.
Pierre ESPERBE, Des histoires de Paris , 2005.
Christian LEBRUMENT, La guerre de 1870 et la Commune , 2005. Hubert DEMORY, Auteuil et Passy. De la révolution à l’annexion. 2005.
Jacqueline VIRUEGA, La bijouterie parisienne : Du Second Empire à la Première Guerre mondiale , 2004.
Jacques LANFRANCHI, Les statues des grands hommes à Paris, 2004.
Jean-Pierre THOMAS, Le guide des effigies de Paris , 2002.
Juliette FAURE, L’Arsenal de Paris , 2002
Jean-Paul MARTNEAUD, Les ordres religieux dans les hôpitaux de Paris , 2002.
Robert VIAL, Histoire des hôpitaux de Paris en 400 dates , 1999.
Robert VIAL, Histoire de l’enseignement des hôpitaux de Paris , 1999.
Victor DEBUCHY, La vie à Paris pendant le siège 1870-1871 , 1999.
Le Marais
Promenade dans le temps

Juliette Faure
Ouvrages du même auteur
Le Marais, Organisation du cadre bâti  ; L’Harmattan (collection Villes et Entreprises), 1997.
L’Arsenal de Paris, Histoire et Chroniques  ; L’Harmattan (collection Histoire de Paris), 2002.
Participation aux Ouvrages collectifs
« Commerce, artisanat et petite industrie de 1860 à 1990 » dans : De la place Royale à la place des Vosges  ; Délégation à l’Action Artistique de la Ville de Paris, (D.A.A.V.P) 1996.
« L’évolution récente des activités du Marais » dans : Le quartier du Marais : Déclin, Renaissance, Avenir  ; Cahiers du Centre de Recherches et d’Etudes sur Paris et l’Ile de France (C.R.E.P.I.F) n°59 ,1997.
© L’HARMATTAN, 2007
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296029965
EAN : 9782296029965
Sommaire
Histoire de Paris Page de titre Page de Copyright Epigraphe PRÉFACE INTRODUCTION - UN LONG CHEMINEMENT Sept promenades dans le Marais en compagnie de ses personnages I - SAINT-GERVAIS ET SES ABORDS II - DE SAINT-PAUL À L’ARSENAL III - LA BASTILLE ET LA RUE SAINT-ANTOINE IV - PLACE ROYALE ET PLACE DES VOSGES V - RUE DES FRANCS-BOURGEOIS ET ALENTOURS VI - LE QUARTIER DU TEMPLE ET LES TEMPLIERS VII - LA RUE VIEILLE-DU-TEMPLE LE THEÂTRE ET LES LIVRES CONCLUSION BIBLIOGRAPHIE
« Nous sommes, parce que nous devenons »
Daniel Rops.
PRÉFACE
Le Marais, toujours...

Combien d’ouvrages a-t-on écrits sur le quartier du Marais ? Une multitude... Nous proposons ici un aperçu de cet espace en compagnie des personnages qui, par leur esprit, leur talent, leur bonté, leur fantaisie, leur vulnérabilité, y ont laissé leur empreinte. Ces femmes et ces hommes, en participant aux mouvements artistiques et culturels, aux innovations scientifiques, aux idées progressistes, ont contribué à l’évolution des savoirs, des mœurs, des espoirs.
C’est en visitant les monuments, ou en rappelant ceux qui ont disparu, que nous évoquerons les modes de vie des ordres religieux, des courtisans, des cercles d’érudits, des salons littéraires mais aussi de tous les acteurs de la vie quotidienne. Nous revivrons les époques troublées, au cours desquelles les guerres, les révoltes, les conspirations ont pris forme et nous mesurerons leurs retentissements sur l’ensemble de la société.
Plus tard, lorsque les ouvriers et les artisans sont venus de tous points du pays et même de l’étranger pour répondre aux fortes demandes économiques de la capitale, le vieux Marais a su les accueillir. Puis, progressivement, parce que l’évolution du temps s’y prêtait, ce microcosme a laissé place à la société contemporaine faite « d’échanges et de communication » qui, en s’insérant dans les cadres du passé, donne un esprit nouveau à ce quartier de Paris.
Le quartier du Marais
INTRODUCTION
UN LONG CHEMINEMENT

Le site
Le quartier du Marais, situé dans le 3 ème et le 4 ème arrondissement de Paris, n’aurait pris son nom qu’au 17 ème siècle, bien qu’un ensemble bâti soit né dix siècles auparavant dans une zone marécageuse, comprise entre le cours de la Seine actuel et son ancien tracé.
En effet, il a été prouvé que dans des temps lointains, le lit principal du fleuve était contraint, à partir de Bercy, à remonter vers le nord puis à former une anse pour prendre, au niveau du pont de l’Alma, le tracé que nous lui connaissons en direction de l’ouest. Lors d’un épisode climatique fortement prononcé, une puissante poussée des eaux détruisit l’obstacle de Bercy et dès lors le fleuve forma son lit dans le site actuel, en laissant émerger quelques îles. Entre l’ancien cours et le nouveau, les premières constructions humaines prirent forme dans les espaces qui émergeaient d’un sol plus ou moins boueux.
Au début de notre ère, les Romains posèrent des dalles de pierre dans les secteurs submersibles, dalles qui constituent toujours les soubassements de la rue Saint-Antoine. Ce peuple, venant en colonnes de l’est ou du sud du continent européen, pouvait ainsi se diriger vers l’île de la Cité en passant par le site du Châtelet, carrefour des voies nord-sud et est-ouest ; en cet endroit une plate-forme rocheuse insubmersible avait permis de poser un pont pour franchir le fleuve. Les Romains gagnèrent ensuite la rive gauche pour y créer « le quartier latin ».

Les premiers aménageurs
Quelques siècles après l’instauration de la « paix romaine », alors que le christianisme s’affirmait, les ordres religieux en quête d’espace et de calme ont été nombreux à quitter l’île de la Cité pour créer des lieux de culte sur la rive droite ; ils installèrent de modestes églises avec leurs cimetières sur des terrains naturellement surélevés. C’est ainsi que dès le 6 ème siècle une église construite près de la Grève, dans les parages de l’Hôtel-de-Ville actuel, fut dédiée aux saints martyrs Gervais et Protais ; une autre plus à l’est, rue Saint-Paul, à l’initiative de Saint-Eloi devint une dépendance de l’abbaye de Saint-Martial, monastère de filles fondé au 7 ème siècle dans l’île de la Cité.
Plus au nord, le prieuré Saint-Martin-des-Champs, créé au 8 ème siècle, fut détruit par les Normands et rebâti sous Henri 1 er en 1060 ; le prieuré Saint-Nicolas-des-Champs s’installa à proximité. Quelque temps après, un troisième pôle monastique se constitua à l’initiative des Templiers qui choisirent de quitter les berges de la Seine pour bâtir leur enclos.
Afin de parer aux attaques des Normands un dispositif de défense pour la protection des habitants s’était avéré nécessaire. Ainsi, une première enceinte en bois aurait protégé les groupes humains autour du port naturel de la Grève ; c’est là, en bordure du fleuve, qu’une population de bateliers, de portefaix, de cabaretiers, de marchands, d’artisans s’activait en participant à l’essor économique. Les premiers marchands aux foires de Champagne sont les merciers de Paris en 1145 ; le drap de Paris apparaît à peu près à la même époque aux foires de Gênes. En ce temps-là, l’apparition du change dans la capitale témoigne de l’importance du commerce à distance et de la variété des numéraires utilisés.
Dans un autre domaine, les nombreux établissements religieux qui accompagnaient l’expansion du catholicisme contribuèrent fortement au développement du quartier. Car les communautés, tout en propageant leur foi et en accomplissant leur mission charitable, mettaient en valeur l’espace naturel en faisant exploiter leurs terres par des serfs et des hommes libres, notamment autour des bourgs de Saint-Martin et de Saint-Nicolas-des-Champs.

L’enceinte de Philippe Auguste
Dès 1189, le roi Philippe Auguste, en bon guerrier, tout en préparant son départ pour escorter la troisième croisade décide de bâtir une enceinte solide afin de mettre à l’abri la population parisienne des attaques de toute nature. Cette enceinte englobe sensiblement la même superficie sur les deux rives de la Seine. Dans le Marais, elle part de l’actuelle rue des Jardins-Saint-Paul, passe rue des Francs-Bourgeois, contourne les Halles pour aboutir sur le site de la cour carrée du Louvre où s’élève le donjon du château féodal. Dès lors, la rive droite continue à se développer dans une quiétude relative.

La Ville Neuve du Temple
Dans les années 1270, les Templiers, à la suite d’un accord signé avec le roi Philippe III le Hardi, fondent une « ville neuve » en lotissant les terres situées entre l’enceinte de Philippe Auguste et l’enclos qu’ils ont construit au nord du quartier. Cette « ville neuve » s’étale de part et d’autre de l’actuelle rue des Archives ; dans ce nouvel espace, les artisans déliés du joug des corporations peuvent créer librement : tisserands, bonnetiers, luthiers, savetiers, orfèvres, miniaturistes, écrivains, copistes, enlumineurs, graveurs, peintres, excellent dans leur métier.

Mise en valeur du sol
Les moines et les paysans continuent à défricher les terres des environs pour les transformer en parcelles appelées « coutures » quand elles sont de céréales et de légumes, et « courtilles » si elles portent des arbres fruitiers. L’appellation « cultures maraîchères » viendrait du fait que les légumes étaient cultivés dans les marais...
Dans cette population se trouvaient des personnes misérables, dispensées de payer l’impôt local : la taille ; appelées francs - bourgeois , elles ont laissé leur nom à la rue dans laquelle une maison les avait accueillies.

L’essor du Marais
L’essor du quartier du Marais peut être situé au 14 ème siècle, lorsque les activités artisanales et marchandes ont conditionné le développement économique de la capitale. C’est à cette époque qu’une organisation municipale, sous l’égide du prévôt Etienne Marcel, a supplanté l’ancienne administration dont le prévôt était nommé par le roi. Cette organisation s’installa sur la place de Grève, dans la Maison aux piliers , tout en conservant pour emblème le « sceau des marchands de l’eau ». Ce sceau était celui de la corporation choisie par Louis IX pour la première administration. Si l’image du navire a changé, la devise est toujours celle de Paris : « Fluctuat nec mergitur ».
En ce 14 ème siècle, de nouvelles congrégations monastiques, venues parfois de l’étranger, sont encouragées financièrement par la royauté et par les parisiens à ouvrir des couvents ; ces ordres, composés d’hommes ou de femmes contribuent à l’organisation de la vie sociale par l’attention qu’ils portent à leur prochain tout en pratiquant leurs dévotions. Nous remarquerons leurs noms en parcourant les rues du Marais : Hospitalières Saint-Gervais, Blancs-Manteaux, Sainte-Catherine du Val-des-Ecoliers, Filles de l’Ave-Maria, Bonnes-femmes de Saint-Avoye, Haudriettes, Célestins, Sainte-Croix de la Bretonnerie, Billettes, Saint-Antoine, Minimes, Carmes...
Dans cette période on assiste à la construction de « maisons de ville », voulues par les ordres religieux résidant en Ile-de-France. Dans leurs caves voûtées, ces pied-à-terre servent aussi de réceptacle aux récoltes de grains destinés à la vente sur les marchés de la capitale : les vestiges en sous-sol des maisons des abbayes de Chaalis, d’Ourscamp, de Jouy, de Maubuisson, de Lagny, témoignent en ce sens.
A l’intérieur de l’enceinte de Philippe Auguste, les terrains nus attirent les regards des princes tel Charles d’Anjou, roi de Sicile, qui fait bâtir une somptueuse demeure le long de la rue qui porte son titre. L’archevêque de Sens, exerçant son autorité sur le diocèse de Paris, s’installe dans un premier temps quai des Célestins. Louis de Bourbon est propriétaire en 1318, au cœur du bourg Saint-Pol, de deux hôtels somptueux avec jardins.

Le Marais royal
La venue des monarques et de leur cour dans le quartier est un évènement déterminant pour l’histoire culturelle, littéraire, artistique, scientifique du Marais.

En 1365, le roi Charles V décide de quitter le palais de la Cité pour installer le siège de son pouvoir au Louvre, tout en émettant le souhait de résider dans le Marais avec sa famille « pour le repos et les grands esbattements ». Trois hôtels existants sont embellis et reliés par des jardins pour constituer « le logis Saint-Pol ». Son fils Charles VI y résidera également.
Le frère de Charles VI, Louis d’Orléans, acquiert plusieurs hôtels de la rue Saint-Antoine dont l’hôtel des Tournelles qui sera choisi plus tard pour devenir la deuxième résidence royale. On peut imaginer autour de lui une cour d’artistes et d’hommes de lettres qui formeront l’esprit et éduqueront les talents de son fils, le poète Charles d’Orléans.
C’est une cour du même style qui entoure la reine Isabeau de Bavière dans l’hôtel Barbette, hôtel qui lui sert de refuge lors des crises de folie de son époux Charles VI.
On rencontre encore dans le quartier, le futur roi Charles VII, les ducs d’Anjou, de Berry, le Connétable de Clisson qui accumule en son hôtel, situé rue des Archives, une collection d’œuvres d’art.
Quelques grands prélats parmi lesquels l’évêque d’Evreux, les abbés de Saint-Maur, de Chaalis, les métropolitains de Sens, ont pareillement une résidence dans le Marais.

L’enceinte de Charles V
Le confort et la sécurité du quartier sont désormais assurés par une nouvelle enceinte, dite de Charles V. Cette muraille, élevée de 1365 à 1390, permet de protéger 166 hectares supplémentaires sur la rive droite ; son tracé part du quai des Célestins, passe à l’Arsenal, se dirige vers la Bastille, le Palais Royal, pour aboutir sur le site du Carrousel du Louvre.
La forteresse de la Bastille est alors bâtie sur l’emplacement de la porte Saint-Antoine pour se trouver dans l’axe de la rue. La porte est déplacée sur le flanc nord de la citadelle.

La vie de cour
Les résidences princières et royales du Marais engendrent une vie de cour d’un style nouveau où les plaisirs de la conversation, les promenades dans les jardins d’agrément, sont égayés par la compagnie d’animaux domestiques et sauvages, ceux-ci enfermés dans des ménageries ! Les rues Beautreillis, de la Cerisaie, des Lions nous rappellent cette époque.
Le quartier garde tout son prestige, dit-on, même pendant les moments difficiles de la guerre de Cent Ans, puisque le jeune roi anglais séjourne à l’hôtel Saint-Pol et le régent Bedford au palais des Tournelles. Cependant, la vie luxuriante du Marais connaît un fléchissement lorsque la cour préfère suivre le roi Charles VII dans le Val de Loire, particulièrement à Bourges et à Tours ainsi que dans certains châteaux d’Ile-de-France.
Un siècle après, à la fin des guerres avec l’Italie, dans le sillage de François 1 er et de sa belle-fille Catherine de Médicis, arrivent les personnages qui vont redonner un nouvel élan au Marais. Ils provoqueront un changement dans l’esprit et dans les formes culturelles, ce qui va induire une moindre dépendance à la cour et à l’esprit de chevalerie.
Les nouvelles manières sont encore bousculées quand, après le tournoi du 30 juin 1559 dans lequel Henri II a été mortellement blessé, le Marais perd son statut de résidence royale. La reine Catherine de Médicis, profondément affectée par le décès brutal de son époux est encouragée par son fils Charles IX devenu roi, à quitter l’hôtel des Tournelles pour s’installer au palais des Tuileries nouvellement construit.
Les tristes épisodes des guerres de Religion, après avoir divisé la population et provoqué tant de malheurs, vont laisser des marques peu réjouissantes : ruines, édifices délabrés ajoutent du désarroi dans cet ensemble résidentiel jadis si vivant. Cependant, des évènements insoupçonnés vont donner au Marais une nouvelle gloire, pour en faire le reflet d’un siècle flamboyant.

L’âge d’or du Marais
Dès son arrivée au pouvoir, Henri IV décide d’organiser le réaménagement des quartiers devenus vétustes et d’inclure dans son programme la construction de places centrales prestigieuses, équipées pour accueillir des fonctions économiques de luxe et des institutions administratives. La place Royale (des Vosges) doit recevoir une manufacture de draps de soie, mais comme ce projet ne se réalise pas, elle devient un lieu de résidence très privilégié, centre de la vie mondaine de l’époque. La place Dauphine est dédiée aux financiers. La place de France à peine ébauchée ne voit pas le jour. C’est à cette époque qu’est construit l’hôpital Saint-Louis.
En ce 17 ème siècle, le tissu urbain du Marais présente déjà la trame serrée qui sera respectée jusqu’à nos jours ; dans les pourtours, les propriétaires terriens congédient jardiniers et maraîchers, pour édifier de nouvelles résidences, particulièrement dans la partie nord-est.
Sous Louis XIII, une forme de vie intellectuelle se développe dans les salons tenus par des femmes qui souhaitent se démarquer de « l’esprit de cour » en cherchant les règles d’une nouvelle sociabilité, dont la base serait la pureté du langage ; certaines de ces personnes ont accentué si fortement leurs penchants qu’elles ont été qualifiées de « Précieuses ». Simultanément, les futurs académiciens des Sciences et des Lettres se rencontrent dans des cénacles. Deux églises prestigieuses sont élevées, Saint-Gervais Saint-Protais et Saint-Louis-des-Jésuites. Sous Louis XIV, tandis que l’enceinte de Philippe Auguste est démolie ou parfois englobée dans les constructions, la deuxième enceinte, celle de Charles V, laisse sa place aux futurs « grands boulevards » pour donner plus de majesté à la concentration urbaine de la capitale de la France, qui, dès lors, affirme son pouvoir centralisateur.
L’effervescence spirituelle se manifeste aussi par l’arrivée de jeunes troupes de théâtre rivalisant avec la troupe de « l’hôtel de Bourgogne » attachée au roi. Le « Jeu de paume des Maretz », rue Vieille-du-Temple, devient un théâtre renommé où Corneille donne ses pièces ; l’amour, la poésie, l’héroïsme, la galanterie peuvent s’y exprimer.
C’est également dans le Marais que Molière fait ses débuts en installant son « Illustre Théâtre » dans le « Jeu de paume de la Croix-Noire », à proximité du port Saint-Paul.
Toujours en cette période, Lamoignon, premier président au Parlement, reçoit dans son hôtel de la rue Pavée des personnages éminents, tels Boileau, Bourdaloue, Racine et l’épistolière la plus célèbre, la marquise de Sévigné, qui a toujours résidé dans le quartier.
Désormais, la vieille noblesse d’épée s’est entourée d’artistes et d’écrivains et la noblesse de robe s’est donnée à l’esprit, à défaut d’exercer un pouvoir politique. Mais cet essor mondain et littéraire ne se prolonge pas, en raison principalement du départ du roi Louis XIV et de la cour à Versailles ; de l’installation des académies au Louvre où, regroupées, elles se coupent de la société ; du déplacement d’une nouvelle bourgeoisie vers l’ouest de la capitale.

Au 18 ème siècle, sous les règnes de Louis XV et Louis XVI, quelques demeures prestigieuses apparaissent à proximité des immeubles locatifs. Certains édifices nouveaux sont destinés aux services publics, ce qui annonce, de la part de l’Etat, la prise en considération de l’organisation sociale.
A cette époque, de dignes représentants de la vie intellectuelle, Voltaire, Beaumarchais, Turgot, Lamoignon, Aumont, de riches financiers, des scientifiques de renom tel Lavoisier, maintiennent la flamme. Plusieurs collectionneurs viennent s’installer dans le Marais où l’on peut compter treize cabinets « d’histoire naturelle » et un nombre égal pour les estampes, tableaux et objets d’art. La plupart de ces passionnés mettent leurs connaissances scientifiques à la portée du public, qui est autorisé à admirer des trésors venus souvent de pays lointains.
Au nord-est du Marais, les Boulevards s’ornent déjà de cafés, de demeures extravagantes, de salles de jeux et de théâtres.
C’est le Marais que choisit Louis XVI pour y implanter le Mont-de-Piété et pour y construire le premier grand ensemble d’habitat collectif, place Sainte-Catherine, quand le prieuré est démoli.

Le Marais au 19 ème siècle
Lorsque la Révolution de 1789 éclate, le Marais est passé de mode pour les classes privilégiées car peu à peu les cercles littéraires, scientifiques, artistiques se sont déplacés vers les faubourgs Saint-Germain et Saint-Honoré. Les quelques personnalités de l’Ancien Régime qui y vivent encore sont dotées du statut « d’émigré » et doivent quitter leurs demeures, mises sous séquestre, à dater de 1792.
En septembre, la prison de la « Force » de la rue Pavée connaît d’horribles massacres organisés par Danton.
Partout dans le pays, la déchristianisation est de rigueur. Dans le Marais les églises sont transformées en dépôts de livres ; Saint-Gervais doit accepter les offices d’une autre religion. Saint-Jean-en-Grève et Saint-Paul sont fermées puis démolies.
Les couvents de la Visitation, des Filles de la Croix, des Blancs-Manteaux, de Sainte-Avoye, de Sainte-Elizabeth, vidés de leurs occupants, sont transformés en lieux laïques voire en temples païens.
Un nouvel espoir naît lorsque Napoléon 1 er devenu Empereur, dote la capitale d’aménagements d’intérêt public, de marchés, de fontaines. Pour alléger le trafic sur la Seine, Napoléon ordonne la construction de voies navigables. Dérivant du bassin de La Villette, alimenté par le canal de l’Ourq, elles se dirigeront l’une vers l’ouest par le canal Saint-Denis, l’autre vers le sud par le canal Saint-Martin qui longe le Marais à l’est.
Au cours du 19 ème siècle, le Marais abrite dans ses hôtels, souvent divisés en appartements, une bourgeoisie qui désormais souhaite partager le savoir  ; une floraison de lycées, de grandes écoles, de pensions, s’épanouit en divers lieux, tels l’ancienne maison professe des Jésuites, les hôtels Carnavalet, de Marie, de Beauvais, Aubert de Fontenay. Le Marais devient un centre pédagogique attractif. Dans la Bibliothèque de l’Arsenal, souffle l’esprit du « Romantisme », avec Nodier comme chef de file ; ensuite les « Parnassiens » et les « Symbolistes » y diffuseront leur poésie.
La place Royale a retrouvé son nom, après avoir porté celui de place des Vosges. Des personnages du monde artistique, dont l’état d’esprit individuel est bien différent de l’esprit des « Précieux », s’y installent.

L’industrialisation de la capitale
La composition de la population ne cesse de se modifier, car l’artisanat et la petite industrie viennent s’implanter dans le Marais, où les nombreux hôtels délaissés sont convertis en ateliers. La capitale, desservie par les réseaux de chemin de fer, accueille des cohortes de personnes constitutives d’un début d’exode rural provoqué par les premières mécanisations de l’agriculture et de l’industrie textile. Pour ces nouveaux venus, l’intégration à la ville n’est pas exempte de difficultés mais leur assimilation formera un ensemble dynamique, capable de doter Paris d’une infrastructure industrielle de renom.
Les écrivains de cette époque, vont dépeindre le Marais dans son délabrement, relater en la romançant la vie des travailleurs et parler aussi des épisodes révolutionnaires de 1830, 1848, 1870 avec leurs retombées sur le vieux quartier.

Le Marais au 20 ème siècle
Les grandes transformations du Marais ont eu lieu lorsque, selon les prescriptions de la loi du 4 août 1962 dite « loi Malraux », un Secteur Sauvegardé a été défini sur 126 hectares avec pour but de classer 186 édifices et d’en conserver 1200 malgré, pour certains, leur état de délabrement. Après de longs travaux le quartier est métamorphosé. Les implantations commerciales se sont multipliées, remplaçant les activités artisanales obsolètes. La Culture étant en partie devenue « institutionnelle » est désormais diffusée de façon programmée par les politiques de la Ville et de l’État. Ainsi certains hôtels du secteur public hébergent bibliothèques, musées, salles de conférences, salles d’expositions et ateliers de création artistique. Néanmoins, les associations privées de toute sorte ont leur place.
L’attrait de cet ancien quartier de Paris est inestimable.
Sept promenades dans le Marais en compagnie de ses personnages
Saint-Gervais et ses abords De Saint-Paul à l’Arsenal La Bastille et la rue Saint-Antoine Place Royale et place des Vosges La rue des Francs-Bourgeois Le quartier du Temple La rue Vieille-du-Temple
I
SAINT-GERVAIS ET SES ABORDS


Dans cette première promenade nous parcourons l’espace délimité par la place de l’Hôtel-de-Ville, les rues de Rivoli, de Fourcy, du Figuier et de l’Hôtel-de-Ville.
De l’époque florissante du Moyen Age subsistent une partie de l’église Saint-Gervais et quelques maisons ; les témoins de la Renaissance ne sont guère plus nombreux. C’est au 17 ème siècle que la vie de cour s’est instaurée dans de belles demeures dont nous conterons l’histoire.

PLACE DE L’HÔTEL-DE-VILLE
Sur la rive nord de la Seine, la Grève, légèrement inclinée vers le fleuve, était un lieu désert couvert de sable et de graviers. En 1141, la corporation des marchands de l’eau y fonda un port afin de désengorger le port Saint-Landry situé sur l’île de la Cité. Ce port s’ajoutait à d’autres le long de la rive et fut affecté au dépôt du foin et du blé ; son accès devint la place de Grève.
La première Institution municipale avait été créée en 1246 par Charles IX (futur Saint-Louis) : les seigneurs parisiens élisaient alors leurs représentants, les échevins, parmi les membres des corporations. La corporation la plus puissante étant celle des marchands de l’eau, son chef était nommé prévôt par le roi. A cette époque, le «sceau des marchands de l’eau » avec son célèbre bateau fut choisi pour être le sceau de l’administration municipale. Il constituera les armoiries de la Ville : « Fluctuat nec mergitur » (il flotte mais ne sombre pas). Ce lieu de réunion fut transporté un siècle plus tard par Etienne Marcel , le prévôt désigné désormais par les bourgeois et non plus par le roi, dans un hôtel de la place de Grève, appelé la Maison aux piliers . Cet édifice se situait, comme l’actuel, sur le côté oriental de la place ; c’était un bâtiment à deux étages sur arcades avec tourelles d’angles, une salle de réunion et un dépôt d’armes.

L’HÔTEL-DE-VILLE
Deux siècles plus tard, François 1 er puis son fils Henri II firent construire un édifice « destiné aux assemblées et au gouvernement des affaires publiques » sur les plans de Dominique de Cortone , dit le Boccador , architecte italien. Les travaux, de style Renaissance, s’étalèrent de 1533 à 1551. Le palais fut agrandi, dans les mêmes formes, par l’ajout de la partie nord le long de la rue de Rivoli actuelle, au cours des années 1608-1628. Fêtes et émeutes s’y sont succédées, particulièrement après 1789.
Sous Louis-Philippe, le splendide édifice fut encore aménagé et décoré par les peintres Ingres et Delacroix . La place, agrandie en 1853 prit le nom de « place de l’Hôtel-de-Ville ».
Hélas le 24 mai 1871, le gouvernement révolutionnaire (la Commune) qui occupait l’Hôtel-de-Ville depuis le mois de mars précédent mit le feu au palais. Les travaux de reconstruction s’étalèrent sur une vingtaine d’années.
La question de la restauration ou de la reconstruction des ruines avait préoccupé pendant près d’un an le Conseil, l’administration préfectorale et les architectes. Fallait-il conserver tout ce qui pouvait l’être de l’ancien Hôtel-de-Ville, ce qui aboutirait à en faire un édifice historique peu adapté aux besoins de l’administration ? Fallait-il reconstruire l’Hôtel-de-Ville pour qu’il abrite les grands salons de réception, le Conseil municipal, les appartements privés du préfet de la Seine et tous les services administratifs ? Cette deuxième proposition fut approuvée.
Après que le projet de Gabriel Davioud inspecteur général des travaux d’architecture fut rejeté, un concours public ouvert le 23 juillet 1872, proposa dans son programme que : «le nouvel édifice serait élevé autant que possible sur les substructions de l’ancien Hôtel-de-Ville ; la façade, maintenue dans l’axe de l’avenue Victoria, reproduirait exactement l’ancienne façade ; les bureaux seraient d’un accès facile et recevraient de l’air et de la lumière.
Le projet de Théodore Ballu et Edouard Deperthes fut choisi.
La construction, commencée en 1873, prit fin pour le gros-œuvre en 1883. En 1884-85 furent réalisés les écuries et le pavage en granit et asphalte des alentours.
Le chantier durait depuis neuf ans, quand en 1882, le Conseil municipal voulut s’installer dans le nouvel édifice encore en travaux. La salle Saint-Jean et la salle du Conseil étaient déjà disponibles, mais la salle des fêtes fut décorée à cette occasion pour accueillir le banquet. Dans ce nouveau cadre, illuminé grâce à l’essor tout récent de l’électricité, le président de la République, Jules Grévy, porta un toast à la Ville de Paris : « Je la félicite de voir sortir de ses ruines avec une nouvelle splendeur son vieil Hôtel de Ville, maison paternelle de la Cité, antique berceau de ses libertés municipales, théâtre souvent glorieux, orageux quelquefois, et toujours attachant, des dramatiques évènements qui remplissent son émouvante histoire... »
Dès 1882, Ballu avait reçu la mission personnelle de diriger la décoration artistique. Il s’était adjoint Jean-Camille Formigé, architecte de renom, qui plus tard termina le chantier en supervisant les architectes responsables de la décoration intérieure : menuiseries d’art, ferronneries et serrureries, marbrerie, luminaires, tentures, peintures ornementales, mobilier, mosaïques et céramiques... Le chantier de l’Hôtel-de-Ville a été l’un des plus importants du 19 ème siècle. Tous les grands corps de métier furent mis à contribution et les ouvriers y travaillèrent de plus en plus nombreux ; l’effectif a été de 945 par jour en moyenne, au cours de l’année 1880. Quand des évènements vinrent ralentir les travaux : changement partiel de projets, grèves des charpentiers, intempéries, défaillance de l’entreprise chargée des travaux de maçonnerie, on rattrapa le retard en ayant recours au travail du dimanche et au travail de nuit.
Au début de 1884, Ballu avait soumis à la Commission administrative des Beaux-Arts, un programme détaillé pour le décor peint des premiers salons. Mais le Conseil municipal qui entendait prendre la responsabilité de la décoration fit préparer un nouveau projet par sa commission de l’architecture. Après de longues discussions, sans rejeter complètement l’utilisation de l’allégorie qui caractérisait le projet de Ballu, le Conseil souhaita « une décoration réaliste ayant une force didactique et des sujets se rattachant à l’histoire de Paris, à l’affranchissement des communes, à la vie d’Etienne Marcel, aux grands évènements de la Révolution ». Ces travaux furent réalisés par de nombreuses petites entreprises et une multitude d’artisans tous parisiens à l’exception d’un fabricant de soieries lyonnais. La qualité des techniques et des matériaux, la profusion et la variété des éléments décoratifs, confèrent au palais une apparence de richesse, d’abondance, toujours aussi forte.
Ainsi la construction de l’Hôtel-de-Ville a été l’un des grands évènements artistiques des débuts de la 3 ème République. Ce monument présente le panorama le plus complet de l’art français entre 1880 et 1900, grâce à la volonté d’éclectisme manifestée par le Conseil municipal qui estimait que « toutes les écoles, tous les genres devaient trouver leur place dans la Maison commune ».
A l’extérieur deux pavillons d’angle encadrent un corps de bâtiment central flanqué de deux ailes en retrait. Niches, piliers et socles accueillent 116 statues et 20 médaillons de personnages célèbres, tous parisiens à l’exception du Boccador.
A ce Panthéon parisien s’ajoutent les allégories de 30 villes de France pour « affirmer l’union de Paris avec le pays entier » et un certain nombre d’autres allégories féminines parmi lesquelles au fronton de l’horloge, celle de la Ville de Paris entourée de La Vigilance et de la Prudence , du Travail et de l’Instruction , de la Seine et de la Marne . Au total ce sont 378 œuvres sculptées qui ornent les façades, les cours intérieures, la salle Saint-Jean, la salle des prévôts, les escaliers, la salle des fêtes, les salons et la salle à manger.
Une statue, celle en bronze d’ Etienne Marcel à cheval devant la façade donnant sur la Seine, fut l’objet d’une inauguration spéciale le 15 juillet 1888. Ainsi le prévôt des marchands qui s’opposa au pouvoir royal et fut assassiné dans une émeute en 1358, a été transformé en héros par l’imagerie républicaine.
C’est du parvis de l’Hôtel-de-Ville, palais de toutes les Révolutions, lieu de ralliement des émotions nationales, que sont proclamées les idées de liberté et de démocratie de la France, approuvées par la foule qui s’y rassemble.

PLACE SAINT-GERVAIS
Le monceau, qui devint le monceau Saint-Gervais, émergeait des marécages. Les Romains, une fois installés dans l’île de la Cité, y transportèrent les défunts suivant leur coutume qui voulait que les morts soient inhumés hors de la ville. Plus tard les Mérovingiens s’installèrent sur le monceau et dès lors le peuplement n’a cessé de croître. Mais quand la place Saint-Gervais dut être agrandie en 1854, le préfet Haussmann rasa toutes les vieilles maisons l’environnant pour construire les deux casernes Napoléon et Lobau qui sont reliées à l’Hôtel-de-Ville par un souterrain.
Sur cette place, un orme entouré de socles en pierre reliés par une chaîne rappelle le célèbre « orme de Saint-Gervais » autour duquel les gens du quartier avaient l’habitude de se donner rendez-vous, en particulier pour régler leurs dettes. C’est parce que certaines personnes manquaient à leur promesse, qu’est né le dicton : « attendez-moi sous l’orme, vous m’attendrez longtemps». Ce bel arbre pluriséculaire fut abattu à la Révolution et l’on utilisa son tronc pour la fabrication d’affûts de canon. L’orme planté à sa place, au 20 ème siècle, est resplendissant.

ÉGLISE SAINT-GERVAIS SAINT-PROTAIS
L’église actuelle est le troisième édifice religieux élevé sur le monceau. Dans une période d’évangélisation intense, le premier sanctuaire, fondé au 6 ème siècle, a été dédié à deux frères, Gervais et Protais, martyrisés à Milan sous Néron, en l’an 40. Du deuxième sanctuaire construit au Moyen Age dans le style gothique classique, subsiste la base du clocher. C’est le troisième édifice qui, merveilleusement réhabilité, nous offre par l’intégrité de son ensemble un témoignage de l’art gothique flamboyant. Seules les constructions de la façade sous Louis XIII et du clocher sous Louis XIV ont apporté un style nouveau, témoin de l’âge classique.

Le sanctuaire actuel

A la demande des catholiques qui souhaitaient disposer d’un lieu de culte répondant à leurs aspirations, la troisième église fut ébauchée en 1494. Le projet grandiose, soutenu par le pouvoir royal et les nombreuses confréries, a été signé par Martin Chambiges, architecte des cathédrales de Sens et de Beauvais. Les travaux, commencés par le chœur et les chapelles attenantes, ont dû être interrompus au niveau du transept en 1540, sous François 1 er . Ils n’ont repris qu’en 1600 sur les plans d’origine, dans le style gothique flamboyant, afin de préserver l’harmonie de l’édifice. Seule la façade a été élevée dans le style classique en vigueur au début du 17 ème siècle ; le clocher n’a été terminé qu’en 1657. Ainsi le chantier s’est étalé sur 160 ans !
Cette église, jadis l’une des plus riches de Paris, renfermait un somptueux décor dont subsistent quelques pièces.

Entrée principale

La façade attribuée à Salomon de Brosse, l’architecte du palais du Luxembourg et du Parlement de Rennes, a été bâtie de 1616 à 1621. D’une hauteur de 41 mètres, sa sévérité en fait un monument imposant, qui témoigne du goût de l’époque pour l’architecture gréco-latine. Tout en contrastant avec le corps de l’église de style gothique flamboyant sur lequel elle est plaquée, elle est à elle seule un chef-d’œuvre. Au rez-de-chaussée auquel on accède par quatorze marches, huit colonnes doriques cannelées encadrent une porte en plein cintre dont les vantaux de bois constituent une belle sculpture décorative de style Louis XIII. Un fronton de forme triangulaire surmonte le portail ; au premier étage, les colonnes ioniques accompagnent les statues des patrons Saint-Gervais et Saint-Protais, tandis que le second étage, d’une seule travée, supporte par des colonnes corinthiennes un fronton curviligne. Les colonnes des trois ordres ainsi superposées sont un rappel de l’architecture grecque.
En pénétrant dans le sanctuaire, on est saisi par la force des hauts piliers qui jaillissent du sol pour atteindre les voûtes élancées, où s’épanouissent nervures et tiercerons flamboyants. Le dépouillement et la blancheur des parois ajoutent à la solennité des lieux.

Les chapelles

Sur la gauche, la chapelle des Fonts baptismaux est ornée d’une maquette en bois représentant la façade de l’église ; cette œuvre a été offerte par la confrérie des compagnons du Devoir qui était la corporation des bâtisseurs ; leurs Maisons subsistent dans les rues voisines de Brosse et de l’Hôtel-de-Ville.

Par la troisième chapelle de la nef, on accède à la chapelle dorée, fondation privée, décorée de peintures de style Louis XIII.

A proximité, la statue d’une belle Vierge du 14 ème siècle portant le nom de Notre-Dame de la Bonne Délivrance a été placée sur le pilier gauche du chœur ; elle était posée à l’angle des rues du Roi-de-Sicile et des Ecouffes, quand un Huguenot la mutila en 1528.

La première chapelle du chœur, dont les murs sont ornés de boiseries de style Louis XV, est fermée par une magnifique grille en fer forgé de 1740, due au serrurier Vallet.

La deuxième chapelle du chœur donne accès à une somptueuse chapelle construite sous Louis XV, pour le chancelier Boucherat qui habitait rue de Turenne. Sa coupole aplatie au sein d’une voûte appareillée est remarquable.

En face, sur le mur du clocher, un Christ en croix sculpté dans le bois par Préault, en 1840, témoigne de l’art si expressif de l’époque romantique.

La chapelle axiale dédiée à la Vierge, terminée en 1517, est d’une rare élégance. Elle a conservé ses vitraux étroits et longs qui, depuis le 19 ème siècle, sont encadrés de fresques très colorées. Une extraordinaire couronne de pierre placée en clef de voûte s’harmonise à l’ensemble.

A droite, la chapelle Saint-Eutrope abrite le tombeau de Michel Le Tellier ; il est sculpté d’après un dessin de Jules Hardouin Mansart. Père de Louvois, Michel Le Tellier, chancelier de France, mort en 1685, est représenté tenant la cassette des sceaux entre les statues de la Religion et de la Fermeté . Un enfant qui pleure tient l’écusson au Trois Lézards , armes de la famille.

La chapelle voisine resplendit par ses vitraux modernes semi-figuratifs qui, dans les couleurs dominantes du jaune et du bleu, semblent représenter des fidèles dans une attitude de dévotion.

Dans la chapelle suivante, consacrée à Saint-Jean-Baptiste, le magnifique vitrail datant de 1531 est attribué à Jean Chastelain : la Sagesse de Salomon . Deux femmes se disputent un enfant et pour distinguer la mère, le roi Salomon annonce qu’il va couper l’enfant en deux. L’une des femmes s’écrie : « non ne le tuez pas, donnez-le lui ». A ces paroles, Salomon reconnaît la vraie mère : c’est celle qui préfère donner son enfant plutôt que de le voir mort.

Les stalles

Les 43 stalles du chœur, minutieusement sculptées, sont installées là depuis 1540. Certaines portent les armes de François 1 er la Salamandre et de son fils Henri II les Trois Croissants . Les autres sculptures représentent les ouvriers des corporations, dans l’exercice de leur métier.

Le maître-autel

Sur le maître-autel ne subsistent que les deux statues, en bois sculpté, des patrons de la paroisse.
Le tableau des Noces de Cana , décoration de jadis, est conservé au musée de Rennes. Les chandeliers dessinés par Soufflot, proviennent de l’ancienne basilique Sainte-Geneviève, devenue le Panthéon.
Les tapisseries qui ornaient le chœur lors des fêtes peuvent être admirées dans le salon du rez-de-chaussée de l’Hôtel-de-Ville de Paris.

La nef

Au dessus des arcades de la nef les crochets nous rappellent que l’on suspendait à cet endroit les tableaux du Grand cycle de l’histoire de Saint-Gervais et Saint-Protais , peints par Le Sueur, Goussay, Bourdon, Philippe de Champaigne. Ces grandes toiles, aujourd’hui conservées aux musées du Louvre et de Lyon, ont servi de modèle pour les tapisseries qui ornaient le chœur.
Le mobilier destiné aux fidèles se réduit à un alignement de tabourets pour répondre aux exigences du culte pratiqué par les « Fraternités monastiques de Jérusalem » qui sont responsables de l’église.
Sur le mur du fond, à proximité de la tribune, un tableau évoque la visite de Jésus chez Marthe et Marie , qui étaient sœurs. Marthe aurait été témoin de la résurrection de son frère Lazare. Une légende la décrivait débarquant en Provence avec son frère et sa sœur ; grâce à sa force physique elle aurait dompté la Tarasque à Tarascon. Par opposition à Marie la mystique, Marthe est présentée comme vouée aux soins matériels. Dans ce tableau, Jésus énonce que « chacun doit agir selon ses aptitudes ».

Le grand orgue

La tribune du grand orgue de style maniériste, en pierre sculptée, date de 1628. Des organistes de talent, parmi lesquels la fameuse dynastie des Couperin , s’y rendirent célèbres.
La famille Couperin était fixée à Chaumes-en-Brie depuis le 16 ème siècle et c’est Louis , né en 1626, qui le premier fut installé à Saint-Gervais pour y tenir le grand orgue : violoniste, organiste, il écrivit des pièces pour orgue, clavecin et violes. Par la qualité et l’audace de son langage harmonique, il reste l’un des plus grands musiciens de son temps. Son frère François 1 er Couperin, fut organiste et professeur de clavecin. Charles , frère des précédents reçut aussi les orgues de Saint-Gervais, mais c’est son fils François, dit Couperin le Grand , qui devint le musicien le plus remarquable de la lignée. Ses brillantes compétences lui permirent d’être l’organiste de Saint-Gervais puis de la Chapelle royale, en tant que claveciniste du roi. Il vécut de 1688 à 1733.
François Couperin écrivit 14 motets, trois leçons des ténèbres, deux messes pour orgue, 240 pièces de clavecin groupées en quatre livres, de la musique de chambre, quatre concerts royaux, dix concerts des goûts réunis (l’Apothéose de Corelli en 1724, l’Apothéose de Lully en 1725), puis deux suites de violes.
Prodigieusement, il allia les styles français et italiens.
Après Couperin le Grand , la dynastie se prolongea jusqu’au début du 19 ème siècle par des clavecinistes, des chanteurs, des organistes.

Une nouvelle orientation
Au cours de la Révolution de 1789, l’église perdit ses décors et ne retrouva son rang de paroisse qu’en 1795. Toutefois jusqu’à la fin du Directoire, en 1799, les catholiques durent partager les lieux avec les Théophilanthropes , adeptes d’un système religieux d’inspiration déiste. Ils avaient fait de Saint-Gervais leur temple de l’Agriculture.
Au cours du 19 ème siècle, Saint-Gervais connut un nouvel épanouissement, avant que survienne le terrible drame lié aux conflits de la première guerre mondiale. En effet dans l’après-midi du 29 mars 1918, jour du Vendredi Saint, un obus allemand de la pièce à longue portée dite « la grosse bertha » percuta un pilier et provoqua l’effondrement des voûtes voisines qui, en tombant sur les fidèles rassemblés en grand nombre, firent 200 victimes dont 50 morts.

Progressivement, tout au long du 20 ème siècle, le nombre des fidèles de l’église Saint-Gervais diminua pour des raisons que l’on peut expliquer par la baisse de la population du quartier, la pratique d’autres cultes dans le Marais, la crise du catholicisme.
C’est dans ces circonstances que le cardinal Marty, archevêque de Paris, décida en 1975 d’affecter l’église aux Fraternités monastiques de Jérusalem , communauté de moines et de moniales qui « vivant au cœur de la ville, veulent porter la parole sainte aux plus démunis ». Accomplissant un travail salarié à mi-temps dans différents secteurs de l’économie, ces religieux consacrent le reste de leurs journées à la mise en pratique de leur mission. Ils célèbrent un culte catholique, empreint d’influences orientales, caractérisé notamment par de longues prosternations à terre et par l’usage intensif d’encens. Les vœux des moines et moniales sont renouvelables tous les ans.
Résidant dans des immeubles du quartier, certains d’entre eux commercialisent sur place les objets fabriqués par leurs confrères dans leurs maisons provinciales de France, et de Belgique.

En quittant le sanctuaire par la porte Est, nous débouchons dans la petite rue des Barres au tracé moyenâgeux. Admirons l’extérieur de l’église, notamment le chevet de style gothique flamboyant, le clocher, les toits des chapelles en briques plates, les cadrans solaires gravés sur les murs.

RUE DES BARRES
Dans les années 1960, avant que le Marais ne fut déclaré « secteur Sauvegardé », des travaux importants avaient rénové la partie située au sud de la rue Saint-Antoine, notamment le « pourtour Saint-Gervais » et « l’îlot 16 », îlot déclaré insalubre qui s’étendait jusqu’à la rue Saint-Paul. Plusieurs architectes avaient été désignés pour guider ces chantiers. Albert Laprade devint responsable de la mise en valeur du pourtour de Saint-Gervais. Plutôt que de démolir systématiquement toutes les constructions vétustes il fit le choix raisonné de préserver les éléments qui inscriraient le quartier dans son histoire. C’est ainsi que seules les constructions attenantes à l’église, côté sud, ont été démolies ; entre la façade nord et les maisons de la « fabrique Saint-Gervais », l’ancien petit cimetière, désaffecté depuis longtemps, est devenu un jardin.

Dans la rue des Barres, au n° 12, une maison à double pignon et façade latérale à pans de bois porte le nom de Maison des Dames de Maubuisson , en souvenir de l’abbaye cistercienne de Maubuisson qui installa en ce lieu sa « maison de ville » pour en faire son pied à terre parisien. Aujourd’hui propriété de la Ville de Paris, la maison est devenue, ainsi que deux autres demeures du quartier, une « maison d’hôte » pour l’accueil des jeunes étrangers en visite dans la capitale.
C’est une association, la MIJE, Maison Internationale des Jeunes Etrangers , qui gère les logis de ce type, en proposant des repas et un hébergement confortable à des conditions raisonnables ; le style du mobilier est en accord avec le caractère de la maison.

La rue des Barres s’élargit en un dédale de terrasses d’où nous apercevons la rue de l’Hôtel de Ville bordée d’anciens immeubles, parmi lesquels se trouvent les maisons des Compagnons du Devoir qui perpétuent les techniques et le savoir-faire des anciens maîtres bâtisseurs. Elles nous rappellent que dans cette rue appelée jadis « de la Mortellerie » les maçons et ouvriers étaient très nombreux.

PLACE BAUDOYER
Les « marguilliers de la fabrique », gestionnaires des affaires temporelles des religieux de Saint-Gervais décidèrent, en 1733, d’adosser à la façade nord de l’église cinq maisons d’une belle ordonnance pour les louer. Ce sont les Maisons de la Fabrique Saint-Gervais . Ces constructions, dites de rapport, forment un ensemble monumental avec rez-de-chaussée et entresol pris dans des arcades, trois étages décroissants et un comble à lucarnes ; elles présentent dans l’appui en ferronnerie de chaque fenêtre du 1 er étage, l’orme de Saint-Gervais , symbole du quartier...

Au nord de ces maisons, la place Baudoyer métamorphosée par Haussmann recouvre l’ancienne place du marché Saint-Jean qui s’étendait jusqu’à la rue de la Verrerie. Elle est bordée à l’est par la mairie du 4 ème arrondissement élevée par Bailly, de 1862 à 1867, dans les formes pompeuses du Second Empire.
A l’ouest de la place, la caserne Napoléon a été construite dix ans plutôt sur l’emplacement de 73 maisons et sur une partie de l’ancienne rue de la Tixeranderie où se trouvait l’hôpital Saint-Gervais tenu jusqu’à la Révolution par la Congrégation des Dames hospitalières Saint-Gervais . La caserne, affectée à un régiment d’infanterie de la Garde Républicaine, communique par ses sous-sols avec l’Hôtel de Ville. Plus près de la Seine, la caserne Lobau est réservée aux services de la Ville.
Lors des fouilles menées en 1993, à l’occasion de la création d’un parking souterrain sous la place Baudoyer, comme on s’y attendait, un cimetière Mérovingien a été découvert.
Sur la place, deux fois par semaine un marché apporte un peu de couleur et d’animation à cet espace où les commerces de première nécessité sont si rares.

RUE FRANÇOIS MIRON
En dessous de la rue qui porte le nom du célèbre prévôt des marchands d’Henri IV, se cache l’ancienne voie gallo-romaine reliant l’île de la Cité à Melun ; c’était, jadis, le début de la rue Saint-Antoine. Sur le côté pair elle a conservé les immeubles anciens, alors que sur le côté impair à partir du n° 37, les constructions datent pour la plupart des années 1850, époque du prolongement de la rue de Rivoli, à partir du Louvre, jusqu’à la rue de Sévigné.
Aux n°11-13, les deux maisons à pignons et à pans de bois, illustrent par leur profil ventru, l’habitat citadin du 14 ème siècle ; en particulier le n° 13 qui fait l’angle avec la rue Cloche-Perce, d’origine médiévale.

LES MAISONS D’ OURSCAMP
Les moines de l’abbaye cistercienne d’Ourscamp (Oise) avaient bâti, aux n° 44 et 46 actuels, une maison de ville.
Comme la maison de Maubuisson, elle était un point de contact entre la vie recueillie de l’abbaye et l’activité politique, sociale et économique de la capitale. Résidence de l’abbé, elle servait aussi de lieu de stockage pour les denrées récoltées sur les terres de l’abbaye et vendues sur les marchés parisiens.
C’est en 1585, qu’à sa place furent élevées ces deux maisons de style Renaissance, maintenant réunies après une restauration scrupuleuse. Il est possible de les visiter depuis le sous-sol datant de la première construction et composé de quatre travées voûtées d’ogives, jusqu’aux combles aménagés en salle de conférence.
Le siège de l’Association du Paris Historique , qui a tant contribué à la mise en place du Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur du Marais y est installé. Un centre d’information et de documentation sur l’histoire du Vieux Paris ne cesse de s’y étoffer.

HÔTEL DE BEAUVAIS
Au n° 68, l’hôtel de Beauvais a été construit sur les fondations d’une demeure donnée en 1200 par Héloïse de Palaiseau à l’abbaye cistercienne de Chaalis (Oise), qui en fit sa maison de ville. De cette époque subsiste une belle salle en sous-sol, divisée en deux nefs voûtées d’ogives. Cette ancienne propriété religieuse appartint à la famille de Castille, dont l’une des héritières, Madeleine, épousa Nicolas Fouquet.
En 1654, les Castille vendirent leur bien à Pierre Beauvais et à son épouse Catherine Bellier , femme de chambre et confidente de la reine Anne d’Autriche, veuve de Louis XIII. La reine avait demandé de grands services à Catherine, dont le plus important avait été celui d’être l’éducatrice intime du jeune roi Louis XIV ; pour cela elle l’avait récompensée généreusement.
Sur le terrain arasé, les Beauvais décidèrent de bâtir un hôtel, cautionnant leur nouvelle fortune, en faisant appel à Le Pautre , architecte du roi. Celui-ci établit sur le terrain de forme irrégulière, un plan maîtrisé devenu un bel exemple d’utilisation rationnelle de l’espace.

L’imposant portail sculpté nous donne un avant-goût de la luxuriance des lieux. Une belle entrée conduit à un péristyle arrondi, orné de huit colonnes doriques, sur lequel débouche un escalier somptueux à rampe de pierre faite d’entrelacs d’un dessin très pur. Les décors, signés Martin Desjardin, représentent des empereurs romains en compagnie de personnages mythiques entourés de rinceaux et de volutes rappelant le classicisme de l’antiquité gréco-romaine.
Puis apparaît la cour semi-circulaire, bordée des deux étages de l’hôtel. Au rez-de-chaussée, les voûtes des anciennes écuries et remises sont ornées de masques tantôt souriants tantôt grimaçants. L’entresol, réservé au personnel de service, se démarque du premier étage, par une corniche qui se déroule en débord ; des consoles ornées de têtes de bélier et de lion imbriquées, la soutiennent.
Les appartements des maîtres sont signalés par des pilastres ioniques encadrant les fenêtres sur les deux étages ; au fond de la cour, deux colonnes soutiennent un entablement fait de modillons, qui se répètent tout autour de la corniche supérieure.
En vis-à-vis, admirons la façade et ses colonnes ioniques et corinthiennes superposés sur trois étages, magistral exemple du retour à l’architecture antique en ce milieu du 17 ème siècle. Une corniche porte les armes de Catherine Bellier et de son époux Pierre Beauvais, symbolisées par des têtes de bélier et deux « B » entrelacés.
Les voussures, les dessus de porte richement sculptés, mêlent enfants, masques, trophées, guirlandes. Aux somptueux appartements privés s’ajoutaient une grande salle, une galerie, une chapelle, une volière, une grotte et un jardin suspendu !
Les gravures du temps nous montrent la façade sur rue avec son magnifique balcon. C’est à ce balcon, que le 26 août 1660 la famille royale, Mazarin, le maréchal de Turenne, quelques dames de la Cour avaient trouvé place autour d’Anne d’Autriche et de Catherine Beauvais, pour saluer l’entrée triomphale dans Paris du jeune couple royal formé par Louis XIV et Marie-Thérèse d’Espagne.
Venant de la place du Trône (Nation), le magnifique cortège avait pris la porte Saint-Antoine pour se diriger vers le Louvre ; une foule d’admirateurs s’était assemblée sur tout le parcours, comme le voulait la coutume, pour chaque « entrée royale ».
En signe de gratitude, Catherine Beauvais et son époux furent anoblis et devinrent baronne et baron. Leur fille aînée épousa le marquis de Richelieu, la seconde entra dans l’ordre des Visitandines. Leur fils, le baron de Beauvais, vendit l’hôtel en 1686 pour payer ses dettes.

Passé dans les mains d’un notaire puis d’un financier l’hôtel, une fois remanié, fut loué puis acheté, en 1775, par le comte Van Eyck envoyé extraordinaire du duc de Bavière. A partir de novembre 1763, le comte hébergea pendant cinq mois Mozart père avec ses deux enfants ; Marie-Anne, âgée de dix ans, et Wolfgang Amadeus Mozart qui, âgé de sept ans à peine, faisait déjà vivre toute sa famille en donnant des concerts dans les cours royales d’Europe. L’enfant prodige interpréta en ces lieux ses compositions au clavecin avant de connaître un grand succès à la cour de Versailles. Dans la cour une plaque rappelle le premier séjour à Paris du grand musicien.
Plus tard, la demeure confisquée aux héritiers des Van Eyck fut acquise par un affairiste qui la transforma en immeuble de location. Le rez-de-chaussée devint un bureau de diligences et en 1864 une école de jeunes filles occupa les salles, précédant en cela bien d’autres installations.
Acquis par la Ville de Paris en 1943, l’hôtel, après de longs travaux, a retrouvé son plan d’origine pour redevenir l’un des plus beaux chefs-d’œuvre du Marais.
La Cour d’Appel du Tribunal Administratif de Paris y siège. Elle se trouve ainsi à proximité du Tribunal Administratif situé rue de Jouy, dans l’hôtel d’Aumont.

HÔTEL HÉNAULT DE CANTORBE
A l’extrémité de la rue François Miron, au n° 84, l’hôtel de Cantorbe a retrouvé sa splendide façade. Sur le jardin ouvert rue de Fourcy, un bâtiment contemporain signale une affectation récente.
Cette demeure, construite en 1704 pour le financier François Hénault de Cantorbe, fut habitée par son gendre, l’historien Surirey de Saint-Rémy, et connut des hôtes de qualité qui apprécièrent sa richesse ornementale.
A partir de la Révolution, le changement de fonction devint flagrant, quand une entreprise de roulage s’y installa pour laquelle on construit dans la cour un immeuble long et étroit, à un étage ; lors des travaux de restauration des années 1980, la « Commission du Vieux Paris » aurait voulu préserver ce petit immeuble, l’un des rares exemples de ce type dans le quartier, mais il en fut décidé autrement par les architectes représentant l’Etat. Les marques de son appui sur la façade ont été conservées... ce qui soulève la question de la part des visiteurs.
L’hôtel Hénault de Cantorbe est un spécimen du style Louis XIV fin de règne. La façade sur la rue François Miron repose sur trois arcades, dont l’une renferme la porte cochère, qui a conservé ses vantaux d’origine. Au dessus, le balcon central est soutenu par cinq consoles en pierre, celle du centre étant ornée d’une tête de maure enturbannée.
Le grand corps de logis se poursuit à l’arrière par une aile sur la cour. Dans l’ancien jardin, où des arbres fruitiers s’épanouissaient, un immeuble contemporain en forme de parallélépipède impose ses murs aveugles, sous une toiture plate délicatement soulignée de métal doré mat. Le jardin, traité de façon très originale, est clos d’une grille repeinte dans un ton gris très doux.
Les bâtiments anciens et modernes communiquent pour abriter la Maison Européenne de la Photographie, dont l’entrée se trouve rue de Fourcy.

RUE DE FOURCY

HÔTEL GILLES CHARPENTIER
Construit en 1689 au n° 6, sur les dessins de l’architecte Payen, pour le propriétaire dont il porte le nom, l’hôtel d’un aspect sobre, possédait une sortie arrière donnant sur la rue du Prévot, étroite ruelle bordée d’immeubles anciens, à portes cochères remarquables. La Ville de Paris l’a acquis en 1980 pour en faire une maison d’hôte destinée aux jeunes étrangers de passage dans la capitale. La cour pavée, le puits, les remises et les pièces d’intérieur ont retrouvé leur caractère d’origine tandis que le bel escalier a conservé sa rampe en fer forgé.
C’est la deuxième MIJE. La troisième se trouve au n°11 de la rue du Fauconnier toute proche et ne manque pas de cachet non plus.

En nous dirigeant vers la rue de Jouy, voie médiévale portant le nom d’une abbaye de Provins, nous passons devant une maison de retraite récemment bâtie dont la façade porte la copie d’une enseigne taillée dans la pierre : c’est « Le Gagne-Petit », rémouleur qui ornait un logis démoli.

RUE DE JOUY

HÔTEL D’AUMONT
Cet hôtel, situé au croisement de la rue des Nonnains d’Hyères et de la rue de Jouy s’ouvre au n° 7 rue de Jouy. Construit par l’architecte Le Vau pour le riche financier Michel Scarron, il est acheté en 1656 par Antoine d’Aumont duc et pair, maréchal de France, Gouverneur de Paris. La charge d’agrandir la belle demeure est confiée à François Mansart qui demande pour cela l’achat de quatre maisons proches. Charles Le Brun décorera les salles, tandis qu’une orangerie et un grand escalier en pierre seront réalisés par Libéral Bruant.
Dans un tel décor le maréchal Antoine d’Aumont, parvenu au faîte des honneurs, donna des réjouissances splendides. Il mourut subitement d’une crise d’apoplexie, le 11 janvier 1669.

Le fils aîné du maréchal d’Aumont, Louis-Marie-Victor, hérita de l’hôtel ; ayant servi Louis XIV dans la guerre des Flandres il avait été menin attaché à la personne du dauphin puis gentilhomme de la chambre du roi et enfin général des galères en 1668. Cette même année, ayant perdu sa première femme, il épousa mademoiselle de Toussé dont le père avait été vice-roi de Catalogne, duc et pair et maréchal de France. « C’était une grande et grosse femme, dit d’elle Saint-Simon, qui avait eu plus de grande mine que de beauté, impérieuse, méchante, difficile à vivre, grande joueuse, grande dévote à directeurs. Ce qui ne l’empêcha pas de figurer dans les fastes et les galanteries de l’époque ».
Le duc Louis-Marie-Victor d’Aumont figurait parmi les collectionneurs les plus fameux de son temps ; dans sa résidence il avait entassé quantité de meubles précieux, de bronzes, de pierres gravées, de tableaux rares, et mille curiosités d’antiquités et de médailles. C’est au titre de numismate que l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres lui ouvrit ses portes.
Dans son hôtel, le duc organisait des conférences érudites au sein desquelles des savants dissertaient, notamment sur les objets nouvellement acquis. Le même groupe d’érudits se rendait à l’Arsenal, chez le médecin Vaillant, pour admirer « les médailles les plus rares que l’on puisse désirer ». Mais, selon les dires de Brice chroniqueur de cette époque, le cabinet de numismatique le plus riche et le plus complet du royaume était celui du père de La Chaise, jésuite et confesseur du roi, célèbre personnage de l’église Saint-Louis-des-Jésuites toute proche. Il habitait dans la maison professe à laquelle il légua sa collection. Le révérend père qui voyageait sur tous les continents dans le souci d’évangéliser ramenait par la même occasion médailles et monnaies. Les ambassadeurs, et autres résidents ou aventuriers, procédaient de même.
Ainsi, déjà un grand nombre d’amateurs érudits recherchaient quelques traces du passé matérialisées par des objets antiques, des livres ou des cartes et, en un temps où les musées n’existaient pas, permettaient la visite de leurs cabinets de collections à tout honnête homme... Le duc Louis-Marie-Victor d’Aumont mourut, comme son père, d’une attaque d’apoplexie le 19 mars 1704.
Son fils Louis d’Aumont hérita de l’hôtel, des titres de duc et pair et de gentilhomme de la chambre du roi. En outre il devint gouverneur de Boulogne et ambassadeur extraordinaire en Angleterre.
Selon Saint-Simon, « le duc d’Aumont était d’une force prodigieuse, d’une grande santé, d’un goût excellent en toutes sortes de choses, meubles, ornements, bijoux, équipages ». Il mourut en 1723, à 56 ans, d’une attaque d’apoplexie qui le surprit chez sa maîtresse, une comédienne.
Le quatrième duc d’Aumont, son fils Louis-Marie, également duc et pair et premier gentilhomme de la chambre du roi, ne vécut dans son hôtel que sept mois, car il mourut le 5 novembre 1723, à l’âge de 32 ans, de la petite vérole.
Son fils aîné, Louis-Marie-Augustin, devint donc propriétaire de l’hôtel à 14 ans. Il fut duc et pair et succéda à son père dans les charges lorsque son âge le lui permit. Mais trouvant le quartier démodé, il abandonna la demeure de ses ancêtres en 1742 pour s’installer, avec ses collections, dans l’un des deux somptueux hôtels construits par l’architecte Gabriel, place de la Concorde.

L’hôtel d’Aumont devint alors la propriété de Pierre Terray frère du ministre de Louis XV, conseiller au Parlement, maître des requêtes, procureur général à la Cour des Aides. Il donna de grandes réceptions dans sa demeure ; l’une des plus belles eut lieu le 4 décembre 1771, lors de la signature du contrat de mariage de sa petite nièce, Mademoiselle Paulze, fille du fermier général de ce nom, avec Antoine Laurent de Lavoisier membre de l’Académie des Sciences, fermier général, régisseur des poudres et salpêtres à l’Arsenal. Plus de deux cents personnes, gentilshommes, savants, hommes d’Etat, fermiers généraux, membres de la haute aristocratie, assistèrent à cette cérémonie.
A la mort de Pierre Terray, l’hôtel passa à son fils Antoine-Jean, personnage intègre et fort capable, intendant à Montauban, Moulins et Lyon. Arrêté sous la Terreur, on le décapita en 1794, dix jours avant Antoine Lavoisier. Ses biens furent confisqués au profit de la Nation.

Un peu plus tard, l’hôtel rendu aux héritiers est vendu à la Ville qui y hébergera, de 1802 à 1824, la mairie du 9 ème arrondissement.
En 1859, la somptueuse demeure de jadis, défigurée malencontreusement par une institution, devient propriété de la Pharmacie Centrale de France. Le jardin disparaît sous les hangars et les appentis qui hébergent le laboratoire ainsi que les salles d’expédition des médicaments, préparés en ces lieux.

En 1938, la Ville de Paris acquiert l’Hôtel d’Aumont. Après de longs travaux, elle y installe le Tribunal Administratif de Paris.

Rue de Jouy, nous observons sur le côté pair de gracieux immeubles inscrits ou classés aux Monuments Historiques. En vis-à-vis le lycée Sophie Germain, fondé en 1882, côtoie des bâtiments récents à usage d’habitations à loyer modéré. Sur la gauche, la rue Geoffroy-l’Asnier porte le nom d’un habitant de ce quartier de drapiers et de teinturiers, au 13 ème siècle.

RUE GEOFFROY-L’ASNIER

HÔTEL CHALONS-LUXEMBOURG
Au n° 26 de la rue Geoffroy-l’Asnier, l’hôtel construit vers 1626 sur l’emplacement d’un ancien Jeu de paume et d’une maison ayant appartenu à Lefèvre de la Borderie, ambassadeur d’Henri IV et de Louis XIII, devint la propriété de deux familles dont il porte les noms ; épargné par l’installation de l’artisanat, il a été cédé pour un franc symbolique à la Ville de Paris qui l’a fait restaurer.
Le somptueux portail est l’un des rares exemples de l’architecture baroque dans le Marais. La porte cochère, dont les vantaux sont particulièrement chargés, avec ses lourds marteaux en forme de chevaux marins, est encadrée de colonnes ioniques soutenant une grande arcade ornée d’une frise de rinceaux aux feuilles charnues. Le tympan est entièrement occupé par une coquille dont les bords se recourbent pour abriter dans la partie supérieure la tête de lion qui tient un cartouche sur lequel est gravé le nom de l’hôtel.
Les façades sur cour et jardin, en brique et pierre au registre décoratif de style maniériste avec masques, linges et lucarnes en « chapeau de gendarme » ne manquent pas de charme.
L’hôtel Chalons-Luxembourg abrite l’Institut d’Histoire de Paris, lié à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, ainsi que l’Institut Francophone.

MÉMORIAL DU MARTYR JUIF INCONNU
Au n° 17, cet édifice imposant dont l’un des murs en béton est constitué d’étoiles juives juxtaposées, a été élevé en 1956, par les architectes Goldberg et Persitz, en mémoire des événements tragiques qui furent infligés au peuple Juif. Sous le parvis, la crypte abrite le tombeau du Martyr anonyme. L’édifice revêtu de marbre renferme les archives du centre de documentation juif et une bibliothèque. En 2005, l’inauguration de son agrandissement a coïncidé avec la célébration du 60 ème anniversaire de la libération des camps de déportation nazis. Il porte désormais le nom de MEMORIAL DE LA SHOA.

Nous empruntons la rue du Grenier sur l’Eau, récemment baptisée rue des Justes, et longeant le Mémorial nous arrivons rue du Pont Louis-Philippe.

RUE DU PONT LOUIS-PHILIPPE
Arrêtons-nous à l’intersection des deux rues pour admirer les différents styles architecturaux qui, du 19 ème au 15 ème siècle, se profilent jusqu’au chevet de l’église Saint-Gervais.
La rue du Pont Louis-Philippe, ouverte en 1833, par le préfet Rambuteau prolonge la rue Vieille-du-Temple jusqu’au quai de l’Hôtel-de-Ville. De là, le Pont Louis-Philippe permet de relier la rive droite à l’île Saint-Louis.
Les demeures parfaitement alignées, comme le voulaient les normes de construction de l’époque, présentent des façades sobres enduites de plâtre, seulement ornées de frises à motifs géométriques ou à fleurs stylisées. Les ferronneries sont ici en fonte et non plus en fer forgé. Ce style est une bonne transition entre l’architecture du « vieux Paris » et celle de l’époque haussmannienne.
Par chance on peut voir, au n° 22bis, une maison Renaissance rescapée des travaux de percement de la rue.
Construite sur deux cours, elle présente sur la première le corps de logis datant du début du 16 ème siècle, rare spécimen d’architecture Louis XII, en briques de deux couleurs et en pierre. Les ravissants chapiteaux des pilastres sont décorés de petits personnages pleins de grâce.
Dans la seconde cour, plus difficile d’accès, deux façades à pans de bois, ornées de petits pilastres à chapiteau corinthien et d’une frise fleurdelisée, reconstituent l’ambiance d’origine. Cette maison serait celle de Marie Touchet, maîtresse de Charles IX. La Ville de Paris l’a restaurée en 1980 et organise en son sein, sur demande, des dîners ouverts à tout public. Une association franco-allemande y a installé son siège.

Dans la rue du Pont Louis-Philippe, les nombreux petits commerces ont été remplacés par des boutiques de luxe, quand les aménageurs ont eu le souci de redonner un caractère « néoancien » au quartier. Pour cela, ils attribuèrent une spécificité à quelques rues. C’est ainsi que la rue du Pont Louis-Philippe regroupa des boutiques de papiers en tous genres pour l’encadrement, la photographie, la décoration. Dans les environs, la rue Saint-Paul se spécialisa en meubles et objets du 19 ème siècle, la place des Vosges en galeries d’art moderne, la rue des Francs-Bourgeois en boutiques d’habillement. Vingt ans après, nous constatons que le schéma de la répartition des commerces n’est plus rigoureusement respecté, particulièrement ici. Bien trop d’évènements liés aux impératifs des modes, aux échanges internationaux, aux fréquentations touristiques, ont poussé à la diversification.

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